Chapitre 35 : Je me paye une coupe à l'acide sulfurique
-On n'en verra jamais la fin, ai-je soupiré au bout de vingt minutes à errer dans le noir et la puanteur. Et y a rien du tout, ici! C'est juste un vieil égout dégueulasse !
-Attendons de trouver une échelle. Tout ce dont on a besoin c'est de regagner la surface, après tout tant mieux si rien ne se trouve sur notre chemin.
Hélèna, elle, jetait des regards nerveux tout autour de nous sans mot dire.
J'étais incapable de dire si j'étais plus avancé par ma rencontre avec George et Martha ou s'ils n'avaient fait que soulever plus de questions. Ils n'avaient pas vraiment nié que j'étais le fils d'Hermès, ils ne l'avaient pas vraiment dit non plus. Comme si c'était sans importance, comme si… comme si là n'était pas le problème. Mais qu'est-ce qui pouvait bien être en jeu, si ce n'était pas mon ascendance? J'aurais voulu pouvoir arrêter d'y penser. C'était juste impossible de tirer la moindre conclusion. Mais si j'avais pu torturer l'une des si nombreuses personnes qui détenait la vérité, si ne serait-ce qu'une seule m'en avait laissé l'occasion… je regrettais d'avoir laissé partir ces asticots sans leur avoir fait endurer les pires supplices pour les forcer à cracher ce qu'ils savaient. C'était peut-être les seuls à me cacher quelque-chose qui avaient été assez vulnérables pour que j'en aie la chance et je les avais laissés filer.
Vingt minutes plus tard, on a fini par atteindre le bout du tunnel. Et c'était juste le bout du tunnel. L'eau s'écoulait par un interstice qui descendait plus profondément sous terre, c'est tout.
-Je préfère encore ca, a rétorqué Hélèna en s'appuyant contre le mur. Pour une fois qu'on ne tombe pas sur un piège ou un passage secr…
Soudain, un tremblement a secoué les souterrains et tout un pan du mur contre lequel la fille d'Héra s'appuyait a tourné sur lui-même pour l'emporter de l'autre coté avant même qu'elle ait pu pousser un cri. Peter a hurlé :
-HELENA !
-Calme !, ai-je grogné. Il doit y avoir un interrupteur ou…
J'avais à peine effleuré le mur qu'il a pivoté une nouvelle fois. J'ai immédiatement été plongé dans le noir alors que je glissais le long d'un terrifiant toboggan de pierre, une descente de plusieurs minutes proprement terrifiante, j'avais de plus en plus chaud au fur et à mesure que je m'enfonçais sous terre. Je ne pouvais me détacher du sentiment que j'allais peut-être tomber dans un four et crever dans les flammes. Puis, enfin, j'ai été recraché par un tuyau qui m'a violemment envoyé rouler par terre, haletant. J'aurais aussi bien pu me briser la nuque.
Aussitôt, j'ai été soulevé de terre comme si je ne pesais rien par un bras puissant et j'ai entendu cette phrase, un truc qui n'avait absolument rien à voir avec tout ce à quoi j'aurais pu m'attendre :
-DES CLIENTS !BONJOUUUUUURS !
La créature qui me tenait par le dos de mon t-shirt était la plus monstrueuse que j'avais vu jusqu'à maintenant. Elle arborait un crâne chauve, deux yeux globuleux, un immense sourire et avait des dizaines de bras, partout sur le torse – son t-shirt comportait un tel nombre de manches qu'il en devenait tout simplement inutile. Il tenait Hélèna par les cheveux au bout d'un autre de ses bras.
On a entendu quelqu'un d'autre glisser et cette fois-ci c'est Peter qui a été jeté aux pieds de notre agresseur. Le petit blond a immédiatement bondit en arrière et pointé son arme sur le monstre tout en regardant autour de lui, stupéfait. Croyez-moi, il y avait de quoi.
Nous nous tenions au milieu d'un salon de coiffure. Oui oui, un salon de coiffure, tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, des sièges confortables, des miroirs, une étrange odeur de lavande flottant dans l'air et des posters de célébrités aux coiffures compliquées placardés sur les murs. Un salon de coiffure planqué dans les égouts. Même pour un monstre, ca n'avait pas de sens.
-Lâ… lâchez-les, a balbutié Peter alors que je me débattais pour échapper à la poigne du monstre aux cent bras en l'agonisant d'injures. Et je vous laisserais vivre.
Etonnamment le monstre s'est aussitôt exécuté et a reculé de quelques pas pour se placer au milieu du salon tout en écartant largement les bras, ce qui étant donné leur nombre était un spectacle absolument saisissant.
-Bienvenus !On m'appelle Cottos, c'est à moi qu'on confie la tâche de préparer les concurrents !
-Les concurrents ?, s'est étranglé Hélèna.
-Vous êtes Cottos ?!, ai-je balbutié. Pour de vrai ?!
