Narrateur : Hikari

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Le monde de rêve virait au cauchemar, et je sentais au fond de moi que tout le monde allait ressortir de cette guerre avec des séquelles irréversibles. Aurions-nous du finalement sortir du Quindecim ? Nous étions si bien, isolés du monde, vivant nos propres rêves, nos propres joies, et nos propres aventures. Pourquoi avions nous choisi de quitter cet havre de paix pour vivre tous les tourments imposés par Zetsubô ?

Daisuke avait perdu la raison, sous l'emprise de ses tourments. Il nous avait tous blessés, avait failli mourir dans le procédé...Il avait failli me tuer, presque vaincu Louis qui tentait d'arrêter sa folie. Laetitia été dans un état critique, Erika, Esteban et Sylvio également...Il ne restait du Quindecim que les ruines d'une amitié dévastée par des tourments personnels.

Que devais-je faire ? Je n'en savais rien. Dis-moi, July, comment aurais-tu réagi face à cette situation à laquelle nous faisions face ? Nous combattions ta fatalité ensemble en nous réfugiant dans ce monde de rêve et d'abstraction, et nous y trouvions notre bonheur, mais maintenant, même moi je n'avais plus la force de rêver à quoi que ce soit. Je n'avais plus la force de me battre, ni de vouloir créer un lendemain meilleur. J'étais désespérée. Tout simplement.

Autour de nous s'étaient rassemblés toute l'équipe des combattants de l'espoir. Les amis de Kôsei qui nous avaient combattu il y a quelques heures avaient remporté la victoire, mais j'avais le sentiment que quelque chose clochait. Il ne restait plus aucun obstacle entre leur objectif et l'aboutissement de ce dernier, mais ils ne semblaient pas reposés. Il restait avec nous Reisuke, son frère Hiroki, Hakaze, et Cécilia la sœur de Daisuke qui était actuellement inconsciente. Jessica et son homologue du futur étaient parties, et Erika n'était pas encore revenue.

- Hi...kari…Murmura péniblement Daisuke, qui se reposait sur mes genoux. J'ai besoin...de ton aide.

J'eus un sursaut de surprise, je lançai un regard inquiet à mon ami avant de reprendre.

- Daisuke ! Il ne faut pas que tu fasses d'effort. Repose-toi…

- Je suis désolé...De t'avoir fait du mal...Je voulais simplement que tout le monde soit heureux...Même toi...Tu ne te serais pas souvenue de ce mal...Si j'avais réussi…

- Ne t'en fais pas...Murmurai-je. Je pensais comprendre ce que tu ressentais, mais au fond, tu étais malheureux toi aussi. Je te pardonne, Daisuke.

- Mais...Il faut que tu m'aides. Je sens que Kôsei est en danger. Aide moi à m'y rendre...Je t'en supplie…

J'eus un instant d'hésitation. Était-ce sage de supporter Daisuke mal en point et risquer sa santé juste pour l'amener à Kôsei ? Je ne voulais pas mettre en danger mon ami plus qu'il ne s'était risqué auparavant...Mais au fond, avais-je vraiment le droit de lui enlever ce choix ? Si Daisuke avait pris ce virage, c'était certainement parce que personne n'était assez attentif à ses émotions. Je ne pouvais plus nier son choix désormais que je savais que certaines choses étaient importantes pour lui.

Ainsi, nous échangeâmes un regard, me laissant constater son regard presque suppliant. Il n'en fallut pas plus pour me convaincre. Je me levai et attrapai le leader du Quindecim pour le supporter et l'aider à marcher, et ensemble, nous nous rendîmes à la dernière salle de l'Underground.

Lorsque nous entrâmes dans la seconde salle intermédiaire, nous fîmes face à un obstacle imprévu. Un tas de parpaings semblait être tombé du plafond pour former une masse infranchissable qui nous empêchait de passer. Je grimaçai. Je n'avais plus assez de force pour pouvoir dégager ce tas, et Daisuke était plutôt mal en point également. Il allait nous être impossible de passer.

- Je vais essayer...Bégaya Daisuke, faible. Il faut que l'on passe.

- C'est inutile...Repris-je. Daisuke, tu n'as plus la force de te battre. Retournons sur nos pas et demandons à quelqu'un de nous dégager le che –

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase que quelqu'un propulsa une énergie intense de nulle part qui s'abattit sur les parpaings avant de tout simplement les désintégrer en un gros nuage de poussière. Je me retournai, et constatai que cette personne était en fait deux personnes. Deux fois la même personne. Jessica et Juuni. Cette dernière semblait furieuse. Elle me dévisageait avec une animosité profonde, comme si elle allait me tuer sur place.

- Vous avez trois secondes pour dégager de ma route sinon je vous bute. Grogna-t-elle à mon intention.

Je me reculai instinctivement pour éviter d'avoir affaire à cette furie. Une fois hors du passage, elle prit la route vers la dernière salle, sans même me regarder. Jessica qui la suivait me lança un regard furtif avant de prendre la parole rapidement.

- C'est pas contre toi ma poule. Dit-elle inquiète. Chiaki a soudainement été entraînée à l'intérieur, et ça présage rien de bon tavu.

- Et Kôsei… ? Lâcha Daisuke. L'as-tu vu ?

Jessica se mordit la lèvre et nous invita à la suivre. Nous nous exécutâmes, Daisuke et moi, et enfin, nous pénétrâmes la dernière salle de l'Underground. Cella dans laquelle se trouvaient Kôsei, Arata, Chiaki, Laila, et Erika.

Mais je ne m'attendais pas à trouver un tel spectacle en arrivant dans cet espace.

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Il y avait eu une bataille ici. Cela se voyait à ce décor massacré par des impacts multiples et des traces de sang répandues sur les murs, ainsi qu'au sol qui était irrégulier et différent de celui de base. Mais ce n'était pas ce qui me choqua. Non, un spectacle bien plus funeste nous attendait, celui de deux corps, étendus au sol. Deux jeunes hommes dont les dépouilles étaient face contre terre, lacérées de toutes parts, baignant dans leur propre sang. Leur peau et leurs habits étaient déchirées par je ne savais quelle attaque.

Daisuke me lâcha et courut vers ces corps, et sans prêter la moindre attention à ce qui se trouvait autour de nous, je fis de même. Les battements de mon coeur s'accélérèrent tandis que je me dirigeais avec hâte vers cet affreux spectacle. Et lorsque j'y arrivai, mon coeur me fit encore plus mal.

Les deux dépouilles étaient celles de Kôsei et d'Arata. Toutes deux étendues sur le sol, identifiables uniquement grâce à leur coiffure, étant donné que la seule partie de leur corps épargnée par ce qu'ils avaient subi était leur main droite, encastrée l'une dans l'autre, se serrant encore très fort.

Daisuke se laissa tomber, les genoux sur le sol. Des larmes coulèrent le long de ses joues tandis qu'il lâcha un hurlement de tristesse et de désespoir comparable au cri d'un animal meurtri par la douleur. Il se jeta sur la dépouille de son ancien maître et la secoua encore et encore en lui criant de revenir à lui, mais tout ce qu'il obtint en réponse fut des éclaboussures de sang propulsée directement sur son visage.

Je m'accroupis et priai pour le chef de notre Underground ainsi que notre ami Arata, chanteur solitaire aux grands rêves. Puis je me retournai. Je ne pouvais plus voir ce spectacle macabre. Je considérai alors les environs. Le responsable de chaos n'était autre que Zetsubô, qui, semblant revenu à la vie, nous dévisageait avec le sourire moi et mon ami. Entouré d'une épaisse barrière protectrice, il semblait apprécier notre souffrance tandis qu'à quelques mètres de lui se trouvaient Erika et Laila, livides. Les deux princesses semblaient figées dans le temps, les yeux mortifiés, et ne réalisant vraisemblablement pas ce qu'il se passait.

Et plus loin, il y avait Juuni, portant dans ses bras le corps inerte de sa fille, Chiaki. Était-elle, elle aussi, morte ? Je ne pouvais le confirmer, mais à première vue, elle ne semblait pas avoir été touchée par l'attaque de plein fouet. Je la sentais encore vivre, mais loin de reprendre connaissance.

Le silence fut brisé par Jessica. Pour la première fois depuis que je la connaissais, depuis que je la surveillais comme le m'avait demandé Daisuke, je la vis pleurer. Son visage était gonflé par les larmes, affichant une haine incommensurable envers Katsuo Yamada, le désespoir.

- Tu as signé ton arrêt de mort, Yamada ! Lâcha-t-elle aussi agressive qu'un animal sauvage en désignant l'homme aux cheveux noirs du doigt. Je te promets que je vais te buter !

- Miss Leocaser est donc triste d'avoir perdu son camarade ? Rit le désespoir. Je suis touché d'avoir pu percer cette coquille que tu te forges. Désespère et rejoins mon camp, écrase ce monde injuste.

Jessica grogna. Elle se dirigea d'un pas lourd vers Zetsubô qui attendait avec impatience la confrontation, mais elle fut stoppée. Une femme se mit entre elle et le désespoir, déployant son bras pour stopper la blonde. Cette femme, c'était Laila. La leader de Yume-Nikki se tenait devant le désespoir. Je ne voyais pas ses yeux, mais je pouvais constater sur ses joues une trace noire de maquillage humide, me laissant deviner qu'elle aussi avait versé de nombreuses larmes.

- Reste en dehors de ça, Jessica. Lui dit la femme, glaciale. C'est à moi de régler ça.

- J'aurai la peau de ce fumier ! Hurla Juuni portant sa fille. Il m'a pris mon mari et ma fille, je ne serai pas tranquille tant qu'il ne sera pas mort !

La leader se retourna vers les deux Jessica. Ses yeux gonflés ne reflétaient plus de la tristesse, ni de l'indifférence, mais une haine profonde. Un regard dénué de vie et motivé uniquement par de la violence, la mort elle-même qui se reflétait dans ses iris.

- Juuni, tu emmènes Chiaki à l'hôpital dans les plus brefs délais. Reprit-elle. Je te jure sur ma vie que j'enterrerai Katsuo Yamada quoi qu'il m'en coûte.

Puis elle utilisa son pouvoir, droit sur Juuni et sa fille, qui disparurent en quelques secondes, avant de se retourner vers Katsuo Yamada. Toujours aussi haineuse, elle reprit.

- Affrontons-nous ici et maintenant. Je n'ai plus aucun intérêt pour ton pouvoir, pour le sort de ce monde, pour les sacrifices nécessaires à ta chute, je veux uniquement verser ton sang pour apaiser les cris de mon âme.

- Toute cette haine pour deux vulgaires adolescents...Soupira Zetsubô. De plus, l'un d'eux était mon serviteur, c'est moi qui devrais le pleurer, ne trouves-tu pas ?

- Tu sais très bien ce que tu m'as pris. Grogna la femme. Tu m'as à la fois le seul homme pour lequel j'ai éprouvé des sentiments dans cette misérable existence, ainsi que mon fils unique, que j'ai élevé dès le plus jeune âge. Et pour ça, je te tuerai, puis je te ramènerai à la vie pour te tuer encore et encore…

Laila s'approcha du désespoir, utilisant son pouvoir afin de briser d'une seule main la barrière protectrice qui le tenait à l'écart. Zetsubô fut interpelé par ce gain soudain de puissance, mais cela ne m'étonnait pas. Laila Yamada devait être la plus proche de l'ultime désespoir en cet instant même, cela se voyait à l'oeil nu.

Mais quelqu'un d'autre se mit à se mouvoir. Une personne inattendue qui vint s'interposer entre la princesse du désespoir et Zetsubô.

- Je suis désolée...Soupira la voix aigue de l'Australienne. Notre combat n'est pas encore terminé, Laila.

- Écarte-toi tout de suite, Erika. Ou je te tuerai ici et maintenant.

La femme n'eut pas le temps d'exécuter sa menace. Erika avait profité de ces paroles pour projeter un puissant sort furtif. Un impact de couleur azur qui vint s'écraser sur la femme aux cheveux corbeau qui grimaça de douleur quand elle se le prit. Rassemblant sa force, elle trouva le moyen de donner un coup de poing fulgurant à Erika qui se fit écraser sur le sol, sous nos regards ébahis, en particulier Jessica qui resta bouche bée devant l'attitude de la blonde. Le sort cessa de fonctionner. La princesse du désespoir se rua sur Katsuo, chargeant une énergie mauve de très grande puissance, puis elle tenta de s'écraser sur lui.

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Mais lorsque l'impact tenta de s'abattre sur Zetsubô, il fut simplement bloqué par un mur translucide qui se construit à la vitesse de l'éclair entre le désespoir et l'attaque de Laila. Un mur de vitres...Non...De glace. C'était un mur fait de glace. Quelqu'un était dans les parages et venait de protéger Zetsubô. Mais alors que j'allais me demander de qui il s'agissait, une voix grave résonna dans l'espace.

- Seikoori no Mahou, Nekroz. Dit la voix. Gungnir.

Nous fûmes tous littéralement abasourdis par cette voix familière et ce pouvoir on ne peut plus familier qui venait de nous interrompre. Une ombre épaisse apparut de nulle part, provenant sans doute de l'entrée de la salle, pour venir frôler toutes les personnes présentes dans l'espace et venir s'arrêter devant Zetsubô. Lorsque la sombre masse prit sa forme humaine, la glace se désintégra, et nous pûmes voir ce que nous redoutions. C'était une trahison. Une trahison pure et simple.

- Eh le vieux...Bégaya Jessica, abasourdie...T'es du mauvais côté, il est derrière toi le salopard à buter.

L'homme aux courts cheveux noirs, au regard vert perçant, et aux rides lui creusant un peu le visage ne répondit pas. Mais c'était compréhensible. Qu'aurait pu dire Soichiro Namatame après un tel geste ?

- Même si je dois t'éliminer pour passer, je le ferai. Grogna Laila. Ecarte-toi Soichiro. Je ne sais pas à quoi tu joues, mais tout ce qui t'attend est la mort si tu restes sur mon chemin.

Soichiro, muet, déclencha un sort qui fit apparaître en une seule seconde des tas de pics glacés qui sortirent du sol. Laila eut a peine le temps d'esquiver, suivie par Jessica qui elle aussi s'extirpa de justesse. La femme tenta te revenir à la charge, avant d'être bloquée tout simplement par un miroir Nekroz généré par l'homme d'âge mûr. Ce dernier se tourna vers Zetsubô.

- Je ferai en sorte qu'aucune de ces personnes ne vous atteigne, maître. J'éradiquerai toute menace à votre règne. Partez dans les terres du désespoir et regardez votre ultime serviteur accomplir votre œuvre.

- Bien. Sourit Katsuo. Dans ce cas, je me permets de donner rendez-vous aux survivants dans les terres du désespoir. Nous aurons là-bas notre ultime combat, retransmis au monde entier, afin que je prouve à tous que le monde appartient à Zetsubô. Tentez de venir me voir si vous arrivez à vaincre mon serviteur.

Le désespoir se tourna tandis que Laila et Soichiro reprirent leur affrontement. Il ouvrit un portail dans lequel il s'engouffra, sans même prendre le temps de le refermer derrière-lui, comme invitant le reste du monde à le suivre. La femme aux longs cheveux noirs tentait de s'y approcher, mais l'homme s'interposait toujours entre elle et son objectif. Ainsi furent posées les pierres d'un affrontement entre les deux puissances.

Mais je remarquai quelque chose à mon tour. Erika Kurenai, que Soichiro et Laila ne semblaient même pas remarquer, voulut se faire discrète pour suivre Zetsubô dans le portail. Elle se faufila discrètement entre ruines et parpaings jusqu'à l'entrée, mais Jessica se jeta sur elle, l'écrasant quelques mètres plus loin contre le sol, sous son propre poids, avant qu'elle ne le fasse.

- Toi ! Hurla-t-elle en retenant ses larmes. Je ne te pardonnerai jamais ce que tu as fait !

- Ecarte toi Jessica. Reprit la princesse de l'espoir, glaciale. Tu ne sais pas ce que tu fais.

- Oh que si je le sais sale pute ! Rétorqua Jessica, furieuse. Tu as trahi Reisuke pour le pouvoir, tu as affronté Laila pour tuer Kôsei, et encore maintenant tu as tenté de te débarrasser d'elle pour te ranger aux côtés de Katsuo !

Erika ne trouva rien à répondre. Jessica, déchaînée, lui donna un coup de poing en plein dans la figure, faisant grimacer la princesse de l'espoir sous la douleur. L'effrontée reprit la parole en saisissant l'autre par le col de son Tee-Shirt.

- Je te pensais bien mieux que ça...Vraiment, tu me donnes envie de gerber. Je vais te montrer ce qu'il en coûte de trahir les personnes que j'aime.

- Et que vas-tu me montrer, sans tes pouvoirs, Jessica Leocaser ? Ricana Erika. Écarte-toi avant que je ne te fasse taire pour de bon.

Jessica luisit d'une lumière blanche qui entoura son corps complet, tandis que sous l'effet de sa puissance se manifestant, sa chevelure flotta dans les airs. La jeune fille reprit en dévisageant l'autre.

- J'appelle le pouvoir du gardien de la porte des étoiles ! Akulia, ramène-toi on va botter le cul de la traîtresse !

J'entendis un grognement qui sembla soulever les cieux eux-mêmes tandis que l'espace tremblant faisait même perdre leur équilibre à Soichiro et Laila qui ne s'arrêtèrent même pas pour le remarquer. Puis je vis un dragon de taille moyenne passer à vive allure, faisant mine de percuter Jessica et Erika qui disparurent ensemble dans de fines particules de lumière qui les emporta je ne savais où.

Mon regard se braqua sur Soichiro et Laila, alors que Daisuke, lui, perdait encore son regard sur le cadavre de Kôsei sans même prêter attention à ce qui se déroulait sous nos yeux. L'homme prit la parole à l'intention de Laila qui restait sur ses gardes.

- Le projet Rising Hope arrive à son terme. Lâcha-t-il. Je me chargerai de mettre fin à ce projet une fois que je me serais débarrassé de toi.

- Je ne chercherai pas à savoir ce qui t'anime. Je vais t'écraser et tuer ton maître.

La femme se jeta sur l'homme qui cette fois, contint difficilement les attaques du désespoir. Chaque fois qu'il essayait de riposter, ses traînées glaciales étaient déviées par une sorte de vitrail qui semblait recouvrir la princesse du désespoir. Il semblait impossible pour Soichiro Namatame d'atteindre la femme avec des attaques de glace qui n'infligeaient aucun contact direct sur les vitres et se faisaient dévier comme de la vulgaire averse. Lorsqu'elle contre-attaqua, l'homme se prit toute la puissance de la haine de la femme jusqu'à se faire propulser contre le mur. Il se releva péniblement, tandis que son adversaire ne se fit même pas attendre et voulut se jeter dans le portail ouvert par Zetsubô...Mais elle fut stoppée de nouveau...Et pas par de la glace cette fois.

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Une traînée de flammes fut projetée entre la femme et le portail, et devint une grosse flamme en une fraction de secondes, ce qui eut pour effet de ralentir Laila. La femme se tourna vers Soichiro, le regard abasourdi parce qu'il venait de faire, lui, qui utilisait la glace, et cette fois, je compris ce qu'il en résultait.

Les cheveux noirs de Soichiro avaient tourné au gris tandis que ses rides s'étaient encore plus creusées sur son visage. Une longue cape lui était apparue dans le dos tandis que son aura était soudain devenue ténébreuse. Dans l'une de ses mains flottait une flamme rougeoyante, au-dessus de l'autre un épais morceau de glace dans lequel se reflétait Laila.

- Qui aurait cru que mon père m'aurait laissé un cadeau avant de mourir...Soupira Soichiro. Il m'avait dit que ma force surpassait la sienne car je protégeais les miens...Et maintenant je me retrouve avec mes pouvoirs et les siens en plus…Très bien Laila, tu peux tenter de passer ces flammes, mais tu n'en sortiras pas vivante. La seule manière d'éteindre ce feu est de me vaincre.

La femme eut un instant d'hésitation. Elle fixa l'homme impassible du regard, sûrement pour déceler s'il bluffait ou non, mais moi-même qui était plutôt fine observatrice je ne pouvais rien déceler. Alors elle se mit en garde, prête à combattre, mais un autre gros « Boum » se fit entendre au loin avant qu'elle ne puisse le faire.

En quelques secondes, il nous rejoint à son tour. A vrai dire, je l'attendais tôt ou tard alors je n'étais pas surprise. Il passa furtivement, comme une ombre assoiffée de bataille, et s'arrêta devant Laila. Il la prit par le col, la soulevant de quelques centimètres dans les airs, laissant apparaître sur son visage une expression de sadisme prononcée qui me glaça le sang l'espace de quelques secondes.

- De quoi as-tu peur, grande sœur ? Lâcha-t-il défiant. Ce n'est pas une pauvre flamme qui va te faire peur. Pars devant je te rejoins dès que j'en aurai fini.

Et sur ces mots, Hiroki se contenta de jeter sa sœur dans la flamme qu'avait créé Soichiro, sans être inquiété par le fait de savoir si elle allait survivre à cette puissance et si elle allait pouvoir accéder au portail sans mourir avant cela. Il tourna ensuite son regard vers l'adversaire de sa sœur, avant de sourire franchement face à lui.

- Salut mon père adoptif. Ricana Hiroki. Eh bien, t'as décidé de porter la cape du méchant ? Ca ne te va vraiment pas tu sais. Qu'est-ce qu'ils en diront côté esprits du duel ?

- Je n'ai aucun compte à te rendre, gamin. Répondit Soichiro qui ne mordit pas à la provocation. Mes ambitions ne te regardent pas.

- Cela me brise le coeur ~ Enchérit le brun en feignant des larmes. Je pensais que nous partagions un lien de père et fils, et finalement nous ne sommes que deux étrangers. Eh bien...Je me sentirai moins coupable quand je t'aurai buté !

Le jeune homme qui m'avait vaincue se jeta sur l'ultime guerrier du désespoir. Il claqua au sol une pierre dont j'ignorais les propriétés, puis il luisit d'une lueur intense avant de laisser apparaître dans ses mains une arme semblant si lourde et difficile à manier que je ne comprenais pas comment il pouvait la porter. Pourtant, l'épée Moralltach semblait très puissante, et lorsqu'il la fracassa sur l'homme, elle provoqua un impact d'une puissance colossale. Cependant, elle fut stoppée nette avant de s'y écraser. Stoppée non pas par Soichiro, ni par ses pouvoirs, mais par une personne tierce. Le sceptre blanc d'une femme à la robe blanche et aux yeux rouges, habillée de bijoux me rappelant étrangement ceux portés par Athéna, la générale des armées du monde des esprits du duel, et pour cause, celle s'étant interposée n'était autre que Hakaze Namatame, la fille de Soichiro Namatame, héritière des pouvoirs d'Athéna. Cette dernière, dont la chevelure avait viré au blanc et le teint au pâle, repoussa celui qui était son compagnon d'un coup de sceptre avant de lui lancer un regard glacial en restant aux côtés de son père.

- Eh bien, ricana Hiroki. Je vois que tu as choisi ton camp toi aussi, Hakaze ~ Tu défends Zetsubô maintenant ?

- Je me range simplement aux côtés de mon père. Lui rétorqua Athéna, glaciale. Peu importe la route qu'il choisit, il reste mon seul et unique, et je me dresserai contre toi si tu portes atteinte à sa vie.

- Même si cela signifie me tuer ? Es-tu capable de sacrifier le père de ton fils pour sauver le tien ?

- Ton destin est déjà écrit. Je t'ai tué une fois dans le futur, je peux très bien recommencer.

- Vous m'en voyez désolé dame Hakaze, retentit une voix grave dans l'espace, mais cela sera sans ce petit coeur de moi.

Quelque chose s'échappa de la poitrine de Hakaze. Cette chose prit rapidement la forme d'un humain. Un chevalier blond aux yeux verts, dans une armure de fer ornée de décorations rouges et d'un soleil sur le buste. Une longue cape pourpre s'accrocha à lui qui planta son épée dans le sol en dévisageant la femme, et en restant aux côtés de Hiroki.

- Je me mettrai entre vous et de Messire Hiroki. Dit le chevalier noble, contrarié par la tournure des choses. Même si vous êtes ma maîtresse, je ne puis agréer à une telle couardise.

Le tableau était peint. Soichiro et sa fille contre Hiroki et son camarade chevalier noble. Je serrai mon pendentif en murmurant une prière, puisque rien de bon ne pouvait découler d'un tel affrontement. Quatre membres d'une même famille ne devaient pas se livrer bataille de la sorte. Surtout en de telles circonstances.

Pourtant, cela ne semblait déranger aucun des protagonistes. Chacun combattait pour une raison qui lui était propre, et finalement, ils étaient inarrêtables.

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- Seikoori no Mahou, Nekroz. Dit Soichiro. Unicore.

Dans la main de l'homme d'âge mûr apparut un trident semblable à celui qu'arborait le monstre de duel Nékroz d'Unicore. Hakaze, elle, retourna son sceptre, dévoilant la pointe d'une épée, tandis que Medraut et Hiroki, eux, dégainèrent la leur. Ils restèrent tous en arrêt quelques secondes, puis ils se lancèrent tous à l'attaque.

Hiroki fut le plus rapide d'entre eux. Ne calculant aucun détail, aucun danger, il avait déjà soulevé la monstrueuse épée Moralltach pour attaquer Soichiro qui grâce au trident d'Unicore accompagné d'un peu d'énergie magique, réussit à contenir l'attaque de l'homme. Ce fut sans compter sur Medraut qui apparut derrière Hiroki, comme bondissant de son ombre, pour s'en prendre au patriarche. Cependant, sa progéniture contre attaqua à son tour, forçant Medraut à parer le coup de sceptre en le contenant avec son épée. Hiroki grimaça, tandis que Medraut, agacé, l'attrapa par le bras afin de le faire basculer vers l'arrière. L'emprise sur Soichiro fut relâchée, le laissant faire apparaître un cercle de glace duquel il sortit une autre arme d'Unicore.

- Noble arm ! Cria Medraut. Caliburn !

L'épée grise aux reflets translucides de couleur bleu se matérialisa dans l'arme du chevalier noble qui se lança avec elle à corps perdu dans un duel à l'épée acharné contre l'homme, suivi par Hiroki qui, cette fois, avait matérialisé l'armure Caducée artéfact afin de pouvoir s'interposer entre Medraut et les attaques qu'il allait prendre. Ainsi, Hiroki put repousser d'un puissant geste l'attaque de Hakaze, tandis que Medraut, lui, put s'attaquer à Soichiro qui tenta malgré tout de repousser l'attaque du chevalier noble. S'en suivit un duel entre les deux hommes tandis que Hiroki, lui, contenait avec succès les attaques de l'Athéna actuelle, tout en la repoussant d'un puissant coup de Moralltach lorsqu'elle tentait de s'approcher de son père. Cependant, Soichiro réussit à se défaire du duel face au chevalier noble et envoya valser Caliburn au loin, avant de repousser le blond. Sous le coup de la surprise, Hiroki tenta d'aider son partenaire, avant de se faire repousser au loin par un rayon étincelant de Hakaze, qui à défaut de percer ses défenses à l'arme blanche, l'avait fait grâce à son pouvoir.

Hiroki fut projeté au loin, tandis que son adversaire chargea son énergie en profitant du temps de recul. Mais alors que ce dernier se propulsa sur le jeune homme, l'ombre furtive du chevalier noble passa rapidement, récupéra le Moralltach planté dans le sol, et para la puissance de feu qui allait s'abattre sur le jeune homme en utilisant l'arme qu'il avait ramassée. Grimaçant face à la puissance de feu de l'ancien maître de la forêt spirituelle, le blond en armure s'adressa à son camarade.

- Messire Hiroki...Grogna le blond. Il nous faut changer de stratégie. Je vais devoir matérialiser excalibur.

- Excalibur… ? Railla l'intéressé. Tu n'as pas plus cliché comme développement ? De base, j'aurais pu régler ça tout seul, dégage si t'es pas à la hauteur.

- Messire Hiroki...Il faut sortir du désespoir. Ne voyez-vous pas l'affrontement que nous livrons ? Dame Hakaze, et Messire Soichiro ont besoin de vous pour les ramener à la raison !

Ils n'eurent pas le temps de finir leur conversation que Hakaze apparut de derrière et propulsa une exceptionnelle puissance magique propre à Athéna droit vers le chevalier noble. Ce dernier, agacé, réalisa sans doute qu'il ne pouvait pas contenir les deux attaques en même temps, mais son partenaire, toujours armé de Caducée, s'interposa entre eux. Lorsque l'attaque de la jeune femme fut contenue, son compagnon changea d'artéfact pour prendre la faux et couper d'un trait net toute la puissance invoquée par Soichiro. Ce dernier, pris de surprise, emporta rapidement sa fille avec lui, lui évitant aussi la rapide contre-attaque du chevalier noble qui dut écraser Moralltach dans le sol.

- Je n'ai pas besoin de raison pour vaincre dans ce combat, Medraut. Grogna Hiroki. Qui a besoin d'espoir dans une guerre comme celle-ci ? Tu penses vraiment pouvoir gagner rien qu'en comptant sur tes bons sentiments !?

- Un petit garçon m'a dit un jour « L'espoir est la plus belle chose qui existe » rétorqua le chevalier. Laisse moi revoir ce petit garçon.

- Contente toi juste d'être à la hauteur au lieu de dire des conneries. Grogna Hiroki. Knight's Path One ! Timaeus ! Medraut et Timaeus joignent leurs forces ! J'appelle Medraut, le Maître Draco-Noble !

Le dragon bleu sortit de nulle part, comme si Hiroki lui seul avait été assez puissant pour l'invoquer. Il se laissa chevaucher par le chevalier noble qui gagna une puissance considérable rien qu'en le touchant. Le dragon et son cavalier luisirent d'un éclat jaune presque solaire, tandis que Hakaze, elle, ne put s'empêcher de poser sa main sur son visage.

- Maintenant, montre toi ce que tu sais faire, chevalier de pacotille. Ricana Hiroki qui s'était déjà relancé à l'assaut de Hakaze.

Medraut, chevauchant le dragon fraichement invoqué, se rua à l'assaut de l'ultime guerrier du désespoir tandis que Hiroki, lui, se rua sur sa fille. Le jeune homme brandit d'une main la faux artéfact, de l'autre le Moralltach. Il put ainsi dévier les attaques de la jeune femme avec la faux pour ensuite tenter d'attaquer avec le Moralltach, mais Hakaze le vit arriver.

- Seiki no Mahô : Bright Slice.

Son seul doigt devint aussi tranchant qu'une lame, et aussi étincelant que le soleil lui-même. Elle le mania avec légèreté et attaqua Hiroki en donnant des coups de parts et d'autres qu'il peinait à esquiver. Il fallait dire que l'arme de la femme était aussi puissante qu'une épée tout en étant aussi agile et précise qu'un doigt humain,ce qui lui permettait d'attaquer rapidement, efficacement, et avec précision. Hiroki ne parvint pas à esquiver toutes les attaques, ce qui lui valut des lacérations dispersées sur le torse et sur ses vêtements. Son Tee-shirt tomba rapidement en lambeaux, ce qui le laissa torse nu, risquant son corps même face aux attaques adverses.

- Eh, Medraut, faudra que tu te bouges rapidement si tu veux pas que –

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Le jeune homme n'eut pas le temps de finir qu'il se prit une puissante attaque flamboyante provenant du côté gauche. Il ne put éviter l'attaque ,faute de l'avoir vue, ce qui le propulsa au loin avec la force d'un boulet de canon. Le jeune homme ne put se rattraper, contraint de se laisser rouler sur le sol irrégulier qui le propulsait parfois légèrement dans les airs avant de s'écraser contre un des murs de l'Underground.

Le jeune homme releva la tête en grimaçant de douleur, tandis qu'un filet de sang coula de son front jusque son menton. Lorsqu'il jeta un œil à la bataille, je vis d'ici que son sang se glaça.

Car à quelques mètres à gauche de lui se trouvait un corps gisant au sol. Medraut, le chevalier noble, qui avait subi le même traitement que lui. Le blond se releva en grimaçant à son tour, dévisageant ce qu'était devenu Soichiro Namatame.

Le père de Hakaze était devenu un monstre. Littéralement. Il s'était transformé en un oiseau gigantesque fait de flammes bleues et rouges qui dansaient entre elles dans une atmosphère aussi brûlante que glacée. Une de ses ailes était toute colorée de nuances de bleu, l'autre de nuances de rouge. L'air autour de l'oiseau faisant facilement 5 mètres de hauteur semblait instable, tandis qu'à chaque battement de ses ailes étaient projetées des braises ardentes et des particules gelées. L'oiseau qu'était devenu Soichiro lâcha un cri strident qui me fit mal aux oreilles tandis que sa fille, droite, restait à ses côtés. Dévisageant Hiroki et Medraut, elle se mordait la lèvre, me convainquant qu'elle-même avait peur du choix qu'elle faisait.

L'oiseau lâcha de nouveau un cri qui semblait être fait du désespoir lui-même, avant de charger une intense énergie flamboyante et glaciale à la fois qui aspirait les gravats autour de nous tandis qu'elle se chargeait. Elle devenait de plus en plus puissante en quelques secondes, alors que Hiroki et Medraut, eux, étaient bien trop loin de leurs armes pour opposer une quelconque résistance.

Lorsque l'oiseau recracha toute la puissance qu'il avait emmagasinée, je voulus me lever pour intervenir, mais j'étais bien trop faible. Mon corps refusa de bouger. Alors je dus suivre du regard cette puissance qui semblait non pas se diriger sur Hiroki, mais sur le chevalier noble.

Le blond grimaça tandis que l'impact se faisait proche. Il tenta de se lever tant bien que mal afin d'affronter son sort, mais personne n'était dupe. Il allait se faire happer par une telle force.

Les yeux de Hiroki s'écarquillèrent. De la fureur s'inscrivit sur son regard. Et en moins de temps qu'il n'en fallut pour que je réalise, il agit.

- Non ! Hurla-t-il, laissant résonner sa voix dans l'espace de bataille. Je ne te laisserai pas mourir, Shishou !

Il ne fallut que cinq secondes pour que le jeune homme ne coure, se jette sur le Chevalier Noble, et le pousse quelques mètres plus loin avant de se faire écraser par le torrent de puissance dont Medraut était la cible initiale. Comme au ralentit, je pus voir le sourire respirant l'espoir de Hiroki avant que son image ne se fasse emporter par le bruit sourd de l'impact glacial et ardent à la fois.

Lorsque le chevalier noble réalisa ce qu'il venait de se passer, il lâcha un hurlement d'horreur qui me brisa de nouveau le coeur alors que par réflexe je fermai les yeux...Comme pour refuser de voir un giser un autre corps inerte devant mes yeux.

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Chaque fois que je repensais à mon passé et à tout ce que j'avais vécu jusqu'à maintenant, je me disais que malgré toutes les difficultés rencontrées, je pouvais m'estimer bien heureux d'avoir connu cette existence. Il était vrai que mon chemin avait été semé d'embûches. J'avais dormi dans la rue, vécu de larcins, et de solitude tandis que mon petit frère ne se souvenait même pas de moi. Par fierté, par orgueil, j'avais refusé toute aide que l'on voulait me donner pour choisir la voie la plus rude et la plus difficile pour un enfant de dix ans. J'étais fort, j'étais indépendant, et j'envoyais valser la peine et la douleur. Tel un animal sauvage et solitaire, je restais à l'écart en ne confiant mes peines à personne, et en cachant au fond de moi tout ce qui faisait de moi un être humain.

J'avais rencontré Hakaze et son père, alors que je n'étais qu'un voleur à la tire qui leur avait pris quelque chose de précieux. Rattrapé par les remords, je leur avais ramené leur dû, et la petite fille avait décidé de me garder, comme on ramasse un chien errant dans la ville. Soichiro avait aussi décidé de me réinsérer, moi qui avait dérivé de manière précoce dans la vie. Il me donna un travail en tant qu'assistant, même si ce n'était au fond qu'un leurre pour me faire croire que j'allais rendre la pareille. Aux fin fonds de lui-même, c'était le fils de Shinichi Yamada qu'il aidait, et même si je ne doutais pas de sa bonté d'âme, je pense encore aujourd'hui qu'une part de lui rendait la pareille à celui qui a prolongé la vie de Himiko en bravant tous les interdits imposés par son éthique et sa profession.

J'étais soulagé. Soulagé d'un poids finalement trop lourd à porter pour mes épaules de gamin. Soulagé par l'intervention d'un adulte encore plus têtu que je ne l'étais. Enfin je pouvais déposer les armes et dépendre de quelqu'un, comme je dépendais de mes parents jusqu'alors. On m'installa dans la forêt de Soichiro, dans laquelle j'eus ce que l'on aurait pu désigner comme une chambre. Un espace intime avec un lit, des murs en bois qui me laissaient une intimité, de quoi me nourrir...Bref, j'avais tout ce que je voulais, exactement lorsque j'étais encore chez mes parents.

Pourtant, j'avais du haut de mes dix ans, arrivant chez Soichiro, l'impression que quelque chose allait mal. Depuis que je ne prenais plus sur moi pour aider Reisuke, je m'étais relâché et j'étais devenu faible. Ainsi je me rappelais de ce que je venais de vivre, la mort de mes parents, le fait que j'avais découvert leurs cadavres sentant encore le sang, le fait que j'avais dû nettoyer moi-même la scène de crime, la séparation brutale avec Reisuke...Et toutes mes décisions idiotes qui s'ensuivirent.

Je n'arrivais plus à fermer l'oeil de la nuit. Dès que je m'endormais, des rêves terrifiants dans lesquels revenaient les restes de mes parents me hantaient sans cesse, et je me réveillais en sueur, tremblant comme une feuille, les larmes aux yeux, incapable de fermer l'oeil de nouveau. Je passais des nuits entières à allumer une bougie et à rester devant en me raccrochant à sa lumière, pour éviter de sombrer dans la folie, dans la peur, dans le désespoir. Mon coeur battait la chamade, je me rongeais les ongles jusqu'à en saigner, comme si je me déchirais moi-même par anxiété et par crainte de ces tourments. Finalement, je souffrais plus à cet instant que je ne souffrais dans la rue, entre les deux poubelles.

Et à cause de cela, je prenais mes distances avec Soichiro et Hakaze. Je m'isolais dès que j'avais fini mon travail. J'allais du côté de la falaise Sekai, tout en haut de la falaise, face à la mer, et je m'asseyais sur le pic en scrutant l'océan faire des allers et retours. Le bruit des vagues était le seul réconfort que je trouvais face à ma solitude.

Ce jour-là, j'étais redescendu de la falaise pour aller jusqu'à la plage. J'avais enlevé mes chaussures neuves que je ne voulais pas salir avec du sable, ce qui me laissa pieds nus sur le terrain irrégulier et granuleux. Ainsi je longeai la plage, essayant de faire le vide, seul. Je voulais me rappeler de certaines choses pour en oublier d'autres, et ce lieu dans lequel je venais toujours avant la catastrophe me faisait du bien. J'avais l'impression que j'étais revenu dans le temps, et que chez moi m'attendaient mes parents et mon frère.

Je pris une grande inspiration face à l'océan. Puis j'enlevai mon Tee-shirt et mon short, afin de me jeter la tête la première dans l'eau. Nager allait me faire du bien. J'allais pouvoir oublier tous mes problèmes, toutes mes craintes, tandis que j'étais dans l'élément me plaisant le plus : l'eau.

Mais comme si cela ne suffisait pas, je me rendis compte d'un autre problème auquel j'allais devoir faire face. Une fois que je n'eus plus pied dans l'haut, je perdis mes moyens. Je paniquai, gigotai dans tous les sens, buvant la tasse à au moins deux reprises, avant de parvenir à me rattraper pour échouer sur la plage comme un vulgaire coquillage ramené par la marée. Ce fut horrible à accepter. Je ne savais plus nager. Moi, Hiroki, la torpille de la classe, je n'étais plus capable de faire quelque chose d'aussi simple que de nager.

Ou peut-être le savais-je encore, mais je ne me faisais plus vraiment confiance. J'avais peur. Peur de mon incompétence, peur de mon échec. Peur de ne plus être à la hauteur. Mes parents m'avaient toujours rassurés en disant que j'étais capable de protéger mon frère, capable de faire tout ce dont je rêvais, et leur mort représentait à mes yeux l'échec face à tout ce que j'avais entrepris. Finalement, j'étais un peu mort en même temps qu'eux.

Je retentai plusieurs fois de nager par la suite, et j'obtins toujours le même résultat, si bien que je développai une phobie de l'eau profonde. La mer ne me faisait plus le même effet qu'elle me faisait avant cette révélation, je ne la supportais plus, elle me repoussait et cela me faisait mal. Tout ce qui faisait de moi Hiroki Yamada s'estompait au fur et à mesure que j'avançais dans la vie.

Alors je passais mes moments de solitude sur une colline, dans les hautes plateformes de la forêt spirituelle. Le plus haut possible, je scrutais le paysage avec mélancolie, cherchant la vie, cherchant l'espoir, alors que tout ce qui se trouvait en mon for intérieur n'était fait que de désillusions et d'amour brisé.

- Tu es là Hiroki ! Me surprit la voix fluette de Hakaze. Je t'ai cherché partout !

Elle vint s'asseoir à côté de moi, face au soleil couchant. Elle posa sa main sur ma jambe, comme pour établir un contact avec moi, mais je me crispai et elle dut le sentir puisqu'elle ne tenta plus. Elle prit tout simplement la parole à mon intention en essayant d'être douce avec moi.

- Je sais que nous ne remplacerons jamais ta famille...Mais nous aussi nous nous inquiétons pour toi. J'aimerais tellement que tu nous acceptes comme des proches, que tu t'intègres à notre famille...Mais j'ai l'impression que plus j'avance vers toi, plus tu recules...Alors que nous avions si bien commencé…

Je ne sus quoi répondre. Hakaze avait raison au fond, c'était égoiste de ma part de lui faire de la peine alors qu'elle m'avait recueilli et m'avait donné tout ce dont j'avais besoin pour accéder au bonheur. Mais je ne pouvais pas simplement oublier. Je ne pouvais tout simplement pas aller mieux, passer à autre chose. Plus j'essayais d'oublier, plus je me rappelais, et j'avais besoin d'isolement pour pouvoir être honnête avec moi-même.

Hakaze venait régulièrement, en essayant de me remonter le moral, mais rien ne prenait. J'étais bien trop ancré dans ma tristesse et ma peur, et chaque nuit on me rappelait que je n'étais qu'un enfant pitoyable face aux évènements. Ainsi, au bout de deux semaines d'acharnement ,Hakaze trouva plus sage de me laisser seul. Et je lui en étais reconnaissant.

Jusqu'au jour où ma solitude fut brisée de nouveau.

Cette fois, ce ne fut pas Hakaze qui vint me voir. Je sentis une présence venir de derrière et je pensais à elle alors que je scrutais encore le soleil comme à mon habitude, mais à la place, j'eus droit à une espèce de chevalier étrange qui se prit les pieds dans la pelouse avant de s'étaler par terre dans un bruit sourd de métal tombant sur le sol. La voix grave mais un peu loufoque du chevalier cria un « Aie », avant de grogner des injures datant du Moyen-Âge contre sa propre personne, tandis que moi je ne prêtais pas vraiment attention à lui. Se relevant, le chevalier aux yeux vert émeraude et à l'armure grise ornée d'un soleil afficha un air d'interrogation à mon égard.

- Zut alors ! Grogna-t-il. D'habitude le coup du chevalier qui se casse la figure a le don de faire rire les enfants ! Et celui-ci ne m'a même pas regardé ! Ô rage ! Ô Désespoir ! Dites-moi qui ai-je irrité pour mériter pareille disgrâce !?

Je me contentai d'ignorer l'idiot qui roulait sur le sol en feignant des effusions de larmes qui me laissaient indifférent. C'était un imbécile, et je n'avais pas le temps, ni l'envie, de m'attarder sur un imbécile.

