CHAPITRE XXXIV - Le Piège.


Hello vous !

J'espère que vous allez tous bien.

Un grand merci pour vos commentaires, reviews, MP… ça me fait toujours extrêmement plaisir de vous lire :)

On se retrouve à la fin de ce Chapitre…

Bonne lecture.


Assise sur le lit, Freya fixait la tasse fumante d'Earl Grey, coincée entre ses mains. La tasse réchauffait ses genoux, et la douleur dans les paumes de ses mains avait totalement disparue.

Le silence régnait dans la sombre cabine, mais il était régulièrement perturbé par des grincements de bois qui émanaient du navire tout entier. Ce dernier sembla pencher vers bâbord, et puis, vers tribord. Freya jeta un vague coup d'oeil inquiet dans la direction d'un hublot de la cabine. La grande étendue bleue était devenue sombre comme un saphir, et ses vagues et remous reflétaient un ciel gris épais.

Le soupir de Thésée la fit recentrer son attention sur lui.

Il était assis devant le petit bureau en acajou, le dos arqué au dessus d'un parchemin, une plume dans sa main droite. Il écrivait une lettre à Dumbledore, pour le prévenir du rêve de Freya et de leur sombre découverte : c'était lui, et seulement lui, que Grindelwald visait avec Croyance.

Mais à vrai dire, cela faisait une demie-heure qu'il était là, immobile devant ce morceau de parchemin, encore à moitié enroulé… et Freya n'entendait pas le distinct bruit du grattement de la plume contre le papier.

Sur l'instant, elle ne sut pas précisément pourquoi il soupirait.

Etait-ce parce qu'il repensait à son rêve sur Lestrange ?

Etait-ce à cause de cette lettre qu'il ne parvenait pas à écrire ?

Ou était-ce à cause des mouvements désagréables du navire, qui lui donneraient peut-être mal au coeur ? Après tout, n'avait-il pas été victime de mal de mer en arrivant à bord ?

Même sans se retourner, il dut capter son regard car sa voix grave ricocha contre le secrétaire en acajou :

- Je vais bien.

Il reposa la plume, jusque là inutilisée, dans l'encrier et se tourna vaguement vers elle avec des sourcils désapprobateurs :

- Et ce serait plutôt à moi de vous faire ce regard.

Les sourcils de Freya, eux, s'étaient soulevés avec étonnement :

- Je ne vois pas de quel regard vous voulez parler.

- Celui qui ne reflète que vive inquiétude.

Ils échangèrent un long regard, et puis, il se tourna une nouvelle fois vers le bureau en bois sombre, et réajusta sa posture. Il cala son grand dos en arrière, et s'appuya de travers avec son avant-bras sur le dessus en acajou.

Freya pensait qu'il devait encore une fois regarder dans le vague, sûrement plongé dans ses pensées… mais elle remarqua avec étonnement que c'était en fait elle qu'il regardait.

Ses yeux gris intenses se reflétaient dans un petit miroir, accroché contre la paroi en boiseries de la cabine. Elle hoqueta presque avec surprise, ne s'attendant pas à ce qu'il l'observe ainsi, et seul Merlin aurait pu savoir depuis combien de temps il l'avait étudiée de cette manière.

Sans bouger, ni sans dévier son regard d'elle, il ajouta sombrement :

- Vous êtes celle qui a vécu ce rêve, pas moi…

Les yeux de Freya retombèrent dans sa tasse, où l'Earl Grey fumait toujours. Elle y voyait un reflet changeant et remuant, des ondulations noires en pagaille, des cernes sombres, un regard perdu…

Elle entendit Thésée remuer une nouvelle fois sur sa chaise, la faisant grincer alors qu'une autre secousse fit pencher la cabine vers bâbord.

- Pour ma part, je suis… soulagé, en quelque sorte.

Cette fois-ci, Freya remonta des yeux un peu surpris vers lui. Il s'était tourné sur chaise, s'asseyant de biais pour lui faire face. Il lui fit un sourire triste, qui n'atteignit pas ses yeux, et après un pincement de lèvres, durant lequel il sembla débattre de si oui ou non il allait continuer à se livrer, il finit par ajouter :

- Ce fardeau devenait un peu lourd à porter seul.

Il hocha la tête pour lui-même, dans un geste absent, et se mit à fixer l'encrier et la plume avec une intensité sans pareille. Sa main se mit à attraper la plume et du bout des doigts, il se mit à jouer son rachi, l'air songeur.

Freya murmura :

- Vous aviez dit que Norbert savait…

La prise sur la plume se fit un peu plus nerveuse, et Thésée rétorqua aussi sec :

- Norbert a d'autres préoccupations en ce moment, j'imagine. Et comme vous le savez, nous échangeons peu. Et encore moins lorsqu'il s'agit de pareils sujets.

Freya s'en voulut d'avoir ramené le sujet sur le tapis, sentant bien qu'il était très sensible de parler de Norbert, et encore plus lorsque cela était lié à Lestrange. La voix de Thésée soupira avec contrariété :

- Si Miss Goldstein n'avait pas été là, à le pousser à m'en parler, jamais je n'aurais su pour…

Freya n'osa pas compléter sa phrase.

Les images terribles de Lestrange en train de pleurer au-dessus du lavabo des toilettes des Dames, fin Août 1927, lui revenaient telles une gifle. Une gifle pour son stupide ego.

Mais Dragonneau la termina de lui-même, choisissant méthodiquement des termes vagues, afin de ne pas poser un mot funeste sur cette affaire :

- Pour ce qui est advenu du frère de Leta.

Freya remua un peu sur le couvre lit vert tendre, dont il lui rappelait amèrement le péridot de sa bague à serpents. Elle demanda avec précaution :

- Êtes-vous… en colère contre lui ?

Thésée la regarda rapidement, et puis, sembla étudier la question quelques secondes.

Il lâcha la plume et se tourna une nouvelle fois vers elle, se mettant de biais sur sa chaise. Il reprit avec un air penseur :

- Ce n'est pas vraiment le mot.

L'auror laissa tomber son regard gris sur ses mains jointes, négligemment disposées sur ses genoux. Il souffla :

- Frustré qu'il ne me dise jamais rien.

Ses yeux gris se relevèrent vers elle.

- Et inquiet qu'il lui arrive toujours quelque chose.

Ces deux phrases flottèrent un long moment dans les airs, et Freya mit un certain temps à les assimiler, comme s'il avait fallu les laisser infuser. A vrai dire, ces deux phrases avaient été lourdes de sens, témoignant du rôle de Thésée vis à vis de Norbert ; un rôle de Grand Frère. Un engagement à le protéger, à le surveiller, à ne vouloir que ce qu'il y a de bien pour lui… Même en n'ayant pas de petit frère, ni de petite soeur, Freya comprenait ces concepts, et elle trouvait que cela ajoutait encore tant de noblesse à Thésée.

Thésée, d'ailleurs, devait essayer de décrypter ce qu'elle devait en penser, car il la regardait avec des yeux intenses. Il finit par hausser les épaules avant de recaler son dos dans l'arrière de la chaise :

- Cela me fait peut-être un point commun avec votre frère.

Freya fut un peu prise au dépourvu.

Après un regard hébété, elle nia d'un mouvement de tête :

- Il n'a pas toujours été comme cela.

Dragonneau eut un petit sourire et un hochement de tête absent, formant une expression presque compatissante envers Marcus. Il objecta simplement :

- Peut-être que vous ne l'aviez simplement jamais remarqué.

Le silence retomba entre les deux sorciers.

Freya prit une gorgée de son thé, encore brûlant, il était si apaisant, et sa douce chaleur s'étendit dans son corps tout entier, créant un doux sentiment de réconfort.

Le bateau tangua encore vers tribord, et Thésée retint l'encrier de glisser le long du bureau en bois sombre. Sa voix grave recouvrit le grincement des boiseries, sans la regarder :

- Je voulais vous remercier…

Elle lui jeta un regard interrogateur, et il compléta avec une tonalité plus douce :

- Pour ce que vous avez dit à Leta… enfin, ce que vous disiez dans votre rêve.

Il lui adressa un petit sourire triste alors qu'elle restait sans voix.

Il compléta rapidement :

- J'imagine qu'elle aurait été un peu soulagée de l'entendre.

Et puis, son expression devint une grimace de regret, qu'il redirigea vers le secrétaire. Il eut un soupir entre agacement et sarcasme, débordant de culpabilité :

- Quand j'y repense, il y avait tellement de signes, d'indices… même au bal en Août, j'ai douté, mais je-…

Il secoua sa tête avec tort.

- Je n'ai pas réussi à m'en rendre compte. Et maintenant, il est trop tard.

Freya avait posé sa tasse fumante sur sa table de chevet et s'était levée. Mais il ne sembla pas l'avoir entendue, car il était resté figé, courbé au dessus du bureau avec une mine déconfite. Elle parcourut le petit mètre qui les séparait en deux pas cautioneux et lents.

Sa main, après hésitation, se posa sur le haut de son épaule et, alors qu'il redressait ses yeux vers les siens, elle interjeta :

- Vous n'auriez pas pu le savoir.

Il voulut sûrement la contredire, mais elle intervint avant même qu'il ne puisse parler, avec un ton plus résolu :

- Et vous devriez partager un peu plus avec les autres.

Avec une fronce dans ses sourcils, Freya ajouta :

- Vous gardez tout pour vous, jusqu'à ce que vous explosiez. Regardez où cela vous a mené après…

Elle dût se concentrer pour balayer toutes les violentes images qui lui traversaient l'esprit. Elle se reprit avec un secouement de la tête :

- Après Exmoor.

Thésée penché sa tête sur le côté, avec des yeux sincèrement navrés.

Freya insista avec une mine préoccupée :

- Souvenez-vous de cette fièvre.

Après de longues secondes de silence, durant lesquelles Dragonneau l'étudiait, ses yeux patients furent allumés d'un soudain pétillement. Ils se décrochèrent du regard bleu, pour descendre furtivement vers les lèvres de la sorcière debout au dessus de lui.

Il se racla la gorge, essayant malgré lui de ravaler un petit sourire qui naissait sur ses lèvres. Il les pinça pour se contenir et Freya le toisa, perdant son air préoccupé au profit d'yeux interrogateurs. Elle se demandait ce qui pouvait bien l'amuser à ce point, et ce, au beau milieu d'une conversation si sérieuse et morose.

Il commença, toujours en essayant d'endiguer cette courbure de ses lèvres :

- Ce n'est pas…

Ses yeux retombèrent sur les lèvres de la sorcière, et puis ils remontèrent vers son regard, pétillants et amusés :

- Ce n'est étrangement pas de la fièvre dont je me souviens le plus.

Sa voix grave avait été si douce qu'elle avait sonné comme du velours dans les oreilles de Freya. Cette phrase fut si douce et si piquante à la fois, que Freya en avait eu un véritable coup de chaud. De ni une ni deux, elle avait senti tout son sang affluer à ses joues et son cou.

- A quoi, au nom de Merlin, faisait-il référence exactement ?

Son cerveau fut envahi de souvenirs à la fois tendres et gênants : en passant par leur étreinte dans les escaliers de Ste Mangouste, l'embuscade de Dragonneau dans le salon du Manoir Nott, jusqu'à leur… le cerveau de Freya se stoppa.

Les images confuses de leur baiser dans l'allée des Embrumes infusa son cerveau.

La Nott rougit d'autant plus, malgré elle.

- Oh-… Oh…

Sa réaction dût être ce que Dragonneau avait espéré puisqu'il ne put contenir son sourire cette fois. Il éclaira tout son charmant visage, et ses yeux s'étaient légèrement plissés, non sans malice. Un tsunami de chaleur avait envahi le coeur de Freya, à la fois tambourinant et dégoulinant dans sa poitrine. Elle était à peu près sûre qu'elle devait faire la même expression que lorsqu'elle avait goûté la friandise écoeurante que Thésée lui avait donné, pour plaisanter, dans le train de retour vers Londres, alors que lui et son frère avaient été recherchés par le Ministère.

Un souffle amusé s'échappa de ses lèvres

- Je suis ravi de voir que votre visage reprend de ses couleurs.

Et alors que Freya était restée hébétée, il s'était lentement relevé de sa chaise, sans la quitter des yeux, la dominant de nouveau de toute sa hauteur. Il avait attrapé la main de Freya, jusque là posée sur son épaule, et l'avait serrée dans la sienne gentiment.

Son sourire s'atténua pour devenir un visage doux, bienveillant.

Sa tête se pencha sur le côté, lentement, et son expression varia encore, redevenant plus sérieuse cette fois, plus intense, comme pour ajouter de la valeur aux mots qu'il allait prononcer.

- Ce n'est pas si simple de se livrer comme cela, Nott.

Son pouce caressa l'intérieur de sa paume, qu'elle avait abimé durant son terrible rêve de Lestrange. Il parut réfléchir un instant, et hésiter, avant de finalement déclarer :

- Mais vous avez raison, j'en suis conscient.

Il pinça ses lèvres et ajouta :

- Je parlerai de mes maux, si ces derniers devenaient trop insupportables.

Il souleva sa main, coincée dans la sienne.