-Je savais que ce nom me disait quelque-chose. C'est l'un des êtres aux cent mains, un hécatonchire, comme Briaré. Reculez.
Tout s'est passé très vite, trop pour que j'ai le temps de décider si la situation exigeait une épée tranchante ou une langue acérée. Il a tapé dans ses mains, et des femmes ont surgies une à une par une porte dans le fond du salon, une dizaine. Non, pas dix. Neuf.
Leur visage était absolument identique et elles portaient le même uniforme de salon de coiffure avec un badge indiquant leur nom sur la poitrine. Seules leurs coiffures, plus improbables les unes que les autres, permettaient de les différencier. Elles se sont alignées puis ont fait la révérence, une à une.
-Les Neuf Muses !, a clamé Cottos en agitant quelques uns de ses bras dans leur direction. Dans l'ordre Clio, Euterpe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Erato, Polymnie, Uranie et Calliope !Ce sont elles qui vont s'occuper de vous !C'est pas merveilleux ?!
Bien avant que j'ai eu le temps de m'appesantir sur ce qu'il pouvait bien y voir de si formidable à être coiffé par les Neuf Muses elles nous on entraînés vers les sièges en jacassant dans un incompréhensible brouhaha. Même Peter s'est laissé faire, désemparé, incapable de se décider à geler des femmes d'apparence aussi ordinaire. Cottos a disparu dans son arrière boutique, tout excité.
-Installez-vous confortablement je vous prie, a fait l'une des employées, affublée d'une crinoline qui frôlait les lustres du plafond. Puis à l'avenir nous parlerons du prix.
-Hihi, ca rime, a gloussé Hélèna.
-Heu… non merci, ai-je grogné alors qu'une autre femme m'examinait les cheveux. On n'a pas d'argent. On veut juste des renseign…
-Il a des cheveux en argent, celui-ci !, s'est exclamé une troisième dont les cheveux n'étaient que dread locks si longs qu'ils rampaient sur le sol comme un calamar géant venu s'échouer sur son crâne. On pourrait avoir besoin de la scie.
Nous étions tiraillés entre la politesse qui pourrait nous permettre d'obtenir les informations qu'il pouvait nous donner – c'était Cottos bordel ! – et le danger que pouvait représenter la situation.
-C'est juste un coiffeur, ai-je chuchoté tandis qu'on me vidait une bouteille de shampooing sur la tête. Si ca lui fait plaisir, alors…
Ni Peter ni Hélèna ne m'ont répondu. Ils s'entreregardaient en échangeant des froncements de sourcils et des mouvements de la tête. Soudain, j'ai compris qu'ils communiquaient par télépathie. Sans moi. J'ai donné un violent coup de coude à Peter. Il a soupiré avec agacement, puis j'ai senti le chatouillement familier dans mon cerveau.
-C'est quoi ca ?, ai-je sifflé. Qu'est-ce que vous complotez ?
-La dernière fois qu'on t'a inclut dans un plan tu as essayé de nous tuer. Tu es indigne de confiance et psychologiquement instable, c'est un fait.
-Oh, arrête !, s'est exclamé Hélèna. On était en train de se demander si ca pouvait être un hasard. On n'a rien fait pour, mais on se retrouve quand même là où Robin nous avait conseillé d'aller, précisément chez LA personne qu'il voulait qu'on aille voir.
-Non, pas un hasard, ai-je rétorqué. Mais je crois pas qu'il se soit attendu à ce que ca se passe comme ca, aller voir Cottos c'était qu'un conseil. Par contre, on a suivi Georges et Martha. S'ils nous ont aidés à fuir, peut-être qu'ils voulaient aussi nous aider à rallier le Mont Olympe.
-Ce qui prouve que cette… chose a réellement les informations que nous voulons, a renchérit Peter. Vous ne comprenez pas ?Même si on arrive à Olympie on aura aucuns moyens de rejoindre la Grèce, aucuns d'entre-nous ne sait comment faire. Notre voyage était comme vain depuis le début. Mais là…
-Rachel a dit que je saurais comment faire. Peut-être.
-Pas vraiment, en fait. Elle a dit « le fils du Voyage saura quoi faire ».
Il m'a fallut un instant pour comprendre.
-Robin des Bois ?
-Ca aurait du sens, non ? Vous comprenez ce qui est en train de se passer ? Rachel prétendait qu'un fils d'Hermès nous montrerait le chemin pour atteindre la Grèce, et voilà que Robin nous désigne une voie censée nous faire gagner du temps. Je ne sais pas comment, mais ca va peut-être nous amener précisément là où on est censés être, c'est peut-être le seul moyen d'arriver à temps arrêter le Rituel.
-Donc, a fait Hélèna, le seul moyen d'arriver à temps en Grèce, c'est de faire confiance à l'homme qui a fait passé un message en tirant une flèche dans le ventre de Derek ?
