Bonjour/Bonsoir !
Un peu de retard sur le planning annoncé (une journée tout pile) car le wifi m'a trollé, désolé.
J'espère que vous allez bien, et que si vous aviez des concours ou des examens à passer en fin d'année, vous vous en êtes sortis. C'est mon cas, et je vais pouvoir dégager un peu plus de temps pour continuer à écrire.
Le chapitre qui suit aurait dû comporter normalement un POV de Tyrion, mais il devenait trop long par rapport à mes nouvelles résolutions et j'ai finalement choisi de ne me concentrer que sur le Brise-Tempête. Si l'avenir de Port-Réal et Tarth vous intéresse, sachez que ce sera traité dans un chapitre ultérieur.
REPONSES AUX REVIEWS ANONYMES (des deux derniers chapitres) :
Kemeri : Merci beaucoup pour ta review et j'espère que cette suite te plaît toujours autant.
Guest (chapitre 23 et 24) : Content de voir que le bonus t'a plu ! Pour ce qui est des morts, je te laisse lire. Merci beaucoup pour tes reviews.
Lassa01 et Laurinaliya, merci beaucoup pour votre passage et vos commentaires.
RATING : M (description macabre & début de lemon)
SUGGESTION MUSICALE : dans le texte. J'ai surtout pris quelques musiques du film Le cœur de l'océan (In the Heart of the Sea en VO), qui narre l'histoire vraie qui a inspiré Moby Dick. Tous les morceaux issus de ce film sont composés par Roque Banos (que j'orthographie mal ici, je suis désolé, mon traitement de texte n'apprécie pas les accents sur les N). Si vous ne connaissez pas, c'est un bon film d'aventure maritime.
LISTE DES PERSONNAGES (inventés ou sous-développés dans la série mais qui vont avoir de l'importance dans ce chapitre) :
- Brise-Tempête (navire de la Guilde du Blanc)
- Leth Aranoth, 34 ans, guerrier de la Guilde. Originaire d'Essos, ancien habitant de Quarth. Il est le fils de Naath Aranoth, l'ancien membre du trio dirigeant de la Guilde. Arrivé à Tarth à 3 ans, il a été élevé avec Brienne et Leung. Depuis la mort de son père, il codirige la Guilde avec les ladies de la Guilde. Il est le capitaine du Brise-Tempête.
- Leung, 28 ans, enfant de la Guilde. Originaire du continent Yi Ti, esclave affranchie. A été libérée d'un navire d'esclaves par un équipage de la Guilde quand elle était enfant, elle a été élevée avec Leth et Brienne, qu'elle aime comme sa fratrie. Elle tient le rôle de capitaine en second sur le Brise-Tempête.
- Ahnne, 14 ans, enfant de la Guilde. Orpheline originaire de Tarth, archère et combattante émérite au sabre et au combat à mains nues. Elle s'intéresse aux arts médicaux et est devenue l'élève de lady Gaelyn. Très mûre et maternelle pour son âge, jeune acrobate des gréements.
- Gydeon, 15 ans, enfant de la Guilde. Orphelin originaire de Tarth, jeune guerrier. Calme et amical avec tous, ami d'Ahnne et de Podrick.
- Autres : Lao Jan, guerrier yi tien, Naoko, guérisseuse yi tienne, Fitz, guildien westerosi, Nyri, jeune guerrière Dothrakie
- Martyn Qu'un Œil, 63 ans, capitaine de la flotte de Port-Réal, il dirige le dernier navire royal de l'expédition et vogue vers Dorne avec le Brise-Tempête.
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Petite information, le chapitre s'ouvre sur un flash-back, mais dès l'annonce du point de vue, on reprend directement après les évènements du chapitre précédent.
Bonne lecture.
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LES PORTES DE L'HIVER
Partie 2
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Saison de tempête
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C'était leur chambre, à la Guilde. Cela faisait trois soirs que les jumeaux, reprenant leurs habitudes, avaient commencé à demander de l'aide à quelques guildiens comme Ahnne et Jerry pour trouver le chemin de la chambre des chevaliers. Environ une heure après la fin du dîner, trois petites souris se faufilèrent dans les couloirs, guidées par une plus grande. Lao Si avait en effet annoncé qu'il pouvait allé les chercher. Quand Jaime entendit frapper à la porte, il ne fut ni surpris ni agacé, et relâcha Brienne. Une heure, c'était court, quand on songeait à la visite faite à Podrick et à tout ce que les chevaliers souhaitaient faire dans le secret de la chambre. Mais il en avait pris son parti. Les enfants restaient rarement longtemps, et même s'il était absolument impossible de renvoyer Lao Si car il finissait toujours par revenir, au moins celui-ci se glissait-il dans la chambre de Podrick, et non dans la leur.
« Ce n'est que partie remise » dit le regard de Brienne comme elle allait ouvrir. Adorables dans leurs vêtements de nuit, Erwyn, Rienna et Ortie avaient encore le regard vif, et un sourire d'une oreille à l'autre. Lao Si paraissait fier comme un paon, comme si convoyer les trois petits Andals à travers la Guilde constituait un exploit.
- Vous allez bien ? s'enquit le petit garçon, tandis qu'ils pénétraient dans la chambre.
- Très bien, répondit Brienne. Et vous ? Vous n'avez pas trop peur de l'orage ?
Celui-ci soufflait depuis deux nuits, à en arracher les tuiles. Le regard d'Ortie vola jusqu'à la fenêtre, dont aucun des chevaliers n'avaient clos les volets, et Jaime lut immédiatement son inquiétude dans ses yeux.
- Un peu, avoua Rienna. Mais il ne peut pas entrer dans la Guilde, pas vrai ?
- Non, il ne peut pas, lui assura la chevaleresse. Alors, que voulez-vous entendre, ce soir ?
Avec une familiarité déconcertante qui laissait entendre à Jaime que les enfants faisaient bien ce qu'ils voulaient la plupart du temps, les deux héritiers de Tarth se hissèrent sur le lit et y firent grimper Ortie d'autorité. Lao Si adressa un regard interrogateur aux chevaliers avant de les rejoindre. Assis en tailleur sur les couvertures, les enfants levaient des yeux brillants, emplis d'enthousiaste. Les trois petits Andals en avaient même oublié d'avoir peur de cet enfant bizarre qui ne leur ressemblait pas et ne les comprenait pas bien.
- Vous aviez dit qu'on parlerait des Tougris ce soir, dit Erwyn. Vous l'aviez promis, hier.
- Je crois aussi me souvenir que votre soeur a mentionné que c'était une histoire longue, lui rappela Jaime. Et qu'il est déjà tard. Ce ne se fera pas en une soirée.
- Mais on a déjà parlé des pirates ! dit Rienna en faisant la moue. Et des dragons ! Et même de l'histoire de l'ours !
L'ours avait été une idée de Brienne. Jaime avait toujours aimé se vanter, mais il ne lui était pas venu à l'esprit de raconter aux enfants comme la chevaleresse et lui en étaient venus à s'apprécier – et encore moins comment, sans arme et avec une main en moins, il s'était jeté devant un ours pour la protéger.
- Vous aviez dit que vous nous raconteriez les Tougris ce soir, insista Erwyn. Vous aviez dit que c'était une bonne histoire.
Jaime échangea un regard avec Brienne. Ils savaient tous les deux que c'était peine perdue. Ils allaient devoir s'attaquer à ce conte en espérant que les enfants auraient la patience de les écouter durant plusieurs soirs pour en connaître la fin avant le départ pour Dorne. Vaincu, Jaime alla prendre le livre dans la petite bibliothèque, le cala sous son coude le temps de raviver le feu dans la cheminée, puis retourna près du lit où Brienne avait disposé deux chaises pour eux. Elle prit le livre de contes, sembla hésiter puis le rendit à Jaime.
- Peut-être peux-tu commencer ? Je reprendrai après quelques pages.
Jaime prit le livre comme s'il s'agissait d'un objet tranchant. Il savait lire évidemment, mais il éprouvait toujours une certaine difficulté à le faire, particulièrement à voix haute, et devait se concentrer plus que la plupart des gens. Mais n'était-ce pas son idée, après tout ? Il avait lui-même été chercher les livres à la bibliothèque de la Guilde. Il ouvrit l'ouvrage à la bonne page, leva les yeux vers les enfants qui attendaient, assis tout au bord du lit, puis vers Brienne qui lui souriait doucement.
Il en était capable.
Il prit une courte inspiration, et entama la lecture.
« Il était une fois, de l'autre côté d'un océan sans fin, dans des temps immémoriaux, un peuple qui ne vivait pas heureux, du moins serein, et en paix. Il s'agissait d'un royaume où les gens ne se posaient pas de questions extravagantes, et souriaient tout le temps, même quand tout allait de travers. Ils travaillaient dur, la plupart du temps, et à de rares exceptions faites, comme les jumeaux Grisette, et se mêlaient de leurs propres affaires : le peuple des Tougris. Où se trouvait le royaume des Tougris ? Eh bien, c'est fort simple : il se situait à quelques lieues de la murailles des Prédor, au Nord du sentier des Âges anciens. Visualisez-vous ? Fort bien ! Les Tougris ne connaissaient qu'une seule couleur : le gris. Les plus riches, ceux qui pouvaient se permettre de fuir autant que faire ce pouvait les rayons du soleil, arboraient un teint subtil et foncé, comme un ciel orageux... »
Les enfants semblaient boire ses paroles, fascinés. Jaime ne leur jetait que de très brefs coups d'oeil, entre deux phrases, pour ne pas risquer de perdre le fil. Lao Si, qui ne devait pas comprendre tous les mots, n'en était pas moins suspendu à ses lèvres. Etait-ce l'orage qui grondait au-dehors mais perdait de sa menace au coin du feu ? Le fait qu'on leur racontât une histoire qu'ils avaient réclamée ? Le fait simplement qu'ils fussent des enfants que Jaime se serait risqué à qualifier de supportables, voire d'amicaux ? Il l'ignorait. Mais peu à peu, il se sentait plus confiant. Il ne butait pas sur les mots, lisait lentement pour s'assurer de ne faire aucune faute. Et il réalisait qu'il y avait comme une chaleur persistante à être le conteur de ces enfants. Une chaleur presque équivalente à celle qu'il éprouvait quand il croisait le regard de Brienne et qu'elle souriait un peu plus pour l'encourager, avec au fond des yeux une lueur de fierté.
Il pouvait y arriver.
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In the Heart of the Sea OST Abandon ShipJaime
Le vent hurlait toujours, la pluie continuait de battre le pont avec violence. La poitrine gelée de l'intérieur, Jaime se tournait en tous sens en beuglant. Partout autour de lui, il voyait des corps courbés, tremblants, crachotants, des regards hagards. La houle ne paraissait plus aussi menaçante – tout le monde, même, semblait l'avoir oubliée. Il lui sembla entendre Leung crier un ordre : « Guildiens ! Comptez-vous ! », mais il n'y prêta aucune attention.
Il avait lâché Brienne. Une fois de plus.
Il se tourna, encore, en beuglant. Personne ne lui répondit. Le voyait-on seulement ? Dans l'eau qui recouvrait le pont, il voyait se mêler du sang. Beaucoup de sang. L'écume le charriait puis le rejetait à la mer en poussant les corps avachis sur le pont. Les cordes de vie retenaient les inconscients.
Les jambes flageolantes, Jaime remonta sa corde jusqu'au point d'accroche, sous le mât principal, et saisit celle de Brienne. Elle était toujours accrochée. Il descendit la corde, de plus en plus vite. Traversa le pont en esquivant les guildiens blessés qui gémissaient en tentant de répondre au comptage. Sa botte glissa sur le sol détrempé et il manqua de tomber dans le large trou qui menait au pont inférieur. La grille métallique n'avait pas été refermée – ou s'était-elle rouverte ? La corde, elle, y descendait. Le cœur au bord des lèvres, Jaime se précipita. Il dévala l'escalier raide, et cette fois-ci, sa botte glissa. Il se cogna le dos, se rattrapa de justesse à une marche et tituba dans une cinquantaine de centimètres d'eau. Tout ce qui se trouvait au pont inférieur s'était renversé. Un corps flottait à demi, abandonné contre un mur.
Pendue à quelques centimètres au-dessus de la surface de l'eau, livide, Brienne le regardait avec un visage déformé par la douleur. Son bras gauche, autour duquel elle avait enroulé la corde de vie, était étiré au-dessus d'elle dans un angle étrange.
Jaime resta figé une seconde, puis se jeta sur l'eau brouillonne au pied des étagères renversées. Il frappa, donna de grands coups, se retrouva à genoux, mais rien. Il n'avait pas de couteau à sa ceinture, pas d'épée – Brienne non plus. Du coin de l'oeil, il avisa le guildien qui flottait, face dans l'eau. Il se précipita sur lui, le retourna sans un regard pour son visage. Il ne vit que la dague coincée à sa ceinture, et la dégagea d'un geste brusque. Il tituba, faillit tomber plusieurs fois en escaladant à demi l'escalier pour être à la bonne hauteur. Il plaça la lame juste au-dessus de la main de Brienne, lui adressa un regard, puis scia avec des gestes brusques.
La corde rompit et la chevaleresse s'effondra dans l'eau avec un cri. Jaime lâcha la dague et sauta sur le pont inférieur en se tordant douloureusement une cheville. A peine la sentit-il. La guerrière était à genoux, recroquevillée sur elle-même, son bras gauche pendant dans un angle tout à fait non-naturel. Elle leva à peine les yeux avant que Jaime ne soit contre elle, ses bras autour d'elle et son visage dans ses cheveux. Avec des gestes raides, elle l'étreignit de son bras valide.
Alors, seulement, Jaime réalisa qu'il tremblait comme une feuille.
Il lui fallut quelques instants, peut-être une éternité, avant de comprendre que Brienne était secouée de spasmes incontrôlables. Il ne l'en serra que plus fort, avant de réaliser qu'elle avait peut-être mal. Mais quand il fit mine de s'éloigner, ce fut elle qui serra plus fort, et Jaime sentit ses doigts s'enfoncer dans son épaule.
Il voulut dire « Je suis là ». Il voulut dire « Je t'aime », ou « On se fout de la loyauté », ou « C'est terminé », mais il n'y parvint pas. Le contrecoup de sa terreur lui fauchait les jambes et lui coupait le souffle.