Et sans la quitter un seul instant du regard, déposa au coeur de sa paume, un léger baiser.

Rien à voir avec les écoeurants baise-mains d'Arcturus, de Bulstrode, ou d'un autre stupide prétendant que Père lui avait présenté. Rien à voir.

C'était un baiser plein de tendresse, de sincérité.

Teinté d'une affection et d'une émotion sans pareilles.

- Je vous en fais la promesse, Nott.

Freya sentait ses pulsations s'accélérer si fort, qu'elle entendait son propre coeur battre jusqu'au niveau de ses tempes. Thésée, après un instant de sérieux après cette promesse, se mit à sourire une nouvelle fois. Il souleva ses sourcils avec un air faussement étonné. Son pouce avait glissé au creux de son poignet, et il tremblait sur le pouls déchaîné de la sorcière.

Il laissa échapper un souffle amusé, et plaisanta légèrement :

- Vous devriez vous asseoir, Nott.

Le bateau tangua à bâbord, et Freya faillit perdre l'équilibre.

Thésée avait de nouveau ce regard diverti, et comme pour se donner un air plus nonchalant, il avait glissé son autre main dans sa poche de pantalon avant de plaisanter de nouveau :

- Je ne souhaiterais pas que vous fassiez un malaise.

Freya resta interloquée, et souffla son incrédulité, ne parvenant pas à dissimuler un sourire amusé malgré tout. Elle retira sa main de la sienne aussi sec, la plaquant contre sa propre cage thoracique, d'où, elle était sûre qu'il ne pourrait pas sentir ses pulsations acharnées. Elle lui lança un faux regard noir, qui visiblement ne fit qu'amplifier son amusement.

Il glissa sa deuxième main dans sa poche et observa la sorcière en face de lui en silence, les yeux gris pétillants.

A la fois troublée et piquée, Freya lui rétorqua rapidement :

- Je pensais que vous aviez des lettres à écrire.

Il avait arqué ses sourcils, et il ne faisait aucun doute que son amusement avait encore grandi.

- Très juste.

Il se pinça les lèvres pour contenir son sourire, et se tourna vaguement vers le parchemin encore vierge, posé derrière lui. Toujours les mains dans les poches, il lui dit :

- Mais c'est vous qui m'avait interrompu dans cette tâche, Nott.

Freya ne put retenir un souffle sarcastique. Elle désigna le morceaux de papier d'un mouvement de menton et riposta :

- Vous ne l'avez même pas commencée…

Comme son air amusé ne disparaissait pas, Freya voulut lui rendre la pareille. Elle bluffa avec une voix anormalement aigüe :

- Si vous n'aviez pas passé une demie-heure à m'admirer en secret, vous auriez fini de l'écrire.

Mais ce bluff n'eut pas l'effet escompté.

Il contint un autre sourire dans un pincement de lèvres, et il souffla avec ce même air nonchalant :

- Me voilà démasqué.

Encore une fois, le coeur de Freya se mit à faire de multiples petits bonds dans sa poitrine, si bien qu'elle crut qu'il allait en sortir définitivement. Thésée lui, ne sembla pas insatisfait de sa dernière intervention.

Après un dernier regard pétillant, il se rassit sur la chaise et attrapa la plume blanche d'une main résolue, et commença à rédiger. Par dessus son épaule, Freya put lire ses délicates et dynamiques courbes d'encre. Les premières lettres devinrent des mots, et les mots, des phrases.

« Professeur Dumbledore,

De nombreux éléments nous poussent à croire que vous êtes en danger. »

Le mot danger s'inscrivit lentement dans le parchemin, et son encre noire comme la nuit s'étendait dans les grains du papier, comme une maladie qui se propage. Freya resta bloquée un petit instant, les yeux rivés sur ce même mot, et alors que Thésée s'apprêtait à écrire une autre phrase, on tambourina à la porte.

Les coups contre le bois de la porte de la cabine furent si forts, que les deux sorciers en avaient tressauté. Sans qu'elle n'ait le temps de le voir faire, Dragonneau s'était levé de sa chaise, la faisant basculer en arrière, il avait lâché la plume qui s'écrasa sur le parchemin, tachant ce dernier et les mains du sorcier, et puis il s'était avancé avec hâte, la baguette tendue droit devant lui.

On tambourina encore, et les coups devinrent plus urgents.

L'expression légère de Dragonneau avait disparu de son visage, crispé par une suspicion extrême, il était passé devant elle, et avait tendu son bras pour l'inciter à faire marche arrière.

Sa voix grave souffla :

- Reculez.

Et elle s'exécuta, cognant le bas de son dos contre son bureau en acajou.

Dragonneau, d'un simple mouvement de baguette, avait soulevé le cache cuivré qui recouvrait le judas de la porte, et s'y pencha un court instant, dans une posture crispée.

Freya ne sut pas ce qu'il y vit, mais il recula tout aussitôt, attrapa la poignée de la porte, et la tira vers lui. Cette dernière s'ouvrit complètement, béante sur le couloir rouge et doré, et trois individus s'engouffrèrent dans la cabine aussi sec. Dès lors qu'ils furent tous les trois entrés, Dragonneau avait reclaqué le battant de la porte derrière eux, actionnant un cliquetis de verrouillage avec un autre sortilège.

Freya toisa les trois individus, interdite.

Il s'agissait de Faucett et Gideon, dans leurs formes Moldues d'infiltration, et entre eux deux, se débattait un Groom, un peu plus petit qu'eux. Son corps verrouillé entre les deux sorciers se tortillait dans tous les sens, froissant son costume rouge sang, le même rouge qui colorait le couloir des Premières Classes.

Freya le reconnut aussitôt : Will.

C'était leur Groom, Will.

Une voix maigre et sifflante jaillit en dehors de sa bouche aux dents gâtées :

- Mais qu'est-ce que vous me voulez-… Lâchez-moi !

Freya fronça les sourcils dès qu'elle l'eut entendu parler.

Il continua à tenter de se défaire de l'étreinte des deux sorciers. Il se tourna vers Gideon, qui avait encore sa baguette à la main, il lui cria :

- Lâchez-moi, malotru !

Encore cette voix sifflante, aigüe, vrillante.

Dragonneau s'approcha d'eux, se calant au bout du lit vert tendre, toujours la baguette fermement coincée dans sa main tâchée d'encre. Toujours les sourcils froncés, Freya s'approcha aussi, faisant un pas vers le groupe, détachant ainsi ses mains crispées du bord du secrétaire en bois.

Son pas était lent, et son expression, pleine de doute.

Mais Will ne l'avait même pas regardée.

Il continuait de lutter contre Faucett et Gideon, et il leur asséna :

- Je vais hurler, vous n'avez pas le droit de-…

Thésée avait attrapé l'avant-bras de Freya avec une poigne ferme, et sa voix grave résonna tout près de son oreille gauche :

- N'approchez pas, Nott, il est peut-être dangereux.

Freya secoua la tête dans sa direction, et elle lui répondit simplement :

- Non.

L'ancien Chef de Division l'avait toisée avec un air surpris, mais il le perdit rapidement, redirigeant vers le Groom un air sombre et d'autant plus suspicieux. Comme Gideon et Romilda lui avaient lancé des regards étonnés, elle compléta vaguement :

- Non, ce… ce n'est pas Will.

Cette fois-ci, la voix pas si mielleuse de Romilda intervint, non sans agacement :

- Il s'appelle Will, il est groom et il a le même visage que celui qui vous a accueillis en arrivant à bord.

Le Groom lui lança un regard désarçonné et se mit à nier de vifs mouvements de tête :

- Mais pas du tout ! Je suis assigné aux Secondes Classes, moi ! Je ne viens jamais sur ce pont.

Dragonneau avait froncé les sourcils et Freya expliqua :

- Il ne… parle pas comme Will. Ce n'est pas sa voix…

Après s'être concentrée sur de vagues souvenirs, la Nott compléta :

- … pas son accent.

Dragonneau siffla avec agacement et laissa retomber sa baguette le long de sa cuisse, plaquant tout son bras contre son flan. Son expression laissait entendre qu'il avait réalisé la même chose que la sorcière. Cette dernière continua avec une certaine nervosité dans sa voix :

- Le Will avec qui nous avons conversé avait un accent américain…. n'est-ce pas ?

Il acquiesça avec une mâchoire serrée :

- C'est vrai.

Gideon grimaça avec amertume :

- Si ce n'est pas votre Will, alors…

- Alors ça confirme ce que je redoutais.

Dragonneau s'approcha d'eux en faisant un pas, plongé dans ses pensées. Et elles devaient être sombres, à en juger par la noirceur de son expression.

Le pauvre Groom, visiblement innocent, geignit encore :

- Lâchez-moi !

Mais tout le monde l'ignora.

Pour cause, la voix de Thésée résonna gravement :

- Il s'agissait d'un sorcier sous Polynectar.

Il y eut une petite pause silencieuse, et puis, Thésée se mit à faire les cent pas, vers le hublot à travers lequel on pouvait apercevoir des nuages noirs. Le bateau tangua à bâbord, faisant reculer le trio d'un pas approximatif. Le coeur de Freya frémissait de nouveau dans sa poitrine, mais pas d'une manière agréable. La sombre sensation au creux de ses entrailles trahissait un nouveau mauvais pressentiment.

- Je m'étais demandé comment diable l'ennemi avait pu récolter nos cheveux pour en faire du Polynectar mais… c'est clair à présent.

Il se stoppa dans ses pas et s'adressa à Freya :

- C'est en étant déguisé en Groom qu'il a pu avoir accès à nos valises, nos manteaux…

- Il a pu y récolter des cheveux, bredouilla Freya avec une réalisation presque silencieuse.

Thésée hocha la tête dans sa direction.

- Je ne sais pas à quel point la situation avec l'Officier Oswald a été organisée mais… il me parait clair qu'en venant à votre rescousse, il a pu gagner votre confiance.

Freya sentit un poids tomber dans le fond de son estomac, comme une grosse pierre. Elle jeta un coup d'œil nerveux vers le Groom qui avait cessé de se tortiller, et qui regardait Thésée comme s'il était complètement fou. Visiblement, il ne saisissait rien à leur conversation.

Thésée continua avec une grimace amère :

- Et avec votre confiance, et sachant pertinemment que vous iriez l'aider, il vous a dit qu'il irait régler le problème de la salle des machines tout seul…

Il s'approcha un peu d'elle et termina sa phrase en serrant ses mots entre ses dents :

- … pour vous piéger avec les Détraqueurs.

Freya laissa retomber ses yeux vers ses pieds, cachant sa culpabilité et son aigreur. Comment avait-elle pu être si naïve ? Dragonneau avait peut-être raison lorsqu'il disait qu'elle n'était pas assez méfiante… Tout faisait sens, désormais.

Le point dans son estomac grandit, si bien qu'elle dût croiser ses bras devant sa cage thoracique, pour y exercer une légère pression.

- C'est quoi vos histoires de… Détracteurs ?

Romilda leva distinctement les yeux au ciel, visiblement exaspérée par la question du Groom. Elle le reprit avec un claquement de langue agacé :

- Des Détraqueurs. Et ce ne sont pas vos affaires, le Groom Moldu.

Le vrai et innocent Will cligna des yeux et balbutia :

- Mold-..Moldu ? Mais-…

Il se secoua la tête et regarda les sorciers tour à tour avec une expression d'horreur.

- Vous êtes quoi au juste ? Et puis, c'est quoi ces trucs ?

Il avait fait un geste du menton vers la baguette de Dragonneau.

Ce dernier soupira avec une expression amère et lasse :

- Il en a trop vu.

Ces mots firent paniquer Will qui avait écarquillé les yeux. Il se mit à s'étouffer sur ses propres mots :

- …Qu-… a-attendez !

Romilda avait tapoté le haut de son crâne avec sa baguette, et la voix aigüe de Will disparut. Il eut beau remuer les lèvres, tenter d'hurler si fort qu'il en devenait écarlate, aucun son ne sortit de sa bouche. La Faucett soupira avec un air soulagé exagéré :

- Et il est trop bruyant.

Et comme il se tortillait de nouveau dans tous les sens, tentant de s'enfuir et de se défaire de l'emprise des deux sorciers, l'agacement de Faucett ne fit que grandir.

Elle agita sa baguette dans sa direction et articula :

- Petrificus Totalus.

Will se pétrifia, droit comme un piquet de Quidditch, et Gideon et Romilda le lâchèrent simultanément, si bien qu'il tomba lourdement en arrière, pour finalement s'écraser sur le sol de la cabine, toujours aussi rectiligne.

Gideon renchérit aussi sec en dirigeant sa baguette vers lui :

- Oubliettes.

Les deux sorciers se penchèrent vaguement au-dessus du Groom, arborant une vague grimace compatissante, et puis se toisèrent l'un l'autre un instant avant de se redresser complètement.

Freya tritura ses doigts nerveusement, et tenta de masquer l'angoisse naissante sur son visage avec une expression faussement neutre :

- Si cela nous confirme qu'il s'agissait bien un sorcier sous Polynectar, alors

Romilda se redressa et cala une main sur sa hanche, elle rétorqua :

- Alors il faut reprendre les recherches, même en sachant qu'il peut être n'importe où, et en n'importe qui, sur ce fichu navire.

