Note : Cette histoire est une traduction de Blood Is, de eiahmon, effectuée et publiée avec son accord.

Bonne lecture !


A/N : Alors, j'ai enfin balancé mon ancien fournisseur internet par la fenêtre, parce que j'en avais assez de payer 70$ par mois pour un wifi « à haut débit » qui avance à l'allure d'un escargot dans les meilleurs jours. J'ai désormais un nouveau fournisseur avec un internet haut débit qui l'est véritablement. Du coup, j'ai enfin pu prendre un serveur Minecraft pour mes amis et moi, ce qui est la raison du délai pour ce chapitre. Désolée pour ça, mais allez, c'est Minecraft. *retourne construire un château*

A/N 2 : Eh bien, camper à la ferme Blaze aura eu un autre point positif - me donner beaucoup de temps pour écrire.

10.

« Alors, les choses ont été plutôt calmes. » Dit Gabriel alors que ses parents et lui dînaient tardivement dans son salon.

Père mâcha, avala et hocha la tête. « Oui. Il y a eut quelques rumeurs à ton propos, mais puisque nul hors de la maisonnée ne t'a aperçu, personne ne semble les prendre au sérieux. Sir Quinn n'a rien vu ni entendu à propos de Volpe ou de Cecil, il pense qu'ils font profil bas pour le moment. »

« Je ne trouve pas cela réconfortant. Si je ne sais pas où ils sont ni ce qu'ils préparent, ils peuvent m'attaquer à tout moment. »

Mère le regarda avec compassion. « Nous comprenons, Gabriel, mais pour l'instant, il n'y a rien que nous puissions faire à leur sujet. Nous n'avons pas la moindre idée d'où commencer nos recherches. Nous devons simplement espérer et prier qu'ils aient abandonné. »

Gabriel grimaça légèrement et frappa la viande avec sa fourchette un peu plus fort que nécessaire.

« Gabriel ? »

« Je vais bien. » Il n'était pas certain de ce qui le dérangeait le plus : savoir que ses anciens mentors étaient quelque part en train de conspirer contre lui, ou le fait que ses parents espéraient que Dieu les aiderait. Comme s'Il avait aidé auparavant…

Gabriel.

Gabriel releva la tête et regarda autour de lui en entendant son prénom. Ses sens lui confirmèrent qu'il n'y avait personne à proximité, pourtant il avait entendu cet avertissement, comme s'il avait fait ou dit quelque chose qu'il n'aurait pas du.

« Gabriel ? »

De l'autre côté de la table, il observa son père, qui le fixait avec inquiétude. « Avez-vous entendu cela ? »

Ses parents échangèrent un regard avant de revenir sur lui. « Nous n'avons rien entendu. » Dit Mère. « Est-ce que tu vas bien ? »

Il n'y avait d'autres battements de cœur que les leurs dans la pièce, pourtant la voix avait résonné comme si elle avait parlé à son oreille. « Je vais bien... » Sa voix mourut tandis qu'il observait la pièce une dernière fois. Il savait qu'il avait entendu quelque chose !

« Peut-être devrais-tu t'allonger pour un moment ? »

Gabriel secoua la tête. « J'ai dit que j'allais bien. » Dit-il d'un ton qui coupait court à la discussion, ce qui causa un silence dans la pièce pendant de nombreuses minutes.

« As-tu eu la moindre chance ? » Finit par demander Père.

Gabriel hocha la tête. « Un peu, en effet. » Sa forme de brume était intéressante, semblant être composée de fumée et de braises. La raison lui échappait complètement, puisque celle de Laura était un nuage mauve et des petites chauve-souris. Il n'avait pas pu apercevoir celle de Carmilla.

Il avait également que son Fouet des Ombres n'était pas la seule chose qu'il pouvait former à partir de son sang. Il était possible, d'une simple pensée, de solidifier son sang en dagues, comme des tessons qu'il pouvait jeter. Les tester contre des arbres, des rochers et le sol lui avait démontré qu'elles pouvaient trancher à travers à peu près tout et feraient de sacrés dommages en chemin.

Sans que ses parents ne le sachent, il avait également testé sa nouvelle Épée Tempête, avec l'aide de John Pershan. Il avait demandé à certains de ses hommes s'ils se porteraient volontaires pour toucher la lame. Ceux qui avaient accepté s'étaient retrouvés assommés et au sol, les muscles crispés et des maux de tête battants. Si simplement effleurer la lame avait de tels résultats, Gabriel ne pouvait qu'imaginer les dégâts lorsqu'on l'utilisait véritablement comme une arme. A sa grande surprise, lorsque les hommes avaient récupéré du toucher de la lame, ils l'avaient invité à boire quelques pintes avec eux. Les soldats seraient toujours des frères, même lorsque l'un d'entre eux était devenu un vampire, il semblait.

