Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kurumada, sauf pour ceux qui sont à moi.
Rappel du rating : M
Note : Bonjour ou bonsoir ! Alors avant toute chose, et comme toujours, je tiens à vous remercier, mes chères lectrices et mes chers lecteurs, de prendre de votre temps pour lire cette histoire. Et un merci supplémentaire pour vos reviews, qui me font à chaque fois un très grand plaisir, et sans lesquelles je n'aurais probablement pas eu le courage de poursuivre mon écriture. Car je dois avouer que la longueur de cette fic me surprend ! Oui, vraiment, je me demande comment j'ai bien pu faire pour en arriver là... En tout cas, ce n'était pas prévu comme ça au départ ;-)
ShaSei: Bah, comme toujours, un grand merci pour ta review, ma chère, qui m'a beaucoup touchée ! Et oui… Hadès est affreux ! Et oui, Hadès est pervers ! Et … ah, mais je n'en dirais pas plus ! Alors je ne sais pas si je mérite tes compliments… mais le plus important pour moi, c'est que cette histoire te plaise ! :D Et donc, j'espère que tu apprécieras ce que je propose aujourd'hui… Bises et porte-toi bien ! (et encore merci pour ton petit OS tout doux sur Wattpad ! ^_^)
Donc voici le chapitre 24 … Un chapitre un peu "particulier", avec une ambiance assez sombre, dont je m'excuse par avance, car je sais que cela tombe plutôt mal avec le contexte actuel… D'ailleurs, je tiens à alerter sur le fait que certains passages pourront peut-être paraître un peu "difficiles" à certains lecteurs, de par la violence que je décris ou que je suggère.
Alors… pour essayer de compenser un peu, j'ai tenté une chose assez étrange en insérant quelques touches d'humour par-ci, par-là (bon alors, il s'agit de TRÈÈÈS légères traces). Je ne sais pas si cela aidera… Mais bon, j'aurais au moins le mérite d'avoir essayé… (non ?).
Ensuite, je voudrais faire un bref rappel du contexte historique : ce chapitre débute lors de la Bataille de Tora Bora, sorte de "point culminant" de ces premiers mois de guerre en Afghanistan, et qui a impliqué un bombardement assez intense de ces montagnes de l'Est du pays. Après, j'ai bien entendu pris un grand nombre de libertés par rapport à la réalité des faits qui se sont produits… Mais je voulais préciser ce point malgré tout, pour ceux que cela pourrait intéresser.
Aussi, et comme vous le verrez, il s'agit d'un chapitre assez court par rapport aux précédents.
Et enfin… Je tenais à m'excuser pour mon retard de publication. J'essaierai de faire mieux pour la suite…
Et j'espère que vous vous portez tous bien, malgré tout, et surtout, malgré lui… (ce maudit virus…).
Sur ce, et après tout ce blabla…
Je vous souhaite une bonne lecture… en espérant que vous apprécierez… au moins un peu…
Chapitre 24
« Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! »
Charles Baudelaire, L'homme et la mer (Les fleurs du mal) (1)
..._...
13 décembre 2001
Tora Bora, Afghanistan, en début d'après-midi
...
JE les vois, juste là, sous MES yeux, les corps de ces prétendus soldats, baignant dans leur sang immonde et répugnant.
JE les vois, les cadavres de ces lâches qui ne méritaient rien d'autre que le dégoût et la haine.
JE les vois, les restes de ces guerriers apeurés qui n'ont rien pu faire contre MOI, alors qu'ils croyaient pouvoir soumettre le Monde à leur fureur.
Oui, JE les vois, ces humains insignifiants qu'Athéna aurait probablement voulu épargner malgré tout, alors qu'ils n'étaient dignes d'aucune Pitié, et surtout pas de celle d'un Dieu.
Et JE te les offre, à toi, Déesse de la Sagesse et de la Guerre, protectrice de la Terre et de l'Humanité. MA chère nièce, que bientôt J'anéantirai, de la main de ton plus fidèle chevalier.
...
Même lieu, une heure plus tôt
« Mais par tous les Dieux, où est-il ?! Où est Seiya ?!
- Je n'en sais rien, Shaina, répond le Verseau. Je ne l'ai pas vu depuis que nous sommes arrivés ici ce matin. Mais tu n'as pas à t'inquiéter, je suis certain qu'il va bien. »
Ça, c'est parce que tu ne sais pas ce que je sais …
« Vjeko, Aleix ! Vous avez vu Seiya ?!
- Non Hyoga, pas depuis ce matin… lui crie le Capricorne.
- Il doit être avec Ikki et Jabu, suggère le jeune Pégase. Je les ai vus partir tous les trois il y a quelques heures.
- Ah, tu vois Shaina… Pas besoin de t'inquiéter, ton coéquipier préféré est parti avec ton homme adoré ! lance le Phoenix avec un sourire espiègle sur les lèvres.
- Vjeko, fais attention à ce que tu dis ! J'ai les griffes qui me démangent aujourd'hui, et je ne demanderais pas mieux que de les planter dans un sale petit con dans ton genre…
- Eh, mais reste polie, ma belle ! Je n'y suis pour rien dans cette histoire, moi…
- Oui, je le sais... Mais je n'ai toujours pas digéré le jour où tu m'as balancé ton Illusion(2). Alors, prends-garde à toi !
- OK. Pas besoin de t'énerver ! J'ai compris le message…
- Shaina ! Vjeko a raison : tu devrais te calmer un peu, essaie de tempérer le Saint de Glace (après tout, faire baisser la température, c'est un peu sa spécialité…). Ikki, Jabu et Seiya devraient être de retour bientôt, mais en attendant, viens donc patrouiller avec moi, si tu le veux bien. Ça te défoulera !
- Très bonne idée ! approuve l'Ophiuchus en bondissant pour se mettre debout.
- A tout à l'heure les gars. Et gardez l'œil malgré tout !
- Ne t'inquiète pas, Hyoga ! Nous n'avons de toute façon rien d'autre à faire … » rétorque le Croate, avec un haussement d'épaules résigné en direction du jeune chevalier de Bronze resté à leurs côtés.
A cet instant, le Phoenix jurerait entendre la voix du Capricorne résonner distinctement dans sa tête :
« Vjeko ! Enfin ! » Ce à quoi il répondrait : « Ben quoi… Ne me dis pas que tu n'y avais pas pensé toi aussi ? Juste un petit câlin… »
C'est alors qu'Aleix tourne la tête dans sa direction pour lui lancer, d'une voix bien réelle cette fois-ci :
« N'y pense même pas, Vjeko… Et ne dis rien !
- Quoi ?!...
- Pas un mot ! »
Hikari regarde ses deux aînés avec circonspection : décidément, il ne les comprendra jamais ces deux-là…
Shaina suit le Glaçon qui marche devant elle et qui ne peut s'empêcher de faire tomber la température de plusieurs degrés. Comme s'il ne faisait pas déjà suffisamment froid dans ces montagnes…
Et puis, il l'énerve avec sa sérénité glaciale et ses maudites certitudes ! Bien sûr qu'elle a toutes les raisons de s'inquiéter ! L'absence de Seiya n'est pas normale. Elle le sait, sans le moindre doute.
