Note : Bonjour à tous ! Je suis un peu honteuse de la lenteur avec laquelle je mets à jour cette histoire, et j'espère qu'il reste quelques courageux pour me suivre jusqu'à la fin… Merci à tous ceux qui ont pris le temps de laisser des commentaires pendant mon absence, vous êtes la motivation qui me pousse à continuer à écrire et (qui sait ?) mettre un jour un point final à cette histoire.
N'hésitez pas à vous référer au résumé au début du chapitre précédent si vous êtes perdus (ce qui serait légitime…), à bientôt !
Chapitre 31 – Through the fire, we're born again
Thomas aurait souhaité parler à Winston avant que le week-end ne montre le bout de son nez. Vraiment, il avait espéré de toutes ses forces que l'occasion se présente, qu'ils puissent enfin discuter de cette rancœur aussi brutale que surprenante dont il avait fait preuve lors de la colle de Minho.
Cependant, lorsque Thomas ouvrit les yeux le samedi matin, fixant le plafond de pierre en silence pendant de longues minutes, il ne ressentait ni regrets ni frustration à l'idée de ne pas avoir réussi à mettre à plat les choses avec Winston. Alors qu'il se considérait généralement comme quelqu'un de franc et direct, préférant désamorcer les situations tendues avant qu'elles ne lui explosent au visage, il devait avouer qu'en l'occurrence, il repoussait ce moment autant que possible. Avant d'être en colère contre Winston pour sa réaction inexpliquée, il était surtout fatigué d'avoir à se justifier, une fois encore.
Il était fatigué de tous ces gens qu'il connaissait à peine et qui se permettaient de lui donner des tapes dans le dos en le félicitant du courage dont Newt et lui avaient fait preuve. Fatigué de subir le jugement permanent des étudiants qu'ils côtoyaient et qui se croyaient en position d'émettre un avis sur leur relation et ce qu'ils décidaient d'en faire. Ces sourires, certes engageants, et ces mots qui se voulaient pourtant gentils commençaient doucement, mais sûrement, à lui sortir purement et simplement par les yeux.
Et dire que toute cette histoire n'avait commencé que depuis moins d'une semaine.
Il jeta un coup d'œil à son réveil, grimaçant en avisant l'heure beaucoup trop matinale pour un samedi, hésitant à se lever tout de même tandis que Newt sommeillait paisiblement à côté de lui, un léger sourire sur le visage. Thomas ignorait pourquoi Newt souriait ainsi, mais il espérait que ses songes étaient beaux. Il aurait donné beaucoup pour revoir ce sourire doux sur le visage de Newt lorsque ce dernier était réveillé.
En effet, si l'angoisse de Newt quant à la révélation de leur relation semblait s'être évaporée, probablement face à la réaction plus que favorable qu'avait été celle de leurs amis, le blond oscillait désormais entre une irritation permanente et une immense lassitude. Son humeur s'accordait parfaitement avec la météo maussade de ce mois de février qui s'éternisait, ponctué d'averses et de brouillard, qui leur donnait l'impression de vivre dans une nuit sans fin.
A fleur de peau, Newt sortait les crocs à la moindre remarque, qu'il prenait la plupart du temps comme une attaque personnelle, et Thomas aurait été bien en peine de lui faire une quelconque réflexion compte tenu du fait que lui-même se refermait comme une huître à chaque commentaire que les autres étudiants se permettaient de faire. Il savait que Teresa, Minho et Alby tentaient de calmer le jeu auprès des autres, détournant les conversations quand ils sentaient que les deux garçons perdaient patience. Pour cela, il leur en était extrêmement reconnaissant.
Une partie de Thomas lui criait qu'ils auraient pu éviter tout cela s'ils avaient décidé de rester dans l'ombre, plutôt que de confirmer en quelques gestes les rumeurs qui tournaient sur leur duo à l'Institut. Mais l'autre partie de son cerveau, qui se rebellait face à cette dissimulation volontairement orchestrée simplement pour ne pas être au centre de l'attention une fois encore, l'avait poussé à ne plus rien cacher.
Alors, lorsqu'ils s'étaient retrouvés dans la salle commune des juristes ce lundi soir, à jouer aux cartes comme à leur habitude avec Minho et Teresa, Harriet feuilletant distraitement son journal à côté d'eux, il n'avait pas fait attention aux personnes à proximité quand il avait volé un baiser à Newt pour fêter leur énième victoire écrasante en équipe. Il n'avait pas non plus scruté la terrasse le mardi midi, pour vérifier que la voie était libre lorsque Newt avait entrelacé leurs doigts tandis qu'ils fumaient avant de retourner en cours.
Il avait décrété qu'il se moquait du monde environnant lorsque cette multitude de petits gestes avait eu lieu, ignorant les réactions plus ou moins discrètes des autres étudiants autour d'eux. Maintenant que Newt lui avait assuré qu'il était prêt à faire comprendre clairement qu'ils formaient plus ou moins un couple – Thomas n'osait presque pas prononcer le mot tant cela lui semblait relever du fantasme – il ne voyait plus de raison de se cacher.
D'aucuns pourraient peut-être lui reprocher sa naïveté, il n'avait néanmoins pas souvenir que les différents couples qui avaient pu se former dans l'école avaient fait l'objet d'une telle attention.
Newt remua sur le matelas, le tirant de ses pensées alors qu'il se réveillait doucement, l'ombre de son sourire s'estompant lentement tandis qu'il battait des paupières pour s'habituer à la lumière du jour qui perçait derrière les rideaux. Et lorsque leurs regards se croisèrent, Thomas sut que Newt avait exactement le même poids dans l'estomac que lui. Cette brique qui lui semblait peser une tonne, lui coupant l'appétit et rendant difficile chacun de ses mouvements. Cette sensation étouffante qui le clouait au matelas depuis de longues minutes, tétanisé face à l'idée de retourner dans le monde réel.
La journée promettait d'être longue.
