Tome 3 : Destins Scellés

Après ce premier semestre chaotique, la poursuite de leur dernière année ne sera pas de tout repos pour Emma et Drago. L'espoir et la désillusion ne cesseront de se répandre telle une trainée de poudre sur le chemin menant à leur destinée. Des conjonctures impromptues rythmeront plus que jamais la vie de l'ensemble de leur entourage. Qui pourra-donc sortir grand gagnant de ce combat entre force lumineuse et sombre détresse ? La liesse d'une victoire peut-elle faire fi des dommages collatéraux occasionnés ? Lorsque le destin des uns scelle celui des autres, il est parfois difficile de surmonter la dure réalité.


Chapitre 44 : Vital Espoir

Emma adorait la sensation de son pas s'enfonçant dans la neige fraiche. En ce début décembre, le parc du château en était recouvert de toutes parts. C'était le week-end et les élèves en profitaient pour prendre l'air. Morag et elle s'étaient données rendez-vous en milieu de matinée afin de pouvoir rattraper le temps qu'elles ne pouvaient passer ensemble suite à l'aménagement d'Emma dans l'ancienne salle commune des préfets.

- Tu ne devineras jamais le scoop qui s'est produit dans les dortoirs hier soir ? défia Morag alors que les deux amies longeaient le lac totalement gelé.

- Je t'en prie, fais-moi regretter encore plus de ne plus être chez les Serdaigle…

- C'est ça, fais-moi croire que c'est l'horreur de passer tes nuits avec ton cher et tendre !

- « Cher et tendre »… Je ne suis pas sûre que ce soit les qualificatifs les plus appropriés pour Drago Malefoy, se moqua gentiment Emma en haussant des sourcils dubitatifs.

- Quoiqu'il en soit, tu n'as pas répondu à ma petite devinette, reprit Morag avec suspens.

- La petite Edgecombe a appris que sa sœur Marietta avait fini par se débarrasser de ses horribles furoncles ? finit par proposer la brune avec une ironie certaine.

- Bien tenté, s'esclaffa la rousse, mais c'est une mauvaise réponse. C'est plus précisément dans notre dortoir que ça s'est passé. Padma a fait son grand retour, révéla-t-elle alors face au silence de son amie.

- Ah oui… Rien d'étonnant maintenant que la grande traitresse a quitté les lieux.

- Tu n'imagines pas à quel point ce qu'il s'est passé l'a traumatisée, tu sais…

- Quoi, une nuit déjà et vous êtes devenues de grandes confidentes ?

- C'est moi ou tu me fais une petite crise de jalousie ? la taquina Morag afin de détendre un peu la tension qui se créait face aux souvenirs de ce soir d'halloween.

- Trompe-moi avec qui tu veux, je ne commencerai à m'inquiéter que lorsque ce sera avec quelqu'un soumis au pacte de fiançailles, rétorqua Emma dans la même veine.

- T'es bête… rigola faiblement Morag avec un peu moins de légèreté.

- Tout se passe bien à ce niveau ? s'alerta quelque peu son amie.

- Oui, on correspond régulièrement.

- Ca respire la joie en tout cas, ironisa la brune face à la perte d'éclat de son regard.

- C'est juste que je m'inquiète pour lui.

- Pour quelles raisons ?

- Emma, si je te le dis, promets-moi de garder ça pour toi. Je ne veux pas que tu le dises, ni à Drago, ni à Théodore, manda-t-elle avec sérieux en plantant ses yeux bleus dans les yeux verts.

- Je te promets que je ne dirai rien à personne. Tu as ma parole, ajouta-t-elle.

- Eh bien… il se trouve que mon cher fiancé a rejoint un réseau de rébellion. Il aide à cacher des hors la loi et à faire sortir des gens du pays.

- Tu plaisantes, s'estomaqua son interlocutrice. Et comment tu prends la chose ?

- Il faut croire… que je l'encourage et le soutiens dans sa démarche.

- Et comment vous faites pour communiquer ? Ne me dis pas que vous prenez le risque de parler de tout ça par hibou postal ?

- Oui et non en fait, on communique par code.

- Vous devriez vraiment faire attention, ce n'est pas le plus sûr des moyens quand on sait que le courrier est ouvert et surveillé.

- C'est quasi indétectable. On utilise des Runes anciennes. Chaque rune est associée à un mot ou une locution de phrase courante. C'est moi qui aie créé le code. Je le lui ai donné quand on s'est vu à Pré-au-lard à la dernière sortie. J'ai cru comprendre qu'ils ont commencé à s'en servir au sein du réseau.

- C'est bien plus qu'un simple soutien ce que tu as fait là, Morag, souleva-t-elle.

- Je sais… Et je t'avouerais que j'ai aimé me sentir utile à leur cause… à notre cause, précisa-t-elle.

- C'est bien beau tout ça, mais encore faut-il être vigilent ! Ce n'est pas Poudlard là-bas, tu ne te rends pas compte à quel point on peut être protégé ici. Imagine qu'il se fasse prendre et qu'on remonte jusqu'à toi.

- C'est la guerre, Emma. Et je sais quel camp je ne veux pas voir gagner.

- Et si c'est ce camp-là qui gagne, vous allez faire quoi ? Vous battre pour une cause perdue jusqu'à la fin ? Vous devriez un peu plus assurer vos arrières, on ne sait jamais. Surtout dans le petit monde des Sang-Pur, ça risque de finir par se savoir, mit-elle en garde avec angoisse.

- Je sais que vous avez choisi la solution de facilité, toi et Drago. Je l'aurais sans doute fait aussi si Ethan ne m'avait pas entraînée là-dedans. Mais au fond nous sommes sur la même longueur d'onde, lui et moi, et j'en suis très contente. Et si jamais la cause devient perdue comme tu dis, nous partirons. A Poudlard ça reste supportable, mais pas dans la vraie vie. Je ne pourrai plus faire semblant d'être la Sang-Pur qu'ils voudraient que je sois.

- Et tu quitterais tout, ta famille, ton pays ? Tu suivrais ce fiancé qui t'a tant de fois manqué de respect par le passé ?

- Tu es vraiment mal placée Emma pour me faire le reproche d'avoir laissé passer les fautes de mon fiancé, répliqua Morag d'un regard noir.

- Pourquoi me dire tout ça maintenant ?

- Parce que je te fais confiance. Maintenant que tu n'es plus une dépressive addict, ironisa-t-elle faiblement. Et parce que je me dis que tu as peut-être besoin de savoir ce genre de choses pour pouvoir te donner le courage de te battre à ton tour.

- Tu sais bien que c'est délicat pour moi…

- Je sais, la rassura Morag.

Un silence s'imposa alors entre les deux filles qui s'approchaient à nouveau du château. Chacune dans leurs pensées, Emma tentait d'intégrer ce que venait de lui révéler son amie. Cette dernière s'était positionnée. Et même si pour le moment elle continuait à jouer le jeu dans l'enceinte de Poudlard, une fois dehors elle n'hésiterait pas à suivre son futur mari dans les réseaux de rébellion. Si seulement les choses pouvaient être aussi « simples » pour tout le monde. A partir du moment où le QG du camp ennemi se trouvait dans le manoir de son futur époux à elle, il n'était pas si facile de prévoir quoique ce soit sans se faire repérer.

- Qu'est-ce qui se passe là-bas ? la sortit Morag de ses pensées. C'est une bagarre ? Tu crois que…

En effet, au loin vers le château, on pouvait apercevoir une masse de gens en proie à ce qui semblait être un combat. Prises de panique, les deux Serdaigle s'échangèrent un regard avant d'inspirer profondément. Puis, elles se mirent à courir en direction de la bataille supposée. Une fois assez proches pour voir de quoi il en retournait, Emma stoppa sa course, rapidement suivie par Morag.

Il y avait bel et bien une bagarre, certes, mais pas celle qu'elles avaient imaginée. Il y avait des élèves, il y avait des baguettes jetant des sorts de protection, mais aussi et surtout, il y avait de la neige. Et plus précisément, des boules de neige. Morag et Emma assistaient tout simplement à une bataille de boules de neige géante, comme elles n'en avaient jamais vu dans l'enceinte de Poudlard.

- Par la barbe de Merlin, j'ai eu une sacrée trouille, s'exclama Morag en se sentant un peu idiote.

Au moment même où elle ouvrait la bouche pour lui répondre, Emma reçut une énorme boule de neige en pleine face. Abasourdie, elle n'eut le temps de voir ni la deuxième, ni la troisième qui suivirent. Lorsqu'enfin la jeune fille sortit sa baguette afin de parer l'attaque à coup de bouclier, elle distingua au loin le jeune Ackerley qui s'était empressé de l'attaquer dès qu'il l'eût repérée. La lueur de défi qu'elle put lire dans son regard lui fit succomber à son envie de participer à son tour à la bataille. Elle n'en fut que plus motivée dans son action lorsque Morag lui lança à son tour les missiles enrobés de neige fraîche.

