Chapitre 25 : trad by Naminette and Dorayaki

Il y a certains moments où je réalise que j'ai visiblement foutu en l'air toute chance de salut avec l'homme de l'étage au-dessus. Ceci peut définitivement être qualifié comme l'un d'entre eux alors qu'une volée sans fin de branches sèches me fouette continuellement le visage. Je ne sais pas comment ils nous ont trouvés, après, ce n'est pas comme si j'allais rester pour le découvrir putain. Apparemment, Levi a eu la même idée car l'homme se précipite dans le buisson à côté de moi comme si il y était né et avait grandit là. Mais comme il n'est protégé par rien d'autre qu'une épaisse veste d'hiver, il est autant exposé que moi à la furie des branches.

Je ne suis pas sûr de notre destination, je suis seulement certain que Levi n'a aucune idée du terrain lui non plus. On court seulement. On court loin d'un danger qui peut potentiellement être à nos trousses. Je ne le saurais pas étant donné que je n'ai pas une seule fois regardé en arrière.

Je ne sais même pas si on a dépassé des rôdeurs. Je suis sûr que si on sprinte pratiquement à travers une aire de reproduction pour les bâtards. Mais la seule chose sur laquelle je m'étais concentrée est la brûlure des branches entaillant mes joues et le bruit des pas à mes côtés. Bien évidement, je devrais sûrement être plus attentif à ne pas devenir le prochain repas d'un rôdeur, mais quand les vrais monstres commencent à faire partie de l'équation, vos priorités ont tendance à changer.

Parce que c'est d'eux dont on a le plus peur.

Les humains.

Parce que les mordeurs tuent pour se nourrir, pour satisfaire un quelconque désir tordu, qui dévore leur absence d'âme. Mais les humains, ils sont différents. On est différents. Tuer pour le plaisir, revendiquer un quelconque orgueil mal placé. Quand la vérité est simplement nimbée du sang maculant nos mains. Mes mains. Parce que je–

Une prise ferme fait pression sur mon épaule, me tirant non seulement hors de mes pensées mais aussi du chemin improvisé que nous avons créé. Ses yeux ne rencontrent pas les miens tandis qu'on s'agenouille dans la partie drue du feuillage, ses yeux d'argent sont dirigés sur le sentier qu'on vient juste de quitter. Cela ne me prend pas longtemps pour réaliser que Levi le scrute à la recherche d'hommes, sa main étant toujours ferme sur mon épaule. Et je déteste avoir à le lui annoncer, mais ce massif de buissons ne semble pas être la meilleure ligne de défense contre son ancien groupe d'amis qu'il dédaigne possiblement. Enfin, qu'il dédaigne probablement étant donné qu'en aucune façon ces hommes seraient encore en train de traquer Levi s'ils n'avaient pas une dent contre le connard.

C'est un jeu cruel, qu'attendre une éventuelle mort dans ces buissons. Le cas échéant au moins cette fin serait poétique. Entouré par un tas de brindilles qui actuellement essayent de se fourrer à moitié dans mon cul. C'est bon de savoir que peut-être ma santé mentale est partie, mais que l'impitoyable sarcasme est encore là.

Les secondes se transforment peut-être en minutes, mais je n'ai vraiment aucun moyen de le savoir car j'ai perdu la notion du temps depuis qu'on m'a volé la montre d'Erwin. Quoiqu'il en soit, ça dure assez longtemps pour que Levi lance un 'va te faire' fictif à ce jeu d'attente dans l'angoisse.

Les bosquets bruissent à son passage, et il tient son pistolet levé près de son visage en préparation d'un éventuel coup de feu. Je prie pour que ce soit quelque chose qu'il n'ait pas à faire étant donné qu'on est pour ainsi dire presque aussi morts que si on tentait un siège contre un nombre inconnu d'assaillants. Avec un peu de chance, je ne suis pas le seul réalisant cela. Qu'être deux contre un nombre incertain de personnes avec des armes à feu n'est jamais une combinaison gagnante. Peut-être que cela marchait dans ces films d'action à gros budget, mais quelque chose me dit que ce ne serait pas de la teinture rouge et du sirop de maïs qui décoreraient le sol si l'un de nous se faisait tirer dessus.

Mes doigts s'enfoncent dans son épaule tendue, entraînant un léger mouvement des yeux tombant de l'homme dans ma direction. Il y a une présence farouche dans ses billes d'argent. Quelque chose qui semble qui ne semble pas à sa place et étranger dans ce regard habituellement impassible. Quelque chose qui me correspond, mais qui est deux fois trop grand pour l'homme qui tressaille légèrement dans ma poigne.