Il ouvrit la bouche pour tenter de conjurer le sort en souhaitant un bon jour à Newt, mais le vibreur de son téléphone le coupa dans son élan. Tâtonnant sur la table de chevet pour retrouver son bien, il finit par s'en saisir, orientant légèrement l'écran vers Newt qui s'était pelotonné contre lui pour s'enquérir des dernières nouvelles. Le message venait de Minho et les sommait par la présente de se rendre de toute urgence dans la chambre n°2 de l'étage des sciences po, aka la sienne.
Les deux garçons échangèrent un regard suspicieux, puis haussèrent les épaules de concert – une réaction qui était bien en passe de devenir leur marque de fabrique. Newt était sur le point de s'extraire du lit, se délestant déjà de son haut de pyjama dans le but de s'habiller, quand Thomas esquissa un sourire en coin avant de lui saisir le poignet et de l'attirer à lui.
« Depuis quand on obéit aux ordres de Minho au doigt et à l'œil ? » souffla-t-il en étreignant le blond, qui étouffa un rire dans son épaule avant de lui rendre paresseusement son étreinte.
« Je suis pas habitué à ce qu'il envoie des messages qui ont un sens, il m'a pris par surprise. » répondit-il dans un chuchotement railleur.
Thomas pouffa légèrement avant d'enfouir ses doigts dans les cheveux de Newt, jouant avec les ondulations blondes tout en profitant de la chaleur ensommeillée qui se dégageait de l'autre. Lui-même étant réveillé depuis presque une heure, toute chaleur s'était évaporée, laissant place à ce vide glacial et mordant que seul Newt parvenait visiblement à combler. Ils se tinrent ainsi de longues minutes, profitant de leurs derniers instants de répit avant d'aller affronter le reste de ce monde qu'ils auraient préféré éviter, avant de sortir enfin du lit et de se vêtir correctement.
Lorsqu'ils finirent de s'habiller, se tenant l'un en face de l'autre après avoir fait claquer la porte de leurs armoires respectives, Thomas ne put retenir un rictus d'auto-dérision en remarquant qu'encore une fois, Newt s'était habillé avec dix fois plus d'élégance qu'il n'en aurait jamais. Curieusement, ce simple constat lui mit un peu de baume au cœur, étrangement rassuré par la constance de certains détails qui avaient bercé sa vie à l'Institut depuis le tout premier jour.
Il tira légèrement le col de sa veste de baseball élimée aux couleurs des Red Socks, attirant le regard de Newt, qui lui renvoya un sourire goguenard et un clin d'œil en remontant le col de sa propre veste, avant de se diriger vers la porte. Thomas le suivit, non sans avoir fait un crochet près du bureau pour prendre le paquet de cigarettes que Newt avait – une fois de plus – oublié.
Assurément, certaines choses ne changeraient jamais.
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Lorsqu'ils parvinrent devant la chambre de Minho, ils n'avaient croisé qu'une poignée d'étudiants se rendant au petit-déjeuner, qui les avaient salués avec la mollesse des réveils trop matinaux. Presque déconcerté de cet anonymat brutalement retrouvé, mais intérieurement ravi, Thomas toqua avec énergie à la porte de Minho qui pivota presque instantanément pour laisser apparaître la mine réjouie de leur ami.
« Mes deux tourtereaux préférés ! Entrez-donc ! » s'exclama-t-il cérémonieusement en s'inclinant, tirant une légère grimace à Newt, qui s'engouffra néanmoins dans la pièce à la suite de Thomas.
Sur les lits jumeaux se tenaient assis Harriet et Alby, manifestement en grande concertation avec Teresa, qui fumait une cigarette adossée contre le bureau. Sans tenir compte du fait d'avoir été interrompus dans leurs conciliabules, les trois étudiants saluèrent les nouveaux arrivants avec de trop grands sourires pour ne pas paraître suspects aux yeux de Thomas, qui les scruta en fronçant les sourcils.
« Qu'est-ce que vous mijotez vous quatre ? » siffla-t-il avec une pointe d'amusement, ignorant l'expression outrée qu'arborait à présent Teresa, choquée que l'on puisse remettre en cause sa bonne foi. Harriet et Alby échangèrent un regard complice tandis que Minho s'avançait dans la chambre, se campant sur le tapis qui en marquait le centre.
« Hé bien les gars, sachez qu'on a réfléchi – oui, ça nous arrive – et nous sommes arrivés à la conclusion que vous avez besoin de passer du temps tous les deux. » déclama-t-il avec emphase, appuyé par les hochements de tête des trois autres étudiants.
Un instant de silence suivit sa déclaration, rapidement rompu par Thomas qui commença avec ironie :
« Tu es au courant quand même qu'on dort dans la même chambre ? »
Minho balaya l'argument du geste de la main, tandis que Teresa écrasait sa cigarette pour s'avancer vers eux, le coupant d'un ton déterminé :
« Du temps tous les deux, mais seuls ! Loin de l'Institut. Rien que vous deux. »
« Alors, pour vous faciliter la tâche, on vous a préparé une petite surprise… » enchaîna Alby en souriant.
« D'autant que c'était la Saint-Valentin jeudi dernier. » ajouta Harriet sur le ton de la confidence, échangeant un regard brillant avec Minho, qui semblait trépigner d'impatience à l'idée de leur révéler leur plan – assurément génial.
« On vous a réservé une soirée au restau les mecs ! C'est pas ultra cool ?! » lâcha Minho avec empressement, la voix emplie d'une chaleur qui fit fondre le cœur de Thomas. Néanmoins, ne souhaitant pas céder à l'enthousiasme délirant de leurs amis, il jeta un bref regard à Newt afin de prendre la température et s'assurer que l'offre qui leur était faite ne franchissait pas une de ces barrières invisibles que le blond semblait se mettre à lui-même.
Justement, Newt ouvrait la bouche afin d'objecter :
« C'est vraiment gentil mais vous savez, je crois que ni Thomas ni moi ne sommes fans des dîners aux chandelles ou autres trucs un peu dégoulinants… »
Teresa émit un bruit irrité avant de l'interrompre :
« Tu nous prends pour qui blondie ? Evidemment qu'on ne compte pas vous envoyer dans un de ces ridicules restaurants remplis de couples mièvres à souhait ! C'est un dinner américain, je pense que tu vas aimer Tom ! » continua-t-elle en se saisissant d'une petite carte de visite placée sur le bureau et que Thomas n'avait pas remarquée auparavant.
