Bonjour bonjour, non vous ne rêvez pas, me revoici ENFIN. Le confinement aura eu un point positif, c'est de me remettre le nez dans cette histoire que j'ai vraiment à cœur de terminer. Je vais également continuer à reprendre les tous premiers chapitres qui me font vraiment rougir quand je les relis...
Bonne lecture !
IV – Chapitre 5
« Voldemort n'a plus qu'à tendre la main. »
10 novembre 1978, allée des Embrumes, Londres
Plus tard, lorsque James Potter aurait à raconter cette histoire, il parviendrait à en plaisanter avec nonchalance. Mais sur l'instant, il sentit une froide goutte de sueur couler le long de sa tempe, sa main trembler légèrement sur sa baguette. Instinctivement, il avait fait un pas de côté, mis Lily à distance de cet homme qui haïssait tout ce qu'elle représentait.
Le moment de flottement passa comme un souffle parmi les Gryffondors. Déjà les rangs se resserraient autour du couple de James et Lily. Alice rabattit une mèche folle derrière ses oreilles, dégaina le second poignard qu'elle portait à la ceinture, se mit en garde avec calme. Frank eut une expression de calme froid qui le faisait incroyablement ressembler à sa mère. Sirius fit un pas en avant, vint épaule contre épaule avec James, la sombre superbe des Black éclairant son visage d'un air terrible.
L'obscurité moite qui entourait l'Allée des Embrumes sentait la fumée et le sang. Un silence absolu, effrayant régnait sur les adversaires. Lily était persuadée que les battements affolés de son cœur résonnaient dans toute la ruelle. Mais elle ne recula pas. Serrant les dents, elle se força à ne pas baisser la tête. La présence de ses amis lui donnait de la force.
Posément, avec la lenteur de celui qui a toutes les cartes en main, Tom Jedusor s'arrêta à quelques pas du groupe de Gryffondors, et rabattit sa capuche sombre, dévoilant son visage d'une pâleur spectrale. Tous frissonnèrent devant cette vision qui touchait à l'inhumain. Le Prince des Ténèbres avait dû être beau ; ses cheveux sombres encadraient des traits fins et racés, une mâchoire volontaire sur un port de tête altier. Mais quelque chose dans son regard, dans la lenteur de ses gestes les mettaient mal à l'aise, comme à fixer de trop près un être difforme, monstrueux. Il souriait tranquillement, visiblement ravi de pouvoir enfin contempler ces enfants stupides qui pensaient pouvoir se mettre en travers de son chemin. Son être tout entier semblait absorber la lumière. Alice s'ébroua, comme si la présence même de cet homme lui était physiquement douloureuse, de la même manière qu'aurait pu l'être celle d'un Détraqueur.
- Qu'il est plaisant de vous trouver tous ici, susurra-t-il d'une voix douce.
Derrière lui, les Mangemorts ricanaient, toute morgue retrouvée après la résistance farouche et douloureuse qu'ils avaient dû combattre. Nott avait récupéré le corps gémissant d'Avery et transplana d'un air inquiet. Le Seigneur des Ténèbres esquissa un autre pas en avant. Cinq baguettes se brandirent d'un même élan. Il rit. Un rire puissant résonna sur les pavés, comme en réponse à une très bonne plaisanterie. Et ce rire, ce rire aigu devait hanter les cauchemars de Lily pour les mois à venir. Un rire méchant, un rire qui résumait à lui-seul la nature hideuse et terrible de cet homme qui détruisait leur monde.
- Vous pensez réellement que ces maigres petits bouts de bois peuvent m'arrêter ?
Le regard s'était fait dur, brûlant de rage. La voix n'était plus qu'un sifflement mortifère.
- Vous finirez à genoux, vous finirez à ramper pour implorer ma clémence, lorsque j'en aurai fini avec vous, enfants stupides !
D'un geste brusque de son poing fermé, sans même dégainer sa baguette, Tom Jedusor renversa James et Sirius sur le sol boueux. Leurs baguettes roulèrent à quelques mètres d'eux.
- Et vous ! gronda le Maître des Ténèbres, vous, fils de si grandes lignées, héritiers de noms si prestigieux, comment osez-vous ?! Je vous ferez regretter vos rébellions stupides, et vous regarderez mourir vos amis en regrettant de ne pas pouvoir mourir avec eux !
- Vaste programme, sourit narquoisement Sirius en se redressant, essuyant avec défi le sang qui coulait de ses lèvres écorchées.
L'héritier Black fulminait, et une sombre aura pulsait autour de lui. Du sang, de la terre et de la suie lui tâchaient le visage. Mais les poings serrés, il se redressa difficilement face à ce sorcier qui faisait trembler l'univers magique. Un Black ne se prosternait pas, jamais.
- Il y en aura d'autres pour vous tenir tête, persifla le Gryffondor. Si nous tombons, il y en aura d'autres après nous. Pour cracher sur votre nom et mettre à bas vos croyances odieuses. Il y en aura toujours d'autres derrière nous pour vous dire non. Vous dire non et mourir.
La gifle partit, d'une violence sourde et brûlante. Sirius fut projeté contre un mur dans un bruit mat. Il sentit l'impact lui briser le dos, le goût du sang se faire plus intense sur sa langue. Et dans la douleur, dans l'incapacité où il se trouvait de faire le moindre mouvement, il éclata de rire.