Je vois ses doigts se resserrer sur le pistolet toujours maintenu près de son menton, les articulations pratiquement blanches vu la façon dont elles agrippent l'arme. J'ouvre la bouche, mais je ne crache rien d'autre qu'une demande silencieuse en aspirant l'air avec anxiété. Mais il se défait de ma prise, et est déjà en train de retourner vers le chemin abandonné.

Trébuchant au sein des buissons, je tente hâtivement de l'attraper, prêt à le ramener dans notre semblant de cachette pourrie. Mais il est déjà exposé, s'est déjà révélé à tout ennemi voulant le prendre pour cible. C'est si foutrement stupide. Je ne devrais pas couler avec ce navire métaphorique. Je devrais me bouger le cul et soit replonger dans le tas de branches à présent écrasées ou bien me tirer d'ici. Il y a deux options. Deux possibilités. Mais je me retrouve d'une façon ou d'une autre à dénicher un choix secret. Un choix stupide. Un que je devrais définitivement éjecter. Un que je devrais rayer de cette carte qui mène tout droit a une folie assurée car je devrais être fou pour le faire. Ou peut-être que je n'ai juste rien à perdre. Mon cœur se serre. Rien sauf Levi.

Et c'est presque comme si je ne venais pas de me questionner sur le fait de laisser cet homme à son propre sort.

Je me jette en avant, et mes pieds glissent légèrement sur le manteau épais fait de feuilles mortes recouvrant le sol de la forêt. Je le vois se tenir au milieu de ce semblant de chemin que nous avons crée, ses bras reposant avec douceur le long de son corps et le doigt contracté tressaillant régulièrement sur la gâchette qui ne demande qu'à être pressée. Il m'entend approcher, mais ce n'est pas comme si j'essayais forcément d'être discret en arrivant. Pendant une fraction de seconde, quelque chose semblable à de la peur traverse son visage, mais une expression neutre absorbe sans peine l'émotion avant que je puisse en tirer quelque chose. « Qu'est-ce que tu fais ? »

Mais le tremblement dans sa voix brosse un portrait différent.

À quoi s'attendait-il ? Que je me tienne à l'écart pendant qu'il est potentiellement assassiné par une bande de connards revanchards ? Enfin, peut-être des connards revanchards. Je me moque de lui, car on dirait que c'est la seule bonne réponse à sa question, et je lève mes bras en signe d'incompréhension face à son interrogation.

« Je peux gérer ça, Bright Eyes. » Et je veux douter de lui, et dire à son cul débile de soit revenir dans ce putain de buisson ou bien de lancer l'inauguration de notre marathon parmi les rôdeurs. Attendez ; effacez ça, notre Marathon parmi les Connards pas forcément en Colère. Mais l'expression dans ses yeux me fait ravaler chaque trait d'esprit, me fait me mordre la langue même si je ne veux rien de plus que lui dire que je ne peux pas le perdre. Pas après Armin. Pas Levi. « Ils ne me tueront pas. » Cela me rappelle que j'ai toujours eu le cœur sur les lèvres et que Levi peut lire en moi comme dans un livre ouvert. « Mais tu… fais-moi juste confiance. »Il le dit comme si c'était facile pour moi de simplement partir. Comme si c'était facile pour moi de potentiellement perdre la seule chose positive que j'aie dans ma vie. Parce que je ferais quoi si je le perdais ? Essayer de trouver Erwin, Hanji ? Mikasa ? En espérant qu'ils ne sont pas devenus aussi foutrement atteint qu'Armin ? En espérant que je ne les ferais pas tuer de même ?

« Tu ne peux pas t'attendre à ce que je m'en aille. » Les mots se coincent dans ma gorge, sonnant bien plus comme un au-revoir que comme un ultimatum. Les traits du visage de Levi s'adoucissent tandis qu'une paire d'yeux argent balaye ma mine implorante. Mais bientôt cette expression est remplacée par quelque chose d'entièrement différent. Quelque chose qui est alimenté par le fait que je me tiens toujours debout à ses côtés sur ce chemin. Ces yeux s'assombrissent, et une lueur obscurcie remplit ces billes d'argent. Cette poigne à se faire blanchir les articulations qui avait disparue est de retour, provoquant le tremblement incessant des poings levés de Levi. Ses mâchoires se crispent, et je peux pratiquement entendre le grincement de ses dents. C'en est presque effrayant, mais alors que je me concentre sur les touches de gris se situant en dessous de ce sourcil froncé, je remarque la terreur apparente. Cette peur de me perdre, moi aussi.