Car depuis son anniversaire, il est enfin redevenu lui-même et tout s'est parfaitement bien passé entre eux. Pas la moindre saute d'humeur, pas un seul haussement de ton. Il a été tout à fait agréable avec elle, tout comme avec Hikari, et ils ont ainsi pu pleinement se concentrer sur leur mission auprès des Moudjahidines. Enfin, la journée… Car les nuits, ils les ont occupées à tout autre chose…
Seiya et elle ont fait l'amour chaque nuit, et chaque nuit a été merveilleuse, délicieuse. Mais chaque matin a été douloureux, toujours plus douloureux de jour en jour. A cause de la culpabilité, bien sûr. Mais aussi à cause de l'impression, inacceptable mais pourtant bien réelle, d'oublier peu à peu l'autre homme de sa vie…
Alors, Shaina ne comprend pas pourquoi Seiya est parti comme ça ce matin, dès qu'ils ont rejoint Ikki, Jabu et tous les autres dans ces montagnes. Pourquoi il est parti sans ne rien dire à personne, et surtout, sans ne rien lui dire à elle.
Non, elle ne comprend pas. Ou alors, si, elle a justement peur de comprendre. Car elle ne peut s'empêcher de penser que c'est justement parce qu'ils ont retrouvé ‒ parce qu'elle a retrouvé ‒ Ikki aujourd'hui, que Seiya est parti.
Et elle a peur que sa colère ne revienne frapper à la porte de sa souffrance, et ne l'incite à nouveau à ouvrir celle-ci à celui qu'elle sait encore tapis dans l'ombre de l'âme du Sagittaire. Hadès…
IL marche lentement, sûr de LUI et de ce qu'IL veut accomplir.
IL veut montrer à Athéna et à ses chevaliers combien l'être humain est faible et facile à manipuler. Même le plus fort. Même le plus fidèle.
IL veut leur prouver qu'ils ne sont rien face à LUI et qu'ils ne peuvent rien contre LUI. Qu'ils n'ont jamais rien pu, et qu'ils ne pourront jamais rien. Malgré leurs certitudes et leur maudit libre-arbitre. Tout cela n'est qu'une illusion. Un mirage créé par les Dieux eux-mêmes, pour permettre à ces êtres sans importance et ridicules de supporter de vivre.
Et au-delà de SA vengeance, qu'IL désire exercer plus que tout, c'est aussi tout cela qu'IL veut leur faire comprendre.
Mais, tandis qu'IL marche vers le but qu'IL s'est fixé, IL doit aussi reconnaître que la vie humaine peut parfois apporter certains plaisirs non désagréables, ou en tout cas, tout à fait acceptables, même pour un être Divin tel que LUI…
Oui, IL doit admettre qu'IL s'est bien amusé ces derniers jours, et qu'IL a apprécié la comédie qu'IL a eu la chance de pouvoir jouer. IL s'est même tout à fait laissé habiter par SON rôle, jusque dans la moindre attitude, le moindre regard, la moindre caresse,… le moindre cri. Et IL a aimé l'entendre crier son nom. Ce nom qui n'était pas LE SIEN, mais qui dans la bouche de cette femme sublime pouvait bien être celui de n'importe qui, tant qu'elle acceptait de LUI donner ce qu'IL voulait lui prendre.
Oui, IL s'est bien amusé avec celle qu'ils appellent l'Ophiuchus, et IL essaiera de s'en rappeler le jour où IL viendra pour tous les exterminer…
Hikari s'ennuie. Il aime beaucoup ses deux camarades et il les respecte. Après tout, ils sont plus âgés que lui et ont été faits chevaliers bien avant lui. Donc il leur doit égards et considération, c'est la moindre des choses, et même une évidence.
Mais par Athéna, qu'est-ce qu'Aleix et Vjeko sont ennuyeux aujourd'hui ! Ils ne font que se regarder dans le blanc des yeux, et s'il ne pensait pas cela inopportun voire tout à fait impossible, il jurerait voir apparaître par moment un sourire béat sur leurs lèvres. Il préfère encore lorsqu'ils s'entretuent dans l'arène !...
« Bon, les gars, c'est pas que vous m'ennuyez, mais… je vais faire un tour !
- Hors de question, Hikari ! Tu dois rester avec nous ! s'exclame le Capricorne.
- Et pourquoi ça ?!
- Parce que tu es trop jeune pour patrouiller seul, et surtout, Seiya nous étriperait s'il devait t'arriver quelque chose.
- Eh bien, si mon ancien Maître, et j'insiste sur le mot « ancien », vous fait des reproches, vous n'aurez qu'à lui dire qu'il ne peut s'en prendre qu'à lui-même si je suis devenu la tête de mule que je suis… Sur ce, salut, et à plus tard ! » conclut le jeune Pégase en tournant les talons (ailés, les talons…).
Aleix cligne lentement des yeux, stupéfait par l'aplomb de son jeune camarade.
« Il n'a pas froid aux yeux celui-là ! Un disciple tout à fait digne de son maître, sans le moindre doute… remarque le Phoenix d'une voix amusée.
- Oui, en effet… Un peu culotté quand même. Non, mais là, il ne m'a absolument pas écouté en fait !
- Oui, on peut le dire ! Je suis désolé pour toi Aleix, mais ton autorité laisse visiblement à désirer.
- Moi qui pensais savoir en faire preuve…
- Oh, mais je te rassure, c'est quelque chose qui se travaille avec le temps ! Tu verras.
- Si tu le dis.
- D'un autre côté… poursuit le Croate.
- Oui, d'un autre côté quoi ?
- Il semblerait que ce départ inopiné nous donne l'occasion inespérée d'être enfin seuls tous les deux…
- Oh non, Vjeko ! Baisse tout de suite ce sourcil ! Il en est hors de question !
- Allez, juste un tout petit…
- Non, ce n'est ni le moment, ni le lieu…
- Mais Aleix… Juste un tout petit câl…
- J'ai dit non !
- Ah… tu vois !
- Quoi donc ?
- Que tu peux faire preuve d'autorité ! »
Le Capricorne jette un regard contrarié au Phoenix, sans toutefois pouvoir retenir l'apparition d'un sourire ravi sur ses lèvres.
Ikki inspecte la cavité à moitié écroulée que Jabu vient de lui indiquer. Et il compte bien réaliser ce travail, qu'il considère comme absolument inutile, aussi vite que possible, afin de pouvoir aller rejoindre sa chère Italienne dans un délai des plus brefs.
