Note : J'ai vraiment honte de revenir si tard, plus d'un an que je n'ai pas avancé cette histoire. J'ai écrit, un peu, j'ai quelques chapitres de prêts qui ne demandent qu'à être postés, mais j'ai laissé traîner... Cette histoire est à la fois ma plus grande fierté et mon plus grand défi. Alors je vais tenter de la reprendre, pour enfin y mettre un point final.
Aurore (que je remercie d'avoir été au rendez-vous si rapidement, je suis trop émue...) m'a fait remarquer qu'il serait pas mal de vous écrire un petit résumé des chapitres précédents, histoire de vous remettre dans le bain. Comme je suis incapable de faire court pour raconter quelque chose, ce "résumé" a des allures de chapitre à lui tout seul, mais j'ai essayé de reprendre les éléments essentiels pour la suite de l'histoire !
Newt et Thomas font leur rentrée à l'Institut. Leur relation, instantanément amicale, ne tarde pas à pencher lentement mais sûrement vers un amour contrarié, malgré le déni de Newt qui s'embarque dans une relation avec Brenda. Après un baiser échangé lors de la soirée d'Halloween organisée par l'école, les deux garçons se lancent dans une relation clandestine, qui rapidement ne suffit plus à Thomas.
Les problèmes apparaissent dès décembre, lors de l'anniversaire de Newt. Thomas l'invite au restaurant mais cette soirée tourne au fiasco, Newt lui expliquant clairement et cruellement qu'ils ne forment pas un couple. Ils partent en vacances sans s'être réconciliés, mais Thomas réalise qu'il lui est impossible d'oublier Newt alors qu'il tente de se distraire dans d'autres bras (draps). Il tente de joindre le blond, qui lui apprend qu'il est à Londres auprès de sa famille (pour quelle raison ? Mystère).
Lorsque Thomas revient à l'Institut, Newt est aux abonnés absents, et ne fait son grand retour qu'en fin de semaine. Les deux garçons ont ainsi une discussion houleuse, au cours de laquelle Thomas avoue à Newt qu'il est amoureux de lui, et Newt lui répond en retour par La Déclaration d'Amour La Plus Pétée De Tous Les Temps (copyright). Après ça, leur relation reste secrète. Newt décide enfin de s'ouvrir à Thomas, en lui racontant l'agression homophobe qu'il a subi lorsqu'il était au lycée. Thomas comprend les peurs du blond, acceptant avec réticence de garder le silence sur leur relation. Cependant, ce secret le fait souffrir.
Teresa, toujours pleine de bonnes idées, leur propose de passer un week-end à la mer dans sa maison de vacances. Durant ce séjour, Minho avoue, un peu vexé, qu'il est parfaitement au courant de l'évolution de leur relation, et Newt se lâche davantage. Thomas s'imagine déjà que ce court séjour permettra au blond de passer outre ses appréhensions, mais tous ses espoirs sont douchés par la réaction de Newt lorsqu'ils reviennent à l'Institut.
C'est alors que tous ses doutes lui reviennent en pleine face, et une question l'obsède : est-ce que cette relation importe réellement à Newt, ou est-il le seul à s'être pleinement investi dans une histoire qui, même s'il le montre moins, le bouleverse autant que le blond ? Thomas étant ce qu'il est, la colère et la morosité prennent le dessus quand il réalise qu'il a envoyé balader toutes ses certitudes en se jetant à corps perdu dans une histoire qui n'est finalement qu'à sens unique.
Cependant, alors qu'il est sur le point de tout laisser tomber, Newt lui affirme qu'il veut continuer à se battre pour eux, et qu'il est prêt à ce que leur secret soit éventé. Les deux garçons passent enfin le cap et couchent ensemble, se démontrant ainsi à quel point leur relation importe l'un pour l'autre. Newt s'ouvre davantage à Thomas, lui parlant un peu de sa famille et notamment de sa tante Ava qu'il ne semble pas porter dans son cœur.
Néanmoins, la réalité ne tarde pas à les frapper de nouveau lorsque Minho et Teresa avouent à Thomas que les rumeurs vont bon train sur leur dos, et que les gens ne se privent pas de commenter leur relation houleuse. Une photo en apparence anodine, prise lors d'une compétition d'équitation, met le feu aux poudres…
Parallèlement, Aris déclare sa flamme à Thomas et se prend (sans surprise) un vent magistral. Minho sort avec Sonya, Teresa joue avec le feu avec Gally, ils ont des rencards secrets sur la plage et refusent de voir l'évidence. Minho et Gally se battent tels deux mâles en rut, récoltant un mois de retenue. Chuck est toujours aussi mignon, Beth est toujours aussi insupportable (mais torturée). Le Professeur et Lensherr font toujours des bêtises dans le bureau directorial. Harry est toujours délégué des journalistes. Alby rôde toujours dans les couloirs tel un père omniscient veillant sur ses enfants.
Chapitre 30 – I'm overcome in this war of hearts
Peut-être s'agissait-il d'un coup de pouce malicieux du destin, peut-être n'était-ce dû qu'à sa chance insolente. Peut-être que pour une fois, ses pas l'avaient guidé dans la bonne direction.
Toujours est-il qu'à quelques mètres de Thomas se tenait Harry, qui le dévisageait en fronçant les sourcils, les lèvres pincées, un air de profonde perplexité peint sur le visage.
« Tout va bien Thomas ? » s'enquit le délégué en se rapprochant lentement, à la manière d'un dresseur qui tenterait d'amadouer une bête sauvage.
Thomas se redressa, cruellement conscient de la détresse de noyé qui émanait de chacun de ses pores et tenta de se recomposer un visage neutre tandis que le brun levait un sourcil intrigué en tendant la main pour le saluer. Thomas lui rendit distraitement sa poignée de main tout en jetant un coup d'œil aux alentours.
