Son seul souvenir était deux éclats blanc et doré. La mort était surprenante. Le 13 juin 1943, elle s'était regardée dans sa robe de serdaigle seule et oubliée sur le sol des toilettes des filles du deuxième étage. La mort n'avait pas fait défiler sa vie devant ses yeux. Uniquement ce qu'elle aurait pu être. Elle aurait pu être heureuse. Ses parents et son frère lui disaient toujours : « Ce n'est que l'école, Myrtle, ce n'est qu'un mauvais moment. Apprends à devenir sorcière. Nous sommes fiers de toi. »
Elle ne voulait pas mourir. Elle avait trop peur de l'après. Elle était revenue sous la forme d'un spectre sans savoir qu'elle se condamnait à une souffrance éternelle dans sa robe mortuaire d'écolière de nuit et de bronze. Myrtle oubliait parfois son nom. Ça lui échappait. Elle n'était plus que ce surnom grotesque que les enfants lui affublaient : la Grosse Mimi.
Elle comprenait les relations compliquées entre fratrie. Elle en avait vu beaucoup se disputer au travers de la trentaine d'années venant de s'écouler. Parfois Myrtle se souvenait qu'elle n'était pas que le fantôme geignant dans les toilettes du deuxième étage. Elle avait aimé, haït et vécu. Le plus souvent, elle l'oubliait et se lamentait sur le non-sens de son existence réduite à n'être qu'un spectre des bidets. Elle se perdait parfois dans sa tristesse et son malheur mais c'était un peu moins triste depuis que son frère était ici.
Le fantôme de la jeune adolescente observa Sirius Black frapper contre les portes des toilettes. La rage donnait au corps du garçon un air aussi sauvage qu'effrayant. Myrtle voletait autour de lui intriguée par tant de colère. Elle aimait bien les frères Black si torturés et tortueux comme les racines du saule cogneur. Elle sembla se matérialiser devant lui. Ses pieds touchèrent le sol, elle devint moins transparente et Sirius pu davantage sentir sa présence bien que son poing passa au travers d'elle.
« Oh, pardon Mimi, dit-il retirant vivement sa main, je n't'ai pas vu apparaître.
─ Si tu en as assez de vivre, veux-tu me rejoindre ? Je m'ennuie ici toute seule.
─ Mimi… j't'ai déjà dit : j'n'veux pas mourir.
─ Je ne voulais pas non plus. C'est la faute de Hornby ! Elle s'est moquée de mes lunettes ! Je me suis bien vengée au mariage de son frère. »
Soudainement, Sirius Black eut une révélation. Le professeur Luzon avait raison : un et un font deux. Mimi pouvait être partout, tout voir et tout savoir ! Lui avait besoin des trois à l'instant. Non seulement, elle était un fantôme mais en plus elle était une adolescente. Elle avait un goût pour les adonis et ils en faisaient souvent les frais. Sirius avait entendu plusieurs fois des préfets s'en plaindre. Appolon répondait à ses critères : il était mystérieux, toujours à roder dans l'école et il avait un charme certain. Elle devait le surveiller en cachette.
« Tu connais le concierge ? s'enquit-il.
─ Satané Rusard ! Il est comme cet imbécile de Peeves !
─ Je parlais de Monsieur Picott.
─ Monsieur Picott n'est pas un concierge !
─ Mimi ! C'est le concierge de l'école.
─ C'est un espion, » murmura-t-elle, la main droite près de ses lèvres.
Elle se mit à tournoyer sur elle-même, les mains sur son cœur ne battant plus et volant dans un cri strident. Elle gloussa quelques minutes et se reposa, assise sur l'un des lavabos centraux de la pièce. Sirius continua la conversation : « Est-ce-que tu sais si quelqu'un a volé sa place actuellement ? »
Le fantôme de l'adolescente poussa un hurlement incompréhensible et intraduisible. Elle pouffa de rire et monta ses doigts devant ses lèvres malgré l'agacement bien visible de Sirius. D'un coup, elle disparut brutalement dans les canalisations créant une inondation.
Si cet échange ne ramenait aucune certitude et aucun fait tangible, Sirius Black y vit comme un élément supplémentaire à la réalité de son songe. Plus déterminé que jamais à prouver à son meilleur ami qu'il avait raison, il se dirigea d'un pas décidé vers le bureau de Dumbledore se trouvant au même étage. Circonspect, le brun savait qu'il devait absolument lui parler. C'était bien le seul adulte en qui il avait une confiance aveugle. Les jugements de l'adolescent étaient souvent tranchés et sans demi-mesure.