« Le restaurant s'appelle le Maze Runner je crois, quelque chose dans ces eaux-là… » renchérit Minho en tentant de déchiffrer le nom sur la carte que Teresa tendait désormais à Thomas.
« Décroche un peu du sport Min, il s'appelle le Maze Dinner ! » rétorqua Alby avec un sourire moqueur, tandis qu'Harriet secouait la tête d'un air dépité.
« C'est Lensherr qui nous en a parlé. » précisa-t-elle néanmoins, tout en encourageant Thomas d'un signe de tête à se saisir de la carte que Teresa agitait à présent sous son nez pour le sortir de sa torpeur.
Car sous l'effet de la surprise, Thomas et Newt s'étaient tous les deux figés dans une position à la limite du grotesque, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte. Passées quelques secondes, Thomas tourna lentement la tête vers Newt, les lèvres frémissantes sous la pression du fou rire nerveux qui menaçait d'éclater. Lorsque leurs yeux se rencontrèrent, sous le regard pressant de leurs amis qui les fixaient dans l'attente d'une réponse, Thomas ne put se contenir plus longtemps et éclata de rire, rapidement suivi par Newt.
Ils durent batailler ensuite pendant de longues minutes afin de faire comprendre à leurs amis la raison de leur fou rire.
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Une semaine plus tard, installé dans le train qui les menaient loin de l'Institut pour les vacances, Thomas devait bien se l'avouer : l'idée de ses quatre amis avait été loin d'être mauvaise.
Retournant comme en pèlerinage sur les lieux de leur première sortie désastreuse, Newt et lui avaient fait preuve au départ d'une surprenante timidité, osant à peine se regarder en face alors que les souvenirs leur revenaient comme autant de poignards aiguisés au creux de l'estomac. Cependant, portés par l'enthousiasme contagieux de leurs amis, qui n'étaient pas revenus sur leur plan malgré l'explication de leur hilarité, ils avaient fini par se convaincre que cette idée, à défaut de calmer les esprits au sein de l'Institut, n'était pas si dénuée de sens au bout du compte.
La journée du samedi s'était écoulée paresseusement, rythmée par leurs devoirs qu'ils avaient achevé cloîtrés dans leur bibliothèque, entourés de Minho et Teresa qui chuchotaient, assis sur le même canapé, scandaleusement proches pour deux personnes qui se targuaient d'être de simples amis. Lorsque le soir s'était rapproché, Teresa avait fait comprendre aux deux garçons en termes plus ou moins explicites qu'il était grandement temps qu'ils montent se préparer, et ils s'étaient exécutés, laissant leurs amis dans la pénombre de la pièce.
Presque par superstition, Thomas avait enfilé le même costume que celui qu'il avait porté lors de l'anniversaire de Newt, sachant par avance qu'il détonnerait une fois encore dans le décor décontracté du restaurant. Cependant, lorsque Newt était sorti de la salle de bain, il ne lui avait fallu qu'un regard pour comprendre qu'il était loin d'être le seul à verser dans la tentative d'expiation.
Rayonnant dans son costume bleu marine, Newt lui avait adressé un sourire serein avant de lui présenter son bras avec cérémonie, et Thomas avait secoué la tête avec amusement en s'approchant de lui, suivant le mouvement avec une facilité qu'il n'aurait pas cru ressentir un jour dans sa relation avec Newt.
Ils avaient été étrangement soulagés de constater qu'ils n'étaient pas les seuls à sortir ce soir-là, et ils s'étaient engouffrés sans hésiter dans le mini-van qui attendait patiemment devant l'Institut que les couples du jour daignent montrer le bout de leur nez. Cela avait été la première fois depuis bien longtemps qu'ils ne se sentaient pas doucement décalés par rapport au reste du monde, mais simplement intégrés dans ce processus plus grand qu'eux qui impliquait notamment de sortir dîner pour fêter la Saint-Valentin.
Evidemment, lorsque le mini-van les avait déposés devant le dinner, ils avaient tout de même essuyé quelques regards surpris de la part des autres étudiants, ce qui avait tiré un sourire sardonique à Thomas.
Ce même sourire s'étalait toujours à présent sur ses lèvres alors qu'il repensait à la petite bougie d'anniversaire bariolée que la serveuse leur avait placé au centre de la table avec un clin d'œil, plantée dans un hot-dog en plastique. Ils s'étaient mutuellement souhaités une joyeuse Saint-Valentin en étouffant un rire et la bougie était éteinte depuis longtemps lorsqu'ils avaient quitté le restaurant.
Tout comme lors de leur première soirée, ils avaient rapidement ôté leurs vestes, retroussant les manches de leurs chemises, riant aux éclats en mordant dans leurs énormes burgers. Comme la première fois, Newt s'était lancé dans une esquisse audacieuse à la mine de plomb, sous le regard attentif de Thomas, qui dégustait lentement son milkshake au chocolat. Et comme la première fois, Newt avait relevé les yeux après avoir fini son dessin, souriant doucement tout en poussant son œuvre en face de Thomas, avant de lui attraper la main entre leurs coupes à dessert vides.
Mais tout avait changé depuis la première fois.
Le croquis de Newt reposait soigneusement dans l'écrin de son carnet à dessins et nul regard n'avait été jeté aux alentours avant que leurs doigts ne s'entremêlent tendrement. Ils étaient restés dans leur univers à part durant le reste de la soirée, presque surpris lorsque la serveuse était venue leur apporter l'addition, qu'ils avaient partagé sans s'être concertés auparavant.
Et lorsqu'ils avaient attendu le taxi les ramenant à l'Institut, debout sur le trottoir devant la devanture du restaurant, aucun des deux ne s'était souvenu de la tension qui régnait la dernière fois qu'ils s'étaient tenus là. Partageant une cigarette, appuyés l'un sur l'autre pour se tenir chaud, ils n'avaient plus pensé à rien. Tout était bien.