« Ça va merci… Dis-moi, c'est toi qui publies les photos sur le groupe de l'Institut ? » enchaîna-t-il avec rapidité, forçant sa voix à adopter un ton neutre qui ne ferait illusion qu'auprès d'un sourd.
Harry eut un rictus.
« Ouais c'est moi. Enfin, la plupart du temps. Pourquoi ? »
Thomas ignorait ce que signifiait ce sourire sarcastique, et décida de passer outre tout en continuant son interrogatoire déguisé :
« Et c'est toi qui as pris les photos du concours hippique de ce week-end ? »
Harry leva les mains en signe de dénégation, répondant dans un éclat de rire :
« Oula non, vu mes capacités en photo j'ai pris la sage décision de déléguer ! Ce week-end, c'était au tour de Mathis de couvrir l'événement et de publier les photos, je crois. Ou peut-être Amélie. »
Le délégué s'interrompit quelques instants, fixant le vide tandis qu'il réfléchissait.
« Non, définitivement pas Amélie. C'était Mathis. Il fait du très bon boulot d'ailleurs ! »
Thomas lui répondit d'un regard acéré, une bouffée de haine lui transperçant le poitrail tandis qu'il visualisait déjà la tête de son camarade de classe contre le mur le plus solide et épais de l'Institut. Harry se méprit sur le sens de ce regard et lui répondit précipitamment :
« Pas que Newt ne fasse pas du bon taf hein ! Il est même excellent, si tu vois ce que je veux dire... » finit-il avec un clin d'œil qui laissa Thomas proche de la tachycardie.
« Je dois te laisser… » bredouilla-t-il pour toute réponse, ignorant le regard suspicieux que le délégué braquait désormais sur lui, perplexe face aux réactions de plus en plus étranges de son vis-à-vis. Ce dernier se précipita dans le couloir des salles communes, son cœur battant contre ses tempes avec une violence inouïe. Il devait trouver Mathis, et il devait le faire maintenant.
Bien évidemment, l'heure du déjeuner ayant sonné, les couloirs s'étaient remplis d'une multitude d'élèves, dont les regards insistants brûlaient la nuque de Thomas plus sûrement qu'un fer rouge. Il traversa cette marée humaine avec un sentiment croissant de claustrophobie, ignorant les murmures qui bruissaient parmi les rangs estudiantins, fixant résolument le sol dans une attitude soumise qu'il ne se connaissait pas.
Rasant les murs, il se dirigea vers la salle commune des journalistes, première étape évidente dans sa quête du jeune photographe dont il comptait prochainement refaire le portrait. Il se heurta néanmoins à une pièce vide et il décida de s'accorder quelques secondes de répit, s'asseyant sur la chaise la plus proche.
Il venait d'enfouir sa tête entre ses mains quand un raclement de gorge lui fit lever le regard. Sur le seuil de la porte se trouvait Harriet, qui lui lança un petit sourire engageant.
« Tu ne vas pas manger ? » lui demanda-t-elle d'un ton neutre, son visage n'exprimant rien d'autre qu'une sympathie joyeuse, dénuée de toute cette curiosité malsaine qui déformait les traits de chacun des étudiants que Thomas avait croisé durant son chemin de croix.
Ce fut probablement cette amicale empathie, bouée lancée à la mer que lui tendait Harriet, qui donna à Thomas la force et l'énergie de se relever de sa chaise.
« Je dois d'abord trouver Mathis. »
« Oh. » répondit simplement Harriet en haussant les épaules, « il est à la bibliothèque. »
Thomas la remercia rapidement en passant devant elle pour sortir de la pièce, s'éloignant avec précipitation tandis que la jeune fille le fixait.
Après avoir jeté un regard féroce aux deux étudiantes de sa promotion qui l'avait gratifié d'un immense sourire et répondu d'un signe de tête froid à Brenda qui l'avait prudemment salué de loin, Thomas finit par dénicher Mathis, planqué derrière une montagne de livres à la bibliothèque.
Le garçon ébaucha un sourire amical qui se fana rapidement devant l'expression d'une neutralité glaciale qu'affichait Thomas.
« Salut Thomas ! Quel bon vent t'amène ? » tenta-t-il néanmoins courageusement en lui adressant un signe enjoué de la main. Thomas ne répondit pas, tirant simplement une chaise pour s'asseoir en face de Mathis. Ce dernier le fixait désormais avec un regard perdu, visiblement indécis dans la conduite à tenir face à l'hostilité manifeste du brun.
« Est-ce que c'est toi qui as publié les photos du concours d'équitation sur la page de l'Institut ? » demanda abruptement Thomas, décidé à obtenir des réponses, peu importe la façon dont il devait malmener Mathis pour y parvenir.
« Euh… Oui, entre autres. Tu souhaites faire une réclamation ? » répondit Mathis en bégayant légèrement, impressionné par le regard sévère de son vis-à-vis, qui s'éclaira à l'entente de sa réponse. Sans plus réfléchir, Thomas sortit son téléphone de sa poche, ignorant les notifications l'informant que Minho avait cherché à le joindre à plusieurs reprises et entreprit de retrouver la publication incriminée.
« Serait-il possible que tu supprimes… cette photo-là en particulier ? » lâcha-t-il en tendant son téléphone à Mathis, qui s'en saisit d'un air perplexe, détaillant l'écran avant de lui lancer un regard dont suintait une énorme incompréhension.
« Quoi ? Mais pourquoi, elle est super cette photo non ? » répondit-il en posant le téléphone sur le livre qu'il tenait ouvert devant lui, baissant les yeux pour la scruter une seconde fois, cherchant le fond du problème.
