Chapitre 28 : And push away the unimaginable

On continue dans le très fun...

J'ai commencé à publier sur AO3, si vous avez des recommendations, n'hésitez pas (mon pseudo AnissaPotter, je republie cette saga en anglais, rien de très élaboré)


Neville m'a rejoint. Descendant les escaliers à toute allure, il m'a vu et a aussitôt eu l'air soulagé. Arrivant à ma hauteur, il m'a sourit :

- El ! Tu vas bien.. Tu…

Il a ensuite vu le regard de Percy et a suivi celui-ci jusqu'à tourner la tête vers le corps de Fred. Neville a inspiré profondément, son visage se durcissant un peu et a aidé Percy pendant que je boitais derrière eux.

- Sur la route, j'ai croisé le corps sans vie et détruit de Lavande. J'ai détourné le regard, déglutissant ma bile qui me remontait l'estomac.

Dans la Grande Salle, des corps sont déjà étalés les uns près des autres. Slughorn nettoie une entaille sur l'épaule de Rusard. Parvati Patil pleure sur l'épaule de Trewalney qui lui caresse les cheveux avec douceur. Je marche en essayant de ne pas les voir, gardant les yeux rivés sur l'estrade.

- Va voir Madame Pomfresh, Elizabeth, m'ordonne Perceval.

- Je vais..

- Je vais annoncer ça à mes parents. C'est mon rôle. Va voir Madame Pomfresh.

Avec lourdeur, j'obéis. Je traîne ma jambe douloureuse, constatant avec effroi mes autres blessures, j'ai l'avant bras qui saigne abandonnement et ma cicatrice sur le visage qui s'est rouverte. Je sais que Pomfresh va me forcer à rester coucher. C'est ce que je ferais. C'est ce que Papa ferait. Je ne peux pas faire ça. Je baisse les yeux vers ma cheville, grimaçant en voyant le morceau de bois qui la traverse.

- Reste tranquille, j'ordonne fermement en faisant demi tour.

J'ai à peine le temps de me tourner que je vois Neville poser Fred au sol avec délicatesse pendant que Molly s'est effondrée dans les bras de Percy, ses épaules secouées par de violents sanglots. Ginny est assise près du corps de son frère, caressant doucement ses cheveux en pleurant silencieusement. Arthur a la main sur sa bouche, des larmes traçant des traces sur son visage noir de suie. Auprès de lui, je vois Remus agenouillé près de Tonks, Remus a les mêmes traces que Arthur sur son visage. Mais le regard de Remus est vide, lointain, comme si il n'était pas avec nous, comme si c'était la mort de trop.

Sans me voir, George traverse la Grande Salle d'un pas rapide, précipité. Ses yeux sont écarquillés. Ses cheveux roux sont sales, ils sont presque bruns foncés. Il arrive devant ses parents, sans rien dire, il baisse les yeux vers son jumeau et tombe sur ses genoux avant de pousser un râle rauque. Un cri de douleur presque animal. Son corps est pris de soubresaut violent. La dernière fois que j'ai vu quelqu'un dans cet état c'était mon père quand Mary est morte.

Je relève la tête, ravale ma propre douleur, et m'avance lentement vers lui. Quand j'ai rejoins les Weasley, Fleur et Bill sont arrivés. Ils pleurent, enlacés. George a son visage dans ses mains, pleurant, criant, en se balançant d'avant en arrière. Lentement, je me laisse tomber près de lui, ignorant ma cheville et la douleur aveuglante que je ressens en m'asseyant. Sans un mot, je prends George dans mes bras. Il s'agrippe à moi avec l'énergie du désespoir, je sens ses larmes mouiller le creux de mon cou et ses cris sont étouffés. Je garde George contre moi, caressant ses cheveux sans un mot. Je ne sais pas si il essaye de parler, les râles inarticulés qu'il prononce sont incompréhensibles et je n'essaye donc pas de les comprendre.

Molly fini par tomber contre le torse de Fred, pleurant son soul dans la chemise de ce dernier. La voix aigüe de Voldemort se fait entendre au même moment :

- Vous avez battu vaillamment. Lord Voldemort sait reconnaître la bravoure. Mais vous avez subi de lourdes pertes. Si vous continuez à me résister, vous allez tous mourir un par un…

Et, l'ironie est que la mort sera sans doute plus douce que le trou béant que j'ai à la place du cœur en ce moment même.

- Je ne le souhaite pas. Chaque goutte versé d'un sang de sorcier est une perte et un gâchis. Lord Voldemort est miséricordieux. J'ordonne à mes forces de se retirer immédiatement. Vous avez une heure. Occupez vous de vos morts avec dignité. Soignez vos blessés.