« Je sens qu'il y a plus, » ajouta-t-il, « parce que je peux sentir autre chose, mais on dirait que c'est… endormi, faute d'un meilleur mot. Peu importe à quel point j'essaie de l'atteindre, je ne peux pas le toucher. »

Mère se pencha et lui tapota le bras. « Je suis sûre que cela te viendra avec le temps. »

« Je l'espère. »

« Vas-tu sortir ce soir ? » Demanda Père.

Gabriel haussa les épaules. « Je ne sais pas. Quelque chose me dit que j'ai appris tout ce que je pouvais pour le moment, mais cela ne peut pas faire de mal de continuer d'essayer. »

« N'oublie pas de te détendre parfois, fils. Je ne veux pas que tu t'épuises complètement. »

Gabriel lança un regard incrédule à son père. « Me détendre ? J'ai trop à faire et trop à m'inquiéter pour ne serait-ce que penser à me détendre. »

Mère lui pressa doucement le bras. « Cela ne servirait à rien de t'exténuer, Gabriel, et tu as un fils qui à besoin de son père dans sa vie. Tu n'as pas rendu visite à Trevor depuis des jours, et il t'a réclamé. »

Gabriel baissa les yeux sur la table, mordillant sa lèvre. Il n'était pas allé voir Trevor depuis un moment, n'est-ce pas ?

« Si tu sors, » suggéra Père, « peut-être devrais-tu explorer, ou monter, ou voler avec Delilah même. Juste fais quelque chose de relaxant pour changer. Tu travailles trop. »

Le reste du repas se déroula en silence, et ses parents allèrent retrouver leur propre lit après s'être dit bonne nuit. Gabriel s'appuya sur son dossier avec un soupir silencieux, et souffla ses cheveux de son visage avant de se lever brutalement et de sortir de la pièce. Delilah couina et s'envola à sa poursuite.

Le trajet vers la chambre d'enfant était court, et Delilah le rattrapa et s'accrocha à sa manche quand il entra. Les gardes de Trevor ne cillèrent même pas quand il les dépassa. La chambre était silencieuse et sombre, mais sa vision nocturne lui permettait facilement de voir Trevor recroquevillé dans son petit lit, profondément endormi. Gabriel hésita en voyant cela, mais il avança tout de même et s'assit près de son fils.

« Trevor, » appela-t-il doucement, ne souhaitant pas réveiller Anna, endormie dans son propre lit à côté, « Trevor, réveille-toi. »

Trevor remua et roula sur le dos. « Papa ? » murmura-t-il d'une voix endormie alors que ses paupières se soulevaient doucement. Gabriel sourit légèrement devant la vue et souleva l'enfant de son lit dans ses bras. Il prit un instant pour entourer l'enfant dans la couverture du lit, puis il avança sans hésitation vers la fenêtre la plus proche et l'ouvrit. Un instant pour écouter lui apprit que tout le monde dormait toujours profondément, et il blottit Trevor contre lui, en sécurité, avant de sauter.

Trevor cria de joie et gloussa quand ils atterrirent, faisant sourire Gabriel. « Tu as aimé ça on dirait ? »

« Encore, Papa ! »

Gabriel mit le bout d'une griffe sur les lèvres de l'enfant. « Shh, il ne faut réveiller personne. On ne veut pas se faire attraper, pas vrai ? »

Trevor rit encore tandis que Gabriel contournait rapidement la maison vers l'étable. Les deux garçons d'écurie dormaient dans la grange, et il se demanda un instant si les chevaux lui permettraient simplement de s'approcher d'eux. Les autres animaux s'enfuyaient devant lui, mais Mère lui avait dit que les chevaux du carrosse ne s'était pas préoccupé de sa présence, alors peut-être…

Un renâclement, et le bruit d'un sabot les accueillirent quand ils pénétrèrent l'intérieur sombre de l'écurie, et les yeux de Gabriel en trouvèrent immédiatement la source : un grand étalon noir, qui les observait avec suspicion alors qu'ils s'approchaient. Trevor gloussa et tendit la main hors de sa couverture pour lui toucher le museau, mais l'animal secoua la tête et renifla.

