Chapitre 48 : Être parents, le vivre et recommencer

Une fois encore nous la regardions dormir, Peeta me tenant dans ses bras, elle n'avait pas encore deux ans.

Elle avait fait ses premiers pas à douze mois, avait prononcé son premier mot à quinze mois : « Maman ».

La vie était simple avec elle. Au début elle avait eu du mal à faire ses nuits et cela avait été un peu difficile de suivre le rythme. J'avais quand même, par curiosité, tenté de l'allaiter moi-même, mais je n'étais pas arrivé à m'y faire. Forcément, je m'étais senties être une mauvaise mère, mais Peeta avait su, une fois encore, trouver les mots, me disant que ça ne lui posait aucun problème, d'autant qu'il appréciait de pouvoir la nourrir lui aussi.

Souvent, je le retrouvais dans la chambre de notre fille, aux cheveux aussi bruns que les miens, la regardant avec un amour sans bornes tandis qu'il lui donnait le biberon et lui racontait des tas de choses. Elle semblait hypnotisée quand il se mettait à lui parler, comme tous les enfants à qui il parlait. Mais avec elle ça prenait une tout autre dimension.

J'aimais les regarder tous les deux et le voir si heureux et épanoui. Je l'étais aussi même si je passais beaucoup de temps à me faire du souci.

J'avais paniqué à plusieurs reprises, par exemple quand elle pleurait alors qu'elle venait de manger, qu'elle était propre et que je ne comprenais pas ce qu'elle avait.

Ma mère avait souvent dû venir à mon aide quand Peeta avait repris le travail. Cela semblait lui paraitre tellement simple à elle.

Elle était complétement amoureuse de sa petite fille, et Haymitch, n'en parlons même pas ! Il était un autre homme avec elle.

Quand elle l'avait appelé « Pimitch » pour la première fois, j'avais bien cru qu'il allait faire une attaque. Il était émerveillé, heureux, et elle le lui rendait bien, tout sachant parfaitement comment le mener par le bout du nez.

Elle était encore si petite et si fragile mais elle semblait à la fois avoir le calme de son père et ma détermination.

Cela faisait rire Peeta, bien qu'il avait dû à quelques rares occasions se fâcher parce qu'elle se mettait à faire une colère, ou qu'elle refusait d'écouter, ou elle faisait une bêtise.

Une fois je l'avais entendu lui dire

- Papa a dit non ! ça suffit maintenant. Puisque c'est comme ça tu vas aller à la sieste !

Il l'avait pris dans les bras, alors qu'elle hurlait, mais il avait gardé son calme et l'avait mise au lit en lui disant :

- Quand tu seras calmée Papa reviendra te voir.

Cinq minutes après il était remonté, elle dormait à poings fermés serrant le vieux lapin en peluche de Prim contre elle.

Il n'aimait pas se fâcher contre elle, car elle l'amusait trop et qu'il l'aimait par-dessus tout. Bien souvent, il lui disait :

- Mon petit ange, tu es bien la fille de ta mère !

J'avais l'impression qu'avec moi elle me testait moins qu'avec Peeta, souvent, un simple regard de ma part suffisait à lui faire comprendre qu'elle avait atteint les limites. Mais une fois encore, c'était une enfant relativement facile à vivre, calme et qui comprenait parfaitement ce qu'elle avait le droit de faire ou non.

On aimait la voir gambader dans le jardin, aller arracher trois brins d'herbe et me les apporter en me disant « Tiens Maman ». Ça me faisait fondre.

Lors de sa première année elle avait eu une bronchiolite.

Je n'en dormais plus et j'avais passé plusieurs nuits dans le fauteuil à côté de son berceau à l'écouter respirer.

J'avais finalement bien développé instantanément, au moment où elle était née, ce fameux « instinct maternel » dont j'avais eu tant peur qu'il ne me fasse défaut.

Elle avait les yeux de son père, ses yeux malicieux et si beaux, elle formait un harmonieux mélange de ce qu'il y avait de plus beau chez Peeta et moi.

Être parents nous avait encore rapproché un peu plus tous les deux. Cela avait fini de tisser un lien indestructible entre nous.

Peu de temps après la naissance Gale et Johanna étaient venu avec Anton qui avait l'air d'être complétement tombé lui aussi sous le charme de notre fille. Johanna avait insisté pour la pouponner n'ayant pas pu le faire avec Anton. Elle semblait méconnaissable dans ces moments-là. Même si je l'avais vu faire avec son fils, je lui découvrais une douceur que je n'imaginais pas. Gale regardait ce petit bout avec des yeux tout attendris.

Elle aussi avait ce don de charmer facilement n'importe qui, comme son père. Finn aussi l'appréciait beaucoup ce qui était plutôt rare pour un garçon de son âge, mais elle était toujours souriante, comme Peeta et quand elle se mettait à rire aux éclats il était difficile de ne pas l'accompagner.