Elle ne sut combien de temps tout cela dura. Dix minutes, une demi-heure, peut-être bien trois quart d'heure. Les deux amies avaient rejoint une bonne partie des septièmes années qui s'enhardissaient vaillamment dans leur combat, quelles que soient leurs couleurs de maison ou leurs affinités. Lorsqu'elle fut face à Padma, Michael et Anthony, une bulle de souvenir se créa autour d'eux, comme s'ils étaient retournés au temps de leur amitié innocente et insouciante. Rires et jurons se mêlaient aux sifflements et frottement de la neige.

- Emma ! lui parvint-elle une voix. Par la barbe de Merlin, Emma, arrête ça immédiatement ! surgit soudain Drago à ses côtés qui la sortit brusquement de sa concentration enfantine.

- Ne me dit pas que tu n'as jamais participé à une bataille de boules de neige, se moqua-t-elle face à son air sévère.

- Dois-je te rappeler notre statut de Préfets-en-chef ?

- Même Flitwick s'y est mis, tu sais, le montra-t-elle du bout de sa baguette.

- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, ton directeur de maison s'époumone en intimant à tout le monde de cesser ce grotesque grabuge.

- Ce n'est pas grotesque. C'est… libératoire, partagea-t-elle avec conviction son ressenti. Et surtout très amusant, ajouta-t-elle avant de lui badigeonner le visage d'une neige qu'elle avait discrètement récupérée grâce à sa baguette.

Un rire clair comme elle n'en avait pas eu depuis longtemps sortit de ses lèvres à la vue de son fiancé qui ne réagissait pas vraiment. Drago secoua lentement la tête et lui offrit le plus glacial de ses regards. Sentant son énervement ambiant, Emma fit une chose qu'elle n'avait encore jamais faite aussi librement : elle l'embrassa. Lèvres contre lèvres, paumes contre joues, son action sembla porter ses fruits puisque le jeune homme répondit – placidement mais surement – à son baiser.

Peu importaient les multiples missiles de neige qu'ils recevaient durant ce laps de temps, ils continuèrent leur étreinte au vu et su de la foule. Ce n'était plus un secret désormais, ils n'avaient plus à se cacher. Ils pouvaient désormais être les fiancés qu'ils étaient. Une fois le baiser terminé, ils se fixèrent en silence, tous deux animés par le désir naissant.

- Tu veux la jouer comme ça, Oreiro ? lança-t-il alors.

- Et si tu me montrais de quoi tu es capable, Malefoy ! le provoqua-t-elle.

Une bataille acharnée entre les deux Préfets-en-chef débuta alors parmi cette foule toujours aussi dense.

oOo

L'eau chaude mordait leurs peaux alors que la vapeur d'eau embaumait l'espace confiné de la douche. Une nouvelle bataille avait débuté dès leur retour dans le dortoir des préfets. Leurs corps se confrontaient l'un l'autre tels des armes dans le duel de leurs désirs.

- Aïe, s'exclama Emma lorsqu'il entreprit de titiller sa poitrine de ses mains et de sa bouche plus que gourmande.

- Je sens qu'il va falloir qu'on profite ce soir avant tes 5 jours d'abstinence, répondit-il en remontant jusqu'à son cou et en délaissant les seins tendus de sa fiancée.

- Je vois que Monsieur est un expert en matière de cycle féminin, railla-t-elle.

- C'est ça d'être dans une relation à long terme. On finit par en connaitre les moindres détails, lui susurra-t-il à l'oreille avant de lui suçoter le lobe.

- Dois-je te rappeler les nombreux écarts qui sont venus parsemer cette relation ? ne put-elle s'empêcher de lui rappeler.

- Emma, tais-toi tu veux, rétorqua-t-il en la faisant également taire d'un baiser.

Puis, sans un mot de plus, Drago la retourna dans un mélange de douceur et d'assurance alors qu'Emma se penchait naturellement vers la vitre, lui offrant son corps. Ce fut un tourbillon de plaisir qui l'assaillit lorsqu'elle le sentit entrer en elle. Elle se cramponna tant qu'elle pouvait sur la paroi de cette douche tandis que tous deux gémissaient au rythme de leur va et vient.

oOo

« Emma »

La voix de Drago la tira du sommeil auquel elle tentait vainement de se raccrocher. Pour simple réponse, elle se retourna sur le ventre et enfonça sa tête au creux de l'oreiller.

- Je t'ai déjà laissée dormir beaucoup plus qu'il n'en fallait, ma belle. Le cours de potions est dans une demi-heure.

- Tu aurais pu me réveiller avant, remercia-t-elle à sa manière d'une voix étouffée sans pour autant bouger.

- Plus facile à dire qu'à faire. Mais comme ton fiancé est la perfection incarnée, il a cru bon de te commander un bon petit déjeuner… que voici, annonça-t-il avec fierté alors que la jeune fille se décida à enfin tourner sa tête ébouriffée vers le blond.

Emma fut touchée par l'attention mais regarda mollement le plateau qui reposait patiemment sur son lit. Pourtant bien garni, les œufs brouillés dont elle raffolait habituellement lui enlevèrent tout appétit, de même que les tranches de bacon et le muffin aux myrtilles qui accompagnait le tout.

- Il n'y avait pas de chocolat ? demanda-t-elle en s'emparant de la tasse de Thé servi avec un nuage de lait.

- Il n'y aura surtout plus jamais de petit déjeuner au lit vu ton air ravi, se vexa Drago face à la réaction de sa fiancée.

- Je suis désolée, je ne suis pas dans mon assiette ce matin... Mais ça me touche beaucoup, crois-moi, assura-t-elle en se levant enfin avant de s'approcher de lui pour lui offrir un rapide baiser.

- Tu te moques de moi, tu ne vas vraiment rien manger ? lança-t-il en la voyant s'éloigner vers la petite pièce attenante à sa chambre de préfète en chef.

- Tu permets que je me débarbouille un peu avant. Tu l'as dit toi-même, il reste trente minutes avant le début du cours.

- Vingt-quatre minutes pour être exact, spécifia-t-il en s'asseyant avec humeur sur le lit.

Après quelques minutes, Emma ressortit de la salle d'eau vêtue de simples sous-vêtements et s'empara à nouveau de sa tasse de thé sous le regard appréciateur de son fiancé qui l'approcha de lui.

- Dix-neuf minutes, ça peut nous laisser le temps de faire quelques écarts tu penses ? quémanda-t-il en parcourant son ventre nu de chauds baisers tout en agrippant ses fesses avec envie.

- Sachant que les cachots sont à quinze minutes de marche d'ici, j'ai bien peur qu'il ne te faille abandonner l'idée, dit-elle en s'éloignant afin de pouvoir se vêtir de son uniforme.

- On aura qu'à dire que c'est à cause de nos obligations de préfets-en chef, insista-t-il en se levant et en se rapprochant dangereusement d'Emma qui boutonnait sa chemise.

- T'es intenable, Drago. Si tu continues comme ça ce sera chambre à part tous les soirs de semaine.

- Et qui sera là pour te réveiller, Madame la marmotte ?

- Ca suffit maintenant, on va être en retard, conclut-elle en enfilant sa cape. Tu m'en veux si je ne te prends que le muffin ? demanda-t-elle en exécutant ses paroles.

- Profites-en car c'est la première et dernière fois ! Pour ce que ça me rapporte… bougonna-t-il alors qu'ils quittaient la pièce.

- Merci, Drago, lui sourit-elle avant de mordre dans son muffin.

Ayant accéléré un peu l'allure dans les couloirs, le couple arriva juste avant que les élèves ne soient autorisés à entrer dans la salle des potions. Emma salua Théodore et s'installa entre lui et Drago. Assumer son couple devant toute l'école était encore quelque chose d'étrange pour la Serdaigle. Bien qu'ils restaient discrets lorsqu'ils étaient en public, la jeune fille ne pouvait ignorer les regards mi-inquisiteurs, mi-accusateurs de la plupart des élèves. En ce début de matinée ce fut le regard noir d'Ernie Macmillan qu'elle accueillit lascivement.

Les premières effluves des potions de vieillissement que leur avait demandé d'exécuter le professeur Slughorn émanèrent rapidement des chaudrons bouillonnants. Emma fut aussitôt indisposée et retroussa son nez à plusieurs reprises. Depuis quelques jours déjà sa sensibilité aux odeurs s'était largement accrue. Ce matin-là, la jeune fille trouva le fumet de son chaudron particulièrement rance, à moins que ce n'était dû là qu'à la caractéristique particulière de la potion à travailler. Des gouttelettes de sueur se formèrent sur les tempes de la Serdaigle tant elle se concentrait pour résister à son dégoût.