Et les jours suivants furent tout aussi difficiles que ce jour présent, puisque chaque jour, le chevalier qui avait l'air de tout sauf d'un noble venait à ma rencontre, inventant pitrerie sur pitrerie, plus abrutissantes, plus mauvaises, plus médiocres les unes que les autres pour essayer de gagner je ne savais quoi venant de moi.

- Laisse moi tranquille. Lâchai-je frustré par l'envahissement de ce personnage. Je veux rester seul, c'est si difficile à comprendre ?

- La solitude n'est l'amie que des piètres chevaliers dont la couardise est la plus grande ennemie ! Enchérit le chevalier en se tapant fièrement le torse. Es-tu un couard mon garçon !?

- Eh bien oui je suis un couard maintenant lâche-moi. Grognai-je. Pourquoi ne peux-tu pas tout simplement partir et me laisser tranquille...

Le regard du blond de plongea dans le mien pendant l'espace de quelques secondes. J'étais frustré. Frustré de ne pas être tranquille alors que même Hakaze avait compris que j'étais mieux seul et ruminant mes tourments. Et pourtant, lui, ce crétin, ne semblait même pas comprendre cette chose élémentaire. Il resta quelques minutes droit devant moi sans prendre la parole, avant de lâcher un soupir.

- Eh bien...Murmura-t-il, comme se parlant à lui-même. Mon petit coeur brisé se retire...Adieu...

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Le chevalier se retourna sans demander son reste, me laissant enfin dans l'état que je voulais. Au fond, je n'avais rien contre lui, mais j'étais en plein dilemme avec moi-même. Comment allais-je pouvoir passer outre ces choses qui me faisaient si mal, à l'intérieur même de mon corps, de mon âme… ? Je n'avais aucune réponse, aucune échappatoire, aucune raison à laquelle me raccrocher.

Mais alors que je pensais enfin être tranquille, je sentis quelque chose de froid sur mon front, provenant d'au-dessus de moi. C'était une canette de soda, très fraîche, que le blond avait posé sur mon front. J'eus un sursaut tandis que je levai ma tête, bien décidé à l'envoyer bouler de nouveau. Mais le pitre dégageait quelque chose d'autre, quelque chose de mystérieux, d'insaisissable, qui me fit m'arrêter quelques minutes.

Il s'installa à mes côtés, ouvrant lui aussi sa canette, avant de reprendre la parole.

- La dernière fois que j'ai vu un tel regard, entama-t-il, mélancolique, c'était celui de la fille de Mélissa...Tant d'années se sont écoulées depuis...Et je m'en rappelle comme si c'était hier.

Je ne renchéris pas. Je me contentai d'écouter le blond qui semblait vouloir entamer un monologue.

- Tu sais mon garçon, en tant qu'esprit du duel, nous voyons des tas de choses, des tas de personnes humaines qui vivent et meurent avec leurs ambitions, leurs batailles, leurs victoires et leurs échecs. Nous sommes les spectateurs invisibles d'un autre monde qui nous est inaccessible si nous ne nous lions pas avec un humain. Nous apprenons l'amour, la joie de s'attacher à l'un de vous, et nous apprenons qu'avec cet amour vient irrémédiablement la douleur.

Le chevalier marqua une pause, avant de lui aussi perdre son regard dans le soleil couchant. Puis il reprit, sans me regarder, comme se perdant lui-même dans ses pensées mais à voix haute.

- Nous sommes les esprits du duel de monstre. Dit-il, las. Nous sommes quasiment immortels. Bien sûr, de votre perspective d'humain, nous avons une chance incommensurable. Nous pouvons vivre autant que nous le voulons, sans jamais risquer un mauvais virage. Cependant, c'est cette bénédiction de votre point de vue qui est notre épée de Damoclès. Nous nous lions à des mortels, tout simplement pour nous attacher à eux et les voir s'éteindre, encore et encore…

Il détourna le regard l'espace d'une seconde, me laissant constater le reflet d'une larme coulant sur son visage. Mes yeux s'écarquillèrent. Je ne savais pas quoi lui répondre alors qu'il semblait si...triste.

- Je comprends ce que c'est que de perdre des gens que tu aimes, petit garçon. Lâcha le chevalier en se mordant la lèvre. Tu as dû voir des choses atroces, qui te hantent la nuit, qui te rappellent combien tu es faible et inutile. Tu ressens certainement de la peur, de l'incompréhension, tu es seul et perdu, et tu n'as personne à qui te raccrocher…

- Oui...Lâchai-je sous l'effet de la surprise, complètement soufflé par le changement de discours du chevalier. Ca fait mal...Et je n'arrive pas à me libérer de ces cauchemars…

- Tu ne dors plus parce que dès que tu fermes les yeux, ces images horribles viennent te rappeler la réalité. Il n'existe plus aucun rêve dans lequel on peut fuir…

- Comment sais-tu ça… ? Bégayai-je stupéfait par le blond.

Le chevalier tourna sa tête vers moi. Sous le coucher du soleil je pus alors voir quelque chose que jamais je n'avais vu auparavant. Il me souriait, sincèrement. Mais son sourire était défiguré par les larmes qui abondaient sur ses joues. L'homme à l'armure grise dégageait une expression de regret mêlé à de la nostalgie, et de l'amour…

Je n'avais pas besoin d'en entendre plus. Il avait vécu exactement la même chose que moi. C'était pour ça qu'il comprenait et savait ce que je vivais en ces instants de souffrance. Nous étions similaires, lui et moi. Ainsi, pour la première fois depuis mon intégration chez Hakaze, je me mis à pleurer. Le blond se saisit de moi pour me blottir contre son armure, me prenant dans ses bras tandis que je hurlais ma peine, serré par une emprise de compassion et de vécu qui me faisait me sentir à l'abri.

Au bout d'une dizaine de minutes, je me défis de l'emprise de l'homme. Je le regardai cette fois sans le juger, presque honteux, mais lui n'avait pas changé sa manière de me percevoir. Il affichait un air bienveillant qui me mit en confiance.

- Hiroki...Lâchai-je en essayant de ne pas croiser son regard. Yamada Hiroki.

- Enchanté, messire Hiroki. Appelez moi Medraut, Noble Medraut.

Ce soir-là, je m'endormis sur le torse de ce curieux personnage, Medraut. Et contre toute attente, je ne me réveillai pas dans la nuit. Je ne fis aucun rêve, aucun cauchemar. Les images ne vinrent pas me hanter. J'étais en totale plénitude. Sans émotion négative, sans rien pour me faire du mal.

Puis je me réveillai, et j'étais encore avec le chevalier aux yeux verts. Celui-ci se réveilla à son tour et me lança un regard empli de compassion. Nous nous rendîmes dans les quartiers de Soichiro, et je fis ce que je devais faire depuis mon arrivée.

- Je suis désolé pour mon comportement. Dis-je en me prosternant devant lui et Hakaze, sous le regard bienveillant de Medraut. J'ai eu un comportement inapproprié envers vous. C'est juste que...J'ai tellement de choses qui me viennent dans la tête...Que j'ai l'impression que je ne connaîtrai jamais l'espoir. Tout ce que j'ai vécu me fait mal...Alors que je pensais être fort…

Il ne fallut pas longtemps à Soichiro et Hakaze pour me comprendre et m'accepter. Je pus leur déballer ce que j'avais sur le coeur et parler franchement avec eux, ce qui me fit beaucoup de bien. J'avais l'impression d'être plus léger, d'être un peu plus libre que la veille.

Je retrouvai Medraut après mes tâches du jour, sur cette colline, face au soleil.

- Medraut...Entamai-je. Merci. Grâce à toi, j'ai pu passer une nuit sans avoir peur. Je te suis reconnaissant.

- Inutile de me remercier, Messire Hiroki. Reprit le chevalier en me souriant. Nous sommes des camarades d'armes, chevauchant le fidèle destrier de la bravoure pour éradiquer la tristesse ! Tous autour de la table ronde, ce petit coeur de nous devient un seul pour défaire les ténèbres ! Sus à l'ennemi ! Cachez les faibles et sortez les poulardes de la victoire !

- C'est une manière de me dire que je dois être fort je suppose...Ris-je. C'est idiot ce que tu dis.

- N'est idiot que celui qui se débine face à l'ennemi. Enchérit le chevalier. Es-tu un de ces couards qui se débinent devant l'ennemi, Hiroki Yamada !?

- Non je ne le suis pas messire ! Rétorquai-je par réflexe avec énergie. Je ne me débinerai pas devant les vils sacripants voulant porter atteinte à dame Frénégonde !

Le chevalier afficha un sourire prononcé face à mon attitude. Il posa sa main sur ma chevelure avant de la caresser avec affection. Je sentis à ce moment que quelque chose semblait guérir en Medraut en même temps qu'il me caressait la touffe, mais je ne savais pas dire quoi. Je me contentais d'apprécier ce geste, du haut de mes dix ans, je venais de trouver un ami.

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Les jours passèrent, puis les semaines, et tout alla de mieux en mieux. Tant que mon ami était à mes côtés, je ne craignais plus les cauchemars. Nous jouions ensemble, Hakaze, Medraut et moi. Nous étions tous les trois des amis très proches. Parfois, le blond se mettait en retrait, me laissant avec Hakaze, seul, mais je le remarquai vite et je venais lui tirer le bras pour qu'il recommence ses pitreries avec nous. Nous étions inséparables. Lorsque Medraut était quelque part, j'y étais aussi. Je me sentais en sécurité avec l'esprit du duel de monstres. Et le cheminement dura quelques temps, avant de prendre sa tournure naturelle.

- Messire ! Lâchai-je déterminé, brûlant d'excitation. Permettez à ce pauvre paysan que j'incarne de devenir votre humble et dévoué disciple !

Medraut s'arrêta quelques secondes, surpris par la demande singulière que je venais de faire. Mais il se reprit rapidement. Il brandit son épée et la planta dans le sol avant de reprendre solennellement.

- Toi, jeune garçon. En choisissant de devenir mon disciple tu t'engages à suivre la voie tracée par l'épée de tous les chevaliers nobles. De te hisser au rang de combattant, de vaincre tous les gueux qui oseront trainer dans la boue ton honneur de guerrier, et bien évidemment de garder en toi l'âme séductrice d'un valeureux héros auprès de gentes dames. En fais-tu le serment ?

- Oui Messire. Répondis-je solennellement en posant mes mains sur l'épée.

- Alors moi, Medraut le chevalier noble, te sacre apprenti chevalier noble, Hiroki Yamada.

Hakaze qui nous regardait au loin, posa sa main sur son visage en signe de dépit face à mon sacrement. Elle nous déclara que nous étions deux idiots complètement irrécupérables, mais cela ne m'atteint pas. Je voulais moi aussi devenir quelqu'un de brave comme l'était Medraut, et peut être un jour briller aux yeux de Reisuke...Et de Hakaze. Tandis qu'elle se retournait pour partir aider son père, je restai figé face à son mouvement gracieux, cheveux dans le vent, et sa démarche si mature et classe. Medraut sembla le remarquer puisqu'il me lança un regard mesquin que je ne pus affronter que quelques secondes avant de me retourner pour éviter de pleurer de gêne.

- Il faut le lui dire ~ Se moqua le chevalier. Je pense qu'un véritable chevalier devrait se déclarer à sa dame du lac et lui dire explicitement que son petit coeur brûle pour elle.

- Hakaze n'est pas ma dame du lac. Boudai-je sans vouloir affronter le regard de Medraut. Ce n'est pas DU TOUT ça.

- Dans ce cas je suis libre de lui faire la cour ! Rétorqua le chevalier, motivé. Je vais de ce pas lui faire une déclaration brûlante provenant de ce petit coeur de moi !

- NON ! Hurlai-je en m'accrochant à l'armure de Medraut. Enfin je veux dire...Elle n'est pas de ton âge de toute façon…

- Alors quand elle sera adulte, je l'épouserai ! Déclara fièrement le chevalier en se tapant le torse.

Je grommelai des jurons que Medraut entendit. Il m'attrapa et me gratta violemment le crâne en guise de punition tandis que, me débattant, je le suppliais d'arrêter. Il me posa ensuite au sol et m'invita à suivre mon premier entraînement, me laissant devenir le véritable disciple du chevalier noble.

J'appris le maniement de l'épée, ainsi que les techniques de garde de base. Nous nous entraînions, moi et Medraut, à manier les armes encombrantes et difficiles à maîtriser. Je subissais de nombreux échecs, moi qui étais plutôt fragile finalement, mais mon ami me tendait la main chaque fois que je tombais pour me relever. Chaque fois je pouvais m'accrocher à ce pilier pour me ressaisir, et franchir les obstacles. Finalement, Medraut devint « Shishou », mon maître dans l'art d'être un chevalier. Chaque nouvelle journée était une aventure pleine de mystères et de découvertes. Mes maux intérieurs guérissaient peu à peu, et quand ils resurgissaient, le blond qui comprenait mes peines était présent et réussissait à me réconforter. Mais finalement, moi, je ne savais pas grand-chose de lui.

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Alors un jour je pris le courage de lui demander. J'allai le voir, il me sourit, comme à son habitude, puis je lâchai ce que j'avais sur le coeur.

- Qu'est-ce qui t'es arrivé par le passé Shishou… ? Entamai-je timidement. Quel malheur as-tu connu… ?

- Ce qui m'est arrivé...Dans ma vie ? Reprit Medraut. Rien de particulier mon garçon. Ce que j'ai vécu n'est pas issu de ma propre vie, mais de celle de tous les propriétaires que j'ai eu par le passé. Tu sais mon enfant, en tant qu'esprit du duel nous sommes amenés à voir les meilleures choses, mais aussi et surtout, les pires…

Il marqua une pause, avant de reprendre.

- Je fus il y a quelques temps le chef stratégique d'une armée visant à vaincre le désespoir. Je m'appelais différemment à l'époque. Je n'étais pas Medraut, mais Mordred.

- Mordred… ? Repris-je, hésitant. Pourquoi as-tu changé de nom alors, Shishou ?

- Mordred n'est plus. Reprit Medraut. Mordred est une incarnation de moi qui a vécu au travers du temps, transcendant les générations comme tous les esprits du duel de monstres. Mordred a vu des tas d'atrocités, des tas de gens disparaître de manière injuste, en se faisant prendre leurs rêves, leurs espoirs, dans des circonstances horribles…Mordred était fatigué. Fatigué de vivre. Mordred ne voulait plus voir disparaître tous ceux qu'il aimait.

Il s'arrêta quelques minutes avant de reprendre, plus sombre cette fois.

- Mordred savait qu'il était condamné à vous aimer, vous, les humains. Il ne pouvait s'empêcher de s'amouracher de vous. Chaque fois qu'il aimait, il devait souffrir tôt ou tard, car lui était presque immortel. Il devait voir vivre, combattre, et mourir injustement chacun de ses propriétaires. Alors un jour, il a décidé d'en finir.

- En finir...Bégayai-je. Mourir… ?

Le chevalier fit un signe négatif de la tête.

- Mordred ne pouvait pas mourir. Car il avait en lui les morts injustes de tous ceux auprès desquels il avait combattu. Toutes ces injustices avaient appris au chevalier à chérir sa vie de tout son être. Mais chaque jour était plus cruel que le précédent. Chaque vie s'éteignant ajoutait un poids sur les épaules de Mordred. Tout comme toi il devait vivre avec, mais il n'y arrivait pas, alors il a sombré dans la folie. Mais avant de devenir totalement fou, il a remédié à son propre problème par une solution radicale.

- Quelle méthode ?

- Mordred s'est « scellé ». Il a enfermé sa véritable nature, ses regrets, ses peurs, ses douleurs, au fond de lui-même. Il a vidé son coeur de toutes ses émotions, et il est né de nouveau. Mordred est devenu Medraut, et je me suis promis de ne plus jamais pleurer, de ne plus jamais m'attacher à un être humain. J'ai vécu depuis ce jour une vie dans laquelle j'ai placé l'amusement et le divertissement avant toute chose, me laissant aller à des fougasseries sans aucun sens, des duels à l'épée pour entretenir ma carcasse de chevalier, et des duels acharnés contre l'ennemi.

Medraut soupira. Cette fois, il se mordit la lèvre, comme si la partie la plus difficile allait venir. Je sentais la révélation qui allait tout changer, ma perception de mon Shishou, mais aussi de ma propre existence.

- Je suis tombé amoureux une fois de plus. Sourit-il, comme dépité par lui-même. J'ai rencontré dame Mélissa il y a des années, lors d'une bataille contre un autre esprit du duel, et je me suis attaché à elle. De fils en aiguilles nous sommes devenus partenaires, elle, et moi. Je n'étais plus Mordred, mais j'étais capable de ressentir autant d'émotions qu'avant d'être scellé...Mais une fois de plus, le destin en décida autrement. Dame Mélissa fut attaquée, et elle me protégea. Elle paya de sa vie ma protection, et une fois de plus, je dus voir une autre de mes propriétaires mourir de manière injuste.

- Shishou...Je suis désolé...Je suis désolé que tu aies eu temps à souffrir…

Le chevalier marqua une pause. Une longue pause. Pour ma part, je réfléchissais. Pourquoi Medraut qui avait de nouveau succombé à l'amour d'un humain avait tout fait pour entrer en contact avec moi? Je ne savais pas, et j'étais curieux de savoir, mais je n'osais pas demander.

- Mais quelque chose de formidable est arrivé ! Sourit le blond. Lorsque Mélissa est partie, Voltanis m'a jugé coupable de sa mort, et m'a interdit de revenir au sanctuaire céleste. J'ai été lié à Dame Hakaze, et ainsi, le jour où elle mourra, je m'éteindrai avec elle. Te rends-tu compte mon enfant ? Mes tourments vont bientôt prendre fin, je ne serai jamais plus triste. Car je mourrai avant ou en même temps que vous, toi et Hakaze...Ainsi je n'aurai plus jamais à pleurer ceux que j'aime.

Je ne sus quoi répondre face à la sérénité du chevalier noble. Je pensais que quelque chose clochait dans ce raisonnement, mais je n'arrivais pas vraiment à pointer exactement ce que c'était. Alors je le laissais sur cette note finale. Lorsque je repris, ce fut simplement pour demander une chose.

- Alors tu ne redeviendras jamais Mordred ?

- Mordred est encore en moi. Répondit Medraut. Mais pour que je redevienne Mordred, il faut que j'éprouve une tristesse immense...Et tant que tu seras mon disciple, je serai comblé de bonheur, Hiroki l'apprenti noble. Et si un jour tu es proche de la folie comme Mordred l'était...Alors je t'apprendrai à te sceller toi aussi.

Cette simple phrase suffit à m'illuminer de l'intérieur. J'étais heureux à l'idée de pouvoir être la source de lumière de mon Shishou comme lui était la mienne. Je grandis à ses côtés, je devins un jeune homme sous son regard bienveillant, je développai mes sentiments pour Hakaze sous sa rivalité, et plus le temps passait, plus je me sentais redevable et loyal au chevalier noble. Mon partenaire, mon compagnon, presque mon frère finalement…

Chapitre 179 : La résolution de Mordred Narrateur : Hikari

Lorsque la toute puissance projetée par Soichiro Namatame s'estompa, que le bruit sourd de l'attaque fondit dans l'atmosphère lourde et ténébreuse, je compris alors qu'il était temps que je me confronte à la dure réalité...Et comme je m'en doutais, lorsque j'ouvris les yeux, je trouvai un spectacle atroce et désolant.

Le corps de Hiroki était inerte, face contre terre, dans un état critique. Il semblait carbonisé et cryogénisé à la fois, comme si Soichiro avait réussi à mêler deux puissances pourtant contraire pour en faire un pouvoir dévastateur capable de tout emporter avec lui. Le pire dans cette histoire, était qu'il ne semblait même pas encore avoir manifesté les pouvoirs du désespoir qui étaient offerts avec l'allégeance à Zetsubô, et rien que le fait d'y penser rendait mon sang encore plus glacial que le pouvoir de l'homme.

Medraut se rua sur ce qui semblait être la dépouille de son partenaire. Il le porta dans ses bras tandis que ses gants et son armure semblaient fondre rien qu'en touchant le corps fumant du brun, et contre toute attente, le chevalier pourtant simplet et dét aché de la réalité hurla le martyre en lançant un regard vers le ciel, laissant couler toutes les larmes de son corps.

Mais il n'était pas le seul. Hakaze, qui jusqu'alors était du côté de son père, tomba sur les genoux, droite, tandis qu'elle ne put s'empêcher de verser des larmes à son tour. Le pouvoir d'Athéna disparut totalement, laissant la jeune femme complètement livide face à ce qu'elle venait de faire.

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Le chevalier en armure qui hurlait toujours toute sa peine semblait bien étrange par rapport au reste des protagonistes de ce combat. Son armure grise s'effritait petit à petit et se brisait en mille morceaux tandis que le blond, lui, restait au sol, criant encore ce qu'il avait sur le coeur, pleurant comme un enfant ayant perdu son meilleur ami…

Mais quelque chose n'allait pas. Outre le fait que Medraut semblait mortifié par le sacrifice de Hiroki, il devenait de plus en plus étrange...Sur sa peau apparut un motif régulier assez étrange, un espèce de filigrane en forme de puzzle irrégulier qui se répandait sur toute la surface de sa chair, comme si quelque chose était en train de changer dans le métabolisme même du chevalier noble. Lorsque ce filigrane fut totalement dessiné, il se mit à luire d'une couleur verte, puis rouge, avant de virer au noir.

Le chevalier hurla de nouveau, cette fois de douleur, tandis qu'il s'agrippa des deux mains la touffe de cheveux, comme pour contenir une douleur intense qu'il ressentait. Ses yeux luisirent d'un éclat pourpre tandis que son visage s'assombrit drastiquement. Son armure se déchira pour se changer en un long manteau blanc tombant jusqu'aux genoux du chevalier noble, cachant partiellement un tee-shirt noir et un pantalon de la même couleur.

La douleur cessa, le chevalier se retourna, laissant constater à tous le changement brutal qu'il venait de subir. Ses yeux étaient devenus blancs, sa chevelure avait gagné quelques centimètres, et aussi et surtout, le chevalier avait vieilli. Une barbe mi blonde, mi blanche lui avait poussé, son visage s'était creusé, tandis qu'une expression dure et implacable s'était installée sur son visage. Je ne distinguais pas les ténèbres dans ce personnage...Mais il n'avait plus rien à voir avec Medraut, le chevalier noble.

- Que soit honni messire Soichiro pour avoir commis une telle félonie...Grogna la personne métamorphosée devant nous. Par la puissance de mon épée, moi, Mordred, je vais m'assurer de vous faire payer cet acte immonde par le trépas.

- Mor...Dred… ? Bégaya Hakaze. Mais Medraut tu…

- Je vous ferai payer la mort de mon jouvenceau...Non, mon disciple. Et pour cet acte empli d'immondices...Je vais engager contre vous la mêlée !

Le dénommé Mordred planta son épée dans le sol. Ouvrant la paume de sa main en direction de son arme, il matérialisa une sphère d'énergie translucide qu'il projeta sur elle. L'objet luisit pendant quelques secondes tandis que Mordred ne put s'empêcher de continuer à verser des larmes en se mordant la lèvre...Et derrière lui apparut une faille. Une grande brèche qui s'ouvrit rapidement et laissa passa des formes abstraites qui prirent forme humaine aux côtés du chevalier.

Ces formes étaient des hommes, tous habillés de la même tenue que Mordred, mais de couleur différente. Ils étaient tous âgés, ayant différent teints et coupes de cheveux, mais semblant tout aussi en colère que ne l'était le chevalier noble. Ils étaient au nombre de six, Mordred inclus, tous aux côtés de ce dernier qui était aussi rigide que de la pierre.

- Aujourd'hui nous livrons bataille pour venger notre apprenti s'étant fait vaincre par une vile couardise. Déclara solennellement le chevalier. Nous, les chevaliers nobles, ne pardonnerons jamais.

Les 5 autres chevaliers s'avancèrent et joignirent leurs épées ensemble dans un hurlement synchronisé de motivation qui résonna dans l'espace. Toujours face à l'oiseau ignivome cryogénisé, ils le dévisagèrent avec mépris et force.

- Mordred ! L'interpela un homme aux cheveux corbeau. Moi, Bors le jeune, te prête serment de vaincre !

- Je promets sur mon honneur, moi, Tristan le chevalier noble, de vaincre également ! Enchérit le suivant.

- Percival des terres de croisade est également votre serviteur, Messire Mordred.

- Arthoria, chef des provinces les plus barbares, se joindra à vous, Messire Mordred.

- Et le roi, Arthur, autrement dit, ma personne, vous prêtera allégeance en tant que vassal.

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Les cinq chevaliers se ruèrent dans la bataille contre l'oiseau en lequel s'était transformé Soichiro Namatame. Ils dégainèrent tous leurs épées de tailles et de formes variables , attaquant chacun d'un côté différent tandis que pour l'instant, le dénommé Mordred restait à l'écart, protégeant la dépouille de son ami.

- Bors ! Hurla Mordred à son camarade. Décale toi à 35 degrés est !

Et aussitôt dit, le chevalier répondant au nom de Bors put éviter une projection glaciale de Soichiro comme lui avait ordonné Mordred et continuer sa course. L'oiseau de feu et de glace tenta d'attaquer encore et encore, mais rien n'y faisait. Le blond à la barbe blanche prédisait toutes les attaques du guerrier du désespoir et permettait à tous ses camarades de les éviter, ce qui força le volatile à changer de stratégie.

Il dut s'envoler dans l'espace en tournoyant afin d'éviter de se faire assaillir par les camarades d'armes qui ne manquaient certainement ni de volonté ni de courage. Restant à une hauteur inaccessible pour les chevaliers nobles, il chargeait des puissantes attaques qu'il projetait contre eux. Ainsi, il put projeter une autre attaque dévastatrice comme il en avait chargé contre Medraut avant sa transformation.

- Pas cette fois ! Hurla le blond au long manteau blanc, la rage au ventre.

Il se jeta sur l'attaque en brandissant son épée, laissant échapper un hurlement de détermination si puissant qu'il me motiva moi aussi à essayer de récupérer et à me battre. Lorsqu'il arriva face à toute la puissance projetée par Soichiro Namatame, il fracassa son épée contre elle et la découpa net en deux, comme si l'on découpait un simple objet avec un couteau de voyage. L'onde se scinda en deux avant de s'évaporer dans les airs, laissant aux autres chevaliers nobles l'occasion de prendre par surprise le volatile.

- Pour messire Hiroki ! Hurlèrent tous les chevaliers en choeur.

Ils coururent vers l'oiseau de feu glacé, et lorsqu'ils furent proches, ils plantèrent leurs épées dans le sol, prenant appui sur elles afin de se projeter dans les airs, à une distance suffisamment proche de Soichiro pour enchaîner une attaque commune. Bors luisit d'un éclat jaune, Tristan d'un éclat vert, Arthoria de rouge, Arthur de bleu, Percival de violet, et lorsqu'ils joignirent leur puissance, une gigantesque épée luminescente apparut. Elle était si imposante qu'ils durent la porter à cinq, et ensemble ils assénèrent un coup synchronisé au guerrier du désespoir qui, encore abasourdi par le revirement de situation, ne put réagir assez rapidement et fut complètement fracassé par le coup. L'oiseau fut projeté au sol, s'écrasant à la vitesse de l'éclair contre les parpaings qui composaient le sol de l'Underground. L'épée disparut, les chevaliers optèrent pour un repli stratégique vers leur leader qui semblait également être leur stratège.

Lorsque leur adversaire se releva, ce n'était plus un oiseau, mais simplement un homme, Soichiro Namatame avait repris sa forme normale. Il se tint sur ses jambes péniblement tandis qu'un filet de sang coulait de son crâne jusqu'à son menton. Mais cela ne semblait pas avoir eu raison de lui. Seul contre cinq chevaliers, le serviteur du désespoir restait déterminé, dévisageant Mordred avec une haine surprenante incrustée sur le visage. Non, pas de la haine, de la frustration profonde, comme si le chevalier noble contredisait quelque chose de bien plus profond que l'enjeu d'une bataille.

- Seikoori no Mahou, Nekroz. Déclara-t-il. Sophia.

L'homme baigna dans une lumière translucide glaciale qui sembla revitaliser son corps complet, emportant avec elle sa fille Hakaze qui sembla également revitalisée par cette capacité propre à l'homme d'âge mûr. Tandis que les particules glacées se déposaient sur le corps de Soichiro, ce dernier semblait gagner un peu plus en puissance grâce à Sophia, le monstre Nekroz le plus puissant de l'arsenal.

Puis il se jeta de nouveau dans la bataille, laissant apparaître dans chacune de ses mains une épée. L'une était de glace, l'autre était faite de flammes, et luttant contre les chevaliers nobles, il maniait habilement ses deux épées qui servaient respectivement à la défense et à l'attaque. Hakaze, qui avait repris sa forme d'Athéna, rejoignit son père et s'engagea dans un duel contre Arthoria et Arthur qui joignirent leurs forces pour combattre celle qui revêtait l'armure la plus puissante du monde des esprits du duel après celle de Téthys.

- Damoiselle ! S'exclama Arthoria, dans le doute. Pourquoi vous joindre aux vils desseins de cet homme !? L'amour filial n'est pas une raison suffisante pour répandre les actes d'iniquité sur le monde !

- Je suis d'accord avec mon camarade ! Enchérit Arthur qui paraît avec zèle les coups de Hakaze. Le trépassement du père de votre jouvenceau ne vous provoque-t-il aucun émoi !?

La jeune femme ne répondit pas. Elle se contenta d'ignorer les remarques des chevaliers et continua d'attaquer. Elle généra une espèce de miroir qu'elle projeta contre les chevaliers nobles, les tenant à l'écart pendant quelques secondes, avant de projeter une puissante attaque par le biais de deux ailes d'énergie qui envoyèrent valser les deux chevaliers. Profitant du coup, elle se lança à leur poursuite, retournant son sceptre afin d'envoyer vers les nobles des sphères d'énergie translucides qui manquèrent de justesse de s'écraser sur eux. Ils furent sauvés par Mordred, qui, supervisant le combat, s'interposait régulièrement pour dévier les attaques devant s'écraser sur sa brigade d'un coup d'épée.

Soichiro quant à lui n'avait aucune difficulté à rivaliser avec Tristan et Lancelot. Ces derniers ne parvenaient pas à maîtriser la puissante épée flamboyante qu'arborait le serviteur de Zetsubô. Il suffisait qu'elle touche le corps d'un de ces guerriers pour le réduire en cendres, alors ils devaient procéder avec prudence. Souvent ils esquivaient de justesse le coup de l'ex-oiseau, grimaçant d'embarras face à l'offensive irréprochable menée par l'homme d'expérience. Lorsque Bors le jeune surgit de derrière, voulant mener une attaque surprise, il fut paré de manière totalement naturelle par l'épée de glace, avant de se faire envoyer valser par l'attaque surprise de Hakaze, qui, en totale coordination avec son père, avait profité du simplement moment de recul pour percuter l'homme aux cheveux noirs. Mais alors qu'il se faisait projeter au loin, vers une issue fatale, Mordred se jeta sur lui, lui attrapant la main pour le renvoyer avec une force colossale sur la jeune femme. Soichiro brandit son épée afin de la mettre en travers de l'attaque, mais Arthoria et Arthur, qui étaient revenus sur le champ de bataille, en profitèrent pour tous deux bondir sur le père d'Athéna qui, trop occupé par le sort de sa fille, fut plaqué violemment contre le sol.

Le père et la fille se firent projeter dans la même direction, là où les attendait Mordred, arme à la main, chargeant une puissance dévastatrice dans son épée qui semblait être un cri vengeance elle-même. Lorsque les deux individus furent à portée, il frappa de toutes ses forces en hurlant un « C'est pour toi, mon ami ! » , qui retentit dans l'espace dans lequel nous nous trouvions comme un hymne à l'affrontement, au courage, et à la liberté.

Mais Soichiro n'allait pas se laisser avoir si facilement. Canalisant sa puissance dans ses mains, il put agripper à mains nues l'épée et s'en servir comme appui, attrapant sa fille grâce à son épée, pour ensuite laisser cette dernière projeter la puissance d'Athéna directement sur le pauvre Mordred qui grimaça de douleur avant de se faire projeter contre le mur, juste à côté du corps inerte de son disciple.

Les chevaliers nobles attaquèrent de nouveau tandis que leur chef tentait de se relever, mais Hakaze les notifia avant qu'ils ne passent à l'attaque.

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- Seiki no Mahô ! Judge's scale !

Cette incantation me glaça le sang. Comment Hakaze pouvait-elle maîtriser un sort qui était propre au juge du sanctuaire céleste, Voltanis !? Je déglutis, cela me faisait peur, et ma peur n'était que plus grande tandis que je constatai que le sort du juge avait été effectué, et que tous les chevaliers nobles, moi, et Daisuke fûmes pris par la gravité qui nous força à nous coucher, face contre terre, nous empêchant de nous mouvoir tellement la force nous oppressant était puissante. Pourtant, normalement la balance du juge n'affectait que les humains qui n'étaient pas liés au monde des esprits...Alors comment… ?

- Ma tante était décidément bien rebelle...Soupira Hakaze. Rebelle au point de maîtriser la balance du juge et à l'adapter à l'inverse pour ne toucher que les personnes liées de très près au monde des esprits du duel. Abandonnez, les chevaliers nobles. Vous n'avez aucune chance de nous vaincre.

- Dire que tu utilises les pouvoirs d'Athéna pour vaincre ses propres camarades, Hakaze...Grogna Mordred. De tous les propriétaires que j'ai eu, tu es la plus abjecte…

- Je suis désolée, Mordred. Répondit Hakaze, le regard voilé par la tristesse. Je comprends ta haine envers moi...Mais je refuse de perdre mon père dans cette guerre, peu importe le prix que cela doit me coûter. Je suis revenue du futur pour le sauver, et non pour le laisser mourir.

Revenue...Du futur… ? Hakaze était venue du futur pour changer le passé… ? Était-ce possible déjà… ? Avait-elle fait comme Daisuke voulait faire… ? Accéder à cet endroit que seule July et moi connaissions intimement… ? Non, ce n'était pas possible.

L'ensemble des chevaliers nobles resta abasourdi face à cette révélation. Seul Soichiro ne fut même pas surpris par ce qu'avança sa fille. Il se contenta de soupirer avant de reprendre.

- Je savais que tu étais étrange depuis un moment avant votre voyage dans le passé. Dit-il à sa fille. Donc tu es venue du futur pour me sauver ? Suis-je mort dans le futur ?

- Non. Répondit-elle à son père. Mais tu t'es enfermé dans la forêt en condamnant l'entrée. Tu as appris pour Fujii et ce qu'il a fait à ma tante et maman, et tu es rongé par la culpabilité. J'ai remonté le temps pour le tuer avant que tu ne le saches.

- Mais finalement j'ai tué Fujii avant que tu ne puisses agir n'est-ce pas...Soupira le père. Alors pourquoi combats-tu encore maintenant à mes côtés si ton objectif est rempli, Hakaze ? Tu risques d'offrir le monde à Zetsubô n'est-ce pas ?

La fille s'arrêta quelques secondes, se mordant la lèvre tandis que la gravité nous oppressait toujours de par sa puissance phénoménale. Lorsqu'elle reprit, ce fut une bombe qu'elle lâcha.

- Dans la première ligne du temps, Zetsubô a gagné. Avoua-t-elle finalement. J'ai tellement été focalisée sur ton bonheur que je n'ai même pas fait attention que Zetsubô gagnait du terrain. J'ai placé quelques cartes pour contrecarrer ses plans...Mais finalement, cela n'a pas été suffisant. Alors je protégerai ce que j'ai de plus cher, si de toute façon Zetsubô doit gagner. Je ne causerai pas une mort irréversible de plus.

- Je vois...Répondit son père. Même si tu dois me suivre, moi qui ai rallié Zetsubô, tu te dis que de toute façon il a déjà gagné donc au moins tu me protèges…

Il s'arrêta quelques secondes, avant de reprendre, cette fois d'un ton moins las qu'avant.

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- Très bien, entama-t-il. Je vais vous dire le pourquoi j'ai rallié Zetsubô. Pendant qu'Erika et Laila se livraient bataille ici, Katsuo Yamada est revenu me voir. Il a scellé ses pouvoirs devant moi, me disant que cette fois, ses pouvoirs mourraient avec lui s'il venait à perdre.

Il marqua une pause avant de reprendre, l'air frustré.

- Zetsubô à scellé ses pouvoirs. Personne ne pourra devenir le nouveau Zetsubô. Pour que son règne s'arrête il faut le détruire, et détruire son pouvoir avec lui...Seulement...Le pouvoir de Zetsubô provient du monde des esprits. Il a détourné la source d'alimentation en pouvoir du monde des esprits pour créer le monde du désespoir, qui se trouve dans une dimension similaire à celle du sanctuaire céleste. Et ce pouvoir est celui qui permet au monde des esprits d'exister.

- Ne me dis pas que...S'étrangla Hakaze en écarquillant les yeux.

- Si Zetsubô meurt, le monde des esprits sera emporté avec lui...Avec tous les esprits du duel l'habitant. Déclara Soichiro, meurtrit. Des milliards de vie mourront en même temps que Zetsubô ne s'éteindra, ce monde qui a hébergé ta mère et ta tante, qui m'a fait connaître tant de personnes que j'aime, qui prend soin de ma génération future...Je ne peux me résoudre à le laisser mourir…

Je restai figée sur place. Soichiro ne s'était pas rallié à Zetsubô en raison de ses idéologies, ni par une quelconque manipulation. Il protégeait Zetsubô car ce dernier avait lié son pouvoir à sa propre vie, condamnant le sort du monde des esprits tout entier… ? Même pour moi, sacrifier ce monde complet était quelque chose de bien trop difficile à envisager pour continuer à combattre. Je pouvais comprendre ce que faisait Soichiro, mais choisir entre deux mondes ? Le monde des humains et le monde des esprits ?

Pour que l'un continue à vivre, l'autre devait soit être détruit, soit être sous la coupe de Zetsubô… ?

- Maintenant que vous savez pareille chose, reprit Soichiro, vous, chevaliers nobles, habitants de ce monde des esprits, pouvez-vous continuer à vous battre contre moi ? C'est votre vie que je protège en me dressant contre vous !

Hakaze baissa la tête, serrant les poings. Je sentais que sa détermination déjà bien trempée pour protéger son père ne s'était que renforcée à l'idée de protéger le monde des esprits qui comptait tout autant pour elle que pour son père. Les chevaliers nobles, eux, restaient au sol, toujours sous la pression du sort de Voltanis le juge qui ne m'épargnait pas vraiment non plus. J'étais résignée. Moi non plus je ne pouvais pas me dresser contre la vie des esprits du duel de monstre qui m'avaient tant apporté par le passé…

Mais quelqu'un se dressa contre Soichiro, à la surprise générale. Ce quelqu'un se leva, malgré la puissance qui nous muselait tous, et ce quelqu'un, c'était Mordred. Le chevalier se leva difficilement, se raccrochant à son épée qu'il planta dans le sol afin de ne pas céder à la pression du sort de Hakaze.

- Nous sommes prêts à mourir, nous les chevaliers nobles. Déclara-t-il avec détermination.

- Comment !? Lâcha Soichiro, visiblement abasourdi par ce que dit Mordred.

- Je l'ai dit à mon jouvenceau il y a des années, reprit Mordred. Nous les esprits du duel, par notre immortalité liée à ce monde, par notre vécu, par nos années d'expérience, nous avons vu de nombreuses vies s'éteindre. Nos maîtres que nous aimions tant se sont tous fait prendre par la mort les uns après les autres, nous laissant errer à la recherche de quelqu'un à aimer, encore et encore...Dans un cycle perpétuel...Pensez-vous que c'est une existence qui vaut la peine d'être vécue encore et encore !?

Soichiro et Hakaze ne comprirent pas le sentiment de Mordred, mais moi je pouvais le sentir...La tristesse. Le regret. L'impuissance...Je compatissais avec le chevalier tandis que je pensais à July qui s'était fait emporter par le destin sans que je ne puisse rien faire…

- Chevaliers nobles ! Hurla Mordred qui peinait à rester debout. N'oubliez pas le pourquoi vous vous êtes scellés ! Nous étions tous fatigués de vivre ces peines, ces déchirements, encore et encore ! Rappelez-vous tout ce que nous avons traversé, de la première guerre avec Zetsubô jusqu'à cette traque immonde ayant pris tant de vies ! Rappelez-vous de toutes ces souffrances, la mort n'est rien en comparaison à ce que nous avons traversé ! Levez-vous, mes frères d'armes, et dressons-nous contre le règne de Zetsubô qui ne fera qu'emporter encore plus de vies, car nous avons baissé les bras !

Les paroles de Mordred résonnèrent dans l'espace de bataille pendant quelques secondes, laissant le père et la fille subjugués par ce discours. Le chevalier resta droit, malgré toute la puissance qui l'acculait, dévisageant Soichiro qui ne comprenait vraisemblablement toujours pas comment un être pouvait se condamner à mort de la sorte. Mais les autres chevaliers nobles réagirent de la même façon. Tous les cinq se levèrent difficilement à leur tour, prenant le dessus sur leur incapacité à se mouvoir, pour se dresser devant le serviteur de Zetsubô…

- Nous sommes d'accord...Grogna Bors le jeune. Ce n'est rien face à tout ce que l'on a vécu. Toutes ces âmes que j'ai aimé...Elles refuseraient de me voir abandonner ainsi…

- Tu as raison...Shishou...Bégaya une voix à moitié éteinte.

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Nous nous retournâmes tous brusquement vers le corps de Hiroki qui commença à se mouvoir, à notre grande surprise à tous. Le jeune homme avait survécu à l'attaque colossale de Soichiro...C'était effrayant. Rassurant, mais effrayant. Le corps couvert de brûlures, encore fumant, il se dressait facilement sur ses deux jambes malgré le sort de Hakaze…

Lorsqu'il leva sa tête, il porta son regard sur Mordred. Les yeux à moitié morts, il reprit la parole, rythmé par la respiration saccadée, il reprenait son souffle à chaque mot qui sortait de sa bouche.

- Nous nous sommes scellés parce que nous avions mal...Que nous ne supportions plus la douleur...Et la mort n'est rien comparé à cette douleur qui nous torture chaque jour…

Il marqua une pause, avant de reprendre.

- Shishou...Je suis désolé de t'avoir fait souffrir au point d'avoir fait revenir Mordred...Brise mon sceau à moi aussi. Je veux ressentir la même douleur que toi...Maintenant.

- Je n'ai aucun droit d'objecter face à la décision que tu as prise, mon disciple...Non, mon fils…

Le chevalier noble projeta un éclat fin de couleur blanche sur Hiroki qui grimaça lorsqu'il se la prit. Comme Medraut, son corps afficha un espèce de filigrane de puzzle irrégulier qui se répandit sur tout son corps. Ce filigrane luisit d'un éclat mauve, avant de virer au vert...Et se brisa en mille morceaux.

Tout comme Medraut, Hiroki avait changé. Enormément changé. Il n'était pas redevenu le désespoir qu'il était, non. Il affichait un air beaucoup plus mature et rigide qu'il n'affichait habituellement. Son visage si doux et si empathique avait disparu pour ne laisser place qu'à une figure depuis laquelle ne se dégageait aucune émotion. Un homme rongé par la tristesse, par l'amertume, qui ne s'était pas abandonné aux ténèbres mais qui semblait respirer le chagrin. Ses habits avaient également changé. Il portait maintenant une longue cape noire qui se terminait sur une veste de la même couleur, ouvert sur un tee-shirt bleu nuit aux rayures azur. Lorsque Hiroki reprit la parole, sa voix était lasse, monotone, dénuée de vie.

- Cela faisait longtemps que je n'avais pas ressenti ce vide...Déclara l'intéressé, qui ne respirait plus étrangement. Cette douleur, cette peur, cette tristesse...Cela fait si longtemps…

- Hiroki...Murmura Mordred. Il ne fallait pas…

- Ne t'en fais pas, Shishou. Reprit le jeune homme sans émotion apparente. Il fallait que je le fasse. Pour qu'un esprit et un propriétaire puissent se lier, il faut que les deux soient en coordination en terme de sentiments, je l'ai appris de Toratura et Erika. Maintenant que je souffre autant que toi, Mordred, passons le contrat du monde des esprits.