Par tous les Dieux, que Shun a eu une bonne idée de les envoyer tous en mission ici ! Pas tellement que cela fût réellement nécessaire, Jabu et lui auraient très bien pu gérer ça tout seuls. Après tout, il ne s'agit « que » de simples bombardements, certes fort soutenus, mais rien d'extraordinaire pour des chevaliers d'Athéna tels que le Scorpion et lui. Et pas besoin d'être toute une troupe pour courir après les quelques-uns qui tenteraient de s'échapper, tout chefs terroristes qu'ils fussent. Mais il ne peut nier qu'il est ravi de sentir à nouveau le cosmos de Shaina auprès de lui…
Même s'il a toujours la douloureuse impression que quelque chose tourmente la jeune femme. Encore. Et qu'il a la certitude de connaître l'origine de ce trouble. Seiya. Toujours …
D'ailleurs, il n'a pas la moindre idée de où ce dernier peut bien avoir disparu. Il est parti patrouiller avec eux dès son arrivée ce matin, et leur a fait faux bond au bout d'une demi-heure à peine. Et depuis, impossible de localiser son cosmos. Oui, plus aucune trace du Sagittaire, comme s'il s'était volatilisé…
Tant pis… Il s'occupera de lui plus tard, quand il aura parlé à Shaina. Car il a besoin de parler à l'Ophiuchus, pour comprendre ce qui la préoccupe. En espérant qu'il ne s'agisse pas de ce à quoi il pense…
« Bon, alors, qu'est-ce que tu fabriques, Ikki ?! Je croyais que tu étais pressé d'en finir ?! s'impatiente le Scorpion.
- Ouais, j'arrive, pas la peine d'hurler ! rétorque le Lion en sortant de la caverne. Il n'y a rien ni personne là-dedans. Même pas le moindre petit cadavre à reluquer…
- Ikki, tu es immonde !
- T'es une chochotte l'Arachnide ! Et avoue que tu serais content de les voir baigner dans leur sang…
- Non, pas le moins du monde. Car je considère que toute personne a le droit à un jugement équitable avant de subir un châtiment, quelle que soit la nature du crime ayant été commis.
- Arrête donc avec tes fichus principes, Jabu ! Ceux-ci ne valent rien en temps de guerre ! Dans ces cas-là, c'est œil pour œil, dent pour dent, et mort pour mort…
- Non, tu fais erreur justement. Car c'est avec ce genre de raisonnement qu'on arrive là où nous en sommes aujourd'hui. Avec un pays ravagé par un état de guerre permanent. Une guerre de laquelle je suis convaincu que personne ne sortira jamais vainqueur.
- Oui, tu n'as probablement pas tort sur ce point, je dois le reconnaître. De vainqueur, il n'y en aura aucun. Sauf peut-être les Dieux là-haut, qui doivent bien se fendre la gueule ! Mais il n'empêche… Certains d'entre eux ne méritent rien de mieux que de périr sans autre forme de procès que celui que le Destin leur a réservé.
- Le Destin n'a rien à voir là-dedans, voyons ! Ces bombes sont envoyées par des personnes bien réelles qui n'ont besoin de rien, d'aucune force ni d'aucune influence provenant d'ici ou d'ailleurs, pour guider leur bras. Car encore une fois, il ne s'agit que de vengeance. Œil pour œil, comme tu dis… Et c'est bien là que réside le problème !
- Bon, si tu veux… Mais je te propose d'interrompre cette discussion qui commence à me donner mal à la tête…
- Entendu. Et de toute façon, je crois que nous avons de la visite… »
L'ancien Phoenix hausse un sourcil, et sourit lorsqu'il perçoit le cosmos de celle qu'il s'apprêtait à aller retrouver. Shaina paraît alors devant lui, toujours aussi belle, avec Hyoga sur les talons (hauts, les talons… ceux de l'Ophiuchus évidemment… pas ceux du Verseau…).
« Salut les gars ! On vous dérange en pleine discussion philosophique on dirait !
- M'en parle pas Hyoga ! Tu n'oses pas imaginer à quel point je suis heureux de vous voir !
- Oui, disons qu'Ikki a du mal à accepter les arguments que je tente de lui soumettre, précise Jabu en s'approchant de ses deux camarades pour les saluer.
- Je vois… Donc Ikki, je t'épargnerai le supplice de te demander de quoi vous étiez en train de parler.
- Merci mon Glaçon ! Reçois ma plus sincère gratitude pour cette marque de compassion envers ma modeste personne, et dis-moi ce que vous êtes venus faire par ici tous les deux. Je vous croyais de l'autre côté à surveiller le chemin d'accès vers le Pakistan ?
- Oui, nous y étions, mais Shaina et moi avions besoin de nous dégourdir les jambes, et Vjeko, Aleix et Hikari sont restés là-bas. N'est-ce pas, Shaina ?
- Oui, c'est tout à fait exact, approuve vaguement la femme chevalier sans arrêter de scruter partout autour d'elle.
- Eh oh, Shaina ! Qui est-ce que tu cherches comme ça ? Si c'est ton coéquipier, alors tu perds ton temps, il n'est pas ici, et nous ne l'avons pas vu depuis deux bonnes heures.
- Comment ça ? Je croyais qu'il était parti avec Jabu et toi tout à l'heure ?
- Oui, au début, mais il s'est évaporé peu de temps après. Et je n'arrive même plus à ressentir la présence de son cosmos.
- Alors, ce n'est pas normal !
- Tu parais bien inquiète… Pas la peine d'en faire tout un plat. Seiya a dû repérer quelque chose qui le retient loin de nous, voilà tout.
- Non Ikki ! Je sens que ce n'est pas normal ! »
Le Lion comprend aussitôt que quelque chose de grave semble perturber la jeune femme, mais il n'a pas du tout envie d'aborder le sujet devant ses deux camarades. Alors il prend Shaina par le bras et l'entraîne un peu plus loin pour accorder un certain degré de tranquillité à leur échange.
« Lâche-moi Ikki, tu me fais mal ! »
Ce dernier libère son bras et s'adresse à elle d'une voix douce et calme, enfin aussi douce et calme qu'il le peut…
« Qu'est-ce qui te prend à la fin ? Pourquoi est-ce que tu paniques comme ça tout à coup ?
- Ikki, Seiya est en danger !
- Qu'est-ce qui te fait penser une telle chose ?
- Enfin, tu n'es pas au courant ? Shun ne t'a donc rien dit ?
- Bien sûr que si ! Mon frère m'a tout expliqué ! Mais Seiya avait l'air tout à fait normal ce matin.
- Oui, il l'était. Mais je ne comprends pas pourquoi il est parti sans rien dire. Sans rien me dire à moi…
- Mais pourquoi aurait-il dû te dire quoi que ce soit ? Depuis quand te fait-il des confidences ? »
Oh Ikki, s'il te plaît… arrête de me regarder comme ça…
« Shaina ! Réponds-moi ! Pourquoi Seiya aurait-il dû te prévenir de ce qu'il comptait faire ? »
- Je suis désolée !...
- De quoi es-tu désolée ?! »
Pas le moindre mot. Et pour toute réponse… des larmes.
Les larmes de l'Ophiuchus.
« Shaina ! Putain, mais réponds-moi !
- J'ai peur, Ikki…
- De quoi ?! Mais, merde, tu vas finir tes phrases à la fin !