A la lecture du prochain ingrédient, Emma ne put éviter le hoquet d'écœurement qui lui vint. Ainsi leur fallait-il récupérer les viscères de crapauds cornus que Slughorn avait bienveillamment entreposés dans le tonneau face aux élèves. Prenant son courage à deux mains, la brune s'avança vers le large récipient et retint son souffle à son approche. Tendant la main en gardant sa tête le plus loin possible des petits boyaux qu'elle empoignait, Emma sentit une violente nausée s'emparer d'elle au contact de ces derniers. Ravalant tant bien que mal sa répulsion, elle retourna d'un pas vif jusqu'à son chaudron et jeta la poignée de viscères dans le liquide fumant de sa potion. Alors que celui-ci se colora d'un rouge intense, un nouveau haut le cœur poussa Emma à brusquement se retenir en ramenant sa main à sa bouche. Le souvenir de ce qu'avait tenu cette partie de son corps quelques secondes plus tôt eut raison de la jeune fille qui ne put que dégobiller dans son propre chaudron sous le regard surpris et dégouté de tous les occupants de la salle de potions.

- Emma, ça ne va pas !? s'exclama à ses côtés, Théodore, inquiet.

- Tu trouves vraiment nécessaire de poser la question !? lança Drago en tentant de relever les cheveux de sa fiancée, toujours au-dessus de son chaudron.

- C'est dégoutant… fit Daphnée d'un ton maussade.

- Je n'ai pas vu cet ingrédient dans la liste, ricana Michael en regardant la scène, moqueur.

Slughorn se précipita auprès de son élève en difficulté et eut le réflexe d'éteindre le feu sous le chaudron. Le professeur fit aussitôt disparaitre le contenu de ce dernier une fois que cessèrent les vomissements d'Emma.

- Ne vous en faites pas Miss Oreiro, vous n'êtes pas la première et loin d'être la dernière à qui cette mésaventure est arrivée, tenta de la rassurer Slughorn en lui tendant un mouchoir.

- Mésaventure… répéta-t-elle rouge de honte et d'effort.

- Vous devriez sortir prendre un peu l'air, continua le professeur d'un ton bienveillant.

- Je l'accompagne à l'infirmerie, décréta Drago.

- Pas vous Monsieur Malefoy, refusa aussitôt Slughorn sous le regard fusilleur du blond.

- Ça ira, je vais pouvoir me débrouiller toute seule, affirma Emma qui tentait de reprendre contenance.

- Je peux l'accompagner si vous le souhaitez, professeur, se proposa aussitôt Théodore.

- Vraiment, ça va aller. Je dois juste sortir de cette salle. Je ne voudrais pas faire rater la potion de qui que ce soit.

- Très bien, allez-vous rafraichir un peu, Emma. Vous n'aurez qu'à venir dans la semaine après les cours afin de recommencer votre potion de vieillissement.

- Merci, professeur.

Emma ne demanda pas son reste et quitta rapidement la pièce sous les regards de ses occupants. D'un pas vif, la jeune fille quittait les cachots dans l'optique de rejoindre l'air pur extérieur. Une fois dehors, elle inspira profondément, purifiant ses poumons de l'oxygène salutaire. La brune avait stoppé toute pensée lors de sa traversée des couloirs, comme si elle avait craint d'apporter réponse à ses interrogations naissantes. Dans ce froid soudain, elle se rendit compte que de fins flocons de neige tombaient lentement devant ses yeux inquiets et songeurs.

Emma refusait l'hypothèse qui lui parvenait avec une presque évidence maintenant. Mettre des mots sur ses doutes lui demandait un courage qu'elle n'avait pas en cet instant. L'addition d'éléments anodins la menait à une conclusion plus que dommageable. Il devenait primordial pour Emma d'éclaircir la situation. La discrétion était de mise. L'infirmerie étant devenue un lieu de surveillance extrême concernant sa personne, elle ne pouvait décemment pas y chercher les réponses qu'elle souhaitait trouver.

Deux solutions se présentaient à elle : attendre d'être hors de Poudlard pour les fêtes de fin d'année afin de se procurer le matériel nécessaire ou créer elle-même ce qui lui permettrait d'en avoir le cœur net, quitte à passer des heures à la bibliothèque et à prendre de nouveau le risque de s'adonner à la confection d'une potion. Peu importait son choix, une chose était sûre : Drago ne devait rien savoir tant qu'elle n'était pas elle-même certaine de la réalité de son état. Personne ne devait être au courant. La tristesse s'empara d'elle à la pensée de ce nouveau secret à garder. Mais pouvait-elle faire autrement ? Une petite voix intérieure semblait la pousser à reconsidérer l'idée d'inclure son fiancé dans cette nouvelle problématique. L'angoisse et l'appréhension prirent cependant le dessus. Déjà qu'elle avait elle-même du mal à concevoir la chose, il lui était tout simplement impossible de dévoiler à Drago ses soupçons de grossesse.

Le vent froid tira Emma de ses pensées. Menant sa main à sa joue, elle constata que la neige n'était pas la seule substance à lui glacer la peau. En effet, des larmes sillonnaient en silence le visage de la jeune fille.

oOo

« Toi, tu vas encore finir au fond du tuyau ! »

La voix criarde de Mimi geignarde ne déconcentra pas Emma pour une noise. Afférée à mélanger le liquide sirupeux – selon les rotations précises mentionnées dans la recette qu'elle avait mis plus d'un jour à trouver – la jeune fille ignorait indolemment le fantôme qui avait débarqué quelques minutes plus tôt.

- Je t'aurai peut-être pour compagnon de toilettes au final, fit rêveusement Mimi en virevoltant au même rythme que la main de l'élève toujours aussi impassible. A moins que je ne dise au beau blond que tu as recommencé avec tes potions, suggéra-t-elle en rompant le rythme de sa danse tournoyante. Peut-être viendra-t-il me voir plus souvent après ça.

- Si je puis me permettre, tu as plus à y gagner en espérant ma mort plutôt que la venue d'un mec qui n'en a rien à faire de toi, sortit Emma de son silence.

- Une chose est sûre : je n'accepterai jamais une fille aussi odieuse que toi dans mes toilettes ! menaça Mimi de sa voix stridente avant de replonger avec tragédie dans son cabinet.

- Bon débarras, souffla Emma pour elle-même.

Une fois seule, elle put se concentrer sur la suite qui s'annonçait un peu plus compliqué qu'elle ne l'avait imaginé. Sourcils froncés, regard tendu, peau moite, cheveux ébouriffés et collants, la jeune fille s'efforçait de maitriser avec application ses gestes et la succession des derniers ingrédients de la potion. Elle n'avait pas le droit à l'erreur, il fallait que ce soit absolument parfait.

Après de longues minutes éprouvantes, Emma était enfin arrivée au résultat attendu et décrit dans le livre qui lui avait délivré la marche à suivre. Désormais il ne lui restait plus qu'à laisser reposer le breuvage pour les deux jours à venir avant de pouvoir réellement s'en servir. Avec satisfaction, elle plaça son chaudron dans une des cabines avant d'y jeter un sortilège de dissimulation.

Sa tâche n'était toutefois pas terminée. En effet, il lui restait encore à effectuer la potion de vieillissement qu'elle n'avait pu mener à bien quelques jours plus tôt. Ce devoir imposé avait été le bienvenu, lui ayant ainsi permis l'accès à la salle des ingrédients de Slughorn. Emma s'empara alors du deuxième chaudron qu'elle avait pris soin de rapporter et débuta la préparation de ladite potion. Au moins cette fois-ci, elle avait des toilettes à portée de main pour s'y réfugier en cas de dégobillage intempestif.

Deux heures plus tard, la jeune fille put enfin quitter les sanitaires désaffectés et rejoindre la Grande Salle pour le dîner. L'horaire tardif n'empêchait pas les élèves d'occuper la pièce illuminée par le plafond d'étoiles scintillantes. Certains retardataires s'affairaient encore à finir leur plat. C'était le cas de Morag qui remuait soucieusement sa soupe de pois cassés au bacon désormais froide.

- Tout va bien, Morag ? demanda-t-elle avec intérêt, tandis qu'elle prenait place face à sa camarade de maison. Je dois m'inquiéter pour ça, ajouta-t-elle en désignant le bol de soupe qui venait d'apparaitre, ou plutôt pour toi ?

- La soupe est très bonne, la rassura la rousse avec un sourire qu'Emma trouva forcé.

- Ce qui n'a pas l'air d'être le cas de ton moral.