- Aucun sens froid, aucune retenue. Ça te perdra, Tom, ça te perdra toi et ces pauvres crétins à tes ordres. Vous finirez tous à Azkaban à parler aux pierres et à bouffer la poussière. Nous n'arrêterons jamais de vous dire non. Jamais.
11 novembre 1978, Sainte-Mangouste, hôpital pour les maladies et blessures magiques, Londres
L'infirmière d'accueil protesta vainement face à la furie qui jaillit de la large cheminée d'arrivée du service de traumatologie de Sainte-Mangouste. Dans un nuage de cendres encore tièdes, Heather se rua dans le couloir. Elle avait les cheveux en désordre, les joues rouges d'avoir couru, vêtue à la hâte d'un pull-over de Sirius et du premier pantalon qu'elle avait trouvé.
Le Patronus de Lily l'avait réveillée en pleine nuit, il lui avait fallu à peine cinq minutes pour quitter Poudlard et arriver à Londres.
La silhouette de sa meilleure amie l'intercepta dans le couloir aux odeurs d'antiseptique et de potion de sommeil. Lily avait le visage encore tâché de suie, une large éraflure sur le front, des bandages sur les mains et le jean déchiré. Les deux Gryffondors s'étreignirent avec force.
Le cœur d'Heather se serra d'angoisse rétrospective et de soulagement. La guidant dans le dédale de couloirs immaculés de l'hôpital, Lily la mit au courant de tout. Augusta Londubat et Alastor Maugrey étaient intervenus in extremis, alors que le Mage Noir commençait à soumettre Sirius au maléfice Doloris. La Brigade des Aurors avait facilement dispersé les Mangemorts, et Tom Jedusor s'était éclipsé dans une explosion qui avait ravagé la moitié de la rue. Tout ça n'avait duré qu'une poignée de minutes, et ils avaient tous été conduits de force à Sainte-Mangouste sur les coups de minuit.
Dans la chambre éclairée d'une douce lumière dorée, Heather trouva James emmitouflé dans une couverture en train de boire une potion calmante. Alice et Frank dormaient dans un lit, tous deux couverts de bandages divers. James hocha la tête en direction du rideau du fond de la pièce. Heather y découvrit Sirius Black, et se sentit défaillir.
Elle avait retenu son cri, mais Sirius semblait l'avoir entendu dans son sommeil. Un mince sourire passa sur son visage incroyablement pâle. Une large ecchymose mangeait tout le côté droit de son visage. Il avait les traits tirés, le teint pâle, le bras gauche en écharpe. Sur une petite desserte, plusieurs flacons de couleurs diverses étaient ordonnés avec soin. L'experte qu'elle était reconnut sans peine les antidouleurs, fortifiants respiratoires, reconstituants sanguins, filtre de sommeil et de paix.
Heather retint son souffle. Son cœur éclatait d'émotions imprévues et terribles, une tempête de peur et d'angoisse qui la força à s'asseoir. Elle leva les yeux vers sa meilleure amie et l'interrogea du regard. Lily eut une espèce de tentative de sourire qui ne fit qu'accentuer ses traits tirés et l'extrême émotion qui l'agitait.
- Il ira bien. Mais ça a été très dur.
L'apprentie guérisseuse conjura une seconde chaise et s'y laissa tomber avec une infinie lassitude. Sa tête lui faisait mal, ses yeux la piquaient, mais elle ne pouvait dormir. Le rire terrible la poursuivait encore. Avec ce ton neutre qui est celui des comptes rendus médicaux, elle récita :
- Côte gauches cassées. Effondrement du poumon gauche par perforation. Clavicule cassée. Légère commotion. Rate sévèrement endommagée. Il y a une forte hémorragie mais il a été pris à temps. Juste à temps.
Heather s'aperçut enfin de la détresse de sa meilleure amie. Les yeux verts de Lily brillaient de larmes contenues. Ses lèvres tremblaient.
- J'ai eu si peur, Heather...
D'un bond, cette dernière vint entourer la rousse de ses bras. Doucement, de sa voix la plus douce, elle tâcha de rassurer sa meilleure amie. Elle la berça jusqu'à ce que les larmes de Lily se calment, jusqu'à ce que les vagues de la tempête s'apaisent. Tout irait bien. Ils étaient en sécurité désormais.
Une horloge sonna la demie de quatre heures. Heather recouvrit son amie d'une couverture, et la laissa s'abandonner au sommeil.
Allongé paisiblement, Sirius dormait toujours. Avec douceur, Heather vint déposer un baiser sur le front du Maraudeur, replaça une mèche de cheveux, traça les contours de ce visage parfait.
« Ne meurs pas, imbécile. Si tu meurs, je te tue ! »
Elle aurait voulu le regarder dormir jusqu'au matin. Elle aurait voulu veiller leurs rêves à tous, chasser les cauchemars, surveiller le travail des guérisseurs. Elle aurait voulu les soustraire à l'horreur. Mais l'affaire l'inquiétait. Il lui fallait savoir pourquoi ses amis avaient été visés. Sans se soucier de la mine outrée de l'infirmière d'accueil, Heather repartit par la cheminée par laquelle elle était arrivée dans un tourbillon de cape et de cendres.
Dans son bureau rond qui surplombait le parc, Albus Dumbledore semblait l'attendre.
