On se revoit à Konoha

Disclaimer : D'après les personnages de Naruto de Masashi Kishimoto. Une histoire originale de Nounouillechan. Écrit par Chicken Poulet.

Chapitre 28

Kyotsune reposa sa tasse de chocolat chaud et sourit à Sakura.

- Il est simplement délicieux, je vous en remercie, mais je n'avais aucune intention de m'imposer.

Sakura répondit à son sourire d'une manière tout aussi hypocrite.

- Je vous en prie, c'est un plaisir de vous accueillir. Malgré votre présence permanente aux côtés de Kôhei, nous n'avions jamais été présenté.

Le renard argenté referma les doigts sur la tasse, pour les réchauffer et inclina légèrement la tête sur le côté. Sans raison particulière Sakura se fit la réflexion qu'elle était vraiment très belle. Sa peau n'avait pas le moindre défaut, ses mains étaient lisses et ses ongles ressemblait à des éclats de nacres. Son physique était parfait au point de paraître suspect et Sakura comptait sur cette entrevue pour en apprendre davantage sur cette ennemie potentielle.

- Environs deux ans en arrière, vous étiez une parfaite anonyme et il est maintenant impossible d'ouvrir un magazine sans tomber sur une photo de vous ou de vos créations.

Kyotsune était disposée à se prêter à son jeu.

- Et bien… Il n'y a rien à jalouser, chaque succès n'est qu'un étage de plus sur un château de carte et tout aussi périlleux.

- Ne prenez pas mal ce que je vais dire, dame Hagoromo. Mais c'est le type de réponse que l'on pourrait lire dans les magazines, je ne pensais pas que vous vous exprimiez réellement comme ça.

Son interlocutrice pinça un peu les lèvres, puis se força un sourire en baissant la tête.

- Je suis confuse, vous avez raison. C'est qu'être l'épouse du chef de clan le plus en vue est une pression telle, que j'ai du mal à laisser de côté tout cet apparat.

Sakura s'excusa à son tour et les deux femmes rirent de la situation.

- Mais je vous en prie, parlez-moi un peu de vous, Haruno san.

- Appelez-moi par mon prénom ! J'ai été formé aux côtés d'Uzumaki Naruto et d'Uchiwa Sasuke au sein de l'armée de Konoha. Nous avons pour ainsi dire grandit ensemble.

Kyotsune releva légèrement les sourcils et inclina de nouveau la tête sur le côté.

- C'est pour cela que vous souhaitiez vous joindre à notre équipe de reconstruction du quartier Uchiwa.

Si ce n'était pas un interrogatoire ça en prenait la voie. Sakura fit semblant de ne rien remarquer et répondit avec désinvolture. Après tout, une personne favorable à la reconstruction du quartier Uchiwa n'aurait pas dégradé l'orphelinat.

- C'est ça. Sasuke a grandi dans ces rues et… Je sais que la situation reste très compliquée, mais j'ai l'espoir qu'un jour il revienne.

La main de Kyotsune se referma sur la sienne, Sakura tressauta en levant les yeux vers elle.

- Vous semblez l'aimer terriblement. Je connais ce sentiment et tout ce que je vous souhaite c'est qu'il vous aime en retour avec la même intensité. Car c'est la seule chose dont vous avez besoin pour être de nouveau réuni. Tels deux aimants irrésistiblement attiré l'un par l'autre.

Sakura lui arracha sa main et déglutit pour se redonner de la consistance.

- Je trouve cela terriblement déplacé, dame Hagoromo.

- Je m'en excuse, j'ai beaucoup de mal à accorder mes gestes et mes propos, d'ordinaire, c'est Kôhei qui gère ce genre de choses…

Alors qu'un silence gênant commençait à s'installer, Sakura reprit ses investigations.

- Malgré votre popularité apparente, on ne sait finalement pas grand-chose de vous. Il a fallu toute une année et les rumeurs les plus folles, pour que Kôhei se décide enfin à déclarer qu'il était marié et que c'était vous sa femme.

Kyotsune souffla sur la surface du chocolat et en bu une lichette avant de répondre.

- Maintenant c'est vous qui parlez comme une journaliste.

- Il s'agit juste d'une des nombreuses questions que tout le monde se pose à votre égard.

