Itami était d'une humeur exécrable et Raido le comprit dès l'instant où ses yeux tombèrent sur elle ce matin-là.

-Qu'est-ce qui t'arrive ? voulut-il savoir.

Il la connaissait trop bien pour ne pas la prendre avec des pincettes et faire preuve d'une extrême prudence quand elle faisait cette tête-là.

-Ce conseil tombe terriblement mal, expliqua-t-elle.

Ils avaient appris la nouvelle abruptement : tous les Gokage allaient se retrouver au cours d'un sommet organisé dans les plus brefs délais. Naturellement, cela repoussait tout ce qu'ils avaient prévu. Et, alors que les Jonin n'avaient toujours pas voté, Danzo était Hokage de fait. C'était en tant que tel qu'il allait participer au sommet, et cela la mettait hors d'elle. Le savoir à cette position lui semblait insulter profondément les personnes qui l'avaient occupée avant lui, notamment le Troisième… et Minato.

-Ce n'est pas toi qui nous conseillais de ne pas céder à la précipitation ? rétorqua Raido avec une pointe d'amusement dans la voix.

Elle le foudroya du regard et il déglutit avec inquiétude.

-Sérieusement, parfois tu me fous la trouille, marmonna-t-il.

À sa grande surprise, Itami éclata de rire et la colère disparut de ses traits. Raido leva un sourcil perplexe et elle lui tapota affectueusement l'épaule.

-Imagine ceux qui ne me connaissent pas, pouffa-t-elle.

Raido allait répliquer quand un mouvement dans le coin de son champ de vision le fit tourner la tête. Itami suivit son regard et adressa un coup d'œil interrogateur à Kakashi, qui venait d'arriver. Il avait l'air préoccupé.

-Un problème ? lui lança Itami.

-Sai vient de nous amener Naruto. Il s'est fait cabosser au sujet de Sasuke.

-Pardon ? Par qui ?

-Des ninjas de Kumo. Raido, tu nous excuseras.

Sans lui laisser le temps de répondre, Kakashi attrapa Itami par le bras et l'entraîna à sa suite. En marchant, Kakashi reprit :

-Sasuke s'en est pris au Jinchuriki de Kumo.

-L'imbécile, grogna Itami.

-Naruto veut profiter du sommet pour demander au Raikage de lui pardonner. Mais il y a encore autre chose : il est persuadé qu'Akatsuki utilise Sasuke.

-Il n'a probablement pas tort. Quand bien même, et alors ? Sasuke ne veut pas être sauvé.

-Ce n'est pas le problème. Il nous a rappelé que le type au masque tire les ficelles. Yamato et moi, nous avons un peu réfléchi à la question. Cet homme n'est pas n'importe qui : nous avons vu qu'il porte un Sharingan, et si le Quatrième a dit vrai, il était derrière l'attaque de Kyubi il y a seize ans. Il n'y a qu'un seul Uchiha qui pourrait convoquer le démon-renard.

-Kakashi, tu n'y penses pas ? Madara Uchiha est mort depuis belle lurette.

-Avec lui, tout est possible. Y compris qu'il soit encore en vie.

Itami secoua vivement la tête.

-Je n'arrive pas à y croire.

-Je pense tout de même que nous devons en parler au conseil. Yamato est d'accord avec moi… et Naruto est ravi, bien sûr.

-C'est trop dangereux pour lui.

-Pas si nous l'escortons. Viens avec nous, Itami.

Elle soupira. Une fois que Kakashi avait une idée en tête, il était difficile, voire tout bonnement impossible, de le faire changer d'avis. La meilleure façon de garder un œil sur leur entreprise hasardeuse était probablement de les suivre.

-D'accord, accepta-t-elle avec reluctance. Je viens avec vous au sommet des Gokage. Mais je reste persuadée que vous jouez avec le feu, Kakashi.

-Oh, je t'ai connue plus téméraire, la taquina-t-il.

-Je crois que je me fais vieille, sourit-elle. Bon, quel est ton plan ?

-Yamato va planter un mouchard sur les ninjas de Kumo. Nous les filerons jusqu'au Raikage.

-Danzo a Naruto à l'œil ; il ne le laissera pas partir comme ça.

-Exact. Sai m'a confirmé faire des rapports à Danzo, mais je pense que nous pouvons le convaincre de se taire au sujet du départ de Naruto. Par contre, il est possible que Danzo prenne ses précautions et le fasse également surveiller par des hommes de la Racine.

-Alors on les élimine, et ensuite on file.