Alors qu'il parcourait le chemin séparant l'aile ouest de l'aile est et qu'il passait près de l'armure de William Marshal, il entendit un bruit suspect derrière lui. Bondissant, il évita de justesse le sort de l'assaillant qui s'écrasa sur le mur. Immédiatement, Sirius attrapa la baguette à sa ceinture et contra le second sort du Saucisson lancé par le préfet des serpentards. Vêtu d'une robe de soie verdoyante brodée de fils argentés et d'une cape de printemps en fourrure jade, Lucius Malfoy brillait de toute sa superbe. Sa longue chevelure blonde tressée était maintenue par une élégante broche grise représentant un occametus albicilla protégeant son œuf. Lui décochant un regard meurtrier, Sirius para le troisième sortilège en le faisant rebondir sur le heaume de Marshal. Amusé par l'air revêche du cadet, Lucius claqua sa langue sur son palais et prononça : « Carpe Retractum ! » Un filet de plusieurs cordelettes rougeoyantes rattaché à la baguette du blond entoura la taille de Sirius et se rétracta pour l'attirer vers son ainé qui usa d'un cinquième sort pour le projeter au mur. Sort qui fit disparaître l'entrave du filet.
Les pierres désagréables dans son dos ne l'étaient pas autant que la présence de Malfoy dont les talons claquaient sourds et graves en franchissant les trois pas le séparant du brun. La baguette de Sirius se retrouva projetée au sol et les mains de ce dernier collées au mur par une attraction invisible.
« Attaqué le préfet des serpentards et de dos ! Je vais signaler ce que tu viens de faire Black !
─ Mens autant que veux, je m'en morgane ! Fous-moi la paix !
─ Tu ne sais pas qu'on te cherche ? Le Directeur va sans doute te renvoyer !
─ Je vais justement le voir le Directeur ! Ah… Arrête ! »
Essayant de se décoller, Sirius regarda impuissant son ainé se rapprocher davantage. Il pouvait désormais sentir la caresse des plumes de sa cape et constata avec énervement qu'il était toujours plus petit que lui.
« On dit que tu aimes patrouiller seul la nuit, Sirius ?
─ C'te regarde ?
─ On sait tous ce qu'on fait dans les pièces vides à la nuit tombée.
─ Arrête… »
Tentant de repousser le préfet de serpentard, Sirius se mit gigoter en sentant son pantalon être défait. Il foudroya du regard le blond. Il avait soudainement envie d'être aspiré par les pierres le maintenant. De disparaître totalement à l'intérieur de ce mur.
« Regulus nous a informé que tu as réclamé à avoir Tom Jedusor pour toi seul. Il semblerait qu'il prenne très à cœur ta formation. Dis-moi est-ce qu'il t'a formé aux plaisirs utiles pour éviter d'engrosser la première venue ? Es-tu devenu un éphèbe de ton Socrate ? Est-ce que tu apprécies davantage sa virilité puissante de celle de la borgnesse ? »
Vicieux, les doigts du préfet passèrent sur le sous-vêtement du jeune lion. Ils remontèrent jusqu'à ses cotes, stupéfait par la régularité de ses courbes insolentes d'incube. Les lèvres entrouvertes, il vint embrasser la peau bronzée sentant la sueur et le bois.
« Ne me touche pas !
─ Black, entre hommes de sangs-purs, il faut savoir se rendre service. Et tu es si fin et petit, tu ressembles beaucoup à Bellatrix.
─ Tu veux me voir vomir ? baragouina Sirius, attends ! »
L'accent soudainement plaintif, il ouvrit des yeux ronds en sentant et son haut être soulevé au-dessus de sa poitrine. Rougissant violement, Sirius déglutit en sentant son boxer être descendu. Il était quasiment nu devant l'autre adolescent à sa merci.
« Retire immédiatement tes pattes, Blondie !
─ Tu vas me rendre service, Black. »
Le regard licencieux des yeux gris de Malfoy semblait transpirer une émotion percutante et indéchiffrable pour le plus jeune. Les iris étaient humides, brillantes et tendres. Pourtant, elles lui donnaient un air prédateur et effrayant.