- Très bien. Pour m'excuser de la familiarité dont j'ai fait preuve tout à l'heure, je veux bien répondre à quelques-unes de vos questions. Mais à la condition que vous ne vendiez pas les réponses au rabais. Peu importe le chiffre qui vous est proposé, multiplier le par trois et faites ajouter deux zéros. Et si la personne en face trouve ce prix démesuré, dites-lui bien qu'il n'y a rien en ce monde qui soit trop cher, uniquement des personnes avec plus ou moins de moyens.

Sakura croqua dans un biscuit au gingembre tout en l'interrogeant du regard. Kyotsune lui répondit sur un ton détendu.

- Ma fortune personnelle n'est pas une légende, et je me la suis bâtit seule. Le secret qui entourait ma présence aux côtés de Kôhei et ma discrétion aujourd'hui, participent à la construction de mon image publique. Et chaque événements marquant ou conférence est une opportunité de montrer mes créations.

- Vous avez orchestré tout ça ?

Kyotsune se cala dans le fond de sa chaise et croisa les jambes, pour répondre avec une pointe d'arrogance.

- J'aime les belles choses et cela me contrarie énormément lorsqu'une situation n'évolue pas tel que je l'ais prévu. En conséquent j'ai besoin de pouvoir et de beaucoup d'argent, encore que l'un ne va pas sans l'autre. Il n'est pas question de dépendre de mon époux pour cela, mes échecs et réussites n'appartiennent qu'à moi.

Sakura posa la tête dans le creux de sa main.

- Ce qui est sûr, c'est que c'est loin d'être l'image que vous renvoyez.

Le renard argenté bue quelques gorgées de plus, faisant baisser le niveau dans sa tasse.

- Vraiment ? Pourtant, je possède les seules boutiques spécialisées en vêtements tactique spécialement féminin et j'ai un contrat pour dix ans auprès de l'armée. Oh, il me reste encore bien du chemin à parcourir, mon égérie peine à se laisser convaincre.

- Et vous n'avez pas peur qu'ébruiter votre projet le tue dans l'œuf.

Kyotsune finit sa tasse et laissa sa langue glisser sur sa lèvre supérieure.

- Aucune chance. Je cerne assez rapidement les gens et vous n'entacherez pas ma réputation au péril de la vôtre. Ce qui ne signifie pas que vous m'appréciez, loin s'en faut.

Sakura monta une épaule.

- Comme de nombreuses personne, j'imagine. Mais ça tient pour beaucoup au fait que je ne vous connais pas, pas plus que Kôhei d'ailleurs. Et son projet de rénovation du quartier Uchiwa a été vécu comme quelque chose d'extrêmement brutal.

"Extrêmement brutale" ? Kyotsune s'imagina attraper cette impertinente par les cheveux et frapper sa tête pleine de mots insensés sur la table jusqu'à ce que son crâne se fende comme la coquille d'un œuf dure. C'était assurément le moyen le plus efficace de lui ôter ces idées de la tête.

- Dame Hagoromo ?

Mais Kôhei serait sans doute très contrarié si elle faisait une chose pareille à l'une des plus éminentes shinobi de Konoha. Et une très mauvaise publicité pour son contrat avec l'armée. Enfin, il ne faut pas négliger que cela pourrait être interprété comme un acte de violence gratuit, voire un crime.

- J'avais l'esprit ailleurs. Sakura, vous arrive-t-il de penser que peu importe ce que vous faites, jamais personne n'adoptera votre point de vue pour comprendre vos décisions.

La shinobi se redressa et prit le temps de réfléchir avant de lui répondre sincèrement.

- Plus souvent que vous ne pouvez l'imaginer. Pourquoi cette question ?

- On ne voit pas le temps passer lorsque l'on est en plaisante compagnie, mais il me faut y aller. Mais avant cela, permettez que je vous prodigue un dernier conseil.

Sakura fuit son regard puis acquiesça d'un hochement de tête.

- Je sais comme on peut se sentir seul lorsque le monde entier semble se liguer contre sois.

Alors quoi ? Elle comptait lui faire un sermon grandiloquent sur l'importance de se mettre d'abord à la place des autres et comprendre qu'ils ne lui veulent que du bien ?

