Chapitre 31.


La Gazette de Poudlard
Le journal par les élèves, pour les élèves !

Hors-Série — Été 1997


RENDEZ-VOUS À CASTELOBRUXO

Chers lecteurs, chères lectrices,

Nous nous retrouvons aujourd'hui pour une édition spéciale livrée directement chez vous en tant qu'abonné à la Gazette de Poudlard. Nos hiboux ont probablement parcouru bien du chemin, par une météo plutôt capricieuse, et nous vous invitons donc à leur offrir quelques graines et un peu d'eau pour leur donner la motivation d'entamer le chemin retour jusqu'à Poudlard.

Vous n'êtes pas sans savoir que dans l'hémisphère Sud, l'année scolaire est inversée. Les élèves font donc leur rentrée des classes en février, et suivent leurs cours jusqu'aux grandes vacances d'été, commençant la première semaine de décembre. C'est pour cela qu'en plein mois de juillet, j'ai pu intégrer l'école brésilienne de Castelobruxo aux côtés de ses élèves au retour de leur pause hivernale. C'est un peu comme si un de leurs élèves avait intégré Poudlard au mois de janvier pour nous ! À la différence près qu'à Castelobruxo… les élèves ne sont jamais répartis dans une quelconque maison et leur formation peut chaque année être divisée en deux périodes bien distinctes. Durant les cinq premiers mois au début de chaque année scolaire, ils découvrent leur « esprit intérieur » (que les Britanniques associent souvent aux Animagi ou aux Patroni) au cours d'un voyage initiatique sur l'un des chemins emblématiques des routes d'Amérique du Sud, avant de revenir pour les cinq derniers mois de leur année au sein de l'établissement pour suivre des cours à proprement parler. C'était tout l'enjeu de ma période d'intégration en milieu austral : découvrir et partager avec vous une nouvelle manière de concevoir l'éducation sorcière.

Une structure scolaire surprenante

Si l'on sait qu'elle est située au Brésil, Castelobruxo est aussi appelée le Centre de Magie Austral (CMA) puisqu'elle accueille en réalité des Sorciers de tout le continent sud-américain, et qu'elle serait aussi et surtout à proximité immédiate avec le Paraguay et l'Argentine. Sa localisation très exacte dans la jungle tropicale est à l'heure actuelle toujours inconnue, car la manière d'y accéder est tout aussi particulière que notre Poudlard Express, mais j'y reviendrai plus tard. On estime souvent qu'elle serait dans un rayon de moins de cinquante kilomètres autour de la ville de Fox do Iguaçu. Pour rappel, chez les Aztèques, les plus grands guerriers étaient appelés les hommes-jaguars — ce que les occidentaux qualifient « vulgairement et à tort » d'Animagi d'après la directrice et seule professeure de l'école, Senhora Pilar Gartzia. À ces soldats, on confia ainsi la garde des plus inestimables joyaux. Au fil des siècles, ces défenseurs se sont faits de plus en plus rare, rejetés par les Moldus car ils n'étaient pas considérés comme de véritables êtres humains, et chassés par les autres Sorciers qui craignaient que leur magie prenne un jour le dessus sur la leur. L'école est longtemps restée à la marge. Sous la tutelle de leur directrice actuelle, ses élèves ont désormais pour but de devenir les gardiens de l'Amérique de demain. Leurs quatre ans — et non sept comme chez nous — de formation visent à leur faire découvrir ce à quoi peut ressembler leur animal totem, ainsi que ce dans quoi ils souhaitent se spécialiser entre notamment la Botanique, la Métamorphose, et la Magizoologie.

Selon la directrice de l'établissement, l'école et ses enseignements « doivent se mériter », et les cinq premiers mois de voyage initiatique sont « un moyen de s'assurer de la détermination et du potentiel de chaque élève ». Pendant cinq mois, plusieurs centaines d'élèves (ou de potentiels élèves, pour les primeiros) âgés de treize à dix-sept ans parcourent à pied l'Amérique du Sud et notamment toute l'Amazonie afin de prouver qu'ils méritent leur place au sein du prestigieux établissement brésilien. La sélection est rude, et nombreux sont ceux qui abandonnent. J'ai participé avec eux aux cinq derniers jours de marche après les avoir rejoints par Portoloin, et je peux vous assurer que je m'étonne moi-même d'avoir survécu à l'aventure. En général, le nombre de nouveaux élèves chaque année oscille entre douze et quinze, « rarement plus, souvent moins ». « C'est pour cette raison que nous accordons d'autant plus de confiance aux rares élus », avance Pilar Gartzia. Pour autant, leur place n'y est pas « acquise », et comme à Poudlard chaque passage à l'année supérieure est conditionné par l'obtention d'un examen annuel. Mais là-bas « pas de seconde chance : on réussit ou on ne réussit pas ». J'ai eu l'impression qu'il suffisait presque qu'elle appuie avec insistance sur une syllabe pour que cela me brise les os. C'était proprement terrifiant.

Une culture loin des clichés que l'on a d'elle

J'ai eu beau essayer de me concentrer sur le discours tenu par la directrice mais la brise glacée me tétanisait totalement. Pour tout vous dire, j'aurais à peine été étonné si elle était parvenue à transpercer mon épaisse peau de bête. Leurs hivers sont tout aussi rudes que les nôtres, à n'en pas douter. Le Brésil n'est pas, comme on l'imagine si souvent, une terre d'été éternel où la sueur perle à grosses gouttes et où l'on meurt quotidiennement de chaleur. Je n'ose pas vous décrire les couleurs qu'ont prises alors les extrémités de mes doigts. Autour de moi seuls les plus jeunes — les première année aussi appelés « primeiros » — semblaient également souffrir du froid.