-Personnellement ca m'inciterait plutôt d'autant plus à me fier à son jugement.
-Très drôle, ai-je grogné. Bon, voilà ce qu'on va faire. Il a pas l'air mauvais, ce Cottos. On va commencer par l'interroger gentiment. Ensuite s'il refuse de répondre, on le tue. Ou alors on le torture puis on le tue.
-Derek !, s'est exclamée Hélèna. Y a une légende qui prétend que les concurrents de Secret Story sont triés sur le volet dans un lieu souterrain secret. C'est peut-être ca.
-Hélèna…
-Quoi ?On peut peut-être aussi avoir de la chance, des fois !
-Restez concentrés, a aussitôt rappelé Peter. Ne vous croyez pas une seule seconde en sécurité, c'est un salon de coiffure au fin fond des égouts, rien de tout ca n'est ce qu'il semble être.
Finalement, rien ne s'est passé comme prévu. Parce-que soudain Euterpe, une Muse coiffée d'une simple crête hérissée aux allures de hache de guerre, probablement celle de la Musique, s'est saisie d'une lyre. Et elle a commencé à jouer.
J'avais déjà écouté le chant magique d'Orphée, mais c'était autre chose. Rien d'agressif. On ne sentait aucune magie émaner de ca. C'était simplement la plus douce, la plus belle des berceuses. Ma méfiance et mon agressivité ont fondues comme les premières neiges au levé du soleil. Rien de mauvais ne pouvait se produire ici, aujourd'hui. C'était une trop belle journée. Peter et Hélèna, eux, semblaient dans un état pire encore. J'ai compris à quel point quand Peter a fait la plus insensée, la plus effroyable des confessions, le sourire aux lèvres, les yeux mi-clôt :
-J'ai toujours rêvé d'avoir la même coupe que Justin Bieber… ouais…
Je me suis secoué. C'était pas le moment de se laisser aller.
Cottos est enfin revenu, toujours en sautillant comme un gamin autour du sapin de Noël. C'est là que j'ai compris pourquoi il avait mit autant de temps. Il n'y avait pas une de ses cent mains qui ne s'était pas saisi d'une paire de ciseau, d'une tondeuse, d'un peigne ou d'une lotion capillaire, il était un escadron de coiffeurs à lui tout seul.
-Tu n'aimes pas la musique d'ambiance? Normalement, les demi-dieux l'adore !Les sirènes ont aidés à réaliser ce morceau, c'est totalement dans l'ère du temps !
Je l'aimais bien, en fait. Je n'étais pas devenu un légume, comme Peter et Hélèna, mais étrangement, j'avais beau avoir tout à fait conscience que cette musique était enchanté, que c'était elle qui zombifiait Peter et Hélèna autour desquelles les Muses s'activaient en se bousculant les une les autres, j'étais comme incapable de m'en inquiéter. J'avais presque oublié la quête. La quête. Oui. C'était pour ca qu'on était là. Je me suis forcé à poser la question, même si ca ne m'intéressait plus vraiment :
-On est venus aussi pour… pour des informations. Je crois.
-Oui oui, personne ne saurait mieux vous conseiller sur les nouvelles coupes à la mode !En ce moment ce qui est branché sur l'Olympe c'est de tresser des viscères de poissons dans ses cheveux – si vous êtes une divinité marine, bien-sûr.
-Je… je voulais savoir… quoi déjà…
-Ooh, on verra plus tard pour le prix. On a des supers réduc' pour les moins de deux cent ans, vous n'allez pas en revenir !
-On est envoyés par… par Robin des Bois. Je crois. Ethalidès. On est… des amis à lui. C'est mon frère, en fait. Je crois. Il prétend que vous connaissez un moyen de passer de l'Amérique à la Grèce en un instant.
Aussitôt j'ai senti Cottos cesser de me frotter les cheveux. Et ses mains trop nombreuses se refermer sur mon crâne comme on s'apprête à joyeusement écraser entre ses doigts une tomate trop mûre.
-Ethalidès. Tu m'en diras tant.
Aussitôt, son visage a changé du tout au tout. Par changé, je veux dire qu'il a réellement… changé de visage, il a prit celui d'un autre homme. Un homme au comble de la fureur dans les yeux duquel ne brûlait que de sinistres envies de meurtre. J'ai voulu me lever, ce qui m'a donné l'occasion de découvrir que si je n'étais pas mentalement apaisé par la mélodie d'Euterpe, elle avait en revanche détendue jusqu'au dernier de mes muscles à un tel point que j'étais incapable de bouger ne serait-ce qu'un doigt. L'urgence de la situation m'a aussitôt sorti de ma torpeur.
-…Bon. Vous n'avez pas réellement une dette envers Robin des Bois, c'est ca hein ?
-Oh si, j'en ai une !Il me doit une vie et une fortune, la vengeance est une forme de dette. Il y a une cinquantaine d'année il m'a volé tout ce que j'avais et m'a tué, à mon tour de lui prendre ce à quoi il tient. Ne bouge pas.