Tout le monde fut abasourdi par la demande de Hiroki, moi comprise. Avait-il libéré toutes ses émotions négatives simplement par loyauté envers Mordred, et pour pouvoir se lier à lui ? Avait-il été si loin, se condamner à souffrir, simplement pour ressentir la même chose que le chevalier blond… ? La réponse semblait être positive. Aussi, Mordred ne se fit pas attendre, il répondit avec l'esquisse d'un sourire.

- Notre engagement prend fin ici et maintenant, Hakaze Namatame. Lâcha-t-il. Si Medraut est ton esprit du duel, Mordred, lui, n'a aucun compte à te rendre. Par la juridiction de Voltanis le juge, je prête allégeance à Hiroki Yamada et me lie à lui en tant qu'esprit du duel.

- Et nous faisons de même ! Hurlèrent tous les autres chevaliers en choeur, me choquant davantage.

Et tous luisirent de la même couleur, de laquelle Hiroki se mit à luire tandis que ses blessures furent pansées par l'alliance avec les chevaliers. Ses brûlures disparurent, sa respiration reprit son rythme normale, ses yeux reprirent vie...Et Hiroki fut remis sur pied, droit sur ses jambes, tandis que tous les chevaliers et lui furent libérés de l'emprise.

- Je ressens désormais toute votre tristesse, et toute votre détermination...Reprit le jeune homme. Et en tant qu'héritier de Katsuo Yamada...J'accomplirai vos œuvres…

Une puissance phénoménale, de couleur noire cette fois, éclata, semblant provenir de Hiroki lui même. Cette puissance était celle du désespoir...Maintenant que Hiroki semblait avoir brisé le sceau de ses sentiments, une puissance du désespoir s'éveillait en lui. Le désespoir de Hiroki, héritier de Zetsubô Yamada, se manifestait à son tour de manière aussi brutale que puissante, laissant se déchaîner toute l'énergie qui gagnait du terrain au fil des secondes. Je le ressentais, Hiroki était devenu aussi puissant que n'importe quel héritier de Zetsubô, tandis qu'il transférait aux chevaliers nobles le fruit de son désespoir. Une légion des ténèbres naissait alors sous nos yeux ébahis, tandis que Hakaze, encore sous le choc, murmura un « ce n'était pas censé se produire comme ça » que je parvins à lire sur les lèvres de la jeune femme, visiblement brisée par cette tournure des choses…

Lorsque la torrent s'estompa, nous constatâmes alors le vrai sens de ce changement drastique. Les yeux des chevaliers nobles ne dégageaient plus que des ténèbres, tandis que leurs auras s'étaient métamorphosées pour afficher encore plus de puissance et de détermination. Je tremblai face à ce revirement de situation. Hiroki, lui, reprit la parole.

- Nous n'avons plus de temps à perdre avec eux. Lâcha-t-il, las et indifférent. Nous n'avons aucune raison de les tuer alors que ce ne sont que des pions entre nous et Zetsubô. Partons, mes frères.

Hiroki et ses hommes se dirigèrent vers la flamme qui les séparait du portail, mais Soichiro, refusant de s'avouer vaincu, s'y dirigea à son tour. Se positionnant devant la porte vers Zetsubô, il chargea de nouveau sa flamme et sa glace, montrant qu'il n'était pas intimidé face à son gendre.

- Avec ou sans le désespoir, je ne te laisserai pas mettre en péril ce monde que j'aime. Dit l'homme, rigide. Tue-moi si tu veux passer.

- Puisque c'est si gentiment demandé. Répondit Hiroki en chargeant l'énergie du désespoir. Je vais exaucer ton souhait, viens donc.

Il n'eut pas le temps de finir qu'une énergie étincelante percuta Hiroki et lui fit légèrement perdre l'équilibre. C'était Hakaze, qui ayant repris ses pouvoirs d'Athéna, massacra du regard celui qui était le père de son fils. Celui-ci eut un léger rictus, mais alors qu'il était sur le point d'attaquer Soichiro, ce dernier fut touché par une attaque provenant de nulle part. Une flèche qui le propulsa au loin, le faisant s'écraser contre le mur, attaché par le vêtement comme une affiche par une punaise. Hiroki haussa les épaules et se dirigea vers le gouffre, repoussant d'un geste de la main les dernières attaques de Hakaze, tandis que moi, je scrutai de qui venait la flèche.

Un blond imposant, et un roux un poil plus frêle au regard déterminé. Voilà de qui venait l'attaque qui avait touché Soichiro. Hakaze les massacra du regard tandis qu'ils atterrirent sur le sol comme un boulet de canon dans une base adverse.

- Nous l'avons toujours pas retrouvée, avança le roux, semblant bien embêté. Dis Eikichi, tu es certain que tu l'as vue entrer dans ce bâtiment glauque ?

- J'en suis certain oui. Reprit le blond à l'allure imposante. De toute façon, nous avons une mission à faire. Regarde, il reste un serviteur de Zetsubô que l'on doit éliminer.

- Jamais vous ne toucherez à un seul de ses cheveux. Grogna Hakaze déjà en garde. Je vais vous tuer bien avant ça.

Une nouvelle bataille allait avoir lieu, alors que les candidats à la destruction de Zetsubô se faisaient de plus en plus nombreux.

Chapitre 180 : Pour l'amour de Rei-Chan / du sale gland Narrateur : Erika

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Il m'était impossible d'arriver jusqu'à Zetsubô. Chaque fois, il fallait que quelqu'un se mette en travers de ma route. J'avais tout quitté, mes amis, mon pays natal, ma sœur, pour arriver au Japon, puis j'avais de nouveau tout quitté pour échouer en France, et malgré tous ces sacrifices, il fallait encore que l'on me stoppe. J'étais pourtant si proche. Si près du but. Je n'avais plus qu'à vaincre Laila pour accéder à Kôsei et aux pouvoirs de Zetsubô, mais il avait fallu que ce dernier ne revienne pile au moment où l'issue entre moi et la femme allait être déterminée. Puis il avait fallu que Jessica surgisse de nulle part et qu'elle fasse une crise d'identité se soldant en l'apparition d'Akulia qui nous avait emmenées, elle et moi, deux étages au-dessous de la confrontation entre Soichiro et Laila.

Elle m'avait larguée dans cette salle dans laquelle nous étions isolées, elle et moi. Mais alors que je pensais qu'elle allait me sauter dessus à peine atterrie, elle se retrancha sur elle même en s'accroupissant. Je ne voyais pas son visage, mais je l'entendais sangloter, comme si elle se retenait de pleurer devant tout le monde mais qu'elle était arrivée à sa limite.

- Pourquoi il a fallu que tu crèves sale gland...Grogna-t-elle d'une voix affaiblie par les larmes. Chaque fois que je me fais un ami il finit par crever de la main d'un psychopathe.

- Jessica… ? Bégayai-je avec prudence, constatant l'état de la jeune fille. Je pense qu'il serait plus sage de –

Je n'eus pas le temps de terminer que la blonde effrontée releva la tête vers moi. Son visage humidifié par les larmes affichait non pas de la tristesse mais de la haine tandis qu'elle me dévisageait avec toute la méchanceté du monde dans les yeux. Je compris alors que j'étais tenue responsable de la mort de Kôsei.

- T'as vraiment mal tourné gros nibards...Lâcha Jessica en séchant ses larmes. Tu te rends compte de la merde que t'as foutu… ?

Je ne lui répondis pas. Je ne pouvais pas m'étaler sans savoir ce que savait exactement l'actuelle petite ami de Rei-Chan à propos de ma trahison. Il n'aurait pas été sage que je lui dise des choses qu'elle ignorait.

- C'est dégueulasse...Murmura la blonde aux yeux verts, qui semblait vraiment contrariée. Je pensais vraiment avoir trouvé des personnes sur qui compter, quand on s'est affrontées dans le passé tu m'as confié le futur...Et finalement tu nous a tous trahis...Pourquoi t'as fait ça alors que je te faisais confiance pour guérir Rei?

- Même si je te le disais tu ne le comprendrais pas. Soupirai-je. Il y a des choses qui sont difficiles à concevoir pour les personnes n'étant pas liées de manière directe au conflit.

- Ah parce que je suis pas liée au conflit moi peut-être !? J'ai ce foutu lézard qui date de 5000 ans, j'ai mon keumé qui est descendant de Zetsubô, je perds Kôsei...Et t'oses me dire que je ne suis pas liée au conflit !?

- Tu n'y es pas liée de manière directe, c'est ce que je veux dire. Moi, Laila, et Ren avons vécu notre vie entière dans l'attente de cet affrontement final avec Katsuo Yamada. Nous sommes prêtes à mourir comme à tuer pour vaincre le désespoir, et nous avons en conséquence une logique qui surpasse la tienne. Tu ne pourras jamais comprendre les choix que j'ai fait.

Elle me cracha à la figure en guise de réponse.

- Je m'en tape de tes excuses. Grogna-t-elle. T'as toujours fonctionné comme ça. Tu donnes espoir à Reisuke, tu l'accompagnes en étant toujours derrière-lui en toutes circonstances, et puis un jour tu décides que tu le lâches pour aller je ne sais où ou changer de camp, et c'est toujours lui qui se retrouve sur la paille. Tu te rappelles pas du bordel que tu as foutu dans sa tête dans le monde des esprits !? Et là, c'est quoi ce plan, attaquer Laila alors qu'elle est face à Zetsubô ? T'as quoi dans ta tête à part du fromage blanc ma poule !?

- Écoute Jessica, repris-je agacée. Zetsubô est de retour, et les explications de ma trahison ne feront rien avancer. Ecarte toi pour que je puisse prendre congé et aller directement affronter Katsuo ou je me ferai un chemin moi-même.

- J'étais pas venue pour parler ça tombe bien. Enchérit Jessica qui semblait vouloir en découdre. J'suis venue pour te faire payer une bonne fois pour toutes tout ce que t'as fait à Kôsei, Laila et Rei. Une fois que t'auras pris ta branlée, je me chargerai personnellement de papy désespoir, vu ?

Une tension se construit entre la jeune fille et moi. Cela ne me faisait guère plaisir à vrai dire, de devoir gaspiller mes pouvoirs pour affronter du menu fretin alors que Zetsubô était déjà de retour. Alors j'allais devoir en finir assez rapidement, sans pour autant utiliser trop de puissance, afin d'être certaine d'avoir une chance de vaincre. Mais en y réfléchissant, cela pouvait être une bonne occasion. Je pouvais la vaincre, m'emparer d'Akulia, le dragon qui avait vaincu Zetsubô, et l'allier à mes propres pouvoirs pour vaincre le désespoir plus facilement. Après tout, nous n'étions jamais assez prudents lorsqu'il s'agissait de vaincre Zetsubô mais, étais-je prête à sacrifier Jessica sur l'autel de la paix ? Je m'imaginais mal la jeune femme me donner son dragon, même si elle devait ramper pour se battre...Alors il allait falloir que la tue pour accéder à cette puissance.

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Je fus interrompue dans mes pensées par une douleur intense. Jessica ne s'était pas faite prier, elle s'était propulsée sur moi à une vitesse folle pour me fracasser au sol d'un coup de poing fulgurant entouré de lumière verte translucide. Mes yeux s'écarquillèrent tandis que je me dégageai du sol in extremis avant qu'elle ne m'enchaîne. Quand et surtout comment Jessica avait développé une telle vitesse ?

Il fallait que je me concentre. Apparemment, la blonde avait obtenu un nouveau pouvoir dont j'ignorais la provenance, et elle était suffisamment rapide pour rivaliser avec moi. Il fallait que je détermine précisément ses aptitudes, et que j'agisse en conséquence. Ainsi je pris du recul et déployai mon bras droit tandis que Jessica, elle, fonça de nouveau vers moi. Mais lorsqu'elle fut proche, elle fut stoppée par une barrière translucide similaire à celle que Zetsubô avait créée pour m'empêcher de l'atteindre, la laissant s'acharner sur le miroir transparent qui contenait pour le moment la rage de la blonde.

- T'es qu'une lâche ! Grogna la jeune fille qui s'acharnait sur ma barrière comme un animal enragé. Ramène ton cul que je te le botte sale petite merde !

- Tu peux dire que je suis une lâche, repris-je. Cela ne me dérange pas. Nous en sommes en guerre, Jessica. Se battre à la loyale ne sauvera ni ta vie, ni celle de ceux que tu aimes. Arrête d'être une gamine qui se croit dans un combat de rue ! C'est le sort du monde qui est en jeu !

- Comme si tu te préoccupais du sort du monde. Cracha Jessica. Si vraiment tu t'en occupais tu aurais détruit la fondation du futur depuis bien longtemps pour empêcher le réveil de Zetsubô. Mais t'as vécu ta petite vie en attendant que tout s'effondre, simplement parce que tu voulais ta part du gâteau. Tu me dégoûtes, rien qu'en te regardant j'ai envie de te crever.

Je soupirai. Jessica ne comprenait strictement pas ce que je voulais dire. Elle était toujours aussi butée que d'habitude, et entamer un dialogue avec elle n'était juste pas possible. Je repensai à Miyako qui, au procès, s'était arrachée les cheveux face à elle, et je compatis en comparant à cette situation présente. Il était impossible de faire entendre raison à un tel concentré de mauvaise foi.

Alors je brisai la barrière, et ce fut à mon tour d'attaquer. Je générai la lame d'énergie Ishitunzi procurée par le désespoir avant de me ruer sur Jessica qui, ne faisant toujours pas appel aux pouvoirs de son dragon, réussit à contenir les attaques que je lui infligeais à mains nues, grâce à l'énergie qui s'en dégageait. Je ne comprenais pas d'où venait ce pouvoir. Jessica avait sacrifié toute son énergie magique pour rester avec Hiroki dans les terres du sanctuaire céleste. Mais cette puissance était bien trop forte pour être le fruit d'une simple shungite. La maîtresse d'Akulia cachait quelque chose dans sa manche, mais quoi… ?

Elle déviait toujours mes attaques, et était assez rapide pour m'en envoyer d'autres en simultané. Lorsqu'elle avait besoin d'un moment pour se reprendre elle m'envoyait une puissante décharge que je devais encaisser avec un peu de recul, avant de reprendre de plus belle dans un échange de coups et d'attaques s'entrechoquant les uns sur les autres. C'était éprouvant. Un peu plus que lors du combat avec Laila même. A vrai dire, il suffisait d'un regard pour comprendre que leur style n'était pas le même. Laila était une habile utilisatrice de sorts alors que Jessica était d'une force colossale mais avait l'intelligence d'un footballer de première division. Elle fonçait tête baissée, emportée par ses sentiments, sans même se soucier d'un quelconque éventuel piège.

Et c'était là sa faille. Emportée par sa haine, elle n'avait d'yeux que pour moi. Ainsi je cessai mon offensive et la laissai gagner du terrain, esquivant bien sûr tous ses coups qu'elle tentait de me faire, tandis que sur mon chemin, grâce à mes pas, je disposais des marques bleues translucides au sol que ne notifia même pas mon adversaire. Une fois les 14 marques placées, elles luisirent, sous le regard étonné de Jessica qui venait tout juste de le remarquer.

- Merde ! Grogna-t-elle. Qu'est-ce que !?

- J'en appelle aux 9 piliers du désespoir, criai-je, le cercle de Lithemba !

Neuf piliers sortirent des lumières que j'avais dispersées au sol. De l'énergie du désespoir s'accumula dans les neuf piliers tandis que les cinq autres emplacement luisirent et apportèrent de la puissance à mon sort. De l'énergie du désespoir gravitait en permanence entre les neuf piliers, enfermant Jessica dans une prison de puissance dont elle ne pouvait s'échapper. C'était ma version modifiée du sort de Laila. Un patch apporté pour que l'attaque soit encore plus dévastatrice. Tandis que la puissance se chargeait de plus en plus, je repris la parole.

- Je t'ai dit de ne pas te mettre en travers de ma route, mais tu t'obstines à vouloir te dresser contre moi. Ce n'est pas de gaieté de coeur que je fais ça, mais adieu, Jessica Leocaser.

- Tu crois vraiment que tu vas me tuer avec un truc aussi débile !? Hurla Jessica, arrogante mais prise au piège. Regarde ce que j'en fais de ton truc !

Une demi seconde suffit pour que la puissance de Lithemba s'écrase sur la jeune fille dans un vacarme assourdissant soulevant une épaisse fumée grise qui ensevelit bientôt l'espace entier. Par prudence, je me reculai, mais je savais au fond que Jessica en l'état était incapable de résister à un sort pouvant annihiler un monstre aussi puissant que ne l'était Dreadroot d'une seule attaque. Mais à ma grande surprise, lorsque le nuage de fumée de dissipa...Jessica était toujours de bout. Pire encore, ses yeux verts luisaient d'un éclat étrange tandis que sa tenue s'était drastiquement changée. Elle portait une armure rouge ainsi qu'une jupe d'une même couleur, tandis que ses jambes étaient couvertes par des bas couleur cramoisi. Mais pire encore, elle se tenait à une singulière épée plantée dans le sol. Une épée toute colorée de vert sur laquelle semblaient incrustées des dents de dragon, ainsi qu'un œil vert ressemblant étrangement à celui d'Akulia qui semblait me scruter d'un air menaçant. Jessica me lança un regard assassin qui me glaça le sang, moi, qui étais pourtant pleine d'assurance et de confiance en moi…Je déglutis. Comment avait-elle survécu ? Et comment s'était-elle métamorphosée de la sorte !?

- Je suis trop gentille parfois. Me lança la blonde d'une voix profonde et animée d'une haine immense. J'ai voulu te laisser une dernière chance de demander pardon, et toi tu y vas direct pour le kill...T'es irrécupérable.

- Co...Comment… ? M'étranglai-je face à elle. Comment as-tu échappé au sort… ?

Un rictus malsain se dessina sur le visage de la descendant de Yiskha. Un air hautain qui me prit de haut avec un charisme si fort que je perdis mes moyens l'espace de quelques secondes.

- Moi aussi j'ai menti. Lâcha-t-elle. T'es pas la seule à avoir manipulé des gens ma couille. J'ai pas du puiser dans mes pouvoirs pour rester en vie dans le sanctuaire céleste. C'est l'excuse officielle que m'a donnée Voltanis pour pas avouer qu'il m'avait autorisée à rester dans le sanctuaire. Alors je me suis entraînée en secret tout ce temps, pour porter mes pouvoirs à maturité, et me voilà maintenant. C'est simple n'est-ce pas ?

- Pourquoi les avoir caché...Je ne comprends pas...Tu aurais pu être utile plus d'une fois pendant la guerre…

- Contrairement à toi, Erika, je pense aux autres. A cause de ces pouvoirs j'ai perdu ma bande de lascars, et aussi Toby et sa sœur. Chaque fois des tarés veulent mes pouvoirs, donc cette fois je les ai caché pour protéger les pères de mes gosses tout simplement.

Je restai muette. Cette révélation était très contrariante. Ainsi Jessica était en pleine possession de ses pouvoirs, et pire encore, elle les avait portés à maturité...Donc je n'avais plus une simple jeune fille avec un dragon en face, mais une personne capable de rivaliser avec moi, voir même de me dépasser. Comment allais-je pouvoir m'économiser alors que Jessica était soudain devenue radicalement plus puissante ?

- Psychokinesis ! Hurla Jessica en faisant en geste de bras en ma direction.

J'eus à peine le temps de réaliser que la jeune fille avait soulevé des tas de parpaings pour les projeter directement contre moi. Il me fallut cinq secondes pour les éviter et les neutraliser, juste cinq secondes pour que je m'extirpe d'un piège, avant de tomber nez à nez avec le sourire carnassier de Jessica qui me fracassa contre le mur d'un coup d'épée que je pris en pleine face. Incapable de me rattraper, je m'écrasai contre la paroi, lâchant un cri de douleur accompagné de régurgitations de sang. Je me relevai, un goût amer de défaite mêlé à celui de mon sang. Comment avais-je pu négliger une telle éventualité ?

Jessica attaqua de nouveau, se propulsant à une vitesse folle jusqu'à moi pour tenter de me planter son épée dans la poitrine. Mais ses intentions meurtrières furent stoppées net sans que je ne le demande. Toratura s'était interposée entre elle et moi, me revêtant de son armure, cette fameuse qui avait dévié les attaques de Laila, et qui était assez puissante pour contenir la puissance de feu de la fondation du futur. L'épée buta contre mon armure et fut déviée, tandis que je profitai du contre coup pour me saisir de l'autre bras de la jeune fille, que je compressais par la puissance de ma main. Jessica lâcha son arme, utilisant sa main droite pour tenter de m'asséner un coup de poing dans la figure, mais je le bloquai de mon autre main libre. Nous nous engageâmes dans un bras de fer. La puissance de son poing tenue dans la paume de ma main tandis qu'elle devait se débattre de mon emprise. Je grimaçai, elle fit de même, mettant chacune toute notre force physique pour se débattre de l'autre. Nous nous dévisageâmes, l'espace de quelques instants. Le regard de l'une plongé dans celui de l'autre, nous nous fixâmes sans relâcher la pression.

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Nous fûmes toutes les deux surprises par une lumière qui s'interposa entre nous. Elle devint rapidement plus grosse jusqu'à nous aveugler totalement, me forçant à plisser les yeux et à lâcher la force que je mettais contre mon adversaire.

Lorsque je rouvris les yeux...Je n'étais plus dans l'espace de bataille. J'étais devant une maison en train de brûler, dans un quartier de bidonville. A en juger par le type de décor, c'était Satellite, la même que j'avais visitée lorsque j'étais revenue dans le temps avec Hiroki, Reisuke, et Hakaze. Pourquoi étais-je ici ? Devant cette ruine en train de brûler ?

Je fixai la maison, et soudain, j'entendis comme une voix dans mon esprit même. Une voix grave, mais féminine, profonde et emplie de détermination : la voix de Jessica.

- J'étais seule. Dit la voix semblant résonner dans l'espace. Mario, Elvis, Maman, Papa, Toby, Misty...Vous êtes tous morts simplement parce que vous étiez proches de moi, qui possède ces pouvoirs. Parce que j'ai ce dragon et les pouvoirs psychiques, j'attire toujours un psychopathe qui finit par tuer tous ceux que j'aime. Cela changera. J'ai rencontré des personnes formidables qui m'ont acceptée telle que je me montre...Et je ne veux pas qu'ils subissent le même sort que vous. Je tuerai quiconque les menace, quiconque les trahit, quiconque veut les utiliser pour une quête de pouvoir, je vous en fais la promesse.

Mes yeux s'écarquillèrent. Étais-je...Dans les pensées de Jessica ? Dans ses souvenirs ?

Je n'eus pas le temps de me poser la question que j'étais déjà revenue sur le champ de bataille, face à Jessica, qui semblait toute aussi choquée que je ne l'étais. La jeune fille était loin de moi, respirant aussi fort que moi, de manière aussi saccadée. Deux questions me traversaient la tête : Étaient-ce vraiment ses souvenirs, et si c'était le cas...Jessica avait-elle vu quelque chose me concernant ?

- Erika...Dit-elle en me dévisageant, affichant un air d'incompréhension. J'arrive pas à y croire…

- Qu'as-tu vu ? Lançai-je glaciale, redoutant le pire. Réponds-moi !

- Si j'ai raison, tu as vu ma résolution à protéger Reisuke et les autres n'est-ce pas ? Reprit Jessica. Je crois qu'on a toutes les deux vu la motivation la plus profonde de l'autre.

Impossible. Jessica aurait vraiment tout vu, au plus profond de moi ? Non, c'était du bluff. Du simple bluff. Il n'était pas difficile de deviner les motivations profondes de l'héritière de Yiskha. Elle pouvait les afficher ouvertement et prendre le risque, qu'aurais-je vu d'autre après tout ? Il ne fallait pas que je me laisse perturber par cette chose venant de je ne savais où. Au contraire, je devais rester droite et rigide pour vaincre. Mais devant mon absence de réponse, Jessica s'énerva. La lumière qui l'entourait devint vraiment plus puissante qu'elle ne l'était précédemment, pour s'activer comme lorsqu'elle allait invoquer Akulia le gardien de la porte des étoiles.

- Tu te rends vraiment compte de ce que tu vas faire à Reisuke !? Hurla Jessica les larmes aux yeux. Mais t'es complètement malade ou ça se passe comment dans ta tête !? Comment tu peux penser une seconde que je vais te laisser t'en tirer comme ça ! Je vais te détruire, Erika Kurenai ! Je vais te détruire si fort que jamais tu ne pourras le trahir une nouvelle fois !

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Le ciel sembla se fendre en deux tandis que résonna le grondement de fureur d'un dragon qui fit trembler les nuages et se faire soulever le vent, déclenchant une véritable tempête. Ce qui était le plus surprenant, tandis que je peinais à maintenir mon équilibre face à la pression atmosphérique, n'était pas la force ni le hurlement du dragon, mais le fait que celui de sa propriétaire couvrait sa voix. Jessica n'avait plus une once de raison. Elle n'en avait déjà pas beaucoup, mais en cet instant précis elle n'avait plus rien. Ainsi l'épée qu'elle tenait dans ses mains disparut dans de fines particules de lumière qui formèrent rapidement le dragon fait d'or et de blanc. Le gigantesque gardien de la porte des étoiles, Akulia. Celui qui avait vaincu Zetsubô par le passé, cette fois non pas en discorde avec sa propriétaire, mais aussi enragé qu'elle. Il était venu, détruisant la quasi totalité de l'étage sur lequel nous nous trouvions. Je construisis in extremis des colonnes qui firent tenir l'Underground tandis que Jessica, elle, se mit en garde pour combattre aux côtés de son monstre.

- Impressionnant, souris-je. Je ne suis décidément pas sortie de l'auberge avec toi sur ma route. Mais moi aussi, je peux jouer à ce petit jeu.

Je claquai des doigts, faisant apparaître Vénominaga et Toratura à mes côtés. Les deux princesses reptiles sifflaient, méprisantes envers Akulia qui ne se laissait pas convaincre par les deux reptiles. Le dragon rugit tandis que Jessica se jeta sur moi à une vitesse phénoménale. Je m'élançai vers elle également, chargeant la lame du désespoir, Ishitunzi, face aux pouvoirs psychiques grandissants de Jessica. Nous nous croisâmes l'espace d'une seconde, mais aucune de nous n'atteignit l'autre. Nous nous contentâmes d'échanger nos places tandis qu'Akulia et les reines venimeuses se battaient encore.

J'entendis un bruit derrière moi, un bruit étrange. Alors je me retournai afin de voir une menace éventuelle, mais je fus bien plus surprise que si c'était une attaque de Jessica. Elle s'arrêta d'ailleurs également, fixant le blond étant sorti de littéralement nulle part, Kentaro Yamada, son fils.

- Rentre dans le monde des esprits. Lui ordonna sa mère. Si t'es venu pour me prêter main forte, tu peux te casser, je réglerai ça seule.

- Tu crois vraiment que je viendrais t'aider ? Ricana son fils. Tu te sous-estimes maman.

Il me lança un regard glacial, lui qui d'habitude était si frivole et extraverti, il me méprisait totalement, non, il m'assassinait du regard même. S'il avait pu me tuer, il l'aurait fait, mais il laissait son plaisir à sa mère, cela se sentait.

- Tu n'as pas besoin de moi pour vaincre une merde pareille. Lâcha-t-il, implacable. Si tu oses perdre contre cette personne, tu n'es plus ma mère, vu ?

Jessica s'arrêta quelques secondes, tandis que je restais sur mes gardes. Lorsqu'elle ouvrit la bouche, elle ne sermonna pas son fils, elle ne lui dit pas de se reprendre, elle se contenta de consentir.

- Vu. Reprit-elle, déterminée. Évite juste de raconter à ton père ou a ton oncle ce qui va se passer. Histoire qu'ils ne me voient pas encore plus comme un monstre.

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Elle enclencha quelque chose en elle. Quelque chose de puissant qui apparut et disparut en quelques secondes. Je reculai instinctivement vers l'extérieur tandis qu'Akulia, lui, était revenu en Jessica. La jeune mère projeta un cercle d'énergie qui se dessina autour d'elle et moi, me prenant totalement au piège. Je ne pouvais sortir de ce cercle, c'était impossible. La blonde, elle, brillait désormais d'une intense lumière jaune aveuglante qui engloba l'engloba rapidement, rageant autour d'elle comme des flammes qui se répandaient autour d'un foyer d'incendie.

Des tas de projections sortirent d'un seul coup de Jessica, déployant un décor qui ressemblait à l'univers lui même tandis que la blonde, les yeux vers le ciel, murmurait une incantation m'étant à moitié inaudible. Je tentai de l'attaquer en y mettant le pouvoir du désespoir, mais rien n'y faisait, Jessica était protégée par ces flammes, intouchable, tandis qu'elle déployait son sort.

- Sonder les cieux, ouvrir les cieux... Étoiles à travers l'univers, montrez-vous à moi de tout votre éclat! Tetrabiblos, je suis le maître des étoiles. Mon aspect est la perfection.

- Cette incantation… ! M'exclamai-je. Impossible ! Cela ne peut pas être –

Jessica ouvrit les yeux, dans lesquels je pus discerner le signe distinctif que je redoutais. Le reflet d'un dragon dans l'un des ses yeux, le reflet du sanctuaire céleste dans l'autre.

- Ouvre ta porte sauvage! Reprit la jeune fille. Les 88 étoiles du ciel entier... brillez! Urano Metria!

Les étoiles se déchainèrent. L'espace lui même sembla réagir face au sort le plus puissant du gardien des étoiles, et pour cause, c'était ce sort, l'originel, qui avait permis à Yiskha Leocaser de vaincre Zetsubô la première fois. C'était cette puissance colossale provenant des constellations elles mêmes qui s'abattaient du ciel directement sur l'underground, tandis que j'étais leur première et unique cible.

J'avais peur. Considérablement peur. J'étais paralysée, incapable de lever le moindre petit doigt. Tremblante, je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi grandiose que l'Urano Metria si proche de celui invoqué par Yiskha. Je devais me ressaisir, je ne pouvais pas perdre si proche du but. Je ne pouvais pas laisser derrière moi tous ces sacrifices, laisser derrière moi le passé et le futur, et laisser mon objectif final de vaincre Zetsubô derrière…

Pourtant, je ne parvins pas à lever ne serait-ce que le petit doigt face à cette puissance qui s'écrasa sur moi de pleine face, emportant avec elle ma motivation, ma confiance, mes efforts, et ma volonté. Je lâchai un hurlement de douleur. Cela me faisait horriblement mal physiquement, mais encore plus mentalement. Je refusais de me laisser vaincre si facilement, peu importe combien son sort était puissant et redouté du désespoir lui même. Je ne voulais pas, c'était hors de question. Même si j'avais mal, même si je pleurais comme une enfant tellement j'avais mal, même s'il était plus sage de renoncer dans l'état dans lequel j'étais, je ne pouvais pas renoncer, c'était impossible.

- Heir of Hope ! Hurlai-je dans un cri à moitié couvert par l'impact que je subissais. Rei-Chan !

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La peine cessa. Mon corps ne me faisait plus mal. Moi aussi j'avais généré une matière aforme extrêmement puissante qui était venue en l'espace d'une seconde entrer en collision avec l'Urano Metria de Jessica et l'avait affaibli considérablement, me laissant supporter le restant de l'impact avant qu'il ne s'estompe. Jessica et Kentarô restèrent bouches bées devant ce que je venais de faire, mais je ne prêtais pas vraiment attention à eux.

J'étais sur les genoux, je pleurais, je hurlais, j'en voulais au monde entier. Je venais de perdre l'une des choses les plus précieuses que je possédais, et elle avait laissé derrière elle un vide immense que je n'allais jamais pouvoir combler. Le pouvoir octroyé par Rei-Chan venait de se faire détruire par l'Urano Metria, emportant avant lui tout l'amour que je ressentais pour mon Rei-Chan. Je sentais mon affection pour lui disparaître, cette chose que je chérissais du plus profond de mon âme, elle m'était enlevée. Plus je la sentais partir, plus j'avais mal, plus je hurlai mon chagrin.

- Elle est incapable de se battre. Dit Kentaro alors que ses paroles ne passaient même pas en moi. C'est fini maman, tu as gagné. Je pige pas ce qu'il lui arrive par contre.

- J'en sais que dalle, renchérit Jessica, concernée. Mais elle a gueulé Rei-Chan non ? Est-ce que ça a un rapport ?

Elle n'eut pas le temps de deviner. Hurlant toujours comme une bête meurtrie par un chasseur, je projetai malgré moi une onde de désespoir qui propulsa les deux individus contre les parois de l'espace. Venominaga et Toratura revinrent en moi pour essayer de me modérer, mais c'était impossible. Elles ne pouvaient pas combler le vide laissé par l'absence de mon amour pour Rei-Chan. Une seule chose pouvait le faire, le désespoir. Plus je perdais mon sentiment, plus le désespoir s'étendait en moi pour le remplacer, et je sentais ma puissance ténébreuse devenir de plus en plus intense au fil des secondes. Je me métamorphosais de l'intérieur.

Au bout de quelques secondes, je me relevai. Mes larmes avaient séchées. Je ne ressentais plus rien pour Rei-Chan. Mon désespoir s'était décuplé, je me sentais si puissante que je me pensais capable de supprimer Jessica d'une seule attaque. Et je n'allais pas me faire attendre. Je voulais la détruire. Je voulais la supprimer pour m'avoir pris mon amour. Je voulais lui faire payer le fait que je n'allais jamais plus pouvoir l'aimer. Emporter son arrogance, ses vulgarités, son existence même avec elle dans les profondeurs des abîmes du désespoir.

Je m'élevai dans l'espace, sans même comprendre ce que je faisais moi-même. Je semblais aspirer toute l'énergie alentour qui venait s'immiscer en moi dans un tourbillon électrique mauve gravitant autour de moi. Je ne distinguais même pas ce que je faisais, le regard perdu dans le vide tandis que je ne pensais qu'à une chose : faire payer Jessica. Je voulais la priver de son amour tout comme je venais d'être privée du mien…

Mais alors que j'allais relâcher mon attaque, il apparut entre Jessica et moi.

- Rei...Chan...Bégayai-je en le voyant s'interposer entre nous. Pourquoi…. ?

- Arrête ça Erika. Reprit-il en se mordant la lèvre. Je ne peux pas te laisser toucher à Jessica. Si tu lui fais du mal, même moi je ne te pardonnerai pas.

Ces mots ne me faisaient même pas mal. Je n'étais plus jalouse du choix de Rei-chan, ni de son amour pour Jessica. Je le regardais comme je regardais un étranger, incapable d'enjoliver le portrait de l'homme que j'aimais. J'avais beau retourner mon coeur en long, en large, et en travers, c'était impossible. Impossible de l'aimer, de le chérir, de le désirer, de vouloir le posséder pour moi seule comme avant…

Mon attaque perdit en puissance en conséquence de mon hésitation. Je retombai gracieusement au sol, les yeux gonflés par les larmes, l'esprit encore embrumé par ce qu'il venait de se passer. Jessica et Kentaro firent les yeux ronds, ne comprenant sûrement pas ce qu'il se passait, mais Rei-chan, lui, ne se laissa pas perturber. Il se contenta de fixer ma pathétique prestation du jour d'une expression neutre.

Il resta quelques secondes sans rien dire. Que pensait-il ? Je n'en savais rien. J'étais incapable de me mettre à sa place. J'étais incapable de lui demander pardon, de lui dire que je l'aime...Je n'étais qu'une vile traîtresse qui ne pouvait même plus ressentir de l'amour et qui était mise à nu devant lui.

- Tu m'as donc trahi...Soupira le brun en me lançant un regard répulsif. Tu as condamné l'accès aux étages supérieurs, tu as voulu tuer Kôsei, tu t'es servie de mon pouvoir pour attaquer ma famille, et maintenant Jessica et mon neveu…

Je ne pus rien répondre. Je n'avais pas le droit de répondre puisque je ne pouvais que plaider coupable. Jessica grimaçait devant le piètre spectacle que je leur offrais, moi, perdue entre le vide et le désespoir, traîtresse et égoiste.

L'héritier de Zetsubô déploya son bras droit duquel il chargea une spirale d'énergie mauve de désespoir. Me lançant un regard glacial. Je tentai tant bien que mal de me mettre en garde en me raccrochant à mon amour pour Ren, mais je savais qu'encaisser son offensive allait être difficile dans l'état dans lequel je me trouvais.

Il lança son attaque, et je n'eus pas le temps de la prévenir. En l'espace d'une centième elle avait atteinte sa cible. Un cri sourd et rapide se fit entendre l'espace d'une seconde avant de se faire couvrir par le bruit de l'impact.

- Pourquoi tu me fais ça…Sale gland...Bégaya Jessica, abasourdie, avant de tout simplement s'écrouler au sol, devant le regard abasourdi de son fils.

Mais Reisuke ne répondit pas. Il ouvrit le portail d'où était venu Kentaro, et prit la parole vers ce dernier.

- Emmène ta mère au sanctuaire céleste. Lâcha-t-il d'une voix à moitié morte. Je l'ai simplement blessée, elle survivra à cet impact.

- Pourquoi t'as fait ça !? Hurla Kentaro en dévisageant son oncle. Je vais te buter !

- Kentaro...Murmura Rei-Chan, dépité. Comprends-tu ce qu'implique un combat contre Zetsubô ? Hiroki est parti en avant, je vais y aller aussi. Si Jessica nous suit et que l'on perd contre Zetsubô, nous laisserons derrière nous trois orphelins. Tu ne peux pas t'occuper de Hirosuke et Zahlia seul. Tu auras besoin de ta mère pour ça.

- Comment tu sais pour…

Reisuke ne le laissa pas finir. Il l'envoya droit dans le portail le menant au sanctuaire, suivi par Jessica, inconsciente. Puis il s'avança vers moi et me tendit la main, en me souriant d'un air triste.

- Tu aurais pu me contrôler à ta guise pour faire de moi ce que tu voulais...Murmurai-je d'une voix presque éteinte. Pourquoi m'as-tu choisie plutôt que Jessica… ?

- Pourquoi ? Répondit-il. Je me le demande moi-même à vrai dire. Ne m'as-tu pas fait confiance jusqu'au bout quand j'étais sous l'emprise du désespoir, Erika ? Tu m'as trahi, c'est un fait, mais j'ignore tes raisons, tes motivations, et j'ai envie de te faire confiance à mon tour.

Je me stoppai net, pendant quelques dizaines de secondes. Je ne savais pas quoi répondre.

- Pour l'instant, reprit le brun, nos motivations sont communes. Nous voulons tous les deux vaincre Zetsubô et arrêter cette folie, alors faisons le ensemble, et si tu as d'autres motivations, nous nous affronterons en temps voulu. D'accord ?

J'acquiesçai en prenant sa main. Ainsi naquit la nouvelle alliance entre la traîtresse de l'espoir et son ancien grand amour, vers la quête ultime de la défaite de Zetsubô...

Chapitre 181 : La confrontation finale (1) Narrateur : Zetsubô

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Est-ce qu'un seul homme peut, à lui seul, faire basculer le monde et changer le cours de l'histoire ? La grande majorité de l'humanité vous affirmerait sans hésitation que seul, il serait impossible pour un individu quelconque de changer les choses. Bien avant de penser au sort du monde, il fallait s'occuper de sa situation personnelle : s'échapper d'un quotidien duquel l'on est prisonnier, remédier à ses problèmes personnels, trouver un refuge, une échappatoire.

C'était le cheval de bataille de la plupart des pions qui me suivaient dans ma quête acharnée au désespoir. Ces personnes n'avaient tout simplement pas de volonté leur étant propre. Ils attendaient, piégés dans leur quotidien, en espérant que quelqu'un fasse tout le travail à leur place. Ils tendaient la main, piaillaient comme des oisillons ouvrant le bec et attendant que leur mère leur mette la nourriture directement dans la bouche. Ce type d'individu n'était bon qu'à devenir de la chair à canon, des boucliers humains destinés à finir en dégâts collatéraux. Ils n'étaient bons qu'à suivre des ordres et à s'y tenir, en se raccrochant à l'idée qu'ils allaient créer un lendemain meilleur, ou du moins un lendemain qui leur était le plus profitable.

J'eus toujours refusé d'appartenir à cette masse ne sachant pas faire du présent le pied d'appui du futur. Il était hors de question de me reposer sur qui que ce soit pour changer les choses. Je n'allais pas faire comme eux, me raccrocher au premier individu me promettant une vie meilleure. Les hommes sont tous des individus exécrables et abjects. Il existe des faux salvateurs par centaines, qui vous promettront monts et merveilles simplement pour gagner une loyauté, une dévotion...Alors plutôt que d'être un suiveur faible finissant chair à canon, j'ai choisi d'être l'individu exécrable et abject.

Car oui, un homme peut à lui seul changer le monde, et j'allais en être la preuve vivante. Ma seule existence passée avait suffi à mutiler Sagamihara et toute la région. Il ne restait du coin de campagne qu'un amas de ruines et de soufre respirant la mort. Le monde entier regardait depuis le début comment ma simple présence avait motivé des tas de laquais, de pions, à suivre mes motivations qu'ils étaient à mille lieues de comprendre. Ils scrutaient attentivement le comment j'arrivais à répandre le désespoir dans les coeurs, comment tous les soldats de l'espoir tombaient, les uns après les autres. Inaptes à se battre, sombrant dans la folie, trahissant l'espoir, chacun d'eux finissait par me revenir. Et il n'en restait plus que quatre. Quatre petits soldats restant avant de prouver au monde entier que Zetsubô, le désespoir, est inarrêtable. Invincible, insubmersible. 40 % des gouvernements mondiaux m'avaient déjà prêté allégeance alors que le combat final n'était même pas encore réglé, et je sentais que ce montant n'allait qu'augmenter tandis que j'allais me défaire de ce qu'il restait de la brigade de l'espoir.

Je scrutai l'écran qui me mettait en relation avec ce qu'il se passait de l'autre côté de mon portail. A en juger par le déroulement des choses, la première personne à venir jusqu'à moi allait être un de mes rejetons. Laïla, ou comme je m'amusais à la désigner : « Le gâchis ambulant » . La femme qui ressemblait étrangement à ma compagne de l'époque avait toutes les qualités requises pour devenir la prochaine impératrice du désespoir, mais elle s'obstinait à tourner le dos à cette merveilleuse destinée qui embrassait notre lignée. Pourquoi ? J'avais beau me retourner l'esprit, je n'arrivais pas à comprendre. C'était tout simplement désespérant. Enfin, c'était toujours moins affligeant que le spectacle offert par mes deux autres descendants. Comment avions nous fini de la sorte, nous, les Yamadas, guerriers du désespoir de père en fils ? Comment avions nous pu engendrer de tels ratés, en la présence de ces deux frères animés d'intentions nobles et de pâquerettes ? J'avais envie de détruire le monde, purement et simplement, rien qu'à penser à cette déchéance incarnée par ces deux déchets ambulants. Ils n'avaient finalement aucun potentiel, ils étaient irrécupérables. Indignes d'être de mon sang, indignes du destin grandiose qui les attendait. Si seulement ce Kôsei avait hérité de mes gènes plutôt que ces deux imbéciles victimisés par le premier individu qui passe. Si seulement il m'avait rejoint, j'aurais fait de lui un puissant empereur, et cela aurait amené Laila avec lui…

Je soupirai. Il était encore plus difficile de trouver quelqu'un à la hauteur, cinq mille ans plus tard. Après cette bataille, il allait falloir que je pense à me trouver une autre épouse, à engendrer un autre héritier que je façonnerais à l'image du destin qu'il allait avoir. J'avais tout le temps de penser à la continuité de mon empire, à la continuité de ma lignée...Il fallait simplement que j'efface celle-ci avant de pouvoir le faire.

Ainsi, dans mes terres du désespoir, au fond du château des ténèbres, j'attendais la première de mes trois rejetons. Assis sur mon trône de fer noir, je scrutais l'entrée au style gothique débouchant sur un tapis rouge menant jusqu'à moi, tandis que dans la pénombre, tout n'était illuminé que par quelques torches de feu mauve fait de désespoir. Des colonnes s'élevaient de parts et autres de l'espace jusqu'à un haut plafond que l'on ne pouvait pas voir à l'oeil nu, tandis que dans les murs, bien à l'abri de n'importe quelle attaque, étaient placées des caméras retransmettant la diffusion à la fondation du futur qui elle, se chargeait de les rediffuser au monde entier.