« Non ! » s'exclama Thomas, faisant sursauter Mathis qui releva les yeux vers lui avant de hocher lentement la tête, saisissant progressivement les raisons du malaise de Thomas.
« Ecoute, » commença-t-il d'un ton doux, « tout le monde sait que Newt et toi êtes très proches. Aris n'a pas dû penser à mal en décidant de la publier, mais si tu veux que je la supprime… »
Le souffle de Thomas se bloqua dans sa poitrine et il se redressa sur sa chaise :
« Aris ? Qu'est-ce qu'il fait là celui-là ? » grinça-t-il d'une voix un peu trop aigüe.
« On a trié les photos ensemble hier soir, c'est long et un peu d'aide n'est jamais de refus tu sais. » répondit Mathis en souriant, désormais clairement amusé alors qu'il assemblait les pièces du puzzle dans sa tête.
« Il l'a fait exprès, j'en suis sûr ! » gronda Thomas avec colère tout en se levant, ignorant Mathis qui avait perdu son sourire et qui tentait de défendre Aris en bafouillant que Thomas se trompait totalement. Ivre de rage, il se rua hors de la bibliothèque, bousculant au passage quelques étudiants qui avaient eu le malheur de se trouver sur son chemin. Alors qu'il ne songeait quelques minutes auparavant qu'à éviter le regard inquisiteur de ses camarades, il sillonnait dorénavant les couloirs à pas rapides, jetant un œil dans chacune des salles communes afin de trouver l'infâme rat d'égout qui avait commis cette trahison suprême. Totalement inconscient de son comportement irrationnel, il déboucha dans le hall d'entrée en fulminant, se dirigeant vers les sous-sols de l'Institut.
En cet instant, Il ne pensait même pas à Newt, qui devait finalement être sorti de l'entraînement et dont il n'avait pas la moindre nouvelle. Newt, qui avait dû découvrir la photo et qui devait subir, seul, les chuchotements des autres étudiants. Il ne pensait qu'à sa douleur de se voir contraint et forcé d'admettre devant le reste du monde qu'il se passait quelque chose avec Newt, persuadé dans toute l'ampleur de sa paranoïa qu'une scène aussi peu explicite levait le voile de mensonge dont ils avaient soigneusement recouvert leur relation.
Alors qu'il arrivait à la piscine, ignorant les saluts que lui lançaient les quelques étudiants qu'il croisa – de toute manière, ils devaient probablement bien rire derrière son dos – il tomba nez-à-nez avec Aris et Sonya qui sortaient des vestiaires, visiblement en pleine discussion. Les deux amis se stoppèrent net en voyant le visage grave de Thomas, qui leur lança un sourire froid.
« Tu peux nous laisser Sonya s'il te plaît ? »
Sa voix se voulait avenante, mais elle résonna sèchement dans le couloir de pierre, sa phrase sonnant comme un ordre que Sonya ne sembla pas apprécier. Elle s'apprêtait d'ailleurs à répliquer, quand Aris l'en empêcha.
« Ça va aller Sonya… »
La blonde lança un dernier regard courroucé à Thomas avant de remonter son sac de sport sur son épaule et de s'éloigner pour les laisser seuls. Aris, qui la regardait partir, sursauta quand Thomas l'attrapa par l'épaule pour le plaquer contre le mur le plus proche.
Massant son bras douloureux, il leva un regard furieux sur Thomas en l'invectivant :
« Mais t'es complètement malade ! »
Thomas se rapprocha de lui soudainement, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre et grinça sourdement :
« Tu l'as fait exprès c'est ça ? »
« De quoi tu parles espèce de taré ?! » siffla Aris en le repoussant avec violence, les lèvres pincées.
« Tu as fait exprès de publier cette photo en sachant que ça nous mettrait dans une situation horrible Newt et moi, c'est absolument dégueulasse… » commença Thomas avec emportement en levant un doigt menaçant dans sa direction, les mots sortant de sa bouche en litanie furieuse et incontrôlée.
« Mais de quelle photo tu parles ? T'es complètement frappé ! »le coupa Aris en secouant la tête pour marquer son incrédulité face à la fureur injustifiée du garçon qui lui faisait face.
« CETTE photo ! Je te parle de cette photo prise pendant le concours hippique ! » cracha Thomas en sortant son téléphone, le déverrouillant sans douceur avant de se rapprocher rapidement et de saisir Aris par le col de sa chemise. Il lui colla l'écran sous le nez, analysant les réactions d'Aris tandis que ce dernier scrutait l'image, les yeux écarquillés de panique et d'incompréhension.
« J'ai rien publié du tout, j'ai juste aidé Mathis à faire le tri des photos floues ! J'étais même pas à cette compétition, je ne sais pas de quoi tu me parles, lâche-moi ! »
« Alors qui a publié cette putain de photo si ce n'est pas toi hein ?! »
Aris laissa échapper un son étranglé tout en essayant de se défaire de sa poigne de fer.
« J'en sais rien, mais t'as pas à t'en prendre à moi parce que tu n'assumes rien de ce qui se passe avec Newt, laisse-moi partir ! »
Thomas était sur le point de le secouer avec brutalité quand une voix grave s'éleva calmement derrière lui.
« C'est moi Thomas. C'est moi qui aie publié la photo. »
Surpris, Thomas desserra sa prise sur le col d'Aris, qui manqua de s'effondrer avant de se remettre d'aplomb, s'éloignant prudemment de quelques mètres.
« Alby ? » murmura Thomas en se tournant vers le nouvel arrivant, incapable de dissimuler sa surprise devant le visage neutre qu'affichait l'étudiant.