Quand Brienne le repoussa enfin, en tremblant, Jaime se jeta presque sur ses lèvres. Elles avaient le goût du sel, de la tempête et de la terreur. En s'écartant, il échoua contre le front de la chevaleresse.
- Ton dos ? murmura-t-il. Ton ventre ? Est-ce que...
- Je vais bien, le coupa Brienne en lui saisissant le visage. Toi ?
Dans d'autres circonstances, Jaime aurait certainement regardé la chevaleresse comme si elle était folle, en arguant qu'elle ne pouvait pas aller bien avec un bras tordu comme l'était le sien, mais le monde n'avait plus aucun sens et il sentait son cœur battre si fort à ses tempes que c'était comme si l'organe avait voulu s'échapper de sa poitrine.
Elle était vivante. Pour l'instant, il s'en contenterait.
- Je vais bien, répéta-t-il.
Il enfouit à nouveau son visage dans ses cheveux, et se tut. Pendant plusieurs secondes qui semblèrent des minutes, ils ne dirent rien. La main de Brienne était passée de ses épaules à sa nuque et s'y était cramponnée. Jaime aurait été incapable d'affirmer lequel des deux tremblait le plus.
Finalement, il sembla à Jaime que le vent hurlant était retombé, et les voix des guildiens sur le pont supérieur lui semblèrent fortes et claires. Au prix d'un effort important, il s'écarta de la chevaleresse. Celle-ci fouilla ses yeux du regard.
- Leth ? demanda-t-elle. Leung ?
- Elle a ordonné aux guildiens de se compter, dit Jaime. Pour lui, je ne l'ai pas vu.
Il la vit distinctement déglutir, puis son regard se porta sur le guildien étendu dans l'eau. Il n'avait pas bougé depuis que le chevalier lui avait arraché son couteau. Avec des pas quelque peu tremblants, Brienne se fraya un chemin jusqu'à lui. Elle serrait son bras blessé contre elle, aussi Jaime porta-t-il la main à la gorge de l'homme et attendit de longues secondes. Rien.
- Il s'appelait Reckal, dit la chevaleresse en lâchant son bras meurtri pour fermer doucement les paupières de l'homme.
Jaime hocha la tête. Pour lui, ce guildien ne faisait pas réellement parti de la communauté. C'était un Andal qui avait vécu à la Guilde et y avait été formé, et qui avait profité de n'être engagé auprès d'aucune Maison pour y séjourner quelques semaines. Quand Leth avait passé un appel pour grossir les rangs de l'équipage du Brise-Tempête, ce Reckal avait fait comme de nombreux autres guildiens honoraires, et s'était engagé.
Jaime ne demanda pas à la chevaleresse si elle l'avait bien connu autrefois. Cela n'avait pas la moindre importance, puisqu'en tant que guildien, cet homme avait été leur frère qu'ils l'aient connu ou non.
Quand il releva les yeux vers Brienne, celle-ci paraissait hésitante. Elle regardait le couloir au loin et, Jaime le savait, elle établissait mentalement le chemin jusqu'à la cabine de Sansa. S'il n'y avait eu que son devoir, elle s'y serait certainement précipité pour s'assurer de l'état de la jeune reine. Mais sur le pont supérieur, il y avait ses frères et soeurs de Guilde. Leth, que l'on n'entendait toujours pas se manifester. Jaime la fixa un instant. Elle qui prenait toujours ses décisions rapidement, qui était habituée aux morts et aux combats, elle était figée, perdue entre son sens du devoir et sa famille.
Jaime aurait été incapable de décider qui avait le plus risquer sa vie, de Leth qui avait dû affronter la vague scélérate ou de Sansa dont la cabine s'était très certainement retournée sur elle-même. Il n'avait pas non plus la moindre envie d'imaginer ce qu'il arriverait si l'un ou l'autre était mort.
- La tempête s'est calmée, n'est-ce pas ? murmura Brienne.
Le léger roulis des vagues sous leurs pieds lui répondit. C'était comme si soudain, le vent et la mer déchaînée n'avaient plus eu d'énergie. Comme si la vague scélérate leur avait tout pris.
- Va dire à Leung ce qu'il en est ici, dit-elle. Trouve Leth. Et Ahnne. Je vais à la cabine de Sansa.
- Je viens d'avoir la peur de ma vie, répliqua Jaime. Il est hors de question qu'on se sépare.
Brienne lui adressa un regard indulgent et il ravala une envie de crier. Elle aussi avait eu la peur de sa vie, il le savait – mais elle ne le dirait pas, non. Parce qu'ils étaient des chevaliers et qu'elle avait un sens de l'honneur et du devoir plus prononcé que l'homme qui avait donné leur sens à ses mots.
A cet instant, il avait envie de les étrangler, elle et sa droiture.
- La tempête s'est calmée, répéta Brienne avec douceur. On se retrouve là-bas.
Jaime aurait aimé lui cracher au visage quelque chose de bien senti, mais l'adrénaline et la terreur avaient laissé dans leur sillage un vide quasi absolu qui avait envahi son cerveau. Il ne lui venait rien à l'esprit. Dégoûté, sachant que la chevaleresse ne pourrait aller elle-même où que ce soit sans s'être assurée qu'il se chargeait bien trouver les autres, il fit volte-face.
Il rebroussa chemin jusqu'à l'escalier du pont supérieur et hissa sa tête sur celui-ci. Le pont était toujours couvert d'une écume furieuse qui balayait le sang, mais la plupart des guildiens était debout et procédait au comptage.
- Leung ! cria-t-il.
- Ici !
En se dévissant le cou, il aperçut la jeune femme, appuyée contre la barre. Elle était échevelée mais semblait globalement indemne. A côté d'elle, ser Davos paraissait d'autant plus livide que le côté droit de son visage s'était changé en masse ensanglanté. Pour autant, il tenait sur ses pieds et fouillait le pont des yeux.
- Brienne est en bas, blessée au bras ! cria Jaime. Reckal est mort ! Quelqu'un a vu Leth ?
- Inconscient mais il respire ! répondit Leung sur le même.
Jaime sentit une pointe de soulagement. Il n'appréciait toujours pas le guildien, mais il n'aurait certainement pas supporté la peine de Brienne s'ils avaient dû le perdre.
Il fut tenté de redescendre, mais Brienne avait parlé d'Ahnne aussi. Il promena son regard sur les guildiens en s'efforçant de contenir sa rage. Où pouvait être passée la jeune fille ? Il lui semblait l'avoir aperçue dans les gréements, mais c'était avant que le monde ne bascule tout à fait, et il ne se souvenait plus de grand-chose.
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Brienne
La douleur dans son bras était telle qu'elle ne pouvait ni le bouger ni respirer correctement, mais il en aurait fallu bien plus pour l'arrêter. La chevaleresse se fraya un chemin pénible au milieu des couloirs noyés par l'eau de mer. Au moins ne vit-elle aucune trouée, rien qui laissât penser que le Brise-Tempête se remplissait par le fond. Quand elle parvint à la cabine de Sansa, cependant, elle sentit un sursaut de peur. La porte s'était ouverte à la volée pour déverser le contenu des meubles. Une chaise s'était brisée en plusieurs morceaux et deux de ses pieds flottaient, déchirés et bardés de pointes sanglantes.
- Sansa !
Brienne se précipita à l'intérieur. C'était le chaos. Il aurait été impossible à quiconque d'y reconnaître la cabine du capitaine en second. Les lits, fixés aux murs au moyen de crochets de métal, semblaient être les seuls à n'avoir pas valsés en tous sens. Avachi contre un mur, le corps rond de Varys dépassait de sous le bureau brisé en deux. Brienne le considéra moins d'une seconde avant de repérer Sansa. Elle avait été projetée au sol et submergée par le râtelier. Brienne sentit la peur lui sauter à la gorge. Les couteaux, la lance, les épées de Leung s'étaient tous répandus sur la reine, et une mare de sang se diluait déjà dans l'eau.
La chevaleresse se précipita et repoussa les armes d'un geste brusque, sans égard pour la douleur qui lui scia immédiatement le bras et le flanc. Livide, Sansa avait néanmoins les yeux ouverts. Brienne lui adressa à peine plus d'un regard, les yeux déjà rivés à la tâche de sang qui n'en finissait pas de grossir sur le gris perlé de la robe royale. Elle souleva le tissu. Une plaie nette et profonde perçait la cuisse de la jeune femme. Le sang s'en écoulait à gros bouillons.
Un bruit de pas précipités dans le couloir avertit Brienne sans qu'elle ait besoin de se retourner. Elle plaqua brutalement sa main contre la plaie et arracha un gémissement à Sansa.
- Brienne ?
La voix du chevalier était inquiète, mais elle ne se retourna même pas.
- Le coffre à ta gauche. Fouille-le et trouve-moi des bandages, le nécessaire de couture et deux onguents, un vert et un blanc. Vite !
Elle entendit vaguement que Jaime s'exécutait. Son regard vola jusqu'à Sansa, de plus en plus livide.
- Surtout ne bougez pas. La plaie est profonde, et je ne vaux pas les guérisseurs guildiens, mais je vais faire tout monde possible.
Sansa hocha la tête, incapable de répondre.
Jaime revint, les bras chargés. Brienne avisa rapidement la pièce. Elle ne pouvait faire quoi que ce soit en baignant dans l'eau salée.
- Pose tout sur le lit et viens m'aider. On doit l'y porter elle aussi.
Jaime obéit sans protester, mais quand il revint vers les deux femmes, il passa d'autorité ses bras sous les épaules et les genoux de Sansa. Brienne réalisa avec une seconde de retard qu'elle ne pouvait en effet porter la jeune reine, moins encore en maintenant le point de compression sur sa plaie. Jaime déposa précautionneusement la jeune femme sur le lit et entreprit de dénouer les bandes de lin.
- Ce n'est pas le plus urgent, l'interrompit Brienne. Ouvre-moi le pot vert.
Jaime cala le pot dans entre son coude et ses côtes et se battit quelques secondes avec le couvercle avant d'en triompher. Brienne ouvrit la bouche, la referma. Avisa sa main qui se couvrait de sang, celle de Jaime qui était pleine d'eau salée. Dans l'idéal, il aurait fallu qu'ils se lavent à l'eau claire, mais c'était impossible.
- Prends une portion d'onguent sur tes doigts, ordonna la chevaleresse. C'est un antiseptique puissant, majesté. Cela va désinfecter la plaie, mais cela brûlera aussi très violement.
Sansa hocha la tête, et Brienne adressa un regard à Jaime. Ils se décalèrent de quelques centimètres pour ne pas se gêner, et échangèrent un infime signe de tête. La chevaleresse leva sa main, laissant au sang le champ libre pour couler à gros bouillons, et Jaime plaqua sa main couverte d'onguent sur la plaie. Le hurlement de douleur de Sansa leur emplit les oreilles et tout le corps de la jeune femme s'arqua violement. Jaime pesa de son bras manchot sur le torse de la jeune femme pour m'empêcher de ruer contre eux.
- Etale l'onguent, dit Brienne en se rinçant la main dans l'eau.
Elle empoigna le pot blanc et se figea, incapable de le dévisser. Elle ne pouvait pas bouger son bras gauche et quand elle voulu coincer le pot entre ses jambes, ses vêtements détrempés n'offrirent aucune prise. Elle jura, croisa le regard de Jaime.
- Rince-toi la main et ouvre ça !
Le chevalier s'exécuta et Brienne se jeta sur le nécessaire de couture. Elle tira une aiguille parmi les plus larges et la planta dans le drap. Le plus difficile serait de faire passer le fil dans son chas. Elle ne voyait pas comment ils allaient faire. Jaime était plus doué qu'elle dans les travaux de coutures, mais elle avait toujours pris l'habitude de lui préparer son matériel car, à une main, il ne pouvait espérer y parvenir tout seul.
Elle repoussa cette idée et attrapa un linge propre pour essuyer rapidement la plaie de Sansa, afin que Jaime puisse répandre de l'onguent blanc convenablement. Celui-ci avait le talent de favoriser la cicatrisation. Il brûlait moins que le précédent, mais l'application n'eut pourtant rien d'agréable.
- Il va falloir la recoudre pour stopper l'hémorragie, dit Brienne.
Elle leva à hauteur de Jaime le fil qu'elle avait tiré du nécessaire de couture. Le chevalier se tendit.
- Tu ne vas pas pouvoir nouer le fil avec une seule main.
- Je sais, rétorqua Brienne d'un ton sec. Termine d'étaler l'onguent puis rince-toi la main. Je passe le fil dans le chas de l'aiguille, tu le récupères, on le noue à deux et tu l'as recoud.
Jaime hocha la tête sans lui faire remarquer à quel point c'était peu pratique. Elle n'avait pas envie de l'entendre énoncer l'évidence. Lui avait une main gauche, elle une droite, il fallait qu'ils parviennent à faire ce nœud.
Evidemment, ce ne pouvait être aussi simple. Une fois que Jaime eut récupéré le fil, Brienne ne sut que faire de ses doigts. C'était une chose de faire exécuter à ses mains un ballet familier autour d'une tâche aussi simple, mais commander à une seule main de s'accorder avec une étrangère était autrement plus difficile. Les doigts des chevaliers étaient trop grands, trop gourds. Ils se gênaient. Jaime lâcha un juron. Sur le drap, le sang avait recommencé à couler. Sansa, qui cherchait son souffle entre deux sanglots, poussa un gémissement de douleur.
Par les Sept, supplia Brienne. Allez, pitié...
Enfin, ils parvinrent à faire une boucle. Jaime fit un premier nœud d'un geste si sec que la chevaleresse craignit un instant que le fil ne casse, mais il tint bon. Ils firent un deuxième nœud, pour s'assurer qu'il ne passe pas à travers le chas de l'aiguille, puis Jaime s'empara de l'aiguille et la trempa dans l'eau salée.
- Majesté, cela va faire mal, dit Brienne.
Un instant plus tard, l'aiguille perçait la peau et Sansa poussa un cri. Elle eut un mouvement violent, comme pour se soustraire à la douleur, et ses mains se refermèrent sur le lit.
- Respirez profondément et évitez de bouger, dit Brienne.
- Je vais faire aussi vite que possible, dit Jaime. Etire sa peau.