-J'ai menti, ai-je aussitôt confessé. On n'est pas réellement ses amis, on est…
-Menteur, a grogné le monstre. C'est ce que vous êtes tous, vous les fils de la Ruse, des menteurs !
-Non non non non vous comprenez pas vous comprenez pas, c'est vrai que je suis un menteur, et que je mens beaucoup, et que je suis de la même famille que ce mec, en quelques sortes son petit-frère MAIS en l'occurrence, là tout de suite…
L'hécatonchire m'a adressé un large sourire dans le miroir avec un nouveau visage que je ne connaissais que trop bien : l'expression d'une malveillance pure et simple. J'ai essayé de bouger encore, en vain : j'étais cloué à mon siège. Quand à Peter et Hélèna, ils semblaient flotter dans la plus parfaite béatitude. J'étais seul.
-Tu sais quoi ?Je vais te faire une offre exclusive. Totalement gratuite.
-J'ai changé d'avis finalement je crois que je préfère rester comme ca j'aime bien mes cheveux ils…
-J'insistes. Thalia ?Va chercher la tronçonneuse, je te prie. Moi, je vais voir si je peux trouver le chalumeau. Pendant ce temps Clio commence à appliquer le pipi de centaure sur ses racines. Ensuite nous repasserons au shampooing.
L'abominable image de mes cheveux de métal fondant et coulant sur mon visage s'est imposée à moi.
-Je vous aiderais à tuer Ethalidès, ai-je mentit alors que Clio me vidait une pleine bouteille d'un liquide jaunâtre qui a commencé à fumer sur mes cheveux en répandant d'abominables picotements sur mon crâne. Je sais comment le tuer, le tuer définitivement, il ne pourra plus jamais se réincarner !C'est ce que vous voulez plus que tout, hein ?Vous venger ?
-Oh, mais je veux qu'il se réincarne, qu'il continue encore et encore. Et que dans chacune de ses vies il se rappelle que son bien aimé petit-frère a été coiffé par sa faute !
-Bien aimé ?!Mais non !Il me déteste, il m'a tiré une flèche dans le bide genre juste hier, je le jure sur le Styx !Il me hait !
Je le concède, avec le recul j'étais peut-être pas si crédible. Pour une fois que je disais la vérité !
Cottos a laissé tomber tout son arsenal de gentil coiffeur et s'est précipité dans son arrière boutique à la recherche d'accessoires sûrement bien moins inoffensifs. Plus pointus.
-Je peux vous rendre riche, ai-je assuré à Clio qui s'efforçait de frictionner mes cheveux de métal avec le pipi de centaure. Plus riche que tout ce que vous pouvez imaginer, vous n'aurez plus jamais besoin de travailler dans cet horrible endroit !
-Mais j'adore travailler ici !, a-elle rétorqué dans un doux éclat de rire en rajoutant encore un peu d'urine sulfurique. Oubliez donc tous vos soucis.
-ARRÊTEZ DE RIMER ET ÉCOUTEZ-MOI !
-C'est ca à présent laissez-vous aller, ca va aider le poison à pénétrer…
Soudain Hélèna a été agitée d'un soubresaut.
-Derek…
Ou le lien télépathique de Peter subsistait parce qu'il n'avait pas eu le temps de le rompre, ou quelque-part dans son inconscience il avait encore assez de lucidité pour s'efforcer de le maintenir. Je pouvais entendre Hélèna.
-Elles vous nous buter! Elles ne s'en rendent même pas compte! Remue-toi bordel !
-J'arrive plus… à… réfléchir…
-Bordel vous êtes vraiment totalement inutile !
-A… attends… ce sont des sœurs…
-Et alors ?!
-Derek… ferme-la… et dit-leur exactement ce que je vais te dire…
Je l'ai écouté, un sourire malfaisant s'étirant peu à peu sur mon visage. Hélèna avait peu de domaine de compétences, mais sur ce coup, on nageait en plein dans son domaine : les embrouilles de fille. Son idée était aussi simpliste que machiavélique. Vous êtes déjà allé au collège ?
-Ok je me détends, ai-je soupiré. Vous shampooinez super bien, en plus. Finalement Thalia disait vraiment n'importe-quoi…
-Comment cela ?, a demandé Clio avec une pointe de curiosité.
J'ai haussé les épaules, l'air mal à l'aise, tout en continuant d'écouter ce qu'Hélèna me dictait dans ma tête. J'ajoutais à ses idées une pointe de perfidie calculatrice, juste pour être bien sûr.
-Oh, rien… je l'ai entendu dire que vous serviez un peu à rien. Je veux dire, vous êtes vachement nombreuses quoi, et y a pas tellement de clients je pense, vu que vous êtes, heu, pas vraiment idéalement situés.
Les mains de Clio ont été agitées d'un tic nerveux.