« Tu es magnifique, mon beau. » Murmura Gabriel, et l'animal secoua sa crinière comme pour approuver. « Voudrais-tu aller courir ? »

Il le fixa un instant, puis secoua la tête une troisième fois.

Ce fut aisé de sortir le cheval de l'étable, aussi aisé que de grimper sur son dos, même avec Trevor en sécurité dans un bras. Gabriel mis un moment à installer l'enfant devant lui, et le tint d'une main tandis qu'il s'accrochait à la crinière du cheval de l'autre.

« Accroche-toi, Trevor. »

Il poussa le cheval au pas d'une pression des talons, et lorsqu'ils furent assez loin de l'étable pour ne pas risquer de réveiller les garçons d'écurie, il le mit au trot, puis au galop. Trevor riait et applaudissait de joie, faisant sourire Gabriel. Delilah couina et s'élança de son bras dans les cieux au-dessus.

« Plus vite, Papa ! » cria Trevor.

« Plus vite alors ! » Gabriel pressa les talons dans les côtes du cheval, et l'animal sembla s'envola en galopant à pleine vitesse, faisant hurler Trevor de bonheur. Ils tracèrent dans les plaines et dans la forêt qui entouraient le jardin et la propriété, et le cheval sautait gracieusement au-dessus des troncs d'arbres et traversaient les cours d'eau sans marquer d'hésitation. Delilah descendit en piqué à travers la canopée au-dessus d'eux, mais fut rapidement laissée en arrière, incapable de soutenir le rythme du cheval au galop. Les battements du coeur de l'animal résonnaient aux oreilles de Gabriel alors qu'ils piétinaient les buissons, et plus bas il pouvait entendre celui de Trevor. Celui de Delilah était à peine audible derrière eux, mais d'une certaine manière il savait où elle était et il savait qu'elle irait bien seule.

Il finit par ralentir le cheval lorsqu'ils furent éloignés des bois, et Trevor rit.

« C'est drôle, Papa! »

Gabriel sourit à l'enfant. « En effet. » Approuva-t-il, puis il leva les yeux vers la lune pour surveiller l'heure.

« Mais nous sommes dehors depuis plus longtemps que je ne l'aurais cru, alors nous devrions rentrer. Je ne veux pas te garder éveillé toute la nuit. » Trevor choisit cet instant pour bailler à s'en décrocher la mâchoire, et sourit d'un air fatigué. « Il est temps pour toi de retrouver ton lit, il me semble. »

Le retour fut lent et tranquille vers la maison, et Gabriel put ramener le cheval sans réveiller les garçons d'écurie, puis il fallut réfléchir à la manière dont il allait les ramener, Trevor et lui, à l'intérieur sans que quiconque ne les voit. Il serait aisé de simplement rentrer par la porte principale, mais les gardes de Trevor les verraient et il voulait l'éviter. Le cœur de Trevor ralentissait alors qu'il s'endormait, et le regard de Gabriel passa des briques épaisses qui composaient les murs extérieurs de la maison, à sa main gauche libre. Il la fixa une seconde, releva les yeux vers le mur à travers ses cheveux. Il avait vu les vampires inférieurs le faire, alors il n'était pas déraisonnable de penser que...

Il avança contre le mur et sentit la faible chaleur du soleil qu'exsudaient les pierres lorsqu'il posa la main dessus. Ses doigts sentirent les séparations entre les pierres, qui formaient en apparence une surface lisse, et sa vision lui permit facilement de distinguer les anfractuosités qui les parcouraient. Pressant Trevor contre son torse, il leva le pied, le posa contre le pied et l'utilisa pour se propulser.

Gabriel savait que sa force avait considérablement augmentée, mais ses yeux s'écarquillèrent devant la facilité qu'il avait à soulever son poids et celui de Trevor, le long du mur. Il sauta de son premier perchoir, sa main capable d'attraper une pierre au-dessus de sa tête. Il n'y avait aucun affleurement, et un bref instant il se demanda si c'était ce que ressentaient les araignées, usant de nouveau de ses pieds pour se propulser. Il ne lui fallut que quelques bonds pour parvenir à la fenêtre ouverte de la nurserie. Il grimpa et vit Anna s'asseoir dans son lit et le fixer avec des yeux ébahis. Il leva un doigt à ses lèvres en souriant discrètement, la faisant glousser et se rallonger.