- Il y a beaucoup d'acolytes de Grindelwald qui auraient un accent américain ?

La question de Gideon n'était pas si innocente.

Il se tourna vers Dragonneau, qui, jusque là, avait conservé un visage fermé.

- Je ne suis pas Auror, je suis Soigneur, mais…

Il croisa les bras sur son trench-coat beige.

- Un sorcier du côté de Grindelwald qui serait américain… cela me fait directement penser à-…

- Tu veux parler d'Abernathy ? L'avait interrompu Romilda.

Il hocha la tête dans sa direction, et puis redirigea son visage vers celui de Dragonneau, pensif. Ce dernier répéta pensivement :

- Abernathy…

Ce simple nom donna des frissons à Freya. Elle se rappela de leur affrontement, sous le squelette du Stade d'Exmoor, avec Twigs et Coffin. Ses expressions fourbes et la violence de leur bataille lui avaient retourné l'estomac.

La voix de Romilda acquiesça :

- Oui, après tout, il s'est enfui après le Rassemblement d'Exmoor. On avait perdu sa trace.

Elle avait vaguement haussé les épaules.

Le bateau se pencha vers tribord, faisant grincer les boiseries de la cabine. Dehors, le ciel était noir, alors qu'il ne s'agissait que du milieu de la matinée. Comme le silence s'était une nouvelle fois installé dans la cabine, Romilda soupira, réajusta son affreux chapeau surmonté de grandes plumes noires.

- Nous devrions aller chercher Oswald, quitte à l'arracher de sa cabine s'il le faut.

Elle allait se diriger vers la porte avec des pas décidés, mais la voix de Thésée résonna :

- Je pense que cela n'est plus nécessaire.

Tous le regardèrent avec étonnement.

Il s'expliqua :

- Je pense qu'Oswald n'a été qu'un pion dans tout ce petit jeu.

Ses yeux gris tombèrent sur Freya, et il rajouta :

- J'espère simplement pour lui qu'il était, comme je commence à le penser, sous Impérium.

Son visage était sombre, comme lorsqu'il avait aperçu l'Officier en train de déposer un baiser sur la joue de Freya, l'autre jour. Cette dernière repensa aux mots de l'Officier, alors qu'il était venu la voir au dîner suivant. A son expression désemparée et son ton suppliant… le fait qu'il eut été sous Impérium devint logique.

On frappa à la porte, et cette fois-ci, Freya sursauta pour de bon.

Gideon et Romilda avaient regardé le pauvre Will, encore pétrifié et droit contre le parquet, avant de se toiser mutuellement pendant quelques rapides instants. Dragonneau leur fit un vague signe de se cacher dans la salle d'eau, et c'est avec réticence que les deux sorciers se mirent à soulever le corps droit et rigide du Groom, pour le porter jusque la salle d'eau.

Thésée regarda Freya, et elle lui rendit son regard.

Il se déplaça avec précaution jusque la porte, et souleva le judas une nouvelle fois pour y entrevoir leur visiteur. Il fit signe à la Nott de s'avancer et après un hochement de tête dans sa direction, il se cacha simplement derrière le paravent, juste à coté de la porte.

La voix de Freya ne trembla pas, et elle remercia mentalement Merlin :

- Oui ?

Une voix grave et mélodieuse résonna de derrière le pan de bois.

- Excusez-moi, Mademoiselle Tafytt, il s'agit d'un message du Capitaine.

Elle entrouvrit la porte, d'abord avec précaution, et puis, apercevant le Groom à l'uniforme plus violacé que celui de Will, elle accentua l'ouverture de la porte. Le Groom blond avait un charmant sourire, et il lui tendit une enveloppe blanche, surmontée d'un sceau de cire rouge.

Elle le défit rapidement alors que le Groom commençait à lui expliquer :

- Je me permets de faire le tour des Cabines, et suis navré de vous déranger Mademoiselle Tafytt.

- Ce n'est rien, rassura vaguement Freya alors que ses yeux bleus scannaient les premières lettres de la missive du Capitaine.

- Une légère tempête se prépare mais le Capitaine tient à personnellement rassurer les passagers du Navire. Cette traversée est sans risque, et les prévisions météorologiques sont claires, notre Bateau n'aura aucun mal à passer outre cette perturbation.

Freya interrompit sa lecture précipitée en jetant un petit sourire furtif au Groom, se rendant compte à quel point elle avait été mal polie de ne pas le regarder alors qu'il lui expliquait patiemment tout ceci. Il lui fit un autre sourire et enchaîna :

- Pour se faire, le Capitaine organise un humble bal ce soir, dans la Salle de Réception principale. Il souhaite que tous les passagers profitent d'un doux moment alors que nous traverserons cette tempête, cette nuit.

- Je vois.

Comme le Groom semblait attendre une tout autre réaction de sa part, Freya força un sourire en ajoutant d'un air exagéré :

- C'est une délicieuse idée, vous transmettrez mes remerciements au Capitaine.

- Merci, Mademoiselle Tafytt, vos doux mots lui seront transmis.

Il lui fit une petite courbette souple, avant de plaquer le reste des enveloppes qu'il avait à distribuer contre son uniforme violacé. Il allait partir avec un dernier sourire, mais s'interrompit :

- Oh, sauriez-vous où se trouve Monsieur Gunead ? J'aurais aimé lui remettre cette invitation également.

Freya faillit lui demander de qui il voulait bien parler, mais se retint de justesse.

Monsieur Gunead, le nom de Moldu de Thésée.

Elle lui fit un autre sourire, un peu crispé :

- Oh, et bien, il doit être parti faire un tour dehors…

Le Groom parut désappointé, elle s'empressa de tendre sa main vers lui :

- Si vous le souhaitez, je lui donnerai moi-même, dès lors qu'il sera revenu.

- Vraiment ? Je vous remercie, Mademoiselle Tafytt.

Il lui remit la lettre, et refit une courbette avant de lui souhaiter une bonne journée.

Freya avait à peine fermé la porte que Dragonneau était sorti de sa cachette, la baguette toujours à la main. Il paraissait encore plus pensif.

Pour plaisanter un peu, et oublier ce sombre pressentiment qu'elle avait, Freya lui tendit sa lettre avec un léger sourire :

- Tenez, Monsieur Gunead, votre invitation à un bal auquel nous n'irons pas.

Freya ne se faisait pas d'illusion, se mêlait à une fête alors qu'ils étaient pourchassés par des acolytes de Grindelwald n'était pas la meilleure idée qu'ils pouvaient avoir… même si, elle devait se l'avouer : des festivités auraient été les bienvenues, pour alléger son coeur et ses sombres pensées. Thésée attrapa la lettre, sans réagir à la plaisanterie de la Nott, à vrai dire, il semblait encore perdu dans ses pensées.

Freya relit la lettre avec un soupçon de regret, et la voix de Dragonneau la ramena sur terre :

- Nous allons faire comme ce qu'il a dit.

Elle le toisa avec un regard interrogateur, subitement incertaine d'avoir bien compris ce qu'il voulait dire par là.

- Comment ça ?

Il se pinça les lèvres et redressa ses yeux gris vers les siens. Son regard était décidé, inébranlable. Il articula gravement :

- Nous allons au bal de ce soir.

Devant l'air ahuri de la Nott, il souffla :

- J'ai bien peur que tant nous n'apparaissons pas, nos ennemis non plus.

Il serra la lettre si fort dans sa main que cette dernière se froissa.

Sa voix grave fut si sombre, qu'elle tonnait presque :

- A notre tour, de leur tendre un piège.


- Ah !

Freya n'avait pas pu retenir un maigre cri de douleur alors que Romilda avait tiré une mèche de ses cheveux pour l'intégrer à une concoction bouillonnante sur le bord du lavabo de la salle d'eau. La Nott toisa la sorcière, de nouveau dans son apparence blonde habituelle, avec une expression exaspérée. Elle se frotta le crâne, à l'emplacement où une mèche venait de lui être arrachée.

- Oh, je suis navrée, j'ai dû tirer un peu trop fort.

L'excuse de Romilda fut tout aussi fausse que l'était son sourire.

Freya bredouilla des injures entre ses dents alors que la sorcière incorporait sa mèche noire dans le petit chaudron fumant. L'odeur qui en émanait était si répugnante, que Freya avait dû ouvrir un hublot pour pouvoir respirer convenablement.

On frappa à la porte de la salle d'eau, et ce fut la voix de Thésée qui vibra à travers cette dernière :

- Tout va bien ?

Freya lança un regard d'autant plus agacé vers Romilda et répondit vaguement à Dragonneau :

- Oui, oui, tout va bien.

Elle termina dans un souffle courroucé :

- Tout va pour le mieux.

Freya attrapa sa robe de soirée bleu marine, la même qu'elle avait portée lors du bal des Sorciers en Août 1927, et l'enfila rapidement. La robe était ample, droite, et était ornée de longues franges de perles et sequins, créant un camaïeu scintillant de bleu profond. Elle réajusta certains franges, emmêlées entre elles, jusqu'à ce qu'elles tombent toutes parfaitement droites, jusqu'à ses mollets nus. Elle enfila ensuite ses gants courts, leur satin écru se confondait presque avec sa peau pâle. Et elle jeta un petit regard vers le miroir, alors que Romilda touillait patiemment sa potion de Polynectar. Freya tenta de soulever ses cheveux, essaya, avec un brin de laque de les arranger en mèches serpentines et plaquées le long de son visage rond, mais la Faucett soupira :

- Ne faîtes pas une coiffure trop élaborée, je devrais faire la même, je vous le rappelle.

Freya lui lança un coup d'œil assassin.

- Je ne fais jamais rien d'élaboré, contrairement à vous, je ne suis pas dans l'exagération.

La sorcière blonde ricana sarcastiquement et désigna du menton le dos de la sorcière.

- Ah, oui ? Ce n'est pas exagéré ça peut-être ?

Freya se tourna un peu, pour admirer le dos de sa robe, et retint une grimace vaincue. Il était vrai qu'elle marquait un point. Le dos de cette robe était très plongeant, jusque dans le bas de son dos, dont on voyait la légère cambrure. Elle se tourna rapidement, faisant mine de remettre ses gants et d'ignorer la sorcière à côté d'elle.

- Cette robe est très belle.

La sorcière blonde soulevait le double de la robe de Freya, qui était accrochée à un cintre cuivré, copiée par le sortilège de Duplication. Les fines perles bleu nuit scintillèrent un peu et la Nott la regarda un instant, surprise qu'elle lui fasse un quelconque compliment.

Mais Faucett compléta rapidement :

- Dommage que je doive la porter en me faisant passer pour vous…

Elle lui jeta un regard de haut en bas, s'arrêtant vaguement sur ses cuisses un peu épaisses. Et elle ajouta avec un dédain à peine dissimulé :

- … avec votre corps.

Freya fut piquée au vif, mais ne lui donna pas la satisfaction d'une quelconque réaction. Elle se tourna vers le miroir et appliqua son rouge à lèvres favori, celui qui était rouge sang, et qui réveillait tout son teint pâle.

Romilda la regarda faire vaguement, et puis, comme elle était prête, Freya sortit de la salle d'eau. Fermant la porte derrière elle dans un cliquetis, elle tomba nez à nez avec Gideon, toujours dans son trench-coat beige, il réajusta ses lunettes sur son nez et lui sourit en la voyant.

- Tu avais une robe de la même couleur lors du bal de notre sixième année, non ?

Freya sourit avec nostalgie en repensant à cette époque. Les farces de Phineas sur le buffet de la fête, ses entraînements de valse avec elle… elle en grimaça, se souvenant amèrement des bleus qu'elle avait développés sur le dessus de ses pieds, tant il l'avait piétinée pendant leurs leçons. Mais son sourire doux devint une courbure acide…

Phineas.

Oh, Phineas.

Elle repensa à l'état de ses jambes quand elle l'avait retrouvé à Ste Mangouste.

Elle revit ses béquilles, sur lesquelles il était faiblement recourbé.

Plus jamais il ne pourrait danser ainsi.

Plus jamais.

Gideon dût lire dans ses pensées, car il lui fournit un regard attristé et posa sa main sur son épaule.

- Il allait mieux lorsque je l'ai vu, la veille de notre départ. Il n'avait plus mal.

Il ajouta dans un sourire plus tendre :

- Il attendait avec impatience l'arrivée de son enfant. Cela ne devrait plus tarder d'ailleurs… Je lui ai fait promettre de me faire parvenir un hibou au plus vite… et de me faire parrain par la même occasion.

Freya hocha faiblement la tête, mais elle ne l'écoutait qu'à moitié. Elle détourna ses yeux vers la nuit, découpée dans le rond du hublot cuivré. Un éclair flasha dans l'obscurité dangereuse de la tempête, et bientôt, le son tonna si sourd, qu'ils en ressentirent les vibrations dans leurs pieds.

Alors que Dragonneau se préparait encore derrière le paravent, Freya croisa ses bras au dessus de ses franges bleu nuit. La nervosité la rongeait soudain.