-C'est exactement ce que j'allais proposer.

Ils échangèrent un sourire de connivence et, l'instant d'après, ils avaient disparu.


Sans soupçonner la présence d'un mouchard, les ninjas de Kumo les menèrent jusqu'au Pays du Fer, où leur filature se poursuivit à travers le froid, le vent et la neige. Malgré leur cape, les quatre ninjas de Konoha frissonnaient dans le blizzard.

-Une autre équipe vient à leur rencontre, annonça soudain Itami.

-Halte ! ordonna Kakashi. Combien sont-ils ?

-Trois.

Ils allèrent se dissimuler derrière des rochers, à bonne distance des six autres ninjas mais assez près pour entendre ce qu'ils pouvaient se dire.

-Bingo ! se réjouit Itami à voix basse. C'est le Raikage.

Les autres n'eurent pas le temps de lui répondre. Là-bas, un ninja s'était brusquement retourné dans leur direction, le visage dur :

-Samui, vous avez été suivis. Montrez-vous, vermines de Konoha !

Kakashi marmonna un juron indistinct puis échangea un regard avec Itami, qui, résignée, haussa les épaules. Sur un signe de Kakashi, et d'un même bond, ils sortirent de leur cachette pour atterrir devant le groupe de Kumo. L'équipe Samui, furieuse, reconnut aussitôt Naruto mais, à côté d'eux, leurs compagnons avaient surtout noté la présence des autres :

-Patron… La fille, c'est Itami Namikaze. Et à droite, c'est Kakashi Hatake.

-Je suis au courant, grogna le Raikage, qui les avait reconnus – on avait entendu parler de la sœur du Quatrième Hokage et du ninja copieur bien loin de leur village d'origine. Êtes-vous là au nom du Hokage ? leur lança-t-il.

-Certainement pas, répliqua Itami. Nous sommes là pour vous demander une faveur. Naruto Uzumaki, de Konoha, souhaite vous exposer une requête.

-Eh bien, parle, l'enjoignit le Raikage.

Naruto n'hésita qu'à peine avant de parler, l'air résolu :

-Je vous demande de revenir sur votre ordre d'éliminer Sasuke Uchiha !

À l'exception du Raikage, dont le visage resta impassible et fermé, les ninjas de Kumo eurent l'air outré. Itami posa sa main sur l'épaule de Naruto pour l'encourager à poursuivre.

-Sasuke est mon ami et je ne peux pas rester sans rien faire pendant qu'il se fait tuer ! Et je ne veux pas non plus que sa mort cause une guerre entre Konoha et Kumo. Je ne veux pas voir mes camarades ou les vôtres guidés par la vengeance.

Le Raikage garda le silence une seconde puis, durement, froidement, lâcha une poignée de mots à l'attention de ses subordonnés :

-Allons-y.

Et ce fut tout. Juste comme ça, il avait décidé que c'en était assez, qu'il en avait assez entendu. Et sans même une explication, sans un mot de plus, il avait décidé de refuser. Naruto pâlit et se laissa subitement tomber à genoux :

-Je vous en supplie ! s'écria-t-il. Je veux simplement que les gens cessent de s'entretuer par vengeance ! C'est tout ce que Sasuke a toujours voulu : la vengeance. Il est tellement devenu obsédé par cette idée qu'elle l'a changé, jusqu'à ce qu'il ne soit plus l'homme que j'ai connu. Je ne veux plus voir les gens devenir ainsi et je ne veux pas que Konoha et Kumo s'entretuent. Alors… Je vous en prie…

À quatre pattes dans la neige, la tête inclinée devant le Raikage, Naruto suppliait, les larmes aux yeux. N'importe quelle personne avec un cœur se serait au moins émue d'une telle supplique, mais pas le Raikage. Il n'eut qu'un regard de mépris pour Naruto, puis leva les yeux vers les trois adultes qui l'accompagnaient.

-Nous éliminerons Sasuke Uchiha, déclara-t-il sévèrement.

Itami serra les dents mais ne broncha pas, et Kakashi garda son expression habituelle, impassible ou presque, de sorte qu'il était impossible de savoir quelle était sa réaction. De façon surprenante, ce fut Yamato qui prit la parole, calmement, mais avec une menace à peine voilée dans la voix :

-Nous n'avons pas oublié l'incident au cours duquel vous avez essayé d'obtenir le Byakugan des Hyuga. Nous avons ravalé nos larmes pour éviter la guerre, une guerre dont vous aviez semé les graines. N'oubliez pas que vous devez la vie à notre sacrifice.

