Vendredi, 19h03

Regina agitait son bras depuis quelques minutes, exécutant des gestes circulaires en vain. Dans le petit plat en métal, le mélange visqueux ne semblait pas daigner changer de forme. Pourtant, elle essayait de réunir toute la force dont elle était capable pour mener à bien son projet. Elle avait même accepté de regarder une vidéo sur internet, mettant de côté sa fierté afin de réussir la mission qu'elle s'était donnée. Cependant, les œufs ne paraissaient pas décidés à monter en neige, ni en quoi que ce soit. Depuis près d'une douzaine de minutes, leur teinte opaque, légèrement dorée ne changeait pas. Contrairement à ce que disait la jeune femme dans la vidéo qu'elle avait regardée, ils ne produisaient même pas de petites bulles à la surface. Pour l'heure, la détective était incroyablement frustrée de son nouvel échec culinaire, mais aussi agacée de son incompétence. Elle poussa justement un long râle de protestation lorsque la blonde entra dans sa cuisine, un verre de vin vide dans sa main droite. Par habitude, Emma déposa le contenant dans son évier, avant de se rapprocher de la brunette. Elles étaient revenues du poste près d'une heure plus tôt, après une nouvelle journée infructueuse dans la recherche du Lightning Killer. Cependant, la profiler avait l'air particulièrement frustrée par la situation et leur impossibilité de pouvoir interroger leur principale suspecte.

Néanmoins, elle interrogea son ex-petite amie sur son agacement, s'amusant apparemment de la voir maudire ses compétences culinaires.

« Ok je voulais faire un dessert histoire qu'on oublie un peu cette semaine, mais je ne suis même pas capable de battre des oeufs en neige, » déclara la portoricaine en soupirant. Emma contourna alors la brunette, se plaçant derrière elle, d'un geste particulièrement attentionné. Elle saisit délicatement les mains de Regina entre les siennes, espérant la guider dans son projet de dessert.

« Parce que tes mouvements sont trop rapides et saccadés, » indiqua-t-elle d'un air confiant. « Il faut que tu donnes plus d'ampleur à tes mouvements, que tes mouvements soient un peu plus lâches, si on veut. »

Mettant ses paroles en action, elle guida les mouvements de la brunette pour l'aider à battre les blancs d'oeufs qui ne daignaient pas obéir à la détective. Pourtant, Regina ne sut pas déterminer si ce fut le ton d'Emma qui la fit frissonner. C'était certainement leur proximité nouvelle. Ou peut-être le fait qu'elle puisse, à nouveau, appréhender avec délectation le parfum de la profiler. Un instant, elle se demanda si elle ne devrait pas garder ses pensées pour elle-même. Néanmoins, elle abandonna totalement l'emprise qu'elle avait sur les ustensiles, ignorant même son projet initial. Faisant volte face, elle se retrouva devant la criminologue, ses yeux défiant les siens. Emma n'eut d'ailleurs pas le temps de réagir, avant que les lèvres de Regina n'emprisonnent les siennes. Elle se débarrassa également des objets qu'elle avait dans les mains, reculant afin de se libérer de la brunette. Son regard exprimant sa confusion, elle ne paraissait toutefois pas hostile au rapprochement de la portoricaine. Justement, la détective l'embrassa à nouveau, laissant glisser ses doigts sur la nuque de la blonde. À présent, rien ne semblait plus compter que le feu qui consumait littéralement ses entrailles. Sans prévenir, sa libido avait apparemment eu raison de son célibat peut-être trop long.

De son côté, la profiler répondit timidement à son approche, posant délicatement ses mains sur les hanches de la brunette. Pourtant, Regina la libéra une fois de plus, se mordillant la lèvre d'un air aguicheur.

« Pas de conséquences ? » demanda-t-elle, un rictus illuminant son visage.

« Pas de conséquences, » concéda alors Emma, apparemment aux prises avec son propre désir.

