Bonjour, bonsoir!
J'espère que tout le monde est en bonne santé, en ce moment, c'est le plus important :)
Je me suis rendue compte que j'avais fait une erreur de décompte dans le dernier chapitre: là, à partir de maintenant, on arrive à quatre chapitres de la fin...jusqu'au 30 donc, et mea culpa de ma désastreuse capacité de calcul :'D
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C'est génial d'avoir des commentaires aussi pertinents, encourageants, et adorables! Encore une fois, un gigantesque merci à:
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Sarah MAES
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Sakhina
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Gilmei (trois fois :D)
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Taurus Rowling
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Ainsi qu'à vous tous, qui lisez silencieusement en attendant la fin!
Sarah MAES: Hello Sarah! Oui, moi aussi je suis heureuse que la mère et le fils soient parvenus à mettre fin à cette tyrannie que Lucius imposait à leur esprit. La liberté n'a pas de prix, et je te prie de croire que Narcissa a encore un petit tour en réserve pour Lucius...dans le chapitre 27. Pour l'instant, il faut démasquer le méchant, et avancer vers la fin, vers quelle fin...? Merci pour ton commentaire en tous cas, ça fait drôlement chaud au coeur :)
Fun fact: l'anecdote racontée au sujet de Cho et Cedric, dans les passages en italique, m'est arrivé pour de vrai ha ha ha...Je vous laisse deviner quel était mon rôle :')
Cela ayant été dit
...
Bonne lecture :D
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Chapitre 26
Conjunctis Viribus
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Vendredi 5 mars
Nord
La nuit était claire, et sans lune. Au-dessus de la colline sur laquelle il était juché, malgré le frimas de l'hiver s'achevant et qui tardait de laisser sa place au fleuri Vertumne, le jeune aux cheveux blonds - qui avaient tendance, paradoxalement, à se faire drus avec l'âge - scrutait le ciel avec dans les yeux une excitation et une presqu'avidité d'enfant.
La nuit était claire, et sans lune. Mais pas sans étoiles. Jumelles pendantes autour du cou, télescope en main, Neville Londubat se livrait à une passion qu'il avait toujours eu pour l'astronomie.
Toujours : bien avant que le professeur Sinistra ne vienne leur enseigner les bases du système solaire, leur exposer la rondeur du monde, et nos cousinages astraux avec de lointaines galaxies, Neville avait aimé lire les vieilles revues scientifiques de son oncle Algie, entassées dans son grenier, qui aux yeux du professeur de botanique, détenaient un trésor de l'Humanité.
Augusta n'était pas en reste : si la grand-mère avait toujours fait figure dans le village de douairière impériale et excentrique, c'était surtout une savante. Et personne ne battait Augusta lors de débats intellectuels à quelques exceptions près, dont Dumbledore est l'une notable, il faut bien l'admettre. Sa bibliothèque regorgeait de cartes célestes, modèles mathématiques, théories physiciennes sur l'univers, qui avaient en partie nourris Neville, pauvre enfant introverti et orphelin, qui atteignait à peine l'août de sa mûre saison d'homme.
La moisson de ses cycles intérieurs, il la méditait toujours la face contre le ciel, un œil sur Antarès, l'autre guettant l'apparition de Vénus. Observant le voile opaque - quoique broché d'étoiles - de la nuit, il laissait les questions affleurer à son esprit. Quelle était la nature de cet étrange corpuscule ? Le hasard existait-il ? De confession anglicane, assez pieux depuis toujours (quoique libéral dans son culte, rendons à l'esprit anglo-saxon ce qui lui appartient), il se demandait si un jour par mégarde, il aurait pu tourner sa lunette vers la face de Dieu.
Sa maladresse étant légendaire, peut-être que si quelqu'un en eût été capable en effet, ce fût lui. Mais jusqu'à présent il n'avait fait aucune rencontre fortuite avec le divin en tout cas, aucune autre que celle la douce chaleur qui l'inondait du bas-ventre, montait au sternum, et étreignait sa gorge, lorsqu'il était en était en prière.
Il n'avait jamais tenu les sciences incompatibles avec sa foi : en cela, il différait absolument de sa grand-mère, qui était une athée notoire et convaincue, qui ne lui faisait même pas la faveur de l'épargner en glissant parfois dans l'agnosticisme. Elle parlait d'atomes et de singularité initiale, du mouvement de l'expansion de l'univers, du fait que le temps était à la fois relatif et fini.
Lui, avait l'âme plus poétique, et puis aussi : un cœur tendre et ouvert. Il se contentait de faire miroiter ses réflexions à la beauté mathématique du mouvement elliptique des astres autour de notre étoile Soleil, et s'attendrissait des mille cicatrices qui barraient le beau visage blafard de la Lune, cette face ronde et solitaire, qu'il avait tant de fois assimilée à la sienne.
Et dans sa tête, tout se croisait : le commencement du Verbe duquel avait jaillit le mur de Planck, les quarks et les jeux de dé. Il s'amusait à faire et défaire ses propres constats, à détourner puis démentir ses humbles prédictions. C'était comme un jeu de piste, au cours duquel il savait qu'il ne trouverait jamais de vérité ultime autre que celle qui était dans son cœur. Mais chemin faisant, il était en tout cas heureux de lire les indices que le Divin avait semé dans les lois qui l'entouraient… peut-être d'ailleurs dans l'espoir qu'on Le débusque un jour...
C'était son réconfort, un moment à lui pendant lequel il pouvait laisser ses pensées vagabonder vers son enfance, songer à ses parents dont l'esprit meurtri à jamais ne reconnaîtrait plus le sien – pleurait, parfois, quand il était nostalgique de souvenirs trop heureux.
Neville s'échappe : ne le jugeons pas, n'opérons pas nous-mêmes ainsi ? A l'instar des autres personnages de cette histoire, il quitte son mal-être le temps d'une parenthèse heureuse, en attendant de consolider, en attendant de construire, dans cette lente montée escarpée que nous empruntons dans le sillage de Sisyphe. De l'anorexie au travail, du déni à l'alcool, de la fuite perpétuelle, de la douleur auto-infligée: ce sont autant cycles de souffrance qui se succèdent, jusqu'à ce que nous puissions regarder la réalité en face, ou que la Vérité s'en vienne brutalement nous heurter. Ou alors, c'est le Tartare : sans un dur examen de conscience, on s'en retrouve à ressasser les mêmes schémas, à sauter d'une boucle à une autre boucle, tout en imaginant au prix de faibles compromissions, pouvoir acquérir à vil prix notre chère liberté.
Il y a pire, qu'une fuite dans les étoiles…Et ce soir, elle sera bien courte pour Neville : les collines douces, à la terre moite de la campagne écossaise, s'amollissent sous le pas d'une Hannah qui, en robe de chambre et bonnet de nuit, gravit courageusement la pente, engoncée dans des bottes en caoutchouc trop grandes pour elle d'au moins trois tailles.
-Neville !