Emma reçut pour simple réponse la tristesse des deux yeux bleus de son amie. Elle ne voulait – ou ne pouvait – pas parler. Il était en effet délicat d'aborder le sujet du fiancé dissident de Morag dans cette salle parsemée d'oreilles indiscrètes.

- Tu n'as pas l'air non plus d'avoir beaucoup d'appétit, fit remarquer sa camarade alors qu'Emma semblait revoir à travers sa soupe les potions qu'elle avait préparé en cette fin de journée.

- Je récupère encore de ma petite indigestion de l'autre jour.

- Vivement les vacances, on est tous un peu à bout j'ai l'impression, souffla Morag sur un ton plutôt désabusé.

- Tu rentres chez toi pour les fêtes ? questionna Emma qui reçut le regard entendu de son amie. Je compte sur toi pour ne rien faire de stup…, ne put-elle s'empêcher de prévenir.

- Ne t'inquiète pas pour moi, Emma, fut-elle interrompue. Je suis une grande fille. Qui a fait ses choix et les assume, compléta-t-elle après un court silence.

- C'est bien ce qui me préoccupe, assura la jeune fille alors que les deux Serdaigle se regardaient avec intensité, comme si un échange muet se poursuivait.

- Emma ! sortit de nulle part la voix glaciale de Drago, faisant sursauter la concernée.

Le jeune homme désormais à ses côtés, la surplombait de sa grande taille, son regard acier transperçant la brune avec ce qui semblait être de la colère.

- Qu'est-ce que je peux faire pour toi, Drago ? réagit-elle placidement avant de siroter nonchalamment la cuillère qu'elle portait à sa bouche.

- Arrêter de te foutre de ma gueule, pour commencer, cracha-t-il avec fureur.

- Il va falloir que tu te calmes et que tu m'expliques ce qu'il se passe car je n'ai aucune idée de ce qui peut te mettre dans un état pareil, mentit Emma qui avait en fait une théorie plutôt claire sur la raison de l'emportement de son fiancé.

- Je viens d'avoir une intéressante conversation avec notre chère Mimi Geignarde, lança-t-il d'un ton doucereusement acerbe.

Puis sans attendre de réponse, le blond s'empara rageusement du sac de la Serdaigle et le fouilla avec empressement. Le jeune homme brandit alors sous leurs yeux un récipient rempli de potion.

- Je peux savoir pourquoi tu nous donnes ainsi en spectacle, s'agita Emma qui n'appréciait pas les regards curieux autour d'eux.

- Parce que c'est peut-être ce qu'il te faut pour que tu arrêtes enfin toute cette merde !

- Merlin, Emma, tu as vraiment recommencé !? s'agita à son tour Morag.

- Je n'ai rien recommencé du tout.

- Alors comment expliques-tu cette putain de fiole et la potion que t'a vu préparer Mimi tout à l'heure ?

- Tu sais Drago, il ne t'est pas interdit de réfléchir un peu à tes heures perdues, plutôt que de m'accuser de tous les maux ! répliqua Emma agacée de constater qu'il lui faisait aussi peu confiance. Maintenant on va tous se calmer, le coupa-t-elle en levant la main pour lui faire signe de se taire. Assieds-toi s'il te plait, lui ordonna-t-elle sans ménagement.

Après l'encouragement silencieux de Morag, le jeune homme s'exécuta de mauvaise grâce en déposant bruyamment le grand flacon de potion entre eux trois. Emma passa du regard accusateur de Drago à celui attentif de sa camarade de maison. Puis elle soupira avant de s'emparer du récipient face à elle.

- Je comprends votre inquiétude, mais je n'ai pas replongé, appuya-t-elle sur cette dernière phrase. Et pour votre gouverne, l'huile douce de vitriol est beaucoup plus limpide, plus liquoreuse, d'une couleur à peine plus verte et a incontestablement meilleur goût que cette horreur, assura Emma sur un ton que tous auraient préféré moins passionné.

- De quoi s'agit-il alors ? relança Morag afin de tirer Emma de ses dangereux souvenirs.

- Surement un substitut de je ne sais quoi visant à compenser son manque, déclara froidement Drago qui ne quittait pas sa posture accusatrice. Ca fait plusieurs jours qu'elle est à fleur de peau, ne mange quasiment plus, et qu'elle semble comploter quelque chose, continua sur sa lancée le blond surprenant ainsi sa fiancée par ses justes observations.

- « Elle » te remercie pour tant de circonspection.

- Drago, n'oublie pas qu'Emma a été souffrante en début de semaine, rappela soudain Morag, silencieusement félicitée par son amie pour cette déduction.

- Ca n'explique pas ça, rétorqua le blond en désignant du menton le flacon que venait de reposer sa fiancée.

- C'est là que tu te trompes et là où tu aurais dû pousser un peu plus loin ta réflexion, le contredit la jeune fille. Te souviens-tu de ce que Slughorn a dit après ma déplorable exhibition ?

Emma suivit le fil des expressions de son fiancé et fut satisfaite d'y voir un éclair de compréhension se faire dans son regard. Elle crut même percevoir une très légère teinte rosée sur ses pâles joues avant qu'il ne finisse par se masser les arrêtes du nez – certainement pour masquer son embarras face à sa colère infondée.

- Que tu pouvais refaire la potion plus tard ! en déduisit Morag qui ne faisait pourtant pas partie du cours du professeur Slughorn.

- Les Serdaigle sont entrainés chaque jour à de complexes énigmes si ça peut te rassurer, Drago, le taquina-t-elle en tentant de détendre un peu la lourde atmosphère qui s'était installée depuis l'arrivée du jeune homme.

- Il ne t'a jamais dit de faire cette fichue potion dans des toilettes désaffectées mais de « venir à la fin des cours » à ce que je sache, n'en démordit-il pas.

- Je n'avais pas cours en fin de journée alors j'en ai profité pour aller voir Sloghorn juste avant son dernier cours. J'ai récupéré les ingrédients et ai trouvé un endroit tranquille pour réaliser ma potion de vieillissement. Et quel meilleur endroit que des toilettes après ce qu'il s'est passé l'autre jour ? conclut Emma avec un sourire appuyé tandis que Drago continuait de calmer ses nerfs au moyen de son massage facial improvisé.

A ces mots, Morag partit dans un petit rire cristallin. La critique situation devenue plus cocasse qu'autre chose avait au moins eu le don d'éloigner la rousse de ses sombres problématiques. Elle regarda avec amusement Emma approcher une timide main réconfortante dans le dos de son fiancé qui restait prostré, yeux fermés et doigts toujours pincés sur le haut de son nez.

- Bon les amoureux, je vous remercie pour ce petit divertissement. Je vous laisse à vos explications, annonça Morag en se levant.

Accueillant le clin d'œil de son amie, Emma la regarda quitter la pièce avant de revenir à son fiancé. La jeune fille était plutôt touchée par la clairvoyance de Drago, ce qui la fit légèrement culpabiliser. Elle se rendait compte qu'il était devenu de plus en plus difficile de lui cacher quelque chose. Il savait lire en elle d'une manière qui la surprenait. Elle regrettait de l'avoir fait tourné en ridicule alors qu'il avait su flairer la manœuvre douteuse. Emma l'observa avec plus de tendresse qu'elle ne l'aurait voulu. L'image de leur couple s'imposa à elle. Ils avaient traversé tellement de choses ensemble. Et les voilà aujourd'hui, risquant de sauter toutes les étapes conventionnelles. Etaient-ils seulement prêts ? Avaient-ils jamais été prêts pour tout ça, le mariage, l'amour, la guerre, les malheurs, les bonheurs ?

La brune pressa la cuisse de son fiancé de sa main. Celui-ci tourna vers elle des yeux un peu hagards, comme si elle l'avait sorti d'intenses et profondes réflexions. Emma succomba à son envie d'offrir à ce visage d'ange déchu la caresse de ses lèvres. S'inclinant vers lui, elle lui baisa tout d'abord la tempe, puis la joue avant de se diriger vers le coin de sa bouche. Se redressant légèrement, elle laissa ses yeux verts se perdre dans le gris bleu de ceux de Drago. De sa main, elle replaça nonchalamment une de ses mèches blondes avant de terminer sa course sur sa nuque. Puis, glissant ses doigts à travers ses fins cheveux d'or, Emma dirigea la tête du jeune homme vers la sienne afin que leurs lèvres puissent se rencontrer. Tandis que leurs bouches s'entrouvraient, la langue d'Emma chercha celle de Drago. Electrisée par ce contact aussi doux que chaud, elle se rapprocha encore davantage avec un mélange de gourmandise et de délectation dans les gestes.

- Là ma belle, c'est toi qui nous donne en spectacle, la retint-il doucement afin de stopper quelque peu ses ardeurs.

