31

LE CENTAURE ET LE CAFARD

Au cours de la récréation du lendemain matin, debout dans leur coin habituel de la cour balayée par le vent froid, Potter relata à Megan et Hermione son rêve de la nuit dernière : Voldemort aurait pardonné des fautes à Augustus Rookwood, l'un des évadés d'Azkaban, et puni Avery pour lui avoir communiqué de fausses informations. Ce dernier aurait en effet laissé entendre que Broderick Moroz, soumis à l'Imperium par Lucius Malfoy, serait en mesure de « sortir » quelque chose, ce qui s'était révélé impossible, faisant perdre à son maître plusieurs mois en démarches inutiles.

Lorsque Potter eut terminé son récit, Megan et Hermione demeurèrent silencieuses un instant. La dernière regardait avec une sorte d'intensité douloureuse Fred et George, tous deux sans tête, qui vendaient, à l'autre bout de la cour, leurs chapeaux magiques cachés sous leurs capes. Megan était plongée dans ses réflexions. Cette chose dont il était question ne pouvait être que l'arme convoitée par Voldemort, qu'ils savaient désormais cachée au sein du Département des mystères. Moroz avait été contraint par les Mangemorts de tenter de l'en extraire, sans succès.

- Alors, c'est pour ça qu'ils l'ont tué, dit-elle enfin. Quand Moroz a essayé de voler cette arme, quelque chose lui est arrivé. Elle doit être protégée par des sortilèges de défense pour empêcher les gens d'y toucher. C'est pour ça qu'il a fini à Ste Mangouste.

- Oui..., murmura Hermione. Son cerveau a complètement déraillé et il ne pouvait plus parler. Mais vous vous souvenez de ce que nous a dit la guérisseuse ? Il allait mieux.

- Ils ne pouvaient pas prendre le risque qu'il guérisse, devina Megan. Le choc qu'il a subi quand il a touché l'arme a probablement annihilé les effets de l'Imperium. En retrouvant l'usage de la parole, il aurait expliqué ce qu'il avait fait. On aurait su alors que quelqu'un l'avait envoyé voler l'arme.

- Bien sûr, il était facile à Lucius Malfoy de lui jeter le sortilège, réfléchit Hermione. Il est toujours fourré au ministère, non ?

Megan se renfrogna. Malgré le discours qu'elle avait tenu à Draco et malgré sa trahison, elle était toujours attachée à celui qui avait été pour elle un père de substitution, et elle n'avait aucune envie de le voir envoyé à Azkaban.

- Il y traînait même le jour où je suis passé au tribunal, acquiesça Potter. Dans le... hé, mais attendez... Il se trouvait dans le couloir du Département des mystères, ce jour-là ! Ton père a dit qu'il était sans doute descendu voir ce qui s'était passé pendant mon audience. Mais s'il...

- Sturgis ! dit alors Hermione dans un souffle en se retournant vers Megan.

On aurait dit qu'elle venait d'être frappée par la foudre.

- Pardon ? s'étonna Ron.

- Sturgis Podmore, reprit Hermione, la respiration haletante, arrêté pour avoir essayé de forcer une porte ! Lucius Malfoy a dû l'y obliger, lui aussi !

- Ça se tient, admit Megan avec mauvaise grâce.

- Je parie qu'il l'a fait le jour-même où tu l'as vu là-bas, Harry, ajouta Hermione. Sturgis avait emporté la cape d'invisibilité de Maugrey, vous vous souvenez ? Imaginons qu'il ait monté une garde invisible devant la porte et que Malfoy l'ait entendu bouger, ou ait deviné sa présence, ou même qu'il ait jeté le sortilège de l'Imperium à tout hasard en pensant qu'il y avait peut-être quelqu'un en faction ?

- Et au moment où c'était à nouveau son tour de monter la garde, Podmore, sous l'emprise du maléfice, a essayé de pénétrer dans le Département des mystères et d'y voler l'arme pour Voldemort – Ronald, tais-toi – mais il s'est fait prendre et on l'a envoyé à Azkaban.

Tout cela était parfaitement logique et cohérent, et Megan ne pouvait nier l'implication évidente de Lucius. Hermione regarda Potter.

- Et maintenant, c'est Rookwood qui a indiqué à Voldemort comment voler l'arme ?

- Je n'ai pas entendu toute la conversation, mais c'est ce qui semblait en ressortir, répondit le garçon. Rookwood travaillait là, avant... Peut-être que Voldemort l'a envoyé le faire lui-même ?

Hermione acquiesça d'un signe de tête. Elle et Megan se plongèrent dans leurs pensées. Le plan de Voldemort était de plus en plus évident, mais ils ne savaient toujours pas ce qu'était exactement cette arme. Une chose était cependant certaine, elle ne devait surtout pas tomber entre ses mains. Voldemort était-il conscient que Potter était témoin de certains de ses échanges ? Si tel était le cas, il était absolument certain qu'il chercherait à s'en servir contre le garçon et ceux qui l'entouraient.

- Tu n'étais pas supposé voir ça, Potter, décréta soudain Megan.

- Quoi ? s'exclama-t-il, interloqué, comme s'il craignait que la jeune fille se retourne soudainement contre lui.

- Tu es censé apprendre comment fermer ton esprit à ce genre de choses, acquiesça Hermione soudain sévère.

- Je sais, mais...

- Je crois que nous devrions essayer d'oublier ce que tu as vu, déclara-t-elle d'un ton ferme. Et il faudrait que tu fasses un peu plus d'efforts dans tes cours d'occlumancie, à partir de maintenant.

Megan ne s'intéressait pas de près aux leçons d'occlumancie de Potter, qui ne semblait avoir aucun talent dans ce domaine, mais consacrait un temps considérable à l'entraînement de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. En l'espace de six entraînements (elle exigeait désormais la présence de l'équipe tous les lundis, mercredis et samedis), elle commença à observer des progrès parmi les joueurs. Ron gagnait lentement en assurance, l'œil de Ginny était un peu plus affûté, les poursuiveuses amélioraient leur stratégie défensive et le jeu des batteurs était devenu un peu moins affligeant. Fred et George venaient souvent assister aux exercices. Les remarques acerbes de Megan, qui ne ménageait pas ses joueurs, les faisaient beaucoup rire, mais ils reconnaissaient qu'elles portaient leurs fruits. Tous les membres de l'équipe donnaient leur maximum pour échapper aux remontrances de leur coach, et face à leurs propres progrès, ils regagnaient en enthousiasme.