Perdu dans ses pérégrinations astrales, il ne l'avait pas entendu arriver. Soucieux de lui épargner une telle montée, il se précipita à sa rencontre, intrigué qu'elle vint le trouver à cette heure tardive. Hannah était un loir notoire : après une dure journée de labeur, qui se finissait souvent tard, elle n'aimait rien d'autre que de se glisser dans des draps douillets, entre lesquels une bouillotte brûlante l'immunisait du contact des pieds froids de son époux.
Si elle était venue le chercher, c'était que quelque chose troublait son esprit. Un évènement inhabituel – une urgence, qui sait ? Et cette dernière hypothèse faisait crédit à l'expression du visage de Mrs Londubat, dont les traits doux baignant dans la lumière tamisée jetée par les feux célestes, sourcils soucieux et lèvres serrées, ne lui disaient rien qui vaille.
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Vendredi 5 mars
Sud
Draco chantait.
Non, non. Il ne fredonnait pas gentiment, il ne sifflait pas l'air de rien, pas plus qu'il ne se laissait aller ça et là à chanter en chœur avec les guitares électriques : il hurlait, à tue-tête.
Draco Malfoy se laissait clairement aller : il lâchait à pleins poumons sa joie de vivre et son amour pour la liberté nouvellement acquise, sur un air des Beatles, ou de Bob Dylan qu'importe ? Cravate défaite, chemise déboutonnée, cheveux de travers, on aurait pu croire qu'il quittait une rave party et s'en allait en rejoindre une autre, ignorant les coups de klaxons et les remarques désobligeantes que doit s'envoyer tout bon conducteur New-Yorkais sur le périphérique bondé, en pleine heure de pointe.
Il n'a que faire du trafic : quel plaisir de pouvoir s'égayer en passant en boucle ses classiques préférés ! Il n'y a, de son point de vue, aucune raison pour que la journée fût complètement gâchée. Il savait très bien ce qui l'attendrait demain matin : des comptes bloqués, des crédits inaccessibles, une horde d'avocats et autres charlatans légaux du même acabit qui se bousculerait au bas de sa porte…
Il avait anticipé tout cela : c'est avec une joie immense qu'il avait explosé son téléphone, et se servait des restes de la coque en plastique afin d'écraser les mégots des cigarettes (déjà trois) qu'il savourait sans se soucier de décence, maintenant qu'il ne représentait plus rien que lui-même.
Je crois que l'abus de liberté est clairement qualifié, mais enfin, est-ce qu'on peut vraiment lui en vouloir de fêter l'épilogue de vingt-huit ans de privations ? N'est-ce pas une vision plaisante pour les yeux, de le voir entrer dans son appartement en balançant sa serviette d'un air négligent, mais tellement content de se ruer sur une bande-dessinée ? Il y avait des mois qu'il n'avait pas profité de son temps libre pour le consacrer à ses loisirs personnels…Est-ce qu'il n'avait pas aussi ce lire, d'un auteur Norvégien, qu'il mourrait d'envie de découvrir depuis que sa mère lui avait offert au dernier Noël ? Devant tant de perspectives réjouissantes possibles, la tête lui tournait : il ne savait que faire, aussi ouvrait-il les pages de l'un, tout en surveillant du coin de l'œil l'autre. Et cette gabegie festive aurait pu durer, s'il n'avait pas reçu une visite que, pour une fois, il attendait.
-Je savais bien que tu m'avais appelé pour quelque chose ! s'exclama Théodore en voyant les piles de dossiers renversés, et son ami vêtu d'un sweet-shirt délavé aux couleurs de l'équipe de Serpentard. On peut savoir pourquoi il y a une valise au milieu du salon ?
La malle en cuir marron, béante, ouvrait grand la bouche dans un appel à la débauche d'aventure, auquel Draco se donnait beaucoup de mal pour ne pas répondre immédiatement en y sautant à pieds joints.
Il n'était pas extatique au point de négliger que si lui omettait d'accomplir un certain nombre de formalités, son père en revanche, ne l'oublierait pas…
-Je pars en voyage, Théo, répondit Draco d'une voix traînante mais amicale, avec un petit sourire joueur sur le coin des lèvres. J'ai pris un congé définitif auprès de mon père, et maintenant je crois qu'il est temps d'accomplir le circuit autour du monde que je repousse depuis des années. Maintenant que j'ai fait un tour de moi-même, c'est bien la moindre des choses, que je m'arroge ce petit passe-droit…
-Parlant de droit, je comprends mieux pourquoi tu fais appel à moi, répartit Nott. Ne te méprends pas – je ne sais pas du tout ce qu'il e passe, et je n'ai aucune prétention à te donner des leçons ou à vouloir faire de la psychologie de comptoir en entrant dans ta tête mais, euh…Draco, est-ce que tout va bien ?
La question est légitime, admettons-le : il y a pour Théodore, un désarroi certain si l'on considère que la dernière conversation qu'il avait eu avec son ami concernait la partie de bridge qui devait se jouer chez lui ce soir même. Il préférait donc s'assurer de prime abord que…
-Non, Théo : je ne fais pas de crise d'adolescence tardive. Ni de crise de la quarantaine par anticipation. Quoique…
Oui, quoique : je pense que Draco fait effectivement la crise qu'il aurait aimé avoir le loisir de donner à ses parents quand, étudiant, il n'avait pas osé s'affirmer pour imposer sa voix. Et par effet de miroir, celle qui faisait celle de la quarantaine sur le tard, c'était Narcissa…Comme quoi cela ne sert à rien de cacher nos problèmes sous le tapis : ils reviennent, d'une façon ou d'une autre, nous hanter, même si les circonstances et le temps sont imprévisibles. Comme le disent les allemands : on ne peut pas soi-même, s'extraire de sa propre peau.
L'avocat leva les yeux au ciel.
-J'imagine qu'il doit y avoir une bonne raison à tout ça, les explications peuvent attendre, j'ai un autre sujet de préoccupation en tête actuellement…
-Qui est ? Interrogea Draco d'un ton léger, invitant son ami à s'asseoir d'un geste de la main.
-Première question : pourquoi est-ce que depuis ton dernier message, celui-là même qui me demandait de te trouver ici, tu es injoignable sur ton cellulaire ?
Draco lui désigna d'un geste du menton le cendrier improvisé sur la table basse.
-Deuxième question, poursuivit Nott imperturbable, pourquoi est-ce que quand tu disparaît, je me retrouve harcelé d'appels par Blaise, alors qu'il est bien trop tôt pour qu'il soit déjà en train de faire la fête ?
Là, il est interpellé : le blond se redressa vivement dans le fauteuil dans lequel il venait à peine de se laisser tomber, l'air absolument sérieux. C'est vrai : il était tellement ivre de son évasion du clan Malfoy qu'il devait admettre qu'il avait refoulé la scène qu'il avait vécu plus tôt dans l'après-midi. Blaise et lui s'invectivant à coup d'arguments de mauvaise foi, le ton acide, aucun ne voulant céder du terrain à l'autre…Sa sortie théâtrale, qui avait été suivi d'une confrontation avec Hermione.