« Tch. » Le regard de Levi se détache de moi, et il secoue la tête en regardant vers le bas tandis que ses lèvres laissent échapper une série de jurons marmonnés. Il commence à faire les cent pas, comme un animal acculé dans sa cage. Sa main fourrageant à travers ses cheveux noirs en pagaille, il emmêle ses doigts tellement fort dans ses mèches que ça en a l'air physiquement douloureux. Les mots sont chuchotés, presque comme si je n'étais pas supposé les entendre. « Pourquoi tu ne peux pas juste me faire confiance putain? !» La question me coupe la respiration, et l'air se glace presque dans mes poumons. Parce que je lui fais confiance. Je lui fais tellement plus confiance qu'il ne le pense, plus que je ne me fais confiance à moi. Il se tourne vers moi, le visage emplit d'un tourment qui provoque la formation d'une boule dans mon estomac dès que son regard atteint mon visage.

« Je…J'ai confiance…mais j'ai juste… » Les mots ne sonnent pas juste du tout, ils sortent embrouillés et incertains. Ce qui était censé être un apaisement se transforme en l'exact opposé, l'aspiration rapide de l'air par l'homme voulant tout dire. Je m'attends à de la colère quand je jette un coup d'œil à ces yeux, mais ce que je reçois est bien pire. De la douleur. Comme si j'avais donné un coup de pied à son chiot imaginaire. Et mon cerveau ne sait pas comment arranger ça. Il tourne à cent à l'heure, et une part de lui se demande quand les connards vont se montrer, parce qu'ils doivent être proches. Merde, ils doivent être proches. J'ouvre la bouche, je suppose qu'une excuse est sûrement la seule chose que je peux offrir à Levi, même si cela me donne l'impression d'être déplacé. « Je ne peux pas te perdre, moi non plus.» Et vous pourrez penser que mon cerveau commence à appréhender la formulation d'une excuse étant donné le nombre d'entre elles que j'ai déjà présenté à cet homme.

La douleur qui se mélangeait précédemment aux yeux d'argent disparaît tandis qu'ils s'écarquillent. C'était un coup bas, quelque chose que je savais au plus profond de moi qu'il serait incapable de contredire. Mais je suppose que je suis inconsciemment prêt à faire des sales coups si cela signifie qu'il s'écartera du chemin. Et même si c'est dit sous d'infectes conditions, je le pense. Seigneur, je le pense foutrement. Cette compassion qui tournoie à présent au sein de ces yeux me dit qu'il le réalise également. Qu'il sait que je ne peux pas le perdre. Qu'il va arrêter d'être—

« Fais-moi confiance. »

Mes pieds bougent de leur propre volonté, reculent lentement jusqu'à ce que les branches noueuses effleurent mes chevilles. Il ne me regarde plus désormais, ses yeux sont fixés sur le balancement des arbres. Un prédateur qui peut vite devenir proie. Je veux me battre, je veux le ramener en arrière. Mais, à la place, je me blottis sous la faible protection d'une douzaine de branches frêles. C'est parce que je lui fais confiance, pas vrai ? La raison pour laquelle je m'autorise à le regarder anxieusement se tenir au milieu de ce chemin improvisé. Peut-être que c'est stupide. Merde, c'est stupide. Mais…la confiance. C'est une chose bizarre, n'est-ce pas ? Cela me fait me questionner sur ce qu'il est advenu de la raison. De la logique ? Parce qu'une personne logique ne laisserait pas quelqu'un à qui elle tient s'apprêter à faire ça. Mais la confiance. C'est juste une énorme carte joker qui chie sur tout ce qu'on nous a enseigné. Cela change les règles pendant que le jeu avance.

Quel connard.

Mais la confiance.

Ouais, Levi a la mienne. L'a eue quand je lui ai dit mon nom de famille lorsqu'on était dans cet hôpital des Enfers. Et il l'a toujours. Je prends une profonde inspiration alors que j'essaie d'imaginer toutes les manières où tout pourrait bien se passer. Rien ne me vient à l'esprit, mais je lui fais confiance. Mais il y a tellement de manières pour que les choses tournent mal. Mais je lui fais confiance.

Je ferme fortement les yeux, parce que si cela devait arriver, je ne veux pas en être témoin. Je ne veux pas le voir tomber aux mains de certains connards qui ne méritent vraiment pas d'être dans ses petits papiers. Le fait d'avoir confiance en Levi ne signifie pas que j'ai confiance en ses amis. Et, pour être honnête, après avoir assisté à tous les exemples de moralité disparue que ces enfoirés ont montrés, je doute de leur faire un jour confiance. Donc, le fait d'attendre silencieusement le son d'une balle qui siffle ne devrait vraiment pas me surprendre. D'entendre Levi s'effondrer au sol, mort ou mourant.

Mais ça n'arrive jamais.

Rien ne vient.

Je reste plongé un laps de temps indéterminé dans l'obscurité de mes paupières et dans les épines des buissons. Assez longtemps, cependant, pour qu'ils soient déjà arrivés ici s'ils étaient sur nos traces.