- J'ai peur qu'Hadès se soit emparé de lui ! Car cela expliquerait sa disparition et le fait que nous ne pouvons plus ressentir son cosmos.
- Tu sembles bien sûre de toi… Qu'est-ce qui t'incite à paraître à ce point convaincu ?
- Oh, Ikki, je te demande pardon ! poursuit-elle, sans répondre à la dernière question de l'homme qu'elle aime malgré tout. Je n'ai pas réussi à le protéger. Je n'ai pas été capable de faire ce que tu m'avais demandé ! Et aujourd'hui, je sens que nous allons le perdre ! Que je vais le perdre…
- Que tu vas le perdre ?... » répète-t-il lentement. Et ces derniers mots, qu'elle ne semble même pas avoir remarqué de prononcer, résonnent douloureusement dans sa tête.
Bien sûr qu'elle a peur de le perdre ! C'est tellement évident… Elle a toujours eu peur de le perdre lui. Et même s'il l'a toujours su, à cet instant, cet aveu lui fait mal et le brise.
Il serre les poings, ferme les yeux, les rouvre, et sait alors exactement ce qu'il veut faire et ce qu'il veut dire. Ce qu'il veut lui dire, à elle.
« Shaina ! Arrête un peu de jouer la comédie, s'il te plaît !
- De quelle comédie parles-tu ?
- Je sais. J'ai toujours su…
- Que crois-tu savoir ?
- Que tu l'aimes ! Que tu l'as toujours aimé, et que tu l'aimes encore. Malgré l'amour que tu prétends me porter ! »
Ikki ne se met pas en colère. Il se contente simplement d'exprimer tout haut ce qu'il pense au fond de lui. Ce qu'il sait depuis le premier jour. Depuis qu'elle a accepté de lui accorder un peu d'attention, et que ses lèvres se sont posées sur les siennes pour la première fois.
« Oui, Shaina. Je sais...
- Non, Ikki, tu ne sais rien ! Tu ne sais rien du tout si tu penses que l'amour que je te porte n'est pas réel ! Car il l'est. Je t'en fais le serment. Je t'aime du plus profond de mon âme !
- Alors comment peux-tu l'aimer lui aussi? Comment peux-tu aimer Seiya en même temps que moi ?
- Je n'en sais rien ! Ikki, je n'en sais rien, et j'en crève de l'intérieur ! Tu entends !? J'en crève, et je n'y peux rien ! Car je suis faible et lâche ! Et je me hais ! Oh oui, tu n'as pas idée à quel point je me hais ! Et je veux que tu me haïsses toi aussi ! »
Et sans attendre la moindre réponse de la part de l'homme à qui elle vient d'avouer une partie de ce qu'elle cachait au fond d'elle, Shaina s'enfuit. Sans se retourner, et sans savoir où elle va.
Ikki la regarde partir. Il ne dit rien. Et à cet instant, finalement, il se sent soulagé. Elle lui a enfin dit la vérité. Enfin, une part seulement. Car il en a compris bien davantage. Ce qu'il a pu lire dans ses yeux, ses si jolis yeux qu'il ne voudra jamais cesser de regarder malgré tout ce qu'il vient d'entendre, ne l'a pas trompé.
Il sait qu'elle a fait l'amour avec Seiya, probablement plusieurs fois, et qu'elle en a éprouvé un plaisir infini. Mais finalement, de cela aussi, Ikki se moque. Il s'en fout, et il ne comprend pas pourquoi. Il devrait vouloir la tuer, les tuer tous les deux, de ses mains. Mais ce n'est pas le cas. Et pour la première fois de sa vie, la colère, qui a pourtant si souvent guidé ses actions et ses pas, ne lui impose rien. Il l'ignore, il l'oublie. Parce qu'il l'aime elle, et que cet amour est plus fort que tout.
IL arrive. IL les sent, et IL sourit, car eux, ne LE sentent pas arriver. Ils n'ont pas idée de qui IL est, ni de ce qu'IL compte accomplir. Ils ne savent rien. Absolument rien.
Mais LUI, sait. IL sait pourquoi IL veut s'en prendre à eux. Oh, ce n'est pas pour LUI-même, car IL n'en a rien à faire de ces cloportes puants qui souillent la terre de ces montagnes. D'ailleurs, à SES yeux, ils ne la souillent pas davantage que tous les autres humains qui grouillent partout sur la planète.
Non, s'IL veut accomplir ce terrible dessin, c'est pour le Sagittaire, et pour lui seul. Car IL veut qu'il commette l'impensable, l'horreur, l'insoutenable, en exerçant sa vengeance pour satisfaire sa colère. Et IL veut qu'il le fasse devant tous les autres. Devant tous ceux qu'il considère comme ses amis, devant tous ceux qu'il aime, et tous ceux qui l'aiment. Afin qu'ils le voient tel qu'il est. Ou plutôt, tel que celui qu'IL a créé, petit à petit, depuis plus de quatorze ans, grâce à la lame de SON épée. SA lame qui, contrairement à ce que tous ont semblé croire, y compris leur vénérée Déesse, y compris Athéna, n'a jamais quitté sa chair, ni épargné son cœur.
Oui, Hadès attend ce moment, patiemment, certainement, depuis plus de quatorze ans. Et IL compte bien en profiter, sans en perdre une seule miette.
IL s'arrête, pose la caisse de l'armure qu'IL porte sur SON dos, et passe la main au-dessus d'elle. La boîte s'ouvre et la protection du Sagittaire en jaillit, pour LE recouvrir. Stupides morceaux de métal, aussi noble soit-il, qui ne se rendent même pas compte de l'imposture de CELUI qui veut les revêtir ! Aucun de ses précieux Surplis ne se serait laissé berner de cette manière.
IL sourit au contact étonnamment chaud et bienveillant de cette armure, et ne peut s'empêcher d'en caresser les contours. IL se sent presque bien finalement…
IL s'avance vers l'entrée de la cavité, en partie camouflée par des chutes de pierres, et se place dans l'ouverture. IL peut voir un groupe d'une vingtaine de combattants, occupés à remplir des caisses de choses sans aucune importance. Des dossiers, des radios, des armes. Des armes ridicules qui ne pourront rien contre LUI…
Ils ne semblent toujours pas avoir remarqué SA présence. Mais il est temps qu'ils le fassent. Le moment est venu, pour eux comme pour LUI.
IL écarte les bras et s'adresse à eux d'une voix forte et déjà abominable.
« Misérables, écoutez ce que J'ai à vous dire ! »
IL répète cette même phrase dans la langue de chaque soldat. Des langues toutes différentes qu'ils n'ont jamais utilisées entre eux et qu'ils sont, pour la plupart, incapables de comprendre(3).
Les combattants se figent et se tournent tous en même temps vers cet étranger en armure dorée, dont ils ont la surprise de comprendre les paroles. L'un deux, qui semble être leur chef, lui répond sur un ton qu'il veut froid et menaçant.
« Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Qui es-tu et comment connais-tu la langue qui est la mienne ?