Son cœur manqua un battement.
Bon sang, Hermione : quel Cognard butor avait-il été – il fallait absolument qu'il la revoie pour s'excuser, quitte à la supplier à genoux pour qu'il lui pardonne sa conduite. Il y aurait des occasions pour échafauder des plans plus tard cependant : l'élément Zabini le perturbait un peu, son intuition lui soufflant que s'il insistait pour parler à Théodore, c'est qu'il devait être en train de se passer quelque chose…d'autre.
-Tu as déjà décroché ?
Le brun hocha la tête de gauche à droite, d'un air sombre : si Blaise n'était pas en odeur de sainteté auprès de Lucius, ce n'était rien en comparaison de l'aversion notoire que les parents de Nott vouaient…à des gens comme lui, et dont même la renommée de la famille ne suffisait à racheter ce que leur préjugés regardaient d'un très mauvais œil.
-J'ai passé l'après-midi entre deux contrats et deux traiteurs, répondit-il en évoquant son futur mariage avec Daphné. Pas une compagnie au milieu de laquelle j'aurais pu parler…franchement. Tiens, en parlant du loup : le voilà qui rappelle.
Sans plus de cérémonie, laissons Renart et Grimbert s'enquérir de ce qui peut bien mettre leur autre compère dans un tel état.
-Allô, Blaise ?
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Cho était une femme distinguée.
-RRRRHAAAAAAAAANNN...
Cho était douce, et délicate. Elle avait des petites mains, et de petits pieds très mignons. Une frimousse adorable, un sourire avec des fossettes à en faire fondre les glaces éternelles de l'Antarctique.
-PPPSCCHHHTTTTT...
Cedric Diggory savait qu'en acceptant de devenir sa petite-amie, elle avait fait de lui l'adolescent le plus heureux de l'univers. D'ailleurs, son sourire (que les mauvaises langues disaient niais soit-dit en passant) ne quittait jamais ses lèvres quand ils se promenaient au bord du lac, main dans la main. Et quand elle l'embrassait gentiment sur la joue avant de s'en aller à la Tour des Serdaigle, il manquait de s'évanouir de bonheur.
-RHAAAAAANNNN...
Il avait tenu à la présenter à ses amis: l'équipe de Quidditch en particulier, s'était montré ravi de pouvoir échanger plus longuement avec une joueuse de talent. Et ils étaient d'accord: Cho Chang était une boule de douceur, qui rougissait facilement, et aimait les origami et les guimauves au caramel.
-RRHHHAAAANNNNN...
Mais elle est pleine d'astuces, de petites qualités cachées qui rajoutent du piment à l'existence. Qui eût cru, que ce petit brin de femme, que ce moineau à la moue tendre quand il s'agit d'apaiser un chagrin, put empêcher une équipe entière constituée de sept grands gars costauds, de fermer l'œil, chacun dans sa tente, se bouchant les oreilles sans succès?
Cedric pensait qu'inviter Cho à la veillée-camping des Poufsouffle serait une bonne idée. Mais si on en juge par les ronflements impitoyables qui crispent l'air et les tentatives des uns et des autres de dormir, il est tenté de remettre en cause cette idée. Mais s'il patiente encore quelques minutes, peut-être le bruit s'estompera-t-il de lui-même? Ou qu'il ne le remarquera plus, son oreille y étant habitué?
Le coussin qu'il reçut en pleine figure du gardien de son équipe le ramena à la réalité.
Grimaçant, il se composa un visage, tandis qu'il se résignait d'aller réveiller sa belle, avant que les tremblements engendrés par ses ronflements ne créent un mini-séisme dans la campagne alentours.
Cho Chang. Cédric Diggory. La belle au bois ronflant.
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Vendredi 5 mars
Ouest
-Mais tu exagères Tom…Tom !
Hermione Granger était aux anges.
Elle essayait de ne pas le monter, de garder un peu sinon de pudeur, au moins de retenue. Elle tira sur ses manches longues, en dentelle rouge qui couvrait les cicatrices blanches qui marquaient sa chair aux endroits où Bellatrix Lestrange l'avait tailladé avec un poignard qu'elle avait toujours su être l'arme du crime du meurtre de Dobby…Elle tirait sur ses manches, dans un geste inconscient au moyen duquel elle essayait de se retenir de ne pas céder…ou en tout cas, de ne pas tout céder tout de suite au charme de Tom.
Il faut bien avouer que le bougre avait des arguments. Il avait commencé leur entrevue par quelques compliments d'usage, avec une modestie qui collait parfaitement à sa propre élégance, à son allure avenante générale. Et puis, il n'avait pas voulu lui dire exactement quelles pièces succèderaient au concerto de Mahler ce soir là, et avait galamment éconduit toutes ses questions, même les plus subtiles, ayant pour but de lui faire avouer le nom de la prochaine suite d'opéra. Il avait orienté la conversation sur ses dernières lectures, avait frôlé la politique sans s'y attarder, sachant qu'il pourrait y avoir matière à discorde, et puis ils avaient échangé des anecdotes sur leurs enfances respectives, et riaient encore lorsqu'après l'entracte, ils revinrent à la loge qu'il avait réservé.
-Vraiment, Tom…Tu exagères !
Ai-je besoin de préciser qu'il avait pris soin de louer les meilleures places en face de la scène, légèrement surélevées, de sorte que la visibilité et l'acoustique soient parfaites pour les heures à venir ?
Et Hermione avait beau le morigéner pour ce geste, en son fort intérieur, elle n'en était pas moins aux anges : elle avait rarement eu l'occasion d'assister à une véritable représentation dans sa vie, et se faisant la réflexion que vraiment, ce jour serait à marquer d'une pierre blanche.
Il ne l'autorisa pas à parcourir les petits feuillets qui étaient posés sur les fauteuils de velours, et prit soin d'occuper son esprit jusqu'à ce que les lumières fussent tombées, que le rideau se lève, et que les violons firent vibrer d'une même voix les premières notes d'une pièce qu'elle reconnut immédiatement, les yeux pétillants d'excitation.
-Oh Seigneur…Les pêcheurs de perle, c'est…
Tiens, ça, c'est un souvenir qui passe dans le cerveau de la brune, alors que son regard se fit vague pour une minute. Elle se souvenait très bien de ses dernières vacances de Noël, alors qu'elle confectionnait des biscuits en attendant le retour de ses parents, Draco, qui avait sonné à la porte pendant qu'elle écoutait un morceau qui était issu de la même œuvre… Elle se souvint de son visage, malencontreusement couvert de pâte à gâteau par un de ses élans de colère, et à cette image son sourire se fit plus apaisé.
Percevant cette absence, bien qu'elle n'ait duré qu'une fraction de seconde, Tom se permit de lui rappeler sa présence en lui saisissant délicatement la main qui était posée sur l'accoudoir à sa gauche, et couvrit ces phalanges de ses lèvres.
-Merci, Tom, dit-elle, ses joues devenant aussi écarlates que sa robe.