La chevaleresse s'exécuta, et malgré quelques convulsions et spasmes incontrôlables, Sansa parvint à rester relativement maîtresse d'elle-même durant les minutes qui suivirent. Brienne regarda l'aiguille entrer et sortir rapidement de la peau, sans hésitation. Bien qu'il prétendît toujours être moins habile de sa main gauche qu'il ne l'avait autrefois été de la droite, Jaime travaillait vite et précisément – bien plus qu'elle-même n'en aurait été capable, même de sa bonne main. Après quelques instants, il releva les yeux de son travail.
- Je vais avoir besoin d'aide pour faire le nœud.
Brienne acquiesça et, à deux, ils parvinrent difficilement au terme de l'ouvrage de couture. Une fois que le nœud fut fait, Brienne trancha le surplus de fil, nettoya sommairement l'aiguille dans l'eau et ramassa le nécessaire de couture. Sansa se redressa sur un coude et toisa les deux chevaliers. Elle était blême.
- Que s'est-il passé ? J'ai cru que le navire chavirait.
- Une vague scélérate, majesté, répondit Brienne. Nous en sommes sortis, le pire est derrière nous. Le Brise-Tempête est toujours sur les flots.
- Et le navire royal ?
La chevaleresse adressa un regard interrogateur à Jaime, qui hocha la tête.
- Je l'ai vu. Il a connu des jours meilleurs, mais il n'a pas chaviré. Vous ne devriez pas vous agiter.
- Je ferai venir un guérisseur guildien dès que possible, dit Brienne. N'essayez pas de vous redresser et ne pensez même pas à marcher. Vous avez perdu beaucoup de sang.
Sansa se laissa retomber sur le lit. Elle semblait sur le point de s'évanouir. Son regard se porta néanmoins sur le reste de la pièce et se voila d'inquiétude. La chevaleresse fouilla la cabine des yeux et réalisa que Varys gisait toujours contre le mur opposé. Elle s'écarta du lit et se dirigea vers lui. Jusqu'à présent, il n'avait pas constitué une priorité, mais maintenant que Sansa était hors de danger immédiat, elle empoigna la table et tira dessus de toutes ses forces. Malheureusement, celles-ci étaient bien maigres. Le choc et la peur lui donnaient presque le vertige. Jaime dut la rejoindre pour qu'ils parviennent à dégager le maître des chuchoteurs.
- Respire-t-il ? demanda Sansa d'une voix blanche.
Un genou à terre, Brienne rehaussa la tête chauve de l'eunuque. Celle-ci n'avait pas reposé directement dans l'eau, mais l'homme était inconscient. Jaime posa deux doigts sur sa carotide et patienta quelques secondes, avant d'hocher la tête.
- Il vit, majesté, dit Brienne. Mais il semble sonné.
- Ne pense même pas à le soulever, siffla Jaime comme elle commençait à passer un bras sous les épaules de Varys. Il doit peser aussi lourd que toi et tu n'es certainement pas en état.
- Il ne peut pas rester là. S'il vient une nouvelle vague forte, il sera à nouveau balloté avec le mobilier.
Jaime ouvrit la bouche, prêt à rétorquer quelque chose, mais un bruit de cavalcade l'en dispensa et ser Davos apparut dans l'encadrement de la porte.
- Majesté !
- Je vais bien, assura Sansa d'une voix qui affirmait le contraire. Aidez ser Jaime à porter lord Varys jusqu'à un lit, je vous en prie.
Brienne n'eut d'autre choix que de s'écarter pour laisser la place au vieux marin. Ensemble, les deux hommes soulevèrent l'eunuque et parvinrent à le déposer sur le lit d'appoint fixé au mur.
- Il a besoin de voir un guildien, dit Brienne en détaillant le teint cireux du ministre évanoui. Je n'ai pas les connaissances suffisantes pour l'aider.
- J'ai bien peur que les guildiens aient plus urgent à traiter, dit Davos d'un air sombre.
- Y a-t-il beaucoup de pertes ?
Le vieux marin lui renvoya un air navré.
- Il y en a, ma Dame.
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In the Heart of the Sea OST SeparationsJaime
Le comptage dura près d'une heure. Jamais encore le chevalier n'avait vu cela. On aurait pu dire que les guildiens ne voulaient en vérité pas arriver à la conclusion inévitable. Même s'il n'avait qu'une seule envie, celle de se réfugier dans sa cabine et de confronter Brienne, Jaime assista malgré tout à la procédure. Il avait bien fallu monter sur le pont pour commander à un guérisseur de venir estimer l'état de Sansa et de Varys. Un eunuque pouvait encore constituer une obligation un peu faible, mais la reine des Six Couronnes valait qu'on se déplace. Ce fut Naoko, une yi tienne d'une cinquantaine d'années, qui se dévoua. Elle examina Sansa durant quelques minutes et déclara que la blessure, bien que profonde, avait été traitée avec assez de rapidité pour ne pas prendre une tournure dramatique. Elle ordonna le repos à la reine et lui interdit de poser la jambe au sol durant les deux prochaines semaines, et lui dispensa un peu de lait de pavot pour l'aider à trouver le sommeil. Sansa lutta, déterminée à rester éveillée et à entendre ce qu'il était advenu de son ministre et son expédition. Naoko finit par capituler et se pencha sur le cas de Varys. L'eunuque présentait plusieurs hématomes inquiétants, dont un à la tête, mais comme il sembla reprendre brièvement conscience et que la guérisseuse put lui faire avaler un peu de l'un de ses remèdes, on le déclara rapidement hors de danger.
Il en allait malheureusement autrement du reste du navire. Sur ordre de Sansa, Jaime trouva deux guildiens suffisamment forts pour la porter sans la blesser davantage, et la jeune reine se trouva installée sur le pont afin de prendre elle-même connaissance des dégâts.
Le vent était entièrement tombé, et les nuages, encore noirs, ne déversaient plus qu'une pluie fine. Le navire du capitaine Martyn avait péniblement ramé les quelques centaines de mètres qui le séparait du Brise-Tempête pour venir s'enquérir de l'ampleur des dégâts. De la même manière que le vaisseau guildien, le bateau de la Couronne devait sa survie à son capitaine, mais il avait été durement touché. Le premier chiffre que Jaime entendit quand Martyn Qu'un Œil posa le pied sur le Brise-Tempête, fut de trente morts, disparus inclus. Le visage fermé, Leung lui répondit que les guildiens comptaient une quarantaine de blessés plus ou moins graves, sept morts, et huit dont le sort était dramatiquement incertain.
Les cordes de vie des guildiens étaient tellement solides qu'il était presque impossible que la pression de l'eau ait pu les rompre. Malheureusement, quand le navire s'était couché, plusieurs membres d'équipage avaient été précipités dans l'eau. Retenus au bateau par leur corde, ils ne s'étaient pas perdus en mer, mais la violence inouïe des vagues leur avait broyé les os, et il ne restait de leur corps que de la chair flasque et une expression de douleur figée sur des visages pareils à des masques souples.
D'autres avaient été jetés en travers du navire à plusieurs reprises, comme le malheureux Reckal. Leur corde, un peu trop longue ou simplement enroulée autour d'un obstacle, ne leur avait pas permis d'éviter le pire. A l'instant où Jaime et Brienne avaient émergé sur le pont, le chevalier avait réalisé l'ampleur des dégâts et compris que, aussi puissants qu'ils fussent en mer, les guildiens venaient d'essuyer un revers d'une puissance inouïe. Beaucoup étaient couverts de sang ou d'hématomes impressionnants, mais quelques-uns avaient eu bien moins de chance. Et parmi eux, il en était deux que Jaime connaissait bien personnellement. Nyri, tout d'abord, avait compté parmi les malheureux expulsés du navire et que les vagues avaient broyés entre leurs mâchoires. Gydeon, pour sa part, avait lâché prise quand le Brise-Tempête avait été frappé par la vague scélérate. Il était tombé des gréements et avait traversé tout le navire sans toucher le pont. Sa corde n'avait pas réussi à stopper sa chute avant qu'il ne se fracasse le crâne contre l'un des escaliers de la proue. Sa chevelure noire se résumait à présent à une masse informe et sanguinolente, et des morceaux de cervelle jonchaient le sol près de son corps tordu. En l'apercevant, Jaime déglutit, parcouru par un frisson glacé, et il sentit la main de Brienne se crisper sur la sienne.
On porta les corps des morts sur une portion du pont. Leung procéda à leur répartition d'une voix forte où suintait l'autorité. Leth avait repris conscience, mais il demeurait légèrement hagard, appuyé contre le grand-mât. Ahnne, tremblante, ses cheveux roux collés par le sang, pleurait sans parvenir à s'arrêter. Fitz et Akharoh, qui comptaient eux aussi parmi les plus jeunes, ne valaient pas mieux. Quelques anciens guildiens qui ne s'étaient engagés que pour l'occasion leur dispensèrent des tapes ou les prirent par l'épaule, mais même les marins d'ascendance dothrakie, que rien n'humiliait plus que les larmes, ne parvinrent pas à ravaler celles-ci.
Les premières heures furent longues et pénibles. Les capitaines et capitaines en second firent leur rapport à Sansa, on répartit les guérisseurs sur les deux navires. Brienne fut examinée par Leung, qui tenait lieu à la fois de capitaine suppléant et de guérisseuse, et celle-ci rendit un verdict mitigé. Le poignet était cassé, mais l'épaule seulement démise. Calant la chevaleresse contre un mât, sa soeur de Guilde lui commanda de respirer profondément, avant de tirer d'un coup sec sur le bras blessé. L'articulation émit un bruit horrible, puis Leung poussa brutalement en avant pour remboîter la tête de l'os dans sa cavité. Brienne devint instantanément livide se laissa glisser à terre.
- Tu ne porteras plus rien de ce bras avant longtemps, dit Leung en bricolant une attelle qu'elle fixa autour du poignet blessé au moyen d'une corde fine tendue à l'extrême. Et tiens-le en écharpe pour soulager ton épaule. Quant à vous, ajouta-t-elle en avisant le moignon ensanglanté de Jaime, je ne peux que vous recommander d'ôter votre main de bois et de désinfecter la plaie. Mieux vaut ne pas tenter une septicémie.
Quand, enfin, le capitaine Martyn s'en retourna à bord de son propre navire et que Naoko parvint à faire reconduire Sansa dans sa cabine et à lui faire boire du lait de pavot, Jaime traîna Brienne dans les entrailles du bateau. Ils se trouvaient dispensés de la plupart des tâches les plus pénibles. Non qu'ils comptassent parmi les plus grièvement blessés, mais l'état de leurs bras les rendaient inaptes. Leung avait réparti les membres d'équipage selon leurs capacités à trimer, et annoncé qu'en raison de l'accalmie bienvenue qui s'était enfin manifestée, il n'était pas urgent de prendre les rames. Une équipe d'une douzaine de guildiens fut destinée à écoper le navire durant la nuit, avec un relai toutes les deux heures.
- Occupons-nous des blessés et préparons les morts, déclara-t-elle d'une voix forte pour que chacun l'entende. Nous les rendrons à la mer au levé du jour. Ensuite nous dresserons la liste de ce qu'il nous manque et nous établirons un plan de navigation. Nous ne présentons aucune percée dans la coque et les tempêtes retombent enfin. Ceux d'entre nous qui trimeront cette nuit dormiront une fois faits les hommages aux disparus. Que les autres aillent prendre du repos. Nous aurons besoin de nos forces durant les prochains jours.
Jaime en avait assez entendu. Il tira Brienne jusqu'à leur cabine. Sans dessus-dessous, elle paraissait avoir été malmenée par un cyclone. Dès qu'ils furent entrés, le chevalier claqua la porte derrière lui et foudroya la guerrière du regard. Celle-ci le fixa sans comprendre. Elle avait les yeux rouges. La vue de Gydeon l'avait prise à la gorge.
Au plus profond de lui, Jaime sut qu'il aurait dû en être affecté lui aussi, et le prendre en considération. Mais il en était incapable. Il avait serré les dents et s'était retenu depuis ce qu'il lui semblait des heures. A l'instant où Brienne avait quitté le corps de Reckal pour s'enfoncer dans les couloirs du navire, il avait su qu'il ne se contiendrait pas éternellement.
- Quoi ? bredouilla-t-elle.
- « Quoi ? » répéta Jaime. Es-tu vraiment en train de me demander ce qu'il se passe ? Par les Sept Enfers, que foutais-tu dehors ?
Brienne eut un mouvement de recul, buta contre un sac qui avait échoué au milieu de la pièce.
- Tu aurais pu y passer ! explosa Jaime. Je t'ai dit de rester ici, et au lieu de ça, tu es sortie au beau milieu de la tempête et tu as failli te faire tuer !
- Sansa était dans sa cabine et ça ne l'a pas épargnée.
Jaime sentait la rage lui couler dans les veines. Au début, il n'avait été que terrifié, puis pris par les évènements. Il fallait sauver Sansa, obéir aux ordres, agir. Mais il arrivait au terme de sa patience. Plus que de la peur, c'était une véritable fureur qui l'animait.
- Tu n'as rien à faire sur ce navire, siffla-t-il, et moins encore si c'est pour te précipiter au-devant du danger comme si tu te pensais invulnérable. Peut-être devrais-tu réellement te poser la question : veux-tu vraiment que ce maudit enfant vienne au monde, ou préfères-tu le perdre en te mettant en danger ? L'idée d'une fausse-couche te fait-elle envie à ce point ? N'as-tu pas trouvé une meilleure idée pour sortir de cette impasse ?
C'était parfaitement irrationnel, Jaime en avait conscience. Mais il ne parvenait plus à retenir le flot de mots qui se déversait hors de sa bouche. Et plus il voyait Brienne pâlir, plus il se sentait hors de lui.
- Ta place était à la Guilde ! explosa-t-il. Tu y aurais été en sécurité, tu y aurais mené ta grossesse à terme et je n'aurais pas été obligé de subir cette panique à chaque fois que tu te serais trouvée hors de mon champ de vision ! Ce n'était déjà pas suffisant de craindre les attaques de pirates, voilà maintenant que c'est la mer elle-même qui se déchaîne conte nous, et qu'encore une fois, tu fais passer ton devoir avant ta santé ! Ne pourrais-tu pas cesser de te comporter comme une imbécile et réfléchir une seule seconde à ce qui t'entoure ? Je venais de vivre la peur de ma vie, tout ce qui importait c'est que tu sois en sécurité, et tu m'as envoyé sur le pont pour partir à la recherche de ta reine comme si de rien était !