Et elle s'accentua alors que le bateau se mettait à tanguer vers bâbord. Elle agrippa Gideon pour ne pas trop perdre l'équilibre, et tenta, en vain, de ne pas repenser aux terribles mouvements du naufrage qu'avait vécu Lestrange, et qui accessoirement, avait tué sa tante.

Encore une fois, Gideon sembla lire dans ses pensées, et elle se demanda si lui aussi n'était pas Legilimens, finalement.

- La tempête ne sera pas si violente, sinon, le Capitaine n'aurait pas organisé une telle soirée.

- Je l'espère, maugréa Freya en jetant un coup d'oeil nerveux vers le hublot.

Un autre flash de lumière cligna à l'extérieur, s'en suivit d'un coup de tonnerre sourd.

Et puis, s'en suivit d'une pluie épaisse et battante, qui s'écrasa contre le verre du hublot, créant comme un grattement régulier contre la vitre.

Cette fois-ci, Gideon regarda lui aussi la petite ouverture vers l'extérieur, mais il ne parut pas plus inquiet que cela.

- Vous êtes prête ?

Freya sursauta malgré elle.

En plaquant une main sur sa poitrine, elle se tourna machinalement vers Dragonneau, qui venait de sortir du paravent, et qui, sans la regarder, installait sa montre à gousset dorée et sa chaînette contre son plastron. Comme pour les fiançailles de Malefoy, et comme lors du Bal d'Août, il avait peigné ses cheveux en arrière. Freya le regarda, le coeur réellement au bord des yeux, tant elle était charmée par l'élégance de son ancien patron.

Ce dernier finit par glisser la montre cabossée dans sa poche de veste, ne laissant que la chaînette dépasser vers sa boutonnière. Il réajusta son col de chemise blanche brièvement, et finit par relever la tête vers elle.

Ils se toisèrent quelques instants l'un l'autre et puis, les yeux gris tombèrent à ses chevilles, pour la parcourir jusque son visage. Il cligna des yeux, avec une expression inintelligible. Lorsque ses yeux gris s'étaient finalement de nouveau verrouillés dans les siens, il avait lentement glissé les mains dans ses poches, et lui fournit un sourire.

Freya, elle, avait l'impression d'être devenue muette.

Thésée, devant elle, ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt, comme s'il s'était rattrapé au dernier moment de dire quelque chose qu'il aurait pu regretter. Pour une raison quelconque, il changea de pied d'appui, trahissant une légère nervosité. Une de ses mains sortit de sa poche pour s'aplatir derrière sa nuque, et après un pincement de lèvres, il finit par dire :

- Vous êtes… très belle.

Freya se sentit devenir aussi rouge que la moquette du couloir.

Elle balbutia des mots inintelligibles, et puis, jeta un regard vers Gideon. Elle avait presque oublié qu'il était encore là. Et d'ailleurs, il les observait en silence, les bras croisés sur sa poitrine. La Nott se sentit un peu mal à l'aise lorsqu'elle décela un petit sourire en coin sur le visage de son ami.

Thésée dût s'en rendre compte, lui aussi, puisqu'il se tourna vers le lit, dans un geste maladroit qui rappela à Freya les gestuelles furtives et nerveuses de Norbert.

La voix de Faucett résonna de depuis la porte de la salle d'eau.

- Cette robe rendrait belle n'importe qui.

Freya allait lui rétorquer une phrase cinglante, mais lorsque la porte de la salle de bain s'était ouverte, sa voix resta bloquée dans sa gorge.

Romilda en était sortie, une main sur la hanche, un sourire narquois aux lèvres, seulement… elle n'avait plus son visage, elle n'avait plus son corps… elle était devenue comme Freya.

Identique.

Elle avait revêtue la même robe bleue, et voyant que personne ne réagissait dans la cabine, elle se tourna un peu, pour montrer le dos plongeant orné de sequins bleus. Elle commenta même :

- En même temps, avec un dos pareil, cette robe ferait de l'effet sur n'importe qui…

Ses yeux pétillants et narquois glissèrent vers Dragonneau, et elle ajouta :

- … et à n'importe qui.

Freya était écarlate, elle s'empressa de siffler entre ses dents :

- Faucett…!

Gideon, lui, paraissait amusé de la situation.

Avec un sourire dans la voix, il remarqua juste :

- Il te manque le rouge à lèvres.

Romilda hocha la tête et se tourna vers la salle d'eau, afin d'y emprunter le rouge à lèvres de Freya. Alors qu'elle s'y dirigeait, Freya ne put s'empêcher de grimacer en la regardant… Etait-ce vraiment à cela qu'elle ressemblait de dos ?

Elle allait grimacer, mais elle sentit le regard de Dragonneau dans son dos, lorsqu'elle se tourna vers lui, il détourna le regard rapidement, fixant maladroitement le bout de ses chaussures cirées.

Freya se retint de rougir une nouvelle fois.

Et dire qu'elle se réjouissait d'aller à ce bal, pensant naïvement que cela leur changerait les idées. Elle ne pensait pas que la soirée prendrait une telle tournure.

Et elle n'était pas au bout de ses surprise.

Romilda ressortit de la salle de bain, le rouge à lèvres bien appliqué.

Ses yeux pétillaient, tant elle paraissait divertie. D'ailleurs, il était étrange pour Freya de se voir arborer une telle expression. La Nott soupira intérieurement.

Au moins, il y en avait une qui s'amusait.

La Faucett s'adressa à Gideon avec un sourire dans la voix :

- Suis-je convaincante, Gideon ?

Aussitôt ces mots prononcés, son expression faciale se mut vers un visage plus froid. Elle redressa son menton, et le sang de Freya ne fit qu'un tour.

L'expression froide et hautaine des Nott.

Freya bouillait intérieurement.

Mais elle se résigna amèrement.

Alors que Gideon avait éclaté de rire, elle, avait tourné les talons, en direction de la porte de la cabine.


La fête battait déjà de son plein lorsque Dragonneau et elle arrivèrent dans la grande salle de Réception du Navire. Le capitaine était bien là, il les salua d'un geste de sa casquette, comme il avait salué tous les autres invités présents.

Freya resserra inconsciemment son étreinte sur le bras de Dragonneau, sentant la nervosité grimper en elle. Mais Thésée posa sa main sur la sienne, la recouvrant complètement.

Il lui jeta un petit regard en coin, et lui souffla :

- Tout va bien se passer, Nott.

Ils continuèrent d'avancer, se frayant un chemin parmi les invités qui buvaient, et ceux qui dansaient. Freya sentait son propre coeur battre contre sa tempe et son étrange impression de mauvais pressentiment ne fit que grandir alors qu'ils s'avançaient.

Ils marchèrent à côté d'un long buffet à la nappe blanche dentelée, aux plats et couverts dorés et décorés de longues lignes géométriques, reflétant à merveille les ornements art déco du reste de la grandiose salle. La musique était entraînante, et certains se laissaient déjà aller dans des pas dynamiques de Charleston. La chanteuse, depuis la scène, portait une longue robe à la taille droite, de satin vert émeraude, et le ruban argenté qu'elle avait mis dans ses cheveux noirs remémora fortement à Freya les couleurs froides de la Maison Serpentard.

Le bateau tangua un peu, mais personne ne réagit vraiment, tant ils étaient entraînés dans leurs danses et discussions. Les lumières scintillaient dans toute la pièce, et Freya n'avait pas imaginé qu'une fête Moldue puisse être aussi merveilleuse.

Peu à peu, son angoisse s'évanouit, laissant place à un émerveillement.

Avec un air absent, elle souffla à Dragonneau :

- C'est mon premier bal Moldu.

- Il en va de même pour moi.

La ton de Dragonneau était distrait, seulement lui, avait conservé un air sérieux et méfiant alors qu'il sondait la salle entière, sûrement à la recherche du visage sombre d'Abernathy, ou d'une autre personne paraissant suspecte. Il allait ajouter quelque chose, mais on leur apporta un plateau d'argent sur lequel il y avait deux coupes de champagne.

- Mademoiselle, Monsieur, du Champagne ?

Alors que Thésée paraissait hésiter, Freya, elle, s'empara vivement de la fine coupe avec un large sourire enchanté. Après un vague regard dans sa direction, il l'imita, saisissant la seconde coupe et remerciant le serveur.

Alors que Freya souriait vaguement, Thésée lui adressa un regard réprobateur.

- Nous devons rester sur nos gardes.

Freya hocha brièvement la tête, mais tendit son verre dans la direction de l'auror avec un léger sourire. Après une brève analyse de ce geste, Dragonneau vint taper le verre de Freya avec le sien, produisant un léger bruit cristallin et la sorcière en prit une gorgée, sans perdre la courbure de ses lèvres.

Thésée ne la quitta pas des yeux alors qu'il prit une gorgée de Champagne à son tour, et finit par lui dire :

- Vous semblez appréciez tout particulièrement cette mission, Nott.

Malgré son air impassible, elle décela dans ses yeux gris un pétillement amusé.

Le sourire de Freya s'agrandit et elle haussa les épaules en plaisantant :

- Aucune des missions précédentes impliquaient du Champagne.

Thésée arqua un sourcil dans sa direction, après une autre gorgée du sien. Il regarda vaguement autour d'eux la foule grouillante de Moldus dansants et joyeux et il commenta :

- Vous ressemblez à votre frère en disant ce genre de chose.

Dans son regard, Freya remarqua amèrement qu'il ne plaisantait qu'à moitié. Elle lui afficha une mine amère, et cette fois-ci, il lui fournit un sourire diverti.

La Nott fit presque la moue derrière sa coupe.

Elle finit par lui demander :

- Est-ce si divertissant de me tourmenter ?

Thésée laissa échapper un souffle amusé.

Et avant de reprendre une gorgée, il lui répondit avec un sourire contenu :

- Merlin, oui.

Freya dût détourner le regard, tant elle se sentait devenir rouge.

L'expression de Thésée sur elle fut douce pendant quelques secondes, comme s'il profitait pleinement de son visage sous l'emprise de l'embarras, et puis, il tourna une nouvelle fois sur lui-même avec lenteur, observant les horizons brouillés et étincelants de la fête.

Sa voix grave souffla :

- Dès que Faucett et Prewett auront capturé Abernathy dans votre cabine, ou un autre, Prewett devrait venir nous prévenir.

- Vous pensez vraiment qu'ils vont aller dans nos cabines ?

- Oui, ils ne nous attaqueront jamais au beau milieu de cette assemblée de Moldus… ils essaieront de nous tendre un piège, pour lorsque nous revenions dans nos cabines, après les festivités.

Il reprit une gorgée de Champagne, la dernière de sa coupe, et la reposa furtivement sur le plateau d'un serveur qui passait par là. Il glissa ses deux mains dans ses poches, tout en surveillant les environs avec des yeux plissés.

- Je pense aussi qu'ils profiteront de notre absence pour fouiller la cabine.

- Fouiller la cabine ?

Freya s'était étranglée sur sa gorgée.

Thésée entrouvrit sa veste noire, dévoilant le pendentif de Grindelwald, coincé dans un revers de la doublure en tissu. L'artefact scintilla brièvement, reflétant les intenses lumières de la fête. Thésée referma le pan de sa veste et murmura avec un air grave :

- Je crains que vous ne soyez pas la seule cible.

Son air amer s'accentua alors qu'il complétait :

- M'éliminer et ramener à leur Maître son Pendentif, ce serait, j'imagine, le scénario idéal pour eux.

Freya tenta de ravaler le noeud qui s'était formé dans sa gorge en finissant le reste de son Champagne d'un seul coup, et avec une grimace. Dragonneau la regarda faire avec une mine désapprobatrice.

- Vous devriez boire plus doucement.

Comprenant très vite à quoi il faisait allusion, Freya se justifia en bredouillant :

- C'est moins fort que le Whisky Pur Feu.

Thésée lui adressa un air faussement las, et lui demanda avec un ton plus léger :

- Est-ce si divertissant de me contredire comme cela tout le temps ?

Freya lui sourit à pleine dents, et laissa échapper un rire cristallin.

Après un petit instant où elle essayait de contenir la courbe de ses lèvres, elle finit par lui répondre avec un ton plaisantin :

- Merlin, oui.

Cette réponse fit sourire Thésée, qui baissa la tête vers ses souliers cirés, dissimulant un peu son expression légère. Et alors qu'une nouvelle musique se mit en marche, l'auror attrapa la coupe des mains de Freya et la flanqua sur un autre plateau d'argent, avant de lui tendre la main.

La Nott cligna des yeux dans sa direction, et sans trop comprendre, déposa sa main sur la sienne.

Il la tira vers lui délicatement, et cala son autre main dans la creux de son dos nu, la plaquant un peu plus contre lui. Freya le toisa, tordant son cou si loin en arrière qu'elle crut se brise la nuque, et un peu gênée et prise au dépourvu, elle lui lança simplement un regard confus.

Thésée lui fit un sourire triste.

- Nott je…

Il ne paraissait pas sûr de savoir par où commencer.

Elle pouvait sentir que la main du sorcier tremblait un peu contre sa colonne vertébrale, et ce simple contact lui donna des frissons.