-Avec grand plaisir, ma chère Hermione…avec grand plaisir…
Puis ils se turent pour écouter les complaintes harmonieuses du triangle amoureux qui se mouvait sur scène.
La main de Riddle n'avait pas lâché la sienne.
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Vendredi 5 mars
Est
Tracey haussa les sourcils.
-J'ai une tâche sur le nez, Weasley ?
Ron s'empressa de replonger son propre tarin allongé dans les papiers qu'il tenait en mains, les oreilles comme deux tranches de bœuf cru, honteux de s'être laissé happer par une rêverie. C'était plus fort que lui : les hublots de l'avion l'attiraient toujours la vision du ciel nocturne constellé au-dessus du tapis des nuages et des pollutions lumineuses, se retrouver en suspension entre des sphères vertes, rouges, dorées…
On concédera que la vue du profil de camée grec de Miss Davis n'est pas mal non plus, mais ces réflexions sont fort déplacées : ce n'est pas le moment de faire des blagues, quand tout porte à croire que l'heure est grave, les circonstances exceptionnelles. D'ailleurs, repue de cette taquinerie, Tracey consent à relancer la conversation, prenant judicieusement pour prétexte les dossiers que le dernier fils Weasley examinait désormais de très, très près.
-« Les Mangemorts ont perdus la guerre dans l'explosion qui a eu lieu pendant le sac de Poudlar. Le groupe a été dissout, ses leaders arrêtés, les forfaits commis sont partis avec eux », récita-t-elle, en pointant du doigt le manuel d'histoire parmi les livres empilés sur les genoux de Ron.
Ce dernier poussa un soupir.
-Oui, oui…Et on pourra rajouter dans les semaines qui viennent : « …toutefois, le groupe parvint à se reconstituer dans le cadre d'un cartel dont les racines puisent leurs ressources dans la Gaunt Corporation, empire économique dirigé par l'héritier du même nom un homme d'une cinquantaine d'années assoiffé de pouvoir. Revanchard, il rassembla ses troupes et mobilisa toutes les forces possibles et imaginables pour retrouver la formule créée par Grindelwald surnommé le « chimiste noir » de triste mémoire. La formule de l'arme chimique « Avada Kedavra » étant consignée dans un cahier unique au monde, dont le seul exemplaire… »
-C'est là toute la question, approuva Tracey, l'air un peu plus sombre. Comme je vous l'ai dit, à Potter et toi quand vous êtes venus me voir dans le Maine, il était jusqu'à présent tenu pour acquis que le journal était en lieu sûr. Plus exactement, sous haute sécurité au Département des Mystères. Mais, en septembre de l'année dernière…
Un trait anxieux plia le front du roux.
-…le journal aurait été déclaré « volé ». « Disparu », je crois, serait un terme plus approprié : Yaxley était furieux, pour lui ce n'était qu'une question de temps avant que son emprise croissante sur le ministère de la Justice ne lui permette de mettre la main sur l'artefact. Le grand public n'en a jamais entendu parler : tu imagines, la panique ? Le secret de l'équivalent chimique de l'arme atomique qui se ballade en Grande-Bretagne, librement…
-Mais la colère de Yaxley a du bon : cela nous conforte dans le fait que le journal n'est pas encore passé chez les Mangemort, fit Ron pour se rassurer.
Tracey fit la moue.
-C'est apparemment ce qu'il va falloir démêler avec Londubat. Alors, alors…Est-ce que Lucius Malfoy a été trop lent pour manipuler les leviers de la conspiration, ou est-ce que l'avidité mortifère de Dolohov va, paradoxalement, jouer en notre faveur ?
L'estomac de Ron se tordit à cette pensée. Hermione…
Mais il semblait que les inquiétudes de son compère pour l'occasion se portaient ailleurs.
-Tu crois que Londubat tiendra le coup ? Je veux dire, qu'il va réussir à garder suffisamment de sang-froid pour…
L'angoisse s'envola immédiatement du visage de Ron et cette fois, quand son regard bleu transperça celui de Tracey, et ce fut son tour de rougir jusqu'à la racine de ses cheveux vénitiens.
-Tu sous-estimes Neville, comme beaucoup avant toi…Je te rappelle qu'avant de bifurquer vers l'enseignement, il a été Auror, et un Auror particulièrement doué. Sachant qu'il y a une chance pour qu'à l'issue de cette histoire, cette folle furieuse de Bellatrix Lestrange soit enfermée pour de bon derrière de solides barreaux, tu peux me croire : il ne reculera devant aucune montagne pour arriver à ses fins. Yaxley est foutu ! Rajouta-t-il en se calant plus confortablement dans son siège, l'air plutôt satisfait.
Enfin apaisé par la perspective du mouvement et des actions fracassantes qui promettaient de succéder à cet intervalle aérien un peu long, il rabattit d'un geste souple le masque de sommeil violet qui reposait tout ce temps sur son front, et se mit à ronfler presqu'aussitôt.
Deux fois surprise, Tracey ne put, malgré tout, s'empêcher de pouffer dans le creux sa main.
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-C'est tout bonnement scandaleux
-Un peu de sang-froid, Madame.
-Je vous prierai de ne pas me parler sur ce ton, servante!
Madame Rosmerta fronça le sourcil, en se demandant si elle en tout cas pourrait garder son calme jusqu'au bout de cette discussion. En face d'elle, un véritable amas de boucles blondes peroxydées gesticulait en hurlant depuis un quart d'heure, se plaignant que sa réservation était introuvable sur le registre des Trois Balais. Comme ce serait dommage, songea la tenancière, que les papiers se soient perdus, et qu'il faille refuser l'entrée à cette malapprise qui la prenait de haut. On voyait bien qu'elle ne savait pas à qui elle avait affaire.
-Soit: je n'en jetterai plus, mais je vous conseille néanmoins de garder si pas votre calme, au moins un flegme authentiquement britannique: vous en aurez besoin si, par mégarde, ma main maladroite venait à renverser le contenu de ce vase sur votre tête hirsute.
-...
-Reprenons: êtes vous sûre d'avoir reçu la confirmation de votre réservation?
-Puisque je vous dit qu'elle là...dans mon sac...un instant...
Et à voir le fatras de feuille que le cabas était, Rosmerta se dit intérieurement qu'elle n'était pas, vraiment pas, sortie de sa propre auberge.
Rita Skeeter, Madame Rosmerta. La réservation, Partie I.
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Vendredi 5 mars
Au croisement de la rose des vents
-Dites-moi que c'est une plaisanterie ?
-Je dois avoir mal compris…
-C'en est trop dans la même journée !
-Le jour fatidique a fini par arriver.
-Calmez-vous, tous : sinon…
Draco, Théo, Harry, Blaise se turent, tels Borée, Euros, Zéphyr et Notos rappelés à l'ordre par Eole.
Le quartier général n'est pourtant pas mobile : nous sommes toujours au Finnigan's, toujours en présence de Seamus (lapalissade, dites). Mais le groupe n'a cessé de s'agrandir : de Tony au propriétaire, entre Harry et Blaise, jusqu'au renfort de Ginny, ce sont maintenant Nott et Malfoy qui ont fait irruption dans le restaurant - comme si la cacophonie ambiante n'était pas suffisamment difficile à gérer.