- Gryffondor ne remportera sûrement pas la victoire, mais grâce à toi, ils pourront quitter le terrain la tête haute, affirma Fred alors qu'ils regagnaient le château avant l'équipe le soir du deuxième lundi de mars.

- Qui te dit qu'ils ne gagneront pas ? répliqua Megan. On a encore plusieurs mois devant nous.

Les jumeaux étaient dubitatifs, mais ils n'eurent pas l'occasion d'insister, le silence du parc brisé soudainement par un hurlement strident. Alertes, ils sortirent tous trois leurs baguettes et regagnèrent le château au pas de course. Ils découvrirent dans le hall d'entrée une foule d'élèves rassemblés, eux aussi alarmés par le cri de détresse, sortis en hâte de la Grande Salle où ils dînaient pour en découvrir l'origine. Megan, plus agile que les jumeaux, se fraya un chemin parmi un groupe d'élèves de Serdaigle, et découvrit Trelawney, sa baguette magique dans une main, une bouteille de xérès vide dans l'autre, en proie à une véritable crise de folie. Ses cheveux étaient dressés sur sa tête et ses lunettes de travers faisaient paraître un de ses yeux plus grand que l'autre. Ses innombrables châles et écharpes pendaient en désordre de ses épaules et donnaient l'impression qu'elle se déchirait de toutes parts. Deux grosses malles étaient posées sur le sol, à ses pieds. L'une d'elles était à l'envers, comme si on l'avait jetée dans l'escalier. Megan suivit le regard terrifié de son professeur et ses yeux se posèrent sur Umbridge, qui semblait rayonner d'un bonheur malsain, au pied de l'escalier de marbre. McGonagall, qui venait d'arriver dans le cercle des élèves choqués et effrayés, semblait avoir le cœur au bord des lèvres.

- Non ! hurlait Trelawney. NON ! Ce n'est pas possible… Ça ne se peut pas… Je refuse de l'accepter !

- Vous n'avez donc pas réalisé que cela vous pendait au nez ? répliqua Umbridge avec un amusement cruel. Bien que vous ne soyez même pas capable de prévoir le temps qu'il fera demain, vous auriez dû deviner que vos piteuses performances au cours de mes inspections et votre absence totale de progrès par la suite rendaient votre renvoi inévitable.

- Vous…Vous ne pouvez pas faire ça ! s'écria Trelawney, des larmes ruisselant derrière ses énormes lunettes. Vous ne… vous ne pouvez pas me renvoyer ! Je… Je suis ici depuis seize ans ! P-Poudlard est ma m-maison !

- C'était votre maison…

Une véritable joie s'étalait sur le visage de crapaud d'Umbridge tandis qu'elle regardait Trelawney, secouée de sanglots incontrôlables, s'effondrer sur l'une de ses malles, se balançant d'avant en arrière, au comble du malheur. Parmi le groupe d'élèves choqués et révoltés, Lavender et Parvati pleuraient silencieusement, serrées l'une contre l'autre. Megan n'avait jamais eu la moindre affection ou once de respect pour Trelawney, vieille chouette mystificatrice, mais elle était révoltée de la façon dont Umbridge s'autorisait à bouleverser la vie à Poudlard et à humilier ses habitants. Face à cet ennemi commun, elle se sentait pour la première fois solidaire avec son professeur de divination.

- … mais depuis que le ministre de la Magie a signé il y a une heure votre ordre de révocation, vous n'habitez plus ici, poursuivait Umbridge. Veuillez avoir l'amabilité de vous retirer de ce hall. Vous nous embarrassez.

- Il n'y a que vous qui devriez être embarrassée ! répliqua Megan, haut et fort.

Des visages horrifiés se tournèrent vers elles, mais elle les ignora, son regard flamboyant posé sur Umbridge.

- Comment osez-vous ? glapit la Grande Inquisitrice. Cinquante points de moins pour Gryffondor !

- Vous vous croyez toute puissante, pas vrai ?

- Ça suffit, Miss Buckley, siffla McGonagall.

Mais elle ne lui retira aucun point. Se détachant de la foule, elle marcha droit sur Trelawney et lui tapota le dos d'un geste ferme en sortant un mouchoir d'une poche de sa robe.

- Allons, allons, Sibylle… Calmez-vous… Tenez, mouchez-vous… Ce n'est pas si grave… Vous ne serez pas obligée de quitter Poudlard…

- Ah vraiment, professeur McGonagall ? dit Umbridge d'un ton assassin en s'avançant de quelques pas. Et qu'est-ce qui vous donne le droit de dire cela ?

- Moi, répondit une voix grave.

Les portes de chêne s'étaient soudain ouvertes et les élèves qui se trouvaient devant s'écartèrent précipitamment pour laisser passer Dumbledore. Malgré toute l'aversion qu'elle lui témoignait, Megan reconnut qu'il y avait quelque chose d'impressionnant à le voir ainsi apparaître dans l'encadrement de la porte, sa silhouette se découpant dans la nuit étrangement brumeuse. Il laissa les portes grandes ouvertes derrière lui et s'avança à travers le cercle des spectateurs en direction de Trelawney, frissonnante et ruisselante de larmes, toujours effondrée sur sa malle, McGonagall à son côté.

- Vous, professeur Dumbledore ? dit Umbridge avec un petit rire singulièrement déplaisant. J'ai bien peur que vous n'ayez pas compris la situation. J'ai ici – elle tira de sa robe un rouleau de parchemin – un ordre de révocation signé par moi et par le ministre de la Magie. Conformément au décret d'éducation numéro vingt-trois, la Grande Inquisitrice de Poudlard a le pouvoir d'inspecter, de mettre à l'épreuve et de renvoyer tout enseignant qu'elle – c'est-à-dire que je – juge incapable de répondre aux critères exigés par le ministère de la Magie. Or, j'ai estimé que le professeur Trelawney n'était pas au niveau requis et c'est pourquoi j'ai mis fin à ses fonctions.