Emma reprit lentement ses esprits et eut du mal à éloigner son visage de celui du jeune homme. Lorsqu'elle y parvint enfin, il lui fallut encore de longues secondes avant d'ôter son regard du sien. Ce fut alors qu'elle remarqua ceux – voyeurs – des derniers occupants de la Grande Salle. Les ignorants superbement, Emma entreprit de finir sa soupe avec une distinction affirmée. A ses côtés, Drago se leva avant de se placer derrière elle. Il se pencha jusqu'à son oreille, en plaçant des mains possessives sur les épaules de sa fiancé.

- Ne me refait plus jamais ça, Emma, l'avertit-il avant d'ajouter. Et il est évident que je ne parle pas là du baiser.

- Mon cœur, tu ne peux pas m'imputer ton manque de réflexion, lâcha la jeune fille sans vraiment s'en rendre compte.

Lorsque ce fut le cas, elle se figea aussitôt, laissant sa cuillère en suspension devant sa bouche. Comment l'avait-elle appelé ?

- Comment tu m'as appelé ? réagit enfin Drago qui avait été saisi de stupeur.

Loin de la vexation, Emma sentait très bien la satisfaction de ce dernier et la raillerie à venir. D'où ce surnom était-il sorti ? Au fond d'elle, elle le savait très bien. Cette marque d'affection lui venait tout simplement de son père. Bien qu'il ne s'agissait pas du seul sobriquet utilisé, le « mon cœur » de son père avait souvent hanté ses rêves peu après sa mort. Symbole de tendresse, symbole d'un amour affirmé. Penser au lien fort qu'elle partageait avec son paternel la ramena à sa possible grossesse et la troubla d'autant plus.

- J'ignorais qu'on faisait dans la mièvrerie maintenant, ajouta Drago alors qu'elle remarqua qu'il s'était rassis – nonchalamment adossé à la table – la fixant de ses yeux moqueurs.

- Tu m'appelles bien « Ma belle », ou « Trésor » et je n'en fais pas tout un fromage, tenta-t-elle de s'en sortir laborieusement. D'ailleurs, vu ta réaction tu peux être certain que ça n'arrivera plus jamais, fit-elle mine de bouder.

- Sur ce je m'en vais faire ma ronde et réfléchir à la question suivante : Le « Mon cœur » de ma fiancée est-il pire ou plus supportable que le « Mon Dragon » de Pansy ?

- Elle t'appelle « Mon Dragon » ? resta-t-elle perplexe face à cette découverte.

- M'appelait. Lors d'une époque désormais révolue, précisa-t-il afin d'éviter tout éclat.

- Merci de me faire part de ces faits écœurants, au passage.

- Dois-je te rappeler ton ignoble amourette avec Corner ? prit-il le même air dégouté.

- Morag nous a appelés « Les amoureux », déclara la jeune fille en guise de transition, prenant de court son fiancé.

- Tu cherches encore à justifier ton « Mon cœur » ?

- Non, j'essaye juste de m'acclimater à l'officialité de la chose.

- Vu la pelle que tu m'as roulée tout à l'heure, je peux t'assurer que tu t'y es plutôt bien « acclimatée », assura-t-il avec un sourire en coin.

- Tu n'avais pas une ronde à faire ? le rabroua-t-elle.

- Je la faisais ma ronde justement,… jusqu'à ce qu'un fantôme criard et boutonneux me tombe dessus pour m'apprendre qu'une certaine fiancée avait passé des heures devant un chaudron fumant, répliqua-t-il durement.

- C'est le serpent qui se mord la queue là, Drago. On ne va pas recommencer ce débat, objecta-t-elle avant qu'un silence ne s'installe. Tu es seul maître de tes réactions, je ne peux pas les gérer à ta place, ajouta-t-elle face à son mutisme. Tu as juste à me faire confiance.

- Tu excuseras ma difficulté à te faire de nouveau confiance avec l'historique que tu traînes derrière toi.

- Si c'était à refaire, je le referai tu sais.

- Tu as promis de ne plus jamais me mentir, Emma, claqua la voix du blond.

- Je sais. Mais c'est compliqué quand toi et moi n'avons pas la même définition du mot « mensonge ».

- Est-ce que je dois comprendre que tu es en train de me cacher quelque chose actuellement ? la sonda-t-il de ses yeux aciers.

Emma fut soudainement mise au pied du mur. Elle eut beaucoup de mal à soutenir son regard perçant. Son cœur se mit à battre à tout rompre. Le moment était venu de se positionner. Un pas de trop, et – comme elle l'avait si bien dit un peu plus tôt – le serpent se mordrait à nouveau la queue. Mais était-elle seulement prête à devenir celle qu'on attendait d'elle ?

« Oui. »

oOo

Presque deux jours s'étaient écoulés depuis la préparation de la fameuse potion qui lui permettrait de savoir si elle était oui ou non enceinte. Tout lui avait semblé beaucoup plus long lors des dernières quarante-huit heures. L'attente angoissante avait été amplifiée par la distance de son fiancé à son égard. Toutefois, la rupture de dialogue était bien différente de ce qu'ils avaient pu vivre quelques mois plus tôt. Il n'y avait ni haine, ni indifférence cette fois-ci. Bien qu'il ne lui adresse que très peu la parole, il ne rechignait cependant pas à lui répondre lorsqu'elle venait vers lui, à passer les cours à ses côtés, à être plutôt cordial lors des réunions de préfets ou encore lorsqu'ils étaient dans leurs appartements communs. Drago avait cependant décidé de regagner seul sa chambre au cours des deux dernières nuits. Ou du moins, elle n'avait pas osé le rejoindre de peur de s'y faire lourdement recaler.

Lorsqu'elle avait positivement répondu à la question de savoir si elle lui cachait quelque chose, elle avait simplement vu son regard se glacer, avant de l'observer se lever en silence et quitter la Grande Salle. A son retour de ronde, il avait entreprit de rédiger sa dissertation de Métamorphose, tandis qu'elle-même s'afférait à résoudre ses problèmes d'Arithmancie.

- Tu ne cherches pas à savoir de quoi il s'agit ? avait-elle demandé avec appréhension au cours de leurs rédactions mutuelles.

- Je suppose que tu me le diras lorsque tu seras prête, avait-il simplement répondu. Est-ce le cas ? eût-il quémandé au bout de longues secondes en la sondant de ses yeux d'acier. C'est bien ce que je pensais, avait-il conclu en percevant le hochement de tête négatif de sa fiancée, avant de retourner à sa dissertation.

Emma le remerciait de respecter son silence et quelque part elle aussi respectait le sien, quand bien même il s'agissait de deux types de silence tout à fait différents.

En ce dimanche ensoleillé, la jeune fille avait décidé de faire une promenade autour du lac gelé par les températures glaciales du moment. Morag ayant gentiment refusé de l'accompagner, ce fut donc seule qu'elle se retrouva sur la grève enneigée du lac, devenue légèrement verglacée.

- On ne t'a jamais dit que la neige et le soleil ne faisaient pas bon ménage, lui parvint la voix de Théodore.

- A croire que toi non plus tu n'as pas eu le mot, lança-t-elle au constat de sa présence.

- Je t'ai vue au loin, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller à ta rencontre, tel un papillon attiré par sa lumière fétiche, avoua-t-il avec dramaturgie sous la risette amusée de son amie. Ca faisait longtemps que je ne t'avais pas eu pour moi tout seul.

- C'est vrai, ne put qu'acquiescer la jeune fille.

- Si ça n'arrive que lorsque vous vous disputez, Drago et toi, j'ose espérer que cela vous arrive régulièrement.

- Ton exagération m'avez manquée, rigola-t-elle doucement.

- Il n'y a que ça qui t'ait manqué chez moi ? Quelle déception…

Emma lui donna une tape sur le bras et manqua de rejoindre le sol, glissant au même moment sur une plaque de verglas. Ce fut finalement accrochée au membre de son ami, qu'ils poursuivirent leur balade dominicale, rattrapant les dernières semaines passées plus ou moins loin de l'autre. Sur le chemin du retour, ils croisèrent Daphné et Anthony qui avaient également eu l'idée d'une petite promenade matinale. Se dirigeant ensemble vers le château, Emma profita avec plaisir de ces moments et de ces rires entre amis, devenus si rares depuis longtemps.

Une fois dans le Grand Hall, ils se séparèrent afin de prendre leur déjeuner à leur table respective. Arrivés au niveau de Michael et de Padma, Anthony proposa à Emma de les rejoindre, ce qu'elle accepta volontiers. Contre toute attente, la jeune fille fut également invitée à jouer à plusieurs parties de bataille explosive dans la salle commune des Serdaigle. C'était la première fois depuis la bataille de boules de neige qu'ils se retrouvaient à nouveau, laissant de côté les rancœurs et autres ressentiments qu'il y avait pu y avoir au cours des derniers mois. Peut-être la vie reprenait-elle son cours tout simplement, passant ainsi entre les mailles du filet de la guerre. Après tout, c'était de cette manière qu'ils pouvaient être plus forts : soudés et liés par des liens que mêmes les rancunes les plus tenaces ne pouvaient dissoudre.