Il bordait Trevor doucement, sans difficulté, alors que Delilah arrivait en couinant à travers la fenêtre. Elle se percha sur son épaule, ses gazouillis agacés impossible à être pris pour autre chose qu'un sermon.

« Ne me fais pas ça. » Lui répondit-il à voix basse. « Je savais que tu allais bien, et tu savais où me trouver. »

Elle couina avec colère et lui lança un regard noir, à la taille d'une chauve-souris.

« Eh bien, ce n'est pas de ma faute que tu ne nous aies pas rattrapé plus tôt. »

Un autre couinement colérique, puis il la gratta derrière les oreilles. Sa fureur disparut instantanément sous ses doigts, et elle se détendit.

« Suis-je pardonné maintenant ? »

Un couinement furieux.

« Et si je promets de ne jamais plus te laisser en arrière comme ça ? »

Delilah s'immobilisa : elle réfléchissait durement, et finit par gazouiller son accord.

Gabriel la caressa en souriant. « Quelle paire nous formons, ma fille. » Il sortit de la pièce, saluant les gardes de Trevor en quittant la nurserie, et marcha dans le couloir sombre. « Maintenant, allons trouver quelque chose pour nous garder occupés jusqu'au lever du soleil. » Delilah couina, faisant rire Gabriel alors qu'il passait dans le hall.


« Nous sommes réunis ici aujourd'hui... »

Gabriel écoutait distraitement le sermon de Caleb tout en observant la chapelle depuis sa cachette au plafond. Il pendait d'une poutre horizontale très haute, proche du sommet du toit, là où il était peu probable que quiconque l'aperçoive. Delilah était suspendue à côté de lui, et elle étira ses ailes et bailla d'ennui. Elle marmonna quelque chose et s'enveloppa dans ses ailes, fermant les yeux pour dormir le reste du mariage.

Gabriel étira ses propres ailes tannées et résista à l'envie de la rejoindre. Il n'était pas sûr de la raison qui le poussait à être présent en toute honnêteté. Pourquoi s'intéressait-il au mariage de son cousin ? Ce n'était pas comme si Adelar l'appréciait ou autre. En vérité, il était certain qu'Adelar avait quelque chose à voir avec la manière dont Volpe les avait trouvé sur la route, sa mère lui, mais les risques d'être vu par quelqu'un en dehors de la famille, même s'il était sous sa forme de chauve-souris et suspendu dans les ombres du toit, étaient réels et très dangereux. Avec de la chance, si quelqu'un le voyait, il penserait qu'un couple de chauve-souris avait réussi à rentrer d'une manière ou d'une autre, et ne songerait absolument pas que l'une d'entre elle était un vampire.

« Ainsi, si quelqu'un a quelque raison que ce soit de s'opposer à ce mariage, qu'il parle maintenant, ou se taise à jamais. »

Adelar ne dit rien, et Gabriel en fut surpris. Il s'attendait à moitié à ce que son cousin use de tous les moyens pour échapper à ce mariage, dont objecter durant la cérémonie, mais l'homme se tut. Gabriel pouvait sentir sa nervosité et son malaise jusqu'au plafond. Il savait, grâce à son père, qu'Adelar n'avait pas voulu de sa future épousée, pour des raisons qui alimentaient tous les bavardages lorsque ladite épousée n'était pas à portée de voix, et Gabriel s'estimait heureux d'avoir pu choisir sa femme, même si cela n'avait pas réellement été un choix. Marie avait été la seule pour lui, et il n'avait absolument aucune intention d'en trouver une autre, même si son vampirisme était soigné par miracle dans le futur.

Il secoua sa petite tête pour s'éclaircir les idées tandis que le couple entamait les vœux. La futur Julia Cronqvist prononça ses vœux avec un sourire rayonnant et des yeux étincelants, et le ton de sa voix montrait clairement qu'elle était heureuse de son mariage. Adelar prononça les siens d'une voix aussi aiguë que celle d'un petit garçon, bafouillant et trébuchant sur ses mots plusieurs fois. En-dessous, dans la chapelle pleine, Gabriel pouvait voir les lèvres de sa mère tressaillir, alors que les yeux de Père brillait d'un rire contenu. Cordrin foudroyait son fils du regard, alors que son épouse tapotait ses yeux d'un mouchoir. Gabriel s'intéressa à Adelar, et l'expression sur le visage de son cousin le força à marquer un arrêt.