12 novembre 1978, École de Sorcellerie de Poudlard, Écosse
« Les événements se précipitent, j'en ai peur. L'ennemi avance ses pièces sur le plateau, mais nous n'avons pas encore compris son entière stratégie. Tout s'accélère. Jusqu'ici nous avons joué en défense, dans l'expectative. Peut-être était-ce une erreur de ma part, je le concède. Nous ne pouvons plus nous le permettre. Les institutions sorcières et moldues vacillent. Tout le monde soupçonne tout le monde. Les partisans du Black Lord utilisent les Impardonnables pour faire agir leurs pantins à tous les échelons du Ministère. Voldemort n'a plus qu'à tendre la main pour cueillir la Grande-Bretagne. Les gens fuient, et ils ont raison. »
Le regard du grand Albus Dumbledore était infiniment las. Heather resserra ses doigts sur sa tasse de thé brûlante. La lumière de jour pénétrait dans le bureau par les hautes fenêtres, et Fumseck émit une petite note plaintive sur son perchoir. L'héritière de la Haute Famille Proskoff se força à prendre une grande inspiration avant de se confronter au regard clair du vainqueur de Grindelwald.
- Qu'attendez-vous de moi, monsieur le directeur ?
- Du temps, Heather.
Altière dans une robe de soie d'un vert forêt, la jeune femme contemplait le parc. Il avait plu, d'une pluie épaisse mêlée de neige qui avait englouti le monde en quelques heures. Les frontières physiques du monde se brouillaient entre le gris du sol et la boue du ciel mêlé de brumes. L'humidité extérieur semblait étouffer tous les sons, et le silence l'oppressait comme une main serrée sur sa gorge. Il fallut quelques secondes à la Gryffondor pour comprendre que ce n'était que de l'angoisse.
« Tom s'apprête à frapper fort. Ses émissaires envoyés aux quatre coins de l'Europe sont revenus avec des promesses d'alliances et de renforts. Et pourtant, ce qui m'inquiète est plus insidieux, plus sombre encore. La guerre civile est là, à nos pieds, mais le dessein de Voldemort ne m'est pas encore complètement apparu. Je ne peux l'affronter sans savoir l'atout qu'il garde dans sa manche. Nos défenses doivent tenir, miss Proskoff. Nos défenses doivent me laisser le temps de percer à jour le secret de Voldemort. »
Heather repoussa d'un geste distrait l'elfe qui lui proposait une nouvelle tasse de café. Dans l'encadrement de la haute fenêtre, la Gryffondor tentait d'organiser les pensées incohérentes qui s'affrontaient dans sa tête. L'image de Sirius sur ce lit d'hôpital lui collait à la peau. Les larmes de Lily. Le visage fatigué de Dumbledore - tant de choses reposent sur vous, miss. Ils savaient que Voldemort frapperait le 1er décembre. Après avoir fouillé les souvenirs de Lucius, Heather avait acquis la certitude qu'il s'agissait d'une attaque de grande ampleur, méticuleuse, visant simultanément le Ministère de la Magie et le gouvernement britannique moldu. Elle savait que le lord Noir avait envoyé ordres à tous ses partisans de se tenir prêt au basculement de leur monde. Mais des détails du plan, rien. Lucius savait qu'il aurait à introduire plusieurs paquets en avance à divers étages du Ministère, et qu'il prendrait part à l'attaque brutale qui s'en suivrait. Rien de plus.
Voldemort avait parfaitement compartimenté les informations, livré des bribes à chacun et l'entièreté de son plan à personne. Heather était à court de temps. Elle ne pouvait plus se permettre d'être prudente et raisonnable. Dans deux semaines, la Grande-Bretagne s'effondrerait.
La Gryffondor se redressa brusquement et frappa dans ses mains. Dans un pop sonore, une petite elfe dévouée apparut et s'inclina jusqu'au sol.
- Va me chercher Remus Lupin.
. . .
Le lycanthrope resservit les deux verres de vodka. Agitée, tremblante, furieuse même, Heather faisait les cent pas. Elle s'arrêta le temps de vider son verre d'un trait, et reprit son ballet incessant. Le Maraudeur commençait à connaître le processus de pensée de son amie, et ne pipa pas mot. Il avait les traits tirés, la mine soucieuse, mais restait d'un calme admirable face à la tempête intérieure qui secouait sa camarade et faisait rougeoyer l'air autour d'elle à chacun de ses pas. A la fenêtre la pluie s'était remise à tomber sinistrement.
- Remus, je voudrais que tu me fasses une promesse.
Il perçut la gravité terrible sous les mots, et sentit sa gorge se nouer. Heather avait pris une décision, et il savait parfaitement qu'il ne pourrait l'en faire dévier. Docilement, il acquiesça de la tête. Elle eut un sourire infiniment triste.
- Ne dis rien aux autres. Rien ne sert de les inquiéter inutilement. Et si, sa voix trembla l'espace d'un instant, si je ne reviens pas... donne ceci à Sirius.
Elle fit glisser vers son camarade une enveloppe épaisse, cachetée aux armoiries de Poudlard, adressée à Padfoot d'une belle écriture déliée. Sa voix n'était plus qu'un souffle.
- Que vas-tu faire, Heather ?
- Répondre à nos questions.
13 novembre 1978, Le Pas du Chat noir, Chemin de Traverse, Londres
- Parle, Proskoff. Si tu nous a demandé à nous et pas à tes p'tits potes de Poudlard, c'est qu'il va y avoir du sale.