Il acheva sa tirade à bout de souffle, à peine conscient du venin qui imprégnait ses mots. Pour autant, il n'en avait pas entièrement fini. Et il ne lui importait plus que Brienne soit pâle ou qu'elle pleure la perte de Gydeon, ou quoi que ce soit d'autre.
- Heureusement que je ne veux pas de cet enfant, cracha-t-il, car au rythme auquel tu vas, il ne viendra jamais au monde et ce sera de ta faute.
Pendant une terrible seconde, une infime portion d'éternité, le silence fut de glace. Puis les yeux de Brienne se fermèrent, son poing se crispa, et Jaime réalisa trop tard qu'il venait de commettre une erreur. La rage reflua, à nouveau remplacée par la panique.
- Si tel est ton sentiment, je le respecte, déclara Brienne d'une voix blanche. Le message est reçu fort et clair, Jaime.
- Non, ce n'est pas...
- Je viens de voir la cervelle éparpillée d'un enfant qu'il y a dix ans je berçais avant qu'il ne s'endorme ! Peut-être tout cela n'est-il qu'un jeu pour toi, mais Gydeon n'a jamais fait partie d'un mensonge en ce qui me concerne.
Elle se tut, prit une très profonde inspiration. Elle tremblait.
- Je comprends que tu t'inquiètes, reprit-elle. Crois-moi, je le comprends vraiment puisque je passe moi aussi un temps considérable à m'inquiéter pour toi. Mais ce n'est pas...
- Il me manque une main ! la coupa Jaime. Toi, c'est à peine si ton dos en mérite le nom et tu devrais rester au calme depuis des semaines ! Que se passera-t-il la prochaine fois que nous serons attaqués et que tu ne pourras même pas enfiler ton armure avec ton bras ? Comptes-tu combattre en tunique ? Prouver à tout le monde que tu n'as besoin d'aucune protection ? Tu n'as plus les mêmes réflexes qu'autrefois ! Par les Sept, regarde-toi !
Sa rage était revenue, nouvelle et flamboyante, insatiable, tant qu'il vit à peine Brienne pâlir. Comment pouvait-elle les comparer tous les deux ? Elle était brûlée, meurtrie de façon irrémédiable, tremblante au moindre effort important. Jamais il n'aurait dû accepter qu'elle soit du voyage. Il aurait fallu qu'il l'oblige à demeurer à la Guilde, qu'il range de son côté lady Gaelyn et lady Oldvalon, et qu'il révèle la vérité à Sansa. Jamais la jeune femme n'aurait accepté que sa chevaleresse mette ainsi sa vie en péril.
Au moins Cersei avait ça pour elle. Chaque fois qu'elle est tombée enceinte, elle voulait tellement ses enfants qu'elle a suivi toutes les recommandations possibles et imaginables. Elle n'aurait jamais pris le risque de faire une fausse-couche. C'est à se demander si tu veux vraiment de cet enfant.
Quelque chose passa dans le regard de Brienne. Une douleur indescriptible. Et Jaime comprit avec horreur qu'il avait pensé à voix haute.
Cette fois-ci, sa rage s'évanouit si brusquement et si totalement qu'il sut qu'elle ne reviendrait plus. Il avait envie de se jeter à terre en se répandant en excuses. Il avait envie de supplier. Il n'y parvint pas. Il était figé, incapable de prononcer un mot. Face à lui, Brienne tremblait comme une feuille, et les larmes avaient envahi son regard.
Pendant ce qui lui sembla une éternité, aucun d'eux ne bougea. Puis Brienne détourna enfin les yeux et se dirigea vers la porte. Elle avait posé la main sur la poignée quand Jaime parvint enfin à prononcer un mot.
- Je suis désolé. Ce n'est pas ce que je voulais dire.
- Je vais voir Sansa, répondit Brienne sans le regarder, mais sa voix était plus chevrotante que jamais. En tant qu'invité diplomatique, la cabine est à toi.
- Arrête de dire n'importe quoi ! s'exclama Jaime en lui saisissant le bras.
Elle fit volte-face et le repoussa d'un coup de poing si violent qu'il tituba en arrière, les yeux écarquillés.
- Ne me touche pas !
Jaime la regarda claquer la porte de la cabine. Resté seul, sonné, il demeura immobile au milieu du carnage. Une bouffée de haine le prit à la gorge, mais elle n'était plus contre Brienne. Il jeta son bras droit en avant de toutes ses forces et entendit distinctement la main de bois se fracasser contre la cloison. L'attache s'enfonça profondément dans sa chair déjà malmenée et déchira à nouveau l'entaille désinfectée quelques heures plus tôt. La douleur lui parut lointaine. Il ne sentit même pas le filet de sang couler le long de son bras.
A cet instant précis, il aurait donné n'importe quoi pour avoir le courage de se trancher la gorge.
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Leung
Ce n'était pas la première fois que Leung devait endosser plusieurs rôles à la fois après que Leth se soit trouvé incapable de le faire. Elle avait suffisamment secondé le capitaine du Brise-Tempête pour en mener l'équipage à la baguette, y compris quand il s'agissait d'anciens guildiens au visage ridé qui avaient parcouru le monde et vu bien plus que ses misérables vingt-huit années. Malgré sa jeunesse, elle jouissait d'un respect réel qui l'aidait, à cet instant, à tenir le cap. Leth était dans un état pitoyable, incapable de tenir debout plus de quelques instants, et si elle avait eu la force et le temps de le faire, elle l'aurait certainement traîné jusqu'à sa cabine pour l'y coucher de force. Au lieu de quoi, elle avait commandé à un Fitz tremblant de le soigner et de lui bander les bras et la tête, puis elle avait adossé son frère de Guilde contre l'un des mâts et avait décidé de le laisser là. Il y avait suffisamment à faire sans qu'il faille en plus se préoccuper de mener cette tête de mule au lit.
Une douzaine de guildiens écopait le pont inférieur et les couloirs. Deux autres étaient montés dans les gréements pour vérifier l'état des voiles et replier la plupart d'entre elles. A quelques mètres du Brise-Tempête, le navire royal en faisait de même. Bien que Leung doutât que ce fût le capitaine en seconde qui, armé d'un balai, y nettoie le pont. Elle-même avait pris la décision de le faire après que le corps de Gydeon ait été enveloppé d'un linge. Elle avait vu des scènes de batailles sanglantes au cours de sa vie, mais elle n'avait encore jamais eu à subir la vue d'un ami dont la cervelle se serait répandue sur le pont. Plongeant profondément en elle pour y chercher son courage et sa dureté de caractère, elle repoussa les morceaux de cervelle à la mer. L'oeil vitreux, le teint étrangement cireux pour sa peau sombre, Leth la suivait des yeux.
- Nous n'avons pas beaucoup perdu de guildiens aussi jeunes par le passé, dit-il d'une voix rauque.
- Si tu en arrives à énoncer de pareilles évidences, c'est que ta tête doit avoir été plus touchée que je ne le pensais, répliqua Leung.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire...
- Je sais ce que tu voulais dire. Mais nous aurons tout le temps de pleurer nos morts demain au levé du soleil. Pour l'heure, il faut que nous fassions notre possible pour que le Brise-Tempête tienne une nuit de plus et que les enfants ne découvrent pas davantage d'horreur en venant sur le pont.
Elle n'accordait pas un regard à Leth, mais pouvait aisément imaginer la douleur qui lui perçait le regard. Elle ressentait la même. Il y avait toujours eu des risques, et l'existence-même de l'équipe reposait sur cette réalité. Quand ils avaient quitté la Guilde avec à leur bord davantage de guildiens que jamais, ils avaient tous su qu'il y avait de très fortes probabilités pour qu'ils ne reviennent pas tous. Mais c'était toujours une chose bien différente d'en voir la réalité sous ses yeux. De contempler les cadavres broyés par les vagues de ces frères et soeurs d'armes avec lesquels on avait grandi et combattu des années durant.
- Il faudrait s'assurer de l'endroit où nous nous trouvons, dit Leung.
Non qu'elle ait besoin d'occuper le silence, mais il lui semblait insoutenable dès l'instant où elle savait le regard de Leth braqué sur elle.
- Ser Davos et le capitaine Martyn en pensent-ils quelque chose ? s'enquit Leth d'une voix faible.
- Ils n'en ont pas parlé. Ils étaient tellement exsangues que j'ai préféré reporter toutes ces considérations à demain. La priorité est d'estimer les dégâts. Martyn craint pour la solidité de son mât, et il a connu plus de pertes que nous. Une fois qu'ils auront dormi quelques heures, je ferai envoyer Ahnne et les autres à bord de son navire. Ils ont grand besoin de guérisseurs supplémentaires, et ceux qui s'y trouvent déjà devront se reposer.
Elle entendit Leth bouger légèrement derrière elle. Le pont était plongé dans le silence. A l'exception des deux guildiens perchés dans les gréements, et qui s'activaient sans mot dire, il n'y avait qu'eux pour respirer sur le pont. Pour Leung qui avait toujours aimé le calme, il était curieux d'en éprouver pourtant comme une sensation de malaise. Après des jours de tempêtes sans nom, peut-être n'était-elle tout simplement plus habituée au silence. Il lui semblait qu'il manquait quelque chose dans l'air, comme si le rugissement du vent était devenu un élément de normalité incontournable.
- La reine a été blessée, reprit Leung. Heureusement de Brienne et Jaime ont pu la recoudre à temps. C'était un peu sommaire comme approche, mais ça lui a certainement sauvé la vie. Je lui ai envoyé Ahnne, et ses jours ne sont plus en danger. Son ministre a été durement secoué lui aussi, mais il devrait s'en remettre en quelques jours. Et ser Davos ressemble à un morceau de viande avant cuisson, mais au moins est-il vivant et fonctionnel.
Leth éclata d'un rire rauque.
- Je rêve d'un jour où tu commanderas seule ton propre équipage et où celui-ci devra subir tes commentaires !
- Ne compte pas trop là-dessus ! C'est bien trop de discussions stériles pour rien. De nous deux c'est toi, l'autorité tranquille. Ça me va très bien d'être la seconde. Je peux effrayer l'équipage et te laisser la gloire d'un commandement serein. Si j'avais mon propre navire, je serais le pire des tyrans. Le premier qui m'énerverait se ferait clouer au mât par les testicules, et tu ne serais même pas là pour m'en dissuader.
- Tu n'envisages même pas la possibilité qu'une guildienne puisse t'agacer.
- Elles ont trop peur de moi pour ça.
Il n'y avait plus rien à balayer depuis longtemps. Leung s'immobilisa. Le pont humide ne montrait plus de traces de sang ou de cervelle, mais lui renvoyait une image trop propre, trop opposée aux cadavres soigneusement cachés par des linges quelques mètres plus loin. La jeune femme ferma les yeux un instant.
C'était douloureux. Immensément douloureux.
Elle prit une grande inspiration. Leth était vivant. Brienne était vivante. Ahnne l'était. Pour cette nuit, elle ne pouvait sans doute pas en demander davantage aux dieux.
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In the Heart of the Sea OST The White Whale Chant
Brienne
Brienne ne devait garder aucun souvenir de la façon dont elle se retrouva appuyée à la proue du navire, le regard perdu dans l'océan. Elle tremblait tant qu'elle avait du mal à respirer, et n'y voyait plus rien avec les larmes qui lui brouillaient la vue. Sa main crispée sur le bastingage, elle prit une profonde inspiration dans l'espoir de se calmer, mais rien n'y faisait. Elle avait l'impression qu'on lui labourait les entrailles avec un couteau rouillé.
Elle s'était attendue à ce que Jaime prenne peur, tôt ou tard. Il l'inspectait après chaque combat, il prenait un soin tout particulier chaque fois qu'il la touchait. Mais elle n'était pas entièrement inconsciente. Elle savait quels risques étaient envisageables, lesquels ne devaient ni ne pouvaient être pris.
Plongée dans ses pensées, elle n'entendit pas le pas léger de Leung et ne réalisa que la Yi Tienne se tenait à ses côtés que quand elle sentit le tissu large de sa tunique effleurer son bras.
- J'aurais juré t'avoir envoyé te reposer.
- Je n'ai pas le cœur à dormir.
- Et moi je n'ai pas envie de donner des ordres sauf quand c'est pour punir des salopards de première, et pourtant, je m'y tiens, répliqua Leung. Que s'est-il passé ?
Pendant plusieurs secondes, Brienne ne dit rien. Elle n'avait jamais pris l'habitude de parler de Jaime à qui que ce soit. Même Podrick, qui avait pratiquement tout vécu avec elle, ne l'avait jamais entendue s'épancher. Ce n'était pas dans sa nature. Sans parler de l'interdit que représentait la relation elle-même. Que dire quand il n'était supposé rien exister de plus qu'une forte amitié ? La Guilde tolérait beaucoup de choses, mais Brienne n'avait pas les confidences faciles. Et Jaime n'avait pas souvent bénéficié de beaucoup de sympathie.
Leung leva les yeux au ciel.
- Par tous les dieux du monde, Brienne, parle ou va-t'en, mais cesse de réfléchir aussi fort !
Ce n'était pas particulièrement engageant. Mais il s'agissait de Leung, après tout. Et même si une certaine forme de sens du devoir avait toujours tenu la chevaleresse éloignée des confidences les plus personnelles, elle avait l'impression de ne plus contrôler le déluge de sentiments douloureux qui la secouaient.
Les mots lui tombèrent des lèvres sans qu'elle y puisse rien. En quelques minutes, elle se retrouva la voix tremblante, à résumer des mois de lutte silencieuse contre le spectre de Cersei, de doute devant les décisions et indécisions de Jaime, de frustration face aux refus répétés de Selwyn d'accorder le mariage, d'angoisses d'avenir, d'imprudences, de remords, d'espoirs à peine esquissés et de disputes anodines ou terribles. Combien de temps cela prit-il ? Comment Leung, si froide et impatiente d'ordinaire, tint-elle jusqu'au récit détaillé de ce qu'il s'était dit dans la cabine ? Brienne n'en savait rien. Elle luttait déjà tellement contre l'émotion qu'elle ne parvenait plus à estimer le temps qui s'écoulait ou le monde qui l'entourait.