« Ils ne nous ont pas vus. » La voix de Levi me fait ouvrir les yeux, m'offrant l'image de l'homme qui m'examine rapidement. Il a l'air décontracté en se tenant au milieu du chemin tout frais, enfin, aussi décontracté que peut avoir l'air quelqu'un après avoir presque affronté une possible mort. C'est comme si un poids venait, de lui être retiré des épaules, avec la manière dont son corps chasse progressivement au loin le stress d'être pourchassé par une bande de fous.

« Mais le camion— »

« Ne s'est de toute évidence pas arrêté. » Il finit ma phrase, avançant de quelques pas vers moi alors qu'il parle. Sa main est tendue, la peau pâle contrastant crûment contre les couleurs sombres que l'hiver avait déposés sur la forêt. « Allez, on doit partir avant qu'ils ne changent d'avis. » Il referme des doigts osseux sur le tissu rugueux de ma veste avant que je ne puisse offrir un quelconque argument, bien que j'aie été prêt à quitter ce refuge risqué depuis ce qui me semble être une éternité.

Me tirant vers le haut, il me remet sur mes pieds jusqu'à ce que je baisse légèrement les yeux pour le regarder, notre petite différence de taille m'offrant au moins ça. « Ils ne devraient même pas être ici. » Je ne suis pas certain qu'il me parle ou si l'affirmation est censée obtenir une réponse d'une quelconque voix énervée dans sa tête. Sûrement la deuxième proposition si l'on en croit l'air distrait dans ses yeux. « Ce n'est pas normal. Ils ne devraient pas être là putain. » La prise que Levi maintient sur ma veste se resserre tandis qu'il me tire en avant. Notre destination est du domaine de la spéculation, mais l'autoroute n'est de toute évidence pas sûre avec la possibilité de tomber sur la Joyeuse Bande de Cassos de Levi.

« Ils viennent probablement pour toi. » C'est comme si le temps s'était arrêté avec mes mots. Immédiatement la poigne de Levi sur ma veste devient lâche. Fronçant les sourcils et écartant légèrement les lèvres, il me lance un regard qui donne l'impression qu'il ne veut pas comprendre le sens derrière mon affirmation. « Ils nous ont vus— ils t'ont vu. Dans ma maison. » C'est comme si j'essayais d'expliquer pourquoi j'ai chipé un cookie avant le dîner, avec la façon dont les mots fusent rapidement de mes lèvres. Comme si c'était une sorte de secret que je ne savais pas que je gardais. Mon ventre se noue alors que Levi commence à s'éloigner de moi, ses doigts se croisant derrière sa nuque dans un geste visible d'anxiété.

« Quand on partait…. ce type… il allait me tirer dessus. » Je devrais surement m'arrêter de parler étant donné que je peux pratiquement voir les cheveux se dresser sur la nuque de Levi. « Mais il t'a vu et…il l'a baissé... il a baissé son flingue. » Soudain, l'homme s'arrête et il me donne un semblant d'espoir selon lequel mon explication ait pu calmer ce qui grondait en lui Tandis qu'il se tourne pour me faire face, je réalise que j'ai tout fais sauf ça. « Je… je ne pensais pas que c'était important. Je—»

« Tu ne pensais pas que je devais savoir que quelqu'un t'a presque tiré dessus ? Presque tué ? Il y a quelque chose que je ne comprends pas ou tu es d'accord que c'est légitimement une des choses les plus stupides que tu aies pu faire ? » Ses yeux sont étrécis maintenant, le trait d'esprit tranchant lui octroyant un air empreint de la colère qu'il avait probablement voulu relâcher depuis qu'il a été traumatisé par les visages des enfants morts-vivants.

« Je ne pensais pas que c'était important. » La précédente hésitation de ma voix a été remplacée par quelque chose qui est sans doute un produit de l'irritation de Levi. « Que voulais-tu que je fasses ? Te le dire avant ou après qu'on ait arrêté de courir pour nos vies ? Oh, attends, on est toujours en train de courir putain. Je suis désolé d'avoir pensé que la survie était plus importante que te rappeler tes amis de merde. » Je sens la chaleur que dégagent mes joues, et si je me regardais dans un miroir, j'y trouverais probablement aussi une mâchoire contractée. La colère n'a jamais aidé, mais je n'ai jamais été du genre à m'aplatir comme une carpette et l'apocalypse ne semble pas être forcément un lieu génial pour commencer à me laisser faire.