Dumbledore continua de sourire. Il baissa les yeux vers Trelawney qui sanglotait toujours sur sa malle et déclara :

- Vous avez tout à fait raison, bien sûr, professeur Umbridge. Comme Grande Inquisitrice, vous avez parfaitement le droit de mettre fin aux fonctions de mes enseignants. En revanche, vous n'avez aucune autorité pour les expulser du château. Je crains bien, poursuivit-il en s'inclinant courtoisement, que ce pouvoir-là incombe encore au directeur de l'établissement. Or, je souhaite que le professeur Trelawney continue d'habiter à Poudlard.

Trelawney laissa alors échapper un petit rire frénétique ponctué d'un hoquet qu'elle n'arriva pas à étouffer.

- Non… Non, je v-vais partir, Dumbledore ! Je quitterai P-Poudlard pour chercher f-fortune ailleurs...

- Non, répliqua Dumbledore d'un ton abrupt. Je souhaite que vous restiez, Sibylle.

Il se tourna vers McGonagall.

- Puis-je vous demander de raccompagner Sibylle chez elle, professeur ?

- Bien entendu, répondit McGonagall. Levez-vous, Sibylle... Miss Buckley, venez avec nous, ajouta-t-elle sèchement.

Le professeur Sprout surgit de la foule et se précipita pour prendre l'autre bras de Trelawney. Toutes deux l'entraînèrent vers l'escalier de marbre en passant devant Umbridge, suivies de Megan, qui lança un regard de défi à son professeur de Défense contre les forces du mal. Le professeur Flitwick accourut derrière elles.

- Locomotor Barda ! ordonna-t-il de sa petite voix flûtée.

Aussitôt, les deux malles s'élevèrent dans les airs et se dirigèrent vers l'escalier, le professeur Flitwick fermant la marche. Le convoi gravit les marches dans un silence uniquement ponctué des reniflements et hoquets de Trelawney, mais lorsqu'un bruit de sabots parvint aux oreilles de Megan quelques secondes plus tard, elle jeta un coup d'œil par-dessus la rambarde de l'escalier, et eut la surprise de voir un centaure s'avancer dans le hall. Ses cheveux d'un blond presque blanc et sa robe claire et cuivrée la ramenèrent aussitôt à une nuit inquiétante dans la Forêt Interdite au cours de laquelle elle avait retrouvé Potter sur le dos de la bête après que lui et Draco aient découvert une licorne morte, Voldemort s'abreuvant de son sang.

- Firenze, souffla-t-elle.

Elle fronça les sourcils, puis ne put réprimer un éclat de rire, qui lui attira des regards de reproche de la part de ses professeurs. Mais peu importait : les centaures étaient tous férus d'étude des astres, et constituaient de bien meilleurs enseignants de divination que Trelawney. De toute évidence, Dumbledore avait fait appel à Firenze pour occuper ce poste désormais vacant, imposant à Umbridge un hybride au sein de l'école, ce dont elle avait horreur ! Malgré son aversion pour le directeur de l'école, Megan dut reconnaître que l'idée était brillante.

Le petit groupe reconduit Trelawney dans sa tour. McGonagall indiqua aux professeurs Sprout et Flitwick d'installer leur collègue éprouvée dans ses appartements tandis qu'elle et Megan demeuraient dans la salle de divination – Megan, qui espérait avoir pour la première fois un aperçu des lieux de vie d'un des professeurs de Poudlard, n'eut pas cette chance. Dès que la porte menant aux appartements fut refermée par Sprout, McGonagall tourna vers son élève un regard sévère.

- Qu'est-ce qui vous a pris de vous adresser au professeur Umbridge de cette façon ? aboya-t-elle.

- A votre avis ? répliqua sèchement Megan. Vous avez vu son attitude ? Elle se croit tout permis, à Poudlard, il fallait bien que quelqu'un dise quelque chose !

- Ce n'est pas votre rôle, Buckley. Le professeur Dumbledore et l'équipe des enseignants se chargent du professeur Umbridge, avec toute la délicatesse nécessaire dont vous n'êtes visiblement pas capable de faire preuve ! Même si elle semble étrangement vous épargner malgré vos impairs répétés, vous ne devez pas tenter le diable, Buckley, vous savez comme moi que vous ne pouvez pas vous permettre d'être renvoyée de Poudlard.

- Comme si Dumbledore me laisserait partir, grogna Megan.

- Le professeur Dumbledore ne sera probablement pas en mesure de vous défendre si le professeur Umbridge devait découvrir qui se cache derrière les divers incidents qu'elle a pu rencontrer depuis son arrivée à Poudlard.

Il y eut un silence dans la pièce. McGonagall était donc consciente que Megan était responsable desdits événements, pourtant elle ne semblait pas en colère ni disposée à la dénoncer. Mieux encore, une petite lueur brillante dans ses yeux laissait à penser qu'elle était satisfaite de cette dangereuse initiative. Megan eut un sourire carnassier.


- Je parie que tu regrettes d'avoir laissé tomber la divination, maintenant, dit Parvati à Hermione avec un sourire narquois.

C'était à l'heure du petit déjeuner, deux jours après le renvoi du professeur Trelawney. Parvati se recourbait les cils à l'aide de sa baguette magique et se regardait au dos d'une cuillère pour observer le résultat. Ce matin-là, ils devaient avoir leur premier cours avec Firenze.

- Pas vraiment, répondit Hermione d'un ton indifférent.

Elle était plongée dans la lecture de La Gazette du sorcier.

- Je n'ai jamais beaucoup aimé les chevaux.

Elle tourna une page du journal et en parcourut les colonnes tandis que Megan retenait un rire.

- Ce n'est pas un cheval, c'est un centaure ! protesta Lavender, choquée.

- Et un très beau centaure..., soupira Parvati.

Megan lui jeta un regard en biais. Elle ne comprenait pas comment on pouvait être attirée par une créature à moitié cheval.