Tout était fin prêt. Le monde se pliait à ma volonté, au moindre de mes caprices et vœux, et j'allais affirmer toute la puissance de ma dynastie, et de la famille Yamada, comme je te l'avais promis il y a maintenant cinq mille ans. Azalaïs, regarde nous devenir les souverains de ce monde et soumettre en esclavage tous ces pauvres fous qui pensent encore avoir le dessus sur nous…

- Tu es donc ici comme tu l'avais dit...Lâcha Laila qui était enfin parvenue jusqu'à moi. Je pensais à un autre coup fourré de ta part, mais il semble que toi aussi tu aies décidé d'en finir.

- En effet. Souris-je en réponse à l'agressivité de mon héritière. Ce conflit n'a que trop duré. C'est ennuyeux, et les spectateurs attendent le bouquet final. Une fois que vous serez tous éliminés, plus personne ne sera capable de me barrer la route.

- Katsuo Yamada...Grogna la femme dont les yeux saphir semblaient vouloir me percer de par leur pression. Toute ma vie j'ai souffert par ta faute. Mes proches se sont fait tuer, encore et encore, par cette fondation despotique qui cherchait à te ramener parmi nous. J'ai vu tant de mes êtres chers se faire prendre leur vie au nom de ton désespoir de malheur...Je viens pour réclamer vengeance en leur nom.

- Ne sois pas si triste, ma chère et tendre fille. Ris-je. Dis-moi plutôt, comment se portent tes parents ?

La provocation ne prit pas. Laila ignora ma joute, restant déterminée face à moi. Fronçant les sourcils, me dévisageant avec la haine au coeur, elle restait droite et ne se laissait pas emporter par ses sentiments.

- Avoir une conviction si puissante et la gâcher pour si peu...Soupirai-je. Tu es désespérante, ma fille. Si seulement tu m'avais rejoint, tu aurais hérité du monde entier en guise de cadeau de bienvenue. Tout ce que je fais, tout ce que j'ai fait, tout était pour vous et vous avez tout envoyé valser comme si de rien n'était. Te rends-tu compte d'à quel point ton aïeul est triste ?

- Je ne boirai pas de cette soupe, Zetsubô. Reprit ma fille. Tu as maudit tes générations futures à perpétuité. Ne me fais pas croire qu'un jour tu as voulu notre bonheur.

- Et pourtant, c'est vrai. Souris-je. Si seulement vous aviez accepté votre destinée, cette guerre n'aurait pas eu lieu, et même ton amant serviteur serait encore vivant à l'heure où l'on en discute.

- Ne prononce pas le nom de Kôsei...Grogna Laila. Je ne t'y autorise pas…

- Très bien, je vais respecter ta volonté et te laisser pleurer cette personne à laquelle tu tenais. Cependant, n'attends pas de moi un seul acte de compassion. Je suis la représentation de l'injustice, de la cruauté de la vie elle-même. Moi, Katsuo Yamada, cruauté et désespoir, Souverain Millénaire, Ancien Maître de l'Australie et bientôt du monde entier, je vais marquer ton âme du sceau de mon courroux !

Je me levai, me défaisant de mon manteau pour le jeter au loin tandis que je mis en garde face à une Laila elle aussi sur ses gardes. L'issue de ce combat allait être simple. L'un de nous allait mourir et l'autre triompherait dans son objectif ultime. Une fois débarrassé d'elle, mes rejetons allaient suivre comme des mouches. Laila était le seul réel obstacle me séparant du sésame.

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- En absu. Déclarai-je afin d'activer mon sort du maître de l'espace. Une dernière volonté, Laila Yamada ?

La femme garda le silence, restant sur ses gardes. Mais c'était inutile, elle était déjà vaincue d'avance. L'endroit autour de nous se pliait entièrement à ma volonté depuis que j'avais obtenu la puissante magie de l'espace. Cette magie me permettait de modifier tout champ que je pénétrais à ma guise et aussi de me mouvoir comme je le voulais. Ainsi, je pus me déplacer rapidement vers ma fille, lui asséner un coup de poing fulgurant qui la projeta dans les airs, avant de la rattraper en vol, lui donner un autre coup de poing qui l'expulsa vers l'est, la rattrapant encore et encore. Ce n'était pas une question de vitesse, ni de réflexes. J'étais simplement partout à la fois. Je possédais la puissance inarrêtable de l'omnipotence.

Laila était prise dans une boucle de coups provenant de ma part. Je n'avais même pas besoin de mobiliser une forte puissance magique pour la dominer. La simple magie de l'espace que je recelais suffisait à l'anéantir. Bien qu'elle grimaçait, bien qu'elle tentait de s'en débattre, elle ne pouvait rien faire pour me contrer. J'étais tout simplement bien trop puissant pour qu'elle ne tente de s'extirper de mon emprise.

Cependant, à ma grande surprise, Laïla ma fille me fit comprendre qu'il était présomptueux de la sous-estimer. Sans que je ne comprenne vraiment comment, elle se défit de mon emprise. La femme luisit d'un éclat similaire au mien, au désespoir pur, avant de briser ma boucle comme une vitre éclatant en morceaux au sol. Je tentai de la toucher de nouveau, et j'échouai. Je compris alors comment elle avait eu raison de mon omnipotence. Elle s'était entourée d'une barrière répulsive qui repoussait mes attaques lorsque je l'atteignais, ce qui impliquait que malgré le fait que j'étais partout et nulle part à la fois, je ne pouvais pas porter atteinte de manière physique à la femme.

Je me repris rapidement, matérialisant sans sommation une puissante force de désespoir qui s'abattit à la vitesse de l'éclair sur mon héritière. Elle ne se laissa pas non plus démonter, puisque d'un seul geste de main, elle dévia le projectile qui s'écrasa contre un des murs du château, avant de se jeter sur moi en faisant graviter sa propre puissance autour de la paume de sa main, afin de l'écraser droit sur ma personne...en vain.

J'étais inaccessible. Elle eut bien tenté de me toucher, mais je fus déplacé à l'autre bout de la salle sans qu'elle ne puisse le remarquer, ce qui me permit de la prendre à revers et lui renvoyer une puissante attaque qui, rapide, brève, et intense, la propulsa droit vers la paroi contre laquelle elle s'écrasa misérablement comme le pauvre insecte qu'elle représentait à mes yeux.

Je ne lui laissai pas le temps de récupérer, j'étais déjà devant elle tandis qu'elle n'avait pas encore encaissé pleinement mon attaque, la saisissant à la gorge. Je la soulevai dans les airs en lévitant avec elle, mettant dans la paume de ma main la puissance nécessaire afin de la supprimer définitivement.

- Je te laisse une dernière chance. Déclarai-je froidement à ma progéniture. Ne tourne pas le dos à tout ce que j'ai entrepris simplement afin que vous soyez libres. Embrasse ma puissance et deviens souveraine ou meurs, Laila !

- Jamais...Grogna la femme en se saisissant de mon bras. Jamais je ne me rallierai à quelqu'un qui a tué Kôsei…

Je sentis une force incommensurable dans son bras qui se saisit du mien. Elle se défit de l'emprise que j'exerçais sur elle, mais pire encore, elle saisissait désormais mon bras et ne le lâchait pas. Je n'arrivais pas à me libérer de sa poigne, elle y mettait énormément de force et semblait même y avoir intégré son pouvoir, mon pouvoir, afin que je ne puisse pas y réchapper.

- Tu ne pourras pas utiliser ton omnipotence si j'attache mon corps au tien. Enchérit Laila. Je ne te lâcherai jamais où que tu ailles, Katsuo.

Je grimaçai. Laila utilisa la lame Ishitunzi qu'elle me planta directement dans le bras droit d'une force phénoménale. Cela me fit mal, mais je ne sourcillai pas. Ce genre de douleur n'était largement pas suffisant pour me faire fléchir. Ainsi, je tentai d'envoyer valser l'héritière de mon désespoir, mais rien n'y faisait. Elle était bien accrochée, m'empêchant de me défaire d'elle.

- Heir of Despair ! Enchaîna mon rejeton. Stained Disaster !

Elle mit sa main gauche face à moi, et avant que je ne puisse rétorquer, des milliers de morceaux de vitres, toutes teintées de couleurs différentes, me furent projetées à la figure. Je dus fermer mes yeux par réflexe pour éviter de me les faire crever par ces morceaux tranchants, ce qui permis à Laila d'enchaîner d'une rapidité déconcertante tandis que je ne pouvais pas la voir.

- Heir of Despair ! Cria-t-elle. Turning into Reminiscence !

- Ce pouvoir ! Grognai-je tandis que je sentais déjà les vitres m'ensevelir.

Oui. A peine eut-elle prononcé ces mots que les morceaux de vitres qu'elle m'avait projeté à la figure se consolidèrent et durcissent, avant de s'emboiter les uns avec les autres jusqu'à se refermer sur moi. Les morceaux de vitrail recouvraient petit à petit les membres de mon corps qui ne pouvaient plus bouger lorsqu'ils étaient recouverts par le sort de Laila. Quelle était cette puissance ? Je l'ignorais, mais il fallait que je me débatte de cette chose.

Mais la puissance du sort de ma fille était proportionnelle à sa haine à mon égard. Je ne pus me débattre de sa puissance, et rapidement, je fus recouvert par le cristal qui m'enferma en son sein. Mais j'étais toujours vivant. Je n'allais tout de même pas me faire vaincre de la sorte. Cependant, malgré tout, me débarrasser de cette barrière allait prendre un certain temps. Alors je déclenchai un sort à chargement, tandis que je repris la parole à l'attention de ma fille qui me dévisageait toujours.

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- Tu me donnes du fil à retordre, ma fille. Souris-je en provoquant la femme. J'en ai pour quelques minutes à me défaire de ton sort.

- Je t'attendrai pour te détruire dans ce cas. Déclara Laila en chargeant de la puissance. Rien ne m'empêchera de t'abattre.

- Vraiment ? Me moquai-je. Bien. Je vais te révéler quelque chose, Laila Yamada. Plonge avec moi dans les abîmes du désespoir, cinq mille ans en arrière. Viens avec moi voir comment tout a commencé. Après tout, tu mérites bien de savoir pourquoi tu as eu à souffrir tout ce temps, n'est-ce pas ?

La femme ne me répondit pas. Je lui souris, claquai des doigts, et lorsque je le fis, tout autour de nous disparu pour ne laisser qu'un espace noir s'étendant à perte de vue. Ma fille, pleine d'animosité, se jeta sur moi avec le pouvoir qu'elle avait chargé, mais elle me passa tout simplement au travers. Me retournant vers elle, amusé, je repris la parole, moqueur.

- Tu ne peux pas m'atteindre ici. Et je ne peux pas non plus t'atteindre. Mon sort va prendre du temps pour me libérer, tuons le temps en remuant mes vieux souvenirs veux-tu.

- Penses-tu sérieusement qu'après avoir vu tes flashbacks, je vais me ranger dans ton camp ? Lança Laila. Je ne te pardonnerai jamais, Katsuo.

- Pitié...Soupirai-je. Pour une fois que j'essaie de me mettre à ta place. Quitte à ce que l'un de nous meure, autant que tu saches avant pourquoi tout est arrivé plutôt que de te battre pour une cause vaine.

L'espace autour de nous changea pour matérialiser un tout autre décor. Nous étions revenus cinq mille ans en arrière, à l'époque où je suis né, ma vraie naissance. Malgré toutes mes années passées dans cette prison temporelle, ces souvenirs ne m'avaient jamais quitté. Je me rappelais de ma première vie comme si c'était hier, et j'allais transmettre cet héritage à ma fille unique, tout du moins, la seule que je reconnaissais en tant que telle, étant donné que les deux autres déchets ne représentaient rien à mes yeux.

Nous étions dans une résidence de luxe construite dans l'Australie de l'époque. Les murs étaient ornés de splendides décorations pour l'époque tandis que des bijoux d'or, d'argent, et de bronze jonchaient toute surface qui pouvait être occupée par quelque chose. C'était une maison de quelqu'un d'important, un des conseillers de la haute autorité de l'époque, qui gagnait sa vie convenablement. Cet homme qui avait la cinquantaine était imposant physiquement. Une carrure sculptée par le travail physique de l'époque, une barbe longue qui lui donnait un air mature, et un regard mauvais souligné par une coiffure courte et dégagée. Cet homme, habillé d'un costume tout aussi luxueux que sa demeure, était à table, entouré de son épouse ainsi que leurs deux fils, de dix et quatre ans. Tous les quatre allaient souper, mais étaient en attente de quelque chose.

Et cette chose arriva. Une femme. Une brune au teint plutôt clair, aux yeux verts, et à la tunique à moitié déchirée, salie de toutes parts. La femme traînant une chaîne à ses pieds amena un plateau assez lourd avec elle, baissant la tête pour éviter de croiser le regard de l'homme et de sa famille. Trainant presque sa maigre carcasse jusqu'à arriver au chef de famille, elle marchait difficilement. L'ainé des fils fit un croche-pied à la femme qui ne put s'empêcher de tomber face contre le sol, devant le regard contrarié du père et l'air vicieux du fils.

Le père se leva, l'air furieux. Il ramassa la femme en l'agrippant par la chevelure la prenant de sorte que son regard soit confronté au sien. Il grogna ensuite à son encontre :

- Tu n'es qu'une bonne à rien, esclave. Ramasse donc ce que tu as causé et cesse de nous faire attendre. Je m'occuperai de ta punition plus tard.

La femme s'exécuta en silence, sans même oser dire un seul mot. Oui, cette femme était l'esclave de la famille. Enfin, l'esclave attitrée aux tâches ménagères et à la cuisine. Laïla ne releva pas. Elle se contenta de fixer le triste sort réservée à la brune qui repartit en silence, sûrement sans comprendre jusqu'où je voulais en venir en lui montrant ces visions.

Je claquai des doigts, nous fûmes transportés dans une autre pièce du manoir. C'était une pièce souterraine, une cave dans laquelle se trouvait le père, assis sur une chaise, accoudé sur un bureau, entouré de deux autres serviteurs masculins. Face à lui, derrière le bureau, se trouvait cette femme, toujours habillée de la tunique en lambeaux, lui faisant face sans oser l'affronter du regard.

- Tu m'irrites en ce moment, numéro trois. Grogna l'homme. Tu enchaînes les frustrations. Tu aimes me causer du tort par tes erreurs n'est-ce pas ? Tu le fais exprès avoue. Très bien. Je vais te punir une bonne fois pour toutes.

Il se tourna vers un de ses serviteurs. Un homme aux cheveux noirs et au teint mat, le regard azur vide, le corps couvert d'une simple toge couvrant ses parties génitales et surtout, de cicatrices profondes laissées par des coups de fouet.

- Très bien. Dit l'homme d'un ton neutre. Serviteur numéro deux, tu vas t'occuper de cette femme.

- M'o...m'occuper… ? Bégaya l'homme à la voix grave, presque tremblant. Que voulez-vous dire par là… ?

- Tu vois très bien de quoi je parle. Lui répondit son maître. Montre à cette femme ce qu'il en coûte de me défier. Et si tu ne vois vraiment pas de quoi je parle, voilà une indication plus explicite.

L'homme se saisit d'un couteau qu'il cachait dans sa tunique. S'approchant devant la femme terrifiée, il lui donna un coup de couteau qui ne pénétra certes pas sa chair, mais qui eut raison de ce qu'elle portait sur elle. La tunique déjà en sale état fut découpée comme si elle n'était rien, sous l'expression abasourdie du serviteur à qui le maître avait confié cette tâche. Ce dernier se tourna vers lui, le menaçant du couteau cette fois.

- Tu t'occupes de cette femme, serviteur. Dit l'homme d'une méchanceté sans égale. Ici et maintenant tu te l'appropries, autrement, tu mourras. Choisis. Bien évidemment personne ne viendra t'aider ici. Tu ne peux compter que sur toi si tu veux vivre.

L'homme s'arrêta quelques secondes, mortifié par ce que lui demandait son maître. Il lança un regard à la femme qui, assise sur le sol, cachait ses parties intimes, implorant du regard la pitié de ces hommes. Détournant le regard, il bégaya sans oser confronter son maître. Mais ce dernier n'approuva pas le comportement de son sujet. Il planta la lame dans le bras droit de l'homme qui lâcha un hurlement de douleur. S'écroulant sur les genoux en grimaçant, il lança un regard désespéré à l'homme qui restait impassible.

Son regard se tourna vers la femme. L'homme ne savait plus quoi faire tandis que le sang coulait sur son bras. Fixant sa blessure en serrant les dents, des larmes commencèrent à couler le long de ses joues tandis qu'il prit sa décision. Il se leva, s'avançant vers la femme au sol.

- Je suis désolé...Dit-il, brisé. Si désolé...Je suis tellement désolé...Désolé...Désolé...Désolé…

- Non...Bégaya la femme, terrorisée...Par pitié...Ne fais pas ça…

L'homme ignora les supplications de la femme. Il se contenta de répéter qu'il était désolé tandis qu'il se défit de sa toge, ignorant le sang qui coulait le long de son bras. Dans la cave du maître se déroulait une pitoyable scène entre deux esclaves soumis à la volonté d'un tyran qui tentaient tous les deux de sauver leur vie, de sauver leur intégrité, mais dont les soupirs de souffrance s'évaporaient dans le désespoir naissant dans leur coeur.

Je soupirai. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas revu cette scène. Laïla, elle, grimaçait devant ce qu'elle constatait. Elle avait décidément été bien endurcie par mes obstacles pour rester si dure envers un spectacle si pitoyable. Au fond, c'était mieux ainsi. Elle était si forte, si droite, si apathique. Elle avait tout pour être ma digne descendante, ma muse, mon inspiration désespérée vers le chaos. Je rêvais depuis toujours d'une telle héritière. Bien plus compétente que ces deux pauvres tâches qui me servaient de descendance masculine. Ils étaient impossibles à rééduquer. Je ne pouvais rien en tirer. Ils insultaient le sang qu'ils portaient, ils n'étaient bon qu'à creuser mon désespoir plutôt qu'à le répandre, et même leur semence était sale et indigne.

- Alors, Lâcha ma fille d'un ton glacial qui me tira un frisson. As-tu fini ce flashback ennuyeux, Katsuo.

- Quelle tristesse. Soupirai-je. Tu viens d'assister à la conception de ton aïeul.

- Comment !? S'exclama Laila qui perdit soudain son sang-froid. Tu veux dire que… ?

- En effet. Souris-je. Voici mes parents. Deux esclaves pitoyables qui m'ont conçu de manière pitoyable, pour me donner une vie pitoyable. La lignée des Yamada commence, avec tout ce que cela entraîne.

Je la transportai ailleurs, quelques années plus tard. J'avais cinq ans et je me trouvais toujours dans ce manoir, habillé moi aussi d'une tunique déchirée, presque en lambeaux, que j'avais récupéré d'un autre esclave qui était mort sous les coups de son maître. Le benjamin de l'homme, qui avait maintenant neuf ans, arriva, bousculant ma jeune image qui s'effondra au sol.

- Ezaakh ! Me cria l'enfant, l'oeil mauvais. Qu'est-ce que tu fais à trainer ici ? N'oublie pas que tu es mon serviteur personnel ! Alors debout et au travail !

- Mais...Je...Sanglotai-je. Je ne sais pas…

- Silence ! Hurla le gamin avant de me gifler. Papa a perdu sa servante à ta naissance alors tu dois compenser, esclave.

Puis il me tira dans une autre pièce où je dus exécuter tous ses ordres, des plus banals au plus dégradants. Tel était mon quotidien dans cette maison. J'étais né esclave, d'une mère morte à la naissance, d'un père craignant pour sa vie au point d'avoir violenté cette femme. Une existence misérable, vouée à l'échec, dans laquelle je ne subissais que torture et miséricorde. Mes maîtres étaient des tyrans qui élevaient une progéniture toute aussi tyrannique en me promettant que j'allais passer ma vie entière à les servir.

Mon image défilait devant les yeux maintenant horrifiés de ma fille. En accéléré nous vîmes mon évolution, les années passant, les sévices, les brûlures au fer rouge dans mon dos, les privations de nourriture, les punitions dégradantes...Jusqu'à ce jour fatidique, à mes dix ans.

Je rampais au sol. Je venais de faire une bêtise, tout comme ma mère le jour de ma conception. Tout comme ce jour, j'avais été piégé par le benjamin qui ne supportait pas que je le regardais dans les yeux, et tout comme ce jour j'étais devant l'homme, le père de famille, qui me regardait d'un air massacrant, entouré de ses deux esclaves, dont mon père.

- Ta progéniture est aussi pathétique que toi. Dit-il à son esclave numéro deux. En tant que bon père, tu ne peux pas laisser passer. Après tout, tu dois éduquer ton fils n'est-ce pas ?

Il tendit un fouet à mon père qui tremblait de l'intérieur. Je me souviens très bien de ce que je ressentis ce jour là. J'implorais mon géniteur de ne pas le faire. J'avais si peur. Je redoutais tellement cette torture, ce fouet plus grand que mon corps. Je me voyais déjà finir comme Maman, gisant sur le sol, inconscient, blessé, meurtri, mort.

Mon père lâcha de nouveau des larmes. Comme la première fois. Cet homme, incapable de se dresser contre son bourreau, lâcha un regard vers sa cicatrice sur le bras, comme se rappelant de la peine qu'il avait subi. Il prit le fouet, serra son poing, et se déplaça vers moi, comme il l'avait déjà fait auparavant. Les impacts du fouet sur mon corps, les cris de douleur et de désespoir que je lâchai, ainsi que les « désolé ! » que mon père, pleurant comme un lâche, répétait sans cesse, furent les seuls bruits illustrant cette nouvelle scène morbide.

Nous revînmes dans notre monde. J'étais libéré du sort de ma fille. Elle, était déconcertée, et je pouvais la comprendre...Moi qui avais vécu ces choses, je n'avais au fond jamais été capable d'oublier cette peine, cette peur, cette crainte.

- Je vais agir en gentleman. Lançai-je dérisoire. Je comprends que cela te choque, ma fille, donc je ne profiterai pas pour lancer une attaque furtive. Je voudrais simplement avant de reprendre mon combat contre toi, qui a souffert également, que tu saches que ce que je t'ai fait n'était pas gratuit. Il n'y a que toi qui puisse me comprendre, Laïla. Rappelle toi du regard que t'a lancé ton père lorsqu'il fut contraint à la faiblesse, qu'il se tira une balle dans la tête, en emportant avec lui tous tes rêves et tout ton amour...C'est le même regard que m'a lancé le mien qui pour sauver sa vie, dut torturer son propre fils.

- Katsuo...Murmura ma fille, sans que je ne puisse déceler ce qu'elle pensait vraiment de ce qu'elle venait de voir.

- Mon vrai nom est Ezaakh. Lâchai-je, un rictus aux lèvres. Ton nom n'est pas celui de mon père. Lorsque j'ai décidé d'en finir, j'ai renié mes parents et changé mon nom pour un autre qui se faisait discret. Katsuo Yamada, le nom d'un japonais typique. Suffisamment passe partout et furtif…

Je marquai une pause, puis je chargeai de nouveau ma puissance du désespoir, avant de reprendre, regrettant de devoir supprimer le seul élément prometteur pour renverser la balance du désespoir.

- J'ai fait tout mon possible pour me convaincre de ne pas lever la main sur ma descendance. Grognai-je. Pardonne-moi de devoir réitérer l'acte de mon père, te faire mal pour me sauver, mais je t'ai laissé moult chances. Lorsque tu seras de l'autre côté, passe le bonjour à tes parents de ma part.

Puis je projetai toute la puissance que j'avais stocké vers ma fille, qui déterminée, était décidée à ne pas se laisser vaincre par mon attaque dévastatrice.

- C'est ça...Murmurai-je. Élève-toi et vaincs, écrase tout ce qui se met en travers de ta route, deviens le plus profond des désespoirs et tente de me surpasser...Ma fille...

Chapitre 182 : La confrontation finale (2)

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Lorsque j'eus projeté ma puissance dévastatrice du désespoir, je ne me fis aucune illusion sur le sort qui allait lui être réservé. En effet, ma progéniture se contenta de faire de même, neutralisant tout ce que j'avais canalisé d'une banale projection dont nous étions tous les deux capables. Son regard se mêla au mien l'espace de quelques instants. Sa conviction était fragilisée, je pouvais le déceler d'ici. Pourtant, je ne voyais pas une once de résignation dans ses yeux. Avais-je commis une erreur en tuant ce jeune garçon ? J'avais le sentiment que sans lui, si Laïla avait appris mes motivations, elle aurait tout simplement décidé de rejoindre ma cause. Comme si la seule présence de ce Kôsei suffisait à ériger une barrière impénétrable m'empêchant de prendre le contrôle de ma progéniture. C'était triste, très triste. Du fond du coeur, j'avais envie que cette femme me rejoigne dans ma cause. Je me battais pour eux, pour elle, pour tous les faibles tombés au nom du cycle absurde de ce monde insensé, et même avec la puissance, personne ne pouvait me comprendre.

- Katsuo...Grogna la femme. Peu importe tes raisons, je ne cautionnerai jamais tout ce que tu as fait. Tu n'as jamais voulu notre bonheur. Tu t'es contenté de nous faire subir tout le mal que tu as subi dans un acte de vengeance. Tu es faible, Zetsubô ! Tu n'as jamais confronté ton maître, tu as préféré nous faire souffrir, exactement comme l'a fait ton père !

- Maudis-moi ma fille. Hurlai-je, intéressé. Méprise-moi comme j'ai méprisé mon père. Rumine sur toute la misère que je t'ai infligée ! Pense à toutes ces vies perdues par ma faute ! Laisse ton cœur se faire ensevelir par la puissance que j'ai introduite dans ton code génétique lui-même ! Transcende toutes tes barrières, tes bons sentiments, viens chercher ta vengeance ! Viens me détruire ! Viens prendre ta place de souveraine !

- Silence ! Me rétorqua-t-elle enragée. J'en ai assez de jouer ton jeu ! Lorsque je t'aurai détruit, je détruirai tout ce que tu as construit une bonne fois pour toutes ! Heir of Despair : Imvelaphi entsha !

Elle était parfaite. Si parfaite que j'aurais tué pour passer le reste de l'éternité à la confronter. Si parfaite que j'aurais volontiers jeté dans le feu ardent le pouvoir du désespoir si cela me permettait de passer l'éternité à lui faire face. Elle était tout ce dont j'avais rêvé durant 5000 ans de perdition temporelle. La quintessence du désespoir, de notre lignée. Elle était l'incarnation même du pourquoi j'avais voué ma vie à cette lutte perpétuelle. Elle était comme la fontaine de jouvence de notre lignée, de ma lignée. Elle était la consécration de nos sacrifices, de nos peines et de notre désespoir.

Elle était ma fille bien-aimée…

Les mains jointes, elle projeta un rayon de lumière noire dont le diamètre était aussi grand qu'un obélisque de l'Égypte antique. A une vitesse fulgurante il vint s'abattre sur moi, refusant toute forme de pitié, toute forme d'empathie à mon égard. Je ne pus protester. Seulement me plier face à l'absurdité de la puissance de ma progéniture, en me délectant de la souffrance qui oppressait mes membres en voulant les asservir.

Je lâchai un cri de plaisir tandis que ma chair se déchirait sous la douleur de l'attaque. j'étais comme consumé de toutes parts, me réjouissant d'avoir engendré une femme si puissante au terme de mes générations. Je m'écroulai au sol. J'étais laissé pour mort, gisant sur le bitume, entre exaltation, excitation, et allégresse. Je me relevai péniblement, me soignant d'un geste de la main, exactement comme toute la famille pouvait le faire grâce au pouvoir de Lithemba. Ma progéniture n'eut aucune réaction. Elle se contenta de porter un regard de mépris sur moi, le même qu'elle forçait depuis le début de notre affrontement.

« Ce match sera très long n'est-ce pas ma chère ? Souris-je. Nous avons tous le pouvoir commun de guérir nos blessures. Peu importe ce que tu m'infligeras, je me soignerai, et il en est de même pour le sens inverse. Pourquoi ne pas mettre un terme à cet affrontement et discuter autour d'une table comme une vraie famille ?

- Je n'ai pour famille que mes frères. Rétorqua la femme, glaciale.

- Tes frères ? Repris-je en réprimant une régurgitation. Tu parles de ces concentrés de faiblesse et de soumission, incapable de lever le moindre petit doigt pour défendre nos intérêts !? Ces mêmes frères qui n'ont été bon qu'à ajouter un poids sur tes épaules pour protéger leur existence misérable ? Ils n'ont été que des boulets pour toi toute ta vie ! Oublie ces incapables ! »

Je n'obtins aucune réponse. Je sentis seulement la puissance de ma progéniture devenir encore plus importante, exactement comme elle l'était chez tous ceux l'ayant précédée. Notre pouvoir était illimité. Il évoluait avec les sentiments de son utilisateur, si bien qu'il était impossible d'arriver au terme de sa portée. Au travers des âges, nous avions tenté de le pousser jusqu'au bout de ses capacités, et aucun d'entre nous n'y était arrivé. Mais je sentais que pour Laïla, c'était une chose possible. Chaque fois que je heurtais ses sentiments, elle redoublait de rage et de puissance, si bien que j'en frissonnais d'excitation. Jusqu'où allait-elle être portée par ce flux d'émotions négatives ? Allait-elle être capable de me surpasser, moi, celui qui a traversé les millénaires dans ma quête de règne absolu ? Était-elle le Graal de notre famille qui allait tous nous délivrer une bonne fois pour toutes ? Je voulais être témoin de la naissance de cette fleur de destruction et de chaos dont j'étais le semeur d'engrais. Pouvoir constater de mes yeux le résultat de notre lignée ayant laissé la vie à chaque génération. Prendre ma revanche sur ce monde en déchaînant la perfection engendrée par notre souffrance afin qu'elle en aspire la vie et en devient la reine.

« Oublie tous ceux qui t'ont fait vivre cette vie misérable ! Hurlai-je en réfrénant toute mon excitation. Tes frères ne sont rien ! Tes parents n'étaient que des faibles ! Et ce Kôsei, celui qui t'a soi-disant fait goûter à l'amour, tu ne peux savoir à quel point j'ai savouré l'instant de sa mort !

- Ezaakh ! Hurla la femme aux yeux assassins. »

Était-ce son hurlement, ou bien le fait qu'elle m'avait nommé de la sorte qui me fit m'arrêter dans mon action ? Pourtant, j'eus du mal à enchaîner. Si bien que lorsque la femme s'approcha, je ne pus m'apercevoir de ce qu'elle avait généré : une lame assez fine composée d'énergie du désespoir, l'Ishitunzi. J'esquivai à la dernière seconde, constatant la puissance me frôler de quelques millimètres. Cela me tira un sourire. Je ricanai, avant de propulser d'un coup de pied fulgurant ma progéniture loin dans l'espace de bataille. Je me lançai ensuite à sa poursuite dans les airs, utilisant mon omnipotence pour la piéger une nouvelle fois, mais elle ne se laissa pas prendre. Elle s'était déjà ressaisie et de nouveau attachée à moi afin de déclencher une explosion nous utilisant tous les deux comme réceptacle.

Du nuage de fumée furent propulsés nos deux corps encore fumants, mais se régénérant en totale synchronisation dans leur chute. Ainsi, nous atterrîmes, Laïla et moi, tous deux sur nos jambes, avant de nous élancer de nouveau l'un contre l'autre.

Nous nous acharnions. Nous voulions imposer notre vérité à l'autre, tout simplement. Il n'y avait plus aucune place pour le dialogue, ni pour les négociations. La cruelle réalité allait s'installer entre nous : le plus fort allait imposer ses principes et infliger au vaincu la réalité qu'il avait décidée. C'était un fait, il n'y avait plus de retour possible. Mais tout cela faisait partie de mon plan malgré tout. Si je gagnais cet affrontement, le dernier obstacle à mon règne était supprimé. Dans le cas contraire, une puissance supérieure à la mienne allait voir le jour et continuer mon œuvre, consciemment ou non. C'était le coup final que j'organisais pour la fondation du futur, et pour l'espoir. L'ultime chausse-trappe qui allait faire sombrer l'humanité.

« Despair Origin ! Hurlai-je. Ukuphelelwa lithemba okungcwele !

- Comment !? S'exclama la femme alors que j'étais déjà inarrêtable. »

Car oui, Ukuphelelwa lithemba okungcwele était un sort particulier. Il brisait le sceau de puissance qui retenait l'entièreté de mes pouvoirs : le désespoir d'origine. Je l'avais gardé jusqu'alors afin de ne pas montrer tout mon potentiel, en particulier sur mes héritiers, mais il était désormais fugace de cacher cet atout dans ma manche. Alors je laissai la puissance monter en moi jusqu'à ce que je devienne aussi puissant que l'ensemble du royaume d'Izrath. Une puissance étincelante, presque électrique, s'éleva devant moi avant de se scinder en deux, pour finalement m'entourer comme une spirale continuelle m'octroyant une force sans limites.

« C'est terminé ma fille. Déclarai-je paisiblement. Fais ta dernière prière avant de connaître la toute puissance de notre famille. »

Elle ne répondit pas. Elle se contenta de rester bouche bée, abasourdie par le spectacle auquel elle faisait face. Oui, je pouvais la comprendre. Elle faisait jeu égal avec un stade de puissance qui représentait à peine 40 % de mes capacités. Me voir gagner en force ne pouvait que la paralyser de terreur. Ainsi, je n'eus même pas à charger le rayon colossal que je projetai sur elle. Il arriva sur mon héritière à une vitesse folle, avant de la percuter sans qu'elle ne bronche.

Cela me tira une larme, de voir ma progéniture se faire souffler par mon attaque dévastatrice comme un vulgaire insecte. Je venais de détruire le fruit de la perfection de notre lignée comme si ce n'était qu'un nuage de poussière balayé d'un revers de la main. Cela m'emplissait de tristesse.

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Je me retournai donc, voulant regagner mon siège afin d'attendre le menu fretin qui allait se présenter ensuite. Cependant, à ma grande stupéfaction, une étrange lueur bleue translucide émana du nuage de fumée provoqué par mon attaque. Elle fut suivie par un fil de lumière éclatant qui me fit plisser les yeux tant il était abondant. Elle sortit du nuage comme un éclair, et lorsque je posai mes yeux sur elle, au lieu d'y discerner de la pénombre, je n'y vis que de la clarté.

« Qu'est-ce que...murmura Laïla, semblant déconcertée par ce qu'il se passait. Que m'arrive-t-il ? »

Elle passa sa main rayonnant d'un flux étincelant devant elle, constatant que son mouvement laissait derrière elle un flux d'énergie translucide de la même couleur que son aura. Interpelée, elle sembla trouver la réponse au bout de quelques secondes, puisqu'un sourire se dessina sur son visage.

« Erika...Soupira mon héritière. Toujours à se mettre en travers de ma route. Je me disais bien que cette attaque était étrange. Tu m'as donc infectée avec cette chose infâme en sachant très bien que j'allais me détester ensuite.

- Attends ! Percutai-je. Tu veux dire que cette attaque qu'elle t'a lancée à mon retour –

- En effet. Reprit Laïla, déterminée. Cette force même ayant pris racine en mon être n'est pas celle du désespoir. Elle n'est pas celle cultivée par la haine à ton égard, ni la peur de perdre mes frères. Elle est le fruit de tout l'amour que j'ai reçu de tous. Une puissance sans limites éveillée du plus profond de moi par la princesse de l'espoir elle-même. Ezaakh, tu te feras vaincre non pas par ton désespoir, mais par l'espoir à l'état pur. »

Je l'attaquai par réflexe. Ces mots m'insupportaient. Je refusais de les entendre de sa bouche. Mon joyau étincelant de ténèbres, contaminé à son tour par une telle imposture !? C'était impensable, inconcevable. Je refusais de croire à une telle infamie ! Et quelle fut ma rage lorsque je constatai que cette énergie faite de niaiserie et de bons sentiments avait suffit à dévier la prodigieuse puissance que j'avais déployée, la laissant s'écraser contre les murs derrière ma progéniture ! Cela me faisait bouillir de rage.

« Heir of Hope : Imvelaphi yesine. Déclara la femme, glaciale.

- Comment oses-tu !? Hurlai-je comme une bête assoiffée de sang. Ne prononce pas ces mots sales et indignes de ta bouche !

- Indignes de ton point de vue. Cependant, la véritable nature de ce pouvoir montre ce que je m'obstine à réfuter en boucle. »

Elle s'arrêta quelques secondes, tandis que sa nouvelle force gravitait autour d'elle sans prendre une véritable forme. Interpelé, j'attendais sa justification avec impatience, même si au fond je savais que jamais je n'allais pouvoir pardonner cette infamie. Elle reprit, beaucoup plus faible qu'elle ne l'avait été jusqu'alors.

« Finalement, ce combat contre la fondation du futur n'était pas une simple bataille d'espoir contre désespoir. Avoua ma progéniture. Ce n'était qu'une façade un conflit réduit à l'état de bien contre mal, de noir contre blanc, alors qu'au fond...ma cause était également l'espoir.

- L'espoir...murmurai-je, comme au ralenti.

- L'espoir de reconstituer une famille brisée par l'intervention de toutes ces personnes. Celui de persévérer jusqu'à pouvoir offrir un présent convenable à mes frères et mes parents. Celui de transporter Yume-Nikki et les guérir de leurs peines...Au fond, moi aussi, j'ai ressenti beaucoup d'amour dans ma vie.

- Ce ne sont que des illusions, Laïla. L'amour n'est qu'un sentiment dérisoire que l'on s'invente afin de ne pas sombrer dans la folie, pour se raccrocher à quelque chose. Mais c'est factice.

- Eh bien, voyons si ce que tu dis est vrai, Ezaakh. Heir of Hope : Nishijima Kôsei. Kashiwagi Arata. »

Deux sphères d'énergie se détachèrent de l'enveloppe charnelle de mon Graal afin de prendre place à ses côtés. Lorsqu'ils se matérialisèrent complètement, je pus discerner les traits des deux jeunes garçons que j'avais tués ce jour même. Ils étaient similaires à eux, si ce n'était pour leur couleur ayant basculé au bleu translucide, comme deux fantômes.

« Peu importe si je ne suis qu'un souvenir, un fantôme, un mirage, ou une illusion, je continuerai à vous servir, ma dame. Déclara la voix de Kôsei. Je tiendrai ma promesse une bonne fois pour toutes.

- Nous vous devons beaucoup, madame. Enchérit Arata. Alors nous allons vous rembourser en vous prêtant main forte. »

Elle n'eut pas la force de répondre. Ils se lancèrent tous les deux contre moi, suivis par leur maîtresse qui chargea de nouveau un sort de désespoir tout aussi puissant que les précédents malgré l'altération de sa conviction. Je grimaçai. Si même ma muse était infectée par cette énergie impure, alors il n'y avait plus rien à faire. Je devais tout recommencer. Oublier ces jours maudits où cette princesse de l'espoir avait corrompu l'ensemble de ma lignée, et créer de nouvelles racines sur lesquelles bâtir mon empire. Je me lançai en chargeant l'ensemble de ma puissance dans mes membres, afin d'écraser cette existence misérable accompagnée de ces créatures lui prêtant main forte. J'avais la rage au cœur, et cela décuplait ma détermination et mon pouvoir. Je déployai les bras, laissant apparaître derrière moi des centaines d'ombres fantasmagoriques composant l'armée de Nemesis qui était la mienne. Elles n'étaient plus comme ces sous-fifres de bas étage qui n'étaient finalement que du menu fretin. Non, elles s'élevaient sur quatre mètres de hauteurs et étaient toutes aussi rapides qu'un combattant du désespoir à mes ordres. Et plus le temps passait, plus je générais de nouveaux soldats, dans un processus inarrêtable et infatigable d'asservissement de cette misérable existence qu'était devenue ma fille.

« Essayez donc de résister à ça, bande de misérables ! Despair Origin : Umkhosi oHlaziyiweyo !

- Heir of Despair ! Rétorqua la femme. Uvavanyo ngekamva ! »

Elle luisit d'un éclat violet qui me rappela étrangement une certaine catastrophe ayant eue lieu à leur époque. A ma grande stupéfaction, quelques secondes plus tard apparut derrière elle une énorme créature similaire à une araignée dégoulinant de boue noire comme l'ébène, dont les deux yeux rouges luisaient au travers. Le monstre lâcha un « grooooooooh » qui fit trembler les murs de la pièce dans laquelle nous nous battions.

Mon coeur rata un battement. Cette créature dégageait la même aura que « lui ». Un épais rideau d'ombres impénétrables qui semblaient contenir toute la noirceur du monde en leur sein. Cela me rappela d'étranges souvenirs que je croyais jusqu'alors enfouis au plus profond de moi. Son apparition, sa proposition de m'aider, nos objectifs communs, et la trahison. Tout me revenait en mémoire, si bien que je ne vis même pas le groupe arriver jusqu'à moi.

A ma grande surprise, ce furent ces deux garçons qui vinrent à ma rencontre. Laïla s'occupait des créatures générées en boucle par mon sort, accompagnée par son étrange créature. Ainsi, j'eus un semblant de nostalgie en faisant face à ce duo de l'improbable qui avait néanmoins réussi à me voler une manche dans notre affrontement. Ils ne possédaient cependant plus leurs pouvoirs du désespoir. Ainsi, il m'était facile d'esquiver leurs assauts afin de rétorquer sauvagement. Pourtant, malgré les coups qu'ils se prenaient, ils restaient toujours debout. Je grimaçai. Comment de simples projections pouvaient rivaliser avec ma toute puissance ?

« Tout simplement car nous sommes issus de l'amour de dame Laïla. Déclara Kôsei, comme lisant mes pensées. Et cet amour n'a pas de limites. Nous le lui rendrons jusqu'à la fin du monde s'il le faut. Car nous sommes éternellement liés à elle. En tant que serviteur, en tant qu'amant –

- Ou en tant que fils. Le coupa l'autre. Et nous ne vous laisserons jamais plus entraver le bonheur de ma dame. Hope : Uthando lokunye ! »

Les deux projections joignirent leurs mains afin de projeter une onde de la même couleur qu'elles tout autour de nous. Je tentai de me mouvoir, mais c'était impossible. Ils avaient comme figé le temps et l'espace. Tout s'était arrêté autour de nous, y compris Laïla, son monstre, et mes sbires. Seules les deux créatures pouvaient bouger à leur guise, et ils ne se firent pas attendre. Ils s'approchèrent de moi en silence, et lorsqu'ils furent assez proches, ils plantèrent une lame translucide vibrant sous sa propre puissance droit dans mon coeur.

Je ne pus m'empêcher de hurler le martyre alors que je crachai une longue gerbe de sang dans mon cri. Pourquoi avais-je si mal ? Ce n'était qu'une simple attaque dans un organe, rien de plus, et pourtant, j'avais l'impression d'être dévoré de l'intérieur.

Je retirai la lame en vitesse. C'était ce pouvoir qui était à l'origine de ma douleur. Je comprenais le pourquoi ces deux jeunes hommes d'attribut espoir me combattaient plutôt que leur maîtresse. Je réussis à me soigner, mais je sentais que mes capacités étaient un poil plus lentes à répondre à ma volonté. Cela m'agaçait. Mais cette attaque avait eue pour mérite de débloquer mon corps. Ainsi, je pus disparaître en une fraction de secondes, réapparaissant derrière Arata afin de l'éliminer d'une seule attaque. Son partenaire me notifia cependant, utilisant son bras pour dévier l'attaque. Mais alors qu'il croyait que cela allait être suffisant, je me fondis dans les ombres de notre décor afin de me rendre imperceptible. Kôsei et Arata me cherchèrent et me trouvèrent rapidement. Jouant la carte de la ruse, je balançai un caillou au loin, ce qui eut pour effet de les faire changer de piste suite au bruit généré par l'impact.