Actuellement bercé par le léger roulis du train, Thomas somnolait, les yeux mi-clos, se repassant en boucle le film des souvenirs de cette soirée, écoutant d'une oreille distraite ses amis qui discutaient à voix basse dans l'atmosphère feutrée du wagon.
Teresa et Alby, assis en face de lui, étaient penchés sur une pile de feuilles couvertes d'une écriture déliée, que Thomas reconnut comme étant les notes de cours de son amie. A côté de lui, Newt était tourné vers le couloir, au-delà duquel étaient assis Minho, Harriet, Winston et Ben dans un autre carré. Si la conversation semblait légère d'un prime abord, Thomas dressa l'oreille en entendant le ton irrité de Newt tandis qu'il grondait rageusement à l'encontre de leurs amis.
« Tu te rends compte de ce que tu racontes Ben ? » siffla le blond en fusillant l'ingénieur du regard, qui leva les mains en signe d'incompréhension.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » intervint Thomas, se décollant du dossier de son siège moelleux pour prendre part à la conversation, intrigué par l'emportement de Newt et le regard méprisant qu'Harriet posait sur Ben.
« Rien, nos potes sont des crétins, c'est tout. » grommela Newt en croisant les bras sur son torse, détournant délibérément le regard dans une vaine tentative de se calmer un peu.
« Ben pose beaucoup trop de questions indiscrètes si tu veux tout savoir. » expliqua Minho en haussant les épaules, lançant un regard sévère au grand blond en face de lui.
« Demander qui fait l'homme et qui fait la femme, c'est au-delà de l'indiscrétion si tu veux mon avis. » cracha Newt avec véhémence, plongeant Thomas dans une profonde incrédulité.
« T'es sérieux mec ? Est-ce que je te demande ce que tu fous avec Olivia au lit ? » lança-t-il à l'attention de Ben, qui eut la décence de paraître gêné avant de s'enfoncer dans son siège en marmonnant des excuses.
« Tu peux pas nous en vouloir d'être curieux, il ne pensait pas à mal. » intervint Winston qui n'avait pas pipé mot jusque-là, s'attirant un regard noir de la part de Thomas et Minho. Newt lâcha une expression dédaigneuse avant de se saisir de son téléphone, décrétant qu'il refusait de continuer une discussion aussi stupide.
Thomas s'accorda un temps de réflexion avant de répondre, conscient de la fragilité de la relation amicale qu'ils étaient parvenus à retrouver avec Winston, après que ce dernier soit venu spontanément leur présenter des excuses quelques jours plus tôt. Il savait que l'ensemble des remarques que le brun pouvait leur faire n'était dicté que par la maladresse et une curiosité un peu malsaine quant à un sujet qu'il ne connaissait que trop peu, mais cela n'excusait pas tout.
« C'est pas de la curiosité Winston, c'est juste une indiscrétion déplacée. Et c'est hyper bizarre de se poser des questions sur ce que ses potes font au lit. » finit-il par répondre avec humour, tentant la carte de la diplomatie afin de couper court à la dispute sous-jacente.
« Vous avez qu'à essayer, si ça vous intéresse tellement. » rajouta Harriet d'un ton railleur, réussissant par sa réplique à tirer un sourire amusé à Newt, qui n'avait pas perdu une miette de la conversation de derrière l'écran de son téléphone.
Curieusement, une subite rougeur apparut sur les joues de Winston, qui grommela quelques mots incompréhensibles avant d'attraper le livre devant lui et de faire mine de se plonger dedans. Thomas posa les yeux sur Harriet, qui lui lança un petit clin d'œil avant de retourner à son téléphone, comme si de rien n'était. Il était quasiment sûr d'avoir manqué un énorme chapitre de toute cette histoire mais à vrai dire, rester dans l'ignorance lui convenait parfaitement.
Alors qu'ils arrivaient à Paris, les discussions s'étaient considérablement allégées, chacun s'extasiant sur ses plans durant les vacances, l'excitation montant crescendo au fur et à mesure que les premiers immeubles grisâtres de la banlieue parisienne faisaient leur apparition. Dix minutes avant leur entrée en gare, la moitié des étudiants du wagon était déjà debout, dans un brouhaha chaotique tandis que tous trépignaient à l'idée de commencer enfin leurs vacances.
Sur le quai, ils se dirent au revoir dans une étreinte collective et brouillonne, chacun prenant une direction différente pour la semaine qui allait débuter. Teresa, Minho et quelques autres s'éclipsèrent rapidement pour ne pas louper leur correspondance, tandis que Thomas et Newt, portés par le flux de voyageurs, prenaient la direction de la bouche de métro la plus proche.
Ils allaient s'engouffrer dans les profondeurs parisiennes quand le téléphone de Thomas vibra dans sa poche. Il s'agissait de sa mère, l'informant qu'une voiture lui avait été envoyée pour le conduire à l'ambassade. Retenant Newt en se décalant pour laisser la place aux passants, il adressa un sourire et un geste de la main aux autres membres de leur groupe pour les saluer avant de montrer le message à Newt.
« Comme c'était prévisible… » lâcha Newt après avoir lu, son sourire enthousiaste contrebalançant totalement le ton ironique de sa voix.
Thomas ne prit pas la peine de répondre, se contentant de l'entraîner vers la surface, toute sa concentration focalisée sur leur slalom audacieux à contre-courant entre les voyageurs pressés. Lorsqu'ils parvinrent au parvis de la gare, il scanna les voitures stationnées à la recherche de la berline censée les attendre, son regard tombant sur la silhouette élancée de Brenda, qui s'engouffrait dans une longue voiture sombre. La jeune femme les aperçut au dernier moment, leur adressant un salut enjoué de la main tandis que la portière se refermait sur elle.
L'instant d'après, Thomas emmenait Newt jusqu'à leur propre véhicule, retrouvant avec plaisir la chaleur confortable de l'habitacle tandis que le chauffeur enfournait leurs bagages dans le coffre.
« Je crois que je vais pouvoir m'y faire. » ronronna Newt au creux de son oreille alors que la voiture redémarrait. Indolemment, Thomas laissa sa main s'aventurer sur la cuisse du blond, à l'abri des yeux de leur chauffeur, leur tirant un sourire satisfait alors que leur voiture fendait la circulation parisienne. C'était bon d'être de retour à la maison.
