Temari et Shikamaru restèrent encore un moment assis sur le banc, prolongeant ce baiser qui avait, en quelque sorte, été la preuve et la concrétisation de leurs sentiments respectifs, sans éprouver le besoin poser des mots sur ce qu'ils ressentaient l'un envers l'autre.

Presque par automatisme, et guidé par son désir immuable, Shikamaru apposa une main sur la jambe de la jeune femme, avant de la remonter le long de sa cuisse. C'était plus fort que lui, il avait besoin de la toucher, de sentir cette peau incroyablement douce sous sa paume. Temari étouffa un gémissement contre sa bouche, qui se transforma en un soupir chaud, presque plaintif. S'ils n'étaient pas sur ce banc, à la vue de tous, nul doute que leur baiser n'aurait été qu'un simple avant-goût.

Alors, avant que la situation ne dérape plus et que sa volonté ne la quitte définitivement, Temari se détacha à contre coeur des lèvres de Nara, tout en le fixant du regard.

- Je... les autres doivent nous attendre, et... on risque de rater le feu d'artifice... murmura-t-elle d'une voix presque fiévreuse, haletante.

Shikamaru la regarda, partagé entre la déception et le soulagement. Il savait qu'elle avait raison, et que la situation aurait pu à tout moment dérailler si elle ne l'avait pas arrêté. Il soupira discrètement, avant de plonger à nouveau son regard dans le sien, un sourire se dessinant sur ses lèvres.

- Hum... tu as raison. On devrait aller les rejoindre. Mais je te préviens, je n'en ai pas fini avec toi, lui adressa-t-il avec un clin d'oeil.

- Tu dis ça depuis qu'on s'est retrouvés, et je n'ai encore rien vu, répondit-elle, amusée. Que c'était jouissif de le faire chier !

- Continue à me chercher, femme galère. Tu ne paies rien pour attendre.

- J'attends de voir ça !

- Pas de soucis, tu vas pas être déçue. Au fait, comment vont tes pieds ? Tu peux marcher ?, s'inquiéta-t-il.

- Oui, oui, ça va. Grâce à toi, lui répondit-elle, un sourire franc aux lèvres.

Le coeur de Shikamaru fit un grand huit dans sa poitrine. Il adorait la voir ainsi. Heureuse, souriante, joyeuse. Sentant le rouge lui monter aux joues, et un tiraillement entre ses jambes, il détourna le regard d'elle, voulant éviter tout dérapage incontrôlé.

Heureusement pour lui, Temari retira ses jambes et se leva enfin. Elle prit un instant pour réarranger sa tenue, de sorte qu'aucun indice révélant leur rapprochement auprès des autres ne soit visible. Shikamaru l'imita, et attendit qu'elle ait terminé de défroisser son Yukata, avant de lui tendre la main. Une fois sa tâche accomplie, elle releva la tête, et remarqua une nouvelle fois, la main tendue de Shikamaru, qu'elle prit avec plaisir. Il croisa ses doigts entre les siens, de sorte à ne plus se lâcher, et reprirent tous deux le chemin de la place principale. Les allées et ruelles étaient maintenant bondées de monde, ce qui obligeait Shikamaru et Temari à zigzaguer entre les passants et ralentir leur marche pour éviter de bousculer quelqu'un. Vu le monde qu'il y avait, Nara était rassuré d'avoir la main de Temari dans la sienne. Le cas échéant, ils auraient pu facilement se perdre, dans cette marée humaine.

Après quelques minutes de marche au ralenti, ils aperçurent enfin au loin leurs amis, ceux-ci s'étant regroupés au plus près de l'endroit où allait être tiré le feu d'artifice. Naruto et Hinata, qui étaient en pleine discussion un peu à l'écart du reste du groupe, furent les premiers à remarquer l'arrivée de Shikamaru et Temari, et eurent un sourire en coin lorsqu'ils virent leurs mains entremêlées. La jeune Hyuga adressa un regard conciliant à Temari, tandis que Shikamaru soutenait le regard de Naruto, en remuant discrètement la tête, comme pour lui sommer de ne faire aucun commentaire sur le sujet.