Je me ruai sur le violoniste qui ne put esquiver mon attaque et fut plaqué au sol. Son acolyte tenta de me vaincre, mais sans succès. Je contrôlais désormais la situation, et il ne me fallut pas plus de temps pour tuer les répliques qu'il ne m'en avait fallu pour tuer les originaux. Je les avais vaincus d'une seule offensive, et la prochaine était déjà dans ma ligne de mire. Je me ruai sur Laïla qui remarqua donc la défaite de ses subordonnés. Acculée par ma présence, en plus de celle de mes créatures, elle grimaça. Elle généra un flux d'énergie noire qui terrassa les monstres autour d'elle avant de revenir m'affronter.

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« Ezaakh. Me lança-t-elle, déterminée. J'étais persuadée de pouvoir te vaincre, mais cette bataille d'endurance me montre que je ne suis pas en mesure de te surpasser. Je suis bien trop faible pour cela.

- Aurais-tu enfin retrouvé la raison ? La questionnai-je, intéressé. Débarrasse-toi de ce pouvoir et viens à moi, ma fille.

- Jamais. Cracha la femme. »

D'un coup de lame Ishitunzi elle se donna à elle même un coup furtif que je ne pus même pas localiser, engendrant une perte de quelques gouttes de sang. Ce fluide, au lieu de tomber au sol, resta en suspend dans les airs, comme si quelque chose ou quelqu'un avait empêché son atterrissage. Je restai dubitatif, mais Laïla, elle, me dévisageait encore. Elle n'était pas encore finie, je n'étais pas dupe. Pourtant, j'étais à mille lieues de m'imaginer la suite.

« Despair : Intshabalalo yokugqibela ! Hurla ma progéniture. »

Elle fut ensevelie par une puissance rougeâtre éclatante qui provenait des gouttes de sang qu'elle avait versé. Rapidement, cette puissance devint épaisse et nous engloutit tous les deux sans que je ne puisse faire quoi que ce soit pour m'en débattre. Mon omnipotence n'y pouvait rien. Mon pouvoir du désespoir non plus. Ma rage, ma détermination, mes accomplissements, aucune arme ne semblait être capable de m'extirper de cette masse de puissance aussi épaisse que gênante. Comment pouvait-elle résister à l'ensemble de mes pouvoirs ? Laïla possédait-elle un sort aussi magistral que celui-ci ?

Je n'y réfléchissais pas. Il fallait à tout prix que je me libère de cette chose. Ainsi, je tentai par tous les moyens d'en sortir tandis que ma progéniture, elle, se laissait progressivement ensevelir par l'épaisse toison d'énergie rouge. Son monstre disparut, se laissant absorber par l'attaque fulgurante qui ne présageait rien de bon.

Nous fûmes tous deux surélevés dans l'espace de bataille, les corps recouverts jusqu'au cou d'une masse gluante et épaisse nous empêchant d'esquisser le moindre mouvement. La femme, qui semblait avoir tout planifié, reprit la parole, dénuée de toute malice.

« Ceci est un cadeau de mon père, un cadeau de toute ta lignée. Sourit-elle fièrement. Nous savions que tôt ou tard tu allais revenir, et pour cela, nous avons développé au fil des millénaires le sort ultime pour te vaincre une bonne fois pour toutes.

- Et pourquoi ne pas l'avoir utilisé plus tôt s'il suffisait à me vaincre !? Hurlai-je, voulant percer au travers de son bluff.

- Tout simplement car aussi puissant qu'il soit, Intshabalalo yokugqibela a des limites. Il te prendra la vie, en échange de la mienne, tout simplement.

- Attends ! Tu veux dire que –

- Je t'emporte avec moi loin de ce monde, loin de mes frères et de ma famille. Tu as gagné, Ezaakh. Tu as prouvé que tu étais bien plus fort que je ne le suis, mais contrairement à toi...des gens m'aiment, et ils attendent que je te terrasse pour m'accueillir en héroïne. Toi, tu seras tout seul de l'autre côté. »

Elle resserra l'emprise de cette chose qui lança d'un seul coup un électrochoc si violent qu'aucun sort n'aurait pu minimiser les dégâts. Je hurlai. Comme une bête sauvage meurtrie par un chasseur. Je n'avais aucune échappatoire et je ne pouvais pas atténuer la douleur. Je lançai un regard à ma progéniture. Elle ne grimaçait même pas face à ce qu'elle encaissait, cette sensation identique à la mienne.

Je compris alors que jamais elle n'avait été corrompue par une quelconque faiblesse. J'avais réussi à créer la digne descendante de ma lignée, capable de surmonter tous les obstacles, même celui de donner sa propre vie pour les nôtres. J'étais peiné à l'idée de la voir s'éteindre pour me vaincre, mais il était trop tard. Ce sort avait été étudié pour pallier à tout mon arsenal. Un cadeau empoisonné de mes propres fils et filles pour me prouver qu'ils étaient capables de tuer quelqu'un d'aussi puissant que moi.

Alors je ne dis rien. Il était inutile pour moi de ne faire quoi que ce soit si ce n'était attendre la mort. Je fixai du regard la détermination de l'aînée de la famille tandis que la douleur déformait encore mon visage.

« C'est terminé Ezaakh. »

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Ses yeux luisirent d'un éclat bleu scintillant tandis que l'emprise se refermait sur moi. Mais à ma grande surprise, alors que je pensais que tout était perdu pour de bon, une épée flamboyante surgit de nulle part. Une lame mêlant les couleurs d'une flamme incandescente et lumineuse avec celles des ténèbres de notre pouvoir. Cet objet percuta Laïla qui, perturbée dans son sort, laissa disparaître tout ce qui nous retenait avant de s'écraser au sol. Un nuage de poussière s'éleva. Lorsqu'il se dissipa je pus discerner quelque chose de particulier. 6 hommes en armure se tenaient fièrement face à moi, guidés par un septième en avant par rapport à eux. L'homme semblant être le leader portait une longue cape noire s'ouvrant sur son visage duquel je pouvais discerner deux grands yeux bleus me fixant d'une expression faite de vide. Cette personne n'était autre que mon rejeton. L'aîné des deux. A l'exception près qu'il était cette fois en phase avec notre héritage, je le sentais. Et il avait même généré des sous-fifres, puisque les six chevaliers derrière-lui respiraient les mêmes ténébres que celles que je répandais.

« Intéressant…souris-je en constatant l'évolution de ma progéniture. Je ne pensais pas te voir arriver face à moi dans cet état, Hiroki. »

Il m'ignora. A la place, il se rendit aux côtés de sa sœur qu'il venait de neutraliser. La relevant péniblement, il passa sa main au-dessus d'elle et la soigna.

« Hiroki...Soupira Laïla dans un effort surhumain. Pourquoi as-tu fait ça… ?

- Je t'interdis de mourir, même pour nous. Murmura-t-il. Il est temps que je rétablisse l'ordre naturel des choses. »

Il se dressa droit devant moi, déployant un charisme que je ne lui connaissais pas jusqu'alors. Ses sbires brandirent leurs épées et les pointèrent à mon visage, me laissant constater dans la pénombre toutes les paires d'yeux luminescents qui me fixaient d'un air mauvais, prêts à en découdre.

« Repose-toi, Laïla. Déclara Hiroki en me fixant du regard. Grand-frère va te protéger. »

Puis il s'élança dans la bataille à une vitesse si folle que même moi je ne réalisai pas qu'il venait de m'ouvrir la chair, donnant le premier coup d'une nouvelle lutte acharnée contre ma progéniture.

Chapitre 183: La confrontation finale (3)

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Je ne l'avais pas vu venir. Moi, Zetsubô, grand souverain du désespoir et noyau de destruction millénaire, je n'avais pas anticipé l'attaque d'un simple homme. Un de mes misérables rejetons incarnant en lui tout ce que je haïssais dans le genre humain par-dessus le marché. Je grimaçai sous la douleur tandis que la lame qu'il avait sortie de je ne savais où m'avait tranché l'abdomen. Je me soignai rapidement et tentai de prendre du recul, mais j'étais bien trop imprudent. En effet, l'un des chevaliers accompagnant Hiroki m'attendait déjà derrière. Le blond en armure et aux yeux verts éclatants abattit son épée sur moi sans que je ne le remarque.

J'eus tout juste une seconde pour l'esquiver. Une simple seconde qui m'avait peut-être épargné des tas de problèmes. Je disparus, utilisant mon omnipotence pour naviguer au travers de ces troupes guerrières, mais contre toute attente – tout du moins la mienne –, Hiroki me suivit dans ma course. Je n'étais fait que d'ombre se fondant dans le décor afin de me déplacer, mais lui me suivait de la même façon. Je fus sans voix. Comment ce déchet avait-il pu mettre la main sur le même pouvoir que je possédais ?

Je n'eus pas le temps de répondre. Il sortit de son état immatériel et plongea sa main dans mon ombre de laquelle il m'extirpa avec force, avant de me lancer dans les airs, droit vers les six soldats qui l'accompagnaient.

« Maintenant, Shishou ! Hurla ma descendance. »

Le chevalier blond acquiesça. Lui et ses camarades plantèrent tous leur épée dans le sol, laissant apparaître un motif circulaire fait d'énergie tournant sur elle-même sans jamais s'arrêter. Ce cercle multicolore ne fit que grossir de secondes en secondes, tandis que j'essayais pour ma part de retrouver mon équilibre.

« Nous pourfendrons le désespoir, peu importe si nous devons pour ce faire connaître le trépas ! Résonne dans nos coeurs ! Ô, dame du lac. Que ta lumière brille sur les contrées de notre royaume malmené par ces viles couardises ! Noble Magic: Nobilis Phantasia ! »

Une éclatante colonne de lumière surgit du sort généré par ces six dégénérés et m'engloutit en l'espace de quelques secondes. J'étais aveuglé, en suspend au milieu de cette étincelante énergie qui ne semblait pas avoir la moindre propriété offensive. Pourtant, alors que je me croyais sauvé, je vis surgir de nulle part l'instigateur du sort. Il me lacéra d'un coup d'épée, suivit par l'un de ses acolytes, puis un autre, à une vitesse à couper le souffle. Je ne pouvais pas préparer le moindre sort tant leur synchronisation ne me laissait aucune ouverture. Je ne pouvais que subir les coups d'épées enragées provenant de cette vermine. Ils se relayaient en boucle pour m'ouvrir la chair, et je ne pouvais même pas répondre, ni m'échapper. Alors il allait falloir que je trouve une solution.

Je décidai de repérer le moins menaçant du lot, et lorsque je le fis, je pus le repousser d'une attaque furtive qui désynchronisa le reste de l'équipe. Je pus ainsi m'extirper de la boucle et essayer de gagner du temps pour me soigner.

Mais je heurtai quelque chose de derrière. La grande carcasse de mon descendant qui m'avait remarqué. Me dévisageant sans émotion véritable, il se saisit de son épée, et la planta avec brutalité dans ma carcasse déjà amochée par l'attaque. Transpercé par une épée fourrée dans le sol, incapable d'agir, c'était un bien triste spectacle pour mes téléspectateurs. Je me vidai de mon sang, empalé sur une épée fracassée au sol, et ils me regardaient comme une bête de foire. Pensaient-ils vraiment qu'une attaque bon marché de ce genre allait suffire à me vaincre ? Étaient-ils assez naïfs et crédules pour espérer me vaincre ainsi ? Foutaises !

L'épée disparut afin de revenir dans les mains de Hiroki. Ce dernier garda sa posture de garde. Il savait que je n'étais pas vaincu. Ainsi, il n'exprima aucune surprise lorsque mes plaies se refermèrent, ni quand je m'élevai à quelques mètres au-dessus de leur tête. Les ténèbres gravitaient de nouveau autour de moi tandis que mes blessures se soignaient. Je déployai mes bras, tandis que dans les paumes de mes mains chargeait une puissance aussi intense que la haine éprouvée à l'égard de Hiroki.

Au lieu de la projeter contre eux, je la dirigeai contre moi-même. Cette force colossale m'engloba en l'espace de quelques secondes qui durent sûrement leur paraître une éternité. Préface de la souffrance éternelle.

« Ukuphelelwa lithemba. »

Et l'énergie se démultiplia encore et encore, tandis que je ne pus m'empêcher d'éclater de rire face à ces pauvres fous. Comment osaient-ils croire qu'ils pouvaient me malmener, me vaincre !? J'étais loin d'avoir dévoilé toutes mes cartes. Je possédais en moi 5000 ans de potentiel ! Il était impossible que je faiblisse !

L'énergie obscure ne se dissipa pas. J'avais fusionné avec elle. Mon corps était enveloppé de ma toute puissance, ne laissant même plus voir mon visage ou mes membres. Je venais de transcender les limites du pouvoir. Moi, Katsuo Yamada, venais de me débarrasser de mes dernières limites d'humain afin de devenir un être surpuissant fait non plus de chair et de sang, mais de kvantiki à l'état pur.

Je me sentais capable de terrasser n'importe quel semeur de troubles. Chaque seconde passant m'octroyait davantage de pouvoir, et pire encore, je me sentais drainer l'énergie quantique de tous les êtres présents dans cette pièce. Hiroki le notifia. Il se rua sur moi en utilisant toute sa puissance du désespoir. D'un bond, il tenta d'abattre son épée sur ma personne.

« C'est fugace. Raillai-je. »

Je déployai le bras face à lui, laissant apparaître en moins d'un clin d'œil une vague d'énergie si puissante que je n'en revins même pas moi-même. Ses yeux s'écarquillèrent. Il n'avait pas prévu une telle force. Cependant, alors qu'il allait se faire souffler par l'attaque, deux de ses acolytes se dressèrent rapidement devant lui, se faisant trancher en deux sans même avoir le temps de prononcer le moindre mot. Leurs carcasses disparurent dans une épaisse fumée translucide qui me confirma que je les avais définitivement renvoyés en Izrath.

Je ne lus aucune crainte dans le regard de mon rejeton. Simplement de la colère qu'il comptait bien extérioriser par son pouvoir. Car au lieu de reculer, il se jeta sur moi une nouvelle fois. Il fut d'ailleurs accompagné par le blond du groupe, celui qui lui avait apparemment fait allégeance.

« Si vous souhaitez mourir ensemble, j'exaucerai votre prière. Lançai-je sans aucune émotion.

- Ne prends pas tes espoirs pour une réalité. Rétorqua mon fils. Shishou !

- Allons-y mon jouvenceau !

- Ignoble Magic ! S'exclamèrent les deux écervelés en synchronisation. Lithemba flante exsurgebat ! »

Lorsque ma puissance s'abattit sur eux, au lieu de se faire trancher purement et simplement par l'attaque, ils réussirent à la dévier comme un vulgaire sortilège de seconde zone. Ils s'avancèrent ensuite vers moi comme s'ils avaient une chance de me vaincre. Ils brandirent leurs épées en synchronisation et tentèrent de me donner un coup en simultané, mais je réussis à leur barrer la route.

Un de mes Nemesis apparut. Mais tout comme moi, il avait gagné en puissance. Lui aussi n'était plus que du Kvantiki à l'état pur et brut. Il suffit à s'interposer entre les deux hommes et moi, me laissant générer d'autres créatures de mêmes propriétés à ses côtés. Une fois suffisamment de monstres invoqués, je claquai des doigts, laissant le soin à toutes ces créatures provenant de Lithemba de fusionner ensemble.

Je me fis attaquer durant le processus, mais il était impossible de m'atteindre dans cet état. Je repoussai les deux hommes sans la moindre difficulté. Malgré tout leur cinéma, ils n'étaient finalement que deux misérables insectes en comparaison avec la toute puissance d'Izrath. Balayés d'un revers de la main, ils revinrent à la charge, me faisant perdre patience. Pour en finir, je projetai un intense rayon de lumière noire aussi imposant que mes autres pouvoirs. Elle s'écrasa droit sur les deux obstacles à mon succès définitif, sans qu'ils ne puissent rien faire.

Ma créature naquit. Elle s'éleva dans l'espace de bataille et poussa un rugissement de désespoir dont le niveau de puissance était aussi élevé que le côté affligeant de ma descendance. Un long dragon de quelques mètres fait de Kvantiki, la même matière me composant, dont les grands yeux rouges perçants étaient aussi lugubres que mon regard. J'ordonnai à la créature de s'occuper du menu fretin restant, ce qu'elle fit sans broncher. Mais à ma grande surprise, lorsque je voulus confirmer l'état de Hiroki, ce dernier me réserva une surprise.

Il avait survécu, et son imbécile de partenaire également. Ils étaient tous les deux couverts d'une étrange carcasse ayant apparemment réussi à contenir l'attaque, avant de tout simplement se briser dans une poussière multicolore. Je reconnaissais cette matière. C'était de la vitre, et pas n'importe laquelle : du vitrail.

Instinctivement, je tournai ma tête vers Laïla, et je découvris avec stupéfaction qu'elle était de nouveau debout. Elle semblait avoir récupéré le plus gros de ses forces. C'était elle qui avait protégé son frère. Cette simple pensée suffisait à me faire enrager. Chaque fois, un autre obstacle se dressait sur ma route.

« Heir of Despair ! Stained Disaster ! »

Les fragments de vitre que je venais de briser furent dirigés à toute vitesse contre moi, tentant de nouveau de m'enfermer comme ma fille avait essayé quelques temps auparavant. Je m'en défis cependant facilement, au vu de l'état dans lequel je me trouvais. Mais tout cela était un leurre. Les chevaliers nobles s'étaient déjà rassemblés autour de moi afin de me tendre un piège. Les quatre combattants restants se dirigèrent à toute vitesse sur moi en laissant un hurlement de détermination qui ne me fit pas sourciller. Leurs épées luisirent, me laissant reconnaître la même couleur que cette attaque m'ayant fait si mal lorsque j'étais face à Laïla. Je n'allais pas me faire avoir une seconde fois : j'esquivai les quatre attaques, et je vis même arriver la femme, son frère et le blond dans leur embuscade. Au lieu de céder à leur offensive, je les repoussai, avant de projeter une autre vague dévastatrice qui eut raison de deux autres chevaliers nobles.

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Je ricanai. Ils étaient tous pathétiques.

« Vous ne pourrez jamais gagner contre moi. Leur lâchai-je, presque compatissant. Jamais vous n'avez fait face à ce que j'ai vécu. Survivre, détruire, trahir, ceci est le quotidien que j'ai expérimenté chaque jour. J'ai dû grimper tous les maillons de la chaîne des forts et des faibles afin de tous vous regarder d'un piédestal intouchable. Et vous, qu'avez-vous accompli dans votre misérable existence ? Fuir une fondation composée d'une centaine d'hommes armés ? S'échapper de chez soi car on a peur de heurter la sensibilité de son petit frère ? Regarder ses amis mourir encore et encore et fuir la réalité en scellant ses souvenirs ? Comment osez-vous prétendre, ne serait-ce qu'une seconde, à rivaliser avec moi alors que vous avez tous les trois passé votre vie à fuir toutes les difficultés !?

- Nous nous battons justement parce que nous avons compris qu'il est inutile de fuir. Me répondit le chevalier blond en affichant un semblant de conviction.

- Et détrompe-toi Katsuo, enchérit Hiroki. Si nous avons fui la fondation du futur plutôt que de la détruire, ce n'est pas une preuve de faiblesse. Au contraire. Si notre lignée s'était rebellée et avait vaincue l'organisation, cela aurait été le monde entier qui aurait eu les yeux braqués sur nous, en envoyant les meilleures troupes pour s'assurer que l'on meurt. Et le nombre de tes descendants aurait été de zéro.

- Cela n'aurait pas été plus mal quand on voit ce qu'est devenu mon sang. Rétorquai-je en grimaçant. J'ai beau avoir trois descendants, aucun n'est capable d'assumer le poids de notre fardeau. J'aurais préféré la destruction pure et simple de vos misérables existences, quitte à devoir trouver un autre moyen pour revenir à la vie. »

Ma créature revint. Sans surprise, elle avait vaincu les deux autres chevaliers nobles restants. Ainsi, nous n'étions plus que quatre dans cette salle d'affrontement. Hiroki, Laïla, Medrawt, et moi.

« Cette fois vous ne pourrez pas fuir l'absurdité de cette réalité. Souris-je. Je vais détruire le peu d'espoir qu'il vous reste, misérable vermine ! »

Et j'attaquai une nouvelle fois, déchaînant les vagues du désespoir surgissant des entrailles de la terre. Comme assoiffées de mort, elles se répandirent à une vitesse folle vers ma progéniture et leur bouffon, promettant un sort funeste à quiconque en serait prisonnier. Pourtant, aucun des trois ne bougea. Ils avaient deviné ma stratégie, et s'étaient déjà retournés vers ma créature qui avait tenté de les prendre à revers. Laïla et Medrawt se dirigèrent spontanément en équipe vers ma diversion tandis que Hiroki lui, générant une épée dont il avait le secret, se jeta sur moi dans une chute libre.

« Va aider Hiroki ! Ordonna Laïla au chevalier blond. Il en aura plus besoin que moi.

- Je ne laisserai pas s'éteindre la lignée de Mélissa une seconde fois. Rétorqua le chevalier sans s'arrêter dans sa course. Je ne vous lâcherai plus, Laïla. »

Les larmes montèrent aux yeux de ma progéniture qui sembla réaliser quelque chose, mais elle se reprit vite. Pour ma part, je repoussai aisément les attaques de celui qui s'était mis en tête de me vaincre. Pourtant il s'acharnait, cet être misérable fait de faiblesse et de soumission. Et son regard était empli de détermination. Réalisait-il qu'il n'y avait aucun avenir, ni pour lui, ni pour ses frères et soeurs ? Pourquoi me posais-je cette question ? Il était un imbécile total, impossible de calculer la moindre éventualité liée aux risques ou autre variable.

« Pourquoi t'acharnes-tu Hiroki ? Repris-je en projetant un éclat sombre. Tu n'as plus rien. Ton monde a été détruit, et si par miracle tu viens à me vaincre, tu emporteras avec toi les vies de tes camarades. Vous ne vous en remettrez jamais.

- Pourquoi ? Répondit-il en déviant mon éclat d'une main. Je ne fais que suivre notre destinée. Nous les Yamadas, avons décidé de lutter pour les générations futures. Nous avons pour seul héritage notre haine envers toi. Une fois que l'on aura terminé notre mission millénaire, nos descendants pourront vivre en paix pour toujours.

- Et après !? Grognai-je, exaspéré par leur logique. Une fois que vous m'aurez vaincu, vous pensez que tout se terminera !? Vous resterez en bas de l'échelle du pouvoir, à trimer toute votre vie pour obtenir les miettes de votre travail ! A quoi bon lutter pour le bien de pauvres fous qui ne se préoccupent pas de votre existence, et qui vous jetteraient dans l'abîme pour survivre à votre place !?

- Plutôt être en bas de l'échelle du pouvoir plutôt que de vivre dans la crainte de représailles, en ayant le sang d'innocents sur les mains. Reprit calmement mon héritier en s'engouffrant dans les ombres du décor. Katsuo, nous ne nous comprendrons jamais. Aussi longtemps que tu vivras, je te traquerai jusqu'à ce que tu meures. »

Je vis son ombre se mouvoir à la vitesse de la lumière pour se diriger jusqu'à moi. Je m'engouffrai à mon tour dans l'espace, acceptant le challenge de la jeune génération. Lorsque nos puissances s'entrechoquèrent, à ma grande surprise, aucun de nous n'en fut impacté. Il possédait énormément de puissance, et une endurance semblant à toute épreuve. Comment était-ce possible ? Laïla, la fleur inestimable de mon jardin du chaos, s'était laissée corrompre par cet espoir nauséabond alors que Hiroki, simple mauvaise herbe sans autre avenir qu'être déraciné, laissait éclore un potentiel de souverain. J'étais dans l'incompréhension totale.

Il réapparut derrière moi. Par quelle sorcellerie avait-il échappé à mon omnipotence ? Je ne savais guère. J'avais cependant l'impression que c'était moi qui luttais avec son pouvoir, et non l'inverse.

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« Heir of Despair. Reprit le jeune homme. Shadow Reminiscence ! »

Tout devint sombre. Le décor autour de moi sembla se fondre dans les ténèbres avant de me laisser seul au beau milieu de la pénombre. Lorsque le rideau d'obscurité se dissipa, je n'étais plus dans l'espace que j'avais laissé. A la place, une vision de stupéfaction était apparue. Il était là, me fixant depuis la pénombre de ses deux grands yeux rouges. Cet immense dragon fait d'écailles couleur ébène, à la gueule respirant les ténèbres et la rage. Cet être aux griffes acérées faisant quatre à cinq fois ma taille…Celui qui m'avait choisi pour porter ses ambitions il y avait maintenant des millénaires…

« Comme on se retrouve, Katsuo. Grogna la créature avec mépris.

- Mes hommages...Gariatron. Rétorquai-je grimaçant. Comment allez-vous, toi et tes frères ? Toujours discriminés par le sanctuaire céleste ?

- Ne fais pas l'innocent ! Cracha le dragon, me contraignant à éviter son brasier. Tout est de ta faute ! A cause de toi, nous avons été désigné comme des démons ! Nous sommes répudiés de notre propre demeure, simplement car je t'ai fait confiance !

- Je n'ai fait aucune distinction entre toi et les autres. Repris-je, apathique. Un sous-fifre est un sous-fifre. Ce n'est absolument rien de personnel. »

Cela sembla soulever une question d'ordre personnel puisque la créature rugit de rage en entendant ces mots. Elle me saisit par la gorge avec une violence telle que je n'arrivais même pas à me défaire de la pression de ses serres.

« Lorsque j'ai cherché en ton monde quelqu'un qui allait pouvoir m'aider à réparer les erreurs du mien, j'ai pris l'être humain le plus misérable et je lui ai confié les pouvoirs d'Izrath. Et c'est cet humain en qui j'avais décelé l'humilité et la rationalité qui est devenu l'être le plus immonde que l'on ait connu.

- J'avais déjà tué mon maître et mon père pourtant. Raillai-je malgré la douleur. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même pour avoir fait confiance à un meurtrier. »

Dans un hurlement de frustration, il me balança contre le mur en utilisant toute sa puissance. Je réussis retrouver mon équilibre, mais c'était loin d'être terminé. La créature luisait d'un éclat pourpre me laissant présager qu'elle préparait une attaque colossale imprégnée de toute la colère du monde.

Je n'allais pas l'esquiver. Il fallait que je rappelle à cet animal de compagnie qui était le maître. S'il avait réussi à asservir d'autres humains de mon espèce, alors qu'il fêtait ces victoires, mais je n'étais pas un autre réceptacle à ajouter à sa liste. Ainsi, je me saisis de son attaque à mains nues, avant de les repousser dans le décor comme si de rien n'était. Cela sembla irriter la créature.

« Je t'ai utilisé depuis le début ! Lui hurlai-je alors que ma puissance se décuplait. Je n'ai vu en toi qu'une passerelle vers un nouveau monde, le monde que J'AI créé ! Lithemba est MA création et est soumise à MES règles ! Tout ce qui s'y trouve me revient, et tu ne fais pas exception, Gariatron ! Tu peux être un démon pour les Izrathiens, tu n'as jamais été qu'un misérable insecte à mes yeux ! »

Je me déplaçai à la vitesse de la lumière vers cette chose. Utilisant mon omnipotence afin de me rapprocher de lui, je tentai de lui porter un coup puissant qu'il esquiva à la dernière seconde. Se retournant vers moi les yeux encore plus étincelants, il grogna à mon égard.

« Tu utilises même son pouvoir contre moi...Sans l'ombre d'un remord…

- Le pouvoir que j'ai gagné légitimement en écrasant ta progéniture, monsieur le dragon. Donner le pouvoir du maître de l'espace à un rejeton n'ayant aucune expérience du combat sous prétexte qu'il est ton fils, c'est risible.

- Tu étais celui qui devait le former au combat…

- Encore une fois, tu choisis mal tes alliés. Est-ce de ma faute ? »

La créature ne me répondit rien. Lorsque je me ruai sur elle, elle tenta de me repousser, mais il n'en fut rien. J'étais bien trop puissant pour être paré, surtout par des pouvoirs si misérables. Je générai une intense puissance d'énergie aussi noire que le dragon qui était autrefois mon sous-fifre afin de la projeter droit contre lui. Il lâcha un hurlement de douleur tandis que ma puissance explosa maintes fois à son contact. Puis il s'écroula au sol, laissé pour mort.

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Je n'eus le temps de rien voir d'autre. Un impact tout aussi puissant que le mien vint me percuter, avant de me projeter droit contre le mur de l'espace de bataille dans lequel j'étais revenu. Une puissance prodigieuse semblant aussi déroutante que la mienne. Je ne pus rien faire tandis que je rasai le sol de l'endroit jusqu'à m'écraser contre la paroi rocheuse. Je jetai un œil, tandis que des tas de plaies s'étaient ouvertes dans mon corps. Hiroki semblait être celui m'ayant ramené de cet endroit. Il esquissa un sourire espiègle.

« Il suffit de peu pour déstabiliser le grand désespoir. Se moqua-t-il. Shadow Reminiscence est parfaite pour sonder le coeur d'un individu. Elle m'a permis d'observer ton propre passé en en remuant les spectres endormis au fond de ta conscience. Et j'en ai profité pour te jouer un coup fourré.

- Cette vision…bégayai-je.

- Elle était plus ou moins factice en effet. Disons que j'ai créé une dimension vierge à partir de tes souvenirs, et que dans cette dimension j'ai généré ton ennemi juré, encore une fois en prenant en compte ce que tu gardais en mémoire. Cela m'a permis de te faire affronter un adversaire à ta taille et te tenir occupé pendant que je préparais mes prochains coups. »

Hiroki déploya ses bras au-dessus desquels se dessinèrent des sphères d'énergies, chacune d'une couleur différente. Elles étaient toutes ternes, faites de désespoir. Elles gravitèrent quelques secondes tandis que moi, j'essayais de me soigner, mais j'étais bien trop lent. Laïla avait entravé mon pouvoir de guérison avec son attaque suicide, et cela allait me porter préjudice.

Les sphères de mon rejeton se matérialisèrent en planètes qui grossirent, encore et encore, à une vitesse prodigieuse. Elles gagnèrent en puissance et en obscurité, gravitant autour d'une énergie noire imbibant le lanceur du sort.

« Sonder les cieux, ouvrir les cieux... Étoiles à travers l'univers, montrez-vous à moi de tout votre éclat! Tetrabiblos, je suis le maître des étoiles. Mon aspect est la perfection.

- Ce sort ! Hurlai-je en essayant de me dégager. Comment peux-tu… !?

- Gardien des étoiles, toi avec qui j'ai prêté alliance par le biais de ton héritière. Je t'ordonne de m'obéir selon le contrat de substitution nous liant. »

Je déglutis. L'incantation était prête. Son pouvoir l'était aussi. Et la menace était réelle. Je ne pouvais pas me faire avoir une deuxième fois par ce pouvoir. C'était impossible. Complètement impossible.

« - Ouvre la porte du ciel ! Hurla Hiroki. Les 88 étoiles du ciel de Lithemba ! Tenebris Urano Metria ! »

Son sort emporta avec lui tout ce qu'il y avait autour de lui, à commencer par ma créature faite de Nemesis. Les étoiles du ciel se déchaînèrent tandis que j'entendis le rugissement du dragon ayant pactisé avec la descendance de Yiskha réclamer mon sang depuis les cieux. Le reflet de ce lézard s'inscrivit dans les yeux de mon rejeton. Une nouvelle fois j'allais devoir encaisser une telle puissance prodigieuse, alors que je pensais en avoir définitivement fini avec la lignée de cette traîtresse.

Chapitre 184: La confrontation finale (4)

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Cela me rappelait des souvenirs que j'aurais bien voulu tout simplement occulter de ma mémoire. Cette incantation, ce sentiment d'oppression, ces planètes déchaînant leur nitescence contre ma personne. Et cette lignée dégénérée qui avait transporté avec elle les pouvoirs de mon ancienne servante la plus dévouée…

Ou que tu sois désormais, je te maudis, Yiskha. Toi qui a rallié à ta cause ce stupide gardien des étoiles et qui a créé avec lui ce sort dans le seul but de me réduire définitivement au silence. Toi qui as transmis ta prophétie absurde ayant corrompu ma sainte et noble descendance. Toi qui a juré fidélité sur toutes tes générations à ce pauvre lézard qui se met encore une fois en travers de mes plans.

Je te maudis de tout mon être, de toute mon âme, et toute fibre composant ma chair, Yiskha.

« Et sache que je ne te laisserai jamais avoir une autre victoire contre moi ! Hurlai-je face à la projection de Hiroki. »

Je plantai la moitié de mon bras dans le sol, créant une crevasse rien que de par la puissance de ma frappe. J'utilisai ensuite l'un de mes sorts pour projeter de l'énergie directement dans le trou, ce qui eut pour effet de la faire rejaillir à l'extérieur. Elle dressa un mur entre moi et l'Urano Metria des ténèbres avant même qu'elle ne me touche. Je profitai de la collision pour reculer de quelques mètres afin de réitérer mon acte, et, comme je le pensais, chaque fois que la puissance corrompue du gardien des étoiles heurtait un de mes murs, elle consumait sa puissance pour le franchir. Ainsi, il fallut quatre obstacles pour la dissiper totalement.

J'avais gagné assez de temps. Mes plaies étaient quasiment toutes refermées tandis que Hiroki, lui, haletait comme si ce sort était son ultime ressource pour me vaincre. Ses camarades le regardèrent, horrifiés par le dénouement de cet affrontement. Était-ce donc vraiment leur coup fourré pour en finir ? Le sort de l'humanité se jouait-il vraiment sur un coup de poker ? Amusant. J'étais désormais curieux de savoir comment ils allaient pouvoir espérer me vaincre maintenant que le sort le plus puissant de Hiroki avait échoué tandis que celui de Laïla était prévisible.

Mais je n'allais pas attendre. Je devais leur faire payer à tous les deux. Ces rejetons respectivement corrompus par la princesse de l'espoir et la lignée de Yiskha. Ces traîtres qui n'allaient de toute façon jamais prétendre à implorer mon pardon. Il fallait que je calme cette rage et que je détruise leurs vies à eux qui se sont soumis à tout ce que j'ai combattu de toute mon être. A quoi bon donner toute mon existence à une cause pour que derrière, ces ingrats pactisent et se soumettent à nos pires ennemis !?

Je n'eus même pas le besoin de dire quoi que ce soit. Mon pouvoir réagit tout seul, se changeant en un lasso d'énergie qui ligota mon fils et sa sœur, les empêchant ainsi de réagir. Je claquai des doigts, laissant le blond qui les accompagnait au sol afin de m'élever encore et encore avec ma progéniture. Les liens les retenant drainaient petit à petit leur énergie en leur tirant des hurlements de souffrance et de supplication. Comme je l'avais toujours su, j'étais le maître. Et j'allais leur rappeler une bonne fois pour toutes quelle était leur place.

« Vous avez trahi la lignée que j'ai construite en vous laissant corrompre par ces imbéciles. Leur lâchai-je, glacial. Je vais vous faire regretter d'avoir remis votre vie entre les mais de ces déchets !

- Je t'interdis d'insulter...la mère...de mon fils...Grogna Hiroki en réfrénant des grimaces de douleur.

- La mère de ton fils !? M'exclamai-je, déchaînant ma rage. Tu ne t'es pas contenté de pactiser avec cette femme, il a fallu que tu te reproduises en elle !? Malheur à toi ! Je te maudis, Hiroki Yamada ! Je vais te détruire, et lorsque cela sera fait, je détruirai ce déchet que tu as engendré avec elle ! »

Je ne contrôlais plus rien. Je n'allais trouver le repos que lorsque cette anomalie allait être supprimée. J'étais traîné dans la boue. Couvert d'indignation et de disgrâce. Jamais je n'allais pouvoir essuyer une telle honte, à moins de détruire cette erreur de façon définitive. Mes pouvoirs étaient en accord avec moi, puis des cratères se dessinèrent dans le sol. Deux brèches laissèrent passer un torrent d'énergie de désespoir qui prit la forme de serres de dragon pour aller agripper ces deux rejetons qui ne m'avaient donné que trop de cheveux gris. Je resserrai mon emprise en serrant les poings, laissant agoniser les deux comparses dont l'existence allait bientôt être écrasée par la mienne.

« Je vous ai laissé tant de chances et vous n'avez fait que me trahir. Grognai-je. Chaque fois que je me persuade d'être clément avec vous, j'essuie un nouveau coup de poignard dans le dos. Cette fois c'est terminé. Si tu me regardes, progéniture de cette vermine, sache qu'une fois que j'aurai exterminé ton père, tu seras le suivant ! Despair Origin : Iminyaka emihlanu yokubandezeleka ! »

A la seconde où je prononçai ses mots, les liens luisirent d'une couleur similaire à la puissance qui m'englobait. Ils s'embrasèrent, laissant résonner les cris de douleur de Hiroki et Laïla qui, l'énergie continuellement aspirée par ma puissance, ne pouvaient rien faire d'autre que de hurler leur souffrance. J'appréciai la symphonie de leurs hurlements résonnant dans l'espace, s'accordant à merveille avec les supplications de leur acolyte afin que je les épargne. Mais ce n'était pas assez. C'était loin d'être suffisant pour couvrir les cris de douleur de mon âme réclamant le fruit de cinq mille ans de vengeance. Mon coeur réclamait réparation pour ce préjudice, ce sacrilège d'avoir été perverti par nos ennemis jurés. J'allais les faire souffrir de plus en plus, jusqu'à ce que leurs corps se déchirent et que leurs cris d'agonis recouvrent enfin ceux de mes sacrifices.

« Laissez mon jouvenceau et ma dame en paix ! Hurla la voix du chevalier noble, alors qu'il était au sol. Arrêtez cette folie ! Zetsubô ! »

Je l'ignorai. Je n'avais aucun mot à gâcher pour ce genre d'être qui de toute façon n'avait aucun impact sur le monde. De plus, j'étais occupé à être le spectateur de la lutte acharnée contre ma toute puissance qu'entreprenaient les frères et sœurs. Ils étaient impuissants et ils le savaient. Ils étaient faibles et en étaient conscients, mais malgré tout, par orgueil, fierté, ou je ne savais quelle émotion, ils s'obstinaient à tenter de dissimuler leur peine. Car oui, ils souffraient le martyr, je le savais pertinemment. C'était écrit sur leurs visages. Je leur creusai des rides qui n'avaient jusqu'alors jamais vu le jour tant leurs muscles se contractaient face au fardeau que je leur imposai.

C'était presque parfait. Il ne manquait plus qu'une mise en scène à couper le souffle, et j'allais pouvoir apprécier ce délicat spectacle à sa juste valeur. L'embrasement de ma génération future. Le souffle du renouveau qui allait écrire une nouvelle page dans ma descendance. Je n'avais plus besoin de ces deux résidus de sous-race. Ils avaient accompli leur tâche et j'étais désormais présent physiquement. Je n'avais plus qu'à trouver la femme qui allait me donner d'autres enfants, et tout allait recommencer.

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Je l'esquivai. Cette épée qui avait été projetée à la vitesse de la lumière contre moi. C'était un simple bout de métal. Comment ce fou avait-il pu penser que cela m'aurait causé le moindre dégât ? Pourtant, il avait tenté de le faire. Je me retournai vers lui. Il haletait, comme épuisé par ce simple effort basique, et pourtant, il me dévisageait avec toute la haine du monde dans le regard. Je soupirai. Il troublait mon spectacle et en plus de cela il croyait avoir une chance. Je descendis pour arriver à sa hauteur, laissant derrière-moi ma progéniture se faire exterminer par mon sort. Une fois arrivé à son niveau, je lui attrapai le visage avec force. J'allais lui enseigner le véritable sens du mot terreur, une bonne fois pour toutes.

« Penses-tu vraiment avoir une chance contre moi !? Grognai-je. Tu as passé ton existence à voir tes amis mourir et tu as dû compter sur une petite fille pour échapper à la mort. Quant à cette épée, même projetée à la vitesse de la lumière, jamais elle ne me blessera.

- Peu importe le mur de puissance qui nous sépare. Reprit Medrawt, apparemment déterminé. Je te créant que je me relèverai toujours tant que mon jouvenceau sera prisonnier de tes entraves ! »

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Il ne me laissa pas rétorquer. Il se défit de mon emprise et fit apparaître une autre arme dans ses mains. Il m'en donna un coup puissant, mais sans surprise, j'avais déjà réussi à le parer à mains nues. Je voulus contre-attaquer en me saisissant de l'objet, mais il l'avait déjà lâché. Et pire même, il avait bondi par-dessus la précédente, m'attaquant par la voie aérienne. J'esquivai avec quelques secondes d'avance, avant de projeter un torrent de puissance qui s'écrasa sur le chevalier noble.

Je me reculai tandis qu'il se contenta d'encaisser l'attaque de plein fouet. Il réussit à la contenir, non pas sans être repoussé sur plusieurs dizaines de centimètres, laissant derrière lui l'empreinte de ses pieds s'appuyant dans le béton du sol. Je souris. L'énergie que j'accumulais grâce à la rétention de mes héritiers me permettait de récupérer bien plus rapidement que lorsque je dus repousser l'Urano Metria. Et cela déplaisait fortement à ce type, que je ne pouvais même pas qualifier d'adversaire.

Il revint à la charge sans esquisser le moindre changement d'expression, comme s'il n'avait toujours pas digéré le fait qu'il n'était capable de rien. Il généra une autre épée qu'il projeta contre moi, en vain. Cette fois je le devançai. Il allait encore utiliser le même coup fourré et attaquer d'un autre angle, alors j'utilisai mon pouvoir pour projeter une onde de ténèbres tout autour de moi afin de le terrasser d'une seule attaque.

Mon pouvoir fut propulsé, et je savais qu'il n'en avait pas réchappé. Tout du moins, c'était ce que je croyais. Car à ma grande surprise, je fus violemment lacéré par une attaque provenant du nuage de fumée généré par mon assaut. Je grimaçai, reculant de quelques pas afin de considérer le chevalier. Il se tenait toujours debout, car il avait généré un bouclier désormais effrité au sol et non une autre arme sur laquelle s'appuyer.

Il se projeta à une vitesse folle droit sur moi, me faisant perdre mes moyens alors que la plaie se refermait lentement et mobilisait quelques ressources. Moi qui pensais le voir arriver, je fus surpris lorsque je constatai qu'à la dernière seconde il effectua une rotation de son corps au lieu de m'attaquer, le laissant passer dans mon dos sans que je ne puisse réagir.

« Noble Magic : Venenum Iaspis ! »

L'épée qu'il portait devint aussi étincelante qu'un diamant. Il la planta directement en moi sans que je ne puisse rétorquer assez rapidement. Lorsque l'objet pénétra mes entrailles, je sentis quelque chose d'étrange en moi. Comme si cette chose répandait une substance nuisible à mon corps. Je tentai de la retirer immédiatement, mais ce fut beaucoup plus difficile que je ne le pensais, si bien que cela me prit trente secondes.

Trente secondes durant lesquelles je ne réalisai pas ce qu'il se passait autour de moi. Medraut m'avait déjà attaqué avec une épée beaucoup plus imposante et puissante que celle qu'il avait brandit quelques minutes plus tôt. Il me fit tituber. Je fus obligé de me retenir de ne pas tomber. Lui, ne me laissait aucun répit. A peine une arme avait-elle servi qu'il en matérialisait une autre afin d'enchaîner les coups. Et alors que je pensais qu'il allait tenter de me transpercer de nouveau, il généra des flammes étincelantes qui se greffèrent à son épée, avant d'abattre son arme sur le sol, générant une explosion lumineuse qui m'emporta avec elles.

Je fus contraint de reculer en raison de la pression de l'attaque. Je grimaçai. Ce chevalier de pacotille semblait avoir quelques réserves à montrer . Eh bien soit, j'allais lui faire comprendre qu'il était impossible pour lui d'espérer sauver ceux qu'il aimait. Tandis qu'il chargeait vers moi, utilisant de nouveau son pouvoir lumineux pour m'attaquer, je plongeai de nouveau comme une ombre dans les débris au sol. Je me déplaçai furtivement comme un poisson nageant dans l'eau afin de réapparaître derrière Medraut. Une fois pris à revers, je déployai la paume de ma main, laissant apparaître une particule de désespoir qui, une fois posée sur le chevalier noble, explosa en le propulsant des mètres plus loin.