- Si le monde entier est contre vous parce que vous avez pris ce qu'il estime être une mauvaise décision, continuez droit dans la voie que vous avez choisi. C'est lui qui se trompe. Ne laissez jamais personne, peu importe son âge, son sexe ou son statut, vous dire que vous vous trompez. Jusqu'à ce que vous trouviez la personne qui puisse vous opposer un refus sans que cela vous blesse. Il faut épouser cette personne-là.

"Et pas la tuer comme les autres, encore que cela vous sera impossible" se retint-elle d'ajouter.

- Je vous remercie pour ce conseil… Même si je ne suis pas sûr qu'il soit très bon.

Kyotsune lui sourit et repoussa sa chaise pour se lever.

- C'est pourtant grâce à lui que je suis où j'en suis aujourd'hui. Le chemin qui mène au sommet est étroit et escarpé, alors que celui qui mène aux vert pâturages ou paissent les moutons est immense. Vous êtes de ceux qui se détache du décor, et ce n'est pas uniquement dû à cette tignasse rose.

Sakura se passa une main dans les cheveux et la raccompagna à l'entrée.

- A propos de l'orphelinat…

Kyotsune récupérait son parapluie dans un seau à l'entrée de la maison, attendant que Sakura termine sa phrase pour déterminer si elle devait le lui enfoncer dans la gorge ou se contenir. Mais en l'absence de réponse de sa part elle lui accorda un sursis.

- Je vous ai remis votre invitation à mon arrivée, il me semble vous avoir vu la déposer sur la table basse du salon.

- Je suis juste curieuse des améliorations que vous allez porter à l'orphelinat.

- Curieuse ? J'imagine que d'aussi grand yeux incite à ce vice. Malheureusement il va vous falloir rester sur votre faim. J'ai beaucoup à faire pour que tout soit parfait, mais les détails doivent être peaufiner en secret, sans aucune exception.

Sakura lui ouvrit respectueusement la porte et Kyostune déploya son parapluie.

- Encore une chose, Sakura. Vous n'êtes pas bien loin de l'orphelinat, n'avez-vous rien remarqué de suspect le soir du tremblement de terre ?

- Il y avait un peu d'agitation, j'avoue m'être d'abord inquiéter de l'état de la maison.

Kyotsune acquiesça.

- Je comprends tout à fait… Mais vous êtes un peu l'émissaire de l'hokkage ici. Si vous entendiez des rumeurs ou des nouvelles j'apprécierais que vous les partagiez avec moi.

- Je n'y manquerais pas, dame Hagoromo.

Elle la salua d'un hochement de tête et Sakura la regarda s'éloigner et disparaître derrières les arbres bordant le chemin menant à sa maison.

Derrière son parapluie, Kyotsune songea qu'elle avait été bien sage et que Kôhei serait sans doute très fière d'elle. Jusque-là elle n'avait tué personne et s'était remémoré ses conseils.

Et s'il ne rentrait pas avant le coucher du soleil, elle pourrait rompre les os et tordre le cou de cette petite Sakura. Malgré sa proximité avec l'orphelinat elle n'avait rien fait pour le protéger et pour dissimuler son incompétence elle avait rendu un rapport faussé. La sanction adaptée à ce manquement est une séparation du squelette de l'enveloppe de chaire. Sans compter que cela faciliterait le transport et la dissimulation au sein d'un mur porteur. Il faudra du temps pour que le ciment sèche, mais personne n'ira la chercher dans les fondations d'un orphelinat terminé depuis une semaine.

Elle s'arrêta pour donner des conseils à des enfants jouant dans les flaques d'eau.

- Ce n'est pas bien les enfants, vous devriez vous mettre à l'abris bien au chaud.

Les fondations de l'orphelinat étaient la sépulture parfaite pour ceux qui avaient attenté au clan Hagoromo activement ou par leur négligence. Elle commencerait par Sakura ce soir même. Cela ferait passer son sentiment de solitude en l'absence de Kôhei.

Elle salua la mère qui était sortie en entendant ses réprimandes et s'éloigna en direction de l'orphelinat.