« Tu peux t'en aller Aris, » continua Alby en dévisageant le garçon, « c'est entre Thomas et moi maintenant. »
Un silence pesant s'installa entre les deux étudiants, rapidement rompu par Thomas qui grogna avec insolence :
« Tu vas m'enlever des points papa ? »
Alby leva les yeux au ciel devant l'attitude de petit garçon pris en faute qu'arborait à présent son ami.
« Il a raison, tu sais. Tu n'as pas à t'en prendre aux autres parce que tu ne maîtrises pas l'entièreté de ta relation avec Newt. »
Thomas le fusilla du regard.
« Tu ne sais rien de ce qu'il peut se passer entre Newt et moi. Pourquoi tu as pris la décision de publier cette photo sans nous en avertir ? Tu savais que des rumeurs tournaient dans l'Institut. »
« Et je savais aussi que Newt stressait à l'idée que vous soyez découverts. Néanmoins, au vu de ce qu'il a pu me dire sur l'évolution de votre relation, il m'a semblé qu'un petit coup de pouce ne pouvait pas vous desservir. »
Thomas s'apprêtait à répliquer vertement quand il marqua un temps d'arrêt.
« Attend. Quoi ? »
Alby laissa échapper un ricanement qui ne lui ressemblait guère.
« Thomas… Je passe en moyenne deux heures par jour avec Newt, assis sur des rondins de bois à curer les sabots des chevaux. Tu ne pensais quand même pas qu'on ne parlait pas ? »
« Mais… » commença Thomas, totalement abasourdi, « il ne m'en a jamais parlé… »
Alby haussa les épaules.
« A vrai dire, il m'en a parlé pendant la compétition d'hier. Mais pour être totalement honnête, ça fait longtemps que je vous ai grillés. Newt est un véritable livre ouvert pour qui sait faire attention aux détails. »
« T'es quoi, un genre de mentaliste ? » rétorqua Thomas en tentant de réprimer un rictus narquois, alors qu'il assimilait toutes les informations qu'Alby venait de lâcher d'un ton badin, comme s'ils parlaient de la pluie et du beau temps.
« Seulement quelqu'un qui garde un œil sur ses amis. » répliqua Alby du tac-au-tac en hochant la tête d'un air entendu.
Ils restèrent quelques instants en silence, Thomas réfléchissant à toute vitesse sur ce qui venait d'être dit. Il ignorait comment se comporter désormais. Il ne savait pas s'il devait retourner devant Mathis et Aris, pour leur présenter des excuses dont ils n'auraient probablement cure, trop blasés par son comportement aussi tempétueux qu'inexplicable.
Il était fatigué de ressentir toute cette colère, de se laisser emporter par elle comme il l'avait encore fait cette après-midi. Fatigué de toujours se laisser conduire par ces vagues d'émotions négatives, la fureur, la peur, l'angoisse. Fatigué de ne plus être maître de ses sentiments, ne plus parvenir à se contrôler depuis que tout cela avait commencé. Il avait seulement envie de retourner dans sa chambre et de s'enfouir sous les draps, fuyant la situation trop compliquée dans laquelle il s'était lui-même embarqué, et d'envoyer paître le reste du monde.
Ses pensées n'étaient pas plus claires lorsqu'Alby reprit la parole, questionnant d'une voix douce :
« Tu as peur ? »
Thomas s'accorda quelques instants de réflexion avant de répondre d'un ton inflexible :
« Non. J'ai pas à avoir peur de la bêtise des gens. »
Et au moment où les mots sortaient de sa bouche, il sut qu'il n'aurait pu être plus sincère envers lui-même. Il n'avait pas peur de la réaction des autres, à vrai dire, il s'en moquait totalement. Cette peur intime qui lui tordait les boyaux ne venait pas de lui. Elle venait de Newt et il se l'était simplement approprié. Désormais, il passerait au-dessus.
« Je t'admire Thomas, » opina Alby, « tu aurais des leçons à donner à la moitié des étudiants de cette école. »
« Parce que la moitié est gay ? »
Alby ne répondit pas, se contentant d'un sourire en coin.
« Allez crache le morceau ! Tu me dois bien ça ! »
Alby laissa échapper un rire tout en commençant à s'éloigner.
« Et tu comptes faire quoi si je te le dis ? Monter un club ? »
Thomas se stoppa, interloqué, et Alby en profita pour disparaître au coin du couloir en le saluant joyeusement. L'instant d'après, un lent applaudissement résonnait dans le couloir en pierres, faisant sursauter Thomas. Lorsqu'il se retourna, il tomba nez-à-nez avec Newt, nonchalamment appuyé sur l'une des colonnes de pierres, qui frappait dans ses mains avec un sourire narquois.
« Bien joué Superman. T'en as fait des conneries depuis que je te connais, mais là tu atteints des sommets. »
Thomas lui lança un regard qu'il espérait dédaigneux en s'approchant de lui, s'arrêtant pour lui faire face.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit-il en levant le menton dans un geste assuré, feignant la confusion alors qu'il se repassait mentalement le film de son après-midi désastreuse. Il était quasiment sûr d'avoir été seul avec chacune des personnes avec qui il avait pu parler au cours de son enquête officieuse et il ne comprenait vraiment pas comment Newt aurait pu être au courant de…
« J'ai croisé Harry et Mathis en revenant des écuries. Ils avaient l'air plutôt traumatisés. J'espère que tu ne comptes pas te reconvertir dans une carrière policière ? » le coupa Newt dans ses réflexions, un sourcil moqueusement haussé tandis qu'il le dévisageait toujours.
« Je… Je suppose que tu n'as pas vu la photo ? » demanda abruptement Thomas, soudainement écrasé par le poids de sa propre stupidité. En écumant les couloirs de l'école à la recherche du mystérieux photographe, il n'avait en réalité qu'aggravé une situation qui, avec le recul, ne présentait strictement rien de dramatique. Sa culpabilité le submergea alors qu'il prenait brutalement conscience de ce dans quoi il avait impliqué Newt malgré lui.