Quand elle n'était encore qu'un bébé j'avais acheté une sorte de harnais kangourou qui me permettait de me promener partout avec elle. Je l'avais emmené en forêt. Je n'avais pas chassé bien sûr, mais j'aimais partir avec elle en promenade dans ce lieu si apaisant. Souvent elle ne faisait que dormir calmement contre moi et je me sentais sereine.

Elle avait deux ans et demi et un soir en allant nous coucher je commençai à me coller contre Peeta d'une manière qui faisait qu'il savait très bien ce dont j'avais envie. Il commença alors à m'embrasser, de cette façon que j'aimais tant et qui allumait toujours ce feu en moi. Toutes ces années passées auprès de lui n'avaient en rien atténué mon désir, notre désir l'un pour l'autre.

- Peeta, dis-je entre deux baisers. Je n'ai plus de plantes contraceptives et je crois que je n'ai pas envie de retourner en chercher de suite.

Il s'arrêta, alluma la lumière pour sonder mon regard, celui-ci était déterminé et ampli d'amour.

Cette nuit-là il me fit l'amour d'une manière tellement douce et passionnée, que je crois bien que c'est ce soir-là que nous l'avions conçu.

Quand j'annonça à Peeta être enceinte, il fut évidement ravi. Moi aussi du reste.

Quant aux autres, ils n'auraient jamais pensé que je voudrais remettre ça, malgré le fait que je semblais être une mère normale et relativement épanouie.

Notre fille avait un peu boudé au début, mais nous lui avions expliqué qu'elle devrait prendre soin de sa petite sœur ou de son petit frère et que c'était important. Après quoi elle venait régulièrement s'allonger à côté de moi posant sa tête sur mon ventre pour raconter un tas de choses incompréhensibles au bébé. Cette grossesse fut moins mouvementée émotionnellement pour moi que la précédente, mais il m'arriva malgré tout d'avoir de nouveau peur. C'était incontrôlable, mais néanmoins moins violent que la première fois. Je pleurai moins, heureusement et cette fois-ci j'étais obsédée par la viande. Je n'avais pas d'envies sucrées. Uniquement envie de viande. Il m'arriva même parfois de me lever la nuit pour aller en manger.

Je ne paniquai pas lorsque je le sentis commencer à bouger. Quand ma petite puce le su, elle avait n'avait de cesse de venir encore plus parler à mon ventre. Le bébé semblait réagir au son de sa voix car souvent elle faisait des « Oh ! A bougé Maman » et je lui disais que c'était parce qu'il devait aimer l'entendre.

Cette fois-ci je me montrai un peu plus raisonnable dans mes achats, enfin, un peu plus mais pas trop. Peeta avait de nouveau peint des toiles pour habiller les murs de la troisième chambre de l'étage.

Notre fille l'avait aidé apportant sa contribution personnelle. Une fois il lui avait mis plein de peinture sur les mains et elle avait tamponné assidument toute la toile que Peeta lui avait donné. Il n'ajouta rien, laissant juste ses petites empruntes de mains multicolores sur la toile blanche. Il voyait déjà sa fille devenir une artiste.

Quand on sut qu'il s'agissait d'un garçon je fus vraiment contente, et Peeta tout autant. Il me tardait de découvrir sa bouille et de voir ce qu'il aurait pris de chacun de nous.

Quelques mois avant l'accouchement nous avions cependant vécu un drame. Un jour Peeta m'appela dans la dépendance. Il avait l'air triste et abattu. Je me précipitai vers lui avec mon gros ventre, inquiète, pour lui demander ce qu'il n'allait pas.

- Kat…c'est Buttercup.

Il me prit par la main et m'amena devant les étagères, où le vieux matou avait pris l'habitude de dormir à côté des affaires de Prim.

- Et bien quoi, il dort. Dis-je en passant ma main sur son pelage. Je la retirai immédiatement.

Il était froid, il s'était endormi, pour toujours.

Je fondis en larmes et sentie mes jambes me lâcher. Peeta me soutînt et m'aida à m'assoir sans me faire mal. Ce vieux chat que j'avais détesté pendant des années mais qui été toujours revenu, était pour moi, une des dernière partie « vivante » de Prim. J'avais appris à l'aimer, à ma façon. Je me sentais dévastée comme si je revivais en partie la mort de ma sœur. Peeta essaya de me consoler du mieux qu'il put. Voyant que ça ne passait pas, il m'attrapa dans ses bras et me monta dans notre chambre. Après avoir pleuré durant deux bonnes heures je fini par m'endormir. Il vint me retrouver avec notre fille dans les bras. Elle vint de lover contre moi me serrant très fort.

- Maman chat Cup fait dodo Papa a dit. Tu es triste ?

- Oui mon ange, beaucoup ? Lui dis-je, en lui caressant le visage.

- Faut le réveiller ? Il fait la sieste.

