3x15 - This sorrowful life

...et la partie 2 du #nano30. Ouai, c'est chiant. J'arrête.

A vous de me dire...


*pov Y/n*

Le chasseur continue de sprinter. Comme s'il savait intuitivement où trouver son frère.

Peut être que oui, finalement. Peut être qu'il y a un lien du sang particulier. J'en sais rien, j'suis fille unique.

"Pourquoi on est partis à pied, sérieux ! dis je essoufflée à plusieurs mètres derrière.

-T'étais pas obligée d'me suivre... Rentre !

-J'suis perdue, tu crois quoi, putain ?!

Il ralentit enfin, levant la tête au ciel et les bras d'impuissance, me permettant aussi de le rejoindre.

"Pourquoi t'es pas partie avec Michonne dans ce cas ? Elle rentrait à la prison. Même à pince, t'aurais du la suivre... Je peux régler ça tout seul... avançant plus vite dès que je l'ai rejoint.

Mais marcher me fait moins mal que courir, même vite. Je peux suivre sans être totalement à bout de souffle. Pour le style, je repasserai, mais ça, j'ai l'habitude.

"Tu pensais m'semer ? comptant le nombre de mots pour chaque phrase, ne voulant pas paraître totalement hors d'haleine.

-Si seulement...

On se tait tous les deux en approchant des hauts silos et du sifflement grinçant si identifié au site lugubre.

"Y a un paquet de rôdeurs... avançant plus lentement dans l'herbe jaunie de soleil. T'es sûr qu'il est revenu par là ?

-Si tu as changé d'avis, casse toi Y/n. Je t'ai toujours rien d'mandé.

-Je change pas d'avis. C'est juste que je pige pas...

J'avance en restant bien dans les traces du chasseur devant moi. J'ai déjà dégainé mon marteau et mon arme dans chaque main. Je suis devenue pas mal ambidextre depuis quelques semaines.

-Il se jette dans la gueule du loup... dit il encore, comprenant tout haut la volonté de son aîné alors qu'il s'arrête de marcher. Il veut sa rédemption...

-Et... t'es pas prêt... comprenant enfin la position respective des deux frères terribles.

Il me regarde une seconde avant d'hocher et baisser la tête.

"Ok Chasseur... allons chercher ton p'tit oiseau...

Il renifle un coup, ne retenant pas un sourire à mes mots. J'ai gagné au moins ça. Avant de passer aux choses vraiment sérieuses.

*Pov Rick*

Ils sont fixés.

Daryl et Y/n partis, j'ai tout déballé aux autres, malgré l'inquiétude qui me tient de les avoir dehors. Je sais qu'elle ne craint rien avec lui, mais c'est plutôt la subite détermination du chasseur qui m'inquiète. Il risque de faire une connerie. Après, elle est la seule capable de faire garde fou avec lui.

Quelques heures sont passées quand Michonne déboule à la lisère du bois. Je baisse mon arme et descends du guet à toute vitesse.

Elle est saine et sauve.

Mais sans Merle, ni Daryl.

Et sans la Petite.

*Pov Daryl*

Un carnage. Y en a partout. Ils ont fait un véritable carton depuis qu'on est v'nus à ce foutu rendez-vous.

J'accélère le pas à nouveau et je plante quelques cadavres encore survivants d'un coup de lame dans la tête. Ils s'effondrent tous un à un. Y/n derrière, s'applique de son côté, gardant mes arrières sains et saufs.

Il en reste un juste là-bas, vautré sur un de ses congénères, il lui bouffe les boyaux consciencieusement.

Il doit m'entendre. Ou me sentir... parce qu'il redresse soudain la tête vers moi.

Et je me fige d'horreur.

*pov Y/n*

J'en éclate quatre ou cinq dans les premières secondes. Malgré les corps déjà étendus au sol un peu partout, il en déboule toujours des lisières de la forêt alentour.

Je fais une courte pause pour reprendre mon souffle, alors que Daryl avance encore. Le bruit de son arbalète qui libère son carreau se répète à intervalle régulier.

Un grand échalas s'approche de moi et je me jette sur lui avec bien plus de rage qu'il n'aurait mérité.

En cherchant à nouveau Daryl, plusieurs cadavres sont étendus à droite et gauche, formant comme un genre de petit chemin qui débouche sur le dos du chasseur, là-bas, tout droit vers ses ailes d'anges qu'il ne quitte jamais. J'avance dans l'allée formée, ralentissant en comprenant de mieux en mieux la raison de son soudain immobilisme.