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Thomas était en train de prendre son petit-déjeuner en compagnie de sa mère, en ce dimanche matin ensoleillé, quand l'Intendant de l'ambassade vint à leur rencontre de son habituel pas trottinant. L'homme, de petite taille et plutôt bedonnant, arborait une fine moustache qui n'était pas sans rappeler Big Ben, la pendule du dessin animé la Belle et la Bête, faisant ricaner sous cape Thomas lorsqu'ils étaient amenés à se croiser – ce qui arrivait plutôt rarement. Par ailleurs, la rencontre devenait épique lorsque l'Intendant se trouvait en compagnie du jardinier de l'ambassade, un homme élancé à la stature fine, que Thomas avait immédiatement renommé Lumière lorsqu'il avait fait sa connaissance quelques années auparavant.
Ce cher Big Ben, ainsi, vint trouver la mère et son fils lors de leur repas matinal, pour les informer d'un ton essoufflé qu'un visiteur se présentait devant l'entrée principale, affirmant être un ami de Thomas. Ce dernier fronça les sourcils, consultant machinalement son téléphone qui pourtant ne s'était pas allumé, avant de s'approcher vers la fenêtre qui, heureusement pour lui, avait une vue plongeante sur la rue. Entendant le hoquet angoissé qu'Iris et l'Intendant lâchèrent de concert en le voyant se mettre ainsi à découvert, dans un contexte politique fort troublé, il se hâta de porter son regard vers le portail principal avant de se reculer rapidement en souriant.
« Tout va bien Big... Monsieur. » se reprit-il au dernier moment, croisant le regard réprobateur de sa mère, « je le connais. »
Faisant fi du fait qu'il était encore en pyjama, il se rua dans les couloirs, attrapant à la volée l'un des manteaux longs de son père qui traînait, accroché à une patère. Lorsqu'il sortit dans le froid mordant de cette fin février, un sourire éclatant fit écho à son apparition. Ses lèvres s'étirèrent en un mouvement jumeau et il s'approcha du portail, rassurant les gardes armés d'un signe de tête.
« Mes invites passent par la porte de service normalement. » lança-t-il à Newt – car c'était bien de Newt dont il s'agissait – d'un ton railleur.
« Que veux-tu, j'aime casser les codes. » répondit le blond sur le même ton en faisant un pas dans sa direction, avant d'être stoppé net dans sa progression par l'un des vigiles, qui lui demanda d'un ton bourru ses papiers d'identité et de montrer le contenu de son sac. Les deux garçons échangèrent un regard qui oscillait entre amusement et lassitude devant ces règles strictes, tandis que Newt sortait sa carte d'identité de son portefeuille tout en ouvrant son sac. L'agent de sécurité se saisit du bout de plastique pour en noter les références, avant de s'écarter pour lui laisser le passage libre.
« C'est carré ici. » souffla Newt à Thomas alors qu'il le rejoignait enfin, tirant à ce dernier un ricanement moqueur.
« Ils ont raison tu sais, un anglais qui rend visite à des américains c'est toujours suspect. »
Les deux garçons pouffèrent comme des enfants tandis qu'ils s'engouffraient dans l'ambassade, échappant par là même au vent glacial qui venait de se lever, contrant les rayons faiblards du soleil qui tentait de réchauffer Paris.
Une fois à l'intérieur, Thomas jeta un rapide coup d'œil à la ronde avant de saisir Newt par le col et de le plaquer sans douceur au mur le plus proche.
« Alors comme ça on aime les visites surprises ? Je te manquais déjà ? » susurra-t-il contre les lèvres du blond, qu'il sentit s'étirer lentement.
« Ma mère s'est absentée pour la journée et comme on avait du travail à faire ensemble, je me suis dit que... » commença Newt dans un souffle, avant de s'interrompre en croisant le regard de Thomas, qui s'était reculé et qui le fixait désormais avec attention. « Ok tu me manquais. » finit-il par avouer d'une voix dépitée, enfouissant son nez dans le col épais du manteau de laine que portait le brun.
Ce dernier laissa échapper un rire étouffé, s'abandonnant dans l'étreinte quelques instants. A lui aussi, Newt lui avait manqué. Et dire qu'ils n'étaient séparés que depuis un peu plus de vingt-quatre heures...
Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir, que Thomas reconnut comme étant ceux de l'Intendant grâce au martèlement caractéristique des petites jambes sur la moquette. Se mordant la langue pour ne pas lâcher la réplique mordante qui lui venait à l'esprit, il se contenta de se reculer, ôtant le manteau qu'il plia soigneusement avant de le poser sur son bras.
« Monsieur Edison ? » l'interrogea l'Intendant en parvenant à leur hauteur, les yeux rivés sur le nouvel arrivant.
« Je te présente Newton Isaac. Il est mon invité. » répondit Thomas avec un sourire en coin, tandis que Newt tendait la main pour serrer celle du petit homme qui se trouvait devant eux. Ce dernier lança un regard effaré à Thomas, qui haussa légèrement les épaules devant l'ignorance évidente de Newt des codes ayant cours dans ce genre d'endroit. Loin d'en être embarrassé, il trouvait cela extrêmement rafraîchissant de se trouver dans ce contexte si protocolaire accompagné d'un néophyte tel que Newt. Par ailleurs, il ne fut guère déçu lorsque l'Intendant, dont la politesse lui interdisait formellement de laisser une main pendre seule dans le vide, salua Newt d'une poignée de main rigide. Après cela, l'homme s'inclina légèrement avant de saisir le manteau que Thomas lui tendait, s'éloignant pour vaquer à des occupations autrement plus intéressantes.
« Je dois t'appeler Monsieur moi aussi ? » lui glissa Newt à l'oreille, une pointe d'ironie dans la voix, alors qu'ils se dirigeaient vers le petit salon où Thomas et sa mère déjeunaient précédemment. Il frissonna en sentant le souffle chaud de Newt sur sa nuque, inspirant profondément alors que montait en lui la chaleur caractéristique de cette excitation primitive que seul Newt savait faire naître en lui.