- En tout cas, il a toujours quatre jambes, répliqua Hermione avec froideur. Et, au fait, je croyais que vous étiez bouleversées par le départ de Trelawney, toutes les deux ?

- C'est vrai ! lui assura Lavender. Nous sommes montées la voir dans son bureau, nous lui avons apporté un bouquet de jonquilles, des vraies, des belles, pas celles qui font un bruit de klaxon comme chez Sprout.

- Comment va-t-elle ? demanda Potter.

- Pas très bien, la malheureuse, répondit Lavender d'un ton compatissant. Elle pleurait et elle disait qu'elle aimerait encore mieux quitter le château à tout jamais plutôt que de rester sous le même toit qu'Umbridge. Moi, je trouve qu'elle a raison, Umbridge a été horrible avec elle, non ?

- Elle ne fait que commencer, prédit Megan d'un ton neutre.

Elle n'avait pas mis en œuvre de réplique à l'encontre d'Umbridge suite au renvoi de Trelawney, n'ayant aucune affection pour la femme et considérant que la revanche de Dumbledore était suffisante.

- Impossible, fit remarquer Ron, occupé à dévorer une belle portion d'œufs au lard. Elle ne peut pas être pire que maintenant.

- Elle va vouloir se venger de Dumbledore pour avoir nommé un nouveau professeur sans la consulter.

- Et un autre hybride, en plus, ajouta Hermione en refermant le journal. Vous avez remarqué son expression quand elle a vu Firenze ?

Après le petit déjeuner, Hermione se rendit à son cours d'arithmancie tandis que Megan, Ron et Potter suivaient Parvati et Lavender à celui de divination.

- On ne va pas dans la tour nord ? demanda Ron, surpris, lorsqu'il vit Parvati passer devant l'escalier de marbre sans monter.

Parvati lui jeta par-dessus son épaule un regard méprisant.

- Tu t'imagines que Firenze arriverait à grimper cette échelle ? Nous sommes dans la salle 11, maintenant, c'était écrit hier sur le tableau d'affichage.

La salle 11 se trouvait au rez-de-chaussée, dans le couloir situé de l'autre côté de la Grande Salle. C'était l'une de ces salles de classe souvent vides où Megan se réfugiait chaque fois qu'elle devait avoir une conversation à l'abri des oreilles indiscrètes. Elle fut donc surprise d'y découvrir une clairière, comme en pleine forêt.

- Qu'est-ce que... ? bégaya Potter.

Le sol de la classe était recouvert d'un moelleux tapis de mousse et des arbres y étaient plantés. Leurs branches luxuriantes se déployaient à la surface du plafond et devant les fenêtres, laissant filtrer dans toute la pièce des rayons obliques d'une lumière verte, douce et tachetée. Les élèves qui étaient déjà là s'étaient assis sur le sol terreux, le dos appuyé contre un tronc d'arbre ou un rocher, les bras autour des genoux ou croisés sur la poitrine. Tous avaient l'air assez inquiets. Firenze se tenait debout au milieu de la clairière, dans un espace dépourvu d'arbres.

- Harry Potter, dit-il en lui tendant la main à son entrée dans la classe.

- Heu... bonjour, répondit le garçon en serrant la main du centaure qui le dévisagea de ses étonnants yeux bleus, sans ciller et sans sourire. Ça... ça fait plaisir de vous voir.

- Toi aussi, ça fait plaisir de te voir, répondit le centaure en inclinant sa tête aux cheveux blonds. Il était écrit que nous nous rencontrerions à nouveau.

Megan remarqua la trace d'une ecchymose en forme de fer à cheval sur la poitrine de Firenze.

Lorsqu'ils allèrent s'installer par terre avec les autres, tous regardaient Potter avec une sorte de révérence, impressionnés de le voir en si bons termes avec Firenze qui semblait les intimider. Megan secoua la tête. Quand la porte fut refermée et que le dernier élève se fut assis sur une souche d'arbre, près de la corbeille à papiers, Firenze montra la classe d'un geste circulaire.

- Le professeur Dumbledore a eu l'amabilité de nous aménager cette salle, dit-il, en reconstituant mon habitat naturel. J'aurais préféré vous donner mes cours dans la Forêt interdite qui était, jusqu'à lundi dernier, ma maison... mais ce n'est plus possible.

- S'il vous plaît… heu… monsieur, dit Parvati, le souffle court, en levant la main. Pourquoi ne pouvons-nous pas aller là-bas ? Nous y avons déjà été avec Hagrid, nous n'avons pas peur !

- Ce n'est pas votre bravoure qui est en cause, répondit Firenze, mais ma situation personnelle. Je ne peux pas retourner dans la forêt. Mon troupeau m'a banni.

- Votre troupeau ? dit Lavender, décontenancée, et Megan vit tout de suite qu'elle pensait à des vaches. Qu'est-ce que... ah oui !

Une lueur de compréhension s'alluma dans son regard,

- Il y en a donc d'autres que vous ? demanda-t-elle, stupéfaite.

- Est-ce que c'est Hagrid qui vous a élevés comme les Sombrals ? demanda Dean, avide de savoir.

Firenze tourna très lentement la tête pour regarder Dean qui sembla soudain réaliser à quel point sa question était insultante. Megan le fixa d'un air incrédule.

- Je ne voulais pas... Je veux dire... Excusez-moi... balbutia-t-il d'une voix étouffée.

- Les centaures n'ont pas vocation à être des serviteurs ou des jouets pour les humains, répondit Firenze à mi-voix.

Il y eut un silence, puis Parvati leva à nouveau la main.

- S'il vous plaît, monsieur... Pourquoi est-ce que les autres centaures vous ont banni ?

- Parce que j'ai accepté de travailler pour le professeur Dumbledore, répondit Firenze. Ils considèrent que j'ai trahi notre espèce. Commençons, ajouta-t-il après un instant de silence.

Il balança sa longue queue cuivrée, leva sa baguette magique vers la voûte de feuillages qui se déployait au-dessus d'eux, puis l'abaissa avec lenteur. À mesure qu'il accomplissait ce geste, la lumière de la pièce diminua et leur donna bientôt l'impression de se trouver dans une clairière au crépuscule. Des étoiles apparurent alors au plafond. On entendit des exclamations émerveillées, des hoquets de surprise et Ron qui lança très distinctement :

- Ah ben ça, alors !