Je me rends ridicule, pensa-t-elle durant un bref moment de silence. Mais sitôt en eût-elle pris conscience qu'elle recommençait à parler, incapable de stopper le flot de mots qui ne demandait qu'à sortir.
Quand enfin elle eut fini, elle chercha son souffle et écrasa d'un geste brusque les larmes qui avaient réussi à se faufiler sous ses paupières. Elle savait que la maternité apportait très souvent son lot de bouleversements dans l'esprit et le corps féminin, mais elle ne parvenait pas à s'ôter de l'esprit qu'elle témoignait d'une faiblesse honteuse.
Leung poussa un long sifflement et s'accouda au bastingage.
- Je ne me sens jamais aussi heureuse du célibat qu'après ce genre de confidences. Quoi ? fit-elle en croisant le regard de Brienne. Je ne prétends pas que le couple est une notion dénuée de sens et érigée en seule vue de raisons biologiques et politiques, estime-toi heureuse.
Elle poussa un soupir.
- N'avais-tu parlé de cela à personne avant ?
- Pourquoi cette question ?
- Parce que je te connais un peu.
Secouant la tête, Leung chercha visiblement ses mots quelques instants, avant de lever les yeux vers la chevaleresse.
- Veux-tu mon avis sincère ?
- Sais-tu dire des mensonges ? répliqua Brienne.
- Honnêtement, je n'étais pas non plus favorable à ce que tu embarques. J'ai vu des femmes faire des chutes ridicules et perdre leur enfant sans comprendre pourquoi elles avaient fait une fausse couche alors que d'autres chutaient de cheval à six mois de grossesse et ne subissaient aucune conséquence. Quand j'ai su que nous partirions pour Lancehélion, j'ai compté parmi ceux qui voulaient que tu restes à la Guilde.
- Ne pourriez-vous, pour une fois, cessez de m'infantiliser de la sorte ? Ne croyez-vous pas que je sois au fait des risques que je prend ?
- Crois-moi, nous le sommes, assena Leung d'un ton dur. Le récit de tes exploits a autant fait grandir notre respect pour toi qu'il nous a terrifié. Sans parler du fait que je te connais, ma soeur. J'ai grandi avec toi. Tu es intransigeante envers toi-même plus qu'envers n'importe qui d'autres. Tu t'es précipitée dans une ville en pleine destruction et sous le feu d'un dragon par amour, en renonçant à un serment qui avait guidé ta vie des années durant et t'avait fait voyager pratiquement d'un point à l'autre de Westeros. Je n'ose même pas imaginer ce que cela a dû te coûter de quitter ta Dame. Mais si tu es parvenue à faire cela, je suis certaine que tu n'hésiterais pas un seul instant, enceinte ou grièvement blessée, à te précipiter au secours de Jaime s'il se trouvait en difficulté.
Brienne ne répondit pas. Elle se mordait si violement la langue qu'elle était certaine de finir par goûter son propre sang.
- Tu as réussi l'exploit de te trouver un homme aussi borné que toi, reprit Leung. Bon, il a l'air encore plus idiot, donc cela te laisse l'avantage. Mais sois honnête, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Je crois que le monde pourrait s'effondrer et vous pourriez vous vider de votre sang que vous feriez toujours en sorte de vous protéger l'un l'autre.
La Yi Tienne fit une grimace de dégoût.
- Je n'arrive pas à croire que je m'apprête à le dire, mais soit : c'est presque assez beau pour ne pas être à gerber.
En langage « Leung », c'était certainement l'un des compliments les plus profonds et les plus touchants qui soient. Brienne avait longuement guetté le jour où sa jeune soeur ne serait plus révoltée par les épanchements des uns et des autres, en vain. De ses toutes premières années d'esclavage et de drame, Leung avait conservé un tempérament dur comme du granit et une difficulté profonde à s'épancher. Les mœurs de la Guilde étaient bien plus libres qu'ailleurs, et Brienne était certaine que la Yi Tienne avait déjà connu des hommes. Mais pas une fois elle n'avait semblé éprouver pour quiconque un élan amoureux ou amical assez fort pour ébranler son monde. Elle aimait et respectait les guildiens, et aurait donné sa vie pour n'importe lequel d'entre eux pas dévouement à leur ordre, mais il n'y avait guère que Leth, Brienne, leurs tantes et Naath Aranoth, autrefois, pour réussir à éveiller une lueur de protection sans limite dans le regard de Leung.
Brienne sentit confusément que si sa soeur s'était trouvée dans une situation analogue à la sienne, si elle avait dû voir l'un des guildiens partir à l'autre bout du monde vers une mort certaine, elle aurait respecté son choix et fait son deuil en silence. Mais s'il s'était s'agit de l'un de ses proches, elle se serait immédiatement jetée sur les routes pour le rattraper.
En un sens, elle comprenait certainement mieux ce qui avait jeté Brienne sur la route de Port-Réal que la plupart des guildiens.
- Il doit être mort de peur, insista Leung. A chaque fois que tu prends ton épée, à chaque fois qu'on se reçoit une vague, ou qu'on aperçoit un navire pirate. Il doit penser sans arrêt à ce que tu pourrais perdre avec un coup porté au mauvais endroit, ou même au fait que tu pourrais y laisser la vie avec un mauvais concours de circonstances.
- Cela n'excuse pas tout, souffla Brienne.
Ce qu'il avait craché à propos du bébé, de la fausse couche et de Cersei la brûlait de l'intérieur et lui donnait l'impression de se déchirer en deux. Ce n'était pas seulement la rage ou le venin qu'il avait insufflé à ses mots, c'était leur spontanéité. La façon dont tout, toujours, les ramenait à Cersei.
Peut-être qu'il n'y aurait jamais moyen de lui échapper tout à fait. Peut-être que son spectre continuerait à les hanter pour le restant de leur vie et que Brienne devrait tout ce temps subir une comparaison silencieuse et systématique, avec la certitude qu'elle ne parviendrait jamais à surclasser Cersei Lannister dans la plupart des domaines.
- Cela n'excuse pas tout, répéta-t-elle en sentant sa voix se briser.
- Je n'ai pas dit ça. D'ailleurs, si tu veux que je le plante en haut du mât comme épouvantail, ça peut se faire.
Malgré elle, Brienne sentit un infime sourire lui rehausser le coin des lèvres. Leung lui prit la main avec une douceur étonnante.
- Essaie simplement de te rappeler qu'on est nombreux sur ce bateau à s'inquiéter pour toi et qu'il doit certainement se faire des cheveux blancs plus que nous tous.
- Crois-tu... crois-tu que je puisse faire...
- Je ne suis pas une spécialiste. Mais tu connais les signes, n'est-ce pas ? Des douleurs vives, des saignements... Tant que tu n'auras pas manifesté le moindre symptôme, oublie ça, d'accord ? Tu n'as pas eu de choc au ventre, ni même dans le dos. Je ne vois pas pourquoi une épaule démise et un poignet cassé te feraient faire une fausse couche, quand bien même ils auraient été induits par une chute de quinze mètres et une vague scélérate.
Brienne baissa enfin les yeux vers sa soeur yi tienne. Leung avait le visage sale, couvert de sueur et de sel, et des cernes creusaient ses yeux, mais son regard était alerte et sa poigne ferme.
- Va te reposer, Brienne. Je commande pour cette nuit, et c'est un ordre. Tu as besoin de sommeil. Et s'il arrive quoi que ce soit, fais-moi appeler. Je peux même prévenir Ahnne de se tenir prête, au cas où il se passerait quelque chose.
- Cela ira, dit la chevaleresse d'une voix tremblante.
- Uniquement si je dis que cela va, trancha Leung. Maintenant va t'allonger, et si ton satané chevalier fait des siennes, promets-lui qu'il sera le premier exemple de mon autorité suprême.
- C'est-à-dire ?
La Yi Tienne esquissa un sourire carnassier.
- C'est-à-dire que je me ferai une joie de lui clouer les testicules au mât.
La menace de Leung parvint à lui arracher un infime instant de bonne humeur tandis qu'elle retournait à sa cabine, mais à l'instant où elle passa la porte, la douleur revint, annihilant tout le reste. Jaime s'était replié sur un côté du lit. Sa main de bois reposait par terre, à côté d'une bouteille d'alcool mal refermée. Il lui tournait le dos. Brienne hésita. Peut-être ne dormait-il pas encore. Peut-être pouvait-elle tenter de parler.
Mais la douleur coupa le souffle à nouveau. Luttant contre les larmes, elle traversa la cabine, trouva la bassine qu'elle utilisait chaque nuit, la disposa au sol et s'assit près d'elle. Sa main retomba ensuite contre son ventre dans un geste machinal. Elle pouvait à peine sentir la forme de son bébé à travers les couches de vêtements. Peut-être d'ailleurs était-ce encore impossible et son esprit lui jouait-il des tours depuis le début en lui faisant croire que l'enfant était là, déjà palpable. Il n'avait, après tout, pas encore trois mois.
Heureusement que je ne veux pas de cet enfant, car au rythme où tu vas, il ne verra jamais le jour.
Ses doigts se crispèrent, et elle se mordit la langue. Elle n'avait pas pensé au bébé. Pas une seule fois durant tout le temps qu'elle avait passé sur le pont, puis pendue à sa corde de vie et au chevet de Sansa, elle ne s'était inquiétée du bébé.
Au moins Cersei avait-elle ça pour elle.
Sa vue se brouilla et Brienne ferma les yeux. Elle n'avait jamais réellement haïe Cersei, mais elle avait l'impression que les accusations de Jaime la déchiraient de l'intérieur. Si elles n'avaient été que le fruit de sa colère, la chevaleresse aurait probablement pu les encaisser, mais un fond de vérité lui serrait la gorge.
Cersei Lannister avait tenu à ses enfants. C'était certainement la seule et unique chose qui avait compensé sa personnalité et ses crimes. Elle avait aimé ses enfants plus que n'importe qui d'autre. Elle avait été une meilleure mère qu'elle. Après tout, quel genre de femme se serait si peu soucié de son enfant à naître ?
Brienne s'adossa au mur, la respiration tremblante. Elle adressa une prière silencieuse à la Mère et au Ferrant, auquel elle s'était identifiée toute sa vie pour la protection qu'il offrait à tous ceux qui se donnaient dans leur tâche. Jamais elle n'avait prétendu pouvoir prier le Guerrier, car il n'accordait sa protection et sa bénédiction qu'aux soldats et aux chevaliers. Même après son adoubement, elle avait continué à prier le Ferrant. Lui, peut-être, saurait l'entendre. Plus sans doute que la Mère, qui n'approuverait certainement pas le comportement qu'elle avait manifesté jusqu'ici.
Faites que je n'ai pas perdu l'enfant. Je vous en prie, faites que je ne l'ai pas perdu.
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Jaime
Après deux longues semaines de voyage épuisant, de vagues insurmontables qui se brisaient contre la coque et faisaient presque chavirer les navires, la vague scélérate avait laissé les navigateurs exsangues.
Pendant les trois jours qui suivirent, la mer fut d'huile, et le soleil de plomb, effrayant. Les vêtements séchèrent vite, mais l'inquiétude ne cessa de grimper parmi l'équipage. On ne prit pas le temps de pleurer les disparus qui avaient basculés par-dessus le bastingage. Les rites habituels ne se prêtaient pas à l'urgence de la situation. Jaime ignorait totalement de quelle manière le navire royal faisait son deuil, mais à bord du Brise-Tempête, les choses semblèrent expédiées à la va-vite dans le dégoût général.
La gorge nouée et l'air solennel, Leth présida au dernier voyage de Gydeon et des autres guildiens qui avaient perdu la vie pendant la tempête. On noua un linge pâle autour d'eux, brodé de l'emblème de la Guilde, un arbre ployant dans la tempête, et après une courte cérémonie de recueillement, l'énonciation brève de leurs faits d'armes et du frère ou de la soeur qu'ils avaient été, les guildiens les saluèrent poing sur le cœur et s'inclinèrent, et on les jeta simplement par-dessus le bastingage. Jaime regarda le corps voilé de Gydeon plonger lentement dans l'eau turquoise. Quand Leth mit fin à l'instant, le chevalier réalisa que Brienne avait les yeux rouges. Gydeon avait été un de ces enfants de la Guilde qu'elle avait connus et contribué à élever quand ils avaient été recueillis, des années plus tôt. Sa mort l'affectait plus que ne l'aurait fait une autre.
Au moins n'est-ce pas Ahnne, avait songé Jaime.
Il aurait aimé croire que sa sollicitude pour la jeune fille n'était que le fruit de sa sympathie pour elle, mais à la vérité, il n'aurait su que faire si la seule guérisseuse à même de prendre soin de Brienne avait disparu en mer.
Jaime aurait voulu dire des mots réconfortants pour apaiser la peine de la chevaleresse, mais il n'y en avait pas. Au lieu de quoi, il lui pressa les doigts quelques secondes, avant qu'elle ne se dégage d'un geste sec. La mort dans l'âme, il renonça à parler et plus encore à la convaincre de se reposer. Il y avait fort à faire, de toute façon. Il fallait écoper, réparer, inventorier les vivres qui n'avaient pas pris l'eau, ramer. Même avec un bras en moins, Brienne avait le moyen de se rendre utile et Jaime n'avait pas l'intention de l'empêcher de se distraire, tant qu'elle demeurait raisonnable.
Il se voyait mal lui interdire quoi que ce fût, d'ailleurs. Il avait compris en se réveillant au matin que les choses ne reprendraient pas leur cours normal comme c'était souvent le cas après une de leurs disputes. Ils avaient été trop loin cette fois-ci. Lui avait été trop loin. Quand il avait découvert la chevaleresse endormie à même le sol, contre le mur du fond, près d'une bassine vide, il avait eu le sentiment de recevoir un coup de poing. Le soleil perçait déjà par la fenêtre et il savait qu'il n'aurait jamais la force et la discrétion nécessaires pour porter Brienne au lit sans qu'elle ne se réveille. Il avait voulu la toucher, mais même dans son sommeil, elle s'était écartée à son approche. La mort dans l'âme, il s'était contenté de disposer une couverture sur elle et de la laisser le temps d'aller prendre un petit-déjeuner frugal. A son retour, elle s'était réveillée, levée, avait même partiellement rangée la cabine et l'avait ignoré en passant près de lui pour aller se restaurer. Jaime ne chercha même pas à la suivre. Il savait déjà qu'il n'en retirerait rien de bon. Il désinfecta à nouveau son moignon, et la douleur lui parut méritée, comme lorsqu'il avait procédé au nettoyage de la plaie avant de se coucher. Ce ne fut qu'une fois le bandage changée (et noué avec maladresse), qu'il gagna le pont supérieur et assista à la cérémonie mortuaire.