Alena avait les traits tirés, le regard encore plus sombre qu'à l'ordinaire, mais souriait d'un air narquois. Elle porta à ses lèvres une tasse de café noir comme ses yeux, sans lâcher la Gryffondor du regard. Roman, en équilibre nonchalant sur les pieds arrière de sa chaise, surveillait les alentours d'un air faussement serein. Heather repoussa sa tasse vers le centre.
- Jedusor frappera le 1er décembre, et il frappera fort. Jouer sous couverture ne me suffit plus à récolter des informations.
Le petit café qui jouxtait Fleury and Bott était silencieux. Il était encore tôt, mais le ciel bas donnait à cette mâtinée humide des allures de fin de jour. Roman jouait avec sa baguette d'un air distrait. Une lourde chevalière d'or ornait son index gauche. Heather savait que le cabochon en était creux. Sous les armoiries familiales, il y avait du cyanure.
- Récolte d'informations seulement ?
La question d'Alena restait détachée, mais impliquait un sous-entendu qui flottait au milieu de la table comme un monstre. Heather replaça une mèche de cheveux de sa longue natte.
- En priorité. Si nous commencions à décimer les rangs de Jedusor, nous serions pris en moins de deux jours. Il changerait ses plans et l'Ordre ne pourrait faire face à l'attaque.
Ses anciens camarades de Prague hochèrent la tête en silence. Roman alluma une cigarette d'un claquement de doigts, soufflant sa fumée par la fenêtre à vitraux entrebâillée.
- Entendu. Nous verrons plus tard s'il y a lieu d'aller casser la gueule à du Mangemort, ricana-t-il d'un air mauvais. Quelles sont les cibles ?
Heather sentit son cœur se serrer d'un mélange de soulagement, de gratitude et de fierté. Alena et Roman étaient des soldats implacables, ils ne failliraient pas.
- Nous commencerons juste ici. Chez Barjow & Beurk.
. . .
Heather referma sa cape sur sa longue robe sombre, ajusta son épaisse écharpe de fourrure et rabattit sa capuche sur son visage, autant pour se protéger de l'air glacial que pour masquer son identité. Elle regarda Alena se mouvoir souplement dans les ruelles quasi désertes du quartier sorcier de Londres. La jeune femme était vêtue de la tenue sombre qu'affectionnaient les combattants de l'Ordre – cuir souple magiquement traité pour repousser certains maléfices et se fondre dans l'obscurité. Elle avait la baguette à la main, des couteaux de lancer fixés aux cuisses et aux avant-bras. Une tigresse, féroce et résolue.
Le propriétaire de la plus large boutique de l'Allée des Embrumes parut se faire la même remarque. Levant les yeux vers les trois amis, il marqua un temps d'arrêt, avant de se forcer à sourire aimablement à ceux qui lui apparaissaient comme trois mages noirs particulièrement dangereux.
La boutique était sombre, mais propre. Des étagères recouvertes de grimoires d'aspect sinistres couraient sur les murs. Le sol en parquet sombre craquait sous leurs pas, et dans les vitrines s'exposaient des artefacts et pierres précieuses à faire frissonner tout sorcier bien-pensant. Heather eut un mauvais rictus - ils n'était décidément pas des sorciers bien-pensant.
- Monsieur Malfoy est passé récupérer différents paquets il y a quelques jours, commença-t-elle en s'approchant du comptoir. Il en ignorait le contenu et n'en était que le livreur, si je puis dire. Je sais que cette commande a été passée par quelqu'un d'infiniment plus dangereux que Malfoy. Qui était-ce ?
Barjow fronça ses sourcils broussailleux, et ne manqua pas de noter la baguette brandie d'Alena ou la porte d'entrée que Roman venait de verrouiller. Il n'était pourtant pas homme à se laisser intimider et sourit d'un air mauvais à son interlocutrice.
- Je n'ai pas pour habitude de déroger à notre déontologie de confidentialité, miss... ?
Heather allait lancer une réplique cinglante quand Alena fit un pas en avant et frappa du poing sur la table.
- Oh par Merlin, on n'a pas le temps pour ces politesses ! Tu as trois minutes pour dire à la jeune femme tout ce qu'elle veut savoir. Au delà de ça, tu meurs, cette boutique brûle et j'irai moi-même fouiller dans tes registres pour répondre à nos questions !
La baguette était brandie, et la voix teintée d'un accent slave tremblait de rage. Barjow chancela sous le regard sombre d'Alena, et eut du mal à garder une contenance. Les étincelles rougeâtres lui brûlaient le cou. Il déglutit avec difficulté. Roman haussa un sourcil, et jeta un coup d'œil à l'extérieur. Il chuchota en russe sans se départir de son masque d'impassibilité.
- Des gens se dirigent par ici. Vous avez deux minutes.
Alena jura et échangea un bref regard avec Heather. Celle-ci sortit sa baguette et murmura entre ses dents.
- Impero !
Le regard de Barjow se fit vitreux. Heather soupira.
- Qui était ton commanditaire ?
- Le très digne Vladimir Proskoff.
Heather serra la mâchoires. Évidemment. Vladimir devait être en charge d'une grande partie de l'attaque.
- Que contenaient les paquets ?
- Une minute.
- L'Opale-qui-tue montée sur un sautoir d'argent toxique. Une bonbonne de fluide explosif vieilli sous la lune. Divers bijoux étrangleurs. Trois grimoires maudits. Un coffre à Maléfices. Le Sceptre de Seth.
La voix était monocorde, sans affect, mais Heather manqua de s'étouffer. Alena lui jeta un regard d'incompréhension que son amie chassa d'une main impatiente.