- Allongez-vous sur le sol, dit Firenze de sa voix paisible, et observez les cieux. C'est là que se trouve écrite, pour ceux qui savent lire, la destinée de nos espèces.

Megan s'exécuta avec mauvaise grâce, et apprécia peu le cours qui suivit. Firenze était visiblement bien plus compétent que Trelawney en matière de divination, mais celle-ci demeurait une matière nébuleuse et perdait de son caractère amusant maintenant que le centaure les incitait à observer des étoiles en silence, à brûler de la sauge et de la mauve douce et à tenter d'y déceler des formes dans la fumée âcre qui s'en dégageait, insensible à l'incapacité de ses élèves à y voir quoi que ce soit. Les humains étaient, selon lui, rarement habiles dans cet exercice, et il était idiot d'accorder trop de foi à ces choses-là, car les centaures eux-mêmes se trompaient parfois dans leurs interprétations. Son objectif essentiel ne semblait pas être de leur enseigner ce qu'il savait mais plutôt de leur faire comprendre que rien, pas même le savoir des centaures, n'était infaillible.

- Il n'est pas très précis, remarqua Ron à voix basse, alors qu'ils éteignaient leur feu de mauve douce. Moi, j'aurais bien aimé avoir quelques détails supplémentaires sur la guerre qui se prépare, pas vous ?

Firenze avait en effet laissé entendre que Mars, « messager des batailles », brillant particulièrement en cette période, annonçait l'éclatement d'hostilités.

- C'est de la divination, Ronald, lui rappela Megan d'un air méprisant. Comment veux-tu que ce soit précis ?

- Je n'ai jamais compris pourquoi tu as continué à suivre ce cours, toi !

La jeune fille haussa les épaules.

- Je trouvais ça amusant. Ça va l'être beaucoup moins, maintenant…

La cloche située tout à côté de la porte se mit à sonner et tout le monde se leva d'un bond. Megan, Ron et Potter s'apprêtaient à quitter la salle lorsque Firenze appela :

- Harry Potter, j'aimerais te dire un mot, s'il te plaît.

Potter se retourna et le centaure fit quelques pas vers lui. Ron hésita et jeta un coup d'œil à Megan qui soupirait. Elle se fichait de savoir quels souvenirs le garçon et le centaure pouvaient vouloir évoquer.

- Vous pouvez rester, leur dit Firenze. Mais fermez la porte, je vous prie.

Ron s'empressa d'obéir.

- Harry Potter, tu es un ami de Hagrid, n'est-ce pas ? dit le centaure.

- Oui.

- Alors, donne-lui cet avertissement de ma part. Sa tentative est vouée à l'échec. Il ferait mieux de l'abandonner.

- Sa tentative est vouée à l'échec ? répéta Potter, l'air interdit.

- Et il ferait mieux de l'abandonner, dit Firenze en hochant la tête. J'aurais volontiers prévenu Hagrid moi-même, mais je suis banni – il serait imprudent pour moi de m'approcher de la forêt en ce moment. Hagrid a suffisamment d'ennuis comme ça sans avoir besoin en plus d'un combat de centaures.

- Qu'est-ce que Hagrid essaye de faire ? lança Megan, soudain intéressée.

Firenze se tourna vers elle, le visage impassible.

- Hagrid m'a rendu récemment un grand service, répondit Firenze, et il a depuis longtemps gagné mon respect pour la façon dont il traite toutes les créatures vivantes. Je ne trahirai pas son secret. Mais il faut le ramener à la raison. Sa tentative est vouée à l'échec. Dis-le-lui, Harry Potter. Bonne journée à vous trois.

Il fallut plusieurs jours à Potter pour délivrer le message du centaure, Umbridge continuant d'assister à tous les cours de soins aux créatures magiques, et les visites nocturnes demeurant interdites. Il dut prétendre avoir oublié son exemplaire de Vie et habitat des animaux fantastiques pour avoir une excuse pour retourner à la cabane de Hagrid après la fin du cours. Ce dernier ne tint cependant pas compte de l'avertissement du centaure, affirmant qu'il y avait « des choses plus importantes que de conserver son travail », tout en refusant toujours de se confier sur ses secrets : Potter ne put qu'apprendre que la tentative en question se passait « à merveille ». Pourtant, à en juger par ses contusions toujours aussi nombreuses, Hagrid était bien trop optimiste. Megan n'avait cependant pas l'intention de laisser Umbridge le renvoyer. Elle continuerait de punir la Grande inquisitrice pour chacun de ses faux pas, bien que son emploi du temps soit devenu particulièrement lourd.

En effet, ainsi que les professeurs et Hermione ne cessaient de le répéter, les BUSE s'approchaient de plus en plus. Tous les cinquième année souffraient de stress à un degré plus ou moins élevé mais Hannah Abbott fut la première à se voir administrer un philtre Calmant par Madame Pomfrey après qu'elle eut fondu en larmes pendant le cours de botanique en disant qu'elle était trop stupide pour réussir ses examens et qu'elle voulait quitter l'école à l'instant même. Hermione étudiait plus que jamais auparavant, délaissant même parfois ses bonnets en laine, et reprochant à Megan de consacrer trop de temps à d'autres tâches que ses devoirs. Cette dernière préférait pourtant redoubler d'efforts dans ses coachings pour l'équipe de Quidditch ou accorder un peu de son temps à Kevan. Ce dernier était même allé jusqu'à actionner l'une de ses cartes un soir d'entraînement, forçant Megan à quitter ses joueurs, étonnés de la voir obéir aux désirs de son petit ami. Mais la règle était la règle : il était prioritaire.

Les leçons de l'A.D. venaient compléter ces semaines déjà chargées. Au mois d'avril, ils commencèrent à travailler sur les Patronus, programme que Megan avait particulièrement redouté. Potter ne cessait de leur rappeler que produire un Patronus au milieu d'une salle de classe bien éclairée, sans être soumis à aucune menace, était beaucoup plus facile que d'avoir à le faire face à un Détraqueur, ce qui avait le don d'agacer Megan, qui peinait encore à produire autre chose qu'une mince vapeur blanche. Kevan semblait d'ailleurs s'en inquiéter, n'ayant jamais vu sa petite amie échouer face à un nouveau sort.