Une fois celle-ci terminée, comme il était hors de question d'imposer à Brienne une tâche trop physique, on l'envoya faire l'inventaire de la nourriture. Jaime la suivit docilement et, une demi-journée durant, ils firent le tour de tous les sacs, de tous les tonneaux, de tous les pots en verre et en terre que la tempête n'avait pas jetés par-dessus bord. Parfois, Brienne s'interrompait en plein milieu de son compte et son regard se voilait, mais quand Jaime tentait de comprendre ce qu'il se passait, elle secouait la tête et se repliait sur elle-même. Elle ne lui accorda d'ailleurs pas un mot et à peine plus d'un regard.
A plusieurs reprises, le chevalier faillit lui demander si elle était préoccupée par la mort de Gydeon, par leur dispute ou par autre chose. Mais chaque fois qu'il voulut aborder le sujet, il se heurta à un mur et renonça. Pour autant, il ressentit une douleur lancinante au cœur quand il réalisa que Brienne esquivait sa main chaque fois qu'il tentait de l'étreindre.
Malheureusement, sur le plan objectif, l'état de Brienne constituait l'une des choses les moins préoccupantes. A présent que le vent était tombé, les voyageurs se découvraient hors de vue de la terre, et si les connaissances de Davos, de Leth et du capitaine Martyn étaient suffisantes pour assurer tout un chacun qu'on retrouve tôt ou tard le chemin de la terre, le temps filait. Une partie des vivres embarqués à bord avait été détrempée par les vagues successives qui avaient envahi les cabines et les couloirs, et près de la moitié des réserves faites avant le départ était inutilisable. Le vaisseau du capitaine Martyn n'avait guère eu plus de chance, et Leung et lui passèrent de longues minutes à calculer le rationnement nécessaire pour que leurs réserves tiennent jusqu'à ce qu'ils aient regagné la côte.
Bien sûr, les guildiens les plus jeunes ou les plus éprouvés obtinrent un peu plus de vivres, au détriment des plus mûrs et des biens portants. Durant le déjeuner, d'une ambiance lugubre, Jaime poussa la moitié de sa viande (coupée par Leth, puisque Brienne en aurait été incapable même si elle l'avait voulu) vers la chevaleresse. Celle-ci l'ignora durant plusieurs minutes avant de l'attaquer du bout des lèvres. Si Jaime avait espéré que cela améliore la situation, il n'en fût rien.
Après un repas frugal, il fallut à nouveau écoper, balayer, réparer, ranger. On prépara les rameurs, et tous les guildiens qui étaient en capacité de se plier à l'exercice s'y firent. Sansa exigea d'être portée sur la poupe du navire, à l'air libre, afin de profiter du soleil et de voir par ses yeux et en pleine lumière le résultat des tempêtes. Varys l'accompagna. Conscient, il était aussi livide et fermait fréquemment les yeux. Naoko, qui paraissait s'être attribuée le rôle de guérisseuse attitrée, le renvoya d'ailleurs bien vite à l'ombre de sa cabine. Rien, en revanche, ne put convaincre Sansa d'en faire autant. Installée sur une chaise, sa jambe reposant sur une autre, elle passa l'après-midi à observer les deux navires qui fendaient péniblement l'eau calme. Leung, Leth et Davos avaient estimé la distance qui les séparait de la côte et discuté avec le capitaine Martyn de la direction à prendre. Il paraissait plus nécessaire de rallier la terre au plus vite plutôt que de ne faire route que vers Lancehélion. Il faudrait sans doute faire halte avant pour ravitailler les navires.
La nuit venue, tandis que les rameurs se relayaient, Jaime resta sans mot dire avec Leung et Brienne, à quelques pas de Leth qui scrutait les étoiles. Les deux chevaliers n'avaient toujours pas échangé un mot depuis la veille, mais Jaime aurait été incapable de s'éloigner même si on lui avait affirmé qu'il perdrait sa deuxième main à rester si près de la guerrière. Pour quelle raison tolérait-elle sa présence si près d'elle alors qu'elle ne pouvait même pas souffrir de le regarder dans les yeux, il n'en savait rien. Mais il voulait croire que cela voulait dire que tout n'était pas entièrement perdu. En attendant, il reportait son attention sur la mer d'huile qui les narguait, et sur le ciel étoilé, dépourvu de nuage, qui ne soufflait d'aucun vent.
Jaime n'avait jamais eu le pied marin. Depuis qu'il avait pris l'habitude de naviguer avec les guildiens, il s'en remettait entièrement à eux et estimait n'avoir jamais eu à le regretter. Mais il n'avait jamais, non plus, senti à ce point le poids d'un ultimatum. Le temps leur manquait et ils devaient atteindre le Sud de Westeros au plus vite. A combien s'élevaient les jours depuis lesquels Sansa avait quitté la capitale ? Près d'un mois, sans doute. C'était bien plus qu'il n'en fallait pour que la situation ne dégénère entièrement et qu'il ne reste plus rien de Port-Réal et de Tyrion. Un peuple affamé pouvait tout, et surtout le pire.
- Nous ne serons jamais à temps à Lancehélion, gémit Sansa le deuxième jour, en se laissant aller contre le dossier de la chaise qu'elle occupait dans le bureau du capitaine.
Jaime n'osa rien répondre. Brienne non plus. On les avait tous deux dispensé de ramer et ils ne se parlaient toujours pas, mais Davos, estimant que la reine ne devait pas rester seule, leur avait demandé d'aller la trouver pour le repas. Le bureau de Leth avait retrouvé un semblant de ressemblance avec ce qu'il avait été autrefois, avant d'être entièrement renversé sur lui-même, et lord Varys parvenait à nouveau à tenir une conversation durant plusieurs minutes sans qu'elle ne génère une terrible migraine – mais le bois paraissait comme imbibé de la tempête. Assis l'un à côté de l'autre, incapables de s'adresser la parole autant que de couper leur viande, Jaime et Brienne venaient de passer dix minutes à parler l'un après l'autre dans une tentative de distraire Sansa.
- Ce voyage était vain et destiné à l'échec, reprit la jeune reine. Jamais nous ne sauverons le peuple de Port-Réal.
- Nous sommes trop engagés pour faire demi-tour, signala Brienne. D'après ser Davos et Leth Aranoth, nous pourrions bien n'être plus qu'à trois jours de Dorne.
- Et alors ? Après une telle tempête et sans plus aucun vent, je ne vois pas comment nous pourrions progresser. Peu importe à quel point les marins rameront, ils ne remplaceront pas la force du vent.
- Mais même si nous arrivons trop tard, le prince de Dorne devra répondre de ses crimes, insista Brienne. Il devra répondre de la promesse qu'il n'aura pas honorée. Vous devez garder courage, majesté. Le plus terrible du voyage est derrière nous. Il n'arrive souvent pas plus d'une vague scélérate la même année, et beaucoup de marins chevronnés n'en ont jamais vues de leur vie. Ce que nous avons affronté était exceptionnel.
Cela, Jaime l'espérait bien. Il doutait de survivre à une seconde expérience de cet acabit. Et il ne parvenait toujours pas à croire que Brienne s'en était tirée sans séquelle ou presque. Elle s'était encore endormie contre le mur, près de la bassine qu'elle n'avait pas utilisée de la nuit, et le chevalier n'avait aucun mal à voir la peur dans son regard. Mais elle n'avait pas saigné, ni manifesté de douleur particulière à l'endroit du ventre. Il voulait croire que c'était bon signe. Qu'en dehors de son bras en écharpe, elle n'avait rien.
Durant la nuit, incapable de trouver le sommeil, Jaime avait attendu que la chevaleresse soit endormie pour se glisser à ses côtés. Il doutait de pouvoir la porter, alors il avait simplement amené une couverture dans laquelle il l'avait enroulée, et s'était assis à côté d'elle. Il avait fini par trouver le sommeil, même si cela avait été long et inconfortable. Il en avait émergé peu de temps avant Brienne, et l'avait vu ouvrir les yeux, les découvrir tous les deux contre le mur, à même le sol, ridicules. Son regard était tombé sur la bassine immaculé, et Jaime l'avait vue écraser une larme avant de se lever. Il avait essayé de la retenir, mais se tenait d'une mauvais côté. Elle n'avait même pas eu un geste à faire pour esquiver son moignon. Le cœur lourd, il l'avait regardée quitter la cabine sans un mot.
Tu es un imbécile, Jaime, avait-il pensé avec dégoût. De tout ce que tu pouvais dire, il fallait que ce soit ça. Et la prochaine fois, qu'est-ce que ce sera ? Renly ? Catelyn ?
- Peut-être devrions-nous écrire au Donjon Rouge, avança Varys, et Jaime revint à la discussion qui les occupait. Il nous reste quelques corbeaux, majesté. Lord Tyrion doit savoir que nous sommes en vie et que nous n'abandonnons pas.
- Pour quel résultat ? répliqua Sansa. Que restera-t-il de notre peuple quand nous rentrerons enfin ? Rentrerons-nous seulement avant la fin de l'Hiver ?
La question serait plutôt de savoir si cet Hiver aura une fin, songea Jaime en buvant sans envie un peu de l'eau tiède qu'on lui avait versée. Il me semble en entendre parler depuis si longtemps que c'est comme s'il avait toujours été là.
Sansa paraissait n'avoir plus la moindre énergie. Pour autant, en insistant lourdement sur la situation d'incertitude que devait connaître Tyrion, Varys parvint à la convaincre d'écrire à la capitale. Il rédigea les lignes lui-même, puis signa la lettre de son nom et du sceau de la reine, et montra à celle-ci le court texte. Jaime n'eut pas un mot à dire pour que l'eunuque ne lui promette qu'il rassurait Tyrion dans sa missive sur le sort de tout un chacun.
- Il ne faut pas perdre espoir, majesté, répéta Brienne comme Varys sortait pour envoyer le corbeau-messager. La chance peut encore tourner. Nous avons connu des situations bien plus désespérées encore.
- Ah oui ? rétorqua Sansa. Et comment la chance pourrait-elle tourner ? Crois-tu vraiment que les dieux feront revivre ceux de mon peuple qui seront morts de faim parce que Dorne n'aura pas tenu ses engagements ?
Brienne se tut. La jeune reine avait bien trop de peur et de colère à exprimer pour ne pas la décharger contre la chevaleresse. Peu après, les deux chevaliers quittèrent la cabine pour laisser Sansa plongée dans ses pensées. Rien n'aurait pu l'en tirer.
Cette nuit aussi, le sommeil fut dur à trouver. Appuyé à la poupe du navire, loin des messes-basses de Davos, Leth Aranoth et de Leung, Jaime chercha les étoiles des yeux. Il avait connu quelques constellations, autrefois. Tyrion avait lourdement insisté pour les lui enseigner. Le chevalier chercha les noms des étoiles, redessina du regard le tracé des figures divines. A ses côtés, Brienne s'était postée de sorte à sembler près de lui sans pour autant le toucher. C'était proprement insupportable. Voulait-elle lui parler, le forcer à parler ? Il aurait cru que son courage naturel prendrait le dessus et qu'elle irait à la confrontation. Au lieu de cela, elle restait étrangement passive. L'idée vint à Jaime qu'il avait peut-être finalement réussi à briser quelque chose chez elle, après des années passées à la malmener parfois sans même le vouloir. Mais c'était si terrifiant qu'il repoussa la pensée au fond de son esprit. Il s'agissait de Brienne. Rien ne pouvait la briser.
- Tu sais que je préfère quand tu m'insultes ? dit-il enfin. Au moins, je n'ai pas l'impression de faire face à un spectre.
Pendant un moment, il crut que son intervention resterait une fois de plus sans réponse, mais ce fut d'une voix rauque que la chevaleresse laissa échapper :
- Je n'ai aucune insulte à te servir.
- Vraiment ? Première nouvelle ! Brienne de Tarth qui n'aurait rien à me dire pour me faire fermer mon clapet, voilà qui devrait entrer dans les annales ! Sérieusement, combien de temps comptes-tu me servir ton numéro d'ignorance ?
Il aurait dû être plus clément, moins arrogant, moins empli de cette colère dormante qui ne demandait qu'à sortir. Mais il n'y parvenait pas. L'inquiétude le rongeait, mais ses réflexes d'antan, de lion d'or plein d'orgueil et de mépris, reprenaient le dessus.
- Aussi longtemps que tu persisteras à vouloir me dicter ma conduite, dit Brienne d'une voix trop calme.
- Cela t'apparaît peut-être comme une absurdité, mais je n'ai pas l'intention que tu te fasses tuer ! Tu n'aurais jamais dû faire partie du voyage ! N'importe quelle femme te dira que dans ta condition, tu dois te ménager si tu veux que ta grossesse arrive à terme !
Jaime se mordit la langue, mais trop tard. Le spectre de leur précédente dispute flotta entre eux.
C'est à se demander si tu veux vraiment cet enfant !
Avait-il véritablement dit ça ? Il se sentit soudain mal, comme s'il s'apprêtait à vomir. Et ce n'était pas bien mieux de repenser à la suite de leur dispute. La mention de Cersei lui donnait envie de se fracasser le crâne contre un mur jusqu'à ce que mort s'ensuive.
- Je suis certaine que Cersei n'a jamais fait la moindre fausse-couche, cracha Brienne. Elle, elle tenait vraiment à avoir ses enfants, pas vrai ?
Jaime secoua la tête frénétiquement. Par les Sept, comment en étaient-ils arrivés là ? Il avait envie de crier, il sentait bien sa colère toujours présente, mais dans son esprit, il revoyait leur précédente dispute, la façon dont il avait jeté ses accusations au visage de la chevaleresse. La façon dont il l'avait découverte au milieu de la nuit, recroquevillée contre la bassine où elle n'avait pas vomi.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, ni maintenant, ni la première fois.