- Quoi d'autre ?
- Rien.
- Ils arrivent.
- Oubliettes !
Un Barjow légèrement confus accueillit avec obséquiosité le couple albanais qui poussa la porte. Voyant l'heure avancée, il haussa les épaules. Il avait eu un moment d'absence sans doute.
13 novembre 1978, château de Guildford, Surrey, Grande-Bretagne
Heather chancela un peu en lâchant le Portoloin en forme de bouteille qui les avait déposés dans un champ humide en périphérie du parc boisé de la construction moyenâgeuse. Roman replaça une mèche folle qui lui tombait sur le front et eut une moue perplexe face aux hautes tours sombres qui se dessinaient sur le ciel gris. L'endroit paraissait désert.
- Tu es sûre que c'est ici ?
- Certaine. Dolohov a passé des dîners entiers à se vanter de l'acquisition de ce domaine. Et des salles de tortures qui courent dans les souterrains.
- Réjouissant, persifla Alena en prenant la tête du groupe.
Quelques minutes de marche à l'abri d'un sort brillamment exécuté de Désillusion, et le trio parvint aux pieds de la haute enceinte de pierres sombres.
- Comment allons-nous entrer ? interrogea Roman en évaluant d'un coup de baguette l'importance des défenses qui entouraient la propriété. Briser ces défenses me prendra des heures.
- Par la porte, comme tout le monde ! rétorqua Heather sans même prendre le temps de se retourner.
. . .
Le patriarche ouvrit de grands yeux stupéfaits en voyant pénétrer dans son bureau l'altière héritière Proskoff suivie de ses deux gardes du corps. Il allait se lever pour accueillir son hôte lorsqu'un sort écarlate l'envoya rouler sur le sol dallé sans ménagement. Roman invoqua de solides liens magiques pour immobiliser l'homme, et s'effaça dans une légère révérence pour laisser place à Heather.
- Ne résiste pas, Dolohov. Ça n'en sera que plus douloureux.
L'héritière Proskoff s'agenouilla face au Mangemort et attrapa son visage à deux mains. Le regard fauve se fondit dans les prunelles pleines d'incompréhension de sa victime.
Des Inferis sur le Chemin de Traverse. Tower bridge en flammes. Des Détraqueurs à Poudlard.
Heather jura entre ses dents, alors que la conscience du Mangemort se débattait contre la sienne. Dolohov était un Occlumens correct, et la Gryffondor n'avait pas encore beaucoup d'expérience dans l'intrusion brutale. Mais elle ne céda pas, brisant chaque bouclier, enfonçant chaque porte fermée, rompant chaque boucle vicieuse, contournant chaque trou noir qu'il essayait de lui opposer. Le regard se fit vitreux, et Dolohov perdit connaissance. La sueur perlait sur le visage crispé de la jeune fille, jusqu'à ce qu'un sourire victorieux se peigne sur son visage.
Roman haussa un sourcil, détournant son attention du parc qu'il surveillait pendant qu'Alena gardait les coursives.
- Troisième étage de la bibliothèque, mécanisme caché derrière le Traité international du secret magique. Coffre. Fioles.
Heather haletait, et profita des recherches de son camarade pour reprendre son souffle. Roman revint vers elle d'un air perplexe, trois minuscules fioles remplies d'un liquide doré dans la main. Il regarda en silence son amie altérer et corrompre les souvenirs de sa victime. Lorsqu'elle se releva, elle contempla avec une joie immense la trouvaille de Roman.
- De la chance liquide.
15 novembre 1978, appartements du 4ème étage, École de Sorcellerie de Poudlard, Écosse
Elle se laissa tomber lourdement sur le canapé. De grosses bûches de pin achevaient de se consumer dans l'âtre, et l'obscurité régnait dans la pièce. Une horloge lointaine sonna la demie de onze heures. Heather soupira. Elle aurait voulu pouvoir se coucher et dormir une journée entière, ces deux derniers jours de traque l'avaient épuisée. Malheureusement, elle avait des rapports à faire et enseignait aux septièmes année à 9h le lendemain. Se forçant à se lever, elle invoqua son Patronus. Le lynx argenté s'étira à ses pieds avant de s'élancer dans les couloirs pour convoquer Selwin et Dumbledore. Heather se fit un café, prit une douche rapide et enfila des vêtements propres. Se blottir dans un sweat-shirt à capuche appartenant à Sirius semblait le meilleur des remèdes à son épuisement. Relevant ses cheveux en un rapide chignon, elle croisa son image dans le miroir et soupira. Le reflet se moqua de ses cernes et des rides soucieuses qui lui barraient le front. Il y avait de quoi se faire du souci pourtant.
17 novembre 1978, manoir Malfoy, compté du Wiltshire, Grande-Bretagne
Heather claqua des doigts pour qu'on lui remplisse à nouveau sa tasse de café. Vautrée fort peu élégamment dans un profond fauteuil de cuir, elle avait le visage encore plus fermé qu'à l'ordinaire. Un elfe empressé lui amena une assiette de délicates pâtisseries et un café très noir. Un pâle soleil d'hiver entrait par les fenêtres, mais ne suffisait pas à réchauffer l'atmosphère glaciale de la vaste pièce aux hauts plafonds. La Gryffondor ordonna qu'on remette du bois pour le feu au moment où la porte s'ouvrait. Lucius et Severus parurent, tous deux vêtus de sombre, conversant à voix basse d'un air soucieux. Ils se turent brusquement en apercevant la future Madame Malfoy, ce que cette dernière constata avec un soupir fort peu discret.