Enfin, l'autorité naturelle de Ginny, et son regard qui égale celui de Molly Weasley dans ses heures de colère, a tout de même tôt fait de calmer ce petit monde. Et c'est tant mieux : il n'est pas certain qu'Anthony ait réussit à lui tout seul, de maintenir calme autant de fortes personnalités rassemblées au même endroit.
-Tu comptes me dévisager toute la journée, Potter ?
Surtout quand ces fortes personnalités se détestent.
-Tu es tellement beau, Malfoy, que je n'arrive pas à y croire.
Draco amorça un mouvement furieux pour se lever de sa chaise, mais fut retenu de part et autre par les pans de sa veste par les deux autres Serpentard présents.
-Calmez-vous. Tous. Harry : les sarcasmes inutiles ne sont pas les bienvenus pour l'instant : je te signale que Malfoy, Nott et Blaise sont venus pour nous aider, et que nous avons grandement besoin les uns des autres.
-Quoi, parce que tu l'appelles Blaise, maintenant ?
-Potter, claqua sèchement et définitivement la rousse, ce qui eut pour effet de figer le brun en statue de sel.
(Draco retint à peine un ricanement de satisfaction)
-Bonjour l'ambiance…commenta Seamus, qui s'était mis un point d'honneur de contribuer à l'amélioration de la situation en versant de grandes tasses de thé anglais à tout le monde, dans des soucoupes étincelantes de propreté.
(Il avait aussi discrètement posé un plat de scones au milieu de la table, espérant préserver ce no man's land en gage de bonne volonté)
-A sa décharge, tenta de tempérer Blaise, nous sommes tous pris de court par la tournure des évènements. Je veux dire, ça fait quoi ? dix ans que la guerre est terminée…Et si les tensions existent toujours dans la société britannique, il n'y a pas eu pendant toutes ces années l'ombre d'un signe, d'un indice d'une trace, qu'une potentielle éventualité pour qu'une conspiration d'aussi grande envergure tisse ses toiles dans l'ombre.
Anthony, qui avait probablement été le seul à suivre le fil de cette pensée décousue, hocha la tête avec résignation.
-Je n'aime pas l'avouer, mais ça me tombe dessus aussi. Il aura fallut que Tracey raconte à Ron et Harry les rumeurs d'assemblées secrètes en Albanie…la marque de Grindelwald, et celle des Ténèbres qui réapparaissent gravés dans les murs de catacombe…Des expériences louches qui ont lieu dans des forêts…
Ce fut au tour de Théodore d'émettre une objection.
-Tout ça c'est très bien, mais des illuminés qui clament leur amour pour la cause des Mangemort et effectuent des rites…douteux, ça existe depuis la création du mouvement. Ces éléments à eux seuls ne prouvent rien, et j'ajouterai, tout de même : Goldstein, toi qui est issu d'une longue lignée d'aristocrates intimement liés aux plus hauts secrets d'état, toi qui est réputé pour connaître les moindres ressorts et rouages du Département des Mystères…D'entre tous, comment à toi aurait pu échapper l'information que le journal le plus dangereux du monde avait – pour reprendre tes propres termes – disparu du coffre blindé dans lequel il était caché ?
-Je plussoie absolument tout ce que Théo vient de relever, tint à souligner Draco. Et j'ajouterai même que dans le cas où, effectivement, ces cinglés en Albanie auraient raison, alors c'est d'autant plus infâmant pour toi Goldstein de débarquer six mois après, la bouche en cœur pour nous dire : « le monde est en danger, nous devons unir nos forces pour le sauver ».
Et de renifler d'un air méprisant pour donner bonne mesure.
Anthony serra les dents. La pression de la main de Seamus sur son épaule ramena le calme dans son rythme cardiaque, et il poursuivit, toujours maître de lui-même :
-Il y a du vrai dans ces arguments. Toutefois, j'aimerais porter à votre attention à tous, que quand bien même je suis j'espère, un agent efficace, je ne suis qu'un homme – un homme, tout seul, pas une armée. Je passe mon temps à voyager d'un pays à l'autre, en immersion d'une mission périlleuse vers une mission impossible, et je ne suis pas omniscient, ni doté du bon d'ubiquité. Pour prendre connaissance de cette information, il aurait fallut que je reste à Londres, où à Edinburgh sans bouger du quartier général…Et comme vous le voyez, je suis ici, en train d'essayer de démêler cette affaire à distance avec vous.
-Je crois qu'on est tous d'accord pour admettre que la vie d'un langue-de-plomb n'est pas une fiction de cinéma, trancha Ginny. A ce compte là, tout le monde a tort : Harry d'être l'Auror qui n'a pas su relier des évènements isolés dans un schéma global et cohérent, Malfoy d'avoir négligé les conciliabules entre Lucius et ses sulfureux invités au manoir…
Pour une fois les deux intéressés s'abstinrent de tout commentaire. Ils commençaient à comprendre ce qu'Anthony voulait dire, lorsqu'il expliquait qu'il n'était pas le héro d'une histoire, et que des éléments lui échappaient forcément.
-Ce qui nous ramène au rôle d'Hermione, recentra Blaise, conscient qu'il fallait avancer, car l'heure tourne.
-Hermione, oui…reprit Anthony, l'air beaucoup plus songeur. Qui se souvient des circonstances qui l'ont amenée à aménager en Amérique ?
Théo haussa les sourcils, tandis que Draco ouvrait, et refermait la bouche comme une carpe Koï. C'est qu'il n'avait jamais obtenu de réponse à cette question, et ce n'était pas faute de l'avoir posé à l'intéressée. Et en même temps, l'Êta Delta adolescent qui vivait encore en lui était trop heureux de retrouver Hermione à ses côtés pour avoir lourdement insisté pour obtenir une réponse…
-De mémoire…commença Blaise en passant une main sur le front, de mémoire…Après avoir validé son doctorat, elle a passé un entretien au département de la justice qui n'avait pas du tout été concluant…
-Tu m'étonnes ! Se récria Seamus outré, c'est Dolohov qui était chargé de l'interroger, je lui avait dit d'exiger un témoin…Amelia Bones…n'importe qui, pourvu qu'elle ne se retrouve pas seule avec ce psychopathe.
-Et après le refus du ministère, poursuivit Ginny imperturbable, elle a décidé de changer de pays et de venir ici. Ce qui ne paraît pas étrange, outre mesure : la diaspora des anciens élèves de Poudlard est très forte…Nous sommes ses amis d'enfance, et elle parlait de faire du journalisme d'investigation une fois qu'elle aurait constitué son réseau…
-J'aurais mis mon réseau à son service sans hésitation, asséna Draco avec orgueil. Je n'ai qu'une parole, et il aurait suffit d'un mot pour qu'elle intègre la maison la plus prestigieuse.