- C'est l'anniversaire de Mandy, aujourd'hui, se souvint Emma qui repensait à cette dernière et à Terry. On pourrait lui écrire une lettre, proposa-t-elle à la surprise de tous.

- C'est une bonne idée, après tout dix-huit ans c'est l'âge de la majorité chez les Moldus, acquiesça Padma.

- Vaudra mieux éviter de le mentionner ça, en cas de contrôle, contredit toutefois Emma.

- Dans ce cas-là autant éviter de lui écrire tout court vu qu'elle fait partie de la liste des « Indésirables », ironisa sombrement Michael face à la remarque de la brune.

- Il faudrait trouver un moyen de lui écrire librement sans que ce soit contrôlé, déclara Anthony en ouvrant la chasse aux idées.

- C'est mission impossible, ils sont partout ces sales rats, se sentit défaitiste Padma.

- Je crois avoir la solution, annonça alors Emma en fixant les escaliers qui menaient aux dortoirs des filles. Commencez à écrire vos mots, je reviens d'ici quelques minutes.

Sur ces mystérieuses paroles, elle se leva et se dirigea vers ce qui avait été son dortoir il y avait encore quelques semaines de cela. Une fois à l'intérieur, la jeune fille trouva la personne qu'elle espérait y voir.

- Salut Morag, je te cherchais.

- Emma, quelle surprise de te revoir ici, s'étonna-t-elle de sa présence. Il s'est passé quelque chose ?

- Non, rien de particulier, rassure-toi. En fait, on aurait besoin de ton aide… dévoila-t-elle avec appréhension.

- Définis le « on », souhaita savoir la rousse, toujours confortablement installée contre sa tête de lit.

- Anthony, Michael, Padma et moi, avoua-t-elle avec un léger sourire.

- Je vous ai vu au déjeuner discuter avec une normalité surprenante. Je suis contente pour toi, Emma, sourit gentiment son ancienne camarade de dortoir. Alors, en quoi puis-je vous aider ?

- Eh bien, c'est assez délicat en fait… Rassure-toi je ne leur ai rien dit du tout, s'empressa-t-elle d'ajouter. Mais nous avons eu la folle idée d'écrire à Mandy pour son anniversaire aujourd'hui. Le souci c'est que compte tenu de son statut d'indésirable, on ne…

- Tu souhaites utiliser mon code pour envoyer votre lettre, résuma Morag qui comprit où elle voulait en venir.

- Je comprendrais parfaitement que tu refuses. Je ne veux compromettre, ni toi, ni ton fiancé.

Pour simple réponse, Morag se redressa en silence jusqu'à finir en équilibre sur son matelas. Tâtonnant le plafond de bois de son lit à baldaquin, la rousse s'empara alors d'un parchemin vierge sorti de nulle part. Elle y jeta un sortilège informulé qui fit apparaitre une succession de mots et de runes anciennes.

- C'est avec plaisir que je vous aiderai, Emma, indiqua-t-elle.

- Mais… ?

- Pourquoi crois-tu qu'il y a un « mais » ?

- Je ne sais pas, ça me semble… un peu trop facile, constata la brune face à cet accord obtenu un peu trop rapidement à son goût.

- Désolée de te décevoir, Emma, mais tu vas bel et bien faire partie de cette rébellion une fois ce code utilisé.

- Bien tenté, Morag, mais ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus. Tu devrais faire un peu plus attention à toi, et ne pas accepter de dévoiler ton code à n'importe qui, lui fit-elle la morale.

- Et c'est toi que tu traites de « n'importe qui » dans cette histoire, releva son amie avec perplexité.

- Absolument. Dois-je te signaler que je suis Préfète en chef, fiancée à un mangemort, lui-même d'une famille de mangemorts ayant laissé leur demeure en guise de quartier général pour Tu-sais-qui ?

- Bien que tout ça fasse assez froid dans le dos, pour moi tu es avant tout une fille intérieurement torturée, qui ne cessera jamais de rechercher le bien à travers ses actions, aussi sombres soient-elles.

- Et les autres ?

- Il me semble que ces trois-là t'ont assez fait mordre la poussière au nom du camp du Bien pour savoir que je peux leur faire confiance.

- Je suppose que tu ne vas pas être la seule à participer à tout ça. Crois-tu que tes « amis » accepteront de nous aider pour une simple lettre d'anniversaire… ? s'inquiéta à nouveau la brune.

- Emma, à quoi crois-tu que sert la rébellion si ce n'est à redonner de l'espoir aux gens en conservant et partageant les infimes parcelles de bonheur qu'il reste dans ce monde en guerre ?

- Eh bien, je crois qu'il ne me reste plus qu'à faire part aux autres de la bonne nouvelle…

- C'est exactement ça

- Merci, Morag.

- Merci à toi, Emma, d'avoir compris que je pouvais vous aider.

Les deux amies se sourirent longuement avant que la brune ne se décide enfin à quitter la pièce. Elle avait tout à fait conscience du risque pris pour l'envoi de cette simple lettre, mais étrangement, Emma se sentait comme poussée par une énergie soudaine. Elle voulait sincèrement communiquer avec Mandy et partager cette possibilité avec ses anciens amis – ou pouvait-elle tout simplement dire « ses amis » désormais. De retour dans la salle commune, elle se dirigea vers ces derniers.

- Problème résolu, annonça-t-elle avec un entrain qu'ils ne lui connaissaient pas.

- Je suis curieuse de connaître ta fameuse solution, commenta Padma, dubitative.

- On ne peut pas en parler ici. Sache juste que toi et moi, on va passer la soirée à aider Morag pour ses devoirs de Runes, dévoila-t-elle mystérieusement.

Emma s'empara du petit bloc de parchemin qu'avaient laissé ses amis pour écrire leurs mots et nota les mots-clés expliquant le fameux plan d'action.

« Lettre codée. Runes. Contacts de confiance. Rébellion. SILENCE.»

La jeune fille hésita à mentionner l'avant dernier mot, mais savait parfaitement qu'il aurait son petit effet auprès de ses amis. Elle tendit le mini parchemin à Padma qui, à la lecture de ces mots lui lança aussitôt un regard mi-ébahi, mi-réfléchi.

« C'est bien Morag, que l'on va aider pour ce devoir ? »

Face au hochement de tête affirmatif de sa camarade, l'indienne mima un mouvement similaire et passa le document à Anthony. A l'image de sa discrétion et de son calme légendaire, ce dernier sourit avec ce qui semblait être de la fierté et donna le bout de papier à Michael. Le jeune homme fixa longuement les quelques mots inscrits avant de faire disparaitre leur support d'un coup de baguette. Il sembla éviter le regard scrutateur d'Emma et se contenta d'échanger visuellement avec Padma, qui était assise face à lui.

Tandis qu'ils terminaient leurs mots, Emma elle, commença le sien. Maintenant qu'elle pouvait parler quasi-librement à son amie Mandy, qu'allait-elle lui dire ? Elle se voyait mal de lui parler de son futur mari mangemort en sachant que les membres de la rébellion seraient les traducteurs de sa lettre. Un fin sourire éclaira son visage à l'idée de devoir coder une lettre qui serait elle-même codée.

Ma chère Mandy,

Par où commencer après tout ce temps sans toi et sans ta si joyeuse, réconfortante et précieuse présence. Après tout, ne dit-on pas qu'on ne se rend compte de l'importance d'une chose que lorsqu'on la perd ? Non pas que tu sois une chose, mais simplement la personne la plus lumineuse que j'ai pu rencontrer au cours de ma vie. Et une planète ne fait que survivre loin de son soleil…

Tout ça pour dire que tu me manques énormément, Mandy. Ces derniers mois étaient d'une dureté et d'une violence – tant psychologique que physique – sans nom. Mais rassure-toi, à l'heure d'aujourd'hui me voilà à nouveau bien entourée par ceux que je considère comme mes amis – quand bien même ils ne me verraient pas ainsi.

Je suis rassurée de te savoir loin de cette guerre, loin de ce qu'est devenu Poudlard. J'espère sincèrement que tout se passe bien pour toi et que tu as tout le soutien qu'il te faut auprès de ton petit-ami. Pour ma part, à ce niveau cela a été très compliqué, mais je gère au mieux la situation…

Pour en venir au sujet principal de cette lettre, sache que je te souhaite, ma très chère Mandy, de vivre une très heureuse journée d'anniversaire pour le jour de tes dix-huit ans ! Comme chaque année, tu es la première d'entre nous à y passer même si on est tous d'accord pour dire que tu seras toujours notre petite Mandy adorée.