-Hé bien donc, et alors ?Où en cela est mon tord ?
-Rien rien… enfin, Thalia a dit que vous étiez un peu la neuvième roue du carrosse, mais moi c'est pas ce que je pense, hein. Ni Uranie.
-Quoi, qu'avez-vous dit ?Comment, Uranie ?
-Oh laissez tomber, je vais foutre la merde là…
-Qu'est-ce que ca veut dire, elle était là aussi ?C'est arrivé quand, cette histoire de fille ?!
-Mais rien, je discutais un peu avec Thalia et Uranie, tout à l'heure, et là Thalia a dis que vous serviez un peu à rien, mais Uranie était pas… enfin, moi je suis pas comme ca, donc je vais pas vous mentir en vous disant qu'elle était pas d'accord, mais elle a dit que c'était pas votre faute en tout cas.
-Qu'est-ce qu'elle a dit exactement ?Pourquoi ne suis-je pas au courant ?
-Elle a dit que c'était pas votre faute si vous étiez la Muse de l'Histoire, mais bref voilà, j'ai pas envie de créer des problèmes moi, j'étais là c'est tout…
Pur coup de bol, Thalia est revenue précisément à ce moment là, tronçonneuse en main. Clio a croisé les bras.
-Il paraît que je suis la neuvième roue du carrosse? Qu'on me prête la valeur d'un balais brosse ?
-Quoi ?Mais…
-Je vais te dire chérie, j'en avais jamais rien dit parce-que je pensais que toi et moi on était proche et je ne voulais pas te faire de mal, mais ici, on est unanime : t'es la pétasse du groupe, voilà c'est dit.
Thalia en a lâché sa tronçonneuse.
-Tu n'as pas rimé !
-Ben peut-être que j'en ai marre, de rimer !
-Whoo, on se calme là !, suis-je aussitôt intervenu. Franchement je veux pas dire mais là vous êtes un peu faux-cul après ce que je vous avez dis sur Melpomène.
-Non mais qu'est-ce qu'elle vient encore faire dans cette histoire celle-là ?!, s'est étranglé Thalia.
-Elle a dit que Melpomène passait son temps à cracher dans le dos des autres filles du groupe, surtout Thalia parce qu'elle était genre trop jalouse d'elle, et qu'elle mentait sans arrêt pour se rendre intéressante.
-QUOI ?!, s'est écriée Clio, scandalisée, les larmes aux yeux. Mais j'ai jamais dis ca !
-Heuuuu, c'est bon je dis plus rien mais assumez quand même, on vient d'en parler là !
-MAIS N'IMPORTE-QUOI !
-Et avec ca c'est moi la pétasse du groupe ?!, a raillé Thalia. Tu l'as pas dis ca peut-être, que j'étais la pétasse du groupe ?!T'sais quoi je crois que c'est plutôt toi la mytho, donc…
-Mais arrête ton cinéma je SAIS que t'as dis des trucs sur moi avec Uranie comme quoi je servais à rien et tout ca !
-QUOI ?!
Melpomène s'est détournée une seconde de Peter :
-Qu'est-ce qui se passe, les filles ?!On n'entend que vous, ici !
-Paraît que tu craches sur moi, c'est la vérité ou pas ?!, a rimé Thalia.
-Quoi ?!Mais je… mais non !Sur toi ?!Pourquoi tu penses ca ?!
-Ah demande à ta grande copine Clio, moi je fais que dire ce qu'elle a dit !
-Mais c'est faux !, a hurlé Uranie juste à coté qui écoutait tout depuis le début. C'est elle et Thalia qui disent des saloperies sur mon compte, moi je n'ai jamais rien dis sur personne ce serait une honte !
-Et paraît que t'es une grosse mytho aussi donc là moi je sais plus quoi penser quoi !
-Putain mais c'est quoi ce délire pourquoi tu penses que je dis des trucs sur toi ?!
-J'ai jamais traité personne de mytho, a sangloté Clio (heu, ca a encore un sens ?). J'ai rien dis sur Melpomène c'est Thalia et Uranie qui disent des trucs sur toi et moi !
-MAIS QUELS TRUCS ?!, s'est exclamé Melpomène en poussant Uranie.
-MAIS TU ME TOUCHES PAS TOI SALOPE !, a hurlé cette dernière.
-NON MAIS ALLO QUOI !
Et là... elles ont arrêtées de rimer pour de bon. Clio a giflé Thalia qui l'a poussée sur Melpomène qui a aussitôt tiré les cheveux d'Uranie, puis a commencé la bagarre de fille la plus légendaire de tous les temps. Et fatalement, l'une d'elle a fini par bousculer Euterpe, qui a laissé tomber sa lyre – la voyant fracassée à terre elle a même plongé dans la mêlée. L'hypnose a cessé aussitôt qu'elle a arrêté de chanter, la force est revenue dans tout mon corps, manifestement bien plus vite que chez Peter et Hélèna qui restaient amorphe. Tant pis pour eux.