Le visage d'Adelar était pâle, et une mince trace de sueur traversait son front. Gabriel pencha la tête : son cousin avait l'expression de quelqu'un qui combattait une nausée violente. Tout amusement qu'il avait pu ressentir s'assécha et disparut. Adelar était clairement malheureux de son mariage, mais y était forcé par son père et son oncle. Gabriel fronça les sourcils : il allait en parler avec ses parents plus tard, car il ne trouvait plus tout cela amusant. Cette pensée en tête, il relâcha sa prise sur le bois dur des poutres et voleta en dehors de la chapelle, rapidement suivi par Delilah.


Quelques heures plus tard le trouvèrent dans le bureau de son père, avec ses parents, une fois le mariage achevé et le jeune couple retiré dans leurs appartements. Il espérait qu'Adelar ne vomirait sur sa nouvelle femme dans leur lit de noce.

« As-tu vu son expression ? » Dit Père en commençant à rire. « J'étais sûr que le garçon allait s'évanouir sur place. »

Mère gloussa. « La pauvre Julia n'a rien remarqué. Je pense qu'elle doit être très déçue à l'heure qu'il est. »

Gabriel s'humecta les lèvres, se remémorant sa propre anxiété lors de sa nuit de noce, certain qu'il allait tout gâcher et décevoir Marie. Il était aussi vierge qu'elle alors, et il leur avait fallu plusieurs tentatives pour trouver ce qui fonctionnait ou non. Adelar, marié à une femme qu'il n'appréciait pas, encore moins aimait, était probablement dans un état encore pire.

« Je ne trouve pas que ce soit drôle. » Interjecta-t-il, les yeux rivés au sol, et ne les releva que lorsque les rires de ses parents se turent pour les voir le fixer avec surprise.

« Pourquoi ça ? » Demanda Père.

« Parce qu'Adelar est terrifié, voilà pourquoi. Tu sais qu'il ne voulais pas épouser cette femme, pourtant tu l'y as poussé, et maintenant il appréhende de passer sa vie avec elle. Tu ne me l'infligerai pas, alors pourquoi lui ? Et que dire de Julia ? Que va-t-elle éprouver lorsqu'elle va enfin découvrir que son mari ne veut pas d'elle ? »

Père soupira, se passa une main sur le visage et alla vers le cabinet à côté pour se servir un verre d'hydromel. Il prit une petite gorgée avant de faire face à Gabriel.

« Je sais que ça a l'air cruel, » dit-il, « mais j'ai besoin que tu réalises : bien qu'Adelar a possédé le titre d'héritier universel de cette famille pendant 33 ans, pas une fois j'ai été approché à propos d'un mariage pour lui. Sa position seule en faisait un excellent bon parti, mais personne n'était intéressé. Il y a eu des rumeurs, pendant plusieurs années, qu'il était homosexuel, et je ne pense pas devoir te dire ce que cela signifierait pour nous. Avec de la chance, ce mariage va en apaiser la plupart. »

« Et honnêtement Gabriel, Julia est la personne parfaite pour le garder hors de nos pattes. Elle va le faire se tenir tranquille, et donc lui rendra plus difficile de suivre un quelconque plan que son père pourrait inventer. Je suis absolument certain que Cordrin est toujours en train de chercher un moyen de vous mettre hors-jeu, Trevor et toi, aussi certain qu'il compte utiliser Adelar au lieu de se salir les mains. Julia va s'accrocher à Adelar à chaque seconde de la journée, ce qui l'empêchera efficacement d'agir pour son père. » Père avala le reste de son hydromel. « Je sais que rien n'est vraiment de la faute d'Adelar : son père tient ses ficelles comme s'il était une marionnette, mais à chaque instant il pourrait refuser de le suivre et venir me trouver, mais il ne l'a pas fait. Tant qu'il suivra son père comme un chiot, je ne pourrais pas grand-chose pour lui. »

« Il est ton neveu : ne t'inquiètes-tu donc pas de son sort ? »

Père souffla et se réinstalla dans son fauteuil. « Si, même si je n'agis pas comme tel. Quand il était enfant, j'ai essayé d'être ce que son père refusait d'être, mais son cher frère a fait tout ce qui était en son pouvoir pour saboter la moindre relation entre nous, aussi souvent qu'il le pouvait. Il n'aime certainement pas son fils, mais il ne permettra à personne d'autre de l'aimer non plus. C'est en parti parce que j'ai amené Caleb ici, j'en suis sûr, il ne me l'a jamais pardonné. »

« Caleb ? » Gabriel lança à son père un regard confus. « Qu'a-t-il à voir avec quoi que ce soit ? »

« Je pense que tu as remarqué la ressemblance entre Caleb et ton oncle ? » Demanda Mère. Gabriel hocha la tête, et Père poursuivit.