Elle saisit d'ailleurs les cuisses de la brunette, afin de la soulever, comme elle l'avait fait des centaines de fois. La plaçant sur ses hanches, elle reprit leurs baisers avec passion, se souciant peu des blancs d'oeufs qu'elle avait abandonnés sur le comptoir de sa cuisine. Elle plaqua justement Regina contre l'un des murs de son salon, ses lèvres rejoignant bientôt la poitrine de la portoricaine. N'ayant plus aucun contrôle sur son désir, la brunette soupirait d'ailleurs sous les caresses de la blonde, comme si elle redécouvrait le plaisir après des années d'abstinence. Lorsque les doigts de la criminologue glissèrent justement dans son pantalon de tailleur, elle grogna d'envie, parfaitement conscience qu'elle venait d'attiser encore plus la profiler. Emma resserra justement un peu plus son emprise sur elle, saisissant bientôt sa gorge afin de mieux la maîtriser. Brûlante de désir, Regina ne put désormais plus retenir ses gémissements, ses doigts griffant bientôt la peau de la criminologue. Quand ses cuisses se contractèrent dans un ultime soupir, elle poussa un râle de satisfaction. De son côté, la blonde laissa reposer sa tête sur son épaule, comme pour prendre une pause.

Cependant, Regina sentait son corps en proie à de toutes nouvelles sensations. Surtout, elle ne se serait jamais crue capable d'un tel appétit. Si elle avait découvert le plaisir quelques années auparavant dans les bras de la criminologue, elle n'aurait jamais pensé que cette sphère de son existence puisse prendre autant le contrôle de son être. Néanmoins, ses hormones avaient apparemment choisi de réveiller en elle des besoins très particuliers. Elle incita justement la blonde à relever son menton, reprenant leurs baisers avec un engouement nouveau. Se débarrassant rapidement de son chemisier, elle poussa la blonde sur son divan, se plaçant à califourchon sur ses cuisses. Descendant rapidement vers les clavicules de la profiler, elle laissa glisser ses doigts le long de son abdomen, se dirigeant évidemment vers son intimité. Tandis que ses lèvres parcouraient la peau d'Emma, elle s'enivrait de son parfum, se demandant si elle pourrait de nouveau s'en passer. Si leur échange ne devait, en attendant, avoir aucune conséquence, la portoricaine était bien décidée à en profiter…

2h43

Emma poussa la porte du bâtiment en toute hâte, se dirigeant à pas rapides vers l'extérieur. Lorsque ses poumons s'emplirent de l'air frais de l'automne, il lui sembla qu'elle retrouvait ses esprits. Ses pieds foulant le gravier du stationnement désert, elle interrompit sa course pour prendre une plus grande inspiration. Elle ferma alors les yeux, essayant de revenir quelques heures plus tôt, dans les bras de la portoricaine. Pourtant, la scène dont elle venait d'être témoin ne parvenait plus à quitter son cerveau. Les cris angoissés de l'homme résonnaient encore dans son esprit, comme une cacophonie incessante. Quelques minutes après avoir quitté le bâtiment sinistre, la blonde entendit des pas feutrés sur le gravier. Bientôt, elle put percevoir un rire familier, tandis qu'une main empoignait son épaule, presque amicale.

« On tient le coup, Docteur Swan ? » ricana Tiana en se rapprochant de la criminologue. De son côté, Emma tentait encore de revenir sur terre et d'oublier les minutes précédentes.

« Ce n'est pas ce que j'appelle politically correct, » parvint-elle à articuler, le souffle court.

« Je n'ai jamais dit que tout l'interrogatoire devait suivre cette règle, » corrigea l'agente des services secrets. « L'idée c'est qu'on débute sur une note légère, afin de laisser une chance à notre suspect. Mais s'il ne daigne pas nous répondre eh bien…

-... vous reprenez vos bonnes vieilles habitudes, » devina la blonde qui retenait un nouveau haut le coeur.

« Bah, ne fais pas comme si tu ressentais une extrême empathie pour ce gars-là, » ironisa la brunette. « Robin m'a dit que tu étais dans un état presque second quand t'as découvert que c'était les portoricains qui avaient visité la maison de ton ex. Dis-toi juste qu'il a eu ce qu'il méritait, au moins. »

Elle haussa les épaules, tout en allumant une cigarette d'un air nonchalant. Elle en proposa également une à la criminologue, qui accepta avec joie, espérant que la nicotine ait raison de sa nausée.