Enfin, j'ai bondis de mon siège et je me suis précipité vers la sortie en les abandonnant à leur sort, me frayant un chemin entre les Muses furieuses. Etant des divinités elles ne pouvaient pas s'entretuer, mais ce n'était pas faute d'essayer : Clio a empoigné un fauteuil tout entier et l'a balancé à la figure d'Erato en beuglant, l'envoyant valser en même temps que Polymnie qu'elle tirait sauvagement par les cheveux. Les deux déesses se sont écrasées contre un miroir qui a éclaté en mille morceaux tout en entraînant dans leur chute Uranie juchée sur le dos de Calliope avec une tronçonneuse. Euterpe est passé devant moi en hurlant et en rugissant des chants guerriers, les cheveux en feu, talonnée par Terpsichore qui lui donnait la chasse avec un balai fumant de pisse de centaure.
Soudain, j'ai pilé net. J'allais abandonner mes alliés. Une fois encore. Je leur ai jeté un regard, tiraillé par mon irrépressible envie de fuir. Putain !C'est alors que Cottos, surgi de nul-part, m'a saisi par la cheville et m'a élevé à la hauteur de ses yeux.
-On tente d'échapper à la promotion spéciale, frère d'Ethalidès ?!
J'ai tenté de me dégager, fou de rage, mais il m'a jeté dans mon siège une nouvelle fois avant de claquer de tous ses doigts, indifférent au chaos ambiant. Soudain, des bracelets de fer ont surgis des accoudoirs de mon fauteuil et se sont refermés sur mes poignets avec un bref et sinistre claquement. J'étais cloué à mon siège. Il a tapé dans ses mains, et un grand chaudron rempli d'un liquide verdâtre et bouillonnant est apparu au milieu du salon. On aurait juré de l'acide. Alors que les Muses continuaient de se balancer des trucs autour de nous Cottos a attaché une chaîne à mon siège, l'a fait passer sur une poulie juste au-dessus du chaudron, et a tiré. Je me suis aussitôt retrouvé la tête en bas, suspendu au-dessus du récipient par une chaîne que le monstre faisait lentement glisser entre ses mains pour me laisser plonger avec mon fauteuil dans la décoction.
-Vous faîtes une grave erreur !
-Reste calme, m'a-il ordonné alors que de nouvelles bulles de gaz explosaient à la surface, ce shampooing va simplement adoucir la texture de ton cuir chevelu pour faciliter l'effet du gel !
Allez savoir pourquoi, j'étais toujours pas tenté. Il a continué de laisser glisser la chaîne entre ses mains. Je pouvais déjà sentir les vapeurs toxiques me ronger la peau. Dans seulement quelques secondes, j'allais prendre mon tout dernier bain et être tout simplement dissous.
C'est là que je l'ai dis. Je sais pas pourquoi. En désespoir de cause, dans le feu de l'action, c'est l'unique chose qui m'est venue à l'esprit, dans un cri :
-J'AI DES POUX !
Cottos a brutalement arrêté de me faire descendre, à seulement un cheveu de la cuve d'acide, si près que je sentais fondre mes cheveux. J'ai poursuivi, le cœur battant :
-Et des pellicules. Et des puces. Voilà, j'ai pas osé vous l'avouer.
-C'est… c'est ennuyeux…
-Je vous le fais pas dire. Après vous serez jamais sûr, y en aura plein l'acide, vous pourriez en refiler à toute votre clientèle.
-Mais… non, l'acide tuera les poux, aucuns risques. Allez !
-Des poux morts dans le shampooing ?Oh sérieux, c'est dégueulasse !Et encore, à supposer qu'ils meurent, c'est des durs à cuire. Je veux dire, vous voulez prendre le risque? Dans tous les cas c'est vraiment pas hygiénique.
Le monstre a passé une main sur son crâne chauve, réellement désemparé. Je me suis efforcé de lui adresser un sourire contrit tremblotant, toujours la tête en bas.
-Après je dis pas, de base faire fondre un enfant c'était vraiment une excellente idée, j'en parlerais à mes amis. Simplement ben, les circonstances le permettent pas. Désolé.
Il allait sans doute proposer une autre façon de me tuer quand soudain, Melpomène, juchée sur le dos d'un gigantesque lapin dégoté je ne sais où, a violemment bousculé l'hécatonchire. Il est tombé à la renverse avec la Muse de la Tragédie (notez l'ironie). Lâchant la chaîne.