« Ah si, je l'ai vue. Elle est pas mal non ? » répondit Newt tranquillement, en sortant son téléphone de sa poche.
Incrédule, Thomas sentit son cœur rater un battement alors que Newt affichait la photo sur l'écran, sans se départir de son petit sourire. Ses yeux se fixèrent sur le téléphone et il sentit ses lèvres s'étirer dans un rictus mal assuré.
« Et ça ne te gêne pas ? »
Newt haussa les épaules.
« On a vu plus explicite comme photo non ? »
Thomas ouvrit la bouche pour répondre, mais Newt enchaîna :
« Et puis, ce n'est pas comme si les gens étaient réellement surpris. J'ai entraperçu Minho dans la Grande Salle, il m'a dit qu'on lui devait dix balles parce qu'il avait parié sur juin. »
Thomas haussa les sourcils, surpris et, il fallait l'avouer, légèrement vexé que Newt se montre plus raisonnable que lui, alors qu'il avait été durant des mois la drama queen de leur duo.
Newt croisa son regard étonné, et lui lança un sourire moqueur.
« Quoi, tu pensais vraiment que j'étais stupide au point d'ignorer les paris qui tournent dans notre dos ? J'ai déjà négocié avec Alby la moitié de ses gains, mais je compte bien lui soutirer tout ce qu'il va gagner. »
Thomas, qui semblait avoir réellement perdu le sens de la parole, émit seulement un bruit étranglé qui fit rire Newt. Cependant, un voile sombre tomba sur son regard quelques instants, et il était redevenu extrêmement sérieux quand il demanda :
« Est-ce que… ça te dérange toi ? »
Il avait brutalement perdu toute son assurance, et Thomas ne se souvenait pas de l'avoir vu un jour aussi timide. Tout reposait sur la réponse qu'il allait maintenant lui fournir et il déglutit avec difficulté avant de venir maladroitement saisir la main de Newt, qui reposait jusqu'à présent sur sa hanche. Désormais, il n'avait plus peur.
« Non. »
Sa voix était rauque et basse, et les doigts de Newt s'entremêlèrent aux siens, le tirant légèrement pour le rapprocher plus encore de lui.
« Alors viens, on fait comme si tout était normal. »
Thomas commençait à se pencher vers lui pour l'embrasser quand Newt le stoppa.
« Et arrête de toujours vouloir me surprotéger. Je ne sais pas combien de fois je devrais encore te le répéter mais j'étais sincère dans la bibliothèque ok ? Arrête de te prendre la tête Inspecteur Colombo. En plus, je commence à avoir la dalle et je ne me suis même pas douché à cause de tes idioties. »
Thomas laissa échapper un ricanement et se colla légèrement à Newt en susurrant : « ça tombe bien, moi non plus… »
Newt éclata de rire avant de l'embrasser pour de bon. Et Thomas sentit ses lèvres s'étirer en un immense sourire, une bouffée d'affection lui transperçant le poitrail alors que Newt le serrait dans ses bras. Peut-être que lui non plus n'avait plus peur.
Peut-être que tout ça serait plus simple que prévu, après tout.
Ils remontèrent dans leur chambre, deux sourires similairement stupides accrochés à leurs visages et prirent leur douche ensemble dans une ambiance légère.
Assis en tailleur dans la cabine de douche, profitant de ces instants de répit avant d'aller affronter les autres, Thomas ferma les yeux tandis que Newt lui shampouinait amoureusement les cheveux. Ignorant l'eau tombant en cascade sur leurs épaules qui se rafraîchissait au fil des minutes, ils restèrent longuement l'un contre l'autre, dans un silence pensif et réconfortant.
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-X-
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Quelques heures plus tard, c'est un Thomas pâteux qui émergeait de la sieste prolongée dans laquelle Newt et lui s'étaient plongés à la suite de leur douche partagée. Epuisé par le trop-plein d'émotions qu'il avait pu ressentir au cours de cette journée, Thomas s'était écroulé dans son lit, la taille simplement ceinte d'une serviette, et Newt l'avait rejoint dans la seconde suivante. Avisant les cernes violacés sous les yeux du blond, il avait décrété qu'ils avaient le droit à un peu de repos, et les deux garçons n'avaient pas tardé à tomber dans ce qui ressemblait à une léthargie comateuse.
Le soir était venu alors qu'ils étaient encore dans les bras de Morphée, et Thomas sursauta en avisant l'heure qu'affichait son réveil. Il réveilla doucement Newt en le secouant, et les deux garçons s'habillèrent en silence, encore groggys. Cependant, alors qu'ils sortaient de la chambre, Thomas sentit une certaine nervosité s'emparer de lui, mais Newt lui décocha un regard confiant, serrant sa main dans la sienne avant de s'engager dans le couloir.
Il jeta un œil à son téléphone, découvrant plusieurs messages qui provenaient de Minho et Teresa.
De : Minho : - (16h31) Mec vous êtes morts ou quoi ?
- (16h32) Je veux pas te faire flipper, mais tout le monde me harcèle de questions.
- (16h32) Quand je dis tout le monde, c'est tous les putains d'étudiants de cette putain d'école, donc ramenez-vous, c'est lourd.
- (17h43) Bon okay, j'ai peut-être exagéré. Y a juste Winston et quelques journalistes qui m'ont posé des questions et Alby qui m'a conseillé de décrocher de mon tel un peu.
- (18h45) Je vais venir vous chercher par la peau du cul !