- Gardez-donc vos secrets, persifla-t-elle par dessus sa tasse en porcelaine. Mais aurez-vous l'obligeance de me mettre au courant si certaines de conversations me concernent un tant soi peu ?
L'héritier Malfoy fronça les sourcils d'un air contrarié – il n'appréciait guère les petits caprices de sa future épouse. Il était cependant attendu au Ministère, et embrassa Heather d'un air distrait avant de s'engouffrer dans la cheminée dans un tourbillon de flammes verdâtres.
- De fait, j'ai besoin de toi, Proskoff, déclara Rogue de sa voix traînante en s'asseyant dans le canapé en face d'elle.
Heather s'appliqua à ne pas trop montrer sa curiosité, mais hocha la tête pour lui indiquer qu'il avait toute son attention.
- Le maître veut que je prépare un Souffle de mort pour le 1er décembre. J'aurais besoin de ton expertise, le philtre est extrêmement instable et je peine à équilibrer la formule dans des quantités suffisantes.
Heather fronça les sourcils et déposa avec une lenteur calculée sa tasse sur la table de bois clair. Le Souffle de la mort était un philtre légendaire, quasi mystique. Un poison qui se transformait en brume toxique au contact de l'air et contre lequel il n'y avait pas d'antidote. Il était infiniment difficile à produire, et beaucoup de potionistes en avaient été victime au sein même de leur laboratoire.
- Qu'est-ce que tu appelles une quantité suffisante ? A quoi le philtre est-il destiné ?
Severus Rogue se leva, l'air soudainement gêné – si la gêne était une émotion que le Serpentard était capable d'éprouver. Il tourna légèrement le dos à Heather, attisa le feu un instant, semblant batailler avec lui-même.
- Severus ?
- Le Seigneur des Ténèbres n'a pas été explicite.
- Severus !
- Je crois qu'il le destine au Département des Aurors.
Le silence fut long. La Gryffondor ferma douloureusement les yeux, accusant le coup. On ne parlait plus de guerre gagnée au bout de la baguette, de duels farouches et de victoires glorieuses. On parlait de meurtres de masse, de massacre en règle et sans possibilité de s'en défendre. Heather était horrifiée, et tâcha de ne pas le montrer. Le regard sombre du Serpentard croisa enfin le sien.
- Je n'aime pas ça, souffla-t-il.
Heather enfouit son visage dans ses mains. Le Serpentard faisait les cent pas dans le grand salon. Dehors le soleil jouait avec les nuages et les paons faisaient la roue sur la pelouse.
18 novembre 1978, allée des Embrumes, Londres
La nuit était épaisse, presque palpable sur les pavés poisseux de la ruelle sinistre. Heather réajusta son masque d'argent et de cuir, par dessus lequel elle rabattit sa capuche. L'ample cape noire qui l'entourait semblait onduler dans la lueur tremblante des réverbères, comme une flaque d'eau sombre qui repoussait la lumière. Alena et Roman étaient vêtus de façon similaire, le visage masqués de cuir. Selon la conversation que Heather avait surprise au manoir Malfoy, Rosier ne devrait pas tarder ; il devait recruter ce soir-là un certain nombre de mercenaires dans un bar miteux jouxtant Barjow & Beurk.
Les trois amis se rapprochèrent silencieusement de la porte branlante du Café du coin. L'intérieur résonnait de voix graves et excités. Heather reconnut sans peine la voix tonnante d'Evan Rosier. Par une petite fenêtre crasseuse, elle jeta un coup d'oeil à l'intérieur. Une dizaine d'hommes à l'allure vindicative écoutaient le Mangemort faire sa proposition. Tous avaient l'air de combattants chevronnés. Heather hocha la tête en direction d'Alena, qui se dirigea vers l'arrière cuisine. Roman vint prendre sa place dans un renfoncement de la ruelle, à quelques pas d'Heather.
- Comment vois-tu les choses ?
- Je mettrais bien le feu à la baraque, grogna-t-elle entre ses dents. Mais j'ai besoin de savoir la mission précise de Rosier. Il nous faudrait un moyen d'identifier ces hommes.
- Alena aura une assez belle vue de leurs visages depuis l'intérieur, et peut en filer un à la sortie. Sans compter que Rosier devrait savoir leurs noms.
Heather acquiesça. Il avait raison, autant se concentrer sur le Mangemort. Un bruit de chaises poussées leur indiqua que la réunion touchait à sa fin. Alena reparut à cet instant.
- J'ai soudoyé un elfe pour avoir quelques noms, murmura-t-elle. Les Aurors n'auront qu'à les cueillir au nid. Le grand type blond m'inquiète en revanche, et je ne sais rien de lui ou de ses trois compagnons.
- Suivez-les. Je m'occupe de Rosier.
. . .
Lorsque le Mangemort parut à la porte, il se figea un instant, observant avec suspicion l'air immobile de la ruelle. Il était près de minuit et toutes les maisons étaient plongées dans l'obscurité.
- Bonsoir, Evan.
Une silhouette drapée de noir s'avança vers lui. Le masque argenté déformait les sons, et Rosier ne put reconnaître la voix de la jeune femme. Il fronça les sourcils.
- Que fais-tu là ?
- Il faut qu'on parle.