Levi ne m'a toujours pas libéré de ce regard inflexible, un rictus jouant sur ses lèvres, « J'ai oublié que tu étais un foutu gamin. » Mes mains se referment en poing, me rappelant poliment que l'une de mes paumes avait été empalée récemment. « Tu ne veux pas me parler de la prochaine fois que quelqu'un pressera un flingue contre ta tête? Très bien— »

« Ne commence pas. » Peut-être est-ce ces mots. Peut-être est-ce le fait que Levi fait son connard. Ou plus vraisemblablement un bizarre mélange des deux. Quoi qu'il en soit, je refuse de rester au beau milieu de ce trou du cul du monde à me disputer avec cet homme quand on pourrait être en train de trouver Erwin et Hanji. « Laisse… » Je prends une profonde inspiration, laissant mes poing se desserrer avec l'expiration. « Laisse tomber. » Il a l'air de vouloir tout faire sauf de laisser tomber, ses yeux argent toujours directement rivés sur moi. Malheureusement pour Levi, trouver Erwin et Hanji semble bien plus agréable que poursuivre cette confrontation.

Je l'entends soupirer tandis que je le dépasse en le frôlant, sentant pratiquement le feu de son regard ardant sur ma nuque. « Je ne peux pas te perdre, moi aussi. » Une sensation d'étouffement m'étreint tandis que mon corps se fige sur place. Quelque chose qui me rappelle aimablement la façon dont le visage de Levi s'était déformé la dernière fois qu'il avait prononcé ces mots. A quel point il aurait l'air tout aussi misérable si je pouvais rassembler le courage de me retourner pour lui faire face. Mais, de toute évidence, l'homme ne me laisse pas le temps de calmer mes nerfs, le son évocateur de feuilles ambrées s'écrasant sous ses bottes s'élevant alors qu'il s'approche.

Un silence inconfortable nous tombe dessus lorsque ses pas s'arrêtent brusquement derrière moi. Je ne sais pas lequel d'entre nous prévoit de le briser surtout que je ne me suis toujours pas retourné pour juger son expression, bien que ça ne soit pas comme si j'étais en mesure d'interpréter le regard sans doute impassible qu'il dirige sur moi. Soudainement, je sens une chaleur m'envelopper, forte mais tendre. Cela me tire hors de mes pensées, hors de ce silence inconfortable. Je me raidis, m'attendant à de nombreuses choses, mais pas à ça. Pas à ses bras se refermant fortement autour de ma taille pendant qu'il appuie son front entre mes omoplates. Pas au léger tremblement qui traverse son corps lorsqu'il tente de m'attirer plus près de lui. « Je ne peux pas. » ces mots, murmurés contre l'épaisse veste roussâtre qui me protège du froid pré-hivernal.

Ça, je m'y attendais.

C'est presque comme si ce contact avait contribué à remettre en marche les fonctions vitales de mon corps, mes mains tremblantes s'élevant lentement pour venir couvrir celles se serrant fermement devant moi. Il se détend sous mon toucher, la poigne de fer précédente se desserrant dans un geste plus doux et insouciant. « Promet moi. » Son corps s'était peut être détendu, mais la voix de Levi renferme toujours cette nuance d'angoisse. Comme s'il était trop incertain pour la laisser partir. Et je ne l'en blâme pas. Car tandis que je me laisse aller dans son étreinte, je comprends sa colère. Cet irrépressible besoin de se raccrocher à une seule chose. De se raccrocher à sa kryptonite. De se raccrocher à moi. L'un à l'autre. « Promets-moi que je ne te perdrais pas. »

Il m'en demande tellement. Me demande quelque chose de tellement impossible. Mais je pense qu'il en a conscience. Vu la façon dont ses doigts s'entortillent dans le tissu de ma veste. Je pense qu'il sait que je n'ai pas mon mot à dire face à Monsieur Puissance Supérieure. Vu la façon dont je sens son visage se presser davantage contre mon dos. Sachant que chaque moment pouvait être notre dernier, mon dernier. Mais ce n'est pas la protection divine qu'il recherche, pas vrai? Ce sont mes mots. Que je lui assure que je ne vais pas faire quelque chose de stupide. Et je pense que je peux lui offrir ça.

« Je te le promets. »

En tant qu'homme, entendre l'histoire d'un mec qui s'est fait bouffer la bite n'est pas quelque chose que je prends à la légère. C'est pour cela que lorsque Levi a annoncé avec tant d'éloquence qu'il devait aller pisser, je l'ai rapidement suivi. Il m'autorise cet acte de camaraderie jusqu'à ce qu'il devienne évident que je ne partirai pas, le suivant de près pendant qu'il zigzaguait plus loin parmi les buissons. Levi s'éclaircit la gorge comme si je ne savais pas déjà à quel point la situation était embarrassante.

« Qu'est-ce que tu fous? » Je suppose qu'il pense que je n'ai pas perçu le sentiment d'inconfort provoquant le bruit étrange dans sa gorge.