- Vous arrivez à point nommé, vous deux, annonça Naruto, une fois Shikamaru et Temari à leur côté. Ça va commencer dans cinq minutes ! Alors, vous avez trouvé votre bonheur sur les stands ?

- Madame galère s'est faite plaisir, ouais, répondit Shikamaru en pointant du doigt les quelques sacs qu'il portait de l'autre main.

- Arrête d'exagérer, flemmard. A t'écouter, on dirait que j'ai dévalisé les stands !

- Ça aurait pu être le cas, si je ne t'avais pas freiné dans tes pulsions dépensières. Si on ne vous pose pas de limites, vous claquez tout votre fric, vous, les femmes...

- Tiens, tiens, encore des allusions machistes, Monsieur l'intello ? rétorqua Temari.

- Ce ne sont pas des allusions, j'expose simplement les faits tels qu'ils sont, Madame Furie, trancha Shikamaru, toujours dans la provocation dans le seul but de jouer avec les nerfs de sa belle.

- Mais Seigneur, que tu m'énerves !

Sakura et Ino explosèrent de rire face à leur altercation habituelle, suivies de l'ensemble des garçons qui semblaient faire des paris entre eux, à savoir combien de temps Shikamaru allait survivre avant de se prendre une raclée par la No Sabaku.

- Vous êtes incroyables, tous les deux. Un vrai petit couple de têtes brûlées, balança Sai avec sarcasme.

Temari fit volte face vers le petit ami d'Ino, en lui lançant un regard meurtrier, comme pour lui signifier que s'il disait un mot de plus, elle allait le tuer.

- Eh bien alors, Sai ? Toi aussi, tu serais tenté de faire un vol plané ? Provoqua-t-elle en désignant son poing serré.

- Bon les gars, calmez-vous, commença Naruto, tout en essayant de réprimer un fou rire. Le feu d'artifice va commencer, et je dois y aller pour faire un discours, en tant qu'Hokage. Tâchez de rester en vie juste pour cinq minutes, ok ?

- On va essayer, répondit Sakura avec une pointe d'ironie. Allez, file !

Naruto leur fit un signe de la tête et partit en direction du centre de la place pour rejoindre les pyromanes ainsi que Kakashi, son ancien Sensei, qui l'attendait.

Le groupe d'amis, quant à eux, se rassemblèrent avant de se rapprocher au maximum, afin d'avoir une meilleure visibilité sur Naruto, et l'encourager. Temari et Shikamaru restèrent toutefois légèrement en retrait, juste derrière les autres. Cette discrétion permit à Nara de lâcher la main de sa belle, pour venir l'encercler par la taille. Temari, surprise, cherchait à capter le regard de Nara, celui-ci lui répondant simplement avec un sourire entendu sur le visage, avant de se coller davantage à elle.

Le discours débuta, et Naruto maîtrisait l'exercice avec une main de chef. Il semblait détendu, confiant, en s'adressant à l'ensemble des ninjas de Konoha présents. Son allocution portait principalement sur l'hommage aux combattants de la Dernière Guerre qui avaient payé de leur vie pour assurer la victoire et la paix dans les villages. Des mentions particulières avaient été faites, notamment pour l'ancien Sensei de Shikamaru, Asuma. A l'entente du nom de son défunt maître, celui-ci eut le visage dur, fermé, une expression de profonde tristesse anéantissant toute trace de sourire, et le regard perdu dans le vide. Machinalement, il avait exercé une forte pression de la main contre la hanche de Temari. Et sans qu'il ne puisse le maîtriser, des larmes coulaient à présent le long de ses joues. Des larmes d'amertume, de regret et surtout de remords.

Temari le regarda, impuissante. Elle savait combien il s'en voulait, combien il avait été anéanti suite à la mort d'Asuma. Cette épisode tragique avait été un véritable traumatisme pour lui, et elle ne pouvait s'empêcher d'avoir des remords, elle aussi. Parce qu'elle n'avait pas été là, auprès de lui, ce jour-là. Parce qu'elle savait qu'elle aurait pu être un soutien moral, une présence rassurante. En voyant Shikamaru pleurer, elle avait mal au coeur. Doucement, elle releva une main, qui vint essuyer ses joues encombrées et humides de ses larmes.