« J'n'te rendrais jamais service, souffla le brun.
─ Il m'appartient d'en juger. »
Sentant son épaule être dénudée, Sirius se crispa sur des lèvres humides venant jouer de sa peau, l'aspirant et la pinçant. Satisfait de la marque posée, les lippes luisantes d'une substance pellucide et liquide, Lucius replongea son regard dans celui de Sirius, glissant sa main à l'arrière de son dos se demandant si le Maître mal-né s'y était glissé.
« Je t'avais prévenu qu'à force de ressembler à de la viande fraiche, tu passerais en cuisson.
─ Qu'est-ce-que… » déglutit Sirius dont l'incompréhension était lisible. Sans doute trop lisible. Lucius le remarqua immédiatement. Sirius n'avait aucune idée de ce qu'il était en train de se passer. Il sourit en coin :
« Jedusor ne t'a toujours pas formé, n'est-ce pas ?
─ …Où… …est… ce que tu mets ton doigt… ? Malfoy… Lucius… Arrête…
─ Désolé, cousin, je me dois de te former à être plus obéissant. »
L'inconfort provoqué par un doigt introduit dans une zone qu'il pensait uniquement réservée aux selles bien que la curiosité l'eût déjà tenté à essayer d'en comprendre l'autre usage provoqua en Sirius une vague de stupeur qu'il ne pouvait pas saisir et qui fut rapidement transformée en rage folle. Le doigt remua provoquant un inconfort grandissant. Un éclair lui déchira l'esprit.
La respiration haletante, la main ferme sur sa baguette revenue entre ses doigts, Sirius regarda le corps de Lucius au sol. Inconscient, du sang glissait le long de son crâne tâchant sa chevelure. L'occamy dans les cheveux braillaient d'un cri éploré. Malfoy ne se relevait pas.
Se rhabillant dans la précipitation, toute la colère de Sirius s'était évaporée face à la peur terrible d'avoir tué son camarade. « Malfoy ? » Tenta-t-il dans un espoir de le voir lever la tête. Sirius s'agenouilla près du blond. Il ne savait pas utiliser le sort de soin de Severus et il n'avait aucune idée de quel sort il avait jeté sur Lucius. Il ne souvenait que de la peur et de l'éclair de lumière. « Lucius, ne fais pas ton gnome ! » s'agaça-t-il, en remuant à nouveau le corps. « Lu ? S'il te plaît… »
Il se retrouva au sol, la cape du blond trainait misérablement au sol, sa robe était déchirée, il saignait abondamment. Il referma ses doigts sur le visage de Sirius venant lui arracher un baiser ensanglanté et sauvage. Cette réaction désordonnée, confuse et perturbante de son ainé fit réagir immédiatement le plus jeune qui le projeta au sol. Lucius retomba pitoyablement, son corps roulant dans la poussière. Brutalement, un sort toucha de plein fouet la main Sirius et sa baguette s'envola pour atterrir dans la main d'Appolon Picott accompagné de Rusard.
Sirius regarda la main d'Appolon, la montre cabossée était visible sous la manche et il avait la baguette tenue à droite. Rusard produisit le bruit d'une nouille qu'on avale d'une aspiration sèche.
« Messieurs… »
Le concierge ne termina pas sa phrase. Lucius Malfoy au sol ne se relevait pas mais son corps prenait une teinte bleutée. Il était convulsionné par l'attaque de Sirius. Alors que des personnages de tableaux chuchotaient entre eux, Appolon ordonna durement à Rusard de conduire Sirius Black dans le bureau du professeur Slughorn pendant qu'il usait de sa baguette pour conduire le blessé à l'infirmerie.
N'arrivant pas à prononcer une parole, Sirius Black traina les pieds avec lenteur pour suivre Rusard qui lui décocha une taloche derrière la tête pour le faire avancer plus rapidement. Au lieu de descendre, ils se dirigèrent vers le bureau du Directeur. Peu avant la gargouille menant à ce dernier, ils entrèrent dans une pièce.
La salle des professeurs. Le sol sous Sirius sembla se dérober sous ses pieds. La dernière personne à être rentré ici, selon la légende, était le concierge Rebeus Hagrid la veille de son expulsion.