« Ça ne veut pas dire que je ne crois pas en notre système de justice, » protesta Emma. « Il aurait pu être jugé convenablement après avoir été arrêté. Ensuite, il aurait simplement été en prison et la justice aurait été rendue.

-Ouais, » gloussa Tiana. « Comme ça il serait ressorti au bout de six mois pour bonne conduite, après une très légère tape sur les doigts. Du coup, il aurait pu retourner chez ton ex comme prévu et, cette fois, lui régler son compte pour de bon. »

À cette évocation, le regard de la profiler s'assombrit évidemment, tandis qu'elle refusait d'admettre que la jeune femme avait raison.

« Ce n'est pas comme ça que je vois les choses, » bredouilla-t-elle, peu confiante.

« Ah oui ? » ricana la brune. « Tu ferais quoi si t'avais Cora Mills devant toi et un revolver entre les mains ? Genre, là, maintenant ? » demanda-t-elle. Cette fois, la profiler resta de glace, préférant détourner le regard. De toute évidence, c'est la réaction que l'agente des services secrets attendait pour la désarmer. « C'est bien ce que je pensais, » affirma-t-elle. « T'as entendu le gars qu'on a interrogé ? Il a reçu l'ordre de ne pas laisser de survivants, quand on lui a dit de visiter la maison de ton ex. Alors c'est clair que le but était de la menacer et non de la toucher directement. Parce qu'il savait très bien qu'elle était au poste. Mais tu crois sincèrement qu'il se serait retenu, s'il s'était retrouvé face à elle ? La hiérarchie des portoricains, c'est pire que les motards, Swan, » expliqua Tiana. « S'il avait eu la chance d'éliminer la personne qui a osé mettre Cora derrière les barreaux, il l'aurait fait sans hésiter. Et peu importe si ton ex est enceinte ou non. Ça, ils n'en ont absolument rien à foutre.

-Comment tu…

-Robin est mon informateur, je te rappelle, » l'interrompit la brunette en souriant. « Et puis nous ne sommes pas n'importe qui non plus. L'écoute électronique, la filature et le hacking, ça nous connait pas mal. Regina Mills n'a aucun secret pour nous, tu sais. Tout comme toi, d'ailleurs, » ajouta-t-elle.

Croisant une nouvelle fois son regard sombre, Emma songea que la jeune femme avait raison. Les méthodes des services secrets pour coincer les criminels étaient, certes, peu orthodoxes, mais peut-être nécessaires. Avec des malfrats comme les sbires de Cora, il valait mieux privilégier la force si on avait le dessus. D'ailleurs, la blonde s'interrogeait justement de la manière dont elle agirait si elle se retrouvait, effectivement, face à la mère de son ex-petite amie…

9h26

« Ne m'en parles même pas, » soupira Belle en prenant une nouvelle gorgée de son café bien trop sucré. « Mes parents n'arrêtent pas de m'appeler à ce sujet. Je crois qu'ils sont encore plus excités de venir que la première fois, » expliqua-t-elle d'un air faussement agacée. « Ils me demandent sans cesse si on pourra aller à Banff, prendre du café au Tim Hortons, aller randonner dans les Rocheuses, rouler jusqu'à Abbotsfort pour le marché de Noël… Ils ne sont même pas encore arrivés et ils m'énervent déjà ! » dit-elle en riant. Sur la chaise en face d'elle, Emma gloussa à son tour en finissant son espresso noir.

« C'est quand même très mignon qu'ils viennent passer Noël avec toi, sachant que tu vis à presque 8000 kilomètres de chez eux, » suggéra-t-elle.

« Je sais, je sais, » concéda la française. « Mais je ne sais pas jusqu'à quel point je vais supporter leur bonne humeur et leur envie de faire absolument toutes les activités possibles et inimaginables pour profiter de leur voyage. Tu sais que j'ai déjà été onze fois au Musée d'Histoire naturelle, depuis que je vis ici ? J'en ai par-dessus la tête des dinosaures, moi ! » précisa-t-elle, hilare.