- Shika, je...

- Ça va aller. C'est juste... à cause de la poussière, murmura-t-il, sans la regarder.

Elle savait bien que c'était faux, mais n'en dit rien. Etant fière elle-même, elle n'oserait pas le contredire et le sermonner. A la place, elle se rapprocha davantage de lui, et plaça elle aussi un bras autour de sa taille, pour se montrer rassurante, présente.

Ce geste, aussi simpliste était-il, avait néanmoins réussi à détendre Shikamaru, qui relâchait un peu la pression dans une longue expiration. Son visage se radoucit au fur et à mesure, avant de baisser la tête et regarder Temari, celle-ci s'étant concentrée de nouveau sur le discours de son ami. Elle avait essayé de faire ce qu'elle pouvait pour le consoler, il en avait pleinement conscience. Et quand bien même la douleur morale de la perte d'Asuma ne partirait jamais, il savait dorénavant qu'il ne serait plus seul pour la supporter.

Alors, il baissa lentement la tête vers l'oreille de la jeune femme, et lui souffla le seul mot qui avait de l'importance pour lui en cet instant, et qui avait à ces yeux une valeur inestimable.

- Temari... Merci.

Elle ne répondit rien. Elle n'avait simplement pas besoin de le faire. Cependant, ce simple « merci » lui faisait chaud au coeur, et lui donnait la confirmation que le peu qu'elle avait pu faire pour lui avait suffit à apaiser sa tristesse de l'instant. C'était tout ce qui comptait.

Toujours collés l'un à l'autre, ils écoutaient Naruto poursuivre son discours. A la fin de celui-ci, il laissa Kakashi prendre la parole à son tour, qui remercia l'ensemble des habitants de Konoha pour leur présence et pour leur attention, avant de céder sa place aux ninjas chargés de préparer le feu d'artifice.

La foule recula pour laisser de l'espace aux pyromanes, et pour garantir une certaine sécurité.

Temari et Shikamaru durent s'agripper l'un à l'autre pour éviter de trébucher ou se perdre, et reculèrent à leur tour pour suivre le mouvement.

Naruto, quant à lui, réussit à se frayer un chemin entre les passants pour rejoindre ses amis, et pointa du doigt un endroit non loin de là où allait être tiré le feu d'artifice, et qui serait plus tranquille. Le groupe, après avoir repéré le lieu, acquiesça et suivit l'Hokage en file indienne.

Une fois tout le monde réunit, chacun décida de s'asseoir sur l'herbe, attendant le début des festivités. Temari trépignait d'impatience, et fit signe à Shikamaru de lui donner le sac où était réunit ses achats. Elle récupéra les petits bâtonnets d'artifice qu'elle avait acheté, et en distribua à tout le monde, ce qui lui valut une vague de remerciements et de sourires.

- Super idée, Tema' ! dit Ino, tout sourire, le bâtonnet à la main.

- Je savais que ça allais faire son petit effet, lui répondit l'intéressée. Shikamaru, tu pourrais nous prêter ton briquet, s'il te plaît ?

Sans dire un mot, celui-ci fouilla dans la poche de son Jinbei, et posa le fameux briquet dans la paume de Temari avec un sourire entendu.

- Allez, que tout le monde fasse un voeu, après l'avoir allumé ! En espérant que tous vos souhaits se réalisent, termina-t-elle, en agitant son bâtonnet sous la flamme. Puis elle ferma les yeux, et pria très fort.

Ce qu'elle souhaitait, silencieusement, était évident. Elle avait fait le voeu que sa relation avec l'hériter Nara se concrétise, et si c'était le cas, qu'elle soit durable dans le temps. Elle ne savait pas ce que les autres avaient choisi, mais pour certains, elle en avait une petite idée. Elle mettrait sa main à couper que son voeu était similaire à celui d'Hinata, vis à vis de Naruto. Que Ino souhaitait devenir riche et que son magasin connaisse encore plus de succès. Que Sakura voulait que Sasuke la reconnaisse officiellement en tant que petite amie, idem pour Tenten, qui avait sûrement fait le voeu que son aventure avec Neji soit plus concrète.