« Dans un contexte particulier, l'idée peut être intéressante... » ronronna-t-il en retour, stoppant sa marche pour voler un baiser au blond, qui l'approfondit aussitôt, visiblement peu insensible à l'idée qui venait d'être proposée. Totalement inconscients de l'endroit où ils se trouvaient, ils s'embrassèrent avec langueur, souriant contre la bouche de l'autre, trop heureux de ces retrouvailles impromptues après une si courte séparation. A contre-cœur, Thomas finit par se séparer de Newt, l'oxygène venant à lui manquer.
« Viens, » dit-il simplement en lui prenant la main, « je vais te présenter ma mère. »
Et s'il sentit Newt se crisper alors qu'il l'entraînait à sa suite, le blond n'en laissa rien paraître lorsqu'ils pénétrèrent dans le salon, apparaissant devant la maîtresse des lieux, qui semblait les attendre de pied ferme.
Durant un bref instant, Thomas eut le souffle coupé d'une angoisse qu'il n'avait pas ressenti depuis ce qui lui semblait une éternité. Jamais encore il n'avait eu à présenter Newt à quelqu'un qui n'avait pas eu vent du stade qu'avait atteint leur relation, et la nervosité le frappa de plein fouet alors qu'il réalisait qu'il ne savait absolument pas comment annoncer les choses. Sa mère, qu'il avait évidemment eu de nombreuses fois au téléphone depuis les vacances de Noël, n'avait pas remis ce sujet brûlant sur le tapis, espérant peut-être que Thomas en parlerait de lui-même. Devant l'incertitude de l'évolution de sa relation avec Newt au cours des deux précédents mois, il n'avait pas jugé bon de s'avancer en expliquant à sa mère les tenants et les aboutissants de cette affaire, mais maintenant qu'il était devant le fait accompli... Il paniquait. La présentation de Newt à Big Ben ne comptait pas : c'était maintenant que tout se jouait.
Cependant, alors qu'il ouvrait la bouche pour bafouiller une ébauche de réplique qu'il n'avait absolument pas préparé, Newt prit les choses en main. Avec une affabilité extrême qui n'aurait pas fait rougir ses vénérables et flegmatiques ancêtres britanniques, le blond s'avança pour saluer Iris, qui lui répondit sur le même ton, visiblement séduite par ce camarade de classe si poli. Sortant de la torpeur brumeuse dans laquelle cette rencontre si importante l'avait plongé, Thomas entendit sa mère dire à Newt qu'il était ici comme chez lui, et il sut ainsi que cette manche était gagnée. Lorsque Newt se tourna brièvement vers lui, un léger sourire aux lèvres, il lui décocha un clin d'œil complice avant de lui désigner du menton la table du petit-déjeuner, sur laquelle l'attendait toujours sa tasse de café – probablement désormais froide.
Ils s'attablèrent tous les trois, Thomas se servant une nouvelle tasse grâce à la cafetière isotherme qu'il avait pris soin d'emmener des cuisines, et le reste du repas se déroula dans le calme de leurs conversations, Iris manifestant un grand intérêt pour le premier ami de l'Institut que Thomas lui présentait.
Néanmoins, alors que Thomas se levait pour prendre congé et enfin passer une tenue convenable, sa mère lui lança un regard évocateur, lui faisant comprendre qu'elle attendait quelques explications. Il lui renvoya une moue désolée, espérant qu'elle comprenne qu'ils en discuteraient plus tard, et tourna les talons après avoir reçu en réponse un hochement léger de tête. Il devait d'abord discuter avec Newt avant de prendre ce genre de décisions – qui impliquait de se présenter officiellement comme un couple, et non comme un duo d'amis.
Au moment où ils passaient l'encadrure de la double-porte, afin de rejoindre les couloirs menant aux chambres, Newt attrapa nonchalamment sa main, enlaçant leurs doigts avec un naturel déconcertant. Thomas décida de considérer ce geste comme un indicateur positif pour la suite des événements.
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-X-
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Lorsqu'ils regagnèrent le salon, près d'une heure plus tard, Thomas était enfin habillé et les deux garçons irradiaient de cette joie incandescente des gens qui viennent de passer un moment intense. A l'instant où il poussa la porte du salon, Thomas savait parfaitement que se lisaient sur son visage les longues minutes qu'il lui avait fallu pour réussir à enfin passer sa tête dans son sweat-shirt, échappant avec une mauvaise volonté évidente aux caresses de Newt.
La vision de Newt alangui dans son lit lui avait occasionné un drôle de sursaut au cœur, une bouffée d'émotion qu'il avait plus ou moins bien dissimulé, presque incrédule devant cette scène qu'il avait vécu comme s'il traversait un rêve. Il ne s'était pas réellement attendu à ce que Newt vienne le visiter dès leur premier weekend de vacances, et il tremblait d'une impatience mêlée à une angoisse sourde à l'idée de ce qui pouvait advenir durant cette semaine qui commençait si bien. Cependant, après que Newt lui ait assuré, les yeux dans les yeux, qu'il ne voyait pas d'inconvénient à ce que sa famille soit mise au courant de leur relation, il était définitivement prêt à franchir cette première étape.
Restait encore à trouver comment l'annoncer à sa mère, pensa-t-il néanmoins en franchissant le seuil de la pièce, tombant sur le sourire chaleureux d'Iris, qui s'était installée sur le canapé pour lire. Il était beaucoup moins confiant pour ce qui était de faire rencontrer Newt à son père, mais il décida d'occulter ce détail pour l'instant, Philippe Edison étant occupé à sillonner Paris pour des rencontres officielles.
Iris posa son livre à côté d'elle pour les accueillir, se levant avec élégance, ravissante dans sa robe d'un jaune moutarde que Thomas aurait immédiatement critiqué s'il avait été porté par une autre personne que par sa génitrice. Cependant, il détacha rapidement son regard de la tenue de sa mère en entendant son raclement de gorge, annonciateur d'une mauvaise nouvelle qui ne tarderait pas à tomber.