Mais cela ne suffit pas, puisqu'au lieu de s'écraser dans le décor, il planta son épée afin de reprendre son équilibre et se projeter dans ma direction. Il lâcha un hurlement de détermination qui résonna dans notre espace de bataille comme s'il portait les espoirs de ses camarades alors qu'il n'était rien. Cela m'agaçait au plus haut point, qu'un vulgaire Izrathien se pense suffisamment solide pour entreprendre des choses hors de sa portée.

« Noble magic ! Ardenti Spiralis ! »

Il s'embrasa en tourbillonnant sur lui-même tandis que sa lame sembla encore gagner en puissance. Avec la vitesse qu'il possédait, et la magie générée, il semblait comme un missile prêt à raser un pays de la carte. Cette fois, je ne pus esquiver l'offensive du chevalier. Je me la pris en pleine figure, jusqu'à m'écraser avec lui contre les parois du mur derrière-moi. Je déglutis. Jusqu'à quel niveau avais-je mal calculé le pouvoir de cet homme ? Il semblait que plus le temps passait, plus Medraut devenait puissant. Comme si quelque chose en lui grandissait et nourrissait ses pouvoirs.

J'eus la révélation. Ses sentiments étaient la réponse. Plus il me détestait, plus il était fort. Plus il sentait l'urgence de sauver ses amis, plus il était fort. Plus la responsabilité pesant sur ses épaules était lourde, plus il était fort. Ainsi, je fus une nouvelle fois acculé contre le mur. Le chevalier me dévisagea avec mépris, sachant très bien qu'une fois que j'allais me relever, il allait souffrir. Mais je ne me relevai pas. Je plongeai dans l'ombre du sol afin de porter une nouvelle attaque rapide et furtive.

Mais cela ne se passa pas comme prévu. Medraut était beaucoup trop sur ses gardes. Je n'arrivais pas à avoir la moindre ouverture pour l'attaquer. J'avais l'expérience du combat, et je savais que sortir à ce niveau n'allait engendrer que des dommages à ma personne. Cela me rappela d'ailleurs beaucoup de choses. En particulier un combat que j'avais mené contre Yiskha, 5000 ans auparavant.

Il fallait que je confirme ce doute. Ainsi je pris la décision de risquer une stratégie que j'avais déjà utilisée auparavant. Me glisser dans l'ombre de mon adversaire afin de le surprendre par derrière. Je m'exécutai furtivement, tandis que le chevalier noble ne put me suivre continuellement de son œil pourtant attentif. Une fois prêt, je surgis de derrière. Mais cela ne porta pas ses fruits. Il me trancha sans même se retourner. Mes doutes se confirmèrent alors que je retournai dans les ombres. Cet individu n'était pas un simple chevalier lambda, il était le général de la fondation du futur de l'époque, son stratège le plus brillant : Mordred.

Je compris pourquoi il cachait tant de réserve. Penser retrouver cet individu au milieu d'un affrontement dans le futur aurait été bien trop hasardeux pour que je prenne cette option en compte, et pourtant, il était de retour. Lentement, tous les membres de la fondation du futur de l'époque se joignaient, directement ou non, à l'affrontement. Cela présageait-il une vengeance complète de ma part, ou une simple répétition de l'histoire ? Même moi, je ne pouvais répondre, tant je n'avais pas anticipé ce déroulement des choses.

« Tu m'as donc caché des choses…Murmurai-je, dans les ombres. Qui aurait cru que derrière un tel imbécile se cachait l'instigateur du plan m'ayant mené à la perte. Mordred ?

- Je ne pense pas avoir caché quoi que ce soit depuis que je suis arrivé en cette pièce, Katsuo. Rétorqua le chevalier blond. Ta vision te jouerait-elle des tours avec l'âge ?

- Amusant. Raillai-je. Aurais-tu gardé le sens de l'humour de ta personnalité de bouffon ?

- Qui sait, reprit-il, confiant. J'ai toujours eu un faible pour les blagues éphémères de ton genre. »

Il profita de ces quelques phrases échangées pour me localiser dans la pièce. Il planta son épée là où je m'étais situé, mais il était déjà trop tard. Il me restait malgré tout quelques restes d'En Absu, mon omnipotence, et c'était déjà bien trop puissant pour qu'il puisse rivaliser. Mais alors que je pensais qu'il allait tenter une nouvelle fois, il profita de mon inattention pour se jeter sur Hiroki et Laïla afin de les délivrer de leur emprise. Fort heureusement, je fus plus rapide, et je le déviai. Ainsi, pour le punir, j'augmentai la puissance de mon sort d'emprise, ce qui tira cette fois de nouveaux hurlements à ma progéniture qui, pour ne pas me faire plaisir, s'efforçait de rester discrète dans sa souffrance. C'en fut trop pour le chevalier en armure.

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« J'en ai assez. Assez de voir tous ceux auxquels je tiens se faire massacrer les uns après les autres.

- Mets fin à tes jours dans ce cas, tu ne verras plus rien et tu seras en paix. Le provoquai-je. »

Il semblait que je venais d'irriter le chevalier noble. Enragé, il brandit une autre de ses épées qu'il sortait de nulle part, mais cette fois, je sentais quelque chose de vraiment différent venant de lui et de son arme. Une pression si forte que l'air autour de nous sembla s'être alourdi rien que de par leur présence.

« Je les sens. Déclara-t-il. Toutes les âmes ayant vu cette épée. L'épée que j'ai utilisée pour pourfendre le mal et la couardise. Celle avec laquelle j'ai provoqué le trépas de tous ceux ayant attenté à la vie de mes maîtres. Tous ces sacrifices pour leur éviter la mortaille. Ils sont tous là, avec moi, dans l'âme de cette épée.

- Foutaises. Crachai-je. Ils sont morts, enterrés, et ne reviendront jamais.

- Explique moi donc ce que tu vas voir, Zetsubô. »

Incrédule, je jetai un œil à l'espace autour de moi. Stupéfaction totale, il disait vrai. Des tas de fines particules de lumière surgissaient de nulle part, leur nombre s'agrandissant de secondes en secondes, comme si des tas d'âmes étaient venues de l'autre monde rien que pour prêter main forte à cet homme. Ces fines ondes se faisaient absorber par l'épée du chevalier qui devenait de plus en plus brillante au fil des secondes. J'entrouvris la bouche sans réellement m'en rendre compte. Comment une telle chose pouvait se produire ? Je n'en avais pas la moindre idée. Pourtant, Mordred vint m'éclairer sur le sujet.

« Tous ces souvenirs appartiennent à Mordred. Me déclara-t-il, déterminé. Chacun de mes propriétaires, chacune de mes batailles, tout est ancré au plus profond de mon coeur. Ce sont ces souvenirs qui sont imprégnés dans mon âme qui vont venir me prêter main forte. Et avec la puissance de toutes ces émotions, de toutes ces reminiscences, je te surpasserai une bonne fois pour toutes.

- La belle affaire. Raillai-je. Gagner contre moi par la force de l'amour. Tu n'es pas dans un roman, Mordred. »

Il m'ignora. Il continua à emmagasiner les lumières venant se greffer à son arme comme si tout cela était naturel. Je distinguai parmi toutes les fines silhouettes, celle d'une femme ressemblant comme deux gouttes d'eau à ma fille, Laïla. Était-ce une coïncidence ? Une fois toutes les lumières absorbées, il déploya son bras étincelant, ouvrant une sorte de portail étrange. Rien n'en sortit, si ce n'était davantage de lumières qui gravitèrent autour de Mordred. Je voulus l'attaquer pendant qu'il chargeait son attaque, mais quelque chose m'en empêchait. Une forme invisible mais me saisissant comme s'il m'était impossible de progresser dans mon acte.

« Tu ne l'interrompras pas. Me murmura une voix féminine, me mettant en garde. Celui-ci est mon serviteur, à qui j'ai confié ma fille. »

Je grimaçai. Qu'est-ce qui était assez puissant pour me retenir de la sorte ? Mordred, lui, non content d'avoir emmagasiné ses souvenirs, fit appel à tous les esprits immatériels des Izrathiens qu'il pouvait trouver et les fis se joindre à lui à leur tour. Son épée devenait de plus en plus étincelante, de plus en plus aveuglante. Comme s'il était lui même le soleil éclairant le monde de Lithemba.

« Mon épée est étincelante. Elle éclaire l'avenir des futurs héros, en préservant le présent, pour ne pas commettre de nouveau les erreurs du passé. Elle est le remède à tous les maux de nos âmes, et par sa flamme, nous allons pourfendre les couardises et faire cesser la félonie. »

Sa lame s'embrasa, laissant virevolter ses flammes dorées dans les airs, au gré de la pression atmosphérique générée par Mordred, l'ancien général de Yiskha, et maintenant, le seul ennemi qui était encore en train d'entraver ma route. Les étoiles s'illuminèrent de nouveau, mais cette fois, elles étaient faites d'or. Elles m'en voulaient décidément, ces étoiles. Elles prêtaient leur puissance à qui le voulait, tant que cette puissance était dirigée contre ma personne.

« Cette épée est celle qui a traversé les âges, nos peines, nos gloires, et nos victoires ! Hurla Mordred. J'en appelle à toi, Excalibur ! »

Il pointa son arme vers moi en un hurlement de rage, projetant dans son assaut une puissance éclatante et droite qui me fonça droit dessus. Elle souleva le parpaing du sol en plusieurs morceaux qui furent instantanément broyés par sa force phénoménale, emportant en la même occasion tous les débris liés à notre affrontement. Les murs tremblèrent. Et moi aussi, j'étais incapable de rester impassible. Le temps sembla même s'arrêter plusieurs secondes, tandis que l'attaque se reflétant sûrement dans mon regard interdit venait peu à peu s'écraser sur moi afin de me détruire.

Plus elle se rapprochait, plus je me rendais compte de l'erreur que je faisais. Traverser 5000 ans, cumuler la puissance du désespoir, et celle du kvantiki, pour finalement échouer face aux mêmes obstacles. Lithemba n'avait pour seules limites que le ressentiment de son utilisateur, et je n'étais apparemment pas assez puissant pour véritablement transcender les barrières des émotions humaines. Si j'avais été capable d'avoir encore plus de haine, alors peut-être que j'aurais pu utiliser son pouvoir à pleine puissance, mais ce n'était pas le cas. Il fallait se rendre à l'évidence. Ils étaient bien plus forts que moi en la matière. Tout simplement parce qu'ils avaient quelque chose à protéger. Autre chose qu'un simple pouvoir, ou un simple règne. Quelque chose que je n'avais jamais connu et que je n'allais vraisemblablement jamais connaître…

La puissante bourrasque d'Excalibur s'écrasa sur moi, Hiroki, et Laïla. Comme je m'en doutais, elle brisa leurs liens, sans même leur causer la moindre égratignure, tout simplement car Morded ne voyait pas ces déchets de ma génétique comme des ennemis lorsqu'il avait lancé son attaque. Quant à moi, je sentais que la puissance du désespoir n'allait pas me protéger, cette fois. Je m'embrasais de l'intérieur, comme aspiré par la tempête s'abattant sur moi. Elle m'emporta dans une colonne de puissance qui monta jusqu'au ciel, me laissant tourbillonner avec elle dans l'impuissance la plus totale. J'étais pris au piège. Fait comme un rat, à la merci de cet individu qui venait vraiment de me faire mal par la force des sentiments qu'il éprouvait.

Mais je n'éprouvais aucune douleur. Tout du moins, je ne ressentais rien. Rien d'autre que de la haine. Car au fond, je me prouvais à moi-même que j'étais devenu bien plus faible qu'à l'époque où j'affrontais Helios et Solaris en Egypte afin de gagner leur royaume. 5000 ans dans la prison temporelle m'avaient changé irrémédiablement, c'était un fait. Mais ce n'était pas une excuse. Il était hors de question que je ne transcende pas pour de bon les limites de l'être humain, peu en importaient les sacrifices.

Alors j'encaissai l'attaque, sans sourciller, et je tentai même le tout pour le tout. Mêler mon propre pouvoir actuel, celui qui de toute façon était insuffisant pour les vaincre, à cette puissance qui s'abattait sur moi. Si Erika, et Laïla, avaient toutes les deux pu mêler deux attributs contraires...Moi aussi, j'en étais capable.

« Despair Origin ! Ubungakanani obuhlanganisiweyo ! »

Je laissai exploser tout le désespoir qui se trouvait en moi. Il alla se mêler à l'ouragan qui prit alors une couleur ébène, au même titre que ma puissance. Et comme tout ce qui était désespoir m'appartenait depuis toujours, je tentai d'un revers de la main de rappeler cette puissance hybride à mon corps. Elle me revint sans difficulté, mais lorsqu'elle pénétra mon corps, je compris la réalité de ma demande.

J'eus mal comme jamais auparavant. J'en hurlai même toute la douleur que je ressentais. Était-ce donc une épreuve si terrible, que d'introduire un nouveau type d'élément en soi ? Cela en avait l'air, puisque même moi, je ne pouvais réfréner une envie si pressante de tout détruire pour calmer la douleur. Je tentai d'arrêter le processus, mais il était trop tard. L'énergie d'Excalibur avait déjà pénétré ma chair, et il fallait donc que je la maîtrise afin de survivre. Je poussai un hurlement de rage, comme si cela allait m'aider à appréhender cette épreuve. Il fallait que je mette de côté tout ce qui faisait de moi un être faible et corruptible, un humain. Il fallait que je gagne une autre épreuve pour faire de moi l'ultime souverain du désespoir...Alors je me rappelai d'une chose. Comme pour me motiver. Le sort de mon père qui, dans sa faiblesse, m'a sacrifié sur l'autel de la lâcheté. La simple pensée de finir comme lui me fit me ressaisir. Toutes les souffrances n'étaient rien comparées à cette disgrâce.

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Les douleurs cessèrent. J'ouvris les yeux. Et là, je constatai quelque chose de radicalement différent. Je n'étais plus fait de kvantiki. J'avais repris mon apparence normale, à l'exception près que le désespoir gravitant autour de moi était fait d'un contraste mêlant couleurs sombres et mauves à de l'or pur et véritable. Cela ne faisait aucun doute : je venais d'absorber l'entière puissance d'Excalibur pour l'ajouter à la mienne. J'avais réussi. J'étais désormais un être ayant transcendé toutes les barrières.

« Comment est-ce possible… ? Bégaya Mordred. C'est…

- Tu as fait de ton mieux, stratège de Yiskha. Repris-je, sans aucune animosité. Je t'avoue que vous m'avez tous les trois épaté. J'ai plusieurs fois pensé que ma fin était arrivée, mais il faut croire que même un vétéran dans le combat de ma trempe apprend encore des choses au bord de la mort.

- Tu as fusionné...avec Excalibur ?

- En effet. J'ai avec moi toute la puissance requise pour vous éradiquer tous les trois d'un seul souffle. Pardonne-moi de ne pas m'éterniser dans les discours, j'ai le monde à conquérir. »

Je désignai du doigt les deux créatures miteuses que j'avais engendré par mon sang. D'un seul doigt, je projetai un puissant rayon qui était deux fois plus puissant que ce que je générais habituellement en rassemblant tout mon pouvoir. Mordred s'interposa entre moi et mes cibles. Il tenta de lui aussi projeter un torrent d'énergie similaire à ce qu'il produisait avant l'altercation, mais il était bien trop faible. Rapidement, mon attaque surpassa la sienne et alla s'écraser contre le blond.

« Je suis désolé...Mon jouvenceau...J'ai failli à ma tâche... »

Puis il disparut dans une fine pluie de lumières, comme tous les autres chevaliers nobles que j'avais exterminés. Il ne me restait plus qu'une dernière chose à faire. Ainsi, je me rendis devant les dépouilles inconscientes de mes deux rejetons. Ils respiraient encore, mais cela n'allait pas durer. Il était temps de terminer une bonne fois pour toutes ce que j'avais commencé. Le monde allait être témoin de ma victoire écrasante contre l'espoir.

Je pointai le doigt contre ma progéniture.

« Descalibur Origin : ikrele elintlango – »

Je n'eus pas le temps de terminer. Je perdis l'équilibre, comme percuté par quelque chose de furtif et d'assez fort pour me perturber dans mon élan, puis je fus propulsé des mètres plus loin. Je repris mon équilibre, lançant un regard à ce qui m'avait interrompu, et je crus tout d'abord à la vaste blague. Mais cela n'était pas du tout une plaisanterie.

Ils étaient là. Le duo de l'insipide et de l'abject. Je ne les attendais plus. Je les considérais comme morts ou vaincus, ou qu'ils n'allaient pas avoir le courage de se montrer, mais il n'en était rien. La personne m'ayant percuté n'était autre qu'Erika Kurenai, princesse de l'espoir, accompagnée par son maître actuel, Reisuke Yamada, autrement dit, le plus pitoyable de tous les descendants qu'il m'ait été donné.

« Nous t'avons fait attendre, Zetsubô. Déclara froidement Reisuke en s'interposant entre moi et ses frères et sœurs.

- Reisuke...Soupirai-je. Je ne pensais pas que tu oserais te dresser devant moi en sachant combien de temps il m'a fallu pour te contrôler lorsque nous étions en Egypte tous les deux.

- Les choses sont différentes désormais. M'interrompit Erika. Rei-chan et moi avons traversé des tas d'épreuves nous menant jusqu'à toi. Notre but unique est ta destruction, et je suis persuadée qu'à la fin de cet affrontement, tu ne seras plus en mesure de le conter. »

Nous nous dévisageâmes. Une nouvelle fois, quelqu'un se mettait en travers de ma route. Une nouvelle fois, ces personnes allaient mordre la poussière, sous les yeux du monde entier.

Chapitre 185 : La confrontation finale (5)

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Le duo de l'improbable et de la faiblesse se tenait devant moi, et il était le dernier obstacle à ma réussite. Il était difficile de concevoir que de tels déchets avaient pu arriver jusqu'à moi en restant en vie tout ce temps, mais c'était bien vrai. Et à en consulter les alentours, ils étaient les dernières personnes capables de rivaliser avec mon pouvoir. Soichiro et sa fille s'étaient finalement laissés vaincre par la leader de la fédération ETHER et sa progéniture, quant aux autres, ils étaient soit incapables de se battre, soit trop faibles pour me vaincre.

Et lui restait devant moi, l'air glacial. Accompagné de sa blonde écervelée qui ne savait sûrement même pas elle-même ce qu'elle foutait là. Ils me scrutaient tous les deux comme s'ils étaient concernés par ce conflit millénaire. Comme si leur présence allait changer la donne et sauver le monde. Je les haïssais bien plus que n'importe qui. Ils avaient tous les deux ignoré leur héritage pour s'unir dans une petite romance à l'eau de rose comme si de rien n'était. Elle était autant une disgrâce pour Yiskha qu'il ne l'était pour moi. Leur simple existence me donnait envie de vomir.

Je ne pris même pas la peine de dialoguer avec eux. Il fallait que je terrasse ces déchets pour qu'enfin je puisse accomplir mon œuvre. Cela allait être du vite-fait. Après tout, si madame la princesse de l'espoir ne m'avait pas imploré quelque temps plus tôt, ils seraient déjà morts tous les deux. Alors j'allais pouvoir reprendre ce que je leur avais octroyé : le droit de vivre.

Même si mon omnipotence ne fonctionnait plus, il me restait d'autres atouts dans ma manche. J'étais plus puissant que jamais, grâce à tout le kvantiki au fond de mes entrailles, mais aussi à la puissance d'Excalibur dont les pulsations se faisaient encore ressentir dans tout mon être. Ainsi, lorsque je me jetai sur le duo, ce fut à une vitesse qui me surprit moi-même. Je ne m'imaginais pas si rapide, et à vrai dire, les autres non plus. Reisuke eut à peine le temps de bousculer sa comparse pour éviter qu'elle ne se fasse tuer d'un coup.

Mais cela n'allait pas suffire. J'étais désormais englobé dans de la puissance ténébreuse, presque électrique. Toute mon énergie gravitait autour de moi, réclamant le sang de ces êtres impurs en guise d'offrande à mon nouveau règne. Le feu brûlait en moi, hurlant ma rage face à ce qu'il était advenu de cet héritage. Et ces flammes s'étendirent autour de moi aussi vite qu'elles n'avaient pris place dans mon cœur. Une longue traînée ardente se déchaîna devant moi tandis que je plongeai dans le sol en tant qu'ombre. Cela força mes deux adversaires à se ruer sur les corps inertes de mes précédents challengers afin de les mettre en lieu sûr, mais cela me permit de gagner de précieuses secondes.

Je surgis du plafond, faisant apparaître au creux de ma main un rayon obscur d'une circonférence assez large qui fut projeté en quelques secondes droit sur la princesse de l'espoir. Cette dernière, grimaçant, jeta le corps de Hiroki vers son frère avant de tout simplement me renvoyer un rayon similaire en fronçant les sourcils. Nous nous engageâmes alors, elle et moi, dans un bras de fer mettant en scène nos puissances du désespoir respectives. Sans surprise, elle perdit assez rapidement la partie, mais réussit à s'extirper in-extremis afin de laisser ma colossale offensive s'écraser au sol. Je voulus me ruer sur elle, mais je fus retenu par son lycéen qui lui, avait profité de mon inattention pour me passer les chaînes autour des poignets. Je me retournai vers ce rejeton de la faiblesse. Il me surprit, car ses yeux avaient viré du vert au rouge, tandis que sa chevelure, sans changer de forme, était devenue aussi noire que la mienne.

« Je vais terminer l'oeuvre de notre lignée en t'éradiquant de cette terre une fois pour toutes. Déclara calmement ma descendance. Et je vais utiliser ce fardeau que tu m'as transmis pour le faire. Apparais à mes côtés, Draekort ! »

Un rugissement de ténèbres se fit entendre dans l'espace de bataille. Je sentais la créature arriver. Elle allait bientôt surgir de la terre afin de me confronter. Mais de quel droit le faisait-elle ? J'étais celui qui avait permis cette alliance. Mon héritage, ma créature, et ma descendance. Le fait qu'ils se dressaient contre moi alors que j'avais le droit de vie ou de mort sur eux n'était rien d'autre qu'une hérésie, un blasphème. Comment osaient-ils prendre le dessus sur l'origine même de leur pouvoir et de leur existence ?

Tandis que le dragon à six têtes rejoignit son pseudo-maître, je me jurai que j'allais leur faire payer le prix fort, afin de marquer à jamais leur esprit du sceau de ma colère.

À peine sorti il se jeta sur moi, mais il ne fut pas assez rapide. Je m'étais déjà engouffré dans les ténèbres environnantes afin de me déplacer en elles sans que l'on ne puisse m'arrêter. Lorsque je surgis, je voulus attaquer directement son propriétaire. Cependant, deux traînées de poison me forcèrent à reculer. Je me retournai, ce qui me laissa constater que les deux versions de la même princesse reptilienne s'étaient jointes à la bataille.

Je reculai de quelques mètres, esquivant ainsi au passage l'assaut de Reisuke qui se voulait furtif mais restait totalement prévisible. D'un geste je me lançai à l'assaut de mon rejeton qui avait tenté de me suivre, le projetant d'une facilité déconcertante. Il manqua de s'écraser dans le mur, sans l'intervention de miss espoir qui le rattrapa à temps. Elle ne se fit d'ailleurs pas attendre, puisqu'à peine elle l'eut sauvé qu'elle se propulsa à une vitesse folle en ma direction. D'un air déterminé, elle se mit à luire. Puis elle prononça quelques mots avec l'intention de changer la donne.

« Heir of Hope : Imvelaphi Yesine. Yamada Hiroki ! »

Un flux de sentiments matérialisés en une énergie étrange gravita autour de la jeune femme, avant de prendre la forme d'une imposante épée semblable à celle que portait l'héritier de mon empire, à la seule exception qu'elle était colorée de nuances de bleu et de vert, symboles du pouvoir d'Erika. Elle la saisit sans aucune difficulté, lâchant un hurlement de rage tandis qu'elle la brandissait sur moi. Pathétique. Une telle attaque n'allait avoir aucun effet sur ma personne. Mais c'était la parfaite occasion de tester ces nouvelles facultés que je possédais. Ainsi, je générai le pouvoir d'Excalibur dans ma main droite, me lançant dans un duel à l'épée avec la princesse de l'espoir.

Mon arme était bien plus dévastatrice que la sienne. Il suffisait que je donne un coup de lame dans les airs pour qu'un torrent d'énergie scintillante s'en dégage et détruise tout sur son passage, et cela acculait fortement mon adversaire qui perdait peu à peu du terrain pendant notre joute. J'avais la technique et le maniement de l'épée qu'elle ne possédait pas, et c'était flagrant. Ainsi, je pris rapidement le dessus, décidé à la trancher en deux une fois pour toutes. Mais alors que j'allais la pourfendre, ma lame heurta quelque chose de bien plus solide que de la chair humaine : une armure. Son Izrathienne était revenue en elle, la laissant revêtir une armure aussi solide que de l'acier, et qui avait visiblement résisté à mon assaut.

« Vénominaga, change ! Toratura ! »

J'eus à peine le temps de réaliser que c'était un piège. L'armure avait déjà disparu, laissant place à une sorte de gigantesque canon à réaction utilisant le bras de la blonde en guise de propulseur apparaître, pointé vers moi. Une seconde suffit pour qu'un énorme vacarme ne retentisse, accompagné d'un déluge de souffre projeté droit sur ma personne. Je fus projeté dans un épais écran de fumée tandis que je ressentais désormais une sensation de brûlure sur l'ensemble de mon visage. Cependant, je n'eus même pas le temps de me ressaisir que mon rejeton surgit de l'espace de fumée, accompagné par son reptile à six têtes, afin d'écraser sur moi un intense impact obscur tiré tout droit de Lithemba. Je tentai de me défendre, en vain. Cette combinaison était sournoise, et il valait mieux que je pense à mon atterrissage afin de pouvoir m'en sortir.

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Je pus éviter une collision trop brutale avec le sol, ce qui me permit de soigner mon visage ayant été carbonisé par l'attaque. Ma vision qui était jusqu'alors brouillée reprit ses facultés initiales, tandis que je me fondis de nouveau dans les ombres afin de gagner du temps pour réfléchir. Avec cette créature et ses six paires d'yeux, il m'était impossible de jouer la carte de l'attaque surprise pour en finir. Elle me scrutait qu'elle qu'était la direction que je prenais. C'était frustrant, de se faire surveiller par sa propre création.

Ainsi, toujours depuis les ombres, il n'y avait qu'une seule chose à faire. Il fallait que je détruise ce reptile de malheur afin de regagner ma liberté d'action. Mes nemesis se soulevèrent de nouveau, exactement comme lorsque j'affrontais Hiroki et Laïla, et se lancèrent tous à l'attaque du demeuré et de sa gourde afin de les distraire. Avant de penser à leur destruction, il fallait que je navigue dans les ténèbres de manière furtive, afin d'arriver à vaincre cette chose.

Je bondis de l'ombre du plafond, à 90 degrés est de Draekort qui était bien trop occupé à gérer mes créatures pour me notifier. Excalibur apparut de nouveau dans mes mains. Je la brandis vers le monstre en poussant un hurlement de détermination, comme pour lui montrer toute la haine que j'avais envers les traîtres.

« Retourne au soufre duquel je t'ai créé, serpent ! Descalibur Origin : Ukugqwesa Enzonzobileni »

Le temps se figea l'espace d'une seconde, tandis que j'avais dirigé ma main vers l'immondice que j'avais créée. Tout autour de nous ralentit, comme si j'avais altéré le temps lui-même. Et moi, je me ruai sur la créature, l'assaillant de plusieurs coups directs qui laissaient derrière eux une lumière flottant dans les airs. Lorsqu'un cercle complet fut tracé autour de ma cible, un rugissement se fit entendre. Un grand dragon noir s'échappa de ma chevelure, avant de dévorer l'ennemi sur lequel j'avais enclenché ce sort.

Le temps reprit son cours, laissant entendre les cris d'agonie du reptile s'étant fait vaincre par ma toute puissance. Les expressions des deux princesses des serpents se durcirent en constatant ce spectacle. Sans écouter leur propriétaire, elles se lancèrent toutes deux droit vers moi en préparant une contre-offensive, mais elles étaient bien trop faibles. Le dragon qui était sorti de moi les repoussa en moins de temps qu'il ne m'en fallut pour le souhaiter.

Surprise. Mon rejeton était déjà face à moi, son visage face au mien, forçant ses sourcils à maintenir une expression de haine afin de réprimer des larmes. Avais-je créé une faille en lui en massacrant son serviteur ridicule ? Ce déchet s'était-il vraiment attaché à cette chose ? Amusant. Cela me tira un sourire.

« Je te ferai payer ça, grogna-t-il en chargeant un sort. Je vais te montrer ce qu'il en coûte de s'en prendre aux personnes que j'estime ! Heir of Despair ! Indibaniselwano yenamba ! »

Un cercle semblant être fait de magie violette apparut sous nos pieds, avant de nous transporter tous les deux à quelques mètres au-dessus du sol. Un tourbillon de la même couleur engloba Reisuke, le laissant se transformer l'espace de quelques secondes en sa créature : Draekort. Il projeta un tourbillon éclatant qui m'emporta quelques secondes dans sa spirale, avant de tout simplement m'éjecter au loin. Je grimaçai, tandis que lui affichait toujours une haine prononcée à mon égard. Mais l'essentiel était que cette chose était morte. Cela me permit de me fondre de nouveau dans les ombres en décidant qui d'entre eux serait la prochaine cible de mes attaques destructrices.

Ils restaient aux aguets, tandis que je pouvais discerner le fait qu'Erika préparait déjà sa prochaine offensive, soignée par son acolyte. Je sortis de l'ombre afin de me ruer sur la princesse de l'espoir, cette fois en ayant anticipé le fait que ses deux reptiles allaient tenter de me vaincre. J'esquivai d'un bond les deux créatures, pour ensuite me diriger vers leur propriétaire. Je fis apparaître du sol l'énergie du désespoir nécessaire qui devint une solide chaîne de fer obscure, avant de la lancer sur elle. Bien évidemment, elle ne fut pas assez réactive. Elle fut rapidement pieds et poings liés par mon offensive.

« Despair Origin : Iminyaka emihlanu yokubandezeleka ! »

Et comme je l'avais fait face à Hiroki et Laïla, je fis s'embraser les liens qui retenaient Erika. Le feu monta rapidement jusqu'à elle tandis que Reisuke, lui, tentait de le contenir. Toute l'attention de mes adversaires était fixée sur cette blonde en plein rôtissoire, ce qui me permet de m'en prendre à ses créatures. Tout du moins, je le pensais.

Car malgré le fait qu'Erika était en train de brûler vive, aucun cri ne retentissait dans l'espace de bataille, et pire encore, mon assaut fut arrêté par ses trois camarades qui me repoussèrent avec force. Je déglutis. Comment était-ce possible ? Cette fille se faisait carboniser et elle restait apathique, sans même esquisser le moindre signe de douleur. Elle me fixait au travers du déluge de flammes qui la séparait de moi, sans esquisser la moindre gêne. À quel point était-elle effrayante ? Était-ce vraiment la princesse de l'espoir qui se tenait face à moi ?

Je restai abasourdi, pauvre de moi. Reisuke m'avait attaqué et je devais me charger de lui. Il me pourchassa dans les ombres, laissant à sa greluche le temps de se défaire de mon emprise. Chaque fois que je plongeai dans les murs du château de Lithemba, il m'y suivait. Je décidai alors de me battre avec lui dans les profondeurs du monde du désespoir auquel nous appartenions tous les deux.

Nous nous trouvions, lui et moi, dans les terres de Lithemba. Ce monde duquel il avait été prisonnier pendant des mois lors de son voyage temporel. Celui qui appartenait à Laïla avant que la fondation du futur ne m'en rende le contrôle. Le vent soufflait sur les plaines grisées et dénuées de vies, au-dessus desquelles nous flottions, mon rejeton et moi. Rien n'avait de couleur autour de nous. Tout était régi par la tristesse, le regret, et l'indifférence. Seules nos paires d'yeux rouges à lui et moi, symboles de notre filiation, composaient la palette de notre décor. Il me dévisageait, tandis que sa longue cape flottait au gré du vent paisible de mon endroit.

« Penses-tu que m'emmener dans cet endroit réveillera en moi un traumatisme quelconque ? M'interrogea Reisuke, impassible. Je ne suis plus celui qui est tombé dans tes griffes, Zetsubô.

- Je n'ai pas cette prétention. Repris-je. Je trouvais simplement les murs de mon château bien trop étroits. Et puis comprends-moi. Je n'aime pas vraiment que des étrangers se mêlent à notre histoire de famille.

- Erika n'est pas une étrangère. Elle est précieuse pour moi, ainsi que pour mes frères et sœurs. Elle est celle qui nous a tous connecté et nous a permis de trouver l'espoir.

- Tu ne sais rien des motivations de cette fille. Elle a tout fait pour te trahir. Elle a attaqué ceux que tu aimes, elle a trahi Jessica, et a même vendu Soichiro. C'est une opportuniste qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins.

- Parce que toi, tu n'es pas un opportuniste peut-être ?

- Evidemment que si. Souris-je. Justement, je commence à comprendre que mon idéal n'était peut-être pas en Laïla. Elle est bien trop juste et intègre pour arriver à nos fins. Par contre, ironiquement, c'est la princesse de l'espoir la mieux qualifiée pour me donner une lignée. »

Reisuke sourit en raison de ma réponse. En moins de quelques secondes, il éclata en des rires frénétiques qu'il tentait en vain de retenir. Jusqu'à en avoir les larmes aux yeux. Qu'avais-je dit de si drôle ? Je n'en avais pas la moindre idée. Mais le simple fait que ce type se payait ma tête me donnait envie de le mettre en pièces.

« Tu as un train de retard. Sourit-il, moqueur. Elle porte déjà ma lignée en elle. Erika est enceinte. »

Cette phrase résonna en moi quelques secondes avant de s'estomper en laissant derrière elle un sentiment décuplé de rage. Hiroki n'avait pas été le seul à se reproduire avec l'ennemi. Et ces déchets osaient paraître devant moi avec le fruit de leur hérésie encore dans les entrailles de sa mère ? Et cette fille osait se battre avec un enfant en elle ? En plus d'être une imbécile, elle était totalement folle !?

J'eus un moment de réflexion, puis la lumière pénétra mon esprit. Cette occasion était parfaite. Contrairement à l'enfant de Hiroki et de Jessica, celui-ci était à naître. Il suffisait que je me l'approprie afin d'en faire un parfait héritier, combinant les pouvoirs de la princesse de l'espoir, de mon héritage, pour enfin lui confier mon empire. Un être surpuissant élevé dans mes convictions et mes valeurs, qui dominerait sur le monde et vouerait sa vie à ma cause…

Je souris. J'avais enfin trouvé un objectif viable, en tirant quelque chose de positif de cette nouvelle génération. Finalement, Reisuke n'avait pas été si inutile. S'il n'était qu'un déchet ambulant, au moins, il savait se reproduire, c'était déjà ça.

« Tu rêvasses, Katsuo ? M'interpela l'intéressé, tenant au creux de sa main une sphère de puissance colossale. C'est ici que cela se passe ! »

Il projeta le flux d'énergie droit contre moi. Je l'évitai de justesse, laissant échapper une coulée de sueur. Cette sphère était étrange. Elle possédait des couleurs de désespoir, mais aussi autre chose de singulier, de plus sombre encore. Intéressé, je revins à la charge vers mon rejeton, décidé à en finir une bonne fois pour toutes.

« Je dois malgré tout vous remercier ! Criai-je en utilisant mes pouvoirs. Je crevais d'ennui dans cette prison du temps, et vous m'avez bien diverti, avec vos sentiments à l'eau de rose et vos déterminations fugaces.

- Nous nous divertirons aussi sous peu. Reprit Reisuke en parant mes coups. J'imagine déjà le monde entier danser lorsque nous transporterons ton cercueil vers le four crématoire.

- Ce ne sont que des mots Reisuke ! Tu es incapable de me battre ! Rappelle-toi qu'il m'a suffi de cinq minutes pour prendre possession de ton corps alors que je n'avais pas de forme humaine !

- C'est vrai. Mais cette fois, c'est différent. »

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Il parvint à se saisir de mon bras, l'agrippant avec force. Je n'arrivais pas à m'en défaire tant il y mettait de la puissance. Il me donna un coup de genou dans le menton, ce qui me propulsa quelques mètres vers le ciel, avant de me poursuivre dans mon ascension.

« Cette fois, j'ai une famille, Zetsubô ! Et c'est pour elle que je me tiens debout devant toi ! Car derrière-moi, il y a des générations qui voudraient grandir dans l'harmonie, sans la crainte de se faire détruire par tes ambitions sordides ou la fondation du futur ! »

Il me donna des coups successifs, me prenant dans une spirale de rapidité et de ténèbres.

« Pour Kentaro ! »

Puis il propulsa un autre impact d'énergie sombre que je peinai à dévier, avant de tout simplement se fondre dans les ombres. Il réapparut ailleurs une fraction de secondes plus tard.

« Pour Chitose ! »

Une fois de plus, il m'échappa du regard. Ma contre-attaque s'estompa dans les feuillages de Lithemba, me faisant grimacer face à ce nouvel échec. Je tentai de le percevoir, mais il était bien trop furtif. Il profitait du fait de connaître ce monde comme sa poche afin de me semer des yeux.

« Pour Hirosuke et Zahlia ! »

Cette fois, je fus la victime de liens similaires à ceux qui avaient retenu Erika, Laïla, et Hiroki. Pieds et poings liés, j'étais incapable de me mouvoir, laissant mon rejeton me surélever dans les airs sans détacher son regard du mien. Je ne ressentais de lui ni de la haine comme sa sœur, ni du vide comme son frère. Non. Reisuke était animé d'une profonde tristesse. Une tristesse comme je n'en avais jamais vue depuis que j'avais plongé mon regard dans celui de mon épouse, Azalaïs. Cela me troubla l'espace de quelques instants. Mais je n'eus même pas le temps d'en déduire quoi que ce soit. Celui qui me servait de descendance était déjà en train de mettre le feu aux liens qui me retenaient prisonniers.

« Et ça, c'est pour Shinji. Finit-il. Heir of Despair : Ikhonkco lokudibanisa. »

Tandis que des flammes violettes de désespoir s'agrippaient à ce qui me ligotait, je restai bouche bée face à l'expression du jeune homme. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi il affichait un tel regard. Protéger sa famille était certes, quelque chose de normal, et je ne remettais pas en cause cette conviction, aussi dénuée de raison était-elle. Cependant, je ne lisais aucune haine dans ses intentions. Comme si…

« Je ne pensais pas cela possible. Bégayai-je, sans me soucier de son attaque. Reisuke, comment fais-tu, pour ne pas me haïr ? »

Il ne me répondit pas. Il continuait de me dévisager sans ouvrir la bouche, m'invitant sûrement à trouver les réponses seul. Je la saisis donc pour tirer mes propres conclusions.

« Ne me dis pas que cette tristesse que tu ressens, c'est parce que l'on s'affronte ? Murmurai-je, les yeux écarquillés. Tu ne le penses pas sérieusement ?

- C'est idiot. Soupira Reisuke en guise de réponse. Pourquoi as-tu eu besoin de faire ça, Katsuo ? Tu n'avais pas besoin de dominer le monde et tous nous condamner pour être heureux. Il te suffisait de tout recommencer en surmontant ton passé, et tu aurais été libre.

- Tu ne sais pas ce que c'est que de vivre impuissant ! Rétorquai-je, agacé. Tu ne sais pas ce que c'est que de voir ceux que tu aimes –

- Eh bien si, je le sais exactement ! Me coupa-t-il en hurlant. Je sais exactement ce que c'est que d'être faible, et de voir les gens autour de moi disparaître sans même pouvoir lever le petit doigt ! C'est parce que je sais ce que c'est que tu as jadis pu prendre le dessus sur moi ! Et regarde nous, Katsuo ! Nous sommes en train de nous déchirer car tu n'as pas été assez fort pour prendre la bonne décision ! Par ta faute, je dois lever la main sur quelqu'un de ma famille une nouvelle fois, alors que je m'étais promis de ne jamais plus le faire, après Hiroki... »

Consterné. Il n'y avait pas d'autre mot pour dire à quel point j'étais comme laissé vide sur place. Je n'avais aucune expression pour décrire le tumulte s'étant installé aux fins fonds de mon esprit. Comment pouvait-il me considérer comme quelqu'un de sa famille, après tout ce qu'il s'était passé ? Était-il vraiment le plus faible de tous ceux m'ayant fait face jusqu'alors ?

Son pouvoir monta jusqu'à moi, et m'affaiblit alors. C'était censé me faire mal, et à vrai dire, je ressentais la douleur. Mais j'étais bien trop consterné pour pouvoir réagir. Je me posais des tas de questions, et je n'y trouvais aucune réponse.

« Reisuke...murmurai-je au travers de l'écran de flammes.

- Je ne te pardonnerai jamais pour m'avoir contraint à briser ma promesse. »

Me pardonner… Comme si j'avais besoin de sa clémence, ou même de son aval pour faire tout ce que je souhaitais accomplir ! Elle était bien bonne celle-là. Moi, le souverain millénaire, j'avais donc besoin de la permission d'un jeune diplômé d'à peine vingt ans pour pouvoir continuer mon œuvre !? Foutaises ! Inconcevable ! Inadmissible ! Je ne pouvais pas laisser passer cet affront ! Il fallait que cet imbécile comprenne qu'il n'était qu'un pion sur mon échiquier du désespoir !

Je me défis des liens de Reisuke. Jamais je n'avais été aussi déterminé que maintenant. Exit le sort du monde et du désespoir final. Je me devais de donner une correction ancestrale à ma descendance future, afin de lui faire comprendre que jamais il n'allait sortir de ses tourments en étant armé d'une telle faiblesse. D'un geste de main, je générai des geysers de kvantiki surgissant du sol, manquant de percuter mon adversaire par plusieurs fois. Il esquiva in extremis tous mes assauts, mais ce n'était pas assez. Je n'étais pas décidé à le laisser m'échapper. Ainsi je me ruai droit sur lui à une vitesse fulgurante, le saisissant par la gorge jusqu'à revenir dans le château du désespoir dans lequel je le propulsai. Je détruisis des murs de la bâtisse en plaquant le corps de mon rejeton dans ma course, jusqu'à finalement atterrir dans l'espace de bataille initiale, retenant toujours son corps désormais faible dans ma main ferme.

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Erika vint se jeter sur moi avec ses deux reptiles en constatant que j'étais de retour, mais pour toute réponse, je lui envoyai droit sur la figure le corps de son maître. Elle l'attrapa en vol et fut contrainte de relâcher son attaque en conséquence, ce qui me permit de lâcher une puissance violente en sa direction. Comme je m'en doutais, ses deux princesses reptiles encaissèrent l'attaque à sa place, les laissant s'écrouler au sol. Elles n'avaient pas pu préparer la moindre défense, ce qui leur fut fatal. Elles gisaient désormais sur le sol, inconscientes, mais vivantes. Cela se percevait. Il ne restait désormais plus qu'Erika sur la liste. Reisuke était complètement hors service, Draekort mort, et les deux princesses inconscientes. Ma victoire était désormais parfaite.

« C'en est terminé de votre petite escapade romantique sur fond d'héroïsme prophétique. Lançai-je à la jeune femme qui avait déjà posé son acolyte au sol. Rends-toi, Erika Kurenai.

- Me rendre ? Sourit-elle. Je suis désolée, cela ne fait pas partie de mon vocabulaire. Tu t'adresses à la princesse de l'espoir. Par définition, je suis l'incarnation de l'émotion qui te chuchote de ne jamais renoncer. Je ne peux donc salir ni mon honneur, ni ma mission. Fais-moi fléchir autant de fois qu'il le faudra, je me relèverai toujours. Tout simplement car je suis celle qui a été désignée depuis des millénaires pour mettre fin à ton règne, Zetsubô.