- C'est pourtant ce qu'il transparaît. Quel dommage que tu n'aies pas souhaité être père à ce moment-là, au moins aurais-tu misé sur le bon cheval !
Ce n'était pas la voix de Brienne, trop aigre, trop cassante. Ce n'était pas non plus son visage, déformé par un mélange de peur, de rage, de dégoût. S'il n'y avait eu que la réplique, si elle avait été prononcée par n'importe qui d'autre, il lui aurait fracassé sa main de bois dans la figure et aurait laissé libre cours à sa colère. Mais c'était Brienne, et il sentit son envie de hurler retomber tout à fait. La chevaleresse avait détourné les yeux, mais trop tardivement pour qu'il manque l'éclat des larmes qu'elle retenait difficilement.
Comment en sommes-nous arrivés là ? La question silencieuse n'eut pas de réponse. Jaime aurait été incapable de décrire son état d'esprit depuis la fin des tempêtes. Il oscillait entre une trop grande diversité d'émotions, mais chacun lui paraissait faire la taille et le poids d'une montagne. La peur, la colère, le dégoût, l'injustice, le remord... Et ce besoin, inassouvi depuis trois jours, de balayer tout ce qu'il s'était passé pour étreindre Brienne sans qu'elle ne s'écarte comme s'il avait contracté la peste. Il avait tant passé de temps ces derniers mois à veiller sur elle et à tenter de la protéger de tout, lui-même en premier lieu, qu'il se sentait épuisé et arrivé au bout de ses capacités. L'aurait-il moins été qu'il n'aurait certainement pas laissé éclater sa colère de la sorte.
Il expira lentement, inspira profondément. Il devait réussir à endormir son tempérament d'idiot imbuvable et redevenir celui qu'il était depuis Winterfell, ou il pressentait que cette dispute aurait d'encore plus terribles conséquences qu'elle n'en avait eues jusqu'à présent.
- Tu n'as pas fait de fausse couche, dit-il doucement.
- Qu'en sais-tu ? Et en quoi cela t'importe, de toute façon ? Tu devrais être soulagé, si je perd le bébé. Tu n'en as jamais voulu, après tout.
Une infime part de Jaime se sentait prête à acquiescer. Mais même s'il n'avait effectivement jamais pu souffrir la simple idée d'avoir des enfants, il se serait certainement interdit de répondre. Parce que la main valide de Brienne tremblait contre le bastingage, et qu'elle luttait tant contre les larmes qu'il avait l'impression qu'on lui creusait la poitrine avec un couteau.
Il lui prit doucement le poignet, tira légèrement dessus. A contrecœur, Brienne lui adressa un regard hanté.
C'est à se demander si tu veux vraiment cet enfant !
Jaime Lannister, tu es un imbécile.
Il s'éclaircit la gorge.
- Si je dois choisir entre toi et un bébé, il peut aller brûler dans les Sept Enfers sur-le-champ. Tu es prioritaire, et tu le seras toujours. Mais je ne veux pas le perdre, ou te perdre, parce que tu refuses de te ménager. Je n'ai pas voulu dire... Je veux essayer, soupira-t-il. Cette fois-ci, je veux tenter d'être père. Je me suis laissé emporter. Et Cersei n'a rien à voir là-dedans, je ne sais pas ce qui m'a pris de parler d'elle. Elle... elle n'avait que ses enfants à penser, c'était la seule chose qui lui importait vraiment, avec le fait de détenir du pouvoir et de le faire respecter. Elle savait être une reine despotique et une mère, mais elle était incapable de se préoccuper de qui que ce soit d'autre. Toi, tu es chevalier, tu tentes de protéger ta reine et le royaume, tu commandes les guildiens, tu mènes des expéditions contre des pirates, tu tiens bon entre ton père, tes tantes et ta reine, tu t'inquiètes pour eux, pour ton écuyer, pour ton frère et ta soeur de sang, pour ton frère et ta soeur de Guilde, et même pour un imbécile de chevalier manchot qui ne réfléchit pas avant de parler plus de la moitié du temps.
Un début infime de sourire étira les lèvres de Brienne, mais Jaime lui trouva des relents de tristesse insupportables.
- Tu as des centaines de choses auxquelles tu dois penser et auxquelles tu tiens. Et c'est ce que tu es, je ne veux pas t'obliger à le nier. Tout ce que je voudrais, c'est que pour une fois tu ne te préoccupe que de ce qui moi, m'importe.
- Pod ? suggéra-t-elle à mi-voix.
Jaime sourit. Son front était rendu contre celui de Brienne. Il ferma les yeux.
- Evidemment, Pod, dit-il. Et Tyrion, si tu vas par là. Mais ce que je veux dire...
- J'ai compris.
- Peut-être mais je vais le dire quand même : tu meurs, je meurs.
La sentence flotta quelques secondes entre eux.
- Alors, reprit Jaime, si tu tiens à me supporter encore quelques années, je t'en prie, fais plus attention.
Il sentit la chevaleresse hocher la tête, sans la voir. Il laissa sa main glisser le long de son bras et lui presser doucement les doigts.
- Quand je t'ai demandé d'aller sur le pont voir comment allait Leth, murmura-t-elle, moi aussi, j'étais terrifiée. Moi aussi, je ne voulais pas qu'on se sépare. Mais j'ai fait le serment de protéger Sansa et je l'ai déjà rompu une fois, je ne pouvais pas simplement rester là, ou aller sur le pont et attendre que quelqu'un d'autre aille la voir. Quand la vague nous a frappés et que je t'ai senti me lâcher, puis que je me suis retrouvée pendue sur le pont inférieur, moi aussi j'ai été terrifiée. Pas pour moi. Pour toi. Je ne savais pas où tu étais, si tu allais bien. Je n'ai même pas pensé à moi ou au bébé. En fait, je n'y ai pensé que quand tu m'as parlé d'une fausse couche.
Elle déglutit, trembla une nouvelle fois.
- J'ai dit autrefois à lady Catelyn que la maternité était une forme de courage. Je ne suis pas certaine de l'avoir.
- Et moi je ne suis pas certain d'être un manchot, rétorqua Jaime. Tu es la femme la plus courageuse que je connaisse. Tu as peut-être du mal à convertir ton esprit martial à une autre forme de courage, mais tu l'as forcément.
Il fut soudain certain que les larmes avaient commencé à dévaler ses joues. Il aurait aimé lui saisir la nuque, le visage, écraser les larmes à mesure qu'elles coulaient, mais il ne s'en sentait pas encore le droit. Il pressa ses doigts un peu plus fort.
- Je sais que tu n'as qu'une main en moins alors que je ne ressemble plus qu'à peine à un être humain, reprit Brienne en luttant contre un sanglot. Et je sais bien que je ne retrouverait plus mes capacités d'autrefois. Mais je sais ce que tu ressens quand tu t'inquiètes, parce qu'il ne se passe pas une journée ou une nuit sans que je pense à ce qu'il adviendra si nous avons une fille et qu'elle ressemble à ta soeur. Ou bien si tu réalises en voyant notre enfant qu'il ne correspond pas à ce que tu espérais parce qu'il n'est pas d'elle. Et chaque fois, je me répète que tout ça est derrière nous, et que je n'ai pas à m'inquiéter. Mais il suffit que tu t'emportes pour mentionner Cersei sans même y penser.
Jaime déglutit, à nouveau nauséeux. Il aurait préféré que Brienne s'écarte de lui et lui crache au visage, qu'elle lui crie dessus, qu'elle le frappe. Au moins se serait-il laissé faire jusqu'à ce que la colère s'estompe et qu'il ait subi ce qu'il méritait. Il n'aimait pas cette résignation qui était apparue chez la chevaleresse après les évènements de Port-Réal. A Winterfell, quand elle avait cru qu'il se jouait d'elle, elle lui avait pointé son épée dans la gorge. Depuis qu'il avait traversé la moitié du monde pour Cersei, Brienne paraissait incapable de croire totalement qu'un nouveau départ soit possible.
- Joffrey, Tommen et Myrcella étaient les enfants de ma soeur. Peu importe ce que j'ai pu éprouver en les perdant, ils n'étaient pas à moi et jamais ils n'auraient pu l'être sans se faire immédiatement tuer par Robert et par le peuple. Et quand bien même, je n'en voulais pas. Je veux être le père de tes enfants. Et ils nous ressembleront, à nous, pas à elle. Rentre-toi ça dans le crâne.
Jaime hésita à rouvrir les yeux, mais pour dévisager Brienne il aurait dû s'écarter, et elle était si pleinement appuyée contre lui, front contre front, qu'il ne pouvait s'y résoudre.
- Je ne fais plus de cauchemar. Je ne l'entends plus ni ne la voie plus nulle part. Je suis avec toi. Si Sansa ne peut nous marier, alors je séquestrerai un septon dornien dès notre arrivée et je le contraindrai à régler le problème, peu importe ce qu'en dira ton père. On se fout de la loyauté, Brienne. Aujourd'hui, demain, et jusqu'à la fin de ma stupide vie. Et si jamais tu fais vraiment une fausse couche, ce ne sera pas ta faute. Ôte-toi cette idée de la tête et fracasse-moi le crâne la prochaine fois que je fais mine de la penser, d'accord ? Je suis le plus idiot des Lannister et je suis encore plus incapable de réfléchir quand j'ai peur. Ecoute-moi quand je te raconte des plaisanteries douteuses et des récits de guerre, mais ignore-moi le reste du temps.
- Mais si jamais je perd le bébé...
- On aura d'autres occasions, la coupa Jaime. A tous les coups, le thé de lune s'est fait la malle avec la vague scélérate, et je nous fais confiance pour continuer à nous montrer toujours plus imprudents.
Sans ouvrir les yeux, il sut que le sourire de Brienne était humide de larmes. Il ouvrit encore la bouche, prêt à ajouter une autre plaisanterie douteuse, mais des lèvres hésitantes se pressèrent contre les siennes et il abandonna. Le baiser était fragile, tremblant. Il aurait suffi d'un mot pour détruire tout ce qu'il représentait. La mention de Cersei, une nouvelle crise de rage, une accusation. Avec précaution, le chevalier relâcha la main de Brienne pour lui saisir le visage. Il lui sembla sentir un frémissement le long de la peau. Du pouce, il écrasa une larme.
- Je suis désolée, murmura Brienne en s'écartant juste assez pour que leurs bouches se frôlent. Je sais que tu t'inquiètes... C'est la dernière mission que je mènerai avant d'accoucher, je te le promet.
- Je sais.
Et pour s'assurer qu'elle se taise, Jaime l'embrassa à nouveau, doucement, et passa son bras estropié autour d'elle en veillant à ne pas cogner ses propres blessures.
- Fais plus attention à toi, c'est tout ce que je te demande. Ça, et de me pardonner. S'il te plaît.
La poigne qui se referma sur lui pour l'étreindre presque violement constitua une réponse à elle seule. Jaime enfouit sa main dans les cheveux de la chevaleresse avec soulagement. Cela n'avait duré que deux jours et deux nuits, mais ce simple geste lui avait presque autant manqué que tout le reste.
- Je crois, murmura Brienne, que j'aurais besoin d'un peu d'imprudence.
- Voilà qui tombe bien, soupira Jaime. Je crois que moi aussi.
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Kings and Queens, OST Tolkien, par Thomas Newman
Leth
Il n'y avait pas grand-chose à dire, malheureusement, des observations qu'avaient pu faire les marins. Profitant de la mer d'huile, les guildiens avaient dressé des ponts de fortune entre les deux navires pour passer de l'un à l'autre et s'enquérir autant de l'état des hommes que de celui des vivres, mais après plus d'une heure de débat et de conjonctures sur le pont, Leth ne pouvait pas affirmer être bien plus avancé. Tout au plus avait-il discrètement observé du coin de l'oeil la réconciliation évidente entre Brienne et ser Jaime, et les avait-il vus s'esquiver en direction de leur cabine, mais ce n'était pas de savoir les deux chevaliers en bonne entente qui allait ramener son navire sur le droit chemin.
Las de contempler les étoiles, qu'il aimait pourtant presque autant que la mer elle-même, Leth laissa ses instruments à Leung et à Davos. Il n'avait pas manqué, durant la journée, la mauvaise humeur de la reine qui allait en s'accentuant. Bien qu'il ne se trouva pas être le plus diplomate des guildiens, il s'estimait mieux qualifié que Leung pour traiter avec une jeune reine rendue à l'impuissance. Sans doute sa soeur lui aurait-elle fait remarquer, s'il s'en était ouvert à elle, qu'il était aisé d'être plus diplomate qu'elle, mais Leth avait besoin d'une certaine forme d'encouragement. Il avait bien remarqué l'échec de Brienne à rassurer sa reine.
Ce fut sans beaucoup d'hésitation qu'il gagna la cabine où Sansa s'était installée. Varys avait regagné la cabine qu'il occupait depuis le départ de Tarth. Quand Leth frappa à la porte et se vit inviter à entrer, il découvrit la reine vêtue et assise sur son lit, sa jambe blessée étirée devant elle. Elle lisait un ouvrage aux pages à peine séchées par le soleil.
- Capitaine Aranoth, le salua-t-elle. Qu'y a-t-il ?
- Rien de nouveau, je le crains. Me permettez-vous d'entrer un instant ?
Sansa acquiesça et Leth se glissa dans la cabine, refermant la porte derrière lui.
- Ma visite vous paraîtra peut-être cavalière, dit-il en prenant la posture d'attente guildienne typique, d'autant que je n'ai malheureusement pas de grandes nouvelles à vous apprendre. Selon nos estimations, et si nous parvenons à ramer comme nous l'avons fait ces derniers jours, nous pourrions gagner la terre dans une huitaine. Il ne nous apparaît pas que nous fussions plus éloignés que cela des côtes westerosi.
- Mais comme vous le dites, il s'agit là d'une estimation qui ne prend pas en compte la soif et la fatigue des membres d'équipage alors que nous leur imposons un rationnement strict, dit Sansa d'un ton lugubre.
Leth se retint de sourire. Il n'y avait certainement pas matière à se réjouir, mais il sentait se tendre vers lui une perche inespérée.