Pour Shikamaru, par contre... elle n'en avait pas la moindre idée. Et par correction, elle ne lui poserait jamais la question. Tout ce qu'elle espérait, c'était que son voeu se réalise, à lui aussi.

Les minutes déroulèrent à une vitesse folle, et tout le monde semblait passer un bon moment. Ce feu d'artifice était l'occasion pour Temari de se créer de nouveaux souvenirs impérissables avec ceux qu'elles aimaient, qu'elle chérirait jusqu'à son dernier soupir. Elle était revenu pour eux, pour Lui, aussi. Et pour rien au monde, elle ne voudrait repartir de Konoha. Sa place était définitivement ici, auprès d'eux, jusqu'au bout.

Des tonnerres d'applaudissements la tira de sa rêverie. La foule face à eux commençait à s'agiter, signe que le spectacle allait commencer d'une minute à l'autre.

L'instant d'après, des premiers tirs résonnèrent dans la nuit, et le ciel noir fut illuminé de multiples couleurs éclatantes des feux d'artifices, avant de s'éteindre dans des amas de fumées.

C'était spectaculaire. Plus personne ne parlait autour d'eux, laissant leurs yeux s'émerveiller face aux mille et une couleurs qui drapaient ce ciel étoilé.

Le moment était magnifique, et très romantique aussi. Mais Shikamaru, qui était assis avec les autres garçons, était si loin que Temari ne put s'empêcher d'avoir un pincement au coeur. Elle aurait aimé qu'il soit à côté d'elle, et qu'ils regardent le feu d'artifice côte à côte, main dans la main. Elle n'arrivait pas à dissimuler sa déception, mais tenta tout de même de sourire pour cacher ses émotions.

L'intéressé avait du capter ses pensées car celui-ci, après avoir touché un mot à ses amis, se leva et se dirigea vers elle, avant de se rasseoir, juste à côté.

- Eh, femme galère. Tu te rappelles de ce que je t'ai dit l'autre fois ? Que tu es beaucoup plus sexy quand tu souris. Alors arrête de faire la tête. On dirait que je t'ai manqué.

- Je m'en rappelle très bien, flemmard. Et oui, c'est bien le cas.

- Le cas de quoi ? Qu'est-ce que tu me baragouines ?

- C'est le cas. Je voulais que tu... je voulais simplement que tu sois près de moi, murmura-t-elle, le feu aux joues, tête baissée.

Shikamaru eut instamment un coup de chaud, avec la sensation que son coeur explosait dans sa poitrine. De toutes les réponses qu'aurait pu lui donner Temari, il ne s'était absolument pas préparé à celle-ci. Parce que ce n'était pas habituel, et qu'ils avait à quel point cela avait dû être dur pour elle, de l'avouer. Il se gratta l'arrière du crâne, les yeux rivés ailleurs, avant de les reposer sur elle, d'un regard bienveillant.

- Eh bien, je suis là, maintenant, lui répondit-il, tout en recueillant sa main dans la sienne, le sourire aux lèvres.

Elle lui adressa un regard en biais, une expression de satisfaction sur le visage. Elle était contente, il le savait. Elle n'avait attendue qu'une seule chose, et Shikamaru était fier de l'avoir comprise.

Il rompit les derniers centimètres qui la séparait d'elle, et se remit à admirer les explosions colorés dans le ciel. Temari en fit de même, et se servit du prétexte de cette proximité avec lui pour poser délicatement sa tête contre son épaule. Shikamaru eut un mouvement de recul, surpris par le geste, mais la laissa faire.

Alors que la nuit grondait sous les assauts pyrotechniques, elle profita du vacarme de ce spectacle pour prononcer discrètement les trois mots les plus difficiles à exprimer, mais les plus sincères, en espérant que la prochaine fois, elle aurait le cran de les lui répéter en face. Pour l'heure, ceci ne représenterait que de simples mouvements de lèvres, sans que personne ne comprennent ce qu'elle avait dit.

- Je t'aime, Shikamaru...

A suivre...