Kôhei lui avait donné toute autorité en son absence, elle pourrait en profiter pour régler les conflits comme qu'elle l'entend. En éliminant ceux qui lui pose toujours des difficultés, l'hokkage, le Conseil, cette blanchisseuse qui avait voulu faire gonfler les prix pour les draps de l'orphelinat pas même ouvert…

Kôhei lui manquait terriblement, combien de temps les Yamashiro le garderait-ils ? Sans lui elle se retrouvait avec un trou béant dans la poitrine, que tout le sang de Konoha ne pouvait combler.

oOo

Kôhei était le premier dans le hall d'accueil et Tsunade le trouva plongé dans ses pensées. D'un naturel désinvolte et souriant, il était facile à aborder, en temps normal. Mais à l'instant il lui paraissait plus intimidant que jamais, il avait les traits durs et l'air grave. Même sa carrure semblait plus imposante.

Heureusement en remarquant sa présence ses traits s'adoucirent et il la salua d'un geste de la main.

- Ecoute Kôhei, je veux m'excuser pour tout à l'heure. Je ne sais pas exactement pourquoi tu es si inquiet de savoir ta femme seule à Konoha et c'était… irrespectueux de ma part de ne pas te prendre au sérieux.

- C'est déjà oublié ! Le plus important c'est que l'on finisse l'investiture du petit Uchiwa au plus tôt.

- Accepterais-tu de te confier au sujet de ta femme ? Ce n'est pas que l'idée d'être loin d'elle qui te travaille, tu ne veux pas qu'elle se retrouve seule à Konoha.

Kôhei se frotta la nuque et regarda à l'extérieur.

- En quittant Konoha, je ne savais pas ce qui nous attendais, j'ignorais si et dans combien de temps nous allions rentrer. Alors j'ai pris quelques précautions, mais j'ai peur que ces mesures ne se changent en une bombe à retardement.

Tsunade s'avança, le jaugea du regard et lui répondit avec sarcasme.

- Tu as peur qu'elle tue quelqu'un ou quoi ?

En absence de réaction de sa part, elle répéta bien plus sérieusement.

- Tu as peur qu'elle tue quelqu'un ? Kôhei, ne me dis pas qu'elle est liée à la vague de meurtre qu'on a eu.

Il lui jeta un regard qui lui glaça le sang.

- Avant qu'on ne soit marié, elle était un membre de ma garde personnel et depuis elle n'a plus fait couler le sang. Je peux t'assurer qu'elle n'a rien à voir avec les meurtres.

Il resta silencieux un long moment avant de se confesser.

- Elle a eu un passé difficile et le soir elle peut avoir du mal à s'endormir ou faire des crises assez violentes. Dans ces moments-là elle ne parvient pas à différencier la réalité du rêve et je n'ai pas envie qu'elle se blesse ou fasse du mal à quelqu'un parce que je l'aurais placé dans cette situation.

Tsunade baissa la tête et acquiesça. De retour de mission particulièrement compliquée, il arrivait que des soldats souffre de ce même trouble. Ils étaient hantés par les souvenirs des choses horribles qu'ils avaient pu faire. C'est pour cela que les missions les plus périlleuse étaient confié aux anbu, ils n'avaient pas les sentiments nécessaires à la culpabilité.

Kô entra dans la salle et les salua.

- Yurie sama en a presque fini, mais elle souhaite voir Hyûga Neji en privé. Est-il prêt ?

- Je crois qu'il est encore dans sa chambre.

Tsunade lui avait répondu spontanément et il acquiesça en lui souriant poliment.

- Peut-être a-t-il du mal à s'habiller. Un kimono cérémoniel c'est quand même autre chose qu'un yukuta. Si vous voulez bien m'excuser.

Il s'inclina et s'éloigna d'un pas rapide.

- C'est incroyable ce clan qui vit à part de Konoha, à tout juste une heure sans que personne ne réalise sa présence.

Cette remarque de Kôhei resta sans réponse. Après quelques minutes il dû s'écarter pour laisser passer Neji qui ne leur prêta même pas un regard.

Et pour cause, sur les ordres de Yurie, il devait se rendre seul aux archives du clan Yamashiro. Il n'avait pas la moindre idée du motif et au fond de lui la frustration commençait à s'accumuler.

Il avait eu peur au point d'en être lassé et ne restait plus que la rage et l'ennui de ne pas être libre de ses mouvements et de ses décisions. Les archives du clan se trouvait juste à côté de la Demeure Yamashiro, à l'intérieur d'un arbre centenaire.

Neji n'avait pas la moindre idée de ce à quoi pouvait ressembler un bâtiment creusé dans un tronc, mais ça devait sentir le vieux bois humide et être plutôt sombre.