- Il suffit de penser à quelque chose qui te rend heureuse ! insistait-il gentiment.

Mais aucun de ses souvenirs n'était véritablement heureux. Elle était heureuse enfant mais ses parents avaient été assassinés. Elle était heureuse chez les Malfoy mais ils l'avaient abandonnée. Elle était heureuse d'entrer à Poudlard mais Dumbledore l'avait trompée. Elle était heureuse auprès des Weasley mais elle craignait constamment pour leurs vies. Même ses meilleurs fous rires avec les jumeaux étaient obscurcis.

- Pense à la nuit d'hier dans la salle de bain des préfets, lui souffla Kevan à l'oreille.

Megan ne parvint pas à retenir un sourire et une vapeur blanche plus épaisse s'échappa de sa baguette, mais elle se rappela aussitôt que le mémorial de Cedric se trouvait tout près de la salle de bain, rejoua involontairement dans son esprit la scène de sa mort, et la vapeur s'évanouit aussitôt. Le sourire de Kevan glissa sur son visage.

Seul Neville affrontait d'aussi grandes difficultés qu'elle, et Megan était frustrée de se voir reléguée au même niveau que lui.

- Harry, je crois que j'y arrive ! s'écria Seamus que Dean avait amené avec lui pour la première fois. Regarde... Oh, il a disparu... Mais c'était quelque chose de très velu !

Le Patronus d'Hermione représentait une loutre argentée qui gambadait autour d'elle.

- C'est vrai que c'est joli, dit-elle en la regardant avec tendresse.

A cet instant, la porte de la Salle sur Demande s'ouvrit et se referma. Tous ceux qui se trouvaient près de la porte étaient devenus soudain silencieux. Megan baissa les yeux et vit Dobby se faufiler parmi les sorciers, une pile de chapeaux de laine en équilibre précaire sur la tête. En y regardant bien, Megan y reconnut tous les chapeaux que Hermione avait tricotés depuis le début de l'année. Voilà donc pourquoi ils disparaissaient sans qu'aucun elfe ne semble avoir quitté les cuisines ! L'elfe s'arrêta devant Potter, qui ne l'avait pas vu entrer, et tira un pan de sa robe pour attirer son attention.

- Salut, Dobby, dit Potter, surpris. Qu'est- ce que tu... ? Qu'est- ce qui se passe ?

L'elfe tremblait, les yeux écarquillés de terreur. Autour d'eux, tout le monde s'était tu et le fixait. Les quelques Patronus que les élèves avaient réussi à faire apparaître s'évanouirent en une brume argentée qui rendit la pièce beaucoup plus sombre qu'auparavant.

- Harry Potter, monsieur..., couina l'elfe, tremblant de la tête aux pieds. Harry Potter, monsieur... Dobby est venu vous avertir... Mais on a ordonné aux elfes de maison de ne rien dire...

Il se précipita vers le mur tête la première, tentant de se punir pour être en train de désobéir. Potter tenta de le rattraper, mais Dobby rebondit simplement contre le mur, le choc absorbé par sa pile de huit chapeaux superposés. Hermione et plusieurs autres filles laissèrent échapper de petits cris de frayeur et de compassion.

- Qu'est-ce qui se passe, Dobby ? Lança Megan d'un ton autoritaire.

L'elfe se figea et Potter en profita pour le saisir par son bras minuscule. Il le maintint à l'écart de tout ce qu'il aurait pu utiliser pour se faire mal.

- Harry Potter... Elle... elle...

De son bras libre, Dobby se donna un grand coup de poing sur le nez. Potter lui immobilisa les deux bras.

- Qui ça, elle ?

Terrifié, l'elfe leva les yeux vers Potter en louchant légèrement et remua les lèvres sans qu'il en sorte aucun son.

- Umbridge ? dit le garçon, horrifié.

Dobby acquiesça d'un signe de tête puis essaya de se cogner le front contre les genoux de Potter qui le tint à bout de bras.

- Et alors, Dobby ? Dis-moi, elle n'a quand même pas découvert ce qui se passe ici ? Elle n'a pas découvert l'A.D. ?

Le visage effaré de l'elfe constituait une réponse à lui tout seul. Les mains immobilisées par Potter, Dobby essaya de se donner des coups de pied et tomba par terre.

- Elle arrive ? demanda Potter à voix basse.

Dobby laissa échapper une longue plainte et se mit à frapper violemment le sol de ses pieds nus.

- Oui, Harry Potter, oui !

Potter se redressa et se tourna vers les autres. Immobiles, terrifiés, ils contemplaient l'elfe qui se débattait en tous sens.

- QU'EST-CE QUE VOUS ATTENDEZ ? Lança alors Megan d'une voix forte mais posée. TOUT LE MONDE DÉGAGE !

Ils se précipitèrent tous en même temps vers la sortie et formèrent devant la porte une véritable mêlée d'où certains parvinrent à émerger pour se ruer dans le couloir. Megan les entendait courir à toutes jambes en espérant qu'ils auraient suffisamment de bon sens pour ne pas essayer de rejoindre directement leurs dortoirs respectifs alors qu'il n'était que neuf heures moins dix.

- A la volière ou à la bibliothèque, siffla Megan en poussant Kevan et les jumeaux vers la sortie. C'est juste à côté et ça sera moins louche. Allez-y !

- Harry, viens vite ! cria Hermione au centre de la cohue où tout le monde se battait à présent pour sortir.

Potter saisit Dobby qui essayait toujours de s'infliger de cruelles blessures et courut se joindre aux autres en portant l'elfe dans ses bras. Il fut le dernier à sortir. Megan l'entendit lancer des ordres à l'elfe, qui s'éloigna en courant, tandis qu'elle surveillait le couloir, sa baguette à la main, où les autres se bousculaient en courant.

- On se sépare ! lança Megan en s'élançant vers la droite.