- (18h46) … Nan en fait j'ai pas trop envie d'entrer dans une pièce où vous êtes enfermés depuis quatre heures
- (19h03) Hey mec, tout est ok, vous pouvez venir hein
- (19h06) Tom répond-moi, Teresa s'inquiète
- (19h06) OK moi aussi je m'inquiète
- (19h10) On se retrouve au dîner ok ? Tout va bien mec, tout le monde s'en fout
Le dernier message avait été envoyé une dizaine de minutes plus tôt, et Thomas répondit rapidement qu'ils arrivaient avant de fourrer son téléphone dans sa poche et de rattraper Newt qui était sur le point d'emprunter les escaliers.
Il ne savait pas du tout comment ils étaient censés agir maintenant. A vrai dire, ils s'étaient cachés pendant tellement longtemps qu'il se sentait complètement incapable d'agir différemment, de prendre la main de Newt en public ou même l'embrasser devant les autres étudiants. A partir du moment où Newt avait assumé ses propres sentiments, leur histoire avait correctement fonctionné et ils s'étaient habitués à ce petit secret qu'ils croyaient si bien dissimuler au reste du monde.
C'était assez étrange de réaliser que ce qu'ils avaient camouflé pendant des mois comme une affaire d'Etat se révélait finalement d'une si faible importance. Les seules personnes à réellement s'en soucier n'était en définitive que Newt et lui.
Il soupira, s'attirant un regard interrogateur de l'objet de ses pensées, et il lui adressa un sourire qu'il voulait rassurant alors qu'ils atteignaient le rez-de-chaussée. Les bruits des conversations dans la grande salle filtraient à travers les portes entrouvertes, et ils se lâchèrent la main par habitude.
Quand ils franchirent le seuil de la salle, rien de particulièrement notable ne se passa et ils gagnèrent leur place en silence, ignorant les quelques chuchotements qui s'élevaient sur leur passage. Thomas avait conscience que leur arrivée tardive était plutôt suspecte, avec leurs cheveux emmêlés et la trace de l'oreiller encore visible sur leurs joues, mais il fut agréablement surpris de constater que personne ne semblait en avoir cure.
Il s'installa en face de Minho, le défiant silencieusement de faire le moindre commentaire. Une fois n'est pas coutume, Teresa était venue manger à leur tableet il hocha imperceptiblement la tête vers elle pour lui faire comprendre qu'ils discuteraient de toute cette affaire plus tard.
Il sentait que les autres à leurs côtés retenaient péniblement les questions qui leur brûlaient les lèvres, mais les discussions restèrent légères jusqu'à ce qu'ils attaquent leurs assiettes. A ce moment, ce fut Winston qui se lança à l'eau le premier, son ton faussement désintéressé tirant un sourire sarcastique à Thomas.
« Alors, vous avez fait quoi de votre dimanche les mecs ? »
Il entendit Newt pouffer discrètement à côté de lui, et il constata en levant les yeux que Ben et Harriet, qui semblaient en grande conversation quelques secondes auparavant, s'étaient maintenant tus.
Ce fut Minho qui répondit à leur place, un sourire goguenard sur le visage, ignorant le regard suspicieux que lui lançait Thomas.
« Contrairement à d'autres, certains ont des occupations sportives autour de cette table. »
Winston resta silencieux quelques instants, avant de reprendre la parole, l'air de ne pas y toucher.
« On t'a cherché Thomas, mais Alby nous a dit que tu perfectionnais tes techniques de journalisme d'investigation… »
Thomas manqua de s'étouffer avec la bouchée de riz qu'il venait d'engloutir et Newt lui tapa dans le dos, littéralement mort de rire alors que Thomas partait dans une quinte de toux monumentale.
« Tu ne crois pas si bien dire… » lâcha nonchalamment Minho une fois que les deux garçons se furent calmés, faisant repartir le fou rire de Newt et lui attirant un second regard courroucé de la part de Thomas, stupéfait de constater à quel point, encore une fois, son ami était bien informé.
Même Teresa s'était départie de son air détaché et souriait à présent devant les sous-entendus évidents de Winston, mais personne autour de la table ne semblait déterminer à aider le garçon.
« Bon, bien que ce soit très drôle de te voir t'enfoncer, tu ne veux pas la cracher ta question qu'on en finisse ? » siffla Teresa avec amusement.
Winston était à présent aussi rouge que les tomates farcies qui composaient leur dîner et Thomas observait toute la scène en retenant difficilement un sourire moqueur. Cela n'avait définitivement aucun sens, mais tout le monde semblait prendre la chose avec tant de légèreté qu'il n'avait même pas la foi de rétorquer une vacherie à Winston, qui bafouillait lamentablement en sortant les rames pour se rattraper.
« Non mais euh… J'avais des trucs à voir avec Thomas c'est tout… »
Heureusement pour lui, ce fut Harriet qui détourna habilement la conversation en demandant : « Quelqu'un sait pourquoi Sonya nous lance des regards noirs depuis une demi-heure ? »
Chacun pencha la tête pour observer la jeune fille qui les fusillaient effectivement du regard de l'autre bout de la salle, à la table des étudiants en médecine. Aris se trouvait dos à eux, et Thomas put observer ses épaules se tendre quand Sonya se pencha par-dessus la table pour lui murmurer quelque chose.
Levant les yeux au ciel, il se rassit correctement en feignant d'ignorer le regard pesant de Minho, celui moqueur de Newt et celui interrogateur du reste de leur groupe. Il sentit un léger coup de pied atteindre son tibia et il releva les yeux pour tomber sur le froncement de sourcils perplexe de Teresa. Il ne couperait sans doute pas à un interrogatoire en règle de la part de son amie.
Pour l'instant, il se contenterait d'une fin de repas en paix et d'un long sommeil réparateur pour attaquer la semaine à venir. Un sommeil qui durerait environ deux ou trois vies.