À ces moments, je sens quelqu'un tapoter mon épaule. Je vois le visage bouffis de larmes de Fleur.

- Je connais un sortilège pour ta cheville… ça ne la soignera pas. Mais tu auras moins mal.

J'hoche lentement la tête et la regarde s'accroupir à mes côtés et murmurer des incantations en français. Quand elle fini, je ne sens plus ma cheville. C'est comme si elle avait été endormie.

- Ça ne dure que quelques heures, m'explique-t-elle avec douceur.

- Merci, je murmure avec un sourire.

Elle caresse doucement mes cheveux, comme si j'étais une petite fille, une enfant qui avait trop joué à l'adulte. Et cette simple preuve de tendresse me donne envie de pleurer.

- Maintenant, je m'adresse à toi Harry Potter. Tu as laissé tes amis mourir à ta place, au lieu de m'affronter directement. J'attendrais une heure dans la Forêt Interdite. Si, lorsque cette heure sera écoulée, tu ne seras pas venu à moi, si tu ne t'es pas rendu, alors la bataille recommencera. Cette fois, je participerai moi-même Harry Potter, je te trouverai et je châtierai jusqu'au dernier homme, jusqu'à la dernière femme, jusqu'au dernier enfant qui aura essayé de te cacher.

George se relève lentement, titubant, il va s'agenouiller près du corps de Fred. Je me relève en inspirant profondément. Faisant jaillir de l'eau de ma baguette, je me nettoie le visage, ignorant le picotement brûlant de ma cicatrice (c'est donc ça que Harry ressent ?) et m'avance vers les corps. Je vois le corps de Tonks et j'ai une pensée douloureuse pour Teddy qui vivra sans sa mère. Remus lève les yeux vers moi et a un sourire sans joie.

- Merci de m'avoir sauvé la vie.

- Merci d'avoir sauvé la mienne, je souffle sans le regarder.

Je songe à l'arrivée miraculeuse des membres de l'Ordre au ministère de la magie en cinquième année. Et même si je lui en avais voulu, George lui doit sans doute la vie. Je n'aurais pas su lui rendre la pareil. Je pense que Remus aurait préféré mourir plutôt que Tonks. Je le pense parce que c'est ce que moi j'aurais préféré à sa place.

J'aperçois le corps saccagé de Lavande. Je reconnais immédiatement le savoir faire de Greyback, pour avoir trop lu à propos du loup garou dans la Gazette du sorcier. Je vais m'asseoir aux côtés de Lavande et pose doucement sa tête sur mes cuisses, prenant le temps de tresser ses cheveux une dernière fois. La tresse n'est pas très jolie. Mais je sais que les filles dont Lavande s'occupait auraient sans doute aimé faire ça. Elles ne sont pas là, mais moi oui. Je peux le faire pour elles. Je serre les dents en me rappelant que je vais sans doute devoir annoncer la mort de Lavande aux membres plus jeunes de l'AD. Quand je me relève, Padma et Parvati Patil me prennent dans leur bras sans un mot.

Je vois le trio d'or entrer dans la Grande Salle et me précipite vers Harry, courant presque.

- Elizabeth, dit-il, soulagé.

- Harry, je murmure, au bord des larmes. J'ai besoin que tu me promettes quelque chose.

Harry se crispe et ne me répond pas. Il est blessé superficiellement. Il a des traces de brûlures ici et là. Il est pleins de poussières et pleins de suie. Mais le pire est son regard. Ses yeux verts sont ternis d'une réalité pleine de souffrance et de douleur. Il voit ma cheville et fronce les sourcils, attrapant mes bras comme si il essayait de me soutenir au cas où je m'enffondrerais.

- Tu dois me promettre que tu ne vas pas faire le superhéros. Qu'en voyant les morts et les blessés, tu ne vas pas te mettre en tête d'aller te sacrifier pour nous. Je veux que tu promettes que tu vas rester et te battre avec nous.

- Elizabeth, je…

- Promets, j'insiste, ma voix se brisant et une larme glissant sur ma joue.

Je te promet, me dit-il, se voulant rassurant.

Ron et Hermione vont rejoindre les Weasley. Harry me souffle :

- Rogue est mort.

- Oh…

Je ferme les yeux et hoche doucement la tête.

- Je pense que… je… je voulais te le dire mais je n'ai pas eu le temps. Je pense que Rogue était avec nous. Jusqu'au bout. Que Dumbledore devait mourir, même si je ne sais pas pourquoi. Je pense que Rogue était dans notre camp.

- … je ne…

Mais je vois que l'idée n'est pas totalement folle pour Harry. Je lui souris et retourne auprès des Weasley. Lee Jordan est arrivé. Je le vois assis sur un banc, regardant le corps de Fred tandis que des larmes coulent sur ses joues.