Quelqu'un la suivit, mais elle ne se retourna pas pour regarder de qui il s'agissait. Soudain, il y eut un cri :

- AAARGH !

Identifiant la voix de Potter, Megan continua de courir. Le rire de Draco parvint à ses oreilles.

- Maléfice du Croche-Pied, Potter ! lança-t-il. Hé, professeur... PROFESSEUR ! J'en ai un !

- C'est lui ! répondit la voix d'Umbridge avec jubilation. Excellent, Draco, excellent ! Oh, c'est vraiment très bien, cinquante points pour Serpentard ! Je m'en occupe, maintenant... Debout, Potter !

Megan tourna à l'angle du couloir et se jeta derrière une statue. Elle s'accroupit et, le souffle court, attendit.

- Voyez si vous pouvez encore en attraper, Draco, disait la voix d'Umbridge. Demandez aux autres d'aller faire un tour à la bibliothèque, qu'ils repèrent ceux qui sont essoufflés, vérifiez aussi les toilettes, Miss Parkinson s'occupera de celles des filles. Allez-y.

Hors de question de laisser les Serpentard d'Umbridge atteindre la bibliothèque avant que tout le monde ait pu reprendre son souffle. Les bruits de pas se rapprochèrent. Draco fut le premier à passer devant Megan et évita de peu son sortilège de Stupéfixion. Theodore Nott, qui arrivait juste derrière lui, n'eut pas autant de chance : un maléfice de Chatouillis le heurta de plein fouet et il s'effondra au sol, en proie à un fou rire irrépressible, se tenant les côtes et peinant à respirer.

- Elle est là ! hurla Crabbe en désignant la statue derrière laquelle Megan s'était réfugiée.

L'intéressée bondit hors de sa cachette tout en lançant à Crabbe un maléfice du Saucisson, et se mit à courir dans le sens opposé à la bibliothèque pour attirer les Serpentard loin de ses camarades. Goyle et Parkinson s'empressèrent effectivement de la suivre mais Draco, qui s'était chargé rapidement de libérer ses deux camarades des sorts qui leur avaient été infligés, les rappela :

- Laissez-la partir, tant pis ! ordonna-t-il. Il faut d'abord aller à la bibliothèque !

Goyle et Parkinson hésitèrent. Megan se retourna et profita de leur incertitude pour les stupefixier. Nott, qui s'était relevé, pointa sa baguette sur elle :

- Impedimenta !

- Protego.

D'un geste de sa baguette, Megan para au maléfice d'Entrave. Draco était reparti en courant en direction de la bibliothèque, mais d'un maléfice du Croche-pied, elle parvint à le faire trébucher. Évitant les jets des sorts de Nott et Crabbe, Megan s'élança à sa suite.

- Immobilus !

Le sort de Crabbe l'atteignit à l'épaule gauche. Fort heureusement, l'imbécile avait mal choisi sa formule et seul le bras de Megan fut paralysé. De deux nouveaux sorts, elle stupéfixia les deux garçons. Draco n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres d'elle, mais il s'approchait dangereusement de la bibliothèque. Bien qu'elle répugnât à lui faire du mal, Megan se résolut à lui lancer un sortilège informulé qui lui fit faire un vol plané dans le couloir. Avant qu'il se relève, elle le stupéfixia à son tour.

- Tu n'aurais pas dû choisir le camp d'Umbridge, affirma Megan en passant à côté de lui, le souffle court et le bras toujours immobilisé.

Elle entra dans la bibliothèque en ignorant le regard courroucé de Madame Pince.

- Tout le monde dans son dortoir ! lança-t-elle à la cantonade. Il est neuf heures passées, plus personne dans les couloirs où j'appelle Filch !

Les membres de l'A.D. qui s'étaient réfugiés là s'empressèrent d'obéir, mais les autres élèves venus étudier se tournèrent vers elle d'un air ahuri.

- Oser crier dans la bibliothèque ! tempêta Madame Pince en fondant sur Megan. Dehors, dehors !

La jeune fille obéit sans tergiverser, soulagée qu'aucun des Serpentard n'ait pu mettre la main sur ses camarades qui s'empressèrent de rejoindre leurs dortoirs respectifs. Tous jetèrent des coups d'œil inquiets à Draco en passant à côté de son corps stupéfixié, mais aucun ne se préoccupa de son sort. Megan attendit que tous les élèves se soient éloignés pour s'accroupir à côté du corps du garçon.

- Enervatum, dit-elle à voix basse.

Draco tressaillit.

- Tais-toi, lui lança-t-elle sèchement lorsqu'elle le vit ouvrir la bouche.

Le garçon se releva d'un geste, furieux d'avoir été vaincu ainsi, mais obéit. Megan se redressa également et le toisa.

- Tu vas rentrer dans ton dortoir avec tes petits animaux de compagnie que j'ai laissé là-bas dans le couloir, et tu vas foutre la paix à tous les autres élèves ce soir, est-ce que c'est clair ?

- C'est fini pour votre club de rebelles, répliqua Draco. Pansy a trouvé la liste dans la salle.

Elle ne laissa rien paraître, mais Megan sentit ses entrailles se contracter. Ils avaient effectivement laissé sur place le parchemin sur lequel figuraient tous leurs noms, rendant inutile leur fuite. Comment avaient-ils pu être aussi stupides ?

- Te mêle pas de ça, siffla-t-elle. Si ça t'amuse d'être à la botte de cette vermine, grand bien te fasse. Mais ça va mal tourner, sache-le.

- Tu vas être renvoyée, affirma Draco. Voilà ce qui va se passer. Dumbledore ne pourra plus te cacher sous ses jupes.

- Qu'est-ce que tu espères, exactement ? Que Voldemort mette la main sur moi ?

Draco laissa échapper un bruit étranglé mais Megan l'ignora.

- Je t'ai déjà dit ce qu'il se passera s'il me retrouve. Il va me tuer. C'est ce que tu veux ?

- Ne dis pas de conneries, répondit Draco d'une voix rauque. Il a besoin de toi. Il va juste –

- Me torturer ? Oh, génial, en fait tout va bien.