-Et maintenant, poursuivit Kakashi sur le même ton délibérément posé, vous avez devant vous un jeune shinobi qui s'abaisse à vous supplier, même maladroitement, pour le bien de nos deux nations. Alors, en tant que Kage, quelle est votre réponse ?

-Je pense qu'un ninja ne devrait jamais s'abaisser ainsi ! Les ninjas respectent la force, pas les supplications. Et notre histoire s'est écrite sur une succession de guerres. La seule vérité du monde ninja, c'est que les faibles sont piétinés. Nous n'avons de cesse de nous entretuer pour obtenir les jutsu les plus puissants. Et maintenant, tu te prosternes pour un criminel, tu demandes ma pitié pour tes camarades… Ce n'est pas ce que j'appelle de l'amitié chez les ninjas !

Les mots résonnèrent au-dessus de la plaine enneigée, chargés de jugement, de sévérité et d'une résolution inébranlable. Le Raikage tourna les talons sèchement, suivi par ses hommes, et, apparemment, s'éloigna sans même un regard en arrière. Furieuse, Itami se précipita vers Naruto et le prit par le bras pour le hisser sur ses pieds :

-Relève-toi, Naruto ; il est parti.

-Et maintenant ? demanda le garçon avec une note de désespoir dans la voix.

Itami le regarda longuement, de la tristesse dans les yeux, sans savoir quoi lui répondre. Elle n'avait pas vraiment cru que s'adresser au Raikage était une bonne idée et n'avait pas vraiment eu l'espoir qu'il écouterait Naruto. Mais elle ne s'était pas non plus attendue à une telle froideur face à un acte aussi sincère, aussi altruiste, aussi pur.

-Kakashi ? appela-t-elle en se tournant vers lui.

-Je regrette, pour Sasuke. Mais il n'était pas la seule raison de notre présence ici, Naruto.

-Exact, renchérit Itami. Nous devons penser à l'homme qui tire les ficelles d'Akatsuki. Le Conseil ne va pas tarder à commencer ; nous ne pouvons pas rester ici.

Naruto gardait la tête baissée, le regard vide. Il avait échoué. Kakashi échangea un regard peiné et un peu gêné avec Yamato. Itami pinça les lèvres et se pencha vers son neveu :

-Écoute-moi bien, Naruto. Tout n'est pas encore perdu pour Sasuke. D'abord, les Jonin n'ont toujours pas approuvé la candidature de Danzo…

-Grâce aux bâtons que tu lui as soigneusement mis dans les roues, sourit Kakashi.

Itami roula des yeux et poursuivit en l'ignorant :

-Mais il compte sûrement sur le Conseil pour asseoir sa légitimité. Nous ne pouvons pas le laisser faire, mais il est hors de question de débouler au milieu du Conseil.

-De toute façon, ça ne règlerait pas la question de Kumo, maugréa Naruto.

-C'est juste, admit Itami. Mais se pencher sur Akatsuki, peut-être. Sasuke n'est vraisemblablement qu'un pion. Nous devons trouver qui le manipule, qui est derrière l'organisation. Et nous devons prouver nos intuitions. Voilà ce qui pourra jouer en la faveur de Sasuke.

Naruto leva des yeux embués vers elle puis, après un instant d'hésitation, se mit à hocher vigoureusement la tête, le poing serré avec un enthousiasme renouvelé :

-Oui ! Tout n'est peut-être pas encore perdu !

-Pour l'instant, intervint Kakashi, il se fait tard, et le Conseil doit être en train de commencer. Trouvons une auberge où passer la nuit.

Yamato et Itami approuvèrent d'un signe de tête et, de nouveau résolu, Naruto leur tourna le dos et fila en direction du village qu'ils pouvaient apercevoir plus loin sur la route. Alors qu'Itami s'apprêtait à lui emboîter le pas, Kakashi referma la main autour de son poignet pour la retenir.

-Itami…

-Je sais. Nous ne pouvons pas nous permettre qu'une guerre éclate entre Konoha et Kumo. L'échec de Naruto… Si nous devons en arriver là, nous devrons nous débarrasser de Sasuke nous-mêmes. Parce que si Kumo devait le tuer, Naruto ne restera pas sans rien faire. Il foncera tête baissée et, sans le vouloir, il entraînera tout le village dans la guerre. Alors oui, Kakashi, je sais. J'égorgerai moi-même Sasuke si cela sauve notre village d'une guerre comme celle que nous avons connue enfants.