J'ai été également particulièrement frappé par la sévérité des professeurs, et par le sérieux des élèves. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les jeunes Brésiliens n'ont pas tant la tête à la fête mais deviennent au contraire très vite adultes et autonomes grâce à un cadre éducatif très strict et rigoureux. Il n'est pas rare, par exemple, de voir un élève recevoir un Silencio de la part de leur préceptrice lorsque celui-ci se montre trop bavard. Les sanctions, de manière générale, sont beaucoup plus courantes qu'au sein du système britannique, et je dirais même qu'elles font partie prenante du processus d'apprentissage. L'ambiance est donc bien moins festive qu'il n'y paraît.

Un troisième et dernier préjugé qui a été balayé d'un revers de baguette, sur un registre un peu plus léger : les Sorciers brésiliens ne vivent pas que pour le football. Non, non ! Ils pratiquent eux aussi très largement le Quidditch, ou du moins des sports de balais à en témoigner par le matériel personnel ramené par presque chaque élève sur son dos pour la cérémonie d'accueil au sein des locaux de l'établissement. Certes, leur classement à chaque compétition internationale laisse tout sauf rêveur, mais cela s'explique en fait essentiellement par les petits effectifs de chaque classe d'âge, et par une formation scolaire essentiellement tournée vers la dimension territoriale et de préservation environnementale.

Une cérémonie extrêmement codifiée

Si les élèves de l'établissement portent des robes vert clair au quotidien, ce n'est pas la même chose durant cette période de l'année scolaire. Ils sont tous habillés d'habits de cérémonie. La directrice revêt durant cette cérémonie une combinaison tachetée que tout « quarto » (ndlr : quatrième et dernière année) doit savoir réaliser de ses propres mains lorsque son enseignement touche à sa fin. Un « segundo » (ndlr : deuxième année) appelé Manuel me raconte même une rumeur selon laquelle la directrice aurait « tué à mains nues un jaguar lors de son deuxième voyage initiatique, dans les Andes, à seulement quatorze ans » et qu'elle aurait donc confectionné sa propre tenue à partir de la « puissante bête ». Sur la tête de Senhora Gartzia reposait également une immense coiffe, constituée de longues plumes teintées de camaïeux de bleu, bleu que l'on retrouvait également sur ses sandales à lanières — des sandales vous dis-je ! par le froid qu'il faisait ! Si j'ai ricané intérieurement, je n'ai cependant pas manqué de fermer immédiatement mon esprit quand le regard menaçant de la directrice a croisé le mien. Croyez bien que la simple pensée des pointes d'obsidienne de sa massue enfoncées dans mon crâne m'ont dissuadé de lui chercher des noises. Si elle n'a pas souhaité répondre à ma question, je la suspecte d'ailleurs de dissimuler sa baguette magique à l'intérieur de son arme pour se donner un genre.

Après son discours de bienvenue auprès chacune des quatre promotions où elle présente et ce que je vous ai décrit ci-dessus, celle-ci répartit chacun des groupes de part et d'autre du Templo do Sol, afin qu'ils forment un carré autour d'elle et qu'elle reste placée au centre. La directrice soulève alors sa massue et une gerbe d'étincelles d'une beauté absolument renversante s'élève très haut dans le ciel. Cela ne ressemblait de près ou de loin à aucun sort que je connaissais, et elle refusa tout juste de m'en dévoiler le nom. Tous lèvent alors les yeux au ciel pour admirer l'explosion de couleurs qui compose au-dessus de leurs têtes l'un des plus somptueux tableaux qu'il leur a été donné de voir. J'ai reçu des résidus colorés dans l'œil et je peux vous assurer que la prochaine fois je me passerai du spectacle. C'est une démonstration de magie impressionnante mais qui peut s'avérer assez embêtante lorsque les vents ne sont pas coopérants et vous ramène les cadavres de feux d'artifice dans le visage.

Reste que c'est cette image restera gravée pour toute la vie dans mon esprit. C'est alors que, contre toute attente, le sol se met à trembler. Seuls les plus jeunes sont susceptibles de pousser des cris d'effroi ou de hurler parfois à « l'apocalypse », car ils sont les seuls qui ne savent pas encore que l'école est en fait souterraine. Remarquez, je ne le savais pas moi-même et j'ai manqué de fondre en larmes lorsque j'ai vu le sol s'ouvrir presque sous mes pieds (ndlr : c'est lui qui a hurlé « à l'apocalypse »). Le tremblement de terre ainsi invoqué par la Sorcière entraîne l'apparition d'une immense fissure à quelques mètres du temple qui n'a désormais plus l'apparence de ruines mais bien d'un véritable palais d'époque. Dans l'ouverture ainsi créée, les élèves ne tardent pas à se glisser pour enfin rejoindre, après de longs mois de périple, leurs si mérités dortoirs.

Ayant assisté à l'événement que j'étais venu couvrir, il était également temps pour moi de rentrer. C'est à dos de jaguar – ou, devrais-je dire, à dos de Senhora la directrice – que j'ai été raccompagné à São Paulo pour être en mesure prendre mon Portoloin pour Londres à la première heure.

En espérant que vous aurez découvert autant de choses que moi et que cette école aura su susciter tout votre intérêt à travers la description que je vous en ai fait. Il existe des programmes d'échange liant nos deux établissements et, s'ils le souhaitent, certains d'entre vous peuvent se manifester auprès de la scolarité pour se renseigner sur leurs modalités.

Votre dévoué reporter,

Thomas Beurk


FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE


Pause estivale (été 1997)
La suite très prochainement...