Heather fit s'évanouir le masque et profitant de l'instant de surprise du Serpentard pour s'approcher un peu plus près de lui. Evan se reprit pourtant très vite et eut un sourire goguenard.
- Que me veut la petite lionne ? Tu t'es disputée avec Lucius ?
Elle ne répondit pas, le fixant en silence avec un sourire narquois. Le Serpentard sentit un frisson le parcourir – elle tramait quelque chose, et cette idée lui paraissait à la fois particulièrement excitante et légèrement effrayante. Evan était grand, et Heather dut se percher sur la pointe des pieds pour venir lui voler un baiser. Leurs lèvres s'effleurèrent un instant, avant que le Mangemort soit parcouru d'un spasme qui le fit tomber à genoux. Il ouvrit de grands yeux stupéfaits, voulut crier mais aucun son ne sortit de sa bouche. Heather éclata d'un rire tranchant, et fit nonchalamment tournoyer une mince aiguille d'argent entre ses doigts.
- Ne cherche pas à lutter, la paralysie provoquée par le venin du Dent-de-vipère du Pérou n'a pas d'antidote. Mais rassure-toi, l'inhibition musculaire n'atteindra pas ton systère cardio-pulmonaire. Je ne suis pas un monstre tout de même, ricana-t-elle.
Elle attrapa le Mangemort par le bras et transplana dans un crac sonore.
20 novembre 1978, manoir Proskoff, Londres, Grande-Bretagne
Le reflet du miroir était élogieux. Heather acheva de fixer son chignon d'un geste sûr, retoucha à peine le rouge à ses joues et orna ses lèvres d'un rose poudré du plus bel effet. Dans une robe Empire d'un bleu nuit rehaussé d'argent, aux longues manches évasées, elle incarnait à merveille son rôle d'héritière éclatante de beauté modeste et obéissante. L'ironie la fit ricaner face à son miroir. D'une main un peu tremblante, elle déboucha le précieux flacon et s'autorisa une gorgée du liquide doré dérobé à Dolohov quelques jours auparavant.
Une sensation de chaleur bienfaisante passa à travers tout son corps comme une douce ivresse. Soudain, il lui semblait que le domaine des possibles s'ouvrait sur l'infini. Ce n'était pas une sensation de toute puissance, mais un sentiment de confiance doux et profond. Elle sourit à son reflet, dissimula la fiole précautionneusement. Mener un interrogatoire sur Vladimir Proskoff nécessitait bien l'appui d'un tel miracle magique.
Elle descendit les escaliers de marbre qui la menèrent au grand salon, où sa mère faisait jouer le tempo di valse de Dvorak. Heather offrit un grand sourire à Anastazie. On avait à dîner deux illustres aristocrates français – Tybalt de Chenonceau et Octave de Montmaure. Heather reconnaissait ce dernier comme professeur de Prazky hrad et invité au dîner du Seigneur des Ténèbres quelques mois plus tôt. C'était un homme à la mâchoire carrée, au regard perçant et au charme assez magnétique. Avec grâce, la Gryffondor se fendit d'une petite révérence face à l'homme qui lui offrit un sourire assez énigmatique. Elle sentait qu'il lui fallait le charmer, être cette si jolie poupée, se montrer espiègle et pertinente, mais surtout pas trop fière. Rester à sa place. D'ordinaire, Heather serait allée à contre-courant d'une telle intuition, aurait provoqué par plaisir, aurait brisé les règles. Elle sut se retenir.
- Quelle joie que de vous être enfin présenté dans les règles, miss Proskoff. Vous surpassez de beauté toutes les rumeurs qui circulent sur vous !
- Oh, vous me flattez, monsieur, rougit-elle en lui laissant sa main.
Heather se sentait électrisée. Elle accepta une coupe de champagne et s'approcha de son père qui conversait avec Tybalt au coin de la cheminée. Les deux hommes dégageaient une aura de puissance impressionnante, mais semblaient d'une humeur remarquable. Vladimir sourit largement à sa fille en la voyant, et lui déposa un baiser sur le front. Heather baissa docilement la tête.
- Puis-je vous servir quelque chose, monsieur de Chenonceau ?
- Un verre de bordeaux, mademoiselle, sourit le français au regard clair et aux épaules dignes d'un lutteur grec.
Le dîner fut des plus plaisants. La cuisine était remarquable, les vins délicats. Heather fit preuve de beaucoup d'esprit, écouta sans s'impatienter les grands discours racistes et idéalistes de son père, se fit douce et caressante avec de Montmaure, et se mit au piano pour ses messieurs lorsque sa mère se fut retirée. Tout semblait s'enchaîner à merveille, et la Gryffondor ne s'inquiétait en rien. Ne pas forcer le cours naturel des choses. Laisser faire.
Vladimir discourait dans son petit salon personnel tout de bois et de livres précieux. Les trois hommes étaient très gais, et Heather restait tranquillement à son piano – Dvorak, Chopin, Bethoveen revivaient sous ses doigts tandis qu'elle ne manquait pas un mot qui se disait à quelques pas. Elle n'intervenait pas, consciente de la ligne ténue sur laquelle elle marchait.
- Messieurs, concernant le 1er décembre...
Heather ne frissonna pas, et tourna avec contrôle la page de sa partition.
- Vous ferez parti du contingent de l'attaque du Ministère.
Tybalt de Chenonceau avait le visage rougi par le vin, et fumait un cigare avec délectation.
- Bien, bien. Quel est le but de cette offensive, Vladimir ?