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-X-
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Le jeudi suivant, à l'heure à laquelle devait normalement avoir lieu l'entraînement d'athlétisme, Thomas se retrouva embarqué dans ce qui était, selon son humble avis, le pire plan que la Terre n'ait jamais porté.
Teresa, mue par un enthousiasme inhabituel, avait convaincu Harriet, Winston et Thomas d'aller aider Minho pour qu'il puisse terminer sa retenue plus rapidement. C'est ainsi qu'ils se retrouvaient tous les cinq à l'étage des ingénieurs, passant d'une salle à une autre pour dépoussiérer un matériel dont la valeur surpassait celle de toutes les possessions de Thomas réunies.
Et dire que le Professeur avait trouvé opportun de confier cette tâche à un abruti tel que Minho.
Thomas avait senti le traquenard lorsque Teresa lui avait fourré d'autorité un plumeau dans les mains, lui indiquant du menton la rangée d'ordinateurs qui s'étalait dans un coin de la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Il n'avait cependant réellement pris conscience de s'être fait avoir quand il avait détourné le regard de son travail quelques secondes pour s'apercevoir que Teresa et Harriet avaient délaissé depuis bien longtemps leurs chiffons et s'étaient assises sur une des tables, devisant gaiement en contemplant leurs amis s'agiter dans tous les sens.
« Hey Tee, rappelle-moi pourquoi on est là déjà ? Pour aider Minho c'est ça ? » lança-t-il d'une voix qui oscillait entre agacement et moquerie. En entendant son prénom, Minho surgit de la machine qu'il nettoyait consciencieusement – une fois n'est pas coutume – et fusilla du regard les deux traîtresses. Winston, qui s'affairait à essuyer le grand tableau blanc qui prenait un pan entier du mur, se retourna et laissa échapper une exclamation indignée.
« On vous dérange peut-être ? »
« Absolument pas. » répondit Teresa mielleusement tandis qu'Harriet contemplait ses ongles avec un sourire satisfait.
« Okay, c'est l'heure de faire une pause. » asséna Minho en se relevant totalement, lâchant d'un air dégoûté le tissu sale avec lequel il tentait vainement de dégraisser la machine récalcitrante depuis une bonne demi-heure. Thomas laissa tomber son plumeau avec soulagement et Winston lança un regard désemparé à son éponge, qui dégoulinait sans vergogne sur l'épais tapis rouge qui se trouvait sous le tableau. Thomas ne manqua pas son haussement d'épaules désintéressé avant que l'éponge ne disparaisse dans le seau rempli d'eau trouble aux pieds de son ami.
Il s'affala au pied de la table sur laquelle était juchée les deux filles, sortant de sa poche son téléphone. Jetant un rapide coup d'œil sur l'écran, il grinça des dents en avisant le dernier message de Newt, qui n'était rien de plus qu'une photo d'Alby et lui se prélassant dans le fameux sauna dont Minho lui rabattait les oreilles depuis plusieurs semaines. Les deux garçons arboraient un sourire éclatant, le pouce levé à l'attention de l'objectif et Thomas sentit ses lèvres s'étirer en un sourire doux tandis qu'il verrouillait de nouveau l'écran.
Néanmoins, son geste n'avait pas échappé à Winston, qui s'était installé à côté de lui et qui, visiblement, n'avait pu empêcher ses yeux de traîner là où ils n'auraient pas dû être.
« Alors comme ça… Toi et Newt ? » lâcha-t-il d'un ton badin, les yeux rivés sur ses mains et le mouchoir qu'il utilisait pour les essuyer.
Thomas sentit sa bouche s'assécher face à cette question directe, à laquelle il n'avait malgré tout pas été préparé. Après l'épisode du dîner, qui s'était terminé dans le calme après que le malaise issu des premières indiscrétions de Winston se soit dissipé, il avait cru que la tempête était passée. Il n'avait pas eu à affronter de nouveaux regards en coin ni de chuchotements, l'émotion collective créée par la diffusion des photos s'étant manifestement essoufflée.
Il s'était auto-persuadé qu'il n'aurait pas à se justifier davantage, tentant de suivre l'opinion de Newt qui se contentait de hausser les épaules à chaque fois que Thomas remettait le sujet sur le tapis. On ne va pas leur envoyer des faireparts, avait grincé le blond alors qu'il se lamentait une fois de plus sur la trop grande perspicacité des étudiants de cette école et sur leur situation merdique.
Oh, ils avaient bien dû essuyer une ou deux remarques, principalement de la part de quelques filles de leur classe, leur assurant qu'elles trouvaient leur couple « hyper mignon » et qu'elles les soutenaient « à 100% ». Ils n'avaient ni démenti ni confirmé, entretenant volontairement un flou dont la population estudiantine leur faisait grâce. Même Winston avait cessé de leur lancer des regards intrigués à chaque fois qu'ils se montraient côte à côte, et Thomas s'était imaginé que tout finirait par s'aplanir et redeviendrait finalement normal.
Cependant, alors qu'il se retrouvait face à la question curieuse de son ami, il dût se rendre à l'évidence : plus rien ne reviendrait normal. C'est pourquoi, sans trop prendre le temps d'y réfléchir, il répondit dans un marmonnement presque inintelligible :
« Mmh. Newt et moi. »
Ce n'était pas grand-chose, seulement trois mots soufflés les uns à la suite des autres, mais cela fut suffisant pour que Winston se relève d'un bond impressionnant, brandissant les poings vers le ciel comme le vainqueur du Tour de France.
« JE LE SAVAIS ! Incroyable les mecs, vous êtes trop forts ! »
Thomas croisa le regard de Teresa, qui s'était retournée pour connaître la source de tout ce raffut, et ils échangèrent un sourire dépité tandis que Winston se précipitait sur les trois autres pour leur confirmer la nouvelle.