La porte était basse et il dû se pencher pour entrer, mais une fois à l'intérieur c'est un monde hors du temps qui se révéla à lui.

Le sol était recouvert d'un carrelage en damier noir et blanc, la surface au sol approchait des trente mètres et tout autour de lui des escaliers et des étagères étaient taillés dans le bois. De nombreuses ouvertures laissaient circuler l'air et un lustre fait de morceaux de verres colorés dispersait la lumière aux endroits les plus sombres. L'arbre faisait une centaine de mètre de haut, ce qui n'a rien d'inhabituel à Konoha, mais il ne s'imaginait pas qu'il était possible d'en aménager aussi bien.

Neji reporta les yeux sur un bureau posé au centre de la pièce, il semblait fait du même bois que les étagères. L'homme aux cheveux blanc qui s'y trouvait portait des lunettes grossissantes en cuivre et des gants de coton, il manipulait à l'aide d'une pince à épiler les mécanismes d'une horloge. Il fit glisser ses lunettes dans ses cheveux lorsque Neji avança jusqu'à lui et commença à parler avant qu'il n'ait le temps d'ouvrir la bouche.

- Cela me fait plaisir de vous revoir, Hyûga Neji. Oui, nous nous sommes déjà rencontrés à quatre reprises auparavant. Je suis Yamashiro Eijiro, Grand Horloger, époux de Yurie et le père de ses enfants. J'ai cessé de vivre avec elle il y a bien longtemps parce qu'elle a la fâcheuse habitude de radoter et je déteste ça.

Il avait répondu à chacune de ses questions silencieuses, y compris celle qu'il n'aurait pas osé poser, avant qu'il ne les prononce. Et recommença lorsqu'il ouvrit la bouche.

- Ceux qui naissent Yamashiro, reçoivent un don particulier, une sorte de bénédiction. Mais il faut croire que lorsque tous les bons étaient distribués j'étais sortie soulager ma vessie. Mes fils et mes filles ont l'éloquence, l'intelligence, la force ou le courage, ce qui est indispensable à une vie prospère ! Le seul effet direct de mon don sur les gens est de ne pouvoir laisser aucune trace de mon existence dans leur esprit. C'est pour cela que vous ne vous souvenez pas de moi. Inutile de me regarder avec tant d'insistance, vous oublierez jusqu'à notre discussion au moment où vous quitterez cet endroit.

Il repoussa sa chaise, Neji ne parvenait pas à détacher son attention des gants de coton blanc et des lunettes grossissante en cuivre. Et cela détournait toute son attention de celui qui les portait.

- C'est perturbant, je le sais. Mais lorsque je ne les porte pas c'est bien pire. Je suis pour ainsi dire une case blanche que votre esprit ne parvient ni à remplir, ni à identifier. Et s'il y a bien une chose que l'esprit humain déteste, c'est le vide.

Neji posa une main protectrice sur le sac contenant Kurama, et le fit glisser derrière lui.

Eijiro fit le tour du bureau pour se placer face à lui.

- En temps normal, il suffirait que vous me quittiez du regard pour m'oublier totalement, c'est grâce à cet arbre que nous pouvons avoir cette discussion. Ses branches étendent également ma zone d'influence à tout le clan. Pas au point de le rendre invisible, juste impossible à trouver pour quiconque n'y a jamais mis les pieds.

Neji ouvrit la bouche une fois de plus et attendit quelques seconde avant de parler, le temps de s'assurer qu'il ne l'interromprait pas une fois de plus.

- Et vous dites que nous avons déjà eu ce type de discussion quatre fois ?

- Vous comprenez mieux pourquoi je ne vis pas avec ma femme, c'est merveilleux de retomber amoureux, mais vraiment lassant au bout de les quarante troisièmes fois. Sans compter les effets néfastes sur son esprit, enfin… Ce n'est pas ce qui vous intéresse, personne ne s'intéresse jamais à moi… La première fois que nous nous sommes rencontrés c'est lorsque Yamashiro Yumi vous a remis votre ordre de mission. Nous avons passé la nuit à discuter, c'est pour cela que vous étiez si fatigué le lendemain.

Neji hocha négligemment la tête, ce n'était pas comme s'il lui restait assez d'énergie pour s'étonner de ce que pouvait encore lui réserver le clan Yamashiro.

- D'accord. Qu'est-ce que vous attendez de moi ?