"Me dites pas... dis-je entre mes dents.

Au delà de mon ami, au travers de ses jambes flageolantes, je perçois du mouvement au sol, puis comprends qu'un rôdeur se redresse de son festin, comme tant avant lui. Il s'approche, bringuebalant, vers le chasseur. A bien observer sa tenue d'abord, je me dis que le débardeur dégueulasse ressemble étrangement à...

"Merde... gémis je encore plus faiblement, laissant mon marteau s'abaisser et pendre, au bout de mon bras qui balance sous le poids.

Le cadavre s'approche encore, va pour agripper le chasseur qui se laisse faire et veut s'en dégager en même temps, mais s'y prenant mal, exprès. Puis il le pousse, pour le faire tomber à la renverse. Daryl se jette sur lui et le frappe à maintes reprises de sa lame. Je ne vois pas grand chose, si ce n'est les giclées rouges, de plus en plus sombres et de moins en moins grandes.

Un frisson de répulsion me secoue toute entière, encore étonnée de tenir sur mes jambes. J'entends les cris puis les sanglots de Dixon qui tombe finalement à genoux, à moitié sur le corps de son frère.

Je ne peux plus le regarder, baissant la tête sur mes chaussures, fermant les yeux de toutes mes forces. Le bruit humide qui envahit l'air tout autour de moi, me suggère des images intenables.

J'attends encore un moment. Je me concentre sur ma respiration avant de ne plus entendre celle de Daryl. C'est surtout ce silence assourdissant qui me fait me reprendre. Je le trouve dans la même position, prostré, le dos rond, à coté des seules jambes, inertes, que je distingue.

Alors je pivote sur moi-même, un tour lent mais complet, avant d'apercevoir ce que je cherche.

Je m'approche au ralenti. Je n'ai pas envie, pas besoin d'en voir davantage, mais je veux enlever mon ami de là. Ca ne sert plus à rien. Ca fait déjà trop longtemps que ça dure et le soleil est couché depuis un moment.

J'ai éclaté tous les rôdeurs qui continuent d'errer, à proximité, comme un automate, comme détachée de moi-même. Cela fait un joli cercle presque parfait à plusieurs mètres des deux frères toujours réunis.

Je profite d'un répit des relous pour venir plus près du chasseur, toujours courbé, sa tête posé sur le torse immobile et sans doute froid de ce qui était son frère. Son arbalète est dans l'herbe, à plus d'un mètre de lui. Au bout d'un temps supplémentaire, j'ose poser une main sur les ailes, tout doucement, délicatement, ne voulant en rien le surprendre. Mais il me donne un violent coup de bras pour toute réponse.

"Fous moi la paix, les mots déjà grommelés sont assourdis un peu plus par le torse du mort.

Je me redresse mais ne bouge pas d'un centimètre, à lui toucher la cuisse du bout de ma chaussure. Je reste là, je veux qu'il sache où me trouver quand il me cherchera, quand il cherchera tout court du moins. je peux encore attendre un peu. Les rôdeurs sont moins nombreux tout autour. La fin du jour n'est pas tout à fait terminée.

La nuit est tombée, noire, vide et épaisse à la fois, alors que je roule comme une inconsciente sur la route abîmée, plein phares. Des rôdeurs surgissent de partout attirés par le moteur fatigué qui hurle, autant que par le sillon de lumière aveuglante. Si je m'en prends ne serait ce que la moitié d'un, à la vitesse où va la vieille petite auto, j'aurais fait ça pour rien, on aura fait ça pour rien.

Daryl est sur le siège près de moi, toujours une jambe repliée vers lui me tournant le dos aux trois quarts fixant sa vitre vide. Il n'a pas prononcé un mot. Il m'a repoussée vertement quand je me suis encore penchée vers lui. Puis il a à un moment fini par se tenir debout, restant devant son frère encore de longues minutes...

Ensuite, toujours en silence, on a creusé... à s'en faire saigner les paumes, jusqu'à la nuit noire. Je l'ai aidé et j'ai aussi planté les morts s'aventurant trop près de lui.

Merle est six pieds sous terre, faute d'être vraiment en paix. Ça fait du bien à son frère je suppose... puis le cadet est monté dans la voiture sans plus de temps mort.

J'espère seulement qu'il ne l'est pas, à l'intérieur.

Mort.