Chapitre 28 : Un autre point de vue
Harry avait l'air particulièrement petit et inquiet en entrant dans le bureau de Severus, les yeux d'un vert intense dans son visage pâle.
- Asseyez-vous, lui dit Severus. J'ai besoin de parler avec vous de ce qui s'est passé hier soir, mais comme je vous l'ai dit, rien de grave. Comment allez-vous ?
Le garçon s'assit dans le fauteuil indiqué.
- Ça va, monsieur, dit-il à voix basse. La voix n'est pas revenue ou rien, et ma cicatrice ne me fait pas mal.
Severus hocha la tête.
- C'est de la voix que je dois parler avec vous. Je suppose que vous avez conscience maintenant du fait que vous êtes la seule personne à l'avoir entendue ?
- Je l'ai pas inventée, Professeur, juré ! dit Harry à voix haute, se penchant en avant. Je l'ai vraiment entendue – elle parlait de sang, et d'avoir faim, et elle avait un ton… il frissonna. Elle avait un ton diabolique.
- Je vous crois, dit Severus d'un ton sérieux, regardant Harry dans les yeux. Vous avez entendu une voix disant toutes ces choses. Moi-même et vos amis ne l'ont pas entendue. Cela suggère que quelque chose vous poussait vous, en particulier, à l'entendre.
Harry fronça les sourcils.
- Vous pensez que… quelqu'un m'a jeté un sort ou un truc comme ça ? Pourquoi quelqu'un ferait ça ?
Severus arqua un sourcil, attendant de voir si le garçon pouvait le découvrir.
Harry devint encore plus pâle.
- Quelqu'un essayait de me faire venir là-bas ?
- Oui, dit calmement Severus. Soit en tant que cible d'une future attaque, soit pour découvrir ce qui s'était passé, vous avez été attiré là-bas. Il est donc très important, Harry, que si vous entendiez encore cette voix vous ne la suiviez pas. Est-ce que vous me comprenez ?
Harry tortilla le tissu de ses robes dans ses mains, hochant la tête.
- … et si quelqu'un est en danger ?
- Alors vous mettre en danger vous-même n'aidera aucunement, lui dit Severus. Prévenez-moi, ou un des autres Directeurs de Maison, et nous enquêterons. Je vais m'assurer qu'ils vous écoutent.
Ils avaient prévu de se rencontrer pour discuter de la situation cet après-midi ; il pourrait aborder le sujet à ce moment-là.
- … oui, monsieur, acquiesça Harry, le regard baissé sur ses mains.
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- Harry, dit doucement Severus. Il y a un moyen pour vous de m'aider, si vous le voulez.
L'enfant releva brusquement la tête, le visage plein d'espoir.
- Je voudrais examiner vos souvenirs d'hier soir, depuis le moment où nous avons quitté la fête d'anniversaire jusqu'à ce que les autres élèves arrivent dans le couloir du deuxième étage, expliqua Severus.
Idéalement, c'était quelque chose qu'il ferait avec le consentement des gardiens de l'enfant, mais comme les gardiens officiels de l'enfant étaient incompétents, et que les Tonks étaient non officiels et avaient connu Harry moins longtemps que Severus, Severus était prêt à mettre de côté ses principes habituels dans ce cas précis.
- Vous pouvez faire ça ? demanda Harry en ouvrant de grands yeux. Comment ? Vous pouvez lire dans les pensées ? C'est un sort ?
Severus pinça les lèvres.
- Il existe deux méthodes pour voir les souvenirs de quelqu'un d'autre. Une copie du souvenir peut être créée et placée dans un dispositif de vision qui s'appelle une pensine. Elles sont assez rares, mais le Directeur en conserve une dans son bureau. Vous auriez besoin de vous concentrer sur ce souvenir pendant que je le 'tire' de votre esprit sous la forme d'un fluide argenté. Ce souvenir, une fois placé dans la pensine, peut-être visionné par toute personne magique.
Harry se mordit la lèvre.
- Tout le monde ? C'est quoi l'autre solution ?