Les Yamashiro ne mentent pas et ne font appel aux autres que pour obtenir quelque chose.

- Kurama. Il faut que vous me le confiiez jusqu'à la fin de la réunion du bi de jade. Si Sasuke le vois son esprit sera troublé et vous ne pourrez pas mener la cérémonie à son terme avant la tombée de la nuit. Celle qui se fait appeler Hagoromo Kyotsune tuera la femme du nom d'Asano Sakura et… Remettez-moi simplement Kurama je vous prie.

Il avait commencé à dérouler le fil de son récit pour s'interrompre au beau milieu, Neji glissa la main sous le sac contenant le renardeau pour le serrer contre lui et recula d'un pas.

- Mon devoir est de veiller sur lui.

Eijiro s'assit contre son bureau et resta silencieux un instant en fixant sol avant de parler sur un ton grave.

- Le don que j'ai reçu est celui de vision, je lui dois mon titre de Maître du temps, auquel je lui préfère celui de Grand horloger, question de sémantique. Il me suffit d'avoir une personne à l'esprit pour dérouler le fil de son histoire. Si je n'ai aucune empreinte sur les esprits c'est pour m'empêcher de modifier le cours des choses. Le futur n'est pas écrit de manière précise, mais le choix, les actes et les décisions de chacun, sont autant de coup de crayons qui affinent l'image finale.

Il leva les yeux et les plongea dans les siens.

- Votre destin est de mourir en sauvant les vies de Hyûga Hinata et d'Uzumaki Naruto. N'est-ce pas ironique, pour celui qui s'est juré de vaincre son destin ? Mais pour une raison qui m'échappe, l'actuel chef de ce clan ne veut pas que vous mourriez ainsi. Pour répondre à ses exigences j'ai changé d'infime détail dont les conséquences nous ont mené ici, aujourd'hui. Mais c'est un montage imparfait et le destin déteste qu'on se joue de lui.

Il regarda à gauche et poursuivit son récit comme s'il lisait un conte à voix haute.

- Si vous emmenez Kurama au cours de la cérémonie, il s'échappera de votre sac et ira auprès d'Uchiwa Sasuke. Le regardant plus attentivement il comprendra que Kurama et Kyubi sont un seul et même être. Il pensera qu'Uzumaki Naruto est mort, en dépit de vos explications. Son esprit sera troublé et le chakra des différents chefs de clans et de Yurie mettront toute une semaine à se synchroniser. Alors qu'à la tombée de la nuit, aujourd'hui, celle qui se fait appeler Hagoromo Kyotsune tuera Asano Sakura. Elle dissimulera son corps dans un mur porteur, avant d'y peindre une fresque murale, sans que le ciment ne soit tout à fait sec. Au moment de l'inauguration la décomposition du corps fera craqueler la peinture, puis le mur et les restes de Haruno Sakura seront découvert. Ayant assisté à la scène, Uchiwa Sasuke perdra foi en Kôhei et son cœur s'endurcira.

Il prit une grande inspiration et plongea de nouveau son regard dans celui de Neji.

- Ne pouvant s'en prendre directement à Uchiwa Sasuke, investit de ses fonctions de chef de clan, le Conseil condamnera à mort Uzumaki Naruto pour haute trahison et fraternité avec l'ennemi. Mais Uchiwa Sasuke n'intercédera pas en sa faveur, rongé par le remord de ne pas avoir pu aider celle qu'il croit aimer. Hyûga Hinata mettra donc sa vie en danger pour sauver celui qu'elle a aimé et elle perdra car elle ne dispose d'aucun statut au regard du Conseil. Il vous faudra vous sacrifier pour elle et vous mourrez tel que le veut votre destin, en sauvant Hyûga Hinata et Uzumaki Naruto.

Il prit une grande inspiration pour conclure.

- Mais vous ne serez pas la seule victime, lorsque surviendra votre mort les bijuu sous votre contrôle seront libéré de leurs entraves. Le cœur de Kurama sera brisé à jamais et il détruira de nouveau Konoha. Hagoromo Kôhei mourra dans l'effondrement d'un bâtiment en portant secours à ses parents, et celle qui se fait appeler Hagoromo Kyotsune révélera son véritable visage et son véritable nom. La fureur de Kurama combiné à la sienne feront définitivement disparaître Konoha. Et après un demi-siècle de meurtre et de destruction, leur esprit retournera à la terre. Sur les cartes, où apparaissait Konoha, on lira "La forêt des morts qui pleurs".

