Meliodas
J'ai l'impression que la température extérieure a chuté de dix degrés depuis que je suis entré dans Bristol House. Je marche vers ma voiture d'un pas rapide tandis qu'une bourrasque glaciale me fouette le visage et les oreilles.
Bon sang ! C'est pour ça que je ne voulais pas de copine. J'aurais dû être content ce soir, après la branlée qu'on a mise à Harvard, mais au lieu de ça, je suis agacé, frustré et triste. Elizabeth a raison… on ne fait que s'amuser, comme je m'amusais avec Zaneri, ou la nana d'avant, ou celle encore avant. Cela ne m'a fait ni chaud ni froid de mettre fin à ces relations-là. Pourquoi je suis aussi déprimé, cette fois-ci ?
Ce qui est sûr, c'est que j'ai bien fait de partir, parce que j'étais à deux doigts de me ridiculiser en disant des choses que j'aurais regretté. Je crois que j'étais sur le point de la supplier, bon sang.
Je suis presque arrivé à ma Jeep lorsque j'entends Elizabeth crier mon nom.
Ma poitrine se contracte et je me retourne. Elle est encore en pyjama, un pantalon à carreaux rouge et noir, et un t-shirt jaune avec des notes de musique, et elle sort de son immeuble en courant.
Je suis tenté de continuer à marcher, mais je ne supporte pas de la voir comme ça.
– Putain, Elizabeth, tu vas choper la crève.
– C'est une légende, ça, rétorque-t-elle. On n'attrape pas un rhume parce qu'on a froid, explique-t-elle tout en frissonnant.
Elle croise les bras pour se réchauffer et je me dépêche d'enlever mon blouson pour le lui donner.
– Tiens.
– Merci, dit-elle, mais elle a l'air aussi énervée que moi. C'est quoi ton problème, Meliodas ? Tu ne peux pas partir alors qu'on est en plein milieu d'une discussion sérieuse !
– Il n'y avait plus rien à dire.
– N'importe quoi ! Tu ne m'as même pas laissée parler !
– Bien sûr que si. Crois-moi, tu as dit tout ce que j'avais besoin d'entendre.
– Mais je me souviens à peine de ce que j'ai dit ! Et tu sais pourquoi ? Parce que tu m'as prise au dépourvu et que tu ne m'as pas laissé une seconde pour réfléchir.
– Pourquoi tu as besoin de réfléchir ? Je te plais ou je ne te plais pas, c'est aussi simple que ça !
– Tu vois, tu es injuste ! grogne-t-elle. Ce n'est pas parce que tout à coup, toi tu décides que tu veux une relation sérieuse que je vais sauter de joie comme une de tes groupies ! Tu as clairement eu le temps d'y réfléchir et de prendre ta décision, et moi tu ne m'as pas laissé une seconde de répit. Tu as débarqué avec tes accusations et puis tu es reparti.
Elle n'a pas tort et je m'en veux. Je savais ce que ce que j'attendais d'elle en venant.
– Écoute, je suis désolée de ne pas t'avoir parlé du rencard avec Arthur. Mais je ne vais pas m'excuser d'avoir besoin de cinq secondes pour envisager l'idée que toi et moi formions un couple.
– Je suis désolé d'être parti comme ça. Mais je ne suis pas désolé de vouloir être avec toi.
Ses magnifiques yeux bleu étudient mon visage.
– C'est toujours ce que tu veux ? demande-t-elle.
Je hoche la tête et je ravale ma salive.
– Et toi ? je demande.
– Ça dépend, dit-elle en penchant la tête sur le côté. On sera exclusifs ?
– Bien sûr que oui !
L'idée qu'elle voie qui que ce soit d'autre me file la gerbe.
– Et… tu es d'accord pour qu'on prenne notre temps ? Parce qu'avec le spectacle de fin d'année, les vacances, les exams, et tous tes matchs… on sera bientôt sous l'eau et je ne peux pas te promettre d'être avec toi vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept.
– On se verra quand on se verra, je réponds simplement.
Je suis surpris de parler de façon aussi calme alors que des milliers de papillons tourbillonnent dans mon ventre. Waouh. Je suis sur le point de compliquer ma vie en y invitant une petite amie, et je suis calme !
– Alors d'accord, dit Elizabeth en souriant. Soyons officiellement en couple.
– Et Arthur ?
– Quoi, Arthur ?
– Tu lui as dit que tu dînerais avec lui.
– J'ai annulé le rencard avant de te courir après.
– C'est vrai ?
Elle hoche la tête.
– Alors, il ne t'excite plus ?
– C'est toi qui m'excites, Meliodas. Toi, et seulement toi, dit-elle avec un regard pétillant.
Mon angoisse disparaît aussitôt et je souris jusqu'aux oreilles.
– Ah, tu as retrouvé la raison !
Elle lève les yeux au ciel et frotte sa joue glacée contre mon menton.
– Est-ce qu'on peut rentrer maintenant ? Je me gèle les fesses et j'aimerais que mon dérameur me réchauffe.
– Je te demande pardon ?
– Oh, pardon, j'ai dit dérameur ? demande-t-elle en souriant si fort que tout son visage s'illumine. Je voulais dire mon mec.
Jamais je n'ai entendu de paroles plus douces.