- Nott, je doute que les jours qui viennent soient des jours radieux, au Brésil, beaucoup de choses nous attendent, et… et même l'issue de cette soirée, d'ailleurs. Seul Merlin sait ce que l'avenir nous réserve.

Ses yeux gris se détachèrent des siens un instant, pour scanner vaguement autour d'eux, et ils revinrent vers ceux de Freya.

- Je ne dis pas que nous devons baisser notre garde ce soir, mais, vous avez raison. Profitons de ce maigre instant de fête et de joie.

Muette, Freya ne put que hocher la tête dans sa direction.

Et Thésée se pinça les lèvres, hésitant.

Et puis, petit à petit, leurs pieds se mirent à bouger, remuer… danser.

Alors qu'ils tournoyaient lentement, les lumières de la fête clignaient autour d'eux, les bruits délicats, la musique entraînante, les rires et la joie les enveloppaient. La Cologne mentholée de Dragonneau la transportait de nouveau, cette odeur était devenue si habituelle, si rassurante.

Quant aux pas de danse de Thésée, ils étaient plutôt incertains, et il parut soudainement gêné.

- Je suis navré, je ne suis pas un très bon danseur.

- Etait-ce pour cela que vous ne vouliez pas danser avec moi, lors des Fiançailles de Malefoy ?

Son sourire redevint triste.

Il lui souffla :

- Non, mes dernières danses étaient avec Leta.

Il fit une pause, pendant laquelle le bateau tanguait et ils avaient failli perdre l'équilibre.

Il compléta avec un air énigmatique :

- Et je n'étais pas prêt.

Comme Freya ne savait pas quoi répondre, Thésée dût capter son malaise et se racla la gorge maladroitement. Il pencha sa tête sur le côté et demanda :

- Vous… étiez au Bal des Sorciers, fin Août ?

Elle le regarda avec surprise.

- Oui… j'accompagnais Marcus, bien qu'il eut passé sa soirée aux côtés du Ministre.

L'air de Thésée devint brièvement amer :

- Oui, je m'en souviens, il se pavanait sans cesse en appelant le Ministre « Mon Oncle, Mon Oncle »…

Cela ressemblait tout à fait à quelque chose que Marcus aurait pu faire.

L'air de Thésée changea encore :

- Mais je me souviens de vous désormais.

Ils se glissèrent entre deux couples qui dansaient, et Thésée reprit :

- Il y a eu cette performance, cette danseuse, et puis… Leta elle…

Freya se rappelait très bien de cette scène.

Elle était à côté de Leta, derrière deux sorciers qui murmuraient des choses qu'elle ne comprenait pas, mentionnant une Prophétie. Et puis, Leta était devenue blême, et elle avait presque couru vers le couloir qui menait aux toilettes des Dames.

- Je vous ai vue la suivre lorsqu'elle est partie… mais je n'avais aucune idée que c'était vous. Je me rappelle simplement de votre robe.

Freya crut le voir rougir alors qu'il complétait :

- … et de votre dos.

Freya lui adressa un sourire attristé.

- Moi aussi je vous ai vu, vous partiez, juste après cela.

Thésée lui renvoya le même sourire, doux, et il continua de lui souffler avec un air presque absent :

- Comme le Destin est étrange, jamais à ce moment-là je n'aurais cru une seule seconde que…

Il ne termina pas sa phrase.

Mais de toute manière, Freya avait compris ce qu'il voulait dire.

Et elle hocha sa tête dans sa direction.

Jamais, et ce, même en s'inscrivant au Recrutement d'Aurors en Novembre, elle n'aurait pu imaginer que tout cela puisse se produire. Cela semblait si irréel.

Tout comme cette fête, au beau milieu d'une tempête.

Tout comme cet instant, en train de danser avec Dragonneau, parmi une foule joyeuse de Moldus.

Si irréel.

Pendant quelques instants, alors qu'elle se perdait dans les yeux gris au dessus d'elle, Freya se demanda si tout cela n'avait pas été un rêve. Un rêve étrange, aux passages parfois violents et terribles, mais parfois aussi remplis de douceur et de légèreté.

Freya hésita.

Finalement… était-ce un rêve ou un cauchemar ?

Mais ce qu'elle ne savait pas encore, c'est que le Cauchemar ne faisait en réalité que commencer.

Dragonneau s'était interrompu dans sa danse, et Freya faillit trébucher par dessus son tibia. Elle chercha ses yeux gris avec un air interrogateur suite à cette interruption soudaine. Leur petite parenthèse de rêve, semblait s'être subitement terminée, comme une bulle de savon explose pour disparaître à jamais.

Les yeux gris de l'auror étaient plissés, dirigés vers une porte sur leur droite, derrière une foule de Moldus qui dansaient encore le Charleston. Freya suivit son regard, pour y trouver Gideon, et même s'il ne s'agissait pas de son visage, elle put aisément deviner à sa posture qu'il était blafard, désemparé.

Thésée jeta un coup d'oeil vers Freya, sa main dans son dos l'avait quittée, pour plonger vers l'intérieur de sa veste où était cachée sa baguette.

Il murmura avec urgence :

- Cela peut être dangereux.

Il la regarda droit dans les yeux.

Leur intensité était sans pareille.

- Ne bougez pas, je viendrai vous chercher. Je vais voir ce qu'il se trame.

Après un dernier regard, étrange et lourd, il se faufila entre les Moldus, pour finalement disparaître dans la foule. Le coeur de Freya était retombé dans sa poitrine. Ce dernier regard, on aurait dit un regard d'adieu.

Lorsqu'il atteignit Gideon, les deux hommes se parlèrent vivement, et puis, Thésée jeta un nouveau regard vers Freya, un regard sombre, et les deux sorciers disparurent finalement derrière la porte aux moulures dorées.

L'angoisse regagna Freya très vite.

Elle se tourna lentement vers le buffet, et s'en approcha avec une mine inquiète. Et s'il était arrivé quelque chose à Faucett et Gideon ? Et si leur piège se retournait finalement contre eux ?

Le bateau tangua un peu, et alors que les Moldus en riaient désormais, la Nott, elle, crut se sentir malade. Elle dut poser ses deux mains gantées contre la nappe du buffet pour ne pas tomber la tête la première dans la pile de coupes à champagne qui était exposée là.

- Du Champagne, Mademoiselle ?

Elle releva les yeux vers le serveur, de l'autre côté de la longue table qui servait de buffet. Il avait une coupe dans la main, et une bouteille dans l'autre et semblait figé en attendant sa réponse.

Après quelques secondes de confusion, elle finit par bafouiller :

- Oui, volontiers.

Elle attrapa la coupe pleine avec une main tremblante, et son sourire poli fut un des plus forcés qu'elle n'ait eu à faire. Après un vague geste de la tête, elle se tourna de nouveau vers le reste de la salle. Alors que quelques minutes auparavant tout paraissait si merveilleux, désormais tout lui semblait sombre et dangereux. Tout n'était que soupçon, danger et ennemis déguisés.

Elle prit plusieurs gorgées de Champagne, espérant peut-être que cela l'aiderait à soulager ses nerfs à vifs. Son autre main se mit à triturer quelques franges de perles bleutées, près de son ventre. Ses yeux bleus balayaient la salle avec une perception nouvelle, une angoisse et une anticipation qui lui crispaient le haut du dos.

La musique changea encore, et la chanteuse entama une mélodie romantique et guillerette sur laquelle de nombreux couples de Moldus se mirent à valser calmement. La lumière s'était tamisée, mais au lieu d'apporter cette ambiance romantique et chaleureuse, elle n'apporta que plus d'anxiété pour Freya.

Une présence à côté d'elle la fit sursauter, manquant de renverser le reste de sa coupe de Champagne déjà bien entamée.

Dragonneau.

Elle laissa échapper un soupir de soulagement, et plaqua sa main contre sa poitrine.

- Merlin, vous m'avez fait une peur bleue.

Mais l'air de Dragonneau était sombre comme la nuit.

Il avait attrapé la coupe de sa main, et l'avait flanquée sur le buffet derrière elle. Freya n'eut pas le temps de lui demander quoique ce soit, qu'il avait enveloppé sa main de la sienne et l'avait tirée à travers la foule, se faufilant entre les Moldus pleins d'allégresse.

Sur l'instant, la Nott ne sut pas s'il s'agissait du Champagne, ou de sa soudaine angoisse, mais tout n'était devenu que confusion et tournis. Et lorsque le Bateau se mit à tanguer de nouveau, tantôt à droite, puis à gauche, Freya crut qu'elle allait tomber, mais Thésée devant elle lui maintenait fermement la main, et l'empêcha de perdre l'équilibre. Il la tira ainsi jusqu'à une plus petite porte, qui ressemblait à une porte de service. Avant même qu'elle puisse lui demander quoique ce soit, il l'avait lourdement poussée et ils s'engouffrèrent à l'intérieur du couloir désert.

Le couloir de service était froid, peu décoré, et juste fait de métal boulonné. Le Navire tangua à bâbord, et Freya glissa, se cognant largement l'épaule gauche contre la paroi de métal… mais Dragonneau la tirait toujours en avant, et ils se hâtèrent dans une série de couloirs et virages, comme un véritable dédale de fer.

Le silence de Dragonneau ne voulait dire qu'une seule chose : quelque chose de grave venait de se produire, et qu'il fallait agir vite, avec urgence. Elle tenta de l'interpeller, car les battements de son coeur s'étaient vivement accélérés, tant la pression la secouait… mais avant même qu'elle ne puisse prononcer son nom, il s'était tourné vers elle avec une expression solide, et mit un doigt devant sa bouche, l'incitant à rester silencieuse.

Elle s'exécuta et se laissa mener dans le labyrinthe boulonné.

Les lumières clignèrent, grésillèrent dans un son électrique peu rassurant. Et ils montèrent des escaliers escarpés, eux aussi boulonnés et vaguement rouillés… ils arrivèrent finalement devant une porte, large et étrangement menaçante.

Essoufflée, Freya s'arrêta un instant, cognant presque dans le dos de Dragonneau, qui s'était posté juste devant cette grande porte.

Il n'y avait personne.

C'était complètement désert.

Et puis, les doigts de Thésée se défirent de sa main, et Freya ne bougea pas.

Elle était resté figée car une soudaine réalisation lui avait glacé le sang.

En dansant avec lui, elle avait senti sa douce Cologne mentholée.

Mais cette odeur n'émanait pas de celui qui était devant elle.

A la place de la menthe poivrée, elle décelait une étrange odeur d'humidité et de ferraille.

Elle fit un pas un arrière, tentant de défaire de son gant écru sa baguette, qui y était solidement logée. Mais celui qui se faisait passer pour Dragonneau dût sentir son soudain changement d'attitude, ou même sa méfiance… car il s'était lentement tourné vers elle. Le visage fermé, non expressif. Il n'y avait aucun pétillement dans ses yeux.

Aucune vie.

Aucune joie.

Rien.

Elle délogea finalement la baguette de son gant et s'apprêtait à la tendre vers lui, mais le sorcier la prit par surprise en la frappant violemment au visage. Freya étouffa un cri de douleur, et s'écrasa face la première contre un mur boulonné. Sa baguette, elle, lui échappa des mains, et dévala les escaliers rouillés dans de petits sons boisés. Elle la regarda rouler avec une expression désespérée.

Mais on ne lui accorda aucun répit.

On la souleva de force, la tirant à moitié par les cheveux et par l'épaule, et elle geignit d'autant plus, ne retenant pas une vilaine grimace sur son visage à moitié rougi. Le sorcier au visage de Dragonneau la maintint contre le mur, la plaquant contre ce dernier, et en entourant son cou de ses mains, solides comme les griffes d'un rapace sur sa proie.

Jamais Freya n'avait vu Dragonneau avec une telle expression sur son visage.

Une expression cruelle et féroce qui la fit trembler d'effroi.

L'étau autour de son cou se resserra, et elle dut se mettre sur la pointe des pieds pour ne pas être complètement soulevée par l'homme devant elle. L'air commençait à sérieusement lui manquer, elle agrippa les mains de son agresseur en les griffant de toutes ses forces, et puis, ses ongles atteignirent le visage devant elle, le visage de Dragonneau, et elle se mit à le griffer violemment, le plus vivement et férocement possible. Elle se déchaina, comme si sa vie en dépendait, et puis, alors que le sorcier se mettait à grogner et à siffler des injures, elle attrapa son col de chemise et dans un ultime effort, l'arracha complètement, défaisant le noeud papillon de travers et les quelques premiers boutons. Le choc fut si fort, qu'il l'avait lâchée, et ses mains s'accrochèrent à quelque chose, qui pendait autour du cou du sorcier. Alors qu'elle retombait en arrière, le dos glissant contre le mur de ferraille, elle emporta avec elle la chose qui s'était logée dans ses mains, l'arrachant au cou du sorcier, comme elle avait arraché son col de chemise.

Elle retomba sur les fesses, pantelante, tremblante.

Et lorsqu'elle regarda vaguement ce qu'elle avait arraché, elle se retint d'hurler de terreur, tant ce qu'elle avait sous les yeux, et dans les mains, lui retournait l'estomac.