De son côté, la blonde était amusée par sa personnalité toujours extravagante. Belle était la petite amie non officielle de l'un de ses collègues du CSIS, Gold. Néanmoins, Emma s'était liée d'amitié avec l'analyste grâce à ses multiples interventions au district 4. Depuis près de six ans, elle avait pu travailler à maintes reprises avec la française, appréciant son caractère toujours atypique et sa bonne humeur implacable. De plus, la profiler adorait son honnêteté brute et son cynisme. C'est une des raisons pour laquelle un jeu de flirt s'était rapidement instauré entre elles, même si elles ne développaient aucune réelle ambiguïté.

Cependant, la criminologue avait demandé de l'aide à la jeune femme ce samedi matin afin de trouver plus d'informations sur le Lightning Killer. Ne trouvant pas le sommeil après être revenue de son interrogatoire avec Tiana et Robin, Emma avait essayé d'émettre de nouvelles hypothèses sur Fiona McMahon. Ainsi, elle avait songé que ses victimes n'étaient peut-être pas toutes opportunes. Il se pouvait, en fait, que certains soient des personnes qui suivaient la jeune streameuse sur les réseaux sociaux, voire de véritables haters. Cela expliquerait, en partie, leur diversité et leur grand nombre. De plus, cela confirmait la théorie de départ, selon laquelle le tueur occupait un emploi dans lequel il rencontrait certainement bien des personnes différentes. Belle avait donc essayé de retrouver la trace des fans de « Fangs for Love », sans réel succès. Elle avait alors envoyé une demande au site de diffusion de Fiona, afin d'avoir des informations précises sur toutes les personnes qui étaient au fait de ses vidéos. Malheureusement, l'un des gestionnaires du site avait expliqué à l'analyste qu'il ne pourrait lui envoyer ces informations avant la fin de la matinée, voire de la journée. En effet, peu de techniciens informatiques devaient travailler les weekends, surtout pour des pages de divertissement. En attendant, Emma avait décidé de rester avec son amie pour discuter de choses et d'autres.

« Et toi, baby girl ? Quels sont tes projets pour la fin d'année ? » demanda justement l'analyste en adressant un sourire à la profiler.

« Pas grand-chose à vrai dire, » admit la criminologue. « Je n'ai encore rien de prévu mais j'imagine qu'Auguste va sûrement m'inviter à Queen Charlotte, comme chaque année, » répondit-elle en baillant.

« Auguste c'est… ton demi-frère, c'est bien ça ? » se remémora la française.

« Pas vraiment, » précisa la blonde. « En fait c'est juste un autre gars qui vivait dans le même orphelinat que moi. Mais on s'est toujours suivis, à l'école comme au lycée. On était vraiment inséparables, même. Donc c'est un peu comme un frère non officiel, si on veut.

-Les liens de sang ne comptent pas vraiment tu sais, » ajouta Belle en se délectant d'une nouvelle gorgée de son latte. « Mais pourquoi est-ce qu'il vit au fin fond de l'île Graham, au fait ?

-Parce que son épouse est ornithologue et qu'elle fait des recherches sur certaines espèces d'oiseaux qui vivent en région maritime, » expliqua Emma en gloussant. « Ça fait deux ans qu'ils sont à Queen Charlotte. Avant, ils habitaient à Whitefish, dans le nord du Yukon. Autant te dire qu'on ne se voyait jamais, en fait.

-Dans le Yukon ?! » répéta la française, apparemment surprise. « Genre, la province qui ressemble à l'Alaska mais encore moins peuplée ou dotée de réseaux fonctionnels ? Mais qui va vivre dans ce genre de trou perdu ?

-Certainement pas des analystes policiers, » la taquina son amie. « Mais Auguste est garde forestier depuis quatre ans maintenant, donc ils vivent dans un environnement qui leur correspond, si on veut.

-Et tu vas sérieusement passer tes vacances de Noël là-bas ? Alors qu'ils n'ont certainement pas de Starbucks ni même de Tim Hortons ?! » s'enquit la brunette, abasourdie. Comme pour témoigner de son étonnement, elle fit pivoter sa tasse entre ses mains, dévoilant un logo vert à l'effigie d'une sirène.