-Personne ne remet la bonne foi de quiconque en doute ici, tempéra Anthony. La question que je vous pose est plutôt : est-ce qu'il ne se serait pas passé pendant cet entretien, un évènement imprévu, qui aurait poussé Hermione à venir…je ne dirais pas se cacher, mais enfin, en tout cas prendre de la distance, et se mettre à l'abri d'un péril qu'elle aurait senti venir ?
Pour la première fois depuis le début de la conversation, le silence était assourdissant dans la pièce.
-Qu'est-ce que tu veux dire, Goldstein ? J'ai peur de comprendre…
-Je veux dire, Théodore, que je pense que c'est Hermione qui a fait disparaître le journal du Nurmengard pour le mettre dans un lieu sûr.
Nouveau silence, assommé.
-Hermione nous aurait caché quelque chose d'aussi monumental ? interrogea Harry, un peu vexé.
-Ce qui serait logique : le meilleur moyen de garder un secret, c'est encore d'en restreindre sa diffusion au maximum.
-D'accord, d'accord, mais…Anthony, tu te rends compte de ce que tu suggères ? Hermione qui s'introduit au Département des Mystères, s'empare du livre le plus dangereux et infâme qu'on ait jamais écrit de mémoire d'homme, le cache…Seule, et sans rien dire ?
Harry secoua la tête en signe de dénégation.
-Ça ne tient tout simplement pas debout. Je suis criminologue, et Auror, moi aussi : je connais la minutie que nécessite ce genre d'opération, et je te garantit que seul, ce n'est même pas la peine d'essayer.
-Mais je n'ai jamais dit qu'Hermione avait agit seule.
-Un complice, alors ? Jeta Nott, dont les yeux sombres reflétaient en cet instant toute la vivacité de son esprit.
S'il voyait où la langue-de-plomb voulait en venir, Draco quant à lui, était toujours perdu.
-Je n'y comprends rien, lança Blaise. Qui pourrait avoir couvert un larcin aussi gros ? Le Premier Ministre ?
Nouveau flottement tandis que l'idée est examinée dans les sept têtes respectives.
-Non, répondit Anthony, catégorique.
Puis, pesant chaque mot :
-Par le Premier Ministre, le Ministre de l'Education, et une certaine consultante, rattachée au ministère de la Justice.
Ce fut au tour de Seamus d'ouvrir la bouche de stupéfaction.
-Kingsley, McGonnagal, et Bones ? Rien que ça ?
-Ça ressemble de plus en plus à un secret d'état…reconnu Nott du bout des lèvres.
-Maintenant que tu en parles, reprit lentement Harry, c'est vrai qu'Hermione a croisé Amelia Bones à ce gala au mois de janvier…Mais je ne me rappelle d'aucune discussion qui sorte de l'ordinaire…
-Hermione ne serait jamais assez stupide pour évoquer une sujet aussi sensible dans un environnement où baignent les Greengrass, releva Malfoy, un peu vexé sans savoir pourquoi.
-C'est vrai, j'oubliais : tu étais de la partie aussi, Malfoy ! se rappela Harry dans un sursaut. Et ton père avec…Serait-il possible que… ?
-Hermione avait compris toute seule le complot de la chambre des secrets, qui consistait à transformer les tuyaux de plomberie et d'aération de Poudlard en machines à vomir du poison. Elle avait douze ans. Après toutes ces années, la sous-estimez-vous encore ? demanda Ginny à la cantonade.
-Weasley marque un point, concéda objectivement Nott. Je veux bien croire que si c'est bien elle qui s'est emparée du journal, alors vraisemblablement personne sur cette planète ne sera en mesure de le retrouver sans ses indications. Maintenant, ce qui m'inquiète c'est…
-Riddle, complèta Draco, en jetant un regard aigu qui coupa les iris clairs d'Anthony.
Dernier silence, beaucoup plus lourd que les autres. Ils eurent tous le sentiment qu'un cube de glace venait de leur descendre dans l'estomac.
-Hermione est exceptionnellement intelligente. Mais Marvolo Gaunt est encore plus intelligent, retors, machiavélien, et surtout : sans scrupules. Voyez comme il a réussit à louvoyer ces derniers mois pour s'accaparer l'attention d'Hermione sans que cela n'éveille le moindre signe d'alarme chez nous…C'est tellement commun comme prénom, Tom…Qui se méfierait, quand on voit les noms élaborés, ou à rallonge qu'on fabrique dans les cercles de pouvoir ?
-Je suis d'accord avec toi, Goldstein, commença prudemment Draco. Non seulement il est intelligent, mais en plus, il est prévoyant. La seule visite dont je me souvienne de lui au Manoir date d'au moins sept ans…Je n'ai jamais vu son visage, j'ai seulement entendu les murmures effrayés du personnel de maison à son arrivée. De toute façon, il a interdit à tout de le monde que son nom soit prononcé : il ne veut pas qu'on sache qui il est, et quelle lignée il représente – il change d'alias comme de chemise. Marvolo Gaunt…Vorlost…Tom Riddle…Elvis...Voldemort… Je le crois absolument capable d'avoir placé toutes les pièces sur l'échiquier en amont, en attendant le moment propice pour partir à l'assaut final.
-Et avec Yaxley si influent, ça n'aurait été qu'une affaire de mois : cette homme a une poigne effrayante, se permit de souligner Blaise.
-Tout cela converge vers un seul et unique point : Hermione est montée dans un taxi avec ce type il y a une poignée d'heures maintenant, et je crois qu'on peut légitimement affirmer qu'elle est en grave danger, dit avec force Harry.
Et Nott d'objecter une nouvelle fois :
-Je vais continuer de jouer le trublion de la logique, mais : si j'ai bien compris, Granger fréquente Riddle depuis des mois. Il a eu des dizaines d'occasions pour la faire parler de gré…ou de force. Pourquoi est-ce que vous paniquez tout à coup, qu'est-ce qui vous fait croire que ce soir sera différent des autres ? Il sait même où elle habite, si jamais il lui venait l'idée de vouloir fouiller son appartement, envoyer des hommes de mains pour orchestrer un faux cambriolage aurait été un jeu d'enfant pour lui.
-Hermione n'est pas stupide au point de cacher le journal chez elle, avança Seamus, un peu vexé qu'on sous-estime son amie à ce point. Quant à la psychologie de Riddle, j'imagine que Ron aura une analyse bien tranchée sur son cas le moment venu.
-Si je peux me permettre d'avancer une hypothèse, risqua Anthony, je crois que Riddle attendait une opportunité d'être avec Hermione déstabilisée par sa rencontre violente avec Bellatrix Lestrange, psychologiquement affaiblie par une situation qui lui échappe, moralement affectée par le poids du secret qui se fait de plus en plus lourd à assumer seul, et affectivement isolée, quand il aura d'une manière ou d'une autre, semé la zizanie dans son cercle d'amis proche.
-Mon père…commença Draco.
-Demelza, prononça Blaise.
-Le livre de Rolf, se souvint Ginny.
-L'agitation incompréhensible des milieux de contrebande New-Yorkais…releva Harry.