- Après ce qui s'est passé l'année dernière, il va forcément être en colère, mais –

- Mais rien du tout, Draco, cracha Megan. Il va me tuer, ensuite il va tuer tous ceux qui se dresseront contre lui, et il se fichera bien de te sacrifier, toi ou tes parents, si ça lui est d'un quelconque service sur la voie du pouvoir ! Arrête de fermer les yeux, bordel ! Et ne crois pas que tu vas te débarrasser aussi facilement de moi, de toute façon, l'armée de Dumbledore n'a pas dit son dernier mot, affirma-t-elle en tournant les talons.

- Je croyais que tu détestais Dumbledore ! lança Draco dans son dos – mais elle ne se retourna pas.

Il y avait effectivement de grandes chances pour qu'elle soit renvoyée le soir-même, comme tous les autres membres de l'A.D., mais elle savait qu'elle serait en sécurité au square Grimmaurd, elle ne comptait pas se livrer à Voldemort aussi facilement. Elle n'avait plus qu'à attendre qu'on vienne la chercher, et elle rejoindrait Sirius pour qu'ils vivent tous deux en réprouvés en attendant que vienne le moment de se dresser au grand jour contre le Seigneur des ténèbres.

Tous les Gryffondor de l'A.D. étaient réunis dans la salle commune lorsqu'elle émergea du trou caché derrière le portrait de la Grosse Dame. Tous sauf Potter.

- Umbridge l'a eu, annonça-t-elle lorsqu'on l'interrogea à ce sujet. Mais ça ne change rien. Umbridge a récupéré la liste avec nos noms, donc…

Effarés, les autres élèves comprirent eux aussi que leur sort était scellé. Ils attendirent donc patiemment que la Grande Inquisitrice se présente avec un sourire victorieux pour leur annoncer qu'ils pouvaient faire leurs valises et rentrer définitivement chez eux. Hermione était en proie à une véritable détresse : elle ne savait pas comment expliquer à ses parents qu'elle avait été renvoyée de la seule école de magie du Royaume-Uni avant même d'avoir passé son diplôme. Les Weasley s'inquiétaient de la réaction qu'allait avoir leur mère. Angelina se lamentait de devoir quitter Poudlard sans avoir pu sauver la réputation de son équipe de Quidditch. Parvati et Lavender étaient penchées l'une contre l'autre dans une étreinte qui se voulait réconfortante. Dean serrait la main de Seamus, mais ce dernier se molestait d'avoir accepté de venir à la réunion. Il s'écoula peut-être une heure avant que la porte de la salle commune soit à nouveau franchie. Potter était cependant seul, l'air abattu.

- Dumbledore est parti, annonça-t-il.

- Hein ?

Le glapissement de Ron traduisait assez précisément la réaction des Gryffondor.

- Fudge allait l'arrêter, et il s'est enfui…, expliqua Potter d'un air las en se laissant tomber sur un fauteuil devant le feu sous les regards avides et inquiets de ses camarades.

- Fudge ? répéta Megan. Qu'est-ce que le ministre foutait là ?

- Il était venu se faire un plaisir de nous renvoyer, répondit amèrement Potter. Mais Dumbledore s'est dénoncé à ma place. Il a dit que c'était « l'armée de Dumbledore » et pas « l'armée de Potter ». Il a dit que la réunion de ce soir devait être la première, puisqu'il n'y avait aucune preuve que nous avions eu des rassemblements ces six derniers mois, qu'il voulait nous dresser contre le ministère… Bref, il leur a servi exactement la version que Fudge voulait entendre, et il s'est enfui avant d'avoir pu être emmené à Azkaban. Tout le monde s'est complètement désintéressé de nous, après ça.

Il y eut un soupir de soulagement dans toute la salle.

- On ne va pas être renvoyés ? insista Hermione d'une voix aiguë.

- Non, je ne pense pas. Après tout, ils pensent qu'on ne s'est vus que ce soir, et que c'était à la demande de Dumbledore, donc ils ne pourraient pas nous reprocher grand-chose, et puis notre club leur paraît tellement insignifiant à côté de la trahison de Dumbledore !

- Mais où est-ce qu'il est allé ? s'enquit Alicia, serrée contre George.

- Aucune idée, il a seulement dit à McGonagall qu'il ne comptait pas se cacher.

- Eh, regardez, je pense qu'ils le cherchent, dit Lee Jordan, près de la fenêtre.

Les autres élèves s'approchèrent également des vitres. On distinguait en effet plusieurs silhouettes noires éclairées par la lueur de leurs baguettes qui erraient dans le parc. Bien sûr, ils ne le trouveraient pas.

- Mais comment est-ce qu'elle a su ? lança Megan en se retournant vers Potter, qui n'avait pas bougé de son fauteuil.

- Marietta Edgecombe, répondit le garçon d'un air furieux.

Megan haussa un sourcil, ignorant de qui il s'agissait.

- Ce n'est pas l'amie de Cho ? s'étonna Hermione.

- Elle-même, grogna Potter. Elle est allée voir Umbridge dans son bureau pour lui dire où nous trouver. Heureusement, elle n'a pas eu le temps de dire grand-chose parce que –

- Le Maléfice, devina Megan avec un large sourire vengeur.

Elle et Hermione échangèrent un regard complice.

- C'était grandiose, reconnut Potter.

- De quoi vous parlez ? les interrompit Fred, qui massait les épaules d'une Angelina effondrée de soulagement.

- Avec Hermione on avait jeté un maléfice au parchemin où on a inscrit nos noms, expliqua Megan avec joie. Celui ou celle qui trahirait le secret de l'A.D. aurait le plaisir d'avoir aussitôt le visage couvert de boutons.

- Des boutons qui formeraient le mot CAFARD, précisa Hermione avec fierté.

- Ce n'était pas beau à voir, acquiesça Potter.

Des murmures impressionnés ou inquiets parcoururent les élèves. Ils n'appréciaient visiblement pas de n'avoir pas été prévenus d'une telle perspective, mais se réjouissaient tout de même que le maléfice n'ait pas permis à Edgecombe de les trahir plus encore.

- Qu'est-ce qu'il va se passer, maintenant ? s'enquit Ron.