J'espère réellement avoir l'occasion de te revoir rapidement. Même si plus rien ne redeviendra comme avant avec cette guerre, sache que tu seras toujours pour moi la première personne à m'avoir accordée sa confiance et son amitié, et ce, en m'acceptant telle que je suis.

Je pense très fort à toi et te souhaite autant de bonheur et de joie que possible, car tu le mérites plus que jamais.

A très bientôt ma très chère amie.

E.O

Une fois son mot rédigé, Emma confia le parchemin à Padma en l'invitant à rapporter le tout à Morag. Elle s'excusa auprès d'eux et précisa qu'elle les rejoindrait un peu plus tard dans la soirée. La jeune fille quitta la salle commune sous leur regard songeur et se prit de plein fouet toute l'angoisse qu'elle avait refoulée tout au long de la journée. La potion était désormais prête. Même si elle n'aurait pas de réponse immédiate, elle pourrait enfin l'utiliser à ses fins – et quelles fins…

- Emma ! fut-elle soudainement interpellée au bas de l'escalier en colimaçon qui menait à l'entrée de leur salle commune.

- Michael ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je voulais te voir… en privé, expliqua-t-il alors que c'était la première fois depuis des mois qu'ils se retrouvaient seuls.

- Je t'écoute, l'encouragea-t-elle tandis que Michael se murait dans un silence incommodant.

- Je te présente mes excuses, déclara-t-il sombrement. Pour avoir cessé de croire en toi. Pour t'avoir détestée si ardemment. Et pour t'avoir fait subir mon caractère de merde.

- Ton caractère de merde, je le supportais déjà avant, précisa Emma avec un sourire en coin.

- Oui, mais à l'époque je t'aimais et avais une confiance aveugle en toi, répliqua-t-il.

- Et maintenant ?

- Maintenant je dirais, que l'ardoise est effacée et que tout est à reconstruire, proposa-t-il. Qu'en penses-tu ?

- Je pense que « les » ardoises sont effacées et que nous sommes effectivement capables de reconstruire quelque chose avec un peu plus de maturité. Doucement, mais surement, ajouta-t-elle.

- Merci pour ce que tu fais pour Mandy.

- J'imagine déjà son sourire angélique et ça vaut de coup de se donner tout ce mal.

- Bon, je vais te laisser à tes occupations alors, conclut-il en appuyant sur l'avant dernier mot comme s'il émettait déjà un nouveau jugement.

Levant les yeux au ciel, Emma poursuivit son chemin vers le deuxième étage du château. Bien que pleine de détermination, la peur de la vérité s'emparait d'elle au fur et à mesure de son avancée. A son arrivée dans les toilettes désaffectées, Emma se dirigea aussitôt vers le cabinet au sein duquel elle avait dissimulé son chaudron. Levant le sort, la jeune fille remarqua que la potion avait pris une belle couleur dorée qui reflétait ses traits soucieux.

Emma s'empara du livre qu'elle avait rendu invisible en même tant que le chaudron et le matériel dont elle aurait besoin pour la suite. Suivant les directives indiquées, Emma versa le liquide brillant dans trois récipients de même contenance. La suite – plus complexe – l'obligea à se procurer 10 ml de trois substances corporelles, à savoir sang, salive et urine. La récupération des deux derniers échantillons fut une expérience que la jeune fille préféra oublier. L'échantillon de sang était quant à lui le plus facile à se procurer, bien que douloureux. Coupant l'intérieur de sa paume au moyen d'un sortilège à manier avec précaution, elle pressa sa main de manière à récupérer les 10 ml requis.

Disposant de chacun des liquides ainsi prélevés, Emma observa le rouge de son sang faiblement teinter la couleur doré de la potion. Désormais, il ne lui restait plus qu'à attendre. Encore et encore, pensa-t-elle. Cela faisait bientôt une semaine qu'elle avait eu des doutes concernant une éventuelle grossesse. S'étant refusée de penser aux conséquences tant qu'elle n'était pas sûre de son état, l'attente n'en était pas moins compliquée. La réponse serait quoiqu'il arrive dévoilée le soir même, après les quatre heures d'attente préconisées.

Jetant une nouvelle fois le sort de dissimulation sur tout cet attirail, Emma entendit un bruit soudain à l'entrée des toilettes. Les nouveaux arrivants vérifiaient que la voie était libre en ouvrant les cabines les unes après les autres. Instinctivement, la Serdaigle lança tant bien que mal un Sortilège de Désillusion sur sa propre personne. C'était la première fois, qu'elle jetait ce sort de manière informulée et espérait qu'il fonctionnerait correctement. L'impression qu'un liquide froid recouvrant son corps de toute part tendait à confirmer que le sortilège avait porté ses fruits.

La porte s'ouvrit à la volée, laissant apparaitre un Neville Londubat alerte et concentré. Cessant de respirer, Emma se figea telle une statue. Elle craignait que la distance entre eux soit trop faible pour que le sort ne soit complètement efficace – ce dernier ne faisant que donner au sujet visé l'apparence de ce qui était derrière lui. En l'espèce, derrière Emma se trouvait un chaudron lui-même dissimulé. Le Sortilège de Désillusion reprendrait-il le Sort de Dissimulation ? La réponse à cette question digne d'une interrogation écrite fut délivrée par l'absence de réaction du Gryffondor qui se contenta de vérifier les deux autres cabinets. Reprenant une lente et discrète respiration, Emma ne put qu'assister aux échanges qui suivirent.

- La voix est libre, annonça Neville à ses coéquipiers.

- J'ai ce que vous m'avez demandé, déclara la voix de celle qui semblait être la préfète de Gryffondor.

- Super, nous te remercions sincèrement, Romilda, la félicita Ginny Weasley.

Intriguée par ces manigances, Emma s'approcha à pas de loup de l'entrée de sa cabine afin d'en voir un peu plus. Les trois Gryffondor étaient accompagnés de Luna Lovegood qui semblait toujours autant dans la lune. La brune reconnut facilement l'objet qui se trouvait dans la main de la rousse. Pourquoi donc avaient-ils besoin du registre des infractions ?

- Qu'allez-vous en faire ? demanda Romilda qui se posait apparemment la même question.

- Le détruire, annonça Neville qui tournait le dos à Emma.

- Le remplacer, compléta Ginny.

- Et faire une merveilleuse surprise à nos directeurs adjoints, ajouta Luna avec enthousiasme.

- On a encore besoin de ta participation à ce sujet, indiqua la rousse avec toujours autant de prudence.

- C'est toi qui ira chercher les Carrows pour les prévenir de la disparition du registre, en leur demandant s'il ne se trouve pas dans leur bureau, l'informa Neville. Fais en sorte qu'ils aillent immédiatement vérifier.

- Sur ce point, je crois qu'on peut faire confiance à tes talents de tragédienne, l'encouragea Ginny.

- Et nous on s'occupe du reste. S'ils insistent pour que tu les suives, évite juste de rentrer dans la pièce une fois que vous y serez.

- Il n'y a pas de soucis pour tout ça. J'irai les chercher lorsqu'ils seront dans la Grande Salle pour le dîner. Qu'est-ce que vous leur avez réservé comme accueil ?

- Celui qu'ils méritent, se contenta de dévoiler Neville.

- On va transformer leur bureau à leur image : aussi froid, glacial et impitoyable qu'eux, expliqua Luna avec exaltation.

- On va leur montrer qu'ils ne seront jamais les bienvenus à Poudlard et qu'on ne cessera jamais de se battre contre leur déchainement de violence.

- Vous agirez à découvert ? s'inquiéta la préfète.

- Non, tout sera calculé d'avance, répondit Ginny. Chaque piège s'enchainera telle une chaine de dominos qui s'écroulent.

- Je suis curieuse de voir ça, s'enthousiasma Romilda à cette idée. Je suppose qu'Ackerley va vous aider sur ce coup-là ?

- C'est même lui qui en a eu l'idée. Ce petit est vraiment plein de ressources, fit fièrement Neville.

- A la base nous voulions juste saboter leur registre en y inscrivant toutes les « infractions » que ces deux crapauds ont pu faire depuis leur arrivée à Poudlard, poursuivit Ginny.

- C'est un honneur de participer à cette opération, conclut Romilda qui approuvait toutes ces idées.

- Nous ne sommes pas seuls, intervint tout à coup Luna tandis que tout le monde se figea.

La blonde regardait dans la direction d'Emma et semblait fixer son regard dans le sien comme si elle pouvait la voir. Illustrant ses propos, Luna pointa du doigt l'endroit exact où se situait l'intruse. Prise de court, la jeune fille se contenta de rester immobile, cherchant une solution qui ne venait pas.