- Non mon cœur, dit alors Peeta, Papa te l'a dit, Buttercup était très vieux, il a eu une longue vie et maintenant il fait un long long dodo.

Elle semblait comprendre plus ou moins même si elle était encore petite. Elle se remit alors tout contre moi m'agrippant très fort et sanglotât dans mes bras. Elle s'était attachée à ce chat qui le lui rendait bien. Elle aimait bien trotter dernière lui l'appelant « Cup ». Il se laissait faire avec elle, tout comme il s'était laissé faire avec Prim.

Je lui caressais les cheveux et lui chanta une chanson pour la calmer, me calmer aussi. Une chanson que Prim aimait que je lui chante.

Le lendemain, nous décidâmes d'enterrer Buttercup dans le jardin près de l'entrée de la forêt sous un chêne. Peeta l'avait délicatement déposé dans une boite en carton et l'avait recouvert d'une couverture. C'est vrai qu'il semblait dormir.

Haymitch et Maman étaient venus aussi, pour ne pas nous laisser seuls face aux questions de leur petite fille et pour nous changer les idées. Maman avait pleuré quand je le lui avais annoncé. C'était une étape de plus à franchir.

Il me fallut plusieurs semaines pour ne plus pleurer de temps à autre en pensant à lui, quand j'allais dans la dépendance voir Peeta, où quand je voyais ma petite brunette aller poser des petites fleurs à l'endroit où nous l'avions enterré. Mais la vie devait reprendre son cours, il le fallait bien.

Les derniers mois de grossesse se passèrent bien et l'accouchement fut plus simple que le premier. Je refusai toujours de prendre un calmant et comme pour la première fois, je fus celle qui finit de mettre au monde notre fils.

De nouveau, de sentir ce contact de ce nouveau-né, mon enfant, contre ma peau, fut un moment inexplicable.

Après mon retour en chambre, je m'assoupi. Quand je me réveillai, je pu observer avec tendresse Peeta torse nu, assit dans le fauteuil, tenant notre fils dans ses bras pour faire du "peau à peau". Il avait fait la même chose avec notre fille et j'avais trouvé cette image magnifique. J'étais heureuse de pouvoir de nouveau assister à cela.

La première rencontre entre nos deux enfants se passa très bien. Ma petite puce regardait son frère dans son berceau. Peeta la tenait sur ses genoux en étant assis sur mon lit. Elle posa plein de questions, mais elle nous expliquât très sérieusement qu'elle avait une mission maintenant : s'occuper de son petit frère. Je ne doutais absolument pas du fait que c'est ce qu'elle ferait.

Maman et Haymitch étaient des grands parents comblés, mais surtout plus le temps passait plus ils étaient gâteux avec eux. Je devais avouer que, même s'ils leurs passaient presque tout, le fait de leur laisser de temps à autre nos enfants nous permettait de nous retrouver Peeta et moi et je savais qu'ils étaient contents de les garder. Mais je ne les laissais pas trop longtemps quand même car je n'aimais pas être séparée d'eux.

Nous avions notre famille, ce que je n'aurais jamais cru possible d'être en mesure de réaliser un jour et je crois que c'était ce que j'avais réussi de mieux dans ma vie.

Cela n'était pas toujours simple. Elle commençait à poser des questions, quand il m'arrivait encore de temps à autre de faire des cauchemars, et à sa manière bien à elle, elle savait me rassurer. Souvent elle regardait nos cicatrices ou la jambe artificielle de Peeta avec curiosité. Ses questions étaient innocentes, mais il était clair qu'elle cherchait à comprendre.

Quant à mon fils, ce petit blond dodu aux yeux gris comme les miens, un simple regard de lui suffisait à me calmer.

Côté caractère il était un peu plus sauvage, un peu comme moi, un peu timide presque. Il me faisait penser à Anton. Mais quand il était entouré par notre petit groupe, il semblait plus à l'aise plus calme. Il fallait l'apprivoiser.

Ce qui était certain c'est que sa sœur prenait très à cœur sa mission de le protéger, elle le faisait instinctivement lui tenant parfois de grands discours, qu'il ne comprenait pas vraiment, pour lui expliquer que de faire ça c'était dangereux.

J'aimais les voir tous les deux ensembles et je pensais que je ne leur souhaitais qu'une chose, c'était de vivre une relation fraternelle aussi forte que celle que j'avais pu avoir avec Prim.

Souvent aussi je me laissais aller à me projeter m'imaginant les emmener à la chasse avec moi. Je ne savais pas si cela leur plairait et si ce n'était pas le cas cela ne serait pas grave, mais nous avions encore le temps.

Je savais qu'ils étaient en sécurité, qu'ils étaient bien entourés et que nous saurions les protéger autant que nous le pourrions de tous les dangers.

Notre vie serait toujours marquée par le passé, quoique l'on fasse, mais ce que nous nous étions créés avec Peeta, me rendait, peut-être pour la première fois de ma vie, un peu plus optimiste.