« J'ai l'air de faire quoi? » Ses yeux brisent le contact avec l'air perdu ancré sur mon visage pour dévier plus bas. Ok, attendez. Est-ce qu'il croit sérieusement que je l'ai suivi jusqu'ici pour… pour lui filer un petit coup de main. Si ce sourcil levé était un signe alors, oui, c'est exactement à ça qu'il pense. Je me moque de lui, et je suis suffisamment proche pour pouvoir lui envoyer un petit coup de poing amusé sur l'épaule mais j'oublie ça. « Arrête d'être un putain de pervers. » Levi laisse échapper l'un de ses rires qui sonne aussi condescendant que mon professeur de CE1. Ça me donne envie de m'expliquer, parce j'ai toujours été de ceux qui insiste pour s'enfoncer plus profondément. « Je suis sérieux. Ce n'est qu'une précaution. »

« Une précaution qui te permet de jeter un coup d'œil à ma bite? » Je sens la chaleur affluer dans mes joues, et je force silencieusement mes yeux à garder le contact avec ce regard impassible. Un rictus apparait au coin de la bouche de Levi tandis qu'il se retourne. Connard. J'entends le son d'une braguette qui s'ouvre jusqu'en bas et je tourne mon attention vers le ciel. Ça me rappelle la première fois que je l'ai rencontré, le moment où il m'avait jeté au sol après que mon coude ait atterri sur son crâne. Quand on se haïssait… bon, quand on se tolérait. Parce que je ne pense pas vraiment avoir jamais haïs cet homme. Vouloir lui foutre mon poing dans la tronche? Probablement une demi-douzaine de fois. Le vouloir mort? Pas une seule. « Tu te comportes comme si tu ne l'avais jamais vue avant. »

Ses accusations me poussent à détourner mon attention du ciel plein de branches vers cet undercut familier. « Je… » Il ne fait aucun doute dans mon esprit que ce sourire narquois étire toujours les lèvres de ce connard, mon hésitation étant suffisante pour répondre à sa question non formulée « Je veux juste que tu ne la perdes pas. »

Levi se moque comme si ce que je venais de dire ne pouvait pas se produire. Eh bien, je voudrais bien qu'il dise ça au mec qui maintenant n'a plus de bite et a une folle envie de tripes. « J'ai les choses en main, Bright Eyes. » J'espère vraiment que ce n'était pas une tentative d'humour, même si le ton de sa voix me dit que c'est tout à fait ça.

« Est-ce que tu viens juste de- »

« Peut-être. » Sa tête est tournée sur le côté, me permettant de voir son regard à demi tourné. Je vois un soupçon de dents qui est un produit évident de son numéro de comique, et je suis presque tenté de sourire moi-même ; mais cet homme n'a vraiment pas besoin davantage d'incitation à faire ces horribles blagues. Bien que cela lui aille bien. Ce qui semble être les paroles d'un fou quand on sait de qui je parle. Mais c'est vrai. Ce léger sourire qui montre une rangée de dents qui devraient vraiment être montrées plus souvent. Ce pli qui apparaît au coin de ses yeux qui pourraient illuminer le ciel. « Tu as la tête de quelqu'un qui aurait chié une mouche. » J'aimerais débattre avec cet homme et lui dire qu'il avait mal prononcé l'expression, mais elle avait de toute évidence été assaisonnée avec un peu d'épice made in Levi.

(Note des traductrices : Eren fait référence à l'expression correcte qu'aurait dû utiliser Levi et qui peut se traduire par : « avoir pris la mouche »).

« Seigneur, je suis content que tu te soucies de ma bite. » Et si cette phrase en elle-même n'était pas suffisante pour confirmer ce sous-entendu, le clin d'œil qui suit l'est certainement.

Je lève les yeux au ciel en réponse et secoue la tête, parce que apparemment mes constantes accusations sur le fait qu'il soit le pervers numéro un de Shinganshina rentrent par une oreille et sortent par l'autre. Attrapant les bretelles de mon sac à dos, je me tourne pour retrouver notre chemin-pas-vraiment-chemin. Au diable sa queue, que Levi voit comment il fonctionne sans son membre préféré.

De toute évidence, l'esprit de Levi est aligné avec le mien, parce que, très vite, j'entends sa braguette remonter et ses bottes pulvériser les feuilles en dessous.

« Je suis- » Un râle distinctif coupe Levi, le poussant à sortir son pistolet en prévision. Tout semble tourner au ralenti tandis que je vois le rôdeur s'approcher de nous, les yeux ronds et jaunis par la faim. Je me tourne vers Levi, l'homme que je suis sensé protéger. L'homme qui essaye si durement de me protéger. Dans ce monde où la survie ne veut pratiquement rien dire, il se bat toujours pour moi. Contre Stohess, contre les rôdeurs… contre moi-même. Il me maintient en vie. Et pendant que je le regarde abaisser son pistolet, je sais que c'est la bonne décision.