« Les garçons, j'espère que cela ne contrecarre pas vos plans, mais j'ai proposé hier à la tante de Thomas et ses cousins de passer cette journée avec nous… Chuck était vraiment impatient de te revoir tu sais. » commença-t-elle, lançant cette dernière phrase à l'intention de Thomas, qui avait fortement pincé les lèvres devant cette nouvelle qui, effectivement, contrecarrait absolument tous ses plans pour la journée.
Prenant une grande inspiration, il s'avança vers sa mère, se doutant que l'arrivée du reste de sa famille n'était plus qu'une question de minutes, décidant d'enfin jouer la carte de la franchise et de libérer le poids qui appuyait sur sa poitrine depuis que Newt était apparu sur le trottoir de l'ambassade.
« Maman, il faut que je te dise… Je sors avec Newt. » lâcha-t-il de but en blanc, tentant d'ignorer le bruit étouffé qui avait résonné dans son dos.
« Euh… Excuse-moi ? » répondit Iris, totalement déstabilisée de cet aveu qui n'avait, il faut l'avouer, aucun rapport de près ou de loin avec sa tirade précédente. Thomas s'efforça de réprimer un rictus malvenu devant son air interloqué, se doutant fortement que Newt devait arborer exactement le même derrière lui.
« C'est mon copain. » insista-t-il en tentant de maintenir une posture ferme, incapable d'empêcher sa voix de trembler tandis qu'il se sentait au pied du mur, engagé dans une voie dont il savait qu'il n'existait pas de demi-tour possible.
Cependant, au moment où sa mère fit l'extrême effort de paraître surprise, il sut qu'il avait pris la bonne décision en lui avouant les choses telles qu'elles étaient, sans prendre de gants. Parce que sa mère préférait toujours lorsque les choses étaient dites franchement plutôt que tues et parce qu'il avait déjà oublié comment il avait tenu tous ces mois sans la lueur de bienveillance qui brillait au fond de son regard.
Il se tourna vers Newt, légèrement inquiet de sa réaction, et son cœur rata un battement en l'apercevant les joues rouges et la tête baissée. Il voulut lui saisir la main, mais un toussotement discret lui fit faire face de nouveau à sa mère, qui arborait à présent un sourire attendri alors que toute expression de surprise avait déserté son visage.
« Cela explique beaucoup de choses… » se contenta-t-elle de murmurer en leur adressant un hochement de tête approbateur.
Thomas hésitait entre lui sauter au cou et entraîner Newt dans une étreinte passionnée lorsque des coups frappés à la porte détourna leur attention. Thomas croisa le regard de Newt alors que sa mère se dirigeait vers le battant pour ouvrir, et les deux garçons partagèrent un faible sourire, rapidement coupé par la voix de Big Ben, qui leur annonçait l'arrivée de leurs invités. Derrière lui surgit Joséphine, un sourire contrit aux lèvres, traînant dans son sillage Chuck et Beth. Si le jeune garçon semblait quasiment hystérique, l'adolescente semblait en revanche sur le point de monter à l'échafaud pour y subir une condamnation à mort. Néanmoins, ses yeux brillèrent d'un regain d'intérêt pour cette visite impromptue lorsque son regard se posa sur Newt, tirant un grincement de dents à Thomas, qui se sentit redescendre aussi sec du petit nuage sur lequel cette révélation réussie l'avait hissé.
Son attention fut vite détournée par Chuck, qui se rua littéralement vers lui pour le serrer dans ses bras, et il se laissa entraîner dans l'étreinte. Un ricanement à ses côtés lui fit tourner la tête, et il défia Newt du regard de faire le moindre commentaire sur son amour immodéré des enfants. Chuck était l'exception à la règle, voilà tout.
Au moment où son cousin se détachait de lui, Thomas put observer la teinte de tomate bien mûre que prirent ses joues lorsque son regard tomba sur Newt, comprenant enfin en présence de qui ils se trouvaient, les souvenirs de la discussion extrêmement gênante que Thomas et lui avaient pu avoir dans leur chambre d'hôtel lors des vacances de Noël lui revenant probablement en mémoire.
Avant que Thomas n'ait eu le temps de prononcer un seul mot pour expliquer quoi que ce soit, Iris prit les devants, désignant Newt d'un geste de la main : « Voici Newton, l'ami que Thomas nous avait mentionné en décembre dernier. »
Son ton était extrêmement poli, sans aucun sous-entendu apparemment, mais Thomas sentit ses joues le brûler désagréablement en avisant le regard interrogateur de Newt, qui ignorait avoir été l'objet d'une conversation familiale, mais également celui de sa tante et de ses cousins.
Il savait pertinemment que dans toutes les têtes, une seule question tournait : ami, comme un ami, ou ami comme..?
Et il n'avait strictement aucune idée de comment réagir face à cette situation. Tout le courage qu'il avait pu ressentir quelques minutes plus tôt au moment où il faisait enfin son coming-out auprès de sa mère – car c'était bien de cela dont il avait s'agit – s'était évaporé, et il ouvrit la bouche pour bredouiller quelques onomatopées sans queue ni tête, soudainement effrayé.
Il aperçut un mouvement à ses côtés, et avant qu'il n'ait eu le temps d'émettre la moindre phrase cohérente, Newt, qui était un garçon extrêmement bien élevé, s'avançait vers les nouveaux arrivants, un sourire beaucoup trop lumineux accroché aux lèvres.
« Appelez-moi Newt, je vous en prie Madame Edison. Enchanté de faire votre connaissance. » dit-il en serrant d'un geste souple la main de Joséphine. Il en fit de même avec Beth et Chuck, et les deux adolescents le dévorèrent du regard, visiblement sous le charme.
Thomas leva les yeux au ciel, attitude blasée que contredisaient totalement le léger sourire qui dansait sur ses lèvres et le soupir de soulagement qu'il ne put s'empêcher de lâcher. Il ne savait pas si c'était son petit côté gentleman britannique, ou tout simplement son charisme naturel, mais une chose était sûre : Newt savait comment faire illusion et se mettre les gens dans la poche, même dans les situations les plus critiques.
Après que les présentations eurent été faites, un silence pesant s'installa dans la pièce, et Thomas se retint de justesse de lancer une grimace puérile à Beth dont les yeux faisaient la navette entre Newt et lui.