Je me suis senti tomber, inexorablement, impuissant. In extremis, par réflexe bien plus que mu par un geste conscient, j'ai ouvert la main et Attracté l'autre bout, celui que tenait Cottos, de toutes mes forces. Une seule seconde d'inattention et j'étais lâché dans l'acide. Lentement, la chaîne a volé jusqu'à ma paume. Quand j'ai eu les deux extrémités solidement en main, j'ai relâché mon Attraction et j'ai commencé à me balancer au bout de mes liens avec l'énergie du désespoir, de plus en plus loin, jusqu'à enfin avoir assez d'élan pour tout lâcher : mon fauteuil s'est écrasé sur Calliope qui tentait encore d'étrangler Polymnie avec ses genoux tout en brandissant de pleines poignées de ses cheveux et en déclamant des poèmes. Les deux Muses, dernière des Neuf encore debout, ont été assommées sur le coup. Par chance, le choc a même fait lâcher les bracelets de fer qui me maintenait aux accoudoirs.
Je me suis relevé en titubant, hagard. Cottos s'est redressé à son tour et a jeté un regard circulaire sur son salon dévasté, les éclats de verre et les poignées de cheveux qui jonchaient le sol, ses assistantes sans connaissance disséminées à travers la pièce enlacées dans des prises de catch et armées jusqu'aux dents comme autant de poupées de chiffon dans une dinette qui aurait très mal tournée, le lapin géant qui dévalisait l'étagère des produits de beauté. Uranie s'est mollement écrasée aux pieds de l'hécatonchire, tombée du lustre où on l'avait suspendue par ses tresses longues comme des lianes.
-Ma boutique, a-il sangloté avec le visage du désespoir. L'œuvre de mes vies, mon gagne-pain !C'est pire que ce qui c'est passé avec Ethalidès, c'est bien pire !TU M'A DETRUIS !TU M'AS DETRUIS !
Il a poussé un hurlement de profonde désolation, perdu… et il s'est effondré sur l'un de ses derniers sièges encore debout. Soudain, Hélèna a jaillit de son fauteuil et a claqué des doigts, un véritable coup de génie. Les bracelets de fer se sont abattus sur deux des nombreux poignets de Cottos, puis deux autres, puis dix. Ce serait insuffisant. J'ai déployé mes poignards et j'en ai jeté un sur lui. Mais pas pour le tuer, non. En manipulant l'Attraction avec précaution pour le faire revenir vers moi, encore, encore, et encore, j'ai enroulé la chaîne de mes couteaux autour du monstre coiffeur, le clouant solidement à sa chaise. Cottos a fondu en larmes, vaincu. On avait gagné.
Je me suis effondré au milieu de la boutique en ruine, lessivé.
-Comment c'est possible ?, ai-je haleté en jetant un regard à Peter qui lui continuait de se contempler dans la glace avec un sourire béat (il arborait dorénavant une coupe afro frisé sur laquelle on avait gravé le mot « peace » à la tondeuse). Comment tu peux être réveillé alors que Peter est toujours sous hypnose ?
Hélèna a haussé les épaules, radieuse.
-Je ne sais pas. Mais cette fois-ci, tu ne pourras pas dire que je n'ai pas participé !Allez, on lui fait un shampooing ?
Peter s'est réveillé à la première gifle, mort de honte. Il a fallut encore un moment pour qu'Hélèna réalise que les Muses avaient eu le temps de la coiffer elle aussi, quelque-chose de très… tribale. Elles avaient rassemblés ses cheveux en des dizaines de petites nattes qui se dressaient sur sa tête en rassemblant tellement de cheveux qu'elle en semblait dépourvue partout ailleurs. Pendant qu'elle pleurait on a prit le temps de ficeler les Muses l'une après l'autre avant de les entasser tant bien que mal dans un placard à balais où le lapin prenait déjà toute la place, puis ont est revenus s'occuper de Cottos. C'est avec un délicat plaisir que vous ne pouvez même imaginer que je suis allé chercher sa propre chaîne et que j'ai suspendu le siège où se tenait notre prisonnier au-dessus de sa propre marmite d'acide sulfurique. Il fallait tirer à trois pour parvenir à le garder comme ca la tête en bas, aucuns de nous n'avait la force d'un hécatonchire, il aurait suffit qu'on lâche notre bout de la chaîne même une fraction de seconde pour qu'il plonge dans son shampooing et avec lui les informations en sa possession.
-Je vous en prie !, a pleurniché Cottos qui n'avait pas cessé une minute de nous offrir des réductions. Je vous ferais une offre !
-Robin ne voulait pas qu'on meurt, ai-je sifflé avec délectation. Mais il nous a bel et bien menés à vous, sans préciser que vous étiez son ennemi pour être certain qu'on vienne vous trouver tout de même. Ce qui veut dire qu'il savait qu'on pouvait vous battre, et que vous avez réellement les informations qu'on veut. Je vais redemander : comment rallier la Grèce en partant d'Olympie ?
-J'EN SAIS RIEN !
-Oh allez, soyez cool. Dans votre propre intérêt. Je suis un peu jeune pour torturer quelqu'un, je suis pas trop sûr de comment on fait. Vous pigez ?Il suffirait d'un faux mouvement, et…
J'ai brutalement laissé la chaîne glisser entre mes mains. Aussitôt Cottos a commencé à descendre vers le chaudron en-dessous de lui.