Mais quand trois mordeurs de plus sortent de nulle part, je pense que j'avais peut-être tort.

Il appuie sur la détente sur les plus proches de nous, vise juste et les rôdeurs tombent au sol. Soudainement, il me tire le bras, me ramenant sur notre route. Et c'est là que je les entends. Une horde. Je ne sais pas comment ils ont fait pour nous surprendre, ouais bon en fait, si, je sais. Parce que ça nous est arrivé tellement de fois auparavant. Parce que vous êtes incapables de réaliser quand vous êtes dans la merde avant qu'il ne soit trop tard. Pas avant que vous ne soyez encerclés par des rôdeurs à chaque angle. Je suis certain que Mike attesterait positivement de ça s'il était toujours en vie.

Je devrais probablement sortir mon flingue. Je devrais probablement assister Levi dans l'élimination des mordeurs qui s'approchent rapidement de nous. Mais c'est comme si mon esprit savait déjà que nos armes ne nous servent à rien. Les rôdeurs sont plus nombreux que nos balles à dix pour une. J'entends Levi jurer, le seul autre mot dans sa bouche étant un ' non' .Non, merde. Putain. Non, non. Putain, putain de merde. Il n'essaye même pas de dissimuler la terreur dans sa voix. Il n'essaye même pas de me convaincre qu'on ne se tient pas sur nos tombes.

Mais je dois toujours le protéger, non?

Son regard rencontre le mien quand je me tourne vers lui, ignorant complètement la symphonie de rôdeurs qui s'approchent rapidement de mon côté. J'ai presque peur qu'il ait abandonné. Qu'il ait accepté que ce soit ici qu'on meurt. Mais tandis que mon regard plonge dans ses yeux argent je vois quelque chose qui détruit chacune de mes suppositions. Il veut que je me batte. Il veut que je nous sauve.

Et je vais le faire.

Je tire sur son bras, le guidant en direction de l'endroit qui semble être la moins peuplé de mordeurs. Ce qui est un choix assez difficile étant donné qu'ils semblent surgir de partout, mais le Nord m'avait toujours semblé être une bonne direction. Mon pistolet dans une main, le bras de Levi dans l'autre, je nous entraîne à travers cette forêt infestée de rôdeurs; esquivant des mains baladeuses, éliminant toute menace potentielle. C'est presque comme si je savais ce que je faisais. Et, de toute évidence, Levi le croit lui aussi, restant silencieux tandis qu'il se laisse entraîner derrière moi. Pendant un instant, je pense sincèrement qu'on va s'en sortir indemne. Mais les pensées sont quelque chose d'étranges. Parce qu'en fait, pour être tout à fait honnête, ce ne sont que des saloperies. Mais ce n'est que mon opinion personnelle.

Mais j'ai de bonnes raisons de vouloir me venger du fonctionnement interne de mon esprit. Je veux dire, cela remplit votre tête de tellement de faux espoirs. Avec de tels idéaux qui vous font vous convaincre que vous êtes immortels. Incassable. Que même Dieu ne peut vous écraser. Et puis la réalité crue vous tombe dessus, vous écrabouillant de sa grosse botte. Et où sont vos pensées dans ce cas, hein? Elles décampent comme de faux amis qui ne veulent pas être votre épaule sur laquelle vous pourriez pleurer. Et tout ça pour vous laisser submerger par l'implacable vérité que ce monde est cruel. Qu'aucun homme n'est supérieur. Qu'aucun homme n'y échappera. Et au moment où Levi tombe je le comprends.

« Putain! » Je ne peux même pas le rattraper alors qu'il chute vers le sol, la tête la première dans une couverture de feuilles, qui obtiennent enfin leur revanche pour tous leurs frères et sœurs écrasés. Il essaye immédiatement de se relever, juste pour retomber dans le perfide feuillage.

« Levi! » Mon esprit admet enfin que cet homme essayant de se relever doit avoir besoin d'aide. Je passe mes bras autour de lui, ma poigne presque Herculéenne vue la façon dont mes doigts s'enfoncent dans son manteau. « Allez, on doit partir! » J'entends des mordeurs qui s'approchent, je peux pratiquement sentir leur chair pourrissante. Il peste tandis que je le soulève, s'appuyant manifestement sur moi alors qu'il essaye de se redresser. C'est comme voir un cauchemar se rejouer lorsque sa cheville se dérobe. Comme voir un héros de tragédie rencontrer son horrible fin. Mais ce n'est pas notre dernier épisode. Ce n'est pas notre fin. Pas dans une forêt paumée encerclés par des monstres cannibales.