« Désolé mon pote, mais c'est pas non plus la révélation du siècle… » le stoppa Minho avec une moue contrite, lui faisant perdre son sourire victorieux.
« Déjà au courant. » lâcha Teresa en haussant nonchalamment les épaules, adressant un clin d'œil à Thomas alors que Winston se tournait vers Harriet, les yeux remplis d'espoir.
Cette espérance fondit comme neige au soleil lorsque la jeune femme lui rétorqua : « Idem. » d'un ton blasé, accompagné d'un léger geste de la main, tirant un hoquet de stupeur à un Thomas dépassé par les évènements.
« Harriet ?! » s'exclama-t-il en se remettant rapidement sur ses pieds.
« Thomas ? » ironisa-t-elle en retour, haussant un sourcil qui n'aurait pas fait rougir Newt de honte.
« Comment tu.. ? C'est Teresa qui.. ? » tenta-t-il laborieusement, rapidement coupé par le rire d'Harriet, tandis que Teresa levait vivement les mains pour se dédouaner de toute accusation.
« Franchement Thomas, tu penses vraiment que j'aurais eu besoin de Teresa pour m'apercevoir d'un truc aussi évident ? Sérieux Winston, je sais pas sur quelle planète tu vivais avant ça mais bienvenue chez les Terriens. »
« On a été très discrets ! » s'insurgea Thomas plein de fierté, qui ne loupa pas cependant le regard dubitatif que Teresa et Minho se lancèrent dans le dos d'Harriet. Il leur adressa une grimace irritée avant de reporter son attention sur la jeune femme.
« Ouais ouais, c'est ça. Aussi discrets que Minho lorsqu'il prétend qu'il va chercher des bières et qu'il s'enferme en réalité dans le fumoir pendant une heure. » persifla-t-elle avec amusement, ignorant l'exclamation outrée de Minho derrière elle.
Winston, qui avait suivi l'échange avec grande attention, s'interposa à ce moment précis :
« Mais ça dure depuis quand cette histoire ? »
Thomas ouvrit la bouche pour esquisser une réponse, mais seul un long soupir en sortit alors qu'il réalisait qu'il était bien incapable de dater sa relation avec Newt, et surtout de lui donner le moindre point de départ.
« Halloween je dirai. Pas toi Tom ? » répondit Teresa à sa place en lui lançant un regard malicieux.
Néanmoins, Winston semblait avoir perdu toute envie de rire quand il se tourna franchement vers Thomas, les sourcils froncés.
« Et qui d'autre est au courant ? »
Pris de court, Thomas prit quelques secondes pour réfléchir.
« Mmh, Minho, Teresa, Gally à mon plus grand désespoir, Alby… Probablement le Prof, parce qu'il sait tout, et Lensherr de fait, parce que le Prof lui a dit. Aris aussi, et je parierai que Sonya également, parce que c'est une vraie commère. Et Harriet et toi désormais. C'est déjà… pas mal… » énuméra-t-il avec lenteur, les yeux perdus dans le vide tandis qu'il essayait de n'oublier personne.
« C'est une blague ? » lâcha Winston d'un ton acide, surprenant l'intégralité du groupe présent dans la salle. « On se voit tous les jours et c'est que maintenant que tu penses à m'en avertir ? Après Gally ou même Aris ? Sympa les potes ! Vous pensiez quoi, que j'allais vous incendier et monter toute l'école contre vous ? » continua-t-il avec emportement.
« Non, bien sûr que non ! C'est juste… compliqué et je ne savais pas comment te le dire, ni comment tu allais le prendre ou… » tenta vainement Thomas en se rapprochant de son ami, qui esquiva en jurant la main apaisante qu'il souhaitait poser sur son épaule.
« J'me casse, » cracha Winston en se dirigeant vers la porte, « si vous avez quelque chose à me dire, n'oubliez pas d'attendre deux ou trois mois, histoire de ne pas encombrer ma petite cervelle étriquée avec des infos que je pourrais sûrement mal prendre ! »
Une fois qu'il fut parti, les quatre autres restèrent un petit instant à se regarder dans le blanc des yeux, incapables de savoir comment réagir face à la réaction disproportionnée que leur avait servi Winston. La première à se reprendre fut évidemment Teresa, qui frappa dans ses mains en s'exclamant :
« Alors ça, c'était une sortie dramatique comme on en fait plus depuis longtemps ! »
Harriet lâcha un ricanement, qui mourut dans sa gorge lorsqu'elle croisa le regard effaré de Thomas, qui peinait encore à comprendre ce qui venait de se passer.
« Mais… Il fait la gueule parce que vous êtes gays ou parce qu'il est vexé d'être le dernier au courant ? » lâcha Minho d'une voix blanche, les yeux toujours fixés sur l'encadrure de la porte à travers laquelle Winston venait de disparaître.
« Laisse tomber Tom, il finira bien par se calmer, » souffla Teresa en sautant de la table sur laquelle elle se tenait toujours assise. « Il est juste vexé qu'on lui ait caché ça pendant si longtemps. »
« C'est pas une affaire d'Etat pourtant. » renchérit Harriet en l'imitant, ramassant son plumeau qu'elle avait posé sur le sol avant de s'installer.
« C'est mon affaire d'Etat personnelle. » rétorqua Thomas avec un sourire en coin, sortant de la torpeur dans laquelle la tirade enflammée de Winston l'avait plongé.
Les quatre étudiants échangèrent un regard dépité et chacun se remit au travail, évitant consciencieusement de regarder du côté du seau abandonné par Winston. A la fin de cette après-midi poussiéreuse, Thomas aurait pu jurer ne jamais avoir mis autant de cœur dans le nettoyage d'une pièce quelconque.