- Tous ceux qui ont accès à la pensine du Directeur, oui, confirma Severus. Il s'interrompit. L'autre méthode fait appel à une technique appelée légilimencie, qui est proche de ce que les Moldus appellent 'lire dans les pensées'. Peu de sorciers maîtrisent cette technique, mais moi-même et le Directeur sommes tous les deux des legilimens confirmés. Si vous l'acceptez, je pourrais regarder dans vos yeux et voir le souvenir au sein de votre propre esprit. Il est possible que je perçoive également certaines de vos pensées et de vos sensations en même temps ; la plupart des gens n'ont pas la discipline mentale nécessaire pour garder de telles choses séparées.
Harry fronça les sourcils, les yeux baissés sur ses genoux pendant une longue minute silencieuse.
- … je pense, dit-il lentement, que je ne veux pas que quelqu'un d'autre voie ça. À part vous, monsieur. Donc… Donc je préfère la deuxième solution. La lé- légilimencie.
- … je vois. Severus ne s'était pas vraiment attendu à ce que Harry choisisse cette option, mais il l'avait proposée, et maintenant il devait respecter sa parole. Très bien. Prenez un moment pour vous concentrer. Videz votre esprit de toute pensée ou émotion qui peuvent vous préoccuper, et concentrez-vous sur le moment où nous avons quitté la fête d'anniversaire. Quand vous serez prêt, regardez-moi dans les yeux.
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Il fallut plusieurs minutes, mais enfant l'enfant redressa la tête, la mâchoire serrée.
- Je suis prêt, monsieur.
Severus hocha la tête, se préparant à être aussi doux et discret que possible, et leva sa baguette.
- Legilimens.
Harry courait dans un couloir rempli de bougies noires à la fumée bleutée, suivant les robes noires du professeur Rogue. Ron était à côté de lui, Hermione et Neville derrière, et le professeur Rogue disait :
- ...le couvre-feu n'a pas été retardé pour vous, et vous entamez votre dîner presque quarante minutes après vos camarades.
Et puis Harry l'entendit.
- … arracher… déchirer… tuer… C'était une voix à glacer le sang, une voix à couper le souffle, un venin glacé, et elle semblait venir de l'intérieur des murs.
Harry trébucha et s'arrêta, la main plaquée sur le mur de pierre, écoutant aussi fort qu'il pouvait, regardant autour de lui, plissant les yeux dans la pénombre du couloir.
- Potter ? entendit-il le professeur Rogue demander, couvrant la voix douce et froide. Qu'y a-t-il - ?
- Il y a une voix, interrompit Harry. Ne faites pas de bruit… écoutez !
- … teeellement faim… depuis si longtemps… tuer… il est temps de tuer… La voix devenait plus faible. Harry était sûr qu'elle s'éloignait – qu'elle montait. Un mélange de peur et d'excitation le prit alors qu'il regardait le plafond ; comment la voix pouvait-elle se déplacer vers le haut ?
- Répétez-moi ce que cette voix dit, Harry.
- Par là ! cria Harry, et il se mit à courir, montant les escaliers vers le hall d'entrée.
Des robes noires apparurent dans sa vision périphérique, puis devant lui, et il entendit le professeur Rogue insister :
- Dites-moi où, mais laissez-moi mener !
Harry le remarqua à peine, criant "Les escaliers !", essayant d'échapper au brouhaha qui venait de la Grande Salle pour pouvoir entendre.
- Harry, qu'est-ce que – haleta Hermione, et il lui dit furieusement de se taire alors qu'ils arrivaient au premier étage.
La voix, où était la voix ? Harry s'arrêta, tendant l'oreille. Lointainement, depuis l'étage supérieur, et devenant encore plus faible, il entendit la voix :
- Je sens le sang… JE SENS LE SANG !
Son estomac se retourna.
- Il va tuer quelqu'un ! cria-t-il, et monta l'escalier suivant aussi vite que ses jambes pouvaient le porter.
- Restez derrière moi ! exigea le professeur Rogue, accélérant pour rester devant lui.
Luttant pour entendre par dessus le bruit des pas, criant des directions aussi bien qu'il le pouvait, Harry galopa à travers tout le deuxième étage à la poursuite de la voix de plus en plus lointaine. Mais bientôt, il n'entendit plus rien, ralentit et s'arrêta, haletant.