Neji s'était crispé à mesure que le récit avançait, à la sincérité qu'il y avait dans les yeux d'Eijiro il savait que tout cela était vrai. Aussi incroyable que celui puisse paraître. Si tout cela devait survenir du simple fait qu'il ait gardé Kurama avec lui, il préférait autant obéir afin de l'éviter.

- Vous m'avez dit tout ça pour me convaincre, mais je vais tout oublier n'est-ce pas ?

Il aurait préféré ne jamais avoir entendu cette version du futur.

- Et vous avez bien de la chance.

Neji tira le renardeau de son sac et le prit d'abord dans ses bras.

- Je suis d'accord de le laisser avec vous quelques heures, mais comment savoir qu'il est avec vous, si j'oublie jusqu'à votre existence une fois passé la porte ? Et que comptez-vous lui faire en mon absence ?

Kurama n'avait pas perdu une miette de tout ce qui s'était dit, il n'avait pourtant pas l'air angoissé. Ses oreilles étaient droites et il fixait Eijiro qui tendait les mains pour le prendre.

- Les gens oublient les souvenirs qui sont attachés à moi. Mais l'esprit humain cherche et trouve du sens en toute situation. Vous êtes venu ici sur ordre de Yurie, et pour expliquer le temps que vous avez mis… Vous n'avez qu'à prendre le dossier que j'ai laissé à côté de la porte. Il contient des informations sur les bankei, vous en aurez besoin, croyez-moi.

Il prit Kurama et le posa sur son bureau, le renard poussa le plateau et le fit tomber de la table, répandant les rouages qu'il contenait sur le sol. Puis il échangea un regard avec Eijiro.

Neji allait le réprimander mais le Maître du temps l'interrompit.

- Il fait cela parce que je l'ai poussé de la table ce matin, ce n'est rien. D'ici un quart d'heure il aura de terrible maux de ventre et les douleurs l'affaibliront au point de lui faire perdre l'usage de la parole pour environs trois jours. Ce qui l'empêchera de rentrer en contact avec Uchiwa Sasuke et lui laissera le temps de nouer les liens appropriés avec Uzumaki Naruto.

Le renard baissa les oreilles en arrières.

- Si je vais être si malade que ça, pourquoi ne pas me laisser avec Neji ?

- Parce qu'il suffira à Uchiwa Sasuke de poser les yeux sur toi une seconde fois pour qu'il réalise qui tu es. Et que Neji ne pourra se retenir de soulager ta douleur, en te sortant de son sac.

Il se pencha et ramassa les rouages, Neji le regarda un instant, hésitant à poser sa question, mais il n'était manifestement pas nécessaire de discuter avec Eijiro.

- Ce matin j'étais assis en bout de table, juste entre Uchiwa Sasuke et vous. Lorsque Kurama est sortie de votre sac et s'est précipité sur la table je lui en ait fait la réflexion et cela l'a un peu troublé. Et j'en ai profité pour ôté ce petit renard de son regard. Cet événement est maintenant un souvenir latent dans l'esprit d'Uchiwa Sasuke qu'il faut éviter de raviser.

Neji tourna les talons et s'éloigna jusqu'à la porte.

- Le dossier bleu à vos pieds, n'oubliez pas de le prendre, vous avez eu bien du mal à le trouver. Ce serait dommage de le laisser derrière vous.

Il se baissa machinalement et le ramassa.

- Sois sage Kurama, c'est sans doute mieux que tu restes ici. Je reviendrais le plus rapidement possible.

Neji passa la porte et ressentit ce sentiment insupportable d'avoir oublié quelque chose d'important sans réussir à s'en souvenir. Comme cela vous est sans doute déjà arrivé en passant une porte. Puis il regarda le dossier dans sa main et roula des yeux.

Il avait trouvé ce dossier sur les bankei plutôt rapidement, compte tenu de la grandeur des archives. Mais comme à chaque fois avec les Yamashiro, il avançait à l'aveugle. Il le glissa dans son sac qui ne contenait plus que son bi de jade.

Afin de ne pas troubler la cérémonie il avait décidé de le laisser aux archives, en espérant qu'il lui obéirait et resterait sage.