- Voilà la raison de ma présence. Je sais que vous redoutez que nous n'arrivions trop tard à Dorne pour porter secours à votre peuple, et je sais que rien de ce que je pourrais dire ce soir ne vous convaincra de notre réussite. Mais j'ai trop souvent ces jours-ci entendu vos doutes et vos remords au sujet d'effectuer le trajet par la voie maritime.
La reine se tendit légèrement, délaissa la lecture au papier froissée.
- Savez-vous ce qu'il vous en aurait coûté de prendre par le chemin des terres ? reprit Leth. Sans doute bien plus d'hommes et de matériel. Il est aisé de planifier des embuscades dans les montagnes qui forment la frontière dornienne. Vous auriez pu les atteindre, mais non sans que votre voyage ne soit connu de tous et ne permette aux brigands de grands chemins, aux mercenaires ou même à l'armée Martell de vous tendre un piège. J'ai conscience qu'il ne semble pas évident aujourd'hui que vous ayez fait le meilleur choix, mais croyez-moi majesté, il n'y en avait pas d'autres.
Sansa le dévisagea sans mot dire, mais Leth n'avait que trop fréquenté Brienne et Leung pour voir çà et là les fissures fendre le masque. La reine Sansa n'était finalement qu'une très jeune femme qui avait endossé une responsabilité écrasante et menait sa charge de son mieux, en se fustigeant de ne pas réussir à accomplir de miracle. C'était un constat étrangement familier.
- Vous avez des marins bons et des soldats de valeur, reprit-il. Et les guildiens comptent parmi les meilleurs navigateurs de Westeros. Nous prendre par surprise en mer est impossible. S'il n'y avait eu la tempête, nous serions déjà à Lancehélion depuis longtemps. Mais rien ne dit que vous n'auriez pas été tous tués sur terre sous les coups du gel ou de la neige. Pour que nous subissions de tels ouragans en pleine mer, je n'ose imaginer ce qu'il s'est abattu sur la terre. Il n'était pas de solution miraculeuse.
Le silence retomba, et pendant plusieurs secondes, Leth craignit que les fissures dans le masque de la reine ne le fassent totalement s'effondrer. Mais elle déglutit et se reprit, tant bien que mal. Elle hocha la tête, sans que Leth ne sache si c'était une façon silencieuse de lui dire qu'elle avait entendu ses paroles, qu'elle le remerciait, ou encore qu'elle lui demandait de la laisser.
- La charge de tout un royaume est parfois une chose écrasante, dit alors Sansa du bout des lèvres.
- Je n'ose imaginer à quel point, majesté. Mais si vous me le permettez, vous semblez faire au mieux au vu des circonstances.
- Deux semaines en mer vous auraient-elles induites à ce point en erreur ? s'exclama Sansa avec un rire triste. Vous ne m'avez guère vue gouverner.
- Certes non, mais ser Brienne n'a pas manqué de me tenir informé de la politique westerosi que vous teniez quand elle en recevait les nouvelles. Je vous ai écouté parler avec vos amis et ministres, aussi bien en mer qu'à la Guilde, et j'ai vu la façon dont vous vous entreteniez avec mes tantes. Elles sont d'excellents juges.
Il esquissa un sourire et constata avec surprise que la jeune reine le lui renvoyait. Voilà qui était mieux. La morosité lui creusait le visage et vieillissait prématurément sa beauté froide.
- Merci, souffla Sansa. J'ignore ce que nous aurions fait sans votre aide. Si je vous ai donné une idée conquérante quand je me suis présentée à la Guilde, sachez que je ne me permettrai pas de vous annexer. Vous êtes trop honorables pour cela.
- A votre place, je craindrai davantage la colère des Dames de la Guilde que notre sens de l'honneur.
Sur un dernier sourire, Leth passa la porte de la cabine avec un salut guildien et laissa la reine à sa solitude.
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Ori and the Blind Forest Orchestral Suite par Laura Platt
Jaime
La cabine se referma sur eux et Jaime verrouilla la porte d'un tour de clef. Il n'y avait que trois cabines sur le navire pour posséder une porte close, et il n'était pas mécontent d'occuper l'une d'entre elles.
Il avait lâché Brienne le temps de verrouiller la porte, et quand il se tourna vers elle, il vit un restant d'hésitation dans son regard. Il n'était pas certain de ne pas présenter le même. Il lui semblait que l'émotion lui nouait la gorge.
Les gestes étaient connus, depuis le temps, mais il fallut bien procéder à quelques ajustements nécessaires. Ôter délicatement l'écharpe qui maintenait le bras gauche de Brienne pour l'aider à s'extraire de sa tunique et, comme l'étoffe échouait au pied du lit, repasser le bras blessé dans l'écharpe afin de soulager l'épaule.
- Deux chevaliers, et à peine deux mains valides, soupira Jaime en secouant la tête. Je ne me serais jamais imaginé aussi affligeant.
- Le drame de fréquenter la plèbe, je suppose, dit Brienne avec un léger sourire hésitant. Au moins avons-nous une main droite et une main gauche.
- Au moins, oui.
Un sourire, un peu moins hésitant cette fois-ci. Du bout des doigt, la chevaleresse repoussa les mèches brunes parsemées de gris qui étaient tombées devant les yeux de Jaime. Puis sa main descendit et attrapa les attaches simplistes de sa tunique. Aucune d'entre elles n'avait été nouée convenablement. Brienne aussi un sourcil interrogateur, et Jaime brandit son moignon en réponse. D'ordinaire, il ne portait des vêtements attachés de cette manière que quand il pouvait compter sur de l'aide.
Il ne fut pas plus difficile de se dévêtir cette fois-ci qu'il n'avait été difficile de recoudre la plaie de Sansa. Ne pas se cogner l'un à l'autre et ménager le maigre espace qu'ils avaient le fut à peine plus. Alors que Brienne se défaisait de ses bottes, il se pencha dans son dos et, profitant qu'elle ne put l'esquiver, embrassa doucement la large cicatrice laissée par l'épieu de ser Valcor. La chevaleresse frissonna.
- Que fais-tu ?
- Je gagne, répondit simplement Jaime.
Et pour en être bien certain, il passa son bras estropié autour d'elle et l'obligea à s'allonger.
- Qui a dit que tu avais gagné ?
Du bout des doigts, elle effleura la ligne de sa hanche, et Jaime frémit de la tête aux pieds.
- Moi.
- Et pourquoi aurais-tu raison ?
- Parce que je gagne toujours.
C'était assez inexact et parfaitement vantard, mais pour une fois, Jaime avait le sentiment de détenir l'avantage. Ils n'avaient peut-être qu'une seule main valide chacun, mais lui pouvait compter sur un deuxième bras. Une fois qu'il eût saisi le poignet de Brienne et qu'il l'eût plaqué contre l'oreiller, au-dessus de sa tête, il n'eut plus qu'à peser contre de tout le poids de son bras estropié. Bien sûr, en se démenant un peu, la chevaleresse aurait certainement pu se défaire de lui, mais il ne lui laissa pas le temps d'essayer. Sa main s'était déjà faufilée sous le tissu lâche du pantalon défait. Les frissons se muèrent en sursaut sous les caresses, tantôt légères tantôt appuyées. Brienne tentait toujours de soustraire son poignet au moignon de Jaime, mais comme elle y parvenait, il se tordit le cou pour embrasser le creux doux entre les seins, et son souffle se bloqua l'espace d'une seconde. Une seconde amplement suffisante pour enfouir les doigts dans les chairs brûlantes et saisir un sein en bouche.
Il se voyait déjà triomphant quand Brienne parvint à libérer sa main et la plongea entre eux. Jaime se redressa à contrecœur, prêt à se battre à nouveau pour ne pas perdre du terrain, mais il n'en eut pas le temps. Défaisant l'attache du pantalon du chevalier, la main s'était glissée le long de la hanche et enfoncée dans une chaleur déjà dressée. Jaime frissonna, donna une poussée du poignet. Il chancela, se rattrapa en s'appuyant sur son avant-bras. Il avait senti poindre l'envie à l'instant où la porte s'était refermée, et maintenant qu'il était tenu et caressé de la sorte, il ne donnait pas cher de son endurance.
Brienne chercha ses lèvres, les trouva. Etouffa un gémissement qu'il n'était pas parvenu à contenir. Se calquant sur les mouvements de poignet qu'il imprimait lui-même, elle se montrait lente mais appuyée. Un pan de l'esprit de Jaime songea qu'elle démontrait plus de maîtrise que d'ordinaire. A moins que ce ne fut lui qui ne s'en sortît pas aussi bien.
- Sûr de gagner ? murmura Brienne.
Elle ruisselait, mais ce fut lui qui poussa un gémissement.
- Certain, hoqueta-t-il.
Il chercha son regard, aperçut la fine pellicule de sueur qui se formait sur son front, vit son sourire moqueur. Sourire qui se figea sous un nouveau mouvement de poignet, une inflexion plus profonde.
- Je demande à voir, souffla Brienne.
Elle vit.
Lui aussi.
Quand ils se laissèrent définitivement retomber sur les couvertures, un long moment plus tard, Jaime n'avait plus le moindre souffle ni la moindre force, et aurait été incapable de dire qui avait triomphé de qui. En dépit de l'épaule et de bras fragilisés de la chevaleresse, ils étaient tant parvenus à mettre à profit le lit effeuillé et la peau humide de sueur que Jaime sentait déjà son esprit dériver, engourdi de sommeil. Il étira son bras estropié pour ramener les couvertures sur eux, se mit sur le flanc, un bras en travers de Brienne, dont le souffle se calmait lentement, et cala sa tête contre la sienne.
Il faudrait qu'il songe à laver les draps. Il faudrait qu'il songe à aérer.
Déjà enfoncé dans les songes, il faillit ne pas entendre le murmure qui se faufila contre sa peau.
- On se fout de la loyauté.
Il voulut répondre « On se fout de la loyauté ». Sa bouche molle ne parvint pas à articuler les mots comme elle l'aurait dû, mais il sentit une main s'enfouir dans ses cheveux, et il perdit le fil.
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Jaime dormait d'un sommeil profond, enroulé autour de Brienne, quand le vent se leva enfin.
Tout d'abord, il n'y eut que de timides brises, mais en quelques instants, elles se muèrent en bourrasques qui ébranlèrent les deux bateaux. Les voiles, qui pendaient comme des morts au bout de leurs mâts, se gonflèrent si brutalement que les navires ruèrent en avant. La plupart des voyageurs fut réveillée brusquement, et Jaime eut un sursaut en se cramponnant à Brienne. Hagard, il se redressa sans comprendre, au moment même où Lao Jan passait dans le couloir en hurlant de joie en deux langues différentes.
Les deux chevaliers échangèrent un regard, puis sautèrent du lit. Ils ne firent même pas l'effort de se vêtir convenablement, et enfilèrent leurs vêtements si rapidement que Jaime fut certain d'avoir passé sa tunique à l'envers.
Ils se précipitèrent sur le pont, pieds nus, pour y retrouver tout ce que le Brise-Tempête comptait d'équipage capable de marcher. Des dizaines de guildiens échevelés, le visage encore froissé par le sommeil mais les cheveux balayés par le vent contemplait le ciel parsemé de nuages clairs et les voiles attachées qui frémissaient. Leung passa près d'eux en courant et en criant des ordres en yi tiens dont Jaime ne comprenait pas le moindre mot.
- Tout le monde à son poste ! hurla Leth en retroussant les manches de sa tunique de nuit. Affalez les basses voiles ! Hissez les voiles du perroquet ! Allez, allez, allez !
Un concert de cris joyeux lui répondit et la foule se précipita sur les gréements.
Les deux chevaliers se déportèrent sur le côté pour ne pas les gêner et contemplèrent la voûte étoilée sous laquelle les voiles se gonflaient peu à peu. Au milieu des gréements, Ahnne et Akharoh dépliaient les plus hautes voiles.
Jaime sentit un sourire immense lui fendre le visage.
...
..
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Voilà !
J'espère que cela vous aura plu. C'est un peu intimiste par moment (peut-être un peu trop, mais vous aviez fait valoir que vous vouliez tout de même que l'intrigue reste concentrée sur Jaime et Brienne), mais je voulais essayer d'explorer un peu le rapport des personnages avec la grossesse et ses conséquences.
J'avais aussi envie de m'attarder un peu sur Leth et Leung, essayer de les développer un peu plus séparément. Je voulais essayer d'esquisser un rapport fraternel entre Leung et Brienne, je les avais un peu laissées de côté jusqu'à présent pour me concentrer sur Leth.
Concernant les morts, donc, comme vous vous en doutiez, il y en a eu. Le contraire aurait été impossible, mais je ne veux pas (encore...) me séparer de personnages trop importants. Je le dis et je le répète, tous ne survivront pas à la fic. GOT fait rarement dans les fins heureuses pour tout le monde.
Le conte des Tougris mentionné dans le flash-back n'est pas de moi, mais je me suis permis d'en piquer les premières lignes au podcast Il était quelques fois de Margaud Liseuse, une booktubeuse dont je suis les vidéos, car je l'appréciais bien et que je voulais un début de conte qui ne ressemble pas trop à ceux dont on a l'habitude.
Dans un tout autre registre, je note depuis deux-trois chapitres une baisse de fréquentation de la fic. Je ne sais pas si c'est dû à la période (beaucoup d'entre vous ont certainement dû passer des examens de fin d'année dans des conditions inhabituelles), mais c'est assez déroutant. Je ne peux que vous souhaiter que tout se passe bien et espérer que mon histoire ne vous lasse pas.
Je tente de reprendre un rythme plus soutenu. A priori, le chapitre suivant sera posté le 15 ou le 16 Juillet, et j'aimerais que le suivant le soit le 30, donc on part sur un chapitre toutes les deux semaines, le mercredi ou le jeudi pour le moment. J'ai presque rattrapé mon retard induit par la perte de mes données, et si on table sur des chapitres de 20-25 pages, je pense pouvoir m'y tenir.
Comme promis, Tyrion et Bronn feront leur retour dans le chapitre suivant, et on arrivera (enfin !) à Dorne.
Comme d'habitude, merci beaucoup si vous continuer à lire, et plus encore si vous prenez le temps de laisser une trace de votre passage.
A bientôt,
Kael Kaerlan