C'était un collier, un simple lien de corde usée sur laquelle pendouillait une patte de lapin, et plusieurs petits éléments de tailles plus ou moins régulières, blanchâtres…

Freya balança le collier aux pieds du sorcier devant elle avec dégout et effroi.

Des dents.

C'était des dents humaines !

Le sorcier, au visage griffé et au col défait regarda la sorcière avec haine.

Et dans des gestes vifs et féroces, ramassa le collier qu'elle lui avait violemment arraché et sortit sa baguette avec l'autre main. Il la dirigea droit vers Freya, et elle se paralysa.

Elle toussota, sentant sa gorge n'être que feu et flamme.

La Nott releva des yeux apeurés vers son agresseur au visage de Dragonneau.

Sa voix ne fut qu'un murmure interdit :

- Qui êtes-vous ?…

Mais il ne lui donna aucune réponse, saisit une bonne partie de ses boucles noires dans une poigne ferme et mécanique, et la tira vers le haut, pour la relever.

- Ah-…!

Il la tira par les cheveux, et dans un cliquetis mécanique, la porte devant laquelle ils étaient s'était ouverte, un simple entrebâillement qui devint une ouverture béante lorsque le sorcier lui donna un brusque coup d'épaule. Ils entrèrent dans la pièce en moins de deux secondes, et il la flanqua brutalement dans un coin, où Freya s'écrasa lourdement, déchirant une partie des franges de sequins bleus. Elle resta prostrée là quelques secondes, tant elle était déboussolée et angoissée.

Et puis, un vent tiède, violent comme une bourrasque s'écrasa contre elle, ainsi que quelques gouttes de pluie. De grosses gouttes de pluie, comme celles que produirait un orage…

Et en parlant d'orage, un éclair soudain flasha dans la pièce où ils étaient, éclairant de manière lugubre et dramatique quelques tuyaux et machines qui se trouvaient là. Le tonnerre ne tarda pas à résonner lui aussi, comme un signal funeste.

La chair de poule traversa Freya, et son sang ne devint que glace dans ses veines.

Le bateau tangua fortement à droite, puis à gauche, et elle tomba un peu plus, se retenant de justesse avec une main tremblante pour ne pas glisser complètement contre le sol détrempé.

La porte métallique qu'ils venaient de traverser se claqua lourdement, et elle sursauta.

Et lorsqu'elle releva la tête, elle se paralysa de nouveau.

Le sorcier déguisé en Dragonneau la fixait avec une haine indescriptible, et lorsqu'il se décala sur le côté, elle vit qu'il cachait un autre sorcier, plus petit, au visage fin et fatigué, ses cheveux, bien peignés, lui rappelaient ceux de Marcus, et sa posture, sûre de lui, contre le mur de boulons, ne la rassura pas non plus. Elle le reconnut d'un seul coup.

Et le nouvel éclair qui envahi la pièce toute entière donna une profondeur morbide à son visage. La même profondeur que l'on pouvait apercevoir en regardant son portrait de recherche au Ministère.

Sa voix murmura entre deux toux sèches et sévères :

- A… Abernathy.

Il sourit, comme s'il était sincèrement heureux de la voir.

La grande ouverture à côté de lui, sans vitre, laissa s'engouffrer un vent moite et tiède, un air plein de tension et d'électricité. Cette même bourrasque souleva les cheveux de Freya vers l'arrière, dégageant complètement sa vue, et la laissant vaguement parcourir la petite salle sombre dans laquelle ils étaient. On aurait dit une salle de machines, avec des leviers, des rouages et des vannes en ferraille rouillée.

La voix dégoulinante d'Abernathy la ramena vers lui :

- Bonsoir, Miss Nott…

Sa phrase se termina par un susurrement horrible. Un sifflement qui lui rappela celui du Gaunt qu'elle avait interrogé, lors de ses premiers jours d'auror, le sifflement d'un vil serpent.

Et puis, une longue langue fourchue se dégagea fébrilement de ses lèvres entrouvertes, et la Nott le regarda faire avec horreur. Il compléta avec un sourire mauvais :

- …ou pas Miss Nott.

Freya comprit ce qu'il voulait dire par cela lorsqu'il se décala légèrement sur le côté, pour laisser apparaître son double, visiblement blessée à la tête, avachie, prostrée, dans le coin opposé de la pièce. Romilda, encore sous l'emprise du Polynectar, encore dans son apparence.

La Nott lui jeta un regard alarmé.

Elle parut consciente, mais le regard qu'elle lui avait lancé était plein de douleur, presque suppliant. Freya allait essayer de s'approcher d'elle, mais des grognements sourds la stoppèrent dans son élan.

Ils provenaient du sorcier qui avait pris l'apparence de Dragonneau.

Il se tenait le visage, avec encore son infâme collier dans une des deux mains. Il se mit à se tortiller sur ses pieds, et à grogner d'autant plus fort. Les cheveux châtains et ondulés de Dragonneau disparurent au profit d'un crâne chauve et cabossé, et son charmant visage se mut en une face creusée, aux cernes si noires, qu'elles rivalisaient avec ses pupilles sombres comme la nuit. Freya retint son souffle, à la fois horrifiée par l'apparence cadavérique du sorcier devant elle et la réalisation qu'il s'agissait lui aussi d'un acolyte de Grindelwald, dont elle avait de nombreuses fois aperçu l'affiche de recherche dans les couloirs du Ministère.

Il la toisa avec une haine immense, et après un dernier regard vers le collier arracha dans sa main, il balança sa baguette dans sa direction et hurla avec sa voix graveleuse :

- Endoloris !

Freya hurla instantanément.

Elle se balança vers l'arrière, et vida ses poumons d'air en expirant une plainte immense. La douleur fut si vive, qu'elle se sentit se tortiller au sol, comme un vulgaire insecte que l'on torturerait. Ses bras et ses jambes s'étaient mises à trembler, secouées de spasmes incontrôlables. Les images d'Exmoor, du visage cruel de Grimmson lui revinrent comme un énième coup de fouet. La peur s'empara d'elle, l'angoisse la fit geindre encore plus fort, et alors que le bateau tanguait vers tribord, le sort s'arrêta soudain.

Son cri s'atténua, pour finalement se noyer dans un sanglot incontrôlé.

Lorsqu'elle toisa son agresseurs avec une mine pleine de répulsion et d'horreur, elle vit que c'était Abernathy qui avait posé sa main sur le bras de son acolyte, avec une mine fermée.

Sa voix nasillarde siffla :

- Ne l'abîme pas trop, MacDuff, nous ne sommes pas encore sûrs de savoir laquelle des deux est la vraie…

MacDuff, c'était cela son nom.

Freya ne sut pas quelles forces l'habitaient, mais elle parvint à se relever vaguement, poussant ses bras tremblotants et en calant son dos courbé contre la paroi suintante.

Une autre bourrasque, pleine d'iode et de tension s'engouffra dans la pièce, chahutant encore plus les cheveux défaits de Freya. Elle eut du mal à reprendre son souffle, tant il était coincé entre sa gorge et ses poumons.

MacDuff sembla bougon un petit instant, et après un autre regard plein d'animosité vers elle, il demanda avec un lourd accent écossais :

- Qu'est-ce qu'on fera de l'autre ?

- On la tuera.

La réponse d'Abernathy était brève, sèche, froide.

Freya n'eut pas le temps de s'horrifier de cette phrase que MacDuff enchainait déjà :

- Et la vraie, on pourra la tuer aussi ?

- Non.

Freya échangea un regard alarmé avec Romilda, toujours muette et dans son apparence de Nott. Les deux acolytes étaient bien trop pris dans leur vive discussion pour voir que Romilda était en train d'essayer de défaire sa baguette de son gant écru.

La voix d'Abernathy persiffla avec fermeté :

- Il a été clair. Il la veut vivante.

Par « Il », Freya devina sans trop de mal qu'il devait s'agir de Grindelwald.

Abernathy lui jeta un regard effroyable, et il compléta en la fixant :

- Et Grimmson voudra s'en charger personnellement.

Freya écarquilla les yeux, et crut qu'elle allait être malade.

Le bateau tanguait si fort à présent et le vent emportait presque les horribles dires des deux criminels. Elle faillit ne pas l'entendre alors qu'il complétait avec un sourire mauvais :

- Et il a dit qu'il prendrait son temps…

- Vivante, ça veut pas dire « pas abîmée », s'était insurgé MacDuff avec un air bougon.

Il regarda un bref regard à son collier de dents, encore serré dans sa main gauche, et après une grimace pleine d'acidité, il grogna :

- Quelques dents en moins, ça devrait pas changer grand chose.

Il allait s'approcher d'elle, et Freya fit un bond en arrière, se calant d'autant plus dans l'angle de la pièce, mais Abernathy avait encore une fois retenu son acolyte par le bras.

- Du calme, MacDuff.

Son regard las vers MacDuff se transforma en une mine satisfaite et malfaisante :

- On ne va pas tarder à le savoir de toute manière, le Polynectar ne devrait plus trop tarder à se dissiper.

Ses yeux oscillèrent rapidement entre les deux doubles, chacune dans un coin de la pièce, et il termina avec un ton venimeux :

- Et là, nous saurons laquelle des deux est la fille en grand chagrin.

Ce simple terme, utilisé par Tycho Dodonus dans sa Prophétie, lui infligea une nouvelle vague de frissons. Freya déglutit, et grimaça, tant la douleur dans sa gorge était forte. Elle s'étrangla presque tant elle était nerveuse.

La voix de MacDuff ajouta avec un air pataud :

- Après il faudra juste retrouver la Mère, et le Maître sera-…

L'expression d'Abernathy passa de l'agacement à l'exaspération. Il se tourna vers son coéquipier avec une grimace haineuses et il le coupa sèchement :

- Oui, et si Krafft et toi ne l'aviez pas laissée filer, nous n'en serions pas là aujourd'hui.

Freya s'étouffa, dans un mélange de surprise, d'effroi et de vive colère.

Sa voix étranglée allait jaillir en dehors de sa gorge en feu, mais Romilda la coupa :

- M-…

- Mère ? Mais c'est vous qui l'avez enlevée !

La Nott la toisa avec un air surpris et interrogateur, et puis elle comprit.

Romilda continuait de se faire passer pour elle, elle voulait les rendre confus, jusqu'à ce que le Polynectar ne cesse de faire effet. Elle voulait gagner du temps.

Freya fit glisser des yeux angoissés vers Abernathy qui avait ri sarcastiquement.

- Oh, mais c'était ce qui était prévu, n'est-ce pas, MacDuff ?

Son faux sourire, ironique, se mut une nouvelle fois en mine courroucée. Il attrapa ce qui restait de la chemise de MacDuff et il le secoua presque :

- Avant que tu ne fasses tout capoter, toi et cette brute imbécile de Krafft !

- La vieille est plus coriace qu'elle n'en a l'air.

MacDuff en avait grimacé, avec une vive amertume.

Il passa en revue les deux Freya avec des yeux plissés de haine, et il cracha :

- Krafft en a perdu son oreille.

Freya crut que son estomac allait se vider, là, juste devant ses genoux affaiblis et flageolants. Imaginer sa Mère se battre avec tant de violence, échapper à une tentative d'enlèvement, tout cela la terrifiait. Et puis, le sourire sadique de MacDuff n'arrangea pas les choses :

- Oh, mais je…

Il parut réaliser quelque chose, et sourit encore plus, lui donnant cet air d'homme qui était devenu complètement fou. Il agita sa baguette dans les airs, et avec cette expression d'idée de génie, il montra son collier dans l'autre main.

- Mais je devrais le venger. En arrachant l'oreille de sa fille, et en la rajoutant à mon collier de trophées.

Freya regarda le collier suspendu à sa main avec un air horrifié.

Un autre éclair la fit trembler, il flasha de derrière les deux criminels, rendant leurs silhouettes plus imposantes encore. Les dents sur le collier se balançaient de droite à gauche, presque comme le faisait le navire à cet instant même.

Il redirigea son sourire malsain vers Abernathy, qui le toisait avec un air las.

- Tu sais, Abernathy, y'avait des gars au Front qui faisaient ça aussi… qui se faisaient des colliers d'oreilles…

Il s'approcha de Romilda, et même de dos, Freya pouvait imaginer son sourire féroce.

Il continua avec une voix tout aussi malsaine que son expression :

- Et puis, arracher l'oreille d'une fille en chagrin, ce n'est pas si grave… elle est déjà en chagrin de toute façon.

- Grimmson sera mécontent.

L'intervention d'Abernathy avait encore une fois été froide et aride.

Et alors que MacDuff s'était retourné pour lui adresser un regard à la fois déçu et irrité, la voix de Freya dérailla avec l'air le plus désinvolte qu'elle puisse fournir sur l'instant :

- Pourquoi accorder tant d'importance à une fille en grand chagrin de toute manière ?

C'était un sentiment étrange qui l'habitait soudain.

C'était comme si elle avait si peur, qu'elle était si horrifiée qu'elle en était devenue en colère. Une subite et violente haine l'avait envahie. Elle sentait du venin pulser dans ses veines, et encore plus lorsque l'expression presque amusée de MacDuff s'était redirigée vers elle.