- Au prix de blesser cet être que tu as dans les entrailles ? Si tu te joins à moi, je ne ferai aucun mal à ton enfant ni à toi, Erika Kurenai.

- Me crois-tu vraiment irresponsable, Katsuo ? Me défia la princesse de l'espoir. Shinji n'est pas en danger en ce moment. J'ai pris mes dispositions pour être certaine que peu importe ce que j'encaisserai, il ne risquera jamais de mourir dans le procédé.

- Je vois...soupirai-je. Je comprends donc d'où tu tiens ton assurance. Eh bien soit. Je pensais faire de toi ma prochaine souveraine, mais qu'importe. Je vais t'envoyer rejoindre ton cher Reisuke de l'autre côté. »

Je projetai une onde de lumière obscure mêlant le pouvoir d'Excalibur à celui de Lithemba droit vers Erika et cet enfant qu'elle portait. Si elle disait vrai, alors même si elle mourrait, j'allais pouvoir récupérer ce futur héritier et accomplir mon œuvre par son biais. Cependant, malgré le fait que je pensais tout cela gagné, elle ne bronchait pas. Pire même, elle souriait face à cette puissance colossale se rapprochant d'elle. Pourtant, il était impossible pour la jeune femme de repousser une attaque si puissante… Tout du moins, je le croyais.

Car Reisuke se releva. Et en moins d'une seconde, il se dressa entre son alliée et ma puissance. Il utilisa son énergie du désespoir qui entra en collision avec la mienne afin de l'atténuer, puis il absorba avec difficulté le restant de l'attaque, poussant un hurlement de rage qui montrait sa détermination dans cette bataille. Me détestait-il finalement, ou voulait-il simplement se donner du courage pour protéger Erika ? Je ne comprenais vraiment pas cette logique. Je n'en avais pas le moindre détail.

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« Tout va bien Erika ? Demanda le jeune garçon au corps bien amoché.

- Je vais très bien, merci, Rei-Chan. Sourit la blonde, avant de s'adresser à moi. Rejoindre Reisuke de l'autre côté tu disais ? C'est amusant. Rei-Chan est comme moi. Il n'est pas du genre à se laisser vaincre par le désespoir, surtout après ce qu'il a vécu avec son frère. »

Elle marqua une pause pendant laquelle elle le soigna sommairement grâce à ses pouvoirs. Puis elle reprit la parole à mon intention.

« Heir of Hope : Rei-Chan.

- Comment !? S'exclama l'intéressé, apparemment surpris. Je pensais que tu avais perdu toute affection pour moi ! »

Elle se tourna vers lui, et ce que je vis me surprit alors. Ces yeux, ce regard… Impossible. Tant d'amour se dégageait du visage désormais rougissant de la jeune fille. Elle le fixait en affichant une tendresse immense, une profonde affection, des sentiments authentiques et impénétrables. De l'amour comme jamais je n'en avais vu auparavant, presque palpable. Outre ma personne, cela aurait rendu jaloux n'importe quel homme.

« Eh bien, il semble que je sois de nouveau tombée amoureuse de toi, Rei-Chan. Répondit-elle, heureuse. Peu importe combien je perdrai mon affection envers toi, je sais désormais que tu es le seul homme capable de me séduire encore et encore par ta gentillesse, ta détermination, et ton sens de l'honneur. Je t'aimerai perpétuellement, Rei-Chan. »

Sa nouvelle puissance magique colossale était finalement chargée. Sans même laisser la moindre seconde à son cher et tendre, elle se jeta sur moi afin d'entamer une nouvelle page de notre affrontement final.

Chapitre 186 : La confrontation finale (6)

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Elle chargea sa nouvelle puissance colossale contre moi. J'étais furieux à l'idée de constater qu'elle comptait vraiment rivaliser avec moi par le pouvoir de l'amour. Cela me laissait un arrière-goût amer dans la bouche. Elle tentait vraiment de me vaincre avec ardeur, avec tout ce qu'elle possédait en elle. Cela ne m'amusait plus. J'en avais assez de traîner dans cet affrontement qui n'avait que trop duré. Il fallait que je montre à ces spectateurs que j'étais l'être le plus puissant, et pour cela, il me restait encore à vaincre ces deux obstacles. Alors au lieu d'esquiver la sphère d'énergie colossale projetée par Erika – qui guérit d'ailleurs les blessures de mon rejeton lorsqu'il la toucha –, je la pris en pleine face afin de la désintégrer de mes mains nues. Je grimaçai. Il n'était plus l'heure de s'amuser. J'allais accomplir une bonne fois pour toutes le destin que je m'étais donné. Il n'y avait plus personne en travers de ma route. En l'espace de millénaires j'avais survécu à Yiskha, Solaris, Luna, Helios, et Toppolinus, mais aussi à toutes les menaces potentielles de cette époque. Il ne me restait plus qu'à vaincre ces deux parasites insignifiants n'étant même pas dignes de figurer sur mon palmarès.

La sphère d'énergie détruite, je projetai ses morceaux au sol. Je pris le soin de les détruire afin d'éviter un coup fourré comme en était capable Laïla, afin d'être certain de ne pas me laisser avoir. D'ailleurs, tandis que j'évitai les assauts de la princesse de l'espoir, je gardais un œil discret mais présent sur Hiroki et sa sœur, desquels je ne souhaitais pas recevoir une attaque surprise.

Je claquai des doigts, laissant se former une tempête au-dessus de nous, à la vitesse de la lumière. Rapidement, le ciel emmagasina une quantité d'électricité assez intense qu'il stocka en ses nuages, avant de la relâcher sur l'espace de bataille par le biais de multiples tonnerres. Non content de cela, j'appelai également une nouvelle fois mon armée des ombres : les Nemesis. Ils apparurent à mes côtés, et nous nous dirigeâmes tous ensemble vers nos deux derniers ennemis.

Erika et Reisuke devaient éviter la foudre qui leur promettait une mort certaine s'ils se faisaient toucher. Mais en plus de ça, pour parvenir jusqu'à moi, ils devaient aussi se défaire de mon armée de fantômes de kvantiki qui étaient désormais beaucoup plus forts et autonomes que lors de leur premier stade. Ils arrivaient malgré tout à se mouvoir. En parfaite synchronicité, ils se frayaient un chemin jusqu'à moi. Mais c'était fugace malgré tout, puisque je les attendais déjà avec un sort préparé rien que pour eux. Je fonçai à leur rencontre, attrapant la fille d'une main, le garçon de l'autre, afin de les projeter contre le sol. D'un geste de main, armé d'énergie luminescente violette, je dessinai des contours desquels ils resteraient prisonniers.

Des chaînes de désespoir les liaient tandis que de l'énergie obscure surgit du sol, gravitant autour d'eux sans jamais s'arrêter. Elles tentèrent de drainer leur énergie, exactement comme je l'avais fait aux deux précédents, sans effet. Mais ce n'était pas là le but principal de mon action. J'avais en tête bien plus que d'absorber leur énergie à tous les deux. Mordred et mes rejetons m'avaient donné l'idée du millénaire. Une ambition bien plus grande, bien plus audacieuse. Mais pour cela, il fallait que je remplisse d'autres conditions.

Ainsi, je déployai toute mon énergie dans mon affrontement avec Reisuke et sa gourde. Je vidai au maximum toute ma puissance magique en la répartissant dans l'espace de bataille, utilisant ce qu'il me restait d'En Absu, mon omnipotence, afin de placer de manière furtive tous les éléments dont j'avais besoin. Mes adversaires ne notifièrent pas ce que je fis, ils étaient bien trop occupés à en vouloir à ma vie. Mais c'était précisément ce dont j'avais besoin. Il ne manquait plus qu'une seule chose pour que ma préparation soit complète, et ce fut Erika qui me l'offrit.

Elle s'embrasa dans sa lumière intense en récitant les noms de toutes les personnes qui comptaient pour elle. Puis, à l'aide de la puissance de Reisuke, le duo se propulsa droit contre moi, tourbillonnant dans un éclat mêlant obscures ténèbres à profonde lumière. Moi qui étais désormais vide à l'intérieur, excepté pour mes compétences de base, je pris donc le challenge en me saisissant de la force, exactement comme je l'avais fait contre Mordred.

Et contre toute attente, ce fut moins douloureux que la dernière fois. L'attribut espoir que j'essayais d'emmagasiner était le même que celui d'Excalibur. Il m'était donc supportable de l'introduire de nouveau. Ainsi, au lieu de disparaître purement et simplement, l'attaque se fit entièrement absorber par ma personne. Les conditions furent enfin remplies. En voulant me porter un coup de grâce, ils s'étaient donnés la mort. Je luisais désormais d'un éclat scintillant et ténébreux à la fois, alternant entre blanc le plus pur et noir le plus opaque.

« Pauvres fous ! Vos misérables existences s'arrêtent ici et maintenant ! Contemplez la plus grande puissance jamais connue à ce jour en ce monde ! Implorez désormais ma clémence afin que je ne vous éradique pas de la surface de cette planète ! J'en appelle à mon ultime incantation du désespoir : Despair Origin : Zero Iinjongo zenjongo ! »

La terre se mit à trembler si fort que je pouvais discerner les secousses à l'oeil nu, comme si nous étions tous pris de spasmes. Erika et Reisuke s'arrêtèrent un moment, redoutant ce qui allait surgir dans l'espace de bataille. Des tas de lumières incandescentes gravitèrent autour de moi, pour ensuite se loger derrière-moi en se réunissant les unes aux autres jusqu'à former une masse informe mais abondante d'énergie. Des tas de faisceaux rejoignaient petit à petit mon appel ultime à la puissance absolue, sous les regards abasourdis des deux opposants à mon empire.

« Plus personne ne salira le nom que j'ai porté jusqu'ici ! Le Zero Purple Requiem marquera l'histoire ! Il sera craint et reconnu comme la plus grande catastrophe que ce monde n'ait jamais connu, et je régnerai sur les ruines de son souffle ardent ! Votre Purple Requiem vous semblera une vaste blague à côté de ce chaos, fédération ETHER ! »

Une colonne d'énergie ardente se dressa dans notre espace de bataille, détruisant le toit de notre arène, en emportant avec lui toutes les caméras de retransmission. Tout le matériel installé pour retransmettre l'issue de cet affrontement s'embrasa au fur et à mesure que les secondes passaient. Et cette colonne continuait de grossir, encore et encore, nourrie par l'énergie spirituelle alentour.

« Katsuo ! Me cria Reisuke en essayant tant bien que mal d'avancer malgré la pression de l'air. Arrête ça ! Tu es en train de tout détruire autour de toi, et tu seras emporté toi aussi, avec ce monde auquel tu tiens tant !
- Ferme-là, misérable vermine ! Je n'ai aucune leçon à recevoir d'une existence aussi pathétique ! Je vais terminer le travail que tu n'as pas été capable d'accomplir lorsque tu étais encore lucide ! »

Il tenta de me faire taire en se ruant sur moi, mais l'instabilité de mon accumulation de puissance lui projeta un rayon si puissant qu'il fut propulsé à quelques mètres. Erika, elle, s'était arrêtée en fixant l'étendue de mes pouvoirs. Elle avait sûrement déjà deviné qu'il était désormais inutile de vouloir lutter contre moi. Alors je laissai mon installation effectuer le pourquoi elle avait été initialisée.

« Qu'as-tu fait Zetsubô...murmura Erika, comme pour se convaincre elle-même.
- Je suis désormais l'ultime souverain d'Izrath, de Lithemba, et de Jidou. Lâchai-je en guise de réponse. Et en tant que roi, il est normal que je dispose de toute l'énergie quantique contenue dans chaque âme, dans chaque médaillon, dans chaque créature peuplant le ciel, la terre, ou les mers de mes territoires.
- Tu veux dire que…
- J'absorbe le pouvoir de tout être vivant en cette ville. Souris-je. Et très bientôt, cela s'étendra à la région, puis au pays, au continent, et au monde entier ! C'est votre fin, Erika Kurenai. Tous tes alliés sont en train de se faire drainer par ma puissance absolue. Estime-toi d'ailleurs heureuse, puisque je ne peux pas agir contre les personnes portant mon pouvoir. Mais ce n'est qu'une broutille. En réunissant l'énergie de l'ensemble des personnes liées à Izrath, je suis en passe de devenir invincible ! »

La princesse de l'espoir grimaça, tandis que son comparse se releva péniblement. Je souris. Ces deux-là n'avaient pas encore renoncé, malgré toute cette puissance s'élevant derrière ma personne. Le Zero Purple Requiem. Mon ultime catastrophe sur le point de tous les emporter, de raser ce pays, et de montrer au monde entier qu'il est impossible de rivaliser avec moi.
Ma puissance se surélevait dans les cieux, tandis que les deux individus restaient paralysés face à elle. Elle prit la forme d'une sphère solide en perpétuelle rotation sur elle même, tandis qu'elle absorbait encore et encore des tas de particules de lumières, pouvoirs appartenant à toutes les âmes encore vivantes de cette ville. Et plus j'en absorbais, plus je devenais puissant. J'étais désormais aussi puissant que l'espoir et le désespoir réunis. Izrath et Lithemba s'étaient unis pour m'octroyer leur puissance complète. C'en était fini de leur aventure.

Je projetai la sphère d'énergie vacillant du noir au blanc – tout comme mon corps d'ailleurs – droit sur le couple. Reisuke s'interposa entre elle et Erika, comme si cela allait suffire pour la protéger de l'impact. Cependant, je pouvais lire dans les yeux de la princesse de l'espoir que ce n'était pas terminé pour elle. Il lui restait une idée en tête.

« Rei-Chan. Entama-t-elle, en alerte. Nous devons avoir recours à ce dont nous avons parlé.
- Hors de question. Rétorqua-t-il. Je refuse de te faire ça.
- L'urgence nous fait face ! C'est la seule solution ! Pense à ta famille ! »

Il grimaça, puis se résigna. Ses yeux luisirent d'un rouge aussi malsain que le mien, tandis qu'il plaça la paume de sa main au-dessus de la chevelure de la blonde. Là, il lâcha une fine particule rougeâtre qui se fondit dans le corps de la femme.

Je réalisai avec stupeur ce qu'il se passait au bout de quelques secondes seulement. Lorsqu'Erika perdit toute lumière dans son regard, ne laissant apparaître que deux grands yeux rouges soulignés par une chevelure aussi noire que son acolyte. Je dévisageai Reisuke. Avais-je vraiment été maudit par le destin pour faire face à un tel revirement ? Car oui, cette pathétique existence possédait un pouvoir similaire au mien : celui d'insuffler le désespoir en un autre être vivant.

Et cette Erika ayant perdu la raison, soumise aux ordres de son maître, se jeta sur la sphère d'énergie sans exprimer la moindre émotion. Elle fut rejointe par mon rejeton aux cheveux noirs, ainsi que par ses Izrathiennes qui, désormais colorées de la même couleur que leur maîtresse, la rejoignirent par réflexe, par automatisme, sans exprimer la moindre émotion. Tous générèrent de la puissance, avant de lancer sur Erika une attaque en combinaison qui l'enveloppa totalement. Rapidement, la blonde prit la taille de mon météore de kvantiki, afin d'entrer en collision avec lui.

L'espace explosa. Purement et simplement. Nous fûmes tous emportés par l'impact de l'explosion, me forçant même à me protéger des répercussions de l'attaque. Le sol se souleva, comme détruit par cette toute puissance, tandis que les murs s'effondrèrent. Le château du désespoir tirait son ultime révérence, emportant avec lui toute âme vivant en ces lieux.
Je réussis à m'échapper en me téléportant plus loin. Une énorme colonne d'énergie violette sembla comme tomber du ciel, en emportant d'un trait toute âme croisant sa route. Des cieux jusqu'aux fins fonds de la terre, supprimant purement et simplement toute végétation, en marquant à jamais le paysage de Lithemba.
Lorsque la lumière s'estompa, le monde du désespoir fut scindé en deux. Une large crevasse avait été creusée dans le sol et s'était remplie d'eau, ne laissant plus que deux moitiés distinctes dans le royaume de l'indifférence et des ambitions vaines.

Tout était terminé. Je me posai au sol, prenant du recul sur la situation. Il était impossible que ces personnes aient survécu à un tel impact. Même pour moi, cela avait été difficile. À quelques secondes près, j'étais moi aussi anéanti par mon propre pouvoir, en ne laissant rien derrière moi.

Je souris face à ce spectacle. Zetsubô était celui qui avait gagné cette guerre. Plus personne n'était encore debout. Tous mes serviteurs étaient morts, en emportant avec eux les ennemis de mon empire. Et moi, j'étais encore droit sur mes jambes, tout en puissance, contemplant de mon œil amusé la colonne de flammes qui envahissait ce monde.

« Chaos, soulève-toi ! Lâchai-je dans une ode à la destruction. Sois le premier témoin de mon ascension vers le titre de souverain millénaire ! Ceci est le début de mon ère, car ce soir, le désespoir triomphe ! »

Mes mots résonnèrent dans mon propre espace. Je les entendais s'élever, et je n'obtenais aucune réponse. J'étais désormais seul. Seul et fort. Il ne me restait plus qu'à revenir en Jidou afin de confirmer ma victoire sur le monde, et régner pour de longs millénaires.
J'ouvris une brèche grâce à ma puissance encore suffisante même après avoir lâché un tel impact. Je me revêtis et me recoiffai, puisque j'avais une piètre allure après une telle bataille, avant de me diriger vers mon vortex vers la gloire.

Une projection lumineuse surgit de derrière. Elle s'engouffra dans mon vortex avant de tout simplement le détruire. Je me retournai, les yeux écarquillés. D'où venait cette chose ? Y avait-il encore quelqu'un de vivant en ce monde ?

Il ne semblait y avoir personne. Pourtant, l'impact avait été réel. Alors je scrutais les alentours, sans vraiment comprendre. Cependant, alors que j'étais attentif, une autre projection de lumière atterrit cette fois droit sur mon visage. Elle n'était pas assez puissante pour me propulser, mais elle me fit reculer d'un pas. Je grognai. Quelqu'un était encore vivant. Et ce fut lorsque je posai mes yeux sur la colonne de flammes que j'eus ma réponse.

Elle bondit du torrent ardent, avant de se jeter contre moi. Je l'esquivai, mais cela sembla calculé, puisqu'à la place de me poursuivre, elle atterrit deux mètres en dessous d'où je flottais, au sol, les mains posées sur les environs carbonisés qui composaient la nouvelle Lithemba.

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« Écho des étoiles, lumière ancestrale, je fais appel à toi ! Délivre les tourmentés, guide les égarés, et révèle-leur le chemin vers l'ascension. Que ton espoir triomphe de tous les maux, et de toutes les menaces. Ouvre la porte vers une route de fortune. Descends sur nous ! Umqondiso wokukhanya! »

De ses mains jaillit une source de lumière dorée semblant provenir du soleil lui-même. Je n'eus cependant le temps de me poser aucune autre question, puisque la blonde, non contente d'avoir lancé ce sort, enchaîna en déployant le bras vers moi.

« Heir of hope ! Kurenai Ren ! »

Kurenai...Ren ? Ah, cette misérable que j'avais réussi à remettre en doute grâce à quelques mots futiles ? Il était vrai qu'elle était la sœur de cette gourde qui me servait d'adversaire. J'aurais souri, si cette dernière n'avait pas affiché une puissance colossale rien qu'en prononçant ce nom. Elle était désormais englobée d'un éclat blanchâtre lui couvrant tout le corps, lui faisant perdre le teint de sa peau, de ses cheveux, de ses yeux, jusqu'à devenir un être fait de lumière.

« Je vois que tu es devenue très puissante, Erika Kurenai. Grognai-je en surveillant le sort qu'elle avait lancé. Je n'aurais jamais cru que tu aurais pu survivre à un tel impact. Tu as gravi tous les échelons, gagnant à chaque fois en puissance, jusqu'à pouvoir rivaliser avec quelqu'un de ma trempe. Pour quelqu'un qui n'a jamais été liée à notre famille, je te félicite.
- Le pouvoir n'est rien Katsuo. Répondit-elle, me laissant constater qu'elle avait retrouvé la raison. Il est simplement un moyen de parvenir à mon objectif final. Si je dois sacrifier tout ce que j'ai en moi pour entraver ta route, je le ferai.
- Des mots si braves provenant d'une personne si perfide. Ton pouvoir est certes celui de l'espoir, mais tu t'es laissée corrompre par tes propres ambitions il y a bien longtemps. Je sais que tu ne désires pas seulement m'abattre. Tu es ici pour accomplir ton objectif, et non celui de mes trois rejetons. Tu es aussi diabolique que tes parents ! »

Je n'eus même pas le temps de reprendre que je fus percuté par une épaisse masse obscure. Je dus me reculer pour encaisser le coup, tandis le tas de ténèbres reprit forme aux côtés de l'étincelante princesse de l'espoir.
Il avait lui aussi survécu. Il était amoché, au même titre que sa copine, mais il avait survécu. Et pire encore, lui aussi avait matérialisé la puissance du désespoir autour de lui, tout comme celle qui l'accompagnait.

« Erika n'est pas diabolique. Bien au contraire. Une personne capable d'abandonner sa raison entière pour t'arrêter n'est pas indigne de confiance. Si vraiment elle avait souhaité me trahir, elle ne m'aurait pas abandonné sa conscience. »

Il marqua une pause, tandis qu'Erika Kurenai avait chargé sa puissance complète mêlée à celle générée par l'amour envers sa sœur. Lorsqu'il reprit, sa tristesse n'existait plus, la haine n'avait pas pris sa place. Il ne restait plus que de la détermination.

« C'est la fin, Katsuo. Heir of Despair : Rising Hope ! »

Rising...Hope ? Pourquoi ? Pourquoi avoir donné un nom si sale à une puissance si noble ? Je ne comprenais pas. Pourquoi ne faisait-il désormais plus rien ? Pourquoi laissait-il s'évaporer sa puissance au profit de la princesse de l'espoir ? Pourquoi la laissait-il emmagasiner toute son énergie pour se mêler à la sienne ? Et pourquoi se laissait-elle faire ?

Je restai consterné face à ce qui se déroulait sous mes yeux. Reisuke Yamada transférait en ce moment même l'entièreté de sa puissance à Erika Kurenai. Yiskha avait raison. Elle avait perverti ma lignée au point d'en disposer comme bon lui semblait. La prophétie qu'elle m'avait collée prenait finalement tout son sens, puisque la princesse de l'espoir, flottant désormais dans les airs en affichant une puissance prodigieuse, possédait toute la puissance dont nombreux hommes avaient rêvé.

Le vent souffla de plus en plus fort, tandis que je restais abasourdi par ce revirement. Reisuke se laissa tomber au sol, vide de son énergie. La princesse de l'espoir le rattrapa en projetant une énergie qui se saisit de lui afin de le maintenir dans les cieux en le soignant, puis elle me dévisagea, de ses yeux blanchis par son pouvoir.

Sans prononcer un autre mot, elle fit apparaître une grande paire d'ailes dans son dos. Des ailes majestueuses semblant sortir du sanctuaire céleste. J'entendis un rugissement de dragon que je ne connaissais que trop bien, tandis que sur le buste d'Erika se dessinait le symbole de ceux ayant prêté serment de protéger leur dimension de la menace que je représentais pour elle.

Elle franchit le mur du son en se propulsant vers moi. Je savais au fond qu'il était impossible de lui échapper, mais je tentai quand même de rétorquer. Descalibur n'était cependant pas assez puissant. Je me fis littéralement souffler par son attaque. Emporté dans un déluge d'énergies contradictoires, je ne pus que me résigner face à « l'Antinomie Du Destin ».

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Je souffrais. Je sentais que sa puissance entrait en collision avec mes entrailles elles-mêmes, me dépossédant de tout le pourquoi j'avais passé des millénaires à détruire, tyranniser, et asservir. Je ne réalisai pas vraiment ce qu'il se passait. Je ne pouvais pas admettre que tout ce que j'avais obtenu m'était enlevé de la sorte. Ma course effrénée vers la stabilité de ma lignée se terminait donc de la sorte. Propulsé dans mon propre monde à une vitesse folle, incapable de me relever, de reprendre, mon équilibre, jusqu'à heurter le bout de Lithemba, cette barrière translucide mettant fin à notre monde.

C'était donc ma destinée d'être adossé contre ce champ de force invisible. C'était le sort qui m'était réservé que de faire face aux visages de mes deux adversaires ayant triomphé de moi. Car oui, ils étaient déjà réapparus devant ma face, comme pour vérifier que j'étais bien hors service. Ils me fixaient tous les deux d'un air neutre, tandis qu'Erika, elle, avait repris son apparence normale. D'un claquement de doigts, elle nous transporta dans le château du désespoir, qu'elle avait restauré à son état initial en une fraction de secondes. C'était dingue. Totalement fou, invraisemblable.

« C'est terminé, Zetsubô. Me lança-t-elle, sérieuse. Nous t'avons vaincu. Ton règne s'achève par le projet « Rising Hope » entamé par Laïla et Soichiro.
- « Rising…Hope… ? » murmurai-je d'une voix à moitié morte.
- Laïla a voué sa vie à trouver une solution pour te vaincre si jamais tu venais à revenir parmi nous. Continua l'intéressée. Elle a donc sollicité des tas de personnes pour bâtir le projet « Rising Hope ». Il s'agissait d'utiliser la progéniture même de Shinichi Yamada, dont elle faisait partie, afin de cultiver trois aspects de ton pouvoir. Un être ne vivant que de désespoir, un autre animé par un espoir pur et inébranlable, et enfin un dernier, fait des deux. Elle avait deviné que ton héritage seul allait peut-être se révéler insuffisant. Alors elle a enclenché chaque rouage de son plan, afin de donner naissance à trois guerriers capables de rivaliser avec toi.
- Je vois…soupirai-je en crachant une gerbe de sang. Tout a donc été prévu par cette femme...Ma fleur du chaos et de la destruction… »

C'était finalement très difficile à entendre. Cette affreuse vérité m'avançant que je n'étais au fond qu'un pion sur l'échiquier de Laïla. Cette femme inconsciente avait donc finalement tout prévu pour m'éradiquer de la surface de cette planète, avant même que l'éventualité de mon retour ne fut évoquée. C'était brillant, il fallait l'avouer. Même pour moi, c'était brillant. Cela me faisait même sourire. J'avais plutôt sous-estimé de quoi était capable ma nouvelle génération. Il suffisait de poser un regard sur ma condition pour le savoir. A eux quatre, en comptant cette femme, ils avaient réussi à me mettre à terre.

« C'est insuffisant. Souris-je. Vous avez réussi à aller bien plus loin que n'importe qui avant vous, et je le reconnais. Cependant, vous n'apprendrez jamais des erreurs commises par le passé. »

Je me relevai. Il me restait encore suffisamment d'énergie pour me battre. J'étais plus faible qu'Erika en l'état, mais il n'était pas exclus que je gagne. Elle aussi avait été incapable de me vaincre, et elle était remontée pour me dominer, eh bien soit, j'allais le faire aussi.

« Tu te dis que tu me vaincras n'est-ce pas ? Sourit Erika. Katsuo, ressentirais-tu de l'espoir, en ce moment même ? Te relèverais-tu dans l'espoir de reprendre le contrôle ?
- Exactement. Grognai-je en tenant sur mes jambes avec difficulté. J'en suis même convaincu. Notre combat n'est pas terminé. »

Je me surélevai dans l'espace de bataille, sous le regard amusé de la blonde qui pensait déjà avoir gagné. Elle ne bougea d'ailleurs pas le moindre petit doigt pour m'arrêter, comme si je n'avais aucune crédibilité à ses yeux. Ou peut-être me laissait-elle aller au bout de la conviction d'espoir simplement pour gagner une bataille psychologique ? Peu importe. Je n'étais plus au stade à honorer ma fierté. Il ne me restait plus que quelques atouts dans ma manche, je devais les sortir à n'importe quel prix.

« Vous êtes incapables de me porter le coup fatal. Car le désespoir se renouvellera encore et encore. Chaque seconde que vous passez à attendre me rend mon pouvoir. A votre avis pourquoi me suis-je retranché après ma défaite face à Kôsei et sa bande ? Tout simplement car peu importe combien de fois je serai à terre, il vous sera impossible de me supprimer définitivement. Vous n'en avez pas le pouvoir.
- Peut-être. Approuva Erika. Cependant, nous pouvons toujours faire autre chose. »

Je n'eus pas le temps de rétorquer qu'elle projeta une autre puissance phénoménale sur moi. Je m'écroulai au sol, dans un vacarme sourd. Je me relevai péniblement, tandis que la princesse de l'espoir, qui n'en portait plus que le titre, me dévisageait en affichant un air de profond sadisme.

« Il me suffit de t'éliminer encore et encore, en t'empêchant d'accumuler le moindre pouvoir. Tu es immortel, Katsuo. Tu ne rendras jamais l'âme, mais tu vivras une existence misérable pour l'éternité.
- Tu t'éteindras bien avant moi, Erika Kurenai. Grognai-je. Tu devras me tuer pour en finir.
- Je le sais. Sourit-elle. Et je compte bien le faire. Cependant, il manque un paramètre pour que j'en sois capable.
- Te rends-tu compte qu'en me tuant, tu emporteras avec moi Lithemba, Izrath, et tous ceux qui sont maintenus en vie grâce à leur pouvoir !? »

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Reisuke tiqua. Exactement comme je l'avais pensé. Il ne le savait pas, que j'avais synchronisé mes pouvoirs afin que tout meure avec moi. Tout comme Yiskha, il n'avait pas été mis au courant de cette éventualité. C'était finalement ma victoire. J'allais encore une fois vaincre par ce chantage ma foi fort rentable.

« Reisuke. Tu as sauvé de la mort cette femme, Erika Kurenai. Si tu viens à me tuer définitivement, Lithemba et Izrath disparaîtront. Tu sais ce que cela implique. La princesse de l'espoir s'éteindra en même temps que moi. Et pas seulement. Toratura, Vénominaga, ainsi que tous ces êtres que tu as eu l'occasion de côtoyer lors de ton voyage en Izrath. Tous ceux qui ont offert de leur personne pour me vaincre. Le juge, le gardien des étoiles, les chevaliers nobles, la guilde ETHER d'Izrath. Tout prendra fin si tu me prends la vie. »

Une expression de stupéfaction s'afficha sur le visage de mon rejeton, qui fut bien trop abasourdi pour rétorquer quoi que ce soit. Froidement, Erika me projeta une autre décharge d'énergie visant à réduire mes pouvoirs accumulés au silence. Une fois l'onde dissipée, elle reprit la parole.

« Ne t'en fais pas, Rei-Chan. Déclara-t-elle sans se retourner vers lui. J'ai une solution pour lui prendre la vie et mettre fin à tout cela sans tuer qui que ce soit d'autre.
- Tu n'as qu'une solution. Ricanai-je. Tu devras m'enfermer de nouveau dans cette prison temporelle, me laisser reprendre des forces une nouvelle fois, et remettre à vos générations futures la tâche de se débarrasser de moi. Exactement comme l'a fait Yiskha. C'est ma victoire, princesse de l'espoir ! Je reviendrai vous détruire, encore et encore, pour l'éternité ! »

Reisuke s'approcha d'elle, mais elle refusa qu'il s'avance davantage. Son regard se voila, tandis qu'un sourire se dessina sur son visage, impossible à remarquer pour son partenaire.

« Te rappelles-tu quand tu m'as dit que nous vaincrions Zetsubô et qu'ensuite, nous réglerions nos différents personnels, Rei-Chan ?
- Oui...Murmura le jeune homme. Mais j'ai appris pendant ce combat que nos objectifs étaient finalement les mê – »

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Elle lui avait déjà propulsé une lame d'énergie droit dans la poitrine afin de le réduire au silence. Il s'écroula au sol, bégayant un « pourquoi ? » lâché dans une gerbe de sang. Souriante, la jeune femme se tourna vers lui, reprenant la parole avec satisfaction.

« Je suis désolée, Rei-Chan. Notre alliance se termine ici. Tu as eu ce que tu voulais, n'est-ce pas ? Tes générations futures vivront dans l'harmonie désormais. Votre projet Rising Hope est accompli, mais le mien ne fait que commencer.
- Je vois...soupira l'intéressé en se mordant la lèvre. Erika je… Sans toi je n'aurais jamais pu arriver jusqu'ici… Alors...Peu importe ton ambition… Réussis… »

Puis il s'écroula. Devant mes yeux consternés. Je lançai un regard à la princesse de l'espoir qui ne me renvoya que de la haine et de l'auto-suffisance. Ma vision se brouilla...Non. C'était impossible. Je...ne pouvais pas…

« Oh...S'amusa Erika. J'ai finalement fait pleurer Zetsubô. J'ai accompli ce que personne n'avait jamais réussi à faire jusqu'à maintenant. Alors, cela fait quoi de pleurer des personnes qui nous sont chères ? »

Je ne lui répondis même pas. Le regard plein de tristesse de mon rejeton, cette compassion qu'il éprouvait à mon égard, ce regret qu'il éprouvait à se battre contre moi… Tout me revenait en mémoire, et j'en ressentais une profonde tristesse. Ce n'était pas ce que je voulais en accomplissant tout ceci. Je voulais simplement créer une lignée qui n'aurait plus jamais à souffrir, et finalement, nous étions encore une fois en bas de l'échelle, rampant aux pieds d'une souveraine bien plus perfide que nous ne l'étions…

« C'est terminé. Katsuo. Sourit Erika. Je vais maintenant mettre à exécution l'ultime phase de mon plan. Mon projet Rising Hope commence, et tu es aux premières loges pour le voir naître. »

Pardonne-moi, Reisuke, de t'avoir condamné à souffrir…

Chapitre 187 : Arc Désespoir : partie 1 Narrateur...?

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Lorsque je me levai, tout était sombre, comme cela l'avait été la veille, et comme cela allait l'être demain. J'étais habitué à ce que tout ce que je connaisse ne soit fait que de pénombre, de lendemains faits de ténèbres, et de désespoir. Personne n'allait pouvoir me tirer de ce cauchemar que je vivais. J'avais tant de fois essayé de me dire que je n'étais pas la personne la plus à plaindre, mais je n'y arrivais pas. Chaque fois que j'ouvrais les yeux, je ne retrouvais pas ce que je souhaitais voir. Alors comme chaque jour, je sortis de ma couche. Comme chaque jour, je longeai les longs murs de notre château. Comme chaque jour, je cherchai dans les couloirs sombres et interminables le moindre signe de vie, mais personne ne se faisait voir. Tout le monde m'avait abandonné il y avait bien longtemps. Personne ne se préoccupait de mon existence, depuis que cette guerre infâme avait débutée.

J'étais pieds nus, foulant ce sol glacé en réprimant une grimace. Je m'avançai en suivant les torches qui étaient la seule source de lumière de nos quartiers, pour finalement déboucher sur le balconnet donnant sur notre royaume. Un empire de chaos et de destruction, respirant le sang et le soufre, la haine et la mort. Je détestais ces lieux. Je les haïssais plus que n'importe qui. Je méprisais cette fumée s'élevant dans cette civilisation en ruines, ces murs couleur écarlate que l'on retrouvait à chaque ruelle, le son de ces cris m'oppressant l'esprit. Je les condamnais tous.

Ce royaume nous appartenait. Tout du moins, « il » aimait le proclamer. Par sa seule volonté, il avait fait basculer le monde dans une ère de tourments et de chaos. Il avait à jamais marqué le croissant fertile en y faisant se dérouler moult atrocités au quotidien. Batailles répétées et meurtrières, torture, abus de faiblesse, le leader de notre groupe était un homme ne reculant devant rien pour accomplir son œuvre.

« Bonjour mon fils. Sourit l'individu aux longs cheveux noirs et aux yeux rouges. »

Je l'avais rejoint sur le balconnet. Il était assis sur le rebord, scrutant d'un œil satisfait l'aurore glaciale et meurtrière. Je m'interrogeai. Comment pouvait-il rester de marbre face à une scène aussi pittoresque ? Je n'avais pas la réponse. Les ronces autour du cœur de mon père y semblaient solidement attachées. Chaque fois que j'essayais de les arracher afin de voir ce qu'il se cachait derrière, elles me blessaient avec leurs épines.

« Regarde mon fils. Reprit mon paternel en posant sa main sur mon épaule. Ceci est notre royaume. Celui sur lequel nous régnerons pour l'éternité.
- L'éternité… ? Murmurai-je, en pensant à ce que serait de vivre perpétuellement dans cette vie.
- Ce monde m'appartient, et il t'appartiendra un jour. Toi et ton frère allez régner en maîtres, et vos descendances futures vous succéderont. Garde-toi simplement de toute faiblesse. En tant que souverain, c'est à toi de montrer que tu es le plus fort, et que jamais personne ne pourra se mettre en travers de ta route. »

J'acquiesçai. Suivre les conseils de mon père était la seule manière de me sentir proche de lui. Il fallait dire que Katsuo Yamada, ou Zetsubô pour ses ennemis, était un homme très occupé. Il passait le plus clair de son temps à conquérir des contrées inconnues en rejoignant son armée du désespoir. Il partait avec mon frère, qui était de cinq ans mon ainé, et me laissait derrière, puisque j'étais selon lui trop jeune pour lui porter assistance. Douze ans, en Égypte, ce n'était pourtant pas si jeune. Mais il ne voulait rien entendre. Il me disait trop faible pour l'aider dans sa quête.

Je n'y comprenais d'ailleurs pas grand-chose, à cette quête. Tout ce que j'avais entendu de la part de mon paternel était le fait qu'il se battait pour notre lignée, notre prospérité, et que grâce à cela, personne ne nous ferait de mal. Mon frère avait très bien saisi le message, lui. Il était désormais imbibé du pouvoir de Papa, ce qui lui permit de partir à ses côtés.

Et moi, je restais dans notre château, en fixant d'un regard mort l'horizon tout aussi dénué de vie. La contrée de Lithemba, ce pays contrôlé par mon père, n'était qu'un reste de civilisation sous fond de désespoir. J'errais jour et nuit dans nos terres, en cherchant en moi la racine de ce que mon père appelait « notre héritage ».

« Mon pauvre garçon, soupira la voix compatissante de ma mère. Te voilà encore en train de ruminer sur ton sort. »

Je me retournai. Elle était la seule personne qui me comprenait, ma mère. Azalaïs. Ma première supportrice. Ma muse aux cheveux de blés et aux yeux d'océan. La présence bienveillante ayant fait serment de me protéger envers et contre tout. Je me ruai sur elle. Je pleurai. Encore, et encore. Pour seule réponse, elle me serra fort contre elle, fredonnant une comptine que j'aimais tant.

Je n'arrivais pas à comprendre. Je ne pouvais pas. Pourquoi tout autour de nous n'était que ténèbres et désolation ? Pourquoi mon père avait-il besoin de détruire toute vie autour de lui ? Ne pouvions-nous pas tout simplement vivre heureux, dans un espace bien plus étroit, mais bien plus chaleureux que ce palais glacial ? Cela me torturait. Je voulais que tout s'arrange, que les cris cessent, que les âmes ne meurent plus, et que tout le monde cesse de se battre.

Et je n'étais pas le seul à le vouloir. Ma mère partageait ce désir. Elle m'avait d'ailleurs inculqué ses valeurs, pour que je ne finisse pas comme mon frère disait-elle. Car Zacharie était animé des mêmes intentions que mon père. Il s'était abandonné au désespoir et était l'un des membres les plus puissants de l'armée de Zetsubô. Il était d'ailleurs en train de se battre. Sous les commandements de Yiskha, le bras droit du souverain des ténèbres, il menait une bataille acharnée en Égypte contre le pharaon Solaris et ses hommes.

« J'aimerais comprendre ce qui anime papa… Murmurai-je à ma mère me caressant les cheveux.
- Tu ne dois pas t'approcher du désespoir. Me répondit-elle, douce. Il y a bien longtemps que ton père n'est plus l'homme que j'ai épousé. Il a changé. Ses rêves de grandeur pour notre famille ont été absorbés pour ne laisser qu'un individu corrompu par ses propres ambitions. Ou du moins j'aime le croire. J'essaie de me convaincre que Katsuo a un jour été l'homme de valeur dont je suis tombée amoureuse.
- Pourquoi n'essaies-tu pas de le ramener à la raison ?
- C'est impossible. Une fois que le désespoir prend le dessus sur la raison, il est très difficile de le faire disparaître. Tous les soldats de l'armée de ton père sont contrôlés par ce sentiment. Ils agissent pour calmer un feu ardent brûlant dans leur coeur. Mais ce n'est jamais assez. Il faut toujours plus de violence, plus de souffrance, plus de ténèbres. »

Plus de violence, plus de souffrance, et plus de ténèbres… Il était vrai que je ne pouvais comprendre de telles ambitions. Si vraiment nous sauver était sa seule motivation, se serait-il arrêté avant d'en arriver là où nous en sommes actuellement ? Il fallait que je sache. J'avais une question à lui poser. Une interrogation me triturant l'esprit.

Mais peu importe ce que je faisais, il ne me regardait pas. Bien sûr, il n'était pas méchant avec moi. Il me souriait, me parlait, prenait ses repas avec moi, mais je sentais qu'il ne me considérait que comme le fruit de son sang, plutôt que comme une personne sur qui il pouvait compter. Je n'étais rien de plus que sa progéniture, et il remplissait seulement son devoir de père. Jamais il n'allait discuter de ce qu'il entreprenait avec moi, alors qu'avec mon frère, ils étaient complices. Ils étaient deux partenaires qui ne sortaient jamais l'un sans l'autre et qui se faisaient confiance sur le front. Le successeur de Zetsubô était déjà tout désigné. Zacharie Yamada était le prochain sur la liste, tandis que moi, j'étais voué à ne pas prendre part à ces choses.

Chaque fois que j'essayais de m'entreprendre avec lui, il y avait un prétexte m'empêchant de le faire. Intentionnel ou non, cela me faisait beaucoup de mal. Aussi, je réalisai que jamais je n'allais pouvoir parvenir à lui. Je pris alors une décision plutôt radicale. Je pris la route pour m'enfuir loin de ce château des ténèbres, en laissant derrière tout ce qui faisait de moi Reisuke Yamada.

Où me dirigeais-je ? Vers l'extérieur de Lithemba, notre royaume impénétrable pour tout ennemi. Je voulais trouver les membres de la fondation du futur, cette armée ennemie qui s'était jurée d'éradiquer Zetsubô, et les rejoindre. Je voulais me fortifier, puis m'élever en tant qu'adversaire face à mon paternel, pour qu'il daigne enfin me considérer comme autre chose qu'un enfant fragile incapable de reprendre sa lignée. Car oui, j'étais faible et impuissant. Oui, je refusais ce qu'accomplissait Katsuo Yamada. Mais malgré tout, il était mon père, et je l'aimais en tant que tel. Et si pour qu'il le comprenne, il fallait que je devienne son adversaire, alors j'étais prêt à emprunter ce chemin détourné me menant à son coeur.

Je n'eus cependant pas le temps d'arriver jusque le territoire tant attendu, mon Eldorado. Au bout de quelques semaines de marche, tout avait déjà changé. J'avais réussi à parcourir beaucoup de kilomètres, grâce aux serviteurs de Zetsubô qui me vénéraient comme sa progéniture, mais j'étais beaucoup trop lent. Entre temps, les choses avaient changé. D'après un des hommes contrôlés par notre famille, Yiskha avait soudainement changé de bord. Elle avait rejeté le désespoir de Katsuo d'un seul coup, faisant alliance avec un des gardiens les plus hauts placés d'Izrath : le protecteur de la porte reliant toutes les dimensions entre elles. Elle était devenue la leader de la fondation du futur en conséquence, ayant prêté serment de repentance à la coalition combattant mon père.