« Ce n'est pas quelque chose que j'annonce ou même que je fais connaître, même si je suis sûr que la plupart des gens le sait. Caleb est ton cousin, le bâtard de Cordrin et d'une paysanne des environs. Traditionnellement dans cette famille, lorsqu'un bâtard naît, l'enfant est éduqué dans la maison, mais à cause de leur naissance illégitime ils ne peuvent être officiellement reconnus ni porter notre nom. Cordrin a refusé même cela. De ce que j'en ai compris, il a refusé le moindre contact avec la femme dès leur affaire terminée, et elle a éduqué Caleb par elle-même pendant de nombreuses années. »

« Quand Caleb avait sept ans, sa mère est tombée malade, et elle est venue me voir pour me supplier de prendre son fils, afin qu'il ne finisse pas voleur des rues à sa mort. J'ai accepté, et elle l'a embrassé avant de partir de la maison. Elle est morte quelques semaines plus tard. »

« Bien sûr, mon frère était furieux lorsqu'il a appris que j'avais pris son bâtard dans la maison, et il a essayé de le faire éjecter de nombreuses fois. Lorsqu'il a compris que cela ne fonctionnerait pas, il en est venu à rendre la vie du garçon aussi difficile que possible. J'ai souvent du le récupérer de cette petite cachette dans le grenier, et j'ai finis par l'envoyer au séminaire pour le maintenir éloigné de son père, pour qu'il ait un peu de paix. »

« Et il est quand même revenu ? » Interrogea Gabriel. « Je serai resté aussi loin que possible après cela. »

« C'est la maison de Caleb, et nous sommes sa famille, même si ce n'est jamais reconnu. »

« Et quel est le lien avec Adelar ? »

« Puisqu'il ne pouvait me faire payer directement la venu de Caleb dans la maison, il l'a utilisé pour détruire les liens entre Adelar et moi. Il lui a dit que je me préoccupais plus d'un bâtard que de l'héritier. Adelar, jeune et voulant plaire à son père, en a cru chaque mot, et notre relation en a souffert. »

Gabriel se gratta distraitement la tête. « Tout serait plus simple si tu pouvais jeter Cordrin hors de la famille. »

« Garde tes amis près de toi... » Entama Père.

« … et tes ennemis encore plus. » Acheva Gabriel.

Père approuva. « J'y ai pensé de nombreuses fois, Gabriel, principalement quand j'ai commencé à le suspecter d'avoir participer à ton kidnapping il y a des années. Pour le moment toutefois, il doit avancer avec précautions, car toute tentative contre moi ou toi pourrait blesser toute la famille. A quoi bon enfin devenir le Seigneur Cronqvist si nous sommes des parias pour avoir protégé un vampire ? Si je le renie, alors il n'aura rien à perdre, et un homme qui n'a plus rien à perdre est un homme très dangeureux. »

« J'espère juste que ça ne va pas revenir nous hanter plus tard. » Fit Gabriel doucement. « Tu viens de donner à Adelar une bonne raison de te haïr maintenant. »

« Cela m'a traversé l'esprit, mais je doute qu'il fasse quoi que ce soit sans la permission de son père. Laisse-moi m'inquiéter à ce sujet, Gabriel, tu as suffisamment sur tes épaules pour le moment. »

Gabriel hocha silencieusement la tête, mais l'expression nauséeuse de son cousin lui restait en mémoire, et il continuait de se demander où tout cela allait les mener.


William jeta une nouvelle bûche dans les flammes, tendant les bras pour se réchauffer. Les choses étaient prêtes – maintenant il fallait juste attendre le bon moment pour frapper. Il avait gardé contact avec quelques personnes, et tout le monde était prêt et volontaire pour leur partie du travail. Ils n'agiraient pas maintenant toutefois. Non, ils devaient attendre. Attendre que le Seigneur Cronqvist se détende, attendre que Gabriel relâche sa garde. Lorsque ce serait le cas, Cecil et lui passeraient rapidement à l'action. Si tout se passait bien, au bout du compte, Gabriel serait préparé, Trevor sous leur contrôle, et tous ceux qui avaient tenté de les arrêter seraient morts. Satisfait que tout était en place, William se concentra sur le dîner, alors que le soleil descendait à l'ouest.