-Tout cet alcool qu'elle boit quand elle fait la fête avec nous, souligna Seamus.
Et j'ai bien envie de les laisser cogiter collectivement sur leurs manquements respectifs, l'impossibilité pour chacun de considérer une situation contre laquelle leur nez est littéralement collé, en attendant qu'ils unissent leurs forces afin de tendre vers un seul et même plan d'action. Qui sait si cela leur permettra de sauver la face de cet échec collectif… ?
Car l'heure tourne dehors, il fait nuit noire, c'est l'heure des ombres, des ogres, et des loups.
oOo
-LA!
La journaliste venait enfin de réussir à extirper un bout de papier de son sac sans fond, et elle le brandissait d'un air victorieux à la patronne des lieux, jubilant d'avance de la victoire qu'elle allait remporter.
-En effet, confirma Madame Rosmerta, d'un ton doux comme l'hydromel. Vous avez parfaitement raison: vous avez bien effectué une réservation chez nous, pour trois jours et deux nuits.
-Exactement. Et maintenant, je suis fort lasse: une personnalité reconnue comme moi n'échappe que très difficilement à l'attention, aussi suis-je harassée d'une journée à répondre aux demandes de dédicaces des uns et des autres. Un délassement serait le bienvenue: je pense à un bain brûlant, accompagné d'un martini qui serait judicieusement posé sur le rebord de la baignoire, si vous saisissez ce que je veux dire.
-Si vous permettez, poursuivit la grande brune en faisant claquer sa voix autoritaire comme un fouet, sous lequel elle eut le plaisir de voir la journaliste tressaillir, je n'ai pas terminé mon propos. Vous avez réservé chez nous. Cependant, la date couverte débute...à partir de la semaine prochaine.
Rita sentit le sol se dérober sous ses pieds.
-...Ah?
-Oui, une malencontreuse erreur d'inattention: une personne comme vous, après tout, doit penser à mille choses à la fois. Et d'ailleurs, c'est fort-à-propos, car si vous souhaiter réserver pour cette semaine, il faudra allonger mille Gaillons pour ajuster la réservation.
-...
-Si votre budget ne le permet pas, alors je peux toujours m'arranger pour qu'Abelforth vous fasse un petit nid dans un coin de la Tête de Sanglier: je suis quasiment sûre qu'il n'y a pas de salle-de-bain dans les chambres, en revanche pour l'alcool et la compagnie, vous serez comme chez vous!
-...
-Enfin, vous savez...les suggestions d'une humble servante, asséna royalement la grande brune.
Rita Skeeter. Madame Rosmerta. La réservation, Partie II
oOo
Samedi 6 mars
Promenons-nous dans les bois…
Sur cette menace à peine voilée, jetons une dernière fois les feux des projecteurs sur celle qui a occupé les pensées de l'assemblée extraordinaire que nous venons de quitter. Et l'ellipse a duré au moins quelques heures : il est passé minuit, et sur la ville, la magie n'opère plus depuis les douze coups de pendule.
En sortant de l'opéra, Hermione avait été cueillie par la brise redevenue fraîche, qui lui avait donné la chair de poule, malgré le verre de vin de la buvette qu'elle quittait à peine en compagnie de son guide nocturne. Galant, comme attendu, ce dernier se permit de faire choir sur les épaules recouvertes de dentelle rouge de la brune son étole grise, au parfum capiteux, hégémonique. Elle le remercia d'un petit sourire. Puis, comme il vit qu'elle se frottait les yeux en baillant, il héla un taxi. Elle l'arrêta en lui agrippant le bras d'un mouvement vif : n'avaient-ils pas prévus une ballade au parc, après la musique ?
Tom haussa les sourcils.
…tant que le loup n'y est pas…
-Vu la météo, l'heure, et surtout ton état de fatigue avancée, je crois qu'il vaut mieux que nous repoussions la sortie à…plus tard ?
Un peu déçue, elle lui offrit néanmoins un signe de tête, en guise d'assentiment. Ses larges épaules semblèrent se décontracter, et il lui ouvrit la porte du taxi.
…si le loup y était…
Ils prolongèrent quelques minutes de plus la conversation qu'ils avaient tenue, juchés sur leurs tabouret hauts, en compagnie de deux délicieuses vieilles personnes qui s'étaient jointes à eux, séduits par la vivacité de ces deux esprits brillants qui devisaient avec autant d'énergie.
Hermione baillait toujours... aussi Tom, fin observateur, décida de lui laisser le loisir de profiter du silence. Ce qu'elle comprit parfaitement, et particulièrement à l'aise du fait de l'intimité qu'ils partageaient désormais, et aussi du liquide rouge qui lui battait et réchauffait le sang, c'est naturellement qu'elle laissa sa tête un peu lourde aller contre l'épaule à côté d'elle.
Riddle répondit à ce geste, sans précipitation, plutôt avec toute la subtilité qu'on peut attendre de lui dans un moment suspendu, délicat comme un fil de verre. Son parfum, le ronronnement de la voiture, tout berçait Hermione dans une sensation de bien-être et de plénitude qui lui avaient cruellement manqués. Ces derniers jours, semaines, mois ? Elle était fatiguée, fatiguée, fatiguée, de toujours être sur ses gardes, d'échafauder des plans, d'élaborer des réponses sur le qui-vive, de régler les crises des uns et des autres sans jamais pouvoir régler ses propres comptes en introspection avec sa conscience… Alors, elle savourait ce moment d'égoïsme.
Etait-ce un mal ?
…il nous mangerait…
Ah, ils sont arrivés –enfin, Hermione en tout cas - : c'est le perron de l'immeuble de la journaliste, et Tom exerce une pression aérienne de ses longs doigts effilés sur son bras pour la faire réagir, un petit peu.
Grognement mécontent de celle qui l'accompagne, à quoi il répondit par un petit rire amusé.
-Allez, Hermione. Je sais que je suis confortable, mais je te jure que ton lit l'est encore plus.
Ce qui la fit à la fois pouffer, et rougir, des images un peu plus tentantes traversèrent son esprit. Un peu moins décentes aussi, je dois l'avouer par souci d'honnêteté. A sa décharge, je crois qu'Hermione a peur de se retrouver toute seule ce soir, après les montagnes russes émotionnelle de sa journée. Elle a peur de quitter Tom, de quitter cette douce euphorie, pour être en proie à une nouvelle cyclothymie descendante.
…mais comme il n'y est pas…
-Tom.
-Ma chère ?
Elle se redressa, les cheveux un peu ébouriffés, mais le regard plus clair.
-Je ne te ferais pas l'insulte de tenter de te piéger par le biais de ce lieu-commun, qui consiste à inviter une personne à « boire un dernier verre », ce qui ne constitue en réalité qu'une porte-ouverte à peine déguisée à la débauche.
Et Riddle d'arquer un sourcil. Personnage, mensonges, et plans machiavéliques oubliés, je dois signaler qu'en cet instant, il est franchement, sincèrement amusé par Hermione. Il a parfois de ces lumières qui le traversent, comme en ont tous les antagonistes, même si la narration omet de les signaler par souci de créer des blocs d'ombre, ou de lumière, monolithiques.