« Je pense que je peux survivre 10 jours sans boire de café d'une grande chaîne de distribution, » s'amusa la profiler. « Justement, ça me fera peut-être du bien de passer un peu de temps loin de tout, dans un décor exclusivement naturel.

-Ah ben c'est sûr qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de tueurs en série dans une île comptant moins de 5000 habitants, » ironisa la française. « Mais si tu n'as pas envie de te perdre dans le bois, tu peux toujours venir au chalet avec nous sinon. On passe deux semaines à Victoria, dans notre chalet au bord de l'eau. Coupés du monde, mais quand même avec de la Wi-fi… » déclara-t-elle d'un air théâtral, faisant glousser son amie.

« Merci pour l'invitation, » reconnut la blonde. « Mais je vais y réfléchir, parce que je n'ai pas vu Auguste depuis près d'un an. Et j'aimerais bien avoir des nouvelles de mes nièces.

-Il a des enfants ?

-Ouaip, » confirma la profiler. « Emily et Jade. Emily, en l'honneur de son extraordinaire tante, évidemment, » précisa-t-elle en faisant mine d'adopter une pose altière. « Et Jade pour la symbolique du terme, parce qu'elle est précieuse et bla bla bla.

-Oh Seigneur, » soupira l'analyste. « Encore des gens qui donnent des prénoms à leurs enfants parce que ça a une signification profonde…

-Rappelle-moi la traduction de ton nom dans ta langue maternelle ? » rétorqua la criminologue, hilare. « À côté de tes parents, Auguste et Ruby sont des anges concernant les prénoms de leurs enfants… »

Tandis qu'elle répondait à la française, la porte du bureau de Belle s'ouvrit sur une Regina apparemment inquiète. Elle parut surprise de découvrir la blonde en compagnie de la Française, mais salua tout de même sa collègue.

« Euhm… Emma, faudrait que je te parle, » dit-elle, peu confiante, tandis que son ex-petite amie l'interrogeait du regard.

« Je t'écoute, » affirma la criminologue. « On a fait les demandes sur le site de streaming de Fiona, pour voir si les victimes comptent parmi les personnes qui la suivent ou non. Je me disais que ça serait peut-être une piste supplémentaire dans sa direction et…

-Ouais euh non, » précisa la portoricaine. « J'aimerais te parler, en privé. »

Étonnée, la profiler se leva néanmoins en s'excusant auprès de la française. Elle suivit alors Regina dans le corridor principal du poste de police, tandis que la détective prenait la direction de l'extérieur. Une fois dehors, elle referma soigneusement la porte derrière elle, comme pour s'assurer que leur conversation serait privée.

« Que se passe-t-il ? » demanda la blonde, surprise par son comportement.

« Qu'est-ce que tu fais, ici ? » répliqua la détective.

« Je suis venue travailler pour faire avancer l'enquête, comme je te l'ai dit, » répéta Emma, quelque peu agacée par la question de la brunette. « Je sais qu'on est samedi mais j'aimerais vraiment ne pas passer les prochains mois sur cette enquête.

-Je sais, » admit Regina. « J'étais juste étonnée en me réveillant… que tu ne sois pas là… » bredouilla-t-elle, regrettant déjà son aveu. À ces mots, le regard de la blonde prit une teinte légèrement plus sombre.

« Je croyais que ce qu'il s'est passé hier soir serait sans conséquence, » dit-elle d'un ton froid.

« Oui, oui, certes, » concéda la portoricaine. « Mais je ne suis pas ton coup aléatoire d'un soir Emma… Fin j'en sais rien… Tu t'es endormie dans le même lit que moi et tu n'étais pas là ce matin. Permets-moi au moins de m'inquiéter...

-Je n'arrivais pas à dormir donc je suis allée faire un tour, ça te va comme excuse ? » ironisa la blonde. « Au final, j'ai eu cette idée sur Fiona alors j'ai décidé de venir au poste pour en faire part à Belle. De toute manière, même si on a des résultats, on ne pourra rien faire avant lundi, parce qu'il nous faut un mandat de Victoria.

-Pourquoi… est-ce que tu es sur la défensive ? » s'étonna la portoricaine, sentant son coeur battre la chamade dans sa poitrine.