- Sortilège de Désillusion, expliqua simplement Luna en ramenant son bras à elle. Je ne l'ai pas vu tout de suite, mais une partie de la porte est légèrement plus floue que tout le reste. On peut voir le même effet dans le miroir, ajouta-t-elle alors que Neville et Ginny pointèrent leur baguette vers l'endroit cité.

- Il n'y a aucune porte de sortie, vous feriez mieux de vous montrer, cracha Neville.

En accord avec ce dernier, Emma soupira avant de lever le sortilège qui la dissimulait depuis le début. Se parant de sa baguette en guise de protection, la jeune fille resta impassible face aux différentes réactions qu'on lui opposa. Surement embarrassée de s'être fait surprendre par sa supérieure, la préfète des Gryffondor l'observait avec une certaine angoisse. Ginny et Luna, lui réservaient quant à elles, un regard sondeur, comme si elles réfléchissaient encore à la réalité de la menace. Neville, lui, ne se départait pas de sa hargne et de sa méfiance à l'égard de la Préfète en chef.

- Bonsoir, les salua-t-elle.

- Tu nous as suivi jusqu'ici ?! l'accusa le Gryffondor.

- Si je puis me permettre, vous n'êtes pas les seuls à pouvoir trouver une utilité à ce lieu désaffecté, répliqua-t-elle, imperturbable.

- Pourquoi t'être cachée de nous ? la questionna à son tour Ginny.

- J'ignorai vos identités lorsque j'ai lancé ce sort. En période de guerre, il vaut mieux rester sur ses gardes. Mais là, je ne vous apprends rien je pense.

- Oreiro, tu es l'une des dernières personnes à qui l'on pourrait faire confiance ici. Je regrette, mais on va être obligés de te faire oublier ce que tu viens d'entendre, exposa froidement Neville.

- Tu n'as pas intérêt à lever le petit doigt sur moi, Londubat, répliqua Emma qui n'appréciant pas la menace, serra un peu plus sa baguette.

- Neville, calme-toi. Je crois qu'on peut trouver un terrain d'entente avec Emma, temporisa Ginny.

- Tu plaisantes ? Dois-je te rappeler qu'elle s'affiche sans complexe avec Malefoy ? Ce qui au passage est carrément dégoutant.

- C'est bien la seule chose qui m'empêche de lui donner totalement ma confiance, acquiesça la rousse avec regret. Mais personne n'est parfait, et je sais que malgré cette faiblesse, Emma a toujours fait en sorte de calmer le jeu cette année.

- Une faiblesse ? Elle ne fait pas que fricoter avec l'ennemi, Ginny. Elle va se marier avec lui ! Qui sait ce qu'elle va pouvoir raconter aux réunions de famille pendant les fêtes ?

- Ils ont l'air en froid en ce moment, ou en tout cas de s'être éloignés, plaida en sa faveur la préfète des Gryffondor.

- Emma a passé toute l'après-midi dans la salle commune des Serdaigle avec des membres de l'AD, informa à son tour Luna.

- C'était pour nous pister ? Tu es allée à la pêche aux infos ? l'accusa-t-il face à ce nouvel élément.

- Je vous remercie tous pour ce subit intérêt, mais il me semble être la mieux placée pour parler de ma personne.

- Pour que tu puisses nous balader comme tu as fait balader tes anciens amis ?

- Neville, tu as le droit d'avoir ton propre jugement, mais je t'interdis de le faire passer pour une réalité, s'agaça très sérieusement la Serdaigle. Maintenant c'est moi qui parle, interrompit-elle la réplique qui venait au Gryffondor. Oui, je suis quelqu'un à qui vous ne pouvez pas totalement faire confiance. Mais cela ne fait pas forcément de moi un ennemi. Et pour votre information, ce n'est pas parce que mon fiancé est le con arrogant et ardent défenseur de son héritage que vous avez toujours connu, qu'il est forcément lui aussi un ennemi. Mais je ne suis pas là pour le défendre alors ce débat est clos, coupa-t-elle à nouveau la parole à Neville. Je peux vous affirmer que je déteste les Carrow autant que vous, si ce n'est plus, et Ginny en sait quelque chose. Voilà pourquoi – je pense – elle n'est pas aussi catégorique que toi, quand bien même il y aurait de nombreux éléments qui la dérangent. Est-ce exact ?

- Je confirme, approuva la rousse en plongeant son regard dans celui d'Emma.

- Ce que j'ai malencontreusement appris ce soir concerne – si je ne me trompe – un projet de sabotage d'un document officiel ainsi que la mise en place de pièges destinés à la fratrie Carrow. Malgré mon statut de Préfète-en-chef, il faut savoir Neville que j'ai en horreur – entre autres choses – le fait de devoir remplir chaque jour ce satané registre et d'être obligée d'en reporter la synthèse chaque fin de semaine. Je serai même ravie de vous aider à mettre en revue la liste de toutes « leurs » infractions. Et concernant les pièges… mit-elle un temps d'arrêt dans son monologue. Je ne vous laisserai faire qu'à une seule condition.

- Laquelle ? s'empressa de demander Ginny afin de devancer son ami.

- A la condition que je sois là pour voir ça, déclara-t-elle avec un sourire qui se voulait complice.

- Il en est hors de question, rejeta aussitôt Neville.

- Ca pourrait être une bonne idée, objecta Luna. Elle pourrait accompagner, voire remplacer Romilda ce qui permettrait de brouiller un peu plus les pistes.

- Ca me plaisait d'en être moi, bouda légèrement la préfète.

- Luna n'a pas tort. Ils risquent d'immédiatement suspecter le lien avec Romilda si c'est elle. Et sa couverture tomberait, renchérit Ginny.

- A ce que je sache sa couverture est déjà tombée depuis l'espionnage d'Oreiro, rétorqua Neville.

- Toi, tu dois bien t'entendre avec Michael, lâcha Emma en provoquant le léger rire de Ginny qui ne pouvait que comprendre le rapprochement avec son ex-petit ami.

- Bon Neville, je comprends ta réaction et j'aurai pu avoir la même si je ne connaissais pas Emma un peu mieux que toi, prit les devants la rousse qui avait repris son sérieux. Pour rappel, elle aussi avait son nom marqué sur la liste des membres de l'AD même si elle n'a participé qu'à une seule réunion. Je me porte garante pour elle. Si tu as confiance en moi, alors crois-moi. Je te garantie que sur ce coup-là au moins, on peut lui faire confiance, affirma-t-elle avec une conviction qui sembla faire son effet auprès de son ami.

- Je suis d'accord pour qu'elle garde sa mémoire, ainsi que pour sa participation à notre sabotage du jour. Par contre, nous avons déjà pris six minutes de retard par rapport au timing, précisa Luna.

- Neville ? relança Ginny afin d'avoir son accord verbal.

- C'est vraiment parce que c'est toi, Ginny… abdiqua-t-il de mauvaise grâce. Mais c'est la copine de Malefoy, merde !

- Je tiens à dire qu'avant d'être la copine de qui que ce soit, je suis avant tout une personne dotée de conscience et de pouvoir d'action propres, rétorqua Emma qui n'appréciait guère être jugée de par sa relation avec Drago.

- Ok, maintenant tout le monde se tait et au boulot, conclut Ginny avant de tendre sa baguette vers le registre des infractions et de le dupliquer.

Avant de les imiter, Emma regarda le petit monde s'affairer autour d'elle avec détermination. Une chaleur similaire à ce qu'elle avait ressenti au moment de monter le projet « Lettres à Mandy » submergea le creux de sa poitrine. Jamais elle n'aurait pensé éprouver une telle exaltation face à son inimaginable participation dans ces actes de rébellion. Elle comprenait de mieux en mieux la force que pouvait tirer le camp du bien de leurs actions, aussi petites soient-elles. Après les mois de déchéance qu'elle avait pu vivre dernièrement, c'était un regain d'espoir qui semblait poindre le bout de son nez. Au vu des perspectives nouvelles qui se profilaient, cet espoir bienvenu n'en devenait que plus vital.


Voici la fin de ce chapitre qui est en quelque sorte coupé en deux ! La suite s'intitule : Mortel Espoir !

Tadaaa... Grosse annonce dans ce chapitre afin d'introduire directement l'intrigue de ce 4ème tome. Je sais. La perspective d'une grossesse est un peu cliché. Mais comme pour cette histoire de salle commune des préfets, je vais essayer de contourner l'effet cliché et de m'en servir à bon escient pour la suite de cette histoire.

Pour moi il était primordial de corréler ses soupçons de grossesse avec ses actions un peu plus assumées pour le "camp du bien".

Est-ce que ce début alimente des hypothèses sur la suite ? En crée de nouvelles ?

A très bientôt pour la suite !

Desea Oreiro