- JE connais toutes les langues, et JE suis là pour vous infliger le châtiment que vous avez mérité. »
L'homme n'hésite pas une seconde et ordonne à ses soldats de tuer l'étranger. Les tirs des Kalachnikovs résonnent aussitôt dans la petite caverne, rapidement envahie par un épais nuage de poudre et de poussière.
Puis le silence, l'immobilité, l'attente. La certitude d'avoir anéanti celui qui n'avait rien à faire ici. Personne ne pourrait survivre à un tel assaut.
Le nuage se dissipe peu à peu et l'étranger semble avoir disparu. Enfin, non, IL est toujours là et se dresse désormais parmi eux. Les combattants ne comprennent pas. Comment cet homme peut-il être encore en vie, et comment a-t-il pu parvenir jusqu'à eux aussi vite ?
IL saisit un soldat par les cheveux, le soulève du sol et le jette contre la paroi rocheuse. Celui-ci retombe dans la poussière comme un malheureux pantin, le corps broyé et la nuque brisée. Tué sur le coup. Les autres reculent sans comprendre, conscients qu'ils ne pourront aller nulle part, et que l'homme qui se tient face à eux n'est autre que la MORT elle-même.
IL écarte à nouveau les bras et fait exploser SON cosmos. Un cosmos gigantesque, vide, froid, démoniaque et monstrueux, qui retire en un instant la vie de chaque combattant qui se trouvait ici, en recouvrant de sang le sol de la caverne qu'ils croyaient être leur abris.
Yomotsu hirasaka, au même moment
Shiryu regarde son fils effectuer avec application l'exercice qu'il vient de lui décrire. Après tout ce temps, il se sent enfin bien dans ce rôle qu'il n'avait pas choisi. Celui de Maître du futur chevalier d'Or du Cancer, évidemment. Car son autre rôle, celui de Père, il sait que c'est le rôle de toute sa vie. Le seul qui soit réellement important, et le seul qui l'ait toujours rendu profondément heureux, malgré toutes les épreuves qu'ils ont dû traverser tous les deux.
Jie-Hu termine son mouvement et lève les yeux vers son père, pour lui adresser le plus affectueux des sourires. Lui aussi se sent bien dans ces rôles qui sont les siens. Celui d'apprenti du Cancer et celui de fils. Malgré les non-dits et les secrets, et malgré la colère, qui, aujourd'hui, semble enfin avoir disparu de son cœur et de son âme.
Soudain, une explosion d'énergie jaillit au cœur du Puits des Morts. Une explosion inouïe dont le bruit assourdissant résonne dans toute la plaine de Yomotsu.
Et Jie-Hu s'écroule sur le sol.
Shiryu se précipite vers lui, le prend dans ses bras et remonte à la surface.
...^...
Sanctuaire, temple du Bélier
Kiki pose son marteau et son burin sur l'établi et recule de quelques pas. Il semble satisfait par le travail qu'il a accompli ce matin et s'en congratule par un généreux grattement de tête.
« Eh bien, je pense que nous avons bien avancé aujourd'hui, ma belle. Je crois même que nous touchons au but !»
L'armure du Cancer, toujours elle, se tient face à lui, rayonnante et resplendissante.
Soudain, elle se met à briller encore davantage, et la lumière qu'elle dégage se mue en un cri de détresse. Un cri tellement insoutenable que Kiki doit se couvrir les oreilles pour réussir à le supporter. Il comprend alors qu'il est arrivé quelque chose, et il sait exactement qui cela concerne.
« Par tous les Saints de notre vénérée Déesse ! » (oui, à cet instant Kiki est tellement perturbé qu'il s'auto-blasphème…). Il pose deux doigts sur son front, ferme les yeux et disparaît.
...^...
Temple du Cancer
Shiryu est terrifié. Il serre son fils dans ses bras en le berçant doucement. Il lui murmure qu'il l'aime et que tout ira bien. Mais Jie-Hu ne répond pas et n'ouvre toujours pas les yeux.
Kiki apparaît subitement devant lui et il n'en est pas surpris. Il s'attendait même à sa venue.
« Mais que s'est-il passé ? interroge aussitôt le Bélier.
- Je ne sais pas… Il y a eu une explosion d'énergie, une explosion gigantesque en provenance du Puits des Morts pendant que nous nous trouvions à Yomotsu, et Jie-Hu s'est évanoui.
- Tu permets que je l'examine ?
- Oui, bien entendu ».
Le Tibétain pose sa main droite sur le front du petit garçon et ferme les yeux. Il saisit l'un de ses poignets de son autre main, fronce ses points de vie, et rouvre les yeux.
« Tu peux être rassuré, ton fils va bien. Il semble seulement dormir.
- Dormir ?
- Oui, dormir. Et son cosmos indique qu'il est même plutôt apaisé et serein.
- Mais qu'est-ce que tout cela signifie ?
- Je n'en sais rien, Shiryu. Rien du tout ».
Tora Bora, Afghanistan
Shaina court droit devant elle, le long de ce chemin qu'elle ne connaît pas, mais dont elle a la certitude qu'il la mènera vers celui qu'elle recherche. Elle ne sait pas pourquoi, elle le sent, c'est tout.
Et en arrivant au sommet, elle aperçoit le jeune Pégase.
…
Hikari avance lentement, le long de ce chemin qu'il ne connaît pas. Quelque chose guide ses pas et lui indique qu'il doit continuer par-là. Il ne sait pas pourquoi, il le sent, c'est tout.
Et en arrivant au sommet, il aperçoit l'Ophiuchus.
…
« Mais qu'est-ce que tu fais là, Shaina ? Je te croyais avec Hyoga.
- Et toi ? Je te croyais avec Vjeko et Aleix. »
Soudain, un cosmos d'une puissance inimaginable, un cosmos destructeur et d'une noirceur absolue, surgit devant eux, depuis la cavité dont il n'avait pas remarqué l'ouverture, juste là, à quelques mètres. Ils s'avancent tous les deux, pénètrent à l'intérieur et le voient.
Le Sagittaire est ici, vêtu de son armure. Il leur tourne le dos, et à ses pieds gisent une vingtaine de corps mutilés, massacrés. Et du sang. Partout.
« Seiya ! hurle l'Ophiuchus. Mais qu'est-ce que tu as fait ?! »
A cet instant, Ikki, Jabu, Hyoga, Vjeko et Aleix les rejoignent dans la caverne, alertés par l'explosion de cosmos qu'ils n'ont eu aucun mal à ressentir eux aussi.
Seiya se tourne vers eux dans un mouvement irréel, presque immatériel, et relève lentement la tête. IL laisse alors apparaître SES yeux. Ces yeux qui ne sont pas ceux de leur ami et qu'ils n'ont jamais vus, sauf pour deux d'entre eux.
Ikki reconnaît aussitôt ce regard. Le même que celui qu'il avait eu la douleur de voir dans les yeux de son frère, au cœur des Enfers. Le regard d'Hadès.