« Parce que tu m'as clairement dit que ça serait sans conséquence et que tu me fais une scène comme si je te devais quelque chose, Regina, » rétorqua la profiler. « On a peut-être couché ensemble mais je ne pense pas t'avoir promis quoi que ce soit d'autre pour le moment.

-Je te demande pardon ?! » éructa la brune, piquée par sa remarque. « Tu me fais vraiment le coup de la fille qui n'en a rien à foutre ? Alors que je m'inquiétais simplement pour toi quand je me suis réveillée seule ?!

-Je ne te fais pas le coup de quoi que ce soit, Regina, » répliqua la blonde, froidement. « Je te rappelle simplement qu'on s'est entendues sur le fait de ne pas aborder ce sujet avant la fin de l'enquête. Mais laisse-moi aussi te remémorer le fait que tu es revenue dans ma vie, que tu m'as avoué des choses sur notre rupture dont je n'avais aucune idée, mais qui ont quand même pas mal foutu le bordel dans mon esprit, et que tu as amorcé la soirée d'hier. Alors s'il y a bien une personne qui ne doit rien à l'autre, je pense que c'est moi. »

Surprise par sa réponse, Regina essaya de contrôler sa colère du mieux qu'elle le pouvait. Il était très rare qu'Emma Swan ne s'attaque à son interlocuteur ou ne lui adresse des accusations. La seule raison qui pouvait mener à ce genre de comportement de la part de la blonde était la douleur… et l'inquiétude. De toute évidence, la portoricaine était à l'origine de ces deux sentiments dans le coeur de la criminologue. Néanmoins, elle n'avait certainement pas toutes les pièces du puzzle pour réellement comprendre son attitude.

« Tu as raison, » concéda-t-elle calmement.

« Qu… quoi ? » s'étonna Emma, retrouvant instantanément son sang froid.

« Tu as raison sur toute la ligne, » répéta la détective. « Et je suis désolée de t'avoir fait une scène alors que… je n'avais pas vraiment le droit de le faire.

-Euhm ben… je me suis sûrement emportée aussi… » admit la blonde, bouche bée.

« Non, tu as raison, » confirma la portoricaine. « Et je sais que c'était complètement idiot de m'inquiéter ou de réagir ainsi. C'est juste que je te trouve… assez étrange depuis quelques jours.

-Assez étrange ?

-Je sais que l'enquête sur le tueur te frustre pas mal, » reconnut Regina. « Mais j'ai l'impression qu'il y a autre chose qui te tourmente. Sans que je ne parvienne à comprendre ce dont il s'agit. Pourtant, je suis généralement assez douée pour deviner ce qui te tracasse, Docteur Swan. »

Son ton particulièrement calme réchauffa évidemment le coeur de la criminologue, qui se sentie touchée par son évocation. Cependant, elle préféra rester de glace, consciente qu'elle ne devait pas parler de ce qui la tourmentait à son ex-petite amie. Comme le lui avait dit Robin, toute personne au courant était évidemment en danger.

« L'autre truc qui me tracasse se trouve juste devant moi, » mentit la blonde, réalisant que c'était tout de même véridique. Au moins partiellement.

« Ok alors on va se dépêcher de trouver le Lightning Killer et de le mettre derrière les barreaux, » suggéra la brunette, un peu nerveuse à l'idée de se confronter à la jeune femme dans les jours suivants.

« On va espérer que ça se fasse rapidement, » admit Emma. « Je t'avoue que j'en ai un peu marre d'être patiente. Et je pense qu'on a beaucoup de choses à se dire.

-En effet, » concéda la portoricaine, songeuse.