Le professeur Rogue s'arrêta aussi, lançant un sort qui créa une bulle bleue et lumineuse autour d'eux tous, les regardant de ses yeux brillants.
- Harry, c'était quoi ce truc ? dit Ron, essuyant la sueur qui coulait sur son front. J'ai rien entendu…
Harry le regarda. Ron n'avait rien entendu ?
Mais soudain Hermione poussa un cri étouffé, montrant le couloir.
- Regardez !
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Severus se retira de l'esprit de Harry – il n'y trouverait rien d'autre.
- Merci, Harry, dit-il à voix basse. Ça va ?
Harry avait passé ses bras autour de son torse, et il regarda Severus d'un air têtu.
- Il aurait pu faire du mal à quelqu'un, insista-t-il.
Severus soupira.
- En effet, reconnut-il. Et ça aurait pu être vous.
La perception de Harry de la malveillance la voix, Severus pouvait la reconnaître comme une perception instinctive de magie sombre. Les mots ressemblaient plus à ceux d'une créature qu'à ceux d'une personne, avec leur concentration sur la faim et l'odeur de sang, ce qui correspondait aux légendes de la Chambre des Secrets que le responsable avait invoquée. Cette personne espérait-elle que le garçon allait enquêter ? Essayait-elle de créer une fausse piste ? Espérait-elle que Potter allait garder le secret sur ce qu'il avait entendu, ou au contraire que cela serait connu de tous ? Comment cet incident était-il lié au souci de Harry avec la cheminette au début du trimestre ? Les deux situations semblaient totalement différentes, mais toutes deux avaient clairement visé Harry.
- … je n'ai vu aucun signe de la personne responsable, admit Severus.
Harry ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis la referma.
- Allez-y.
- C'est juste… Harry se mordit les lèvres. Qu'est-ce que Malefoy voulait dire ? Quand il a dit que les nés de Moldus étaient les prochains ?
Severus retint un soupir. Au moins Potter lui avait posé la question au lieu d'enquêter lui-même.
- La chambre des Secrets est associée à Salazar Serpentard, expliqua-t-il, et les gens tendent à penser que Salazar Serpentard s'opposait à l'entrée des nés de Moldus à Poudlard.
Harry ouvrit de grands yeux.
- C'est l'Héritier de Serpentard ? dit-il, sidéré. C'est un Serpentard qui a fait ça ?
- Oui, et non, dit Severus d'une voix sèche. Premièrement, les lignées des Fondateurs ne peuvent plus être retracées sans risque d'erreur, donc nous ne pouvons exclure personne. Deuxièmement, descendre de Serpentard ne garantit pas qu'un élève sera envoyé à Serpentard. Troisièmement, le responsable affirme être lié à l'Héritier de Serpentard ; cela ne veut pas dire que c'est la vérité.
- Oh. Harry baissa les yeux, puis se redressa. Est-ce que les nés de Moldus sont en danger ?
Mentir était une mauvaise idée ; il avait besoin que le garçon lui fasse confiance.
- À ce stade, il y a une menace, mais nous ne savons pas si cela sera suivi d'un passage à l'acte, expliqua-t-il. C'est pour cela que nous enquêtons de la sorte. S'il y a bien un danger pour les élèves, nous ferons de notre mieux pour le découvrir et le contenir.
Potter accueillit cette information avec un scepticisme digne d'un Serpentard, mais Severus n'insista pas. Soit ils seraient capables de protéger les élèves, soient ils ne le seraient pas, et Potter agirait en conséquence. Le plus important pour le moment était de s'assurer que Potter tienne compte en prenant ses décisions de la présence d'adultes qui pourraient le protéger.
- Si vous n'avez pas d'autre question, je vous suggère d'aller profiter du soleil tant qu'il est là, lui conseilla Severus. Rappelez-vous de prévenir un Directeur de Maison si vous entendez la voix à nouveau.
Il raccompagna Harry hors de son bureau, puis y retourna, prenant une feuille de parchemin vierge.
À Ted et Andromeda Tonks, salutations de la part de Severus Rogue…