- Purger le Ministère de ses Traîtres et Sangs impurs. Détruire la chaîne de commandement. Soumettre à l'Impéro quelques figures clefs du pouvoir pour opérer la transition en notre faveur. Faire trembler le monde.
La sonate du Clair de Lune de Bethoveen continua, impassible.
- Pendant ce temps, une équipe d'élite sera en charge de supprimer le gouvernement moldu. Des actes de terreur seront perpétrés en certains points clefs de Londres. Et Poudlard sera assiégé.
- Poudlard, cher ami ? s'étonna de Montmaure. Mais comment ?
- Rien ne résiste aux Détraqueurs, s'ils sont assez nombreux, sourit Vladimir en sirotant sa vodka. Et qui pourra s'y opposer, lorsque Dumbledore se videra de son sang dans l'atrium du Ministère ?
Heather sentit qu'elle ne devait pas réagir. Surtout pas. Se désintéresser de la conversation. Se forçant à garder une respiration égale, l'espionne à la solde de l'Ordre du Phénix continua à jouer du piano jusqu'à une heure avancée de la nuit. Et Vladimir déroula son plan, minutieusement, en sirotant sa vodka.
21 novembre 1978, bureau du directeur, École de Sorcellerie de Poudlard, Ecosse
La nuit était étonnamment claire à la fenêtre du bureau d'Albus Dumbledore. Sur son perchoir, Fumseck dodelinait de la tête dans une apparence de demi sommeil. Augusta Londubat faisait les cents pas le long des majestueuses bibliothèques, Erynia Selwin grignotait une pâte d'amande, Alastor Maugrey marmonait à la fenêtre en tirant sur une étrange pipe effilée. Heather se tenait droite sur son siège, abandonnant à ses aînés les rênes de la discussion.
- Vous avez fait un travail remarquable, mon enfant, lui sourit Dumbledore d'une voix douce.
- J'ai eu de l'aide, Monsieur le Directeur, murmura-t-elle.
- Pensez-vous que votre couverture tienne encore ?
- J'en suis certaine. Nous n'avons pas laissé de trace. Certains détails ne nous seront livrés que le jour même, je tenais à pouvoir les entendre de la bouche du Seigneur des Ténèbres.
- Bien, très bien, répondit Dumbledore en caressant sa barbe d'un air distrait.
- Nous n'avons plus besoin de vous ce soir, Heather, affirma Erynia Selwin à son étudiante. Allez prendre du repos. Nous gérons le reste.
. . .
D'un geste immensément las, la Gryffondor poussa la lourde porte de ses appartements. Un grand feu brûlait dans l'âtre, et une douce odeur de fleur d'orange flottait dans l'air. Elle stoppa sur le seuil avec surprise.
Sirius Black abandonna sa cigarette sur le balcon et s'approcha de la jeune femme toujours silencieuse.
- Tu ne croyais pas sincèrement que j'allais laisser Remus me laisser dans le flou ?
- Je ne voulais pas t'inquiéter, il fallait que tu te reposes, balbutia la Gryffondor soudainement très démunie.
- Les guérisseurs m'ont laissé sortir hier, tout va bien.
L'inquiétude, l'épuisement nerveux et le soulagement s'entrechoquaient dans la poitrine d'Heather qui en perdait tous ses moyens. Sirius fronça les sourcils ; il avait rarement vu l'héritière Proskoff dans un tel désarroi. Le Maraudeur attrapa le menton de la jeune femme et la força à le regarder dans les yeux.
- Je vais bien, Heather. Je ne vais nulle part. Il en faudra bien plus pour m'éloigner de toi. Compris ?
Elle hocha la tête douloureusement, les yeux brillant de larmes. Elle aurait voulu lui dire. Les Inferis sur le Chemin de Traverse. Les Aurors sans défense contre le Souffle de la Mort. La destruction du Gouvernement moldu. Le massacre en règle de tout le Ministère de la Magie. Les loups-garou et les Détraqueurs lâchés sur Poudlard. Les moldus livrés à la folie de Croupton. Les assassinats ciblés par objets ensorcelés. Une bombe pour Tower Bridge. Un Feudeymon pour le Magenmagot. L'effondrement à venir. Le Maraudeur passa une main sur son visage.
- Je sais, Heather. Mais nous ne laisserons pas ces dégénérés ravager notre monde, d'accord? Mais pour l'instant, tu as besoin de repos. Viens, je nous ai fait couler un bain.
L'eau chaude sentait la rose et la fleur d'oranger. Heather se glissa dans la baignoire dans un soupir de contentement. Sirius baissa l'intensité de la lumière et l'y rejoignit, entourant la Gryffondor de ses bras, couvrant son front et sa nuque de baisers très doux. Heather s'endormit.
Et voilà, j'espère que ça vous a plu !
Le prochain chapitre sera décisif, et on approche de plus en plus de la conclusion de cette histoire.
J'avoue que j'ai adoré écrire Severus en proie aux doutes. Je me suis tellement attachée à lui, je n'ai pas du tout envie d'en faire un meurtrier sans état d'âme. Et Sirius, Sirius, je ne m'en lasse pas. Qu'avez-vous pensé de sa tirade face à Voldemort ? Il a le sens du drame et l'orgueil propre à son nom quand même. Et puis avec Heather, ils sont juste adorables. Ils vont encore traverser pas mal de tempêtes dans les prochains chapitres...
J'ai hâte de vos retours,
Bien à vous
Hélène