« Bon… »
« Hé bien… »
Thomas et sa mère échangèrent un regard amusé. Apparemment, il n'était pas le seul à sentir l'ambiance à couper au couteau qui venait de s'instaurer.
« Et si vous alliez dans la salle de jeu les enfants ? » proposa Iris d'un ton léger, « j'ai à m'entretenir avec Joséphine d'une affaire particulière. »
Thomas savait pertinemment que sa tante allait être mise au courant manu militari de la confidence qui venait d'être faite à sa mère, cette dernière les congédiant tous les quatre pour que les choses puissent être mises à plat hors de la présence des adultes. Ignorant l'appellation infantile, il hocha la tête, résistant à la tentation de saisir la main de Newt pour l'entraîner dans sa chambre alors qu'il se dirigeait vers la porte. Il lui lança un regard désolé lorsque Beth et Chuck leur emboîtèrent le pas, et ils sortirent tous ensemble dans le couloir.
Thomas sentait que Chuck bouillonnait de questions, mais le garçon parvient à tenir sa langue le temps que dura le trajet jusqu'à leur destination. Ce fut Newt qui se rapprocha subrepticement de lui, murmurant à son oreille :
« On peut dire que tu vas droit au but toi. »
Thomas lui lança un rapide regard, inquiet que Newt ait été effrayé par sa grande révélation, certes brutale, mais un léger sourire dansait sur le visage du blond, qui ne semblait pas plus traumatisé que ça. Il s'autorisa alors à pousser un imperceptible soupir de soulagement face à cette réaction. Il restait cependant conscient que sa mère ne représentait que la première étape du processus, et c'est pourquoi il ne fut qu'à moitié surpris d'entendre la voix traînante de Beth s'élever derrière son dos au moment où il s'apprêtait à pousser la porte de leur pièce de destination.
« Alors c'est toi le fameux Newt… » lança-t-elle alors qu'ils pénétraient dans la « salle de jeu », terme qui désignait en réalité une sorte de bibliothèque qu'Iris avait équipé d'un ordinateur, d'une énorme télévision et d'une console, dans le but de distraire Thomas lorsque ce dernier tournait comme un lion en cage entre les quatre murs de l'ambassade.
Thomas se mordit la langue pour retenir la réplique cinglante qui lui venait au bout des lèvres, et il lança à la place un regard penaud à Newt, tombant sur l'air perplexe de son ami. Il aurait souhaité que les prochaines personnes à qui annoncer la chose ne soient pas ses cousins, qu'il connaissait suffisamment pour appréhender leurs réactions. Chuck était relativement imprévisible, quoique tolérant, et Beth était… Beth.
« Oui c'est moi. » répondit finalement Newt d'un ton neutre, visiblement indécis quant à la conduite à tenir face à l'adolescente, qui semblait littéralement se régaler de la situation. En cet instant, Thomas maudissait le talent naturel de sa cousine de réussir à le mettre perpétuellement dans un embarras profond.
« Hé bien c'est un plaisir de te rencontrer, » continua Beth en s'affalant dans l'un des canapés en cuir qui trônaient au centre de la pièce, « Thomas nous a beaucoup parlé de toi. »
« Tu sais très bien que c'est faux. » siffla ce dernier en s'asseyant en face d'elle, raide comme la justice, tentant d'ignorer ses oreilles qui commençaient à l'échauffer douloureusement.
« Non c'est vrai, mais tu aurais bien aimé. » nuança sa cousine en penchant narquoisement la tête sur le côté, répondant par un sourire mauvais au regard meurtrier que lui lança Thomas.
Il s'apprêtait à lui répondre vertement lorsque Chuck, contre toute attente, s'interposa.
« Oh non vous n'allez pas recommencer ! » rugit-il avec véhémence, avant de se tourner vers Newt et de lui lancer un énorme sourire. « Moi je suis très content de te rencontrer enfin ! Tu es le premier ami que Thomas nous présente de l'Institut ! »
Le blond lui répondit par un demi-sourire, manifestement gêné de s'être retrouvé au milieu du feu croisé de cette énième joute verbale familiale, et Thomas sentit sa gorge se serrer devant le malaise évident qui exsudait de chacune des pores de Newt.
Peut-être que ce fut ce constat qui le poussa à se jeter à l'eau et lever tous les malentendus qui semblaient régner en maître sur la pièce. Peut-être était-ce le regard goguenard de Beth qui pesait sur lui. Peut-être était-ce également la lassitude qu'il ressentait à sans cesse jouer ce jeu de dupes qui ne trompait plus personne. Peut-être la conjonction de tous ces éléments.
Toujours est-il que Thomas lâcha un soupir agacé avant de lancer d'une voix sèche :
« Newt est mon petit-ami, Chuck. »
Il ne manqua pas les yeux écarquillés de Newt, qui semblait à mille lieux de s'attendre à une telle déclaration – pourtant la seconde de la journée – ni le temps d'arrêt que marqua Chuck dans son élan d'enthousiasme, ses joues se colorant immédiatement alors que les mots prenaient tout leur sens dans son esprit.
Un instant de silence s'ensuivit, avant qu'une voix railleuse ne s'élève :
« Sans blague. »
Tous les regards se fixèrent sur Beth, qui s'était saisie de la manette posée sur la table basse, leur retournant un rictus moqueur.
« Bon, on joue ? » continua-t-elle avec flegme, secouant la manette dans un mouvement d'impatience.
Une demi-heure plus tard, Newt leur mettait une pâtée générale à Super Smash Bros, récoltant une tape amicale dans le dos de la part de Chuck et un regard noir de la part de Thomas et Beth. Peu de temps après, les deux cousins échangeaient un high five discret après s'être alliés pour défaire leur ennemi du jour, et la matinée s'écoula avec douceur dans cette pièce coupée du monde, emplie des cris de désespoir ou de victoire des jeunes qui s'y tenaient. Enfin, la vie de Thomas retrouvait un semblant de normalité.
Note bis : OK, je me suis tapée un délire solo avec Big Ben. Je vous avais prévenu que mes blagues ne faisaient rire que moi…
