Oh, putain. Que cette journée est longue.
Je jure que s'il y en a encore un qui pose une question idiote sur la formulation du cas pratique je le dégage de l'amphi.
Naminé va me tuer si j'arrive en retard à l'ouverture de sa galerie. Et peut-être que Maman me tuera aussi.
Au mois, cette année, les chargés de travaux dirigés font leur taf.
Et moi, j'ai le droit de glander sur mon téléphone pendant trois heures pleines plutôt que de donner un cours à ces enfoirés de mômes.
Trois heures à échanger des SMS débiles avec ma sœur jumelle, que demande le peuple ?
[ Naminé :
La robe noire ou blanche ?
Kairi, arrêtes de surveille
Surveiller*
La blanche est mieux, non ?
Trop tard, la blanche.]
J'ai même pas le temps de répondre qu'un nouveau message arrive, accompagné d'un gif censé signifier la gêne.
[ Naminé :
Au fait, j'ai eu Maman, Axel va venir ce soir…]
Je fais un signe rapide à un des chargés de TD pour lui signifier que je sors fumer.
Je sens le regard jaloux et envieux de quelques étudiants alors que je remonte calmement les marches de l'amphi. Immédiatement sur le parvis, je sors mon paquet de cigarette et en crame une.
Évidemment que la présence d'Axel ne m'empêchera pas d'être présente à la soirée de Naminé.
Ma sœur jumelle a beaucoup plus d'importance que mon père biologique raté.
Et puis, merde, j'ai trente-sept ans, maintenant. Je ne suis plus la gamine de dix-sept piges que j'étais la dernière fois que je l'ai vu.
Pourtant, l'idée de voir mon géniteur se laissant mourir prétendre qu'il peut maintenir une relation cordiale avec ma mère et Xaldin me remplit d'effroi.
Et pire encore, le voir essayer de maintenir une prétendue amitié avec Demyx et Zexion me donne envie de vomir.
Est-ce qu'il sait seulement ce qu'a traversé Zexion, quand ce type s'est suicidé ?
Moi, je sais. J'étais là. Une adolescente, vivant chez sa maman, laquelle renouait des liens avec un vieux pote de lycée et son nouveau petit ami.
Elle, Demyx et Zexion parlaient d'Axel tellement souvent. Il est devenu un personnage de ma vie alors même qu'il n'en faisait même pas partie.
Xaldin a pris la place de Papa, quand on en a eu besoin.
Xaldin est mon père. Axel n'est rien. Il est mon putain de géniteur.
Je le veux hors de ma vie. Hors de celle de Naminé. Qu'il se laisse crever pour son Roxas.
Qu'il contemple notre indifférence. Qu'il voit qu'on a grandi sans lui, heureuses et fières.
[ Naminé :
Kai, t'es pas obligée de venir, tu sais ? Je gère ;) ]
Cette fois, j'ai répondu :
[ Oui, la blanche, et oui, Nami, tu sais que je serai là, je louperai ça pour rien au monde! J'attends juste que les drôles aient fini 3 ]
Qu'Axel et ses histoires d'amour à vomir aillent se faire foutre. L'amour de sa vie est mort, très bien. Il s'est taillé les veines dans une chambre d'hôpital psychiatrique.
Mais nous, on méritait mieux que ça.
On méritait un père.
A la place, on a eu une coquille vide.
Il a essayé, il a vraiment essayé.
Mais j'arrive pas à avoir pitié. Qu'il crève enfin et rejoigne le seul homme qui l'ait jamais autant fasciné.
Jamais aimé. Peu importe.
Il peut bien raconter à qui veut bien l'entendre que Roxas était l'Amour de sa vie pathétique. Il peut bien écrire cent mille bouquins sur cette romance avortée avant qu'elle n'ait jamais pu commencer. Mais ça ne changera jamais rien au fait que Roxas est mort seul. Abandonné. Dans une mare de son propre sang, abandonné de tous et même du système – et surtout, Abandonné par Axel.
Parce que pour lui, Amour et Abandon, c'est le même langage, avec un accent différent. Il l'a bien montré à ses propres filles, ça. Et j'arrive même pas à lui en vouloir, putain.
… Ah. Ma clope s'est éteinte. Il fait froid.
Je crois que je suis cynique et blasée.
Et je le porte sur moi.
Ce chapitre est donc le dernier, et marque la fin des Cœurs Brisés.
Je tiens à remercier infiniment SisYa-wa, dont l'aide et l'amitié m'ont été (et me sont toujours) infiniment précieuses, je vous conseille fortement de la noyer sous tout l'amour qu'elle mérite car c'est un ange dans l'enfer personnel qu'est ma vie et sa lumière brille même dans la pénombre la plus obscure. Merci infiniment Ya-chan. Tu ne liras rien ici que tu ne sais déjà, mais saches que je t'aime et que je serai toujours là pour toi.
Je tiens aussi, ici, à remercier toutes les personnes, de passage ou de toujours, qui ont lu cette histoire, l'ont aimé autant que moi (si ce n'est plus). Merci de votre soutien, de votre patience et de tout l'amour et les encouragements que vous me donnez depuis tant d'années.
Si Les Cœurs Brisés sont finis, je posterai tout de même peut-être, de temps en temps, un OS pour cet univers - que je ne suis pas prête à lâcher.
Quoiqu'il en soit, je vous adore.
Merci pour tout.
~paopu.