Il lui refit ce sourire d'homme en pleine démence :

- Parce qu'elle pourrait foutre en l'air tout le Plan, gamine.

Abernathy avait une nouvelle fois attrapé son acolyte, par la manche cette fois, et siffla avec un ton virulent et interdit :

- Ne lui dis rien, elle ne doit rien savoir du Plan.

MacDuff ne parut pas aussi paniqué. Il avait gardé son sourire de fou, et avait juste vaguement haussé les épaules :

- On s'en fout, elle va crever de toute manière.

Abernathy avait resserré son étreinte sur la manche de MacDuff, et il le fit se tourner vers lui. Son visage était rigide et intransigeant :

- Il a dit de faire attention, MacDuff.

MacDuff souffla par le nez avec une mine sarcastique :

- Il devrait venir sur le terrain de temps en temps…

Cette fois-ci, Abernathy avait sorti sa baguette, et la pointait vers le visage de MacDuff avec un geste menaçant. Il siffla encore entre ses dents :

- Attention à ce que tu dis, MacDuff, je pourrai croire que ton allégeance envers lui vacille.

Le sourire de MacDuff avait disparu de son visage, et Abernathy poursuivit :

- Et tu sais très bien ce qu'il advient de ceux qui ne croient plus en lui.

Comme MacDuff semblait s'être calmé, le sorcier américain avait laissé retomber sa baguette, et sans le quitter des yeux, il la glissa de nouveau dans sa poche de pantalon noir. Il cracha avec dégoût :

- Tu as vu Krall. Tu l'as vu, rongé par les flammes à Paris.

Cette fois-ci, MacDuff réagit, il se défit de l'étreinte d'Abernathy sur son bras en donnant un vague coup d'épaule vers l'arrière. Il se pencha vers le sorcier plus petit que lui et articula avec acidité :

- Ce type était un idiot, plein d'ambition, rien à voir avec moi.

A en juger par l'expression d'Abernathy, Freya en déduit qu'il n'était pas complètement convaincu par le fait que son acolyte n'était pas un idiot, comme il le prétendait.

Mais MacDuff ne sembla pas relever le même message, sans nul doute trop subtil pour lui. Il se tourna vers les deux Freya avec une mine impatiente et venimeuse, et il frappa le sol de son talon.

Il se mit à maudire entre ses dents serrées :

- Pourquoi le Polynectar ne se dissipe pas encore ? C'est trop long.

- Tu t'impatientes.

Le ton d'Abernathy était redevenu las, et il ne faisait aucun doute qu'il était de plus en plus agacé par le comportement de son coéquipier. Il ajouta en faisant mine d'inspecter ses ongles :

- Garde de la force pour quand Dragonneau viendra.

- On pourra le tuer ?

Freya avait relevé des yeux révoltés vers eux.

- Oui.

Et la glaciale réponse d'Abernathy la secoua de terreur.

Mais ce dernier avait enchaîné rapidement :

- Mais avant ça, il devra nous donner le Pendentif.

Le sang de Freya ne fit qu'un tour, elle se sentit révoltée, dégoutée et terriblement en colère, et avant même qu'elle ne puisse complètement réfléchir à ce qu'elle allait dire, elle leur cracha :

- Il fait tout ce trajet pour vous le ramener, justement. Il le ramène en échange de la sécurité de son-…

- Votre Maître doit être bien impatient de récupérer son fichu collier.

C'est son double, Romilda, qui l'avait interrompue.

Et avec du recul, Freya se dit qu'elle eut bien raison de le faire. Il n'aurait pas été bon de mentionner Norbert ici. De toute manière, MacDuff devint complètement fou. Il s'était mis à agiter sa baguette dans leur direction à toutes les deux, oscillant comme l'aurait fait une girouette :

- Tais-toi ! Taisez-vous toutes les deux !

Abernathy le gronda de nouveau :

- Calme-toi MacDuff.

- Je n'en peux plus ! Je n'en peux plus !

Il se mettait à hurler comme un chien devient fou et aboie.

Freya le regardait avec surprise pendant quelques instants, mais son regard fut attiré par autre chose, dans le coin, en face d'elle, Romilda profitait d'un nouveau moment d'inattention des deux sorciers pour attraper sa baguette.

La voix de MacDuff retentit et résonna contre les parois en métal :

- Devoir se déguiser, boire cet immonde Polynectar, se cacher en permanence, essayer de maîtriser ces satanées Détraqueurs-…

Abernathy tenta de le faire taire, en l'approchant légèrement et en parlant sur un ton plus bas.

- C'est bientôt fini, MacDuff. Si nous lui ramenons la fille et le Pendentif, il sera satisfait.

- Non, il n'est jamais satisfait.

Un autre coup de tonnerre résonna au loin, et MacDuff enchaîna avec un air mauvais :

- Il lui faudra la Mère aussi, et puis, Carneirus et puis-…

- Tais-toi, au nom de Merlin !

- J'en ai marre de me taire !

Le bateau tangua fortement vers bâbord, et Freya fut de nouveau projetée contre le mur sur lequel elle avait été fébrilement appuyée. Et alors que les deux sorciers s'étaient carrément empoigné mutuellement le col, et qu'ils se fixaient avec discorde, Romilda réussit à défaire sa baguette de son gant seulement… seulement qu'avec le vif mouvement du navire, la baguette lui avait échappé des mains.

Elle avait roulé en silence vers Freya, s'échouant pile à son pied.

Romilda lui lança un regard urgent, et Freya un regard paniqué.

Mais les deux sorciers ne semblaient avoir rien remarqué.

MacDuff grogna envers Abernathy :

- Si je ne fais pas le sale boulot, tu le feras toi-même ?

D'un geste lent et discret, Freya avait attrapé la baguette de Romilda, et l'avait dissimulée le long de son buste, derrière des franges de perles.

L'expression d'Abernathy vira à l'acide alors que MacDuff le raillait avec virulence :

- Tu n'as même pas été capable de te charger de Twigs, ce pourri du Ministère. Tu t'es défilé comme un lâche, et c'est Rosier qui a dû s'occuper de son cas.

Il y eut un moment tendu entre les deux sorciers, et puis, Abernathy, visiblement piqué au vif, finit par lâcher le col de MacDuff, et ce dernier l'imita. Le sorcier américain ne démentit pas les dires de l'écossais, mais il se contenta de reprendre une expression décidée tout en remettant sa cravate noire droite sur son plastron.

Sa voix dicta simplement :

- Chargeons-nous de la fille, du Pendentif, et éliminons les Dragonneau.

Le coeur de Freya manqua un nouveau battement, et malgré les signes de tête de Romilda, qui lui incitaient clairement de se taire, elle s'insurgea, avec une voix aigüe et virulente :

- Les Dragonneau n'ont rien à voir là-dedans, ils ne méritent pas que-…

- Ils se mettent en travers de son chemin.

Abernathy avait redirigé des yeux vénéneux vers elle. Il fit un pas et ajouta :

- Ils se sont alliés avec Dumbledore.

Il souleva un sourcil, surement un geste nerveux.

Il fit un autre pas, lent et mesuré vers elle, et continua :

- Et comme tous ceux qui lui barrent la route…

Il se stoppa, à quelques centimètres du bout des souliers de Freya et il termina dans un sifflement mauvais :

- …ils le paieront.

Freya allait dégainer la baguette de Romilda à ce moment-là, mais la voix amusée et malsaine de MacDuff l'interrompit dans son geste :

- Ah, mais… regardez-moi ça…

Les yeux de Freya s'écarquillèrent alors qu'Abernathy se tournait vers son double.

Son double, justement, ne l'était plus vraiment.

Une large mèche rousse et ébouriffée jaillit parmi les ondulations noires.

Le visage rond s'entâcha de tâches de rousseur et peu à peu… Romilda redevenait Romilda.

Un coup de tonnerre, secoua Freya, presque comme si elle l'avait reçu, et une autre bourrasque d'eau salée et d'air moite s'engouffra. Romilda se mit à geindre un peu, entre ses dents, et puis ses doigts grossirent un peu, en commençant par les phalanges, puis la paume, jusqu'aux poignets et aux bras tout entiers. Sa poitrine remplit tout le décolleté de la robe et ses mollets enflèrent un peu… et puis, elle avait fini par relever son visage vers eux.

Un visage rond, comme celui de Freya, lâcheté de rousseur, comme Gideon.

Elle avait de petits yeux, un peu enfoncés, et verts. Ses cheveux étaient un peu ébouriffés, et le sang de sa blessure au crâne se mêla rapidement à ses racines rousses.

Romilda jeta un regard terrifié dans la direction de Freya, et ce fut bien la première fois qu'elle la vit lui adresser une telle expression d'urgence.

Abernathy mit ses deux mains dans ses poches et déclara à MacDuff avec un terrible sourire dans la voix.

- Tu vois, je te l'avais bien dit.

- Donc, elle, c'est la vraie… c'est la fille en grand chagrin.

MacDuff s'était penché vers elle avec un air si mauvais que cela augmenta la soudaine rage de la Nott. Elle lui lança un regard sombre, désinvolte et révolté. Mais il l'ignora, il passa rapidement vers Romilda avec un sourire à peine contenu.

Il demanda à tâtons à l'attention d'Abernathy :

- Et elle

- Peut mourir.

Le sang de Freya se glaça complètement.

Une rage naquit en elle.

Une anticipation de la douleur, des cris, et des horreurs qu'elle avait déjà vues, à Exmoor, pulsait dans ses veines, accompagnant l'adrénaline et la colère qui s'infusait comme un véritable poison.

Abernathy termina avec une mine désintéressée :

Tu as carte blanche.

Freya crut vomir.

Le regard de Romilda vers elle fut tel, que cela la secoua.

Elle avait la baguette de Romilda, elle seule pouvait les sortir de là.

Mais la terrible voix de MacDuff avait déjà retentit, comme l'avait fait le tonnerre, un peu de temps avant cela :

- Endoloris !

Et le corps de Romilda se mit à se tortiller dans tous les sens.

Au début, elle arrivait à contenir sa douleur et ses plaintes… mais très vite ses geignements devinrent des cris aigus et insupportables, surement aussi insupportables que l'était la douleur qu'elle était en train de ressentir.

La Haine en Freya explosa en elle.

Elle se sentit habitée, possédée par quelque chose qui la dépassait, par une colère, un dégoût et une douleur sans noms. Les terribles images de Phineas, torturé devant elle par Grimmson lui revinrent, toutes aussi violentes que celles qu'elle était en train de vivre, et son estomac se souleva de nouveau, sa nausée envahit sa gorge nouée, son souffle s'accéléra. Elle était haletante désormais.

Et lorsque les cris de Romilda cessèrent, et que son corps se raplatit lâchement contre le sol détrempé par la pluie et l'iode, MacDuff laissa échapper un petit rire satisfait et répugnant :

- Ce n'était qu'un petit échauffement…

Abernathy ne parut pas autant apprécier le spectacle.

Il le toisa avec un air un peu dégoûté et lui rappela simplement :

- Ne prends pas trop ton temps non plus… Dragonneau ne va sûrement pas tarder à arriver. Et tu devras être prêt.

Sur ces mots, MacDuff fit la moue, comme un enfant qu'on prive de dessert.

Il haussa les épaules, impuissant et déçu.

Il tendit sa baguette vers le corps presque inerte de Romilda.

Freya crut vraiment qu'elle allait vomir.

Ses mains et ses bras tremblaient, secoués par des spasmes terribles.

Et puis, le regard que lui lança Romilda fut si déchirant, que dans un ultime effort, ses doigts s'enroulèrent autour de la baguette qui gisait contre elle. Les yeux de Romilda étaient rougis de douleur, de larmes, et vibrants de peur.

La peur de mourir.

La voix de MacDuff se résigna :

- Quel dommage, de devoir terminer ça si vite…

Abernathy leur tourna le dos, comme si ce spectacle lui était tout bonnement insupportable.

Et au moment où MacDuff se mut de nouveau, une force surhumaine habita Freya. Elle se releva, solidement sur ses deux pieds trempés, avec un visage aussi sombre que ne l'était le ciel au dessus d'eux.

La voix graveleuse de MacDuff commença :

- Avada-…

- AVADA KEDAVRA !

Freya s'était époumonée avec une voix étranglée et pleine de haine.

Et tout aussitôt, un éclair vert, violent, et vif, s'échappa d'entre les doigts de Freya et frappa de plein fouet le sorcier, qui avait été dos à elle.

Il y eut un court instant de silence, qu'elle vécut comme au ralenti.

Elle eut froid tout à coup, elle se sentit vidée, comme si on lui avait arraché une partie de son âme en effectuant ce sortilège. Romilda, elle, l'avait toisée avec un mélange de stupeur et de soulagement… mais elle ne resta pas longtemps les yeux rivés vers la sorcière qui gisait au sol… la Nott les avait redirigés vers MacDuff, immobile.

Et au bout d'une seconde, le sombre sorcier tomba tout aussi vite, face contre terre, gris et rigide comme un roc.