IL se tient maintenant devant eux, sans bouger et silencieux. Et tandis qu'ils LE regardent sans pouvoir y croire, l'armure du Sagittaire commence à changer de couleur. Ses ailes se recouvrent d'un voile sombre, et le doré s'efface pour céder peu à peu sa place à des nuances de gris, de violet et d'anthracite. La protection du neuvième gardien du Zodiaque se transforme, elle se mue en une armure inconnue de laquelle ne se dégage plus aucune chaleur. Une armure qui ne propage plus que le vide, le froid, la mort, et dont il ne subsiste rien. Plus rien sauf un voile noir. Un voile noir de jais qui envahit ensuite les cheveux et les yeux de Seiya.
Ses amis comprennent alors qu'il ne reste plus rien de lui dans le corps qui leur fait face. Plus la moindre trace de joie, plus la moindre trace de vie, plus la moindre trace de volonté. Il ne reste que le néant et la souffrance. Et l'horreur de leur impuissance les frappe en plein visage. Car ils n'ont rien pu faire pour le protéger, ou plutôt, ils n'ont rien voulu voir. Et maintenant, ils voient, et surtout, ils comprennent qu'il est trop tard, et qu'ils l'ont perdu.
Le Sagittaire leur sourit et les salue en s'inclinant vers eux avant de disparaître sans laisser de traces. Comme s'il n'avait jamais existé.
Sanctuaire, bureau du Pope, juste quelques minutes auparavant
La Sirène déplace lentement ses doigts sur le bras de Shun, l'air de rien, presque par hasard. June le regarde en souriant, convaincue que leur amant ne va pas se laisser faire…
« Sorrento ! Tu ne peux pas te concentrer deux minutes, s'il te plaît ?! C'est infernal à la fin ! Nous devons vraiment terminer la lecture de ce rapport…
- Il n'y a rien d'infernal dans ce que j'essaie d'accomplir, et venant de ta part, je prends presque cela pour un compliment…
- Eh bien, ce n'en est pas un ! Alors ramasse ta main, mets-la dans ta poche, ou n'importe où d'ailleurs, tant que ce n'est pas sur moi, et remettons-nous au travail !
- Très bien, puisque tu insistes, je vais essayer de trouver une autre façon d'occuper mes … »
Soudain un voile sombre passe devant les yeux de Shun et il s'écroule sur le sol. Une douleur insoutenable lui vrille le crâne, toujours la même… et il voit. Il comprend. Tout.
Ils ont perdu Seiya. Il a perdu Seiya.
Hadès a pris sa place, et IL sera bientôt parmi eux.
...
18 décembre 2001
Sanctuaire, Grèce
Shun regarde par la grande fenêtre de son bureau, et comme chaque matin, il déploie son cosmos sur tout le Domaine Sacré pour vérifier que tout va bien. Mais ce matin, rien ne va.
Car tous ses amis sont là, sauf un. Et cette absence l'anéantit et le terrifie.
Seiya a disparu il y a maintenant presque cinq jours, et son cosmos s'est éteint. Il n'en reste rien, pas la moindre trace, nulle part.
Ikki, Jabu et Hyoga l'ont cherché partout, aux quatre coins du monde, mais il reste introuvable. Et ils sont rentrés hier soir, avec un immense poids sur le cœur.
Vjeko, Aleix, Hikari et Shaina sont restés en Afghanistan le temps qu'il fallait, mais la Bataille de Tora Bora étant à présent terminée, ils sont revenus hier, eux aussi.
Shiryu n'a pas quitté l'infirmerie où son fils est toujours inconscient. Les médecins de la Fondation Graad sont venus l'examiner, et ont confirmé le diagnostic de Kiki. Jie-Hu va bien. Il est juste endormi. Simplement. Et il n'y a rien d'autre à faire qu'à attendre son réveil.
L'Ophiuchus, même si elle essaie de garder ce qu'elle ressent au fond d'elle, semble dévastée par la disparition du Sagittaire. Et Ikki ne supporte pas l'état dans lequel cette absence la plonge. Son frère ne lui a rien dit, mais Shun a compris. Shaina les aime tous les deux. Elle les a toujours aimés tous les deux. Il voudrait pouvoir effacer la douleur de son frère, mais il ne le peut pas. Personne ne le peut.
Et lui, le chevalier d'Andromède, le chevalier de la Vierge, sait que tout est de sa faute. Il n'a pas su protéger son ami, parce qu'il n'a pas voulu voir, parce qu'il regardait ailleurs, parce qu'il était heureux.
Et maintenant il n'a plus qu'à attendre. Attendre qu'IL arrive jusqu'à eux, pour LE combattre et L'anéantir, à nouveau. Et pour le sauver lui. Seiya.
« Est-ce que tu sais combien je t'aime ? »
Un murmure. Une caresse. Une main qui dégage une mèche de cheveux.
« Oui… Et j'en suis profondément heureuse. Parce que je t'aime tout autant.
- Alors, épouse-moi.
- Comment ?!
- Oui, Marine… Voudrais-tu être ma femme ?
- Mais enfin, Jabu, pourquoi une telle question ?
- Et pourquoi pas ?
- Disons que je n'ai jamais songé qu'il était possible d'envisager une telle chose.
- Alors, j'imagine que ta réponse est non.
- Non.
- Non quoi ? Non, parce que ta réponse est non, ou non, parce que ta réponse est oui ?
- Ni l'un ni l'autre.
- Donc ta réponse est : ni oui, ni non.
- C'est à-peu-près ça… Jabu, je ne veux pas te faire de la peine, mais nous n'avons pas vraiment le temps de penser à ce genre de choses aujourd'hui…
- Je le sais. Mais nous aurons tout le temps demain. Nous pourrons y songer plus tard. Et je voudrais juste connaître ton point de vue sur cette éventualité.
- Alors, si ce n'est qu'une question de point de vue, dans l'éventualité qu'une telle hypothèse puisse un jour devenir envisageable, alors il se pourrait dans ce cas que ma réponse soit positive. »
Le Scorpion ne répond pas. Il se contente de sourire avant de prendre le visage de l'Aigle entre ses mains et de l'embrasser. De toutes ses forces. Puis il écarte ses lèvres pour lui murmurer à l'oreille :
« Alors aujourd'hui sera le plus beau jour de ma vie ».
« Je crois qu'il ne va pas bien.
- C'est évident. Shun s'en veut et se sent responsable de ce qui est arrivé à Seiya.
- Et toi, comment vas-tu ? » interroge la Sirène en lui caressant le bras du bout des doigts.
June passe nerveusement une main dans ses cheveux, et recule contre le dossier de son fauteuil avant de répondre à son amant.
« Disons que je partage une part de sa culpabilité. Je n'ai moi non plus rien fait pour venir en aide au Sagittaire.
- Alors je pense que vous vous trompez tous les deux.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Parce que je crois qu'il était malheureusement impossible d'entraver la volonté d'un Dieu tel que lui. June, je connais les Dieux ‒ j'en ai fréquenté un quelque temps ‒ et pour eux, rien n'est plus important que la vengeance.