« Je vais pas y arriver. » Ces mots me glacent le sang, prêtant une voix à toutes les peurs parcourant mon cerveau. « Tu… putain. » Sa cheville lâche une seconde fois tandis que j'essaye de l'inciter à avancer. « Tu dois- »

« Non. » J'entends la façon dont les mots tremblent dans l'air, cette façon dont ma vue commencent à ce troubler. « Pas sans toi. » Mes bras le relèvent encore une fois, et le même sifflement de douleur quitte ses lèvres.

« C'est bon, Bright Eyes. » Il semble si abattu, comme s'il savait que toute lutte était inutile. Mais ce n'est pas vrai. Pas vrai. Pas vrai. « Ne te fais pas tuer à cause de moi. » Les grognement sont devenus plus fort, plus désespérés. Je ne sais pas combien de temps il nous reste avant qu'ils nous atteignent, mais que je sois maudis si je le laisse mourir ici.

« On peut s'en sortir, Levi. » Mes larmes font sentir leur présence, me piquant le coin des yeux et roulant le long de mes joues. « On p-peut s'en sortir. » Du coin de mes yeux, je vois quelques-uns d'entre eux sortir du sous-bois, « Pas sans toi. » Ils sont rapidement mis à terre par mon flingue, ma visée étant quelque peu mise à mal par le poids autour de mes épaules. Mais je sais qu'il y en a d'autres. Je sais que le son d'une arme à feu est un moyen garanti d'attirer plus de ces connards.

« Eren. » Je ne m'arrête pas quand il dit mon nom, je ne le regarde même pas par peur de cette douleur que je sais gravée sur son visage, « Lâche-moi. » Mon souffle quitte mes poumons. Mon cœur s'arrête dans ma poitrine. Le monde ne tourne plus. Et je sais qu'il ne me reste qu'une décision. Un seul choix à faire. Mais j'ai fait ce choix dès la première fois où j'ai entendu ce rire. Depuis la première fois où j'ai senti sa main dans la mienne. La façon dont ses lèvres se sont appuyées contre les miennes. La manière dont il me fait me sentir vivant.

« Non. » Faisant glisser mon sac à dos sur ma poitrine, je m'accroupis, espérant qu'il comprenne où je veux en venir. Et il le comprend, son air moqueur m'écrivant pratiquement un roman sur ce qu'il en pense. « Passe tes jambes autour de moi. » Il fait ce que je lui demande, ses bras encerclant aussi mon cou tandis que je le soulève.

Il n'est pas léger, et je ne peux que croire que l'adrénaline pure me permettra de le trimbaler à travers les bois. Mais, honnêtement, je n'en ai rien à carrer de ce qui me donne cette force. Bordel, je m'en fous que ce soit un don de Monsieur Puissance Supérieure, du moment que ça me permet de nous sauver.

Ils sont toujours si proches, mais ce n'est rien comparé à auparavant, car mon rythme s'accélère tandis que la distance entre nous et une mort certaine s'allonge davantage. Et, pour la première fois, je remercie mes bonnes étoiles que les rôdeurs soient des grosse merdes lentes. Le souffle de Levi est régulier contre ma nuque, et ses bras sont toujours fermement enroulés autour de mon cou. La prise n'est pas suffocante, mais réconfortante. Un rappel du fait qu'il est toujours là. Qu'il est en vie. Qu'on est en vie. Mon corps voudrait que je m'arrête, mais c'est son souffle qui me pousse à continuer. Qui me rappelle pourquoi je me bats.

« Ce n'était pas la même horde. » La voix de Levi semble rauque alors qu'il essaye de parler, comme s'il avait besoin d'une bonne sieste de vingt-quatre heures. Merde, j'aurais pu le savoir. « Elle était trop petite. » Pour être honnête, je ne me souciais pas vraiment de savoir si c'était la même horde qu'avant. La seule chose dont je me préoccupais était le fait qu'il y avait des rôdeurs qui nous encerclaient. Pas si on avait déjà été présentés. Et je pense que Levi sait ça. Il comprend que je ne me soucie pas de savoir quelle horde fait de nous son repas. Qu'à partir du moment où on s'en sort, je suis satisfait. Mais il a besoin de ça. Peu importe ce qu'est ça. Il en a besoin.

« Merci. » C'est murmuré contre ma nuque, et je sais immédiatement que ce n'est pas quelque chose ayant besoin d'une réponse verbale. Donc, je serre simplement sa cheville valide qui est toujours autour de ma taille, le rassurant sur le fait que moi aussi je suis reconnaissant. Parce que je ne pouvais pas le perdre. Je ne peux pas le perde.

Pas Levi, pas lui aussi.


Bonjour à tous et merci d'avoir lu ce chapitre!

Nous espérons que comme pour nous, ce chapitre vous a bien plu.

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PS: Nous voulions également remercier une nouvelle fois Lili pour son travail de relecture.