Je m'assois près de George, sans trop savoir quoi faire. Pleurer mon soul serait indécent. Et rester à distance est pourtant pire. Je n'ose pas demander à George ce dont il a besoin. Je ne pense pas qu'il le sache. Alors je réfléchis à ce que j'aurais aimé qu'on me dise quand ma mère est morte, et je réalise qu'il n'y a aucun mot magique, aucune formule, aucune potion. C'est la douleur pure et effroyable. Point.

Après un moment, je vois Neville et Dubois ramener le corps de Colin Crivey.

Je voudrais mourir, là maintenant, sur le champs. Je ne comprends pas comment on est sensé survivre une telle douleur. Je ne comprends pas comment je suis sensée vivre avec une nuit pareille. Je ne suis que douleur et j'ai l'impression que je suis condamnée à ne ressentir que ça.

- Honteuse de mes pensées, je regarde George sans parvenir à imaginer, à comprendre, la douleur qu'il ressent.

Je vois Neville s'avancer vers moi. Je me lève et le rejoins, laissant leur intimité aux Weasley. Neville m'attrape par les épaules et me regarde dans le blanc des yeux.

- Elizabeth comment ça…

- Je veux mourir, Neville, je lui souffle, comme si c'était un secret. Je veux que ça s'arrête.

Neville hoche doucement la tête et me prend dans ses bras, frottant mon dos. Son vieux pull rabiboché sent la fumée et la poussière. Neville a une bonne tête en plus que moi, et pendant quelque secondes j'ai l'impression que la guerre est finie. Mais Neville me tire hors de mon déni :

- Je crois que… je crois que Harry est allé se rendre…

- N-non, je réponds d'une voix tremblante.

- Non. Tu as raison, répète-t-il, se persuadant lui-même.

- Ah vous voilà !

Une voix sèche et froide a interrompu notre étreinte. Je baisse les yeux vers Augusta Londubat. La vieille dame a l'air d'avoir chaud. Je vois que ses poches débordent de bandages et autres produits de soin.

- J'espère que vous êtes encore avec le petit Weasley, Elizabeth, me dit Augusta avec insistance.

- Oui Madame, je réponds docilement.

Et l'idée que je suis la fiancée de George ne paraît plus aussi excitante soudainement. Donner cette information semble… grossier.

- Parfait. Je voulais dire à Neville et à vous que j'étais très contente de ce que vous avez fait cette année.

- Je vous remercie, Madame, et je suis très contente de l'incroyable jeune homme que vous avez élevé.

Augusta a un sourire fier en direction de Neville qui rougit. La vieille femme, malgré suie et poussière, semble rayonner. Elle a l'air plus forte que jamais et plus redoutable que l'on pouvait imaginer.

- Je voulais aussi vous dire.. mmh… j'ai affronté Rabastan Lestrange tout à l'heure.

Je vois les yeux de Madame Londubat briller d'appréhension. Une appréhension impatiente. Je comprends au fond. Parfois je pense à la vieillarde qui a tué Mary et…

- Et ? demande impatiemment Neville.

- Il est mort.

Augusta prend ma main qu'elle serre avec sollicitude et reconnaissance. Elle tourne la tête vers les Weasley.

- Je vais aller voir Molly, dit-elle, décidée. Et j'irais annoncer la nouvelle à Andromeda Tonks moi-même. Je ne pense pas que Remus soit en état.

Neville se recule.

- Je vais aller récupérer les autres corps avec Dubois.

- Je vais aller vous aider, je réponds en le suivant.

- Elizabeth, dit-il doucement mais fermement. George a besoin de toi.

Je sais qu'il a raison mais la douleur que je ressens ne semble aller mieux que lorsque je suis occupée. Je me contente donc de lui demander :

- Beaucoup de membres de l'AD ?

- Beaucoup de gens, me répond il simplement en me faisant faire demi tour.

J'accompagne donc Augusta Londubat qui va voir Molly et Arthur Weasley avec celle qui sait ce dont elle parle. Et malheureusement, elle sait ce dont elle parle.

Malgré ses yeux secs d'avoir trop pleurer, George continue de sangloter. Je vois Ginny se relever lentement et je la prend dans mes bras. Je lui caresse les cheveux en silence.

Malgré le fait que Neville ait voulu me rassurer, malgré la promesse de Harry, je sais qu'il est parti. Je le sens. Et je veux le tuer de mes mains. Si cet abruti meurt de la main de Voldemort, on aura fait tout ça pour rien. Je veux hurler. Je veux pleurer. Je veux disparaître complètement ou revenir quelques mois en arrière.