- Et moi, je connais notre Déesse et les chevaliers qui la défendent, elle et l'Humanité tout entière, et je sais qu'il n'y a rien de plus fort que leur courage et leur volonté.
- J'aimerais te dire que tu as raison, mais je n'en suis pas convaincu.
- Alors voici un point de désaccord entre nous.
- Je t'accorde que je suis d'accord avec toi sur la nature de ce désaccord », répond l'Autrichien en souriant.
Il se penche au-dessus du bureau et dépose un baiser sur les lèvres du Caméléon.
« Mais cela ne me dérange pas. »
La jeune femme plonge ses yeux dans les siens et lui saisit les poignets.
« Sorrento, j'ai peur. Je sens qu'il va se produire quelque chose de terrible et que Shun va souffrir.
- Tu n'as pas à avoir peur. Shun ne souffrira pas. Je ne le permettrai pas. »
« Tu sembles préoccupé.
- Évidemment que je le suis, Vjeko ! Qui ne le serait pas ?
- Moi je ne le suis pas.
- Comment fais-tu ?
- J'essaie de me convaincre que tout ira bien tant que nous resterons ensemble.
- Et tu crois que cela sera suffisant ?
- Oui ! Pourquoi, toi tu en doutes ? rétorque le Croate, en se levant subitement de la marche où il était assis.
- Non ! Enfin… je ne sais pas…
- Tu m'emmerdes Aleix à ne jamais être sûr de rien !
- Et toi, tu m'exaspères avec tes maudites certitudes ! »
Vjeko sourit à la répartie de son ami.
« Oh, que j'aime lorsque tu te mets en colère… Cela donne un éclat magnifique à tes yeux !
- Tu te moques de moi ?
- Non, ce que je dis est sincère.
- Alors c'est que tu es plus fou que je ne le pensais.
- Oui Aleix… Et c'est de toi que je suis fou ! » ajoute le Phoenix, en déposant un baiser sur les lèvres du Capricorne.
« Vjeko ! Merda ! Pas ici ! s'offusque le Catalan en parcourant les arènes des yeux.
- Ne t'inquiète pas ! J'avais déjà vérifié : il n'y a personne avec nous. Juste toi et moi !
- Ce n'est pas une raison…
- Oh que si c'en est une ! ajoute le chevalier de Bronze en s'asseyant à califourchon sur les cuisses du chevalier d'Or. Et essaie donc de me soutenir le contraire après ça… »
Et Aleix ferme les yeux en s'abandonnant à la douceur du contact de la bouche de Vjeko dans le creux de son cou.
« Acri, tu crois vraiment que tu vas finir par obtenir ton armure ?
- Mais enfin, pourquoi une telle question ? Bien sûr que oui !
- Alors, faudrait te bouger les fesses !
- Hikari, tu me saoules avec tes réflexions à la noix !
- Oh, c'est bon… Mais c'est que j'en ai marre d'être tout seul avec tous ces vieux… Je voudrais faire équipe avec toi.
- Ah, mais c'est gentil ça ! Tu es malade ce matin ou quoi ?
- Voilà, il faut tout de suite que tu t'inquiètes !
- C'est parce que je te connais suffisamment pour savoir que tu ne vas pas bien, malgré tout ce que tu veux me faire croire.
- Alors il faut croire que tu me connais bien, effectivement…
- Évidemment ! C'est ton maître, j'imagine ?
- Oui… Et s'il ne revenait jamais ?
- Je ne sais pas quoi te dire…
- Tu n'étais pas là-bas avec nous, Acri… Tu n'as pas idée de ce que j'ai pu voir dans ses yeux !
- Et qu'en disent les autres ? Qu'en dit notre Grand Pope ?
- Je n'en sais rien. Personne ne veut en parler, en tout cas pas devant moi. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais c'est grave, et Seiya est en danger.
- Alors tu dois te préparer à lui venir en aide.
- Oui, bien entendu. Mais il n'y a pas que ça...
- Qu'y a-t-il d'autre ?
- Ce matin, je sens que quelque chose est différent…
- Quoi donc ?
- Je ne suis pas sûr… Disons que j'ai une impression étrange. Le sentiment que quelqu'un dont je suis certain de haïr la présence et le cosmos est en train d'approcher. Et je crois que c'est elle qui essaie de me le faire comprendre.
- Qui ça ?
- Mon armure... Pégase. »
« C'est magnifique Dimitri ! »
Le jeune Russe souffle sur les flocons de neige qu'il vient de créer, et ceux-ci s'écrasent sur le nez de sa petite admiratrice.
« C'est froid !
- Évidemment Camille, c'est de la neige…
- Et comment fais-tu ça ?
- C'est ton Père qui me l'a appris. Tu devrais lui demander, il pourrait t'enseigner son secret…
- Il ne voudra jamais ! Car je ne m'entraîne pas pour devenir un chevalier des Glaces…
- Qu'est-ce que je ne voudrai jamais faire ?
- Ah, Papa ! s'exclame la petite en se jetant au cou du Verseau. Tu pourras m'apprendre à faire de la neige comme Dimitri ?
- C'est-à-dire que…
- C'est-à-dire que quoi ? répète la petite en tapant doucement son index sur le front de son père.
- Tu ne t'entraînes pas pour devenir un chevalier des Glaces…
- Ah, tu vois Dimitri ! Qu'est-ce que je t'avais dit ! »
La petite hésite un instant avant de reprendre, d'une voix teintée d'inquiétude.
« Où est Maman ?
- Elle se repose.
- Elle est malade ?
- Non, elle est triste.
- A cause de Seiya ?
- Oui, à cause de Seiya.
- Il ne reviendra pas ?
- Je ne sais pas. »
Pour toute réponse, Camille cligne lentement des yeux et dépose un baiser sur la joue de Hyoga.
« Il ne s'est toujours pas réveillé ?
- Non Kiki, toujours pas. »
Le jeune Bélier saisit l'une des chaises qui se trouve dans la chambre, et s'assied à côté de son ami.
« Tu sais ce qui est bizarre, Shiryu ?
- Non, mais je t'écoute.
- C'est que l'Armure du Cancer est elle aussi endormie.
- Que veux-tu dire ?
- Je veux dire que depuis que Jie-Hu est inconscient, son armure est éteinte. Elle ne dégage plus rien, ne communique plus avec moi, et elle froide. Froide comme la pierre.
- Et qu'en penses-tu ?
- Je pense que cela montre encore une fois combien la connexion existant entre eux est puissante.
- Je sais » murmure le chevalier de la Balance en caressant les cheveux de son fils.
Et à cet instant, Jie-Hu ouvre les yeux.
Ikki descend les marches de l'interminable escalier, les mains bien enfoncées dans les poches et le regard fixé sur les pierres à ses pieds.
Il veut aller lui parler. Il en a besoin, et au fond de lui, il espère que Shaina en a besoin elle aussi.
Il veut lui rappeler à quel point il l'aime, et que les évènements des derniers jours n'y ont rien changé.