-SOUS LA MONTAGNE !IL Y A UN PASSAGE SOUS LA MONTAGNE, SOUS LE MONT OLYMPE D'OLYMPIE !VOUS NE TROUVEREZ RIEN A LA SURFACE, CE QUE VOUS CHERCHEZ EST A L'INTERIEUR !
-Ah, bien. Mais encore ?
-Les deux montagnes, celle d'Olympie et l'originel en Grèce, elles sont liées, elles sont jumelles !
-Je vois…
-On devrait peut-être arrêter, a fait Peter mal à l'aise. C'est…
-Super marrant ?Ouais je sais. T'inquiète, ca deviendra pas moins fun si on continue.
-Mes cheveux seront plus jamais les même !, a renchérit Hélèna furieuse. Quelqu'un va devoir souffrir pour ca Peter, quelqu'un va devoir SOUFFRIR !EST-CE QUE QUELQU'UN A LA MOINDRE IDÉE DE CE QUE JE DOIS FAIRE POUR QU'ILS CONSERVENT LEUR VOLUME ?!
-Vous n'y arriverez jamais !, a sangloté Cottos. Même si vous pouviez entrer vous auriez besoin d'un dieu pour vous ouvrir le passage, un dieu très ancien, vous…
Je l'ai coupé :
-Epargnez-nous tout ce truc comme quoi c'est impossible, je veux juste savoir où il est, ce passage.
-Je n'en sais rien !
J'ai laissé glisser la chaîne.
-SI JE VOUS LE DIS ELLES ME TUERONT POUR TOUJOURS !
-C'est moi qui vais vous tuer, blablabla…
-JE VOUS EN PRIE !
-Hélèna, t'as pas peur pour la paume de tes mains ?Va-y, tu peux lâcher.
La fille d'Héra s'est exécutée, bien qu'un peu réticente. Aussitôt Cottos s'est retrouvé à un souffle de son chaudron, c'est à peine si moi et Peter pouvions le maintenir ainsi à deux.
-LE PARC ABANDONNÉ !PORTLAND ! C'EST LE PARC D'ATTRACTION, C'EST…
-Le parc s'appelle Portland ou on parle d'un parc d'attraction qui se trouve dans la ville de Portland ?
-Derek, a soupiré Peter.
-Oh allez on s'amuse ! Et donc ?
-LA VILLE !, a hurlé Cottos. C'EST LA VILLE !VOUS Y ARRIVEZ EN PASSANT PAR L'ARRIÉRE-BOUTIQUE JE VOUS EN PRIE REMONTEZ-MOI J'AI FAIS PIPI DANS MA CULOTTE !
-Hum. D'accord. Maintenant j'ai juste une toute dernière question.
-Tout ce que tu voudras !
-Je me demande… si ce shampooing convient vraiment à tous les types de cuirs chevelus ?
Sur ces mots j'ai rappelé à moi mes poignards enchaînés et j'ai tout simplement lâché la corde qui maintenait Cottos au-dessus de la marmite. Il n'a même pas eu le temps de hurler, il a tout simplement disparu dans son shampooing. Un instant plus tard de la poussière jaune s'est mêlée à la décoction verdâtre.
-Apparemment oui, ai-je conclut avec satisfaction.
-Tu n'étais pas obligé de…, a murmuré Hélèna blafarde.
-Il m'avait énervé. Bon, donc on doit mettre le cap sur Portland. Et dire qu'on a failli jamais le savoir !
-Comment on va partir, par contre ?On revient sur nos pas, ou ?...
Peter a secoué la tête.
-Impossible. J'ai essayé pendant que vous enfermiez le lapin, le passage secret refuse de s'ouvrir dans l'autre sens, on va devoir passer par l'autre porte, comme il nous l'a dit.
On s'est avancé vers elle, indécis. On n'avait toujours aucune idée d'où on se trouvait. Même pour un monstre, ouvrir un salon de coiffure dans les égouts n'avait tout bonnement aucuns sens. A quoi menait son salon ?Et il y avait cette histoire de compétition, bien-sûr. Qu'avait dit Cottos, lorsqu'on étaient entrés ?Qu'il préparait les concurrents ?
Sans plus attendre, j'ai ouvert la porte. Et aussitôt, on a tous reculés de trois pas alors que le formidable mugissement d'exaltation que seul peut produire une foule en délire nous frappait en plein visage. J'ai essayé de comprendre ce qui s'étendait devant mes yeux, sidéré. Ce n'était pas une autre pièce. Ce n'était même pas à l'intérieur. C'était…
-Donc…, a osé Hélèna d'une petite voix sans parvenir à détacher son regard de ce qui se trouvait face à nous. On va vraiment pas faire Secret Story, pas vrai ?