Freya n'eut pas le temps de réaliser ce qu'elle venait de faire, ni de reprendre son souffle, puisqu'elle s'était brutalement tournée vers Abernathy, qui s'était retourné avec effroi et qui fixait le corps de son allié avec des yeux écarquillés et paniqués. Ses yeux noirs remontèrent vers ceux de Freya, et vers la baguette qu'elle tenait entre ses mains.

La voix de la Nott fut si sombre qu'elle ne se reconnut pas :

- Un seul geste, et tu meurs toi aussi.

Mais il était figé, il demeura là, comme s'il lui fallait du temps pour comprendre ce qu'il venait de se produire. Sa main était proche de sa poche de pantalon, où il avait glissé sa baguette, quelques minutes auparavant.

Freya se mit à prendre des inspirations sifflantes et douloureuses.

Avec un air sombre et menaçant, elle articula :

- Les mains en l'air.

Comme il ne s'exécutait pas, elle lui hurla avec une voix déraillante :

- LES MAINS EN L'AIR.

Cette fois-ci, Abernathy avait levé ses mains vers le ciel, et alors que le bateau tanguait encore d'un côté, Freya et lui demeurèrent solidement debout. La Nott ne sut quelle force lui permettait d'avoir autant d'équilibre, ni autant d'assurance, mais elle resta là, à le fixer avec une expression venimeuse.

La langue fourchue d'Abernathy dépassa furtivement de ses lèvres, courbées de manière acide. Il lui siffla avec un ton qui se voulait doucereux et de bon conseil :

- En restant avec eux, tu les mets tous en danger…

Il fit un vague signe de tête vers Romilda, encore avachie au sol et grimaçante. Freya cala de nouveau ses yeux vers lui, et il compléta avec un ton calme :

- Si tu viens avec moi, ils seront en sécurité.

- Menteur ! Tu disais qu'il allait les tuer de toute manière. Il n'y aura aucune différence.

La baguette devant Freya se mit à trembler, et Abernathy lui fit un léger sourire, faussement attristé. Il hocha la tête avec une expression presque regrettante :

- Si…

Il se mit à rire, comme s'il trouvait qu'elle était la pire des idiotes.

Et il répéta :

- Oh que si…

Et comme elle commençait à froncer ses sourcils, il reprit ses mots :

- La différence c'est qu'ils ne seront pas morts par ta faute.

Le souffle de Freya resta coincé dans sa gorge un instant, et ses mains tremblèrent encore plus fort, donnant une certaine satisfaction au sorcier devant elle. Mais il avait raison. Elle secoua sa tête, comme pour tenter de reprendre ses esprits, et la voix faible de Romilda lui intima :

- Nott, ne l'écoutez pas…

En se concentrant de nouveau sur Abernathy, elle remarqua qu'i s'était dangereusement approché d'elle. Elle redressa la baguette, pointant précisément entre ses deux yeux, et elle cracha entre ses dents serrées :

- Recule. Sur-le-champs.

Il s'exécuta, sans expression apparente, toujours les deux mains dirigées vers le ciel.

Une bulle de rage explosa encore en Freya, comme si elle était devenue un volcan de haine. Elle secoua la baguette devant lui en commençant d'une voix rocailleuse :

- Je comprends pourquoi Grindelwald veut le Pendentif à tout prix.

Elle se pinça les lèvres et continua :

- Mais pourquoi a-t-il besoin de moi ? Pourquoi ma Mère ? Pourquoi ma Famille ?

- Oh, tu ne le sais donc pas ?

Il avait arqué ses sourcils en fausse surprise.

Et puis, un autre désagréable sourire s'était formé sur ses lèvres.

Freya s'agaça avec une grimace crispée :

- Qu'est-ce que je ne sais pas ?

Elle insista avec aigreur et virulence :

- Dis-le moi.

Avec une extrême lenteur et précaution, il tendit une de ses deux mains vers elle, et avec un autre de ses sourires étranges, il lui dit calmement :

- Si tu viens, je te dirais tout. Et tes amis ne mourront pas à cause de toi.

Freya déglutit difficilement, et ses yeux tombèrent sur la main qui lui était tendue. Elle la contempla avec un mélange de haine et de tentation. Abernathy dût la sentir hésiter, puisqu'il ajouta avec un ton plus sournois :

- Dragonneau, il aura une chance de s'en sortir…

- Nott, ne l'écoutez pas.

La voix de Romilda était plus forte, et Freya remarqua qu'elle avait réussi à s'asseoir, s'appuyant difficilement contre la paroi trempée et boulonnée. Elle secoua sa tête en négation, ses petits yeux verts et sombres étaient désapprobateurs.

Elle insista :

- Il bluffe.

Freya sursauta, la main d'Abernathy s'était posée sur son épaule, comme on l'aurait pour donner un bienveillant conseil à un ami. Freya plaqua le bout de la baguette contre le sternum du sorcier et il grimaça, il fit un petit pas vers l'arrière.

Freya, elle, pleine de rage, déblatéra avec un air furieux :

- Tu dois te rappeler de ce qu'il est advenu de la main de Twigs… tu étais là après tout.

Son sourire faussement bienveillant se mut en une courbe de lèvres amère.

Elle appuya encore plus fort sur le sternum du sorcier, et elle cracha :

- Si tu t'en souviens, ôte ta sale main de mon épaule, ou tu subiras le même sort que lui.

Il s'exécuta de nouveau, avec une amertume à peine dissimulée, et son bras se releva, à la même hauteur que l'était l'autre. Des bruits sourds résonnèrent de depuis derrière la porte métallique, et puis bientôt, il y eut des coups contre cette dernière, la faisant trembler dans ses gonds.

La voix grave et défaite de Thésée s'était époumonée :

- Nott… Nott ?

La vague de soulagement qu'elle ressentit fut telle, qu'elle faillit retomber sur ses genoux, flageolants. Elle s'étrangla avec une émotion qu'elle eut du mal à contenir :

- Monsieur Dragonneau…!

Elle voulut reculer vers la porte, mais son soulier cogna contre le mollet froid et inerte du cadavre de MacDuff. La réalisation la frappa comme une gifle, comme un coup de fouet. Les yeux vitreux de MacDuff faisaient face à la porte, et elle crut vomir en se disant « je l'ai tué ».

- La voix de Dragonneau résonna encore, en même temps que les coups de poing qu'il semblait asséner à la porte.

- Nott ? Vous êtes là, Nott ? Ecartez-vous !

- Oui ! Nous-…

Mais la porte s'ouvrit dans une détonation de métal. Freya fut projetée vers l'avant, dans un souffle d'air tiède et d'eau, et se cogna contre un levier et des rouages en fer. La porte était béante, et le vacarme de sa violente ouverture vibrait encore dans les tympans de Freya, si bien qu'elle crut avoir été sonnée. Après quelques secondes de confusion, pendant lesquelles elle aperçut les silhouettes de Thésée et Gideon qui s'élançaient à l'intérieur, la voix d'Abernathy résonna une nouvelle fois, venimeuse et dangereuse.

Il était dos à l'ouverture qui donnait sur l'extérieur, sur la mer qui se déchainait dans l'obscurité. Il avait un petit sourire satisfait qui lui déformait les traits fins de son visage :

- Je dois admettre que tu n'es pas la proie facile que j'avais imaginé.

Freya avait redirigé la baguette vers sa silhouette, qui se détachait des sombres vagues et nuages derrière lui. A côté d'elle, Dragonneau s'était arrêté, la baguette aussi à la main, il était haletant, et entre deux souffles irréguliers, sa voix grogna :

- Abernathy…

Mais l'américain ne lui prêta aucune attention.

Ses yeux noirs étaient rivés vers Freya, dont les bras tremblants étaient figés vers lui.

L'acolyte de Grindelwald commenta :

- Grimmson avait raison, tu es très tenace, Nott.

Le sang de Freya se craquela dans ses veines à la mention de Grimmson, tandis que la voix rauque de Dragonneau ordonna :

- Rends-toi Abernathy. C'est fini.

Mais encore une fois, ses yeux étaient inébranlablement dirigés vers la Nott, et il compléta :

- … trop tenace, peut-être.

- Abernathy ! Avait hurlé Dragonneau, en faisant un pas vers lui.

Cette fois-ci, Abernathy le regarda, avec un air mystérieux et un sourire sournois.

Les mots qu'il prononça glaça Freya :

- On se retrouve à Rio.

Elle ne comprit pas tout de suite ce qu'il avait en tête, mais, très vite, Abernathy avait basculé en arrière, se laissant tomber par l'ouverture sur l'extérieur. Il chuta en arrière, avec ce même sourire.

Thésée et Freya hurlèrent en simultanée :

- Abernathy…!

- Non !

Mais ce fut Thésée qui réagit le premier, s'élançant vers la fenêtre, et se penchant par dessus bord. Les bourrasques défaisait ses ondulations châtains et soulevaient sa veste noire. Au bout de quelques secondes, Freya accourut vers lui, la voix tremblante, et les jambes si faibles qu'elle ne pensait pas parvenir jusqu'à l'auror :

- Où est-il ?

Comme Dragonneau ne répondait pas, elle insista avec une voix aigüe, pleine de tension :

- Où est-il ?

- Il a transplané.

La voix grave de Dragonneau résonna par-delà le terrible son du vent.

Et très vite, il se redressa et passa sa main contre son visage amer et furieux.

Il conclut entre ses dents serrées :

- On l'a perdu.

Les genoux de Freya lâchèrent à ces mots, et elle se laissant mollement tomber contre le sol aqueux et froid. Toutes les forces qui l'avaient miraculeusement habitée jusque là l'avaient abandonnée complètement, et ses doigts tremblants lâchèrent la baguette de Romilda, qui se mit à rouler sur quelques centimètres.

Dragonneau s'était aussitôt agenouillé à côté d'elle, avec un air complètement défait, la même expression qu'il lui avait adressée après qu'ils se soient échappés du tunnel secret à Exmoor.

La voix grave du sorcier ne sut pas par où commencer, et ses gestes furent maladroits et précipités alors qu'il essayait de l'aider à ne pas perdre d'autant plus l'équilibre.

- Nott, vous…

Gideon, encore dans son trench-coat, mais avec son véritable visage s'était lui aussi agenouillé devant Faucett, prenant rapidement son visage en étau dans ses deux mains.

- Romilda !

Il sembla aussitôt inspecter la blessure de la sorcière, dont le sang commençait à ruisseler depuis son front jusque sur le sol mouillé. Il jura avec tension :

- Par la barbe de Merlin

- Ca va, je vais bien… je vais bien…

Romilda lui avait répondu faiblement, et lui fit un vague signe de la main, vers le corps allongé, juste devant eux. Un autre nausée secoua Freya alors que Gideon s'approchait du corps sans vie qui gisait là, encore avec l'infâme collier de trophées accroché dans sa main grise.

Le Soigneur lança un regard confus vers Freya, puis vers Dragonneau.

Ce dernier était resté étrangement silencieux depuis que ses yeux s'étaient posés sur le corps inerte. Une sensation désagréable naquit en Freya, dans ses entrailles. Elle se sentait vide. Elle se sentait creuse.

Gideon l'inspecta rapidement, et avec confusion, sa voix dérailla :

- Et… ce sorcier, c'est…

- MacDuff. Un acolyte de Grindewald.

La réponse de Thésée avait été aussi froide que devait l'être le corps devant eux.

Et lorsque la main de Gideon se dirigeait vers le cou du sorcier pour y prendre son pouls, les yeux de Freya se fermèrent aussitôt. Elle connaissait déjà le diagnostique que ferait son ami.

Et elle le savait, car c'était quelque chose qu'elle avait fait.

La voix de Gideon balbutia :

- Il est-…

Mais Freya le coupa sèchement :

- Il est mort.

Les trois sorciers la toisèrent avec une étrange intensité.

Elle n'osa pas affronter le regard gris et inquiet de Dragonneau, juste à côté d'elle.

Et les terribles mots, se défirent, se dénouèrent, depuis sa gorge enflammée, jusqu'à ses lèvres tremblantes :

- Je l'ai tué.


Un acolyte de Grindelwald en moins, un !

Je ne sais pas si vous le situez, mais il s'agit du personnage cadavérique et au visage très creusé que l'on voit aider à faire disparaitre les corps des Moldus assassinés dans leur appartement à Paris. (et oui, il a apparemment vraiment un collier de dents humaines, si si… et on va pas se mentir, c'est plutôt glauque… mais j'en parlerai un peu plus dans le Chapitre suivant ;) )

En parlant du Chapitre suivant, j'ai hâte de partager avec vous le comportement / la réaction de Freya face au crime qu'elle vient de commettre. Son personnage continue d'évoluer (pour le meilleur, ou pour le pire… ça on le verra par la suite), et c'est vraiment un plaisir de l'écrire (j'espère que c'est aussi un plaisir de le lire du coup !).

Avez-vous des petites idées quant à la suite des évènements une fois à Rio ?

Des théories concernant la famille Fawley-Nott ?

Je vous le dis tout de suite, nos personnages préférés vont retrouver 2 autres protagonistes une fois à Rio… je vous laisse deviner lesquels ? ;)

L'accostage dans le Port de Mau Mauà est prévu au Chapitre suivant…

Stay tuned.

Netphis.