Il veut lui dire qu'il se moque qu'elle soit encore amoureuse de Seiya. Parce qu'il l'a toujours su, et qu'il n'a pas eu d'autre choix que de l'accepter.
Et il veut qu'elle sache qu'il n'en a rien à foutre qu'elle ait couché avec lui, qu'il l'ait fait jouir, et peut-être même fait crier son nom. Il s'en tape, de ça et de tout le reste, comme de tout ce que les autres pourraient penser. Même s'il doit passer pour un faible, un moins que rien prêt à tout accepter par amour.
Car tout cela n'a pour lui aucune importance. Parce qu'il l'aime. Il aime Shaina, et il sait qu'elle l'aime elle aussi. Malgré tout, et malgré lui.
Shaina pleure, elle souffre, elle se hait, et elle ne souhaite qu'une seule chose. Mourir.
Elle veut mourir pour disparaître et ne plus avoir mal.
Elle veut mourir pour effacer la honte et la haine, la culpabilité et la peine.
Elle veut mourir pour le retrouver, parce qu'elle sait qu'elle l'a perdu. Elle a perdu Seiya car elle n'a pas pu le protéger, contrairement à ce qu'elle lui avait promis.
Elle veut mourir pour leur demander pardon, et parce qu'elle sait qu'elle ne les mérite pas.
Elle veut mourir pour qu'il la déteste. Parce qu'elle sait que sinon, il ne le pourra pas. Car elle est convaincue qu'Ikki l'aime, malgré tout ce qu'elle est et malgré tout ce qu'elle a fait.
Mais elle ne peut plus accepter son amour. Plus maintenant. Surtout maintenant qu'elle a compris…
Car ce n'est pas Seiya qu'elle a aimé tous ces derniers jours. Ce ne sont pas ses mains qui l'ont caressée. Ce ne sont pas ses lèvres qui l'ont embrassée. Ce n'est pas son corps qu'elle a serré contre le sien. Ce n'est pas lui qu'elle a laissé entrer en elle, et ce n'est pas lui qui l'a fait crier. C'est l'autre. Cet être monstrueux à qui elle n'a pas cessé de dire combien elle l'aimait, de toute son âme.
Et pour cela, comme pour tout le reste, elle se dégoûte et elle ne se supporte plus.
Saori contemple le Sanctuaire, et de là où elle se trouve elle en discerne presque la totalité. Il ne reste plus aucune trace des terribles combats qui avaient eu lieu ici il y a plus de quatorze ans. Ils ont tout reconstruit, petit à petit, pour tout effacer et pouvoir tout recommencer, presque comme avant.
Oui, le temps a tout dissipé, mais elle, n'a pas oublié. Et elle se souvient, de tout.
Elle serre son sceptre dans sa main droite, ferme les yeux et, comme chaque jour depuis qu'elle vit ici, elle commence à prier. Elle prie tous les Dieux de l'Olympe pour qu'aucun combat n'ait plus jamais lieu sur ce sol Sacré, et pour que ses chevaliers n'aient jamais plus à livrer de bataille.
Et aujourd'hui, elle prie pour que Seiya revienne auprès d'elle, et pour qu'il lui revienne libéré de LUI.
Mais à cet instant, elle comprend que ses prières sont vaines et inutiles, car elle sait qu'il est déjà trop tard.
Elle ouvre les yeux.
Elle LE sent qui approche. Hadès est déjà ici. IL se trouve même au pied du Sanctuaire.
IL marche lentement en regardant partout autour de LUI. IL reconnaît chaque bâtiment, chaque colonne, chaque sentier, car Seiya a vécu ici presque toute sa vie, et IL a accès à chacun de ses souvenirs.
IL dépasse les arènes, là où il a reçu l'armure de Pégase, et là où il l'a lui-même cédée à son disciple. Cette maudite armure de Bronze qui a causé tant de tort à SA divine personne.
IL arrive en bas du monumental escalier, qu'IL va gravir pour la première fois, alors que Seiya, lui, l'a parcouru tant de fois.
IL fait exploser SON cosmos pour annoncer SA présence. Le moment est venu. Ils doivent comprendre qu'IL est là.
IL caresse la protection de SON Surplis, lève la tête et sourit. Car IL sait qu'IL aura bientôt accompli SA vengeance.
Et maintenant, IL déploie SES ailes.
A suivre…
Merci de m'avoir lue… J'espère que cela vous a plu…
(1) Je m'excuse auprès de ceux qui connaissent les Fleurs du Mal, car je sais que le contexte dans lequel le Poète a écrit ce poème ne convient absolument pas à ce que je mentionne dans ce chapitre. Mais j'ai trouvé que la force et l'esthétique de ces quatre vers correspondaient malgré tout assez bien à ce que j'ai voulu décrire. Enfin, mes excuses quand même…
(2) Voir chapitre 3 (lorsque Vjeko plonge Shaina dans l'Illusion du Phoenix).
(3) Ici je fais référence au fait que les soldats d'Al-Qaïda présents en Afghanistan à cette époque étaient pour la plupart originaires de pays différents, et devaient donc tous parler des langues maternelles différentes.
Notes de fin: Alors voilà… Vous l'aurez probablement deviné, la bataille finale approche, et avec elle, le dénouement de mon histoire. Mais avant de vous laisser, je voudrais apporter quelques explications / précisions, pour être bien sûre que tout soit clair pour vous, mes chères lectrices et chers lecteurs (car j'ai conscience que certaines choses sont un peu "tarabiscotées"…).
i) Comme vous l'aurez peut-être compris, j'ai utilisé le "IL" en majuscules dans ce chapitre pour faire référence aux actions de Seiya tandis qu'il est possédé par Hadès ("IL" ou tout autre pronom / déterminant d'ailleurs - LUI, SON, SES etc…). La raison de ce choix est que j'ai voulu insister sur le côté transitoire et un peu « flou » du passage de Seiya à Hadès. J'espère que cela ne vous aura pas trop déstabilisé.e.s. Pour info, je continuerai avec le même principe dans le prochain chapitre.
ii) Je ne sais pas si cela vous a semblé très clair, mais Seiya/Hadès se présente au Sanctuaire vêtu de l'armure du Sagittaire qu'Hadès a changé en Surplis. La transformation de l'armure d'Or en Surplis s'est produite à Tora Bora, juste avant que Seiya/Hadès ne disparaisse.
iii) La dernière phrase de ce chapitre « Et maintenant, IL déploie SES ailes » est un clin d'œil aux paroles du premier opening de l'anime, à savoir 'Pegasus Fantasy' : « Saint Seiya, ima koso habatake ».
Je ne sais pas vous, mais moi j'adore cet opening, que je chante en général à tue-tête, en « yaourt » bien entendu (car je ne parle malheureusement pas le Japonais) !
« Ima koso habatake ! »
iv) Bon, et puis si jamais quelque chose ne vous semble pas clair, n'hésitez pas à me poser la question en commentaire (ou en PM). Je serai ravie de vous apporter tout éclairage qui pourra s'avérer nécessaire…
Sur ce, à bientôt, j'espère… Et surtout, portez-vous bien !