…Il n'nous mang'r'a pas…
-Eh bien, je t'avoue que je suis coi, et que je ne sais pas vraiment comment répondre à cette…invitation à la non-invitation ?
Là il s'amuse, mais ne vous inquiétez pas, il reprendra vite le contrôle de son esprit.
-Je n'ai pas fini. Pas d'affront de la sorte, mais…Tom, je mentirais terriblement si j'affirmais que je ne ressens pas…quelque chose, d'assez indéfinissable pour toi. Tu m'as déjà posé la question, et je n'ai pas plus de certitude ce soir qu'hier. Toutefois…je n'ai pas envie de finir la soirée toute seule. Je te propose de monter, pour profiter un peu plus du moment ensemble, en tout bien tout honneur. Est-ce que tu peux croire que mes intentions ne sont pas tendancieuses ?
Elle ne l'avait jamais vu aussi ravi.
-Demandé avec autant d'esprit, je ne peux qu'accepter. Tu sais, je ne te forcerai jamais à faire quelque chose que tu ne voudrais pas, Hermione. Je…j'ai beaucoup de respect pour toi, et puis…Je crois que je peux admettre que je me suis vraiment attaché, aussi.
Elle lui renvoya son sourire.
-Alors tu restes ?
…Loup, loup, que fais-tu ? Entends-tu ?
-J'ai entendu votre requête Madame, et je viens.
Il était toujours aussi calme, toujours aussi flegmatique. Peut être plus beau à cette heure, avec la demi-lune qui donnait à sa peau laiteuse des reflets d'argent. Elégant jusqu'au bout, il tendit un billet avec un généreux pourboire au taxi, et emboîta le pas de la jeune fille qui lui ouvrait les portes, et montait les escaliers.
Clac clac clac
Firent leurs pas en résonnant dans les corridors déserts.
Cling
Fit la clef d'Hermione en tournant dans la serrure.
Encore quelques mouvements, et les voici arrivés dans un lieu que nous connaissons tous, mais que Tom foule pour la première fois de ses pas : l'appartement qui a vu passer Blaise, Harry, Draco, parfois seuls, parfois en même temps. Zacharias, les nombreux coups de téléphone que Pansy a passé à distance. Ron, et Ginny, Anthony et Seamus : toute cette foule bigarrée d'amis ou de proches dont la mention seule suffit normalement à remplir son cœur, à l'envahir de chaleur.
La chaleur, le ton de son compagnon de soirée n'en manque pas tandis qu'il la compliment sur son bon goût pour quelques estampes japonaises rares, ou qu'un livre au titre runique attire son attention sur la table du salon.
Et Hermione, désormais enjouée, la tête un peu plus réveillée, s'affaire à leur préparer deux cafés en vue de ce qui s'annonce être une soirée toute gentille, de conversation à bâtons-rompus, jusqu'à certainement ce qu'ils s'endormissent la-tête-de-l'un-sur-celle-de-l'autre, et se quittent sagement le lendemain matin sur un chaste baiser sur le perron.
Pour la première partie, le contrat semble remplit : le café est servi, et les tasses sont fumantes.
En revanche, Hermione n'a pas remarqué ce petit geste mesquin de Tom, qui a profité de ce qu'elle ait le dos tourné pour donner un tour de clef supplémentaire à la serrure, avant de glisser le petit objet dans la poche intérieure de son veston sans manches.
Quand elle l'observe de nouveau, il est fermement campé devant les étagères de sa bibliothèque, et il s'est saisit d'un ouvrage, qu'il manipule d'un air très intéressé.
-Je me souviens de ce livre : la Rayuela, de Julio Cortazar. J'aime beaucoup la construction : lisez-le de la première à la dernière page, et vous suivez les personnages d'un bout à l'autre de la narration linéaire. En revanche, si on lit les chapitres dans l'ordre indiqué par l'auteur, alors on se retrouve avec une…toute autre histoire.
Elle fit une réponse, toujours aussi enjouée, tout en s'installant sur le canapé.
Elle attendait qu'il vienne s'asseoir à côté d'elle.
Mais...
Il ne vint pas.
Tom Riddle était toujours plongé dans sa contemplation du livre.
-Dis-moi Hermione, tu ne m'as jamais expliqué en détail ce qui t'avait poussé à quitter ta campagne anglaise pour venir t'installer en Amérique ?
Cette question fut suivie par un drôle de silence. Son interlocutrice ouvrit la bouche, puis la referma. Elle l'ouvrit de nouveau, interloquée – chamboulée, aussi. La formulation employée, le ton utilisé...quelque chose n'allait pas…
-Je te l'ai dit : je voulais faire carrière au ministère de la Justice, mais j'y ai renoncé à cause de l'atmosphère de corruption qui y règne. J'ai été un peu dégoûtée de mes tentatives, et j'ai décidé de prendre du recul en allant tenter ma chance...ailleurs.
-Vraiment ?
Oui, décidément, quelque chose n'allait plus : depuis quand la voix de Tom, si envoûtante, si séduisante, pouvait-elle se parer d'un tel accent de dureté ?
-Tu es sûre, Hermione ? Tu n'aurais pas cédé face à autre chose ? Est-ce que tu n'as pas cédé à l'argument de la peur parce que tu te serais retrouvée au coeur d'une situation…imprévue ?
Et la voix de Tom devenait froide, tellement glacée qu'elle pouvait sans peine se figurer graver des mots à sa surface givrée, du bout des ongles.
-Je ne comprends pas ce que tu essaies de me faire dire, Tom.
Le visage de Dolohov s'imposa via un flash douloureux dans son esprit. Et ce dernier se mit à tourner avec frénésie. Elle se leva pour faire face au brun, et le regarder bien droit dans les yeux.
Tom, Tom…Sa beauté, son pouvoir de séduction et sa capacité à jouer le bon copain indispensable, toujours là au bon moment.
Tom, qui était tellement compréhensif, et apparaissait dans sa vie pile quand il fallait pour combler ses failles narcissiques, ses insécurités successives.
Tom, qui lui avait désigné lors de leur première rencontre, un livre dont l'histoire ne se comprenait que dès lors qu'on en avait assemblé les pièces dans le bon ordre. Parce qu'il savait déjà comment tout cela se finirait, hein ? On dirait que le cynisme de cet homme est sans fin.
Odeur sucrée, parfum envoûtant.
Hermione s'était jetée toute seule, et tout droit, dans la gueule du loup.
Odeur sucrée, parfum envoûtant. Tout cela avait disparu en un claquement de doigts. Oubliées, les manières caressantes, la juste mesure, et les conversations chaleureuses.
Dans l'appartement, il n'y avait plus que deux ennemis qui s'affrontaient du regard, figés comme deux chiens de faïence, attendant de voir qui de l'autre allait attaquer le premier.
Maintenant, place à un peu de vraie horreur…
Morsmodre !