Pour l'heure, elle avait au moins été rassurée quant aux activités nocturnes de la profiler. Cependant, elle appréhendait beaucoup leur future conversation sur leur relation. Si elle caressait l'idée de pouvoir reprendre leur relation, elle réalisait qu'elles avaient bien des squelettes dans leurs placards. Surtout, elle n'aurait jamais imaginé qu'elle pourrait envisager quoi que ce soit de nouveau avec la criminologue. C'est donc particulièrement bouleversée qu'elle choisit de rejoindre son bureau pour continuer à travailler sur le tueur. De toute manière, elle n'avait rien d'autre à faire pour le moment…

17h28

Emma se redressa sur sa chaise, faisant pivoter sa tête afin d'étirer les muscles de sa nuque. Depuis près d'une semaine, elle ne dormait que très peu, accumulant de plus en plus de fatigue. Aussi, elle se sentait constamment harassée, affaiblie, mais aussi très frustrée. Face à elle, assise devant son ordinateur, Regina lui adressa justement un sourire compatissant. Les deux femmes avaient passé l'après-midi à étudier le registre du site de streaming, ne trouvant que quelques correspondances entre les victimes du tueur et les personnes qui suivaient Fiona sur ses réseaux sociaux. Cependant, le technicien qui leur avait remis la liste avait fourni à la détective plus de deux-cent mille références et adresses IP. Elles étaient donc bien parties pour passer la soirée sur le dossier. Toutefois, elles sursautèrent toutes deux lorsqu'un patrouilleur fit irruption dans le bureau de Regina, ne prenant même pas la peine de frapper.

« On a une urgence, sergent Mills, » dit-il, apparemment inquiet.

« Que se passe-t-il ? » s'enquit la détective, peu encline à se charger d'une autre enquête en parallèle de l'affaire autour du Lightning Killer.

« On vient de recevoir un appel de Paméla McMahon, la mère de Fiona, » précisa-t-il d'un ton plus calme. « Elle pense que sa belle-fille a été enlevée par sa sœur…

-Fiona… aurait enlevé sa sœur Serah ? » demanda la brunette, abasourdie.

« Serah devait rejoindre sa mère ce weekend, mais elle n'est jamais venue. Paméla pensait que sa fille avait décidé de passer la fin de semaine en ville, mais elle n'arrive pas à la joindre depuis ce matin, » indiqua le patrouilleur. « Et Serah a fait part à sa mère de ses inquiétudes concernant Fiona. Je pense que c'est grave…

-O… Ok… On va y aller… » bredouilla Regina en se levant, peu certaine de comprendre ce qui était en train de se produire. Il était clair que la streameuse avait eu l'intention de s'en prendre à sa sœur, si elle avait conscience de la rencontre de Serah avec la police.

« Des patrouilleurs sont en route pour la maison de Fiona McMahon et Diana Cooper, mais la mère de Fiona m'a dit qu'elle n'est sûrement pas restée chez elle...

-Est-ce qu'elles ont une autre adresse ? » interrogea Emma, également sous le choc.

« Paméla McMahon dit que sa fille a un chalet à Anmore, au nord de Coquitlam. Elle, elle vit à Princeton. Elle m'a dit qu'elle venait de prendre la route vers le chalet de sa fille mais…

-Envoie-moi l'adresse de leur chalet par message, » ordonna la détective en prenant son arme de service dans le tiroir de son bureau. « On va y aller directement. Il est clair qu'elles ne sont pas restées à Coquitlam…

-Ok mais j'ai demandé à Kristoff et il n'a pas d'unités disponibles… Les seuls patrouilleurs qui pourraient se déplacer ne seront pas là-bas avant deux bonnes heures… » bredouilla l'homme d'un air angoissé.

« Dis leur de se dépêcher, » confirma Regina. « On va rejoindre le chalet de Fiona et essayer d'éviter un nouveau drame en attendant les renforts. Préviens aussi Ingrid et Kelly. Je sais qu'Ingrid passe le weekend chez sa fille à Richmond mais on va avoir besoin d'elle. Ça presse vraiment.

-O… ok… » parvint à articuler le policier avant de disparaître dans le couloir du poste de police.

Pour l'heure, la situation était plus qu'urgente. Emma avait justement récupéré ses affaires, ainsi que l'arme dont elle ne se servait pourtant jamais. Suivant son ex-petite amie vers la sortie du commissariat, son coeur battait la chamade dans sa poitrine. Il se pouvait qu'elles aient enfin un moyen de coincer le Lightning Killer. Néanmoins, elles devaient espérer que Fiona n'ait pas commis l'irréparable d'ici à ce qu'elles rejoignent sa maison secondaire, dans le nord de la région...