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« Je te remercie d'avoir accepté de diner avec moi. »
Minerva accorda un sourire de sympathie à son ancien patron. Elle se souvenait de sa demande en mariage, un bel été, il y a de cela des années. Elle avait évidemment refusé. Depuis chaque année, il lui proposait et elle avait toujours la même réponse : non.
Ce n'était pas tant qu'elle n'était pas amoureuse d'Elphinstone. Elle savait être attachée à l'homme. Son ancien amour avait toujours été un bon prétexte et la peine de l'avoir perdu en était un également. Seulement, il y avait une autre bonne raison à ce refus. Une raison qui était assez honteuse, selon elle, à avouer. Une raison qui avait fait énormément jouée dans le choix de partir lors de son premier amour. Ce n'était pas uniquement à cause de l'histoire de sa mère malheureuse en amour ou du fait qu'il était moldu. Le mariage, à l'époque, aurait sans doute signifier devoir le consommer.
Hors Minerva n'était pas attirée par la sexualité. Oh ! Elle aimait les caresses tendres, elle aimait les cœurs battants et les longues conversations. Elle pouvait tout à fait tomber amoureuse et son corps pouvait être réceptif. Seulement, ça ne l'intéressait pas. Le sexe ne l'intéressait pas. On lui avait souvent dit que les hommes étaient encore à l'époque de Neandertal dans leurs têtes. Si tu veux garder ton mari, il faut remplir son estomac et vider ses bourses. Elle n'était pas bonne cuisinière et elle n'aimait pas le sexe. Elle ne pouvait pas, sincèrement, épouser quelqu'un et le garder.
Elle ne se voyait pas le raconter à son ancien patron : eh ! Si on se marie, tu devras te contenter de soirée à discuter et tu n'auras rien de plus, mais ça ne signifiera pas que je ne t'aime pas, juste que je trouve davantage d'orgasme dans nos discussions et nos longs échanges, très intimes pour moi, que dans un acte qui ne m'a jamais captivé.
« Je suis navré de t'avoir demander d'espionner pour nous.
─ Je peux continuer à travailler de temps en temps pour vous. Les temps sont sombres, si je peux aider.
─ Vous devez manquer à vos élèves.
─ Je m'inquiète davantage pour les examens en métamorphose. J'ose croire qu'ils ont profité de mon absence pour réviser. »
L'homme d'un âge avancé fut fou de joie quand Minerva proposa de passer le reste de la soirée à discuter dans le parc. Elle ne réalisait sans doute pas à quel point il l'aimait. Il n'y avait pas une personne au monde qu'il avait aimé. A son âge, tombé amoureux, c'était ridicule. Il n'avait jamais cessé de l'aimer. Simplement pouvoir passer ces moments-là ensemble était déjà parfait mais il aurait aimé pouvoir dire qu'ils étaient autre chose. Un mari et une femme s'aimant.
Notes de l'auteur :
Trouvable sur mon profil, la scène davantage détaillée entre Severus Snape et Sirius Black lors du chapitre 36.
Ainsi qu'une courte nouvelle concernant Mimi-Geignarde
Parce que je ne peux pas tout faire tenir ici de peur d'alourdir la trame principale. [Déjà que je ne suis pas lu, si en plus je casse trop le rythme.]
J'hésite également à la fin du gros axe-là d'écriture la suite dans un autre tome. A voir.
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Réf ❥❤ :
William Marshal = Personnage illustre. Guillaume le Maréchal (Williame li Mareschal en normand, William Marshal en anglais) (vers 1146 – 1219, Caversham), 1er comte de Pembroke, est un chevalier anglo-normand de langue française et un tournoyeur réputé. Il est décrit comme « le meilleur chevalier du monde » dans le manuscrit Histoire de Guillaume le Maréchal, rédigé peu après sa mort.
Occametus albicilla = Invention. Type d'occamy pratiquement disparu vivant en écosse, dont la tête ressemble à celle d'un pygargue à queue blanche, la fin de son corps couvert de plume étant effectivement teinté de blanc. Il se nourrit d'oiseaux, de rongeurs, de félins, de serpents et de petits mammifères (mangoustes, belettes, fouines …) Il ne pond qu'un œuf tout au long de sa vie dont la coquille est en argent. Il est hermaphrodite, agressif et partage rarement son territoire en dehors des périodes d'accouplements.