Je revins sur mes pas. Si Papa était vraiment menacé, il fallait que j'aille lui porter secours. Je n'avais encore que très peu de pouvoirs que j'avais développés durant mon voyage, mais il était de mon devoir de le faire. Ainsi, je rentrai. A la même cadence, avec la même aide qu'à l'aller. Mais pas avec la même émotion. Car plus j'avançais, plus j'apprenais de terribles nouvelles. Zacharie avait été capturé par l'empereur romain Toppolinus qui en avait fait un prisonnier de guerre, tandis que mon père, lui, perdait petit à petit tous ses meilleurs généraux. Il était de plus en plus acculé par l'armée de Yiskha et de Mordred qui rassemblaient de plus en plus de fidèles au travers des nations. Ainsi, avant même que je ne puisse rentrer dans notre château de Lithemba, j'appris la défaite de Katsuo Yamada.

Mon père n'était plus. Celui que j'essayais d'égaler n'existait désormais plus en ce monde.

Je m'écroulai, alors que je me trouvais dans le second bastion de Lithemba après nos quartiers. Si Zetsubô avait vraiment péri, alors ma fuite n'avait plus aucun sens. Pire, je portais une part de responsabilité dans sa mort. Jamais je n'allais pouvoir faire face à ma mère une nouvelle fois. Pas après l'avoir laissée seule alors que son fils était captif, et que son mari était mort.

Je décidai donc de rester dans ce bastion, en attendant que l'espoir en reprenne le contrôle. En tant que fils du désespoir, j'allais sûrement me faire exécuter, tout comme mon père. Mais je n'avais de toute façon plus aucune échappatoire. Du moins, je le croyais.

Car je me fis surprendre par un des hommes de mon père. Un de ses plus fidèles alliés lui aussi. Balthazar Sawyer, un homme fait de ténèbres aussi puissantes que celles de mon père. Il m'interpella, et m'invita à le suivre, ce que je fis sans vraiment rechigner. Il m'expliqua quelque chose d'invraisemblable qui allait changer ma vie à jamais.

« Reisuke, entama-t-il, sérieux. Il faut que je te parle de quelque chose de très important.
- Je sais, grognai-je. Papa est mort. Yiskha s'est rebellée contre lui et il s'est fait vaincre.
- Je suis ravi de savoir que tu connais la version officielle. Cela sera plus simple pour t'expliquer. Fils du désespoir, Zetsubô n'est pas mort. La version propagée par la fondation du futur est fausse.
- Comment!? M'étranglai-je. En êtes-vous certain !?
- Évidemment. Pensais-tu vraiment que ton paternel pouvait se laisser vaincre de la sorte ? Passons. Zetsubô a réussi à piéger Yiskha. Car s'il vient à mourir, Lithemba et toutes les personnes y étant prisonnières s'éteindront avec lui. Il a réussi à échapper à la mort en la tenant par ce chantage.
- Je vois...murmurai-je, la boule au ventre. Qu'est-il donc advenu de mon père ?
- Il a été emprisonné dans une prison temporelle de laquelle il ne pourra vraisemblablement jamais sortir. »

Se fichait-il de moi ? D'abord il me disait que mon père n'était pas mort, puis il enchaînait en disant que jamais il n'allait pouvoir s'extirper d'une prison temporelle. C'était finalement exactement la même chose ! Voyant que j'étais assez irrité, Sawyer reprit la parole afin de m'expliquer.

« Zetsubô est plus coriace que tu ne le crois. Il m'a laissé des instructions afin de le libérer. Et ces instructions te concernent, Reisuke. »

Je lâchai un petit cri de stupeur dont Balthazar s'amusa. Il me tendit un parchemin que je lus à haute voix, comme pour l'entendre de ma propre bouche.

« À celui qui lira ces lignes, la continuité de notre combat dépend de toi. Lorsque j'ai entrepris le projet de répandre le désespoir, j'avais une pleine confiance en ma réussite. Cependant, il fallait que je prévoie tout. Je ne voulais pas finir comme un de ces Gariatron qui pensent pouvoir tout maîtriser par orgueil, non. Je savais pertinemment que des hommes en voudraient à ma vie, et j'avais prévu l'éventualité dans laquelle ils réussiraient.

Alors j'ai disséminé une clé. Une clé capable de m'appeler parmi les hommes, où que je sois, tant que je ne suis pas mort. Si mes calculs sont justes, je serai capable d'éviter un coup fatal quoiqu'il adviendra de ce conflit, je compte donc sur toi, serviteur qui lira ces lignes, afin de me rappeler à vous pour que notre œuvre continue.

Cette clé ne se trouve nulle part en ce monde. Il est impossible de s'en approprier les propriétés. Tout simplement car il s'agit de mon sang. J'ai introduit en mon organisme un chromosome spécial, qui se transmettra pour toujours par les mâles de ma famille. Le code génétique de Lithemba. Grâce à cette donnée, le pouvoir du désespoir sera transmis sur chacune de mes générations tant qu'un garçon sera mis au monde.

C'est là mon plan ultime. Le chromosome Lithemba me fera renaître autant de fois qu'il le faut. En l'activant au milieu d'une réserve de kvantiki suffisante, un portail menant à moi sera ouvert, peu importe la distance nous séparant. »

Le parchemin était terminé. Je restai figé sur place. Avais-je vraiment en moi cette fameuse donnée pouvant sauver mon père ? Je devais m'en assurer. Il fallait que je le ramène, et que je le raisonne. Il avait déjà perdu, c'était possible pour lui de retrouver la raison.

Sawyer me mena au château de Lithemba, mais ma mère ne s'y trouvait plus. Les murs étaient encore plus froids sans sa présence. Elle était sûrement partie rechercher Zacharie, ou moi, mais cela n'avait pas d'importance. Sawyer allait me prêter son pouvoir pour que j'y puise la force de ramener mon père auprès de moi. Cependant, lorsque je pénétrai dans la salle du trône, je ressentis quelque chose de terrible.

Une douleur colossale dans la poitrine. Le feu ardent dans mon coeur, et là, le drame. Je ressentis d'un seul coup toutes les émotions négatives réfrénées depuis que j'avais l'âge de comprendre mon malheur. Je hurlai de peine et de chagrin, me laissant tomber sur les genoux, sous le poids de mon fardeau émotionnel.

Une intense lueur noire se projeta depuis mon corps, propulsant l'allié de mon père contre les parois murales. Il lâcha un hurlement de douleur qui fut comme sourd, recouvert par mon cri de martyr. L'énergie qui se dégagea de moi brisa les vitres de l'espace, avant de soulever d'un seul coup le trône qui se brisa sous la pression de ma puissance.

A ma grande surprise, je trouvai quelque chose que je n'imaginais pas jusqu'alors. Sous le trône de Zetsubô se trouvait un petit objet de forme circulaire. Comme une orbe transparente dans laquelle jaillissait une flamme mêlant bleu et violet qui se consumait perpétuellement. Sawyer se rua sur elle, mais cela me fit réagir. D'un geste de la main, sans comprendre comment je l'avais fait, je le projetai droit sur le mur, avant de me saisir de l'objet.

Il se fondit en moi à peine je l'avais touché. Et là, je pris une autre forme. Mes cheveux devinrent aussi noirs que ceux de mon père, tout comme mes yeux attrapèrent son rouge. Je ressentais tout ce que Zetsubô transmettait à ses soldats : le désespoir total imbibant le corps, les muscles, la chair, l'esprit.

Alors c'était ça, le désespoir. Je comprenais désormais le pourquoi Zetsubô se battait. Mais c'était à mes yeux une ambition fausse. Je sentais malgré tout que quelque chose clochait dans ce sentiment. Une chose manquait, et je ne savais pas quoi.

Mais chaque fois que je pensais à mon père, l'envie dans mon coeur se faisait plus prenante. Comme si mon ressentiment grandissait en même temps que cette émotion.

« Reisuke, mon fils. Me dit une voix résonnant dans ma tête. C'est donc toi qui as trouvé l'essence de mon pouvoir.
- Papa… ? Où es-tu passé ? Ce parchemin que tu as laissé, est-il vrai ?
- Tout ce que tu y as lu est véridique. Cependant, je n'ai pas la puissance requise pour revenir. Dans mon état, même si je retournai en Jidou, je me ferai vaincre une nouvelle fois. Je vais donc attendre l'heure propice afin de restaurer mon énergie. Car le désespoir est comme l'ombre. Une fois que le soleil ne veille plus, elle s'installe et gagne la totalité de l'espace. Eh bien sans surveillance, il renaîtra une nouvelle fois.
- Et si tu revenais…et que tu abandonnais ? Suggérai-je maladroitement.
- Il en est hors de question. J'ai une œuvre à accomplir, et j'y vouerai l'entièreté de mon existence. Et si je dois rester prisonnier de cette tour pendant 5000 ans, eh bien soit, j'y consens.
- Alors...que puis-je faire pour t'aider ? Repris-je, attristé.
- Retourne vivre ta vie comme tu l'as toujours vécue, et laisse-moi régler ce que je dois régler. »

Les larmes que j'essayais de retenir se mirent à couler le long de mes joues. Je refusais d'entendre cette chose une nouvelle fois. Je refusais de sombrer de nouveau dans l'indifférence. Je refusais de le laisser me repousser une autre fois.

Mon corps me répondit. Ou plutôt, l'énergie que je venais d'absorber le fit. Instinctivement, je posai mes deux mains au sol, puis elles se mirent à luire. Lorsqu'un torrent d'énergie kvantini surgit du sol, je sus alors quelles paroles réciter pour trouver le chemin vers mon bonheur.

« Je serai prisonnier avec toi si cela me permet d'attirer ton regard sur moi. Alors je vais te rejoindre, Zetsubô. Je dis adieu à ce monde et à tout ce que j'y ai connu. Je me scelle au même titre que tu l'as été, et ensemble, nous trouverons un chemin. J'en appelle au pouvoir de Lithemba ! Xhuma Ixesha ! »

Mon corps disparut instantanément de l'espace dans lequel je me trouvai, laissant Balthazar derrière moi.

Lorsque je rouvris les yeux, j'étais prisonnier de cette fameuse tour. Mais à ma grande surprise, Zetsubô n'y était pas. Je n'avais pas atterri à ses côtés. J'étais simplement présent dans un espace de solitude, étroit et comme figé dans le temps. J'avais d'ailleurs rajeuni, ayant désormais le corps d'un enfant de sept ou huit ans. Je ne savais pas vraiment ce que cela impliquait, mais une chose était certaine, j'avais fait une erreur en me lançant dans ce pari.

Les jours passèrent, puis les semaines, les mois, les années, les décennies, et les siècles. J'étais toujours figé dans le temps, attendant la main de mon père qui viendrait me délivrer de cet ennui mortel et cette solitude. Je criais en boucle le nom de Zetsubô, comme si cela suffirait à l'invoquer, puis je me maudissais pour avoir été si faible, pour ne pas avoir compris le désespoir, pour avoir écouté ma mère, et avoir été impuissant face à sa chute. Et maintenant, je n'étais plus d'aucun secours pour lui, et jamais plus il ne me regarderait.

« Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! Zetsubô ! »

Je perdais la raison, petit à petit. Le désespoir abolissait mon discernement, me laissant devenir une coquille vidée de toute rationalité. Je sentais mon propre esprit m'échapper au fur et à mesure des secondes, comme si la solitude et l'ennui me dictaient une nouvelle conduite. Je me métamorphosais, consumé par le noyau du pouvoir de Zetsubô sommeillant en moi.

Puis un jour, je fus expulsé sans préavis de cette prison. J'avais atterri dans un univers bien différent de celui que j'avais laissé derrière moi. Il y avait de la verdure, et de la lumière. Le ciel était bleu, le soleil éclatant, et le vent rafraîchissant. Mon premier réflexe fut d'inspirer une bouffée d'oxygène que je n'avais pas respiré depuis des lustres. Puis je me ressaisis. Pourquoi étais-je présent ici ? Je n'en savais rien. Pourtant, quelque chose en moi réagit. Le pouvoir de Zetsubô m'appelait à une mission. Ainsi, je me dirigeai dans un endroit étrange. Une espèce d'allée dans laquelle étaient alignées des sortes de cases en briques surplombées de triangles. Des gens allaient et venaient dans ces cases, en insérant un espèce de bout de métal et en le tournant. C'était bien singulier. Ces gens étaient bizarres, et leur chose encore plus. Jamais je n'avais vu ça en Lithemba.

Une femme sortit de l'une de ces cases, le regard empli de détermination. Une belle femme aux yeux bleus et aux longs cheveux noirs. Mon coeur rata un battement. Elle était le portrait craché de ma mère, à l'exception près que ses cheveux étaient comme ceux de mon père. Elle portait une longue robe similaire à ce que l'on pouvait trouver sur les places de Lithemba un jour de fête. Un vêtement rouge saisissant mettant en valeur son teint mat.

Je voulus la suivre, mais le pouvoir me le dicta autrement. À la place, il me fit pénétrer la maison de laquelle elle était sortie. J'inspectai les lieux, ne sachant pas ce que j'allais y trouver. Je découvris des tas de choses étranges qui ne me disaient rien. Mais alors que je me posais des tas de questions, j'entendis quelqu'un entrer. Une voix enfantine qui cria un « Papa, Maman, je suis rentré ! ». Je me cachai, le laissant pénétrer l'espace, avant de courir dans les escaliers le menant à l'étage. Furtivement, je le suivis.

Il s'était arrêté, net. A ma grande surprise, il faisait face à un spectacle bien singulier. Ceux qui semblaient être ses parents gisaient dans une mare de sang, face contre terre, devant leur couche. Ils avaient été assassinés. L'enfant, lui, resta comme paralysé par la peur.

Je poussai un cri de surprise, il me notifia, et lorsqu'il se tourna vers moi, nous eûmes le même blocage.
Il me ressemblait. Ou je lui ressemblais, comme deux gouttes d'eau. Lui et moi étions les mêmes. Seule la couleur de mes cheveux et de mes yeux, moi qui étais altéré par ce désespoir légué par mon père, nous différenciait. Comment était-ce possible ? Quelles étaient les probabilités ? Était-ce un rêve ?

Lithemba me disait que non. Tout cela n'était pas un rêve. Je compris alors ce qu'il en résultait, tout du moins, je le croyais. Je fronçai les sourcils, laissant l'entièreté de mon désespoir prendre le contrôle. Les yeux luisant de haine, je générai mon tout premier sort : une lame Ishitunzi qui se matérialisa dans ma main droite, avant de froidement lacérer l'enfant qui se trouvait devant moi.

Il se tordit de douleur, tandis que son sang se répandit jusqu'à se mélanger avec celui de ses parents. Il m'implorait à l'aide, celui qui possédait mon visage, mais je ne lui donnai pas ce qu'il attendait de moi.

« Je suis désolé. Déclarai-je froidement. Si je veux que papa regarde en ma direction, il faut que je continue son œuvre. Alors je vais prendre ta place, et régner sur ce monde en ton nom, Yamada Reisuke. »

Il bégaya quelques mots, avant de finalement rendre l'âme.

Chapitre 188: Arc Désespoir : partie 2

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Son souffle ne l'animait plus. Ce garçon était mort. Je ricanai, avant d'éclater de rire. Le destin faisait très bien les choses. Grâce à lui, j'allais pouvoir renaître en tant qu'un autre aux yeux du monde, et accomplir l'oeuvre de Zetsubô afin de gagner son amour. Tout était parfait. Le désespoir était la voie à suivre. Je n'avais plus qu'à suivre le cours du temps, gagner en puissance, et libérer mon père.

Mais il fallait d'abord que je me débarrasse du corps de mon bouc émissaire. Je déclenchai donc les pouvoirs du désespoir qui m'avaient été confiés afin de le faire, mais contre toute attente, il disparut sous mes yeux.
Quelque chose venait de pénétrer en moi. Quoi ? Je n'en savais rien. Pourtant, cette chose se faisait de plus en plus violente, de plus en plus oppressante, jusqu'à me tourmenter de l'intérieur.

Mes cheveux reprirent une couleur marron, tandis que mes yeux rouges redevinrent verts. Comment était-ce possible ? Le pouvoir de Zetsubô me quittait-il si facilement ? Après ces millénaires enfermés dans cette prison, je perdais tout en quelques minutes ? Il m'était impossible de renoncer.
Une voix résonna dans mon esprit, comme pour me défier.

« Je ne te laisserai pas tuer Hiroki. Dit la voix enfantine mais ferme. Je t'arrêterai, Reisuke. »

Je me figeai. Mon corps fut paralysé par la douleur. Il n'était pas mort. D'une manière ou d'une autre, en le tuant, j'avais provoqué une fusion de nos existences. Était-ce parce que nous partagions le même visage, la même couleur de cheveux, d'yeux, et le même nom ? Dans tous les cas, je venais de créer quelque chose que jamais je n'aurais cru possible : deux âmes habitaient désormais un même corps, le mien.

Je fixai les parents de celui que je venais de tuer, et je ressentis malgré moi une émotion intense. C'était lui qui était triste, pas moi. Pourtant, je restais figé devant ce spectacle, et l'arrivée d'un autre garçon plus vieux que moi, ayant lui les cheveux noirs et les yeux bleus, n'arrangea rien.

C'était lui, ce fameux Hiroki sur lequel je ne devais pas lever la main. Celui qui avait permis à cet enfant de persister à vouloir prendre possession de mon corps. Eh bien soit, j'allais effacer cet individu de ma mémoire, de notre mémoire, afin que la seule motivation de ce gamin disparaisse en même temps que son existence.

Mais même si j'avais orchestré ce coup de maître, cela ne suffisait pas. Une autre existence vint perturber mes plans. Une fillette blonde aux yeux pétillants et au sourire facile. A force de l'avoir cotoyée, Reisuke Yamada prit le dessus sur moi. Sa personnalité devint celle qui dominait sur la mienne, et rapidement, je ne devins qu'un pauvre spectateur de cette réalité absurde, me laissant ruminer encore plus, et gagner en désespoir.

Les années passèrent. J'étais prisonnier de mon propre corps, attendant le moment propice afin de reprendre le dessus. J'avais parfois des moments où je pouvais me manifester, mais c'était bref et cela ne laissait pas d'impact sur le garçon devenu un jeune homme. Tout ce que je pouvais faire, c'était répandre en lui le désespoir. Lui faire ressentir tout ce que je ressentais : le sentiment d'impuissance, de faiblesse, de dévalorisation. Toutes ces émotions étaient les miennes, et j'allais tout faire pour les lui imposer. Je ne voulais pas qu'il gagne confiance en lui, qu'il prenne des initiatives, puisque je guettais le moment propice pour reprendre mon corps et vaincre au nom de Zetsubô.

Je guettais le moindre signe de faiblesse de sa part, et je tenais éloigné celui qui semblait être son frère. Je ne voulais pas que cet Hiroki ne renforce le courage et la détermination de Reisuke, puisque cela scellerait à jamais mon retour.

Je réussis à continuer d'exister tout ce temps, et cela me mena jusqu'à cette fameuse histoire, lorsque Toratura la princesse des serpents se manifesta pour la première fois, et que débuta alors le périple de Reisuke et Erika.

L'occasion me fut présentée. Je repris le contrôle avec l'aval de Reisuke. Il me libéra de son propre chef, en pensant que Draekort qu'il gardait en lui, était issu de ma volonté, et lorsqu'il rencontra mon père, je me découvris même la faculté de l'enfermer dans Lithemba. C'était parfait, absolument parfait. Plus rien ne pouvait arrêter ma quête. Certainement pas Erika, ni Hakaze, qui s'acharnaient à entraver ma route, mais qui n'avaient finalement pas assez de puissance. J'étais inarrêtable.

Et pourtant, au-delà du temps, il était revenu. Il était apparu de nulle part, avec la ferme intention de me détruire. Il voulait absolument mettre terme à ces ambitions construites à la sueur de mon front, après des millénaires de désespoir dans cette prison insensée. Il voulait que j'échoue dans ma quête de désespoir. Il voulait me séparer de mon père, m'empêcher d'obtenir son aval. Alors non, je n'allais pas le laisser faire. Maintenant que Reisuke Yamada avait disparu, Thymeos était libre de réaliser ses rêves les plus fous. J'allais régner en maître, et accueillir mon père dans mon royaume, dans son royaume.

Mais il ne lâchait pas. Il voulait délivrer son frère, peu importe le prix que cela allait lui coûter. J'avais fait tomber Hakaze, sa chère et tendre, mais cela ne lui suffisait pas. Au contraire, il débordait d'amour envers lui. J'étais agacé. Si agacé que ce qui était un combat pour mon père devenait une affaire personnelle. J'étais terriblement jaloux de cette affection qui liait Hiroki à son frère. Terriblement envieux de l'amour que lui portait Reisuke en retour, lui qui avait survécu uniquement pour m'empêcher de lui faire du mal. Alors je voulus pousser ce « grand-frère » dans ses retranchements, le maudire, le violenter, attenter à sa vie, et détruire tout ce qu'il possède.

Mais ce fut vain. Chaque fois que je lui posai un obstacle, il revenait plus fort qu'il n'était parti, pour finalement refuser de lever la main sur son frère. Cela eut pour effet de faire gagner Reisuke en puissance. Il se défit de Lithemba duquel il était prisonnier, pour finalement me vaincre une bonne fois pour toutes. Mais ce n'était pas la fin. Ainsi, j'attentai à la vie de Hiroki grâce au pouvoir du désespoir, non pas pour garantir que j'allais avoir le contrôle, mais surtout pour faire payer à ces deux jeunes hommes l'amour que je n'avais pas reçu.

Je restai dans le corps de Reisuke, commentant avec moquerie le désespoir auquel il faisait face. Lorsqu'il prit la résolution de sauver son frère, je n'aspirais qu'à une chose : faire en sorte qu'il échoue, pour ensuite gagner définitivement le contrôle de cette enveloppe qui était la mienne. Alors je l'épiais, je le dévalorisais ouvertement, et même s'il semblait m'ignorer, cela le touchait. J'attendais que mon opportunité vienne, et elle arriva.

« Nous sommes des ombres. Lâchai-je, alors que grâce à Metaion, je pouvais prendre ma revanche face à Reisuke. Nous sommes les pensées les plus secrètes et les plus inavouables de vos cœurs. Vos désirs refoulés sont notre raison de vivre, et votre colère est notre manière de penser. Cela fait un bail, Reisuke, n'est-ce pas ? »

Il me dévisagea comme si c'était de ma faute, alors que cette enveloppe était la mienne. La disgrâce me concernait, moi qui devais rester un amas d'ombre sans hôte simplement pour prendre ma revanche… Mais cela me satisfaisait. Derrière cet objectif résidait le sort de son frère, et je n'allais certainement pas lui permettre de vivre heureux. Il m'était impossible d'accepter qu'il puisse aimer de nouveau cette partie de lui, alors que moi j'étais condamné à rester seul et ne jamais entendre la satisfaction de mon père à mon égard.

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Ainsi je me battis contre lui, et malheureusement pour moi, j'étais trop faible. Metaion était bien trop sadique. Il ne m'avait laissé qu'une quantité limitée de pouvoirs, et cela se ressentit vite. J'étais un outil. Un jouet utilisé pour tester cette existence misérable. Il m'avait assisté grâce à son pouvoir uniquement pour me reprendre mes pouvoirs et mon existence une fois qu'il n'allait plus en avoir besoin, et j'allais me faire désintégrer par sa main comme un vulgaire insecte.

« Je vois. Soupira le maître du temps. Je suppose que je t'ai sous-estimé. Mais cette réflexion ne fera pas de toi un innocent pour autant. Cependant, Thymeos, il est temps pour toi de tirer ta révérence. Je n'ai plus besoin de toi étant donné que ce jeune homme a trouvé comment contourner notre manège. Adieu, misérable vermine.
- Quoi !? M'exclamai-je. Mais non ! Je peux encore… ! Pitié Metaion laissez-moi une chance ! »

Il n'écouta pas mes supplications. Je devins rapidement silencieux, ne pouvant plus rien articuler, tant la douleur était forte. J'allais disparaître, de la main d'un larbin du cycle du temps. Quelle disgrâce. Cet amour filial m'avait vaincu, réduit à cette condition, au silence éternel.

Je lançai un dernier regard à Reisuke, avant de tout simplement me résigner à mon sort. Mais alors que j'allais me faire désintégrer, je le vis se ruer vers moi. Il se jeta vers moi de toutes ses forces en me tendant la main, et lorsqu'il me toucha, il m'absorba totalement.

« Pourquoi as-tu fait ça ? Bégayai-je en lui, abasourdi. Pourquoi m'as-tu sauvé !?
- Pourquoi ? J'imagine que voir une personne de plus disparaître sous mes yeux était une étape trop difficile pour moi.
- Mais je t'ai tué, Reisuke ! Je suis celui qui a pris ta vie et celle de ton frère !
- Depuis le début de mon voyage avec Erika et Jessica, Thymeos est une partie de moi, répondit-il à Metaion, me laissant deviner qu'il ne m'entendait pas. Ai-je pour autant fait du mal depuis qu'il est là ? Non. Thymeos est aussi impuissant que je ne l'étais. Il avait raison, j'avais raison. Il souffre autant que moi, et il cherche l'espoir lui aussi. »

L'espoir… ? Je cherchais l'espoir ? Amusant. Je n'avais pas entendu ces mots depuis des millénaires. Ils appartenaient à ma mère. Et ce garçon que j'avais tué, à qui j'avais empoisonné la vie tout ce temps, et qui en était arrivé là à cause de moi, il me disait de garder espoir ?

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Mais comment avais-je pu être aussi aveugle tout ce temps ? Comment avais-je pu être aussi stupide ?

...
Je repris connaissance dans l'espace de bataille entre Zetsubô, Reisuke, et Erika. Cette dernière me lança un regard complice, affichant un sourire en coin face aux évènements. Calmement, je repris la parole depuis la première fois dans mon corps, celui qui m'avait été volé par ce jeune homme.

« Après que Reisuke m'a sauvé, j'ai décidé de lui laisser le contrôle total. J'ai fait de mon mieux pour lui donner la force d'agir par lui-même, l'assurance requise pour s'épanouir en tant qu'homme, et je le contemplais, lui qui avais réussi là où j'avais échoué.
- Lorsque Rei-Chan a tenté de se donner la mort pour me sauver, enchaîna miss Kurenai, ce fut Thymeos qui se releva à sa place. J'en ai donc déduit qu'il fallait qu'il soit inconscient pour s'entretenir ensemble. C'est après ton intervention que l'on a pu discuter, Zetsubô.
- J'ai alors raconté à miss Kurenai ce qui m'animait, et nous avons décidé de faire équipe. J'ai passé un contrat d'Izrath avec Toratura, ce qui m'a permis de continuer à m'entretenir avec sa propriétaire lorsque Reisuke a repris conscience. Moi et la princesse de l'espoir sommes alliés depuis ce temps, puisque ses ambitions allaient dans mon sens.
- Dans ton sens… ? Reprit mon père, agacé. Est-ce ce que tu appelles en ton sens !? Me réduire au silence de la sorte !? »

Je m'approchai de lui, sous l'oeil bienveillant de la princesse de l'espoir. Lorsque je fus arrivé, il était couché, et moi debout face à lui. Je m'accroupis afin d'arriver à sa hauteur, et lorsque ce fut le cas, je pris son visage dans ma main afin de le regarder dans les yeux.

« Je suis venu te rendre espoir, et t'arrêter une bonne fois pour toutes, Papa.
- Thymé...Reisuke ? S'exclama Zetsubô qui venait de réaliser que je disais la stricte vérité. Comment as-tu… ?
- Aucune importance. Souris-je. Si j'ai échoué dans le passé, c'est que je n'ai pas compris le pourquoi tu te battais. Cinq millénaires ont passé, et j'ai pu découvrir des tas d'émotions en allouant mon corps à celui de ton descendant. Finalement, j'ai compris. Papa, regarde ta descendance. Ils ont survécu à la fondation du futur, à la guerre, à tes créatures, aux tourments que tu leur as causés. Ils sont venus se battre contre toi, ils étaient prêts à donner leur vie pour te vaincre, et ils ont réussi à te mettre dans cet état. Et ils ont même trouvé le temps de te donner une descendance dans tout ça. Je pense que tu peux leur faire confiance pour la suite, jamais plus ils ne souffriront en vain.
- Reisuke...murmura mon père. As-tu toujours été si tendre avec moi ?
- Je t'ai suivi dans le temps pour te dire que je t'aime, simplement car je n'avais pas le courage de te le dire en face, Papa. »

Ma poitrine luisit d'un éclat intense, un éclat aux couleurs de Lithemba. J'étais en paix totale. Arrivé à la fin d'un périple qui n'avait que trop duré.

« C'est la fin, Papa. J'ai en moi le cœur de ton pouvoir, et c'est ce même cœur que je vais utiliser pour mettre fin à tes jours. Partons ensemble de ce monde, afin de payer le tribut de notre égarement.
- Mais...murmura Zetsubô. Tu sais que même moi, je ne peux pas annuler le procédé qui entraînera Izrath avec moi.
- J'en porterai la responsabilité. Chacun de nous paiera pour ses crimes en temps voulu. Pour le moment, j'aspire juste à ce que notre lignée puisse enfin vivre en paix. »

Une spirale luminescente nous entoura Zetsubô et moi. Il s'éleva avec moi, tandis que me détachai du corps de Reisuke qui reprit alors ses esprits, me fixant, interloqué. Tandis que nous attrapions tous les deux la couleur du vortex d'espoir, je m'adressai une dernière fois à la nouvelle génération.

« Reisuke Yamada. Entamai-je, serein. Je te fais cadeau de cette enveloppe charnelle. Ce n'est qu'une maigre consolation après tout ce que je t'ai fait subir, mais jamais je n'oublierai ce geste que tu as fait pour préserver ma vie, alors que j'avais attenté à la tienne. Grâce à toi, j'ai compris ce qu'était l'espoir.
- Thymeos...murmura-t-il.
- Quant à vous miss Kurenai. Poursuis-je. Peut-être aurons nous très vite l'occasion de continuer notre conversation, je laisse cette décision au seigneur du ciel. »

Elle ne me répondit pas, mais je lisais en ses yeux qu'elle avait compris de quoi je voulais parler. Ainsi, sans les quitter des yeux, je laissai le coeur de Zetsubô m'emporter de plus en plus haut, jusqu'à me recouvrir totalement.

« Reisuke. M'interrompit la voix de mon père, me faisant me tourner vers lui. »

Et là, contre toute attente, Zetsubô me souriait. D'un air dénué de ténèbres, comme s'il avait repris ses esprits. Non, il n'avait jamais perdu ses esprits. Il n'avait jamais été possédé par quoi que ce soit, tout le mal qu'il avait fait… visait vraiment à nous protéger, nous, ses enfants.

« Je suis fier de toi. »

Mes yeux s'écarquillèrent et je pleurai. Il me prit dans ses bras, et ensemble nous nous laissâmes emporter par cet ultime appel au ciel, laissant à notre nouvelle génération le soin de gérer la suite des opérations…

Chapitre 189: La dernière Shungite Narrateur : Mordred

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J'avais échoué. Échoué à protéger mon disciple du danger auquel il faisait face. Échoué à repousser les couardises de Zetsubô. Échoué à tenir ma promesse de pourfendre tout être qui aurait voulu faire du mal à la descendance de dame Mélissa. Je n'étais plus un chevalier digne de porter ce titre. Je n'étais qu'un couard tâché par la vergogne. Honteusement traîné dans la merdaille. Tous pouvaient se dégengler de ma personne, c'était bien pire que le trépas à mes yeux.

Mais l'heure n'était pas à la jactance. Je devais trouver une solution pour que mon jouvenceau puisse m'odir une dernière fois. Car oui, tristeusement pour lui, Izrath était sur le point de disparaître, emportant avec lui chacun de ses êtres, dont ma personne.

Mais je n'étais point triste, ni trouillard. Zetsubô était vaincu, et la paix du royaume rétablie une bonne fois pour toutes. Il n'en fallait point plus pour me satisfaire. Nous allons être joilés en héros dans le royaume des cieux, plutôt que rester vivants à boire la vinasse de la défaite. La mortaille n'était pas une fatalité pour nous, les Izrathiens. Certains d'entre nous n'attendaient que ça, de pouvoir mettre fin à cette éternité. Et pour les autres, ils allaient se faire une raison à leur tour.

Messire Reisuke, ainsi que sa damoiselle Erika, se trouvaient encore dans le castel du désespoir. Et moi, j'y étais resté également. Depuis ma défaite, ils étaient incapable de me percevoir ou de m'odir. Je n'étais plus qu'un piètre spectateur, aux premières loges de la mésaventure du désespoir.

« Il faut nous dépêcher, Rei-Chan, lui dit Erika, pressante. Il ne reste plus beaucoup de temps. Soignons vite Laïla et Hiroki avant que Lithemba ne disparaisse.
- Lithemba… Disparaître… bégaya l'intéressé, encore chamboulé par la situation. Erika… Que se passe-t-il vraiment ?
- Je t'expliquerai une fois que l'on aura remis tes frères et sœurs sur pied. »

La damoiselle aux longs cheveux en parchemin tira le jouvenceau par la main pour l'entraîner sur son chemin. Ils arrivèrent au chevet de mes deux camarades de bataille. En premier lieu, ils constatèrent qu'ils respiraient encore. La blondasse poussa un soupir de soulagement. Elle se saisit de la main de son amoureux, avant de reprendre, sérieuse.

« Utilise le pouvoir de Lithemba pour les soigner. Dans l'état actuel des choses, cela ne sera je pense pas assez puissant pour les guérir totalement de leurs blessures, mais cela les fera reprendre connaissance.
- Ok… murmura le jeune garçon. »

Et il actionna ses pouvoirs au-dessus de son frère, puis de sa sœur. Il ne fallut que quelques secondes pour qu'ils reprennent connaissance. Cela fit chaud à ce petit coeur de moi. Mon jouvenceau et la géniture de ma chère et tendre étaient sains et saufs. C'était là l'ultime consolation pour mon petit coeur meurtri par cette tristesse.

« Qu'est-ce que...murmura la femme aux cheveux noirs, en ouvrant les yeux. Tout est si calme…
- Nous avons gagné, Laïla. Sourit Erika. Zetsubô est vaincu, une bonne fois pour toutes. Une nouvelle vie démarre pour l'humanité, et pour vous tous. »

Des larmes coulèrent le long des joues de ma dame du lac. Lançant un regard à moitié vide vers ses frères, elle bégaya quelques syllabes inaudibles avant de se jeter sur eux pour les étreindre, lâchant un cri de soulagement qui me fendit le coeur. Pourtant, tout n'était pas encore terminé, et Reisuke l'avait compris. Il se défit de l'étreinte de sa sœur après lui avoir laissé quelques minutes, se dirigeant vers Erika qui s'était sciemment mise en retrait.

« Explique-moi maintenant. Lâcha-t-il, montrant qu'il avait repris tous ses esprits. Tu as apparemment orchestré ce plan depuis un moment déjà, tu nous as tous trahi tour à tour, puis tu nous as montré que tu étais notre alliée, pour nous trahir de nouveau. Puis tu me tues, et là, je peux de nouveau te parler, car je ne suis pas mort. Erika...qui es-tu, au juste ? »

La princesse de l'espoir marqua une pause, regardant avec amour celui qu'elle appelait « Rei-Chan ». Elle lança aussi un œil plein de satisfaction à ses frères et sœurs, qui attendaient eux aussi les fameuses explications. Lorsqu'elle prit la parole, ce fut d'une voix sereine, calme, et imperturbable.

« Je vous présente à tous mes plus plates excuses. Dit-elle en se prosternant. J'ai dû accomplir des tas de choses, avec ou sans votre consentement, pour arriver à mes objectifs. Mais il est vrai que je vous dois la vérité. »

Elle prit une grande inspiration.

« Je suis la princesse de l'espoir. Descendante du roi d'Australie ayant pleins pouvoirs sur ce pays, et l'Océanie en général. J'ai depuis ma tendre enfance été élevée dans le but de reprendre le flambeau. Seulement, ma tante m'a soustraite à mon éducation. Pour préserver mon enfance, mon innocence, elle s'est enfuie en m'emportant avec elle. Elle voulait prendre avec elle ma sœur, Ren, mais cette dernière était bien trop accrochée aux principes de mes parents. Ils avaient une emprise totale sur elle.
- Erika...murmura ma dame, qui savait pertinemment cette partie de l'histoire.
- Cependant, malgré tout, je savais jusqu'où pouvaient aller mes parents. J'ai vécu une enfance normale aux côtés de Rei-Chan, et de Laïla que je fréquentais à mes heures perdues, mais une fois dans l'adolescence, j'ai compris des choses. J'avais des responsabilités que je ne connaissais pas, et mes parents me l'avaient rappelé, en m'envoyant un des membres de la fondation du futur me mettre en garde.
- Te mettre en garde ? Souligna Hiroki, perplexe.
- Ils m'ont rappelé que quoi qu'il arrivait, Ren était avec eux. C'était une manière de préciser qu'ils avaient toujours un œil sur moi, et qu'au moindre faux pas, c'était ma sœur la plus jeune qui paierait le prix de mes échecs.
- Alors tu as choisi Ren plutôt que nous… Reprit Laïla, compatissante.
- Pas exactement. Je ne pouvais pas abandonner ma sœur, c'était une chose impossible. Mais je ne pouvais pas non plus trahir votre confiance à vous. Toi, Laïla, qui depuis mon plus jeune âge m'a appris des tas de choses, Hiroki, qui a toujours été là pour me guider, et Rei-Chan, de qui j'ai toujours été amoureuse. Alors j'ai décidé de jouer le jeu de mes parents. S'ils voulaient vraiment que je vous trahisse pour m'approprier votre pouvoir, et devenir la prochaine souveraine à la place de Zetsubô, j'allais le faire sous leurs yeux.
- Devenir la prochaine Zetsubô ? L'interpella Reisuke. Leur but n'était-il pas de nous détruire ? »

La princesse de l'espoir lui répondit d'un signe de tête négatif.

« Ils ont toujours su que vous étiez là. Tout a basculé lorsque Ren a pris le pouvoir dans la fondation du futur. Elle était persuadée que l'organisation allait rétablir la paix en vous tuant, comme l'était son but initial, et elle a agit pour la paix dans le monde. Mais elle était manipulée. Mes parents voulaient trouver un moyen de vous ramener à eux vivants, sans que vous sachiez pour votre héritage, et c'était moi qui étais chargée de le faire. Grâce à votre pouvoir, sans que vous n'êtes au courant, je devais réveiller Zetsubô, et le vaincre grâce à mes pouvoirs. »

Ce fut également une découverte pour moi. Entendre l'entière histoire de la princesse de l'espoir faisait battre la chamade à ce petit coeur de moi. Ce premier jour où j'avais livré bataille face à Reisuke me revenait en mémoire, me laissant constater qu'une longue période avait passé depuis notre rencontre…
Je me surpris à pleurer comme un couard, comme un pauvre gueux se laissant aller à la tristesse. Ces quatre-là m'étaient si chers que j'aurais été à la mortaille sans hésiter pour leur donner le sourire.

« Alors j'ai suivi leur plan d'apparence, même si au fond je n'avais qu'un seul objectif : vaincre Zetsubô une fois pour toutes, et mettre fin à cet héritage familial porté par vous, notre famille, et celle de Jessica.
- Erika...murmura Reisuke, troublé par ce discours.
- J'ai du tous vous trahir, conformément à la requête de mes parents. J'étais sous leur coupelle d'apparence, mais au fond, j'attendais l'instant propice pour pouvoir mettre fin à cette folie. J'ai finalement rencontré Thymeos qui possédait en lui une motivation qui allait dans le sens de mon objectif, et grâce à son aide j'ai pu arriver à mes fins. »

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A peine eut-elle terminé cette phrase qu'elle tomba sur les genoux, nette. Reisuke se jeta sur elle afin de la prendre dans ses bras, par réflexe. Il cria son nom, comme s'il savait ce qu'il allait arriver, devant les regards abasourdis de ses frères et sœurs.

« Erika ! Cria-t-il, à la fois surpris et apeuré.
- Ceci est ma dernière trahison, Rei-Chan. Reprit-elle comme si de rien n'était. Lorsque Zetsubô a scellé ses pouvoirs, j'ai compris qu'il m'allait être impossible de servir mon objectif sans entraîner des conséquences irréversibles pour ma vie. Mais si je reculais à ce stade, rien n'allait jamais finir. Ce cycle n'aurait jamais pris fin, et vous n'auriez jamais trouvé l'espoir. »

Ce que je vis me surprit. Le corps de la princesse de l'espoir perdait peu à peu toute sa couleur. Comme s'il était progressivement vidé de son essence elle-même. Reisuke le constata, ses frères et sœurs également. Tous se rassemblèrent autour de l'intéressée, sans succès. Erika repoussa même mon jouvenceau qui avait sorti une shungite pour l'aider.

« Ce n'est pas la peine. Lithemba et Izrath disparaissent progressivement, et moi, je suis maintenue en vie par le pouvoir de Rei-Chan. Lorsque la dernière once du désespoir sera évaporée, je partirai avec elle.
- Erika je – !
- Écoute-moi, Rei-Chan. J'ai encore des choses à te dire avant de partir définitivement. Je savais que si tu faisais face à un dilemme mettant Izrath en jeu, tu ne m'aurais pas sacrifiée, alors j'ai pris les devants. Tu m'excuseras à Jessica. Elle a vu mes projets, et a tenté de me vaincre, mais je ne voulais pas mettre son sort en jeu. »

Sa respiration devint saccadée. Elle suffoquait. Elle s'agrippa à la manche de son âme sœur dont les larmes coulaient d'ores et déjà. Sans se laisser perturber, elle rassembla ses forces, afin de reprendre la parole, pour dire tout ce qu'elle avait sur le coeur.

« Shinji sera en sécurité jusqu'à ce que vous puissiez le mettre au monde, souffla-t-elle, j'ai pris toutes mes dispositions pour assurer sa sécurité. Rei-Chan, tu dois vivre, et m'oublier. Jessica sera là pour t'aider. Notre fils a besoin d'un père, et ce père, c'est toi. Donne-lui une existence loin de tous ces concepts d'espoir et de désespoir. Une vie dans laquelle il n'entendra ni fondation du futur, ni Zetsubô. Vivez une vie heureuse, c'est tout ce que je vous demande. »

Je commençai à me sentir faible, moi aussi. Je sentais qu'Izrath perdait de plus en plus de présence, jusqu'à s'éteindre définitivement. Il fallait que je rentre, que je parle une dernière fois à Astaris, mais j'en étais incapable. Ma place était ici, à les regarder, tandis qu'Erika Kurenai faisait part de ces dernières recommandations avant de nous suivre dans l'ultime trépas.

« Rei...suke, bégaya la jeune fille, grimaçant sous l'effet de la douleur. Jamais je n'aurais pu aimer quelqu'un autant que je t'ai aimé, mais tu n'étais pas la seule personne pour qui je le faisais. Au-delà de vouloir assurer ton bonheur, celui de Ren était bien plus important.
- Je comprends, soupira l'intéressé, entre deux coulées de larmes. Erika, je –
- Accorde-moi un dernier souhait. Je ne peux pas le lui dire en face, puisque le temps ne me le permets pas… Mais dis ceci à Ren de ma part : « J'ai tenu ma promesse. Tu es libre de cette vie que l'on nous a imposée. Maintenant, vis pour toi et sois heureuse, ma sœur. ». Et dis lui que je l'aime…
Car…
Tout ça…
C'était pour…
Ren... »

Le prénom de sa sœur fut le dernier mot qu'elle prononça. Elle ferma les yeux, restant figée dans le temps qui venait de lui prendre la vie. Erika n'était plus, elle avait rendu son dernier souffle en même temps que les pouvoirs de Reisuke s'étaient éteints.

L'intéressé la prit dans ses bras, lui criant encore et encore combien il l'aimait, combien il était désolé de ne pas avoir deviné ses intentions, comment il se sentait coupable de ne l'avoir jamais aidée à trouver une autre solution. Il l'implorait de revenir, mais c'était impossible, et il le savait. Pourtant, il hurlait sans relâche, tandis que Hiroki et Laïla de leur côté ne purent s'empêcher de le rejoindre dans sa peine.

Elle était là, la descendance de Zetsubô, dans un geste meurtrissant. Ils pleuraient tous l'incarnation de cette émotion qui les avait oppressé toute leur vie. Laïla qui détestait l'espoir ne put s'empêcher de pleurer sa mort, tandis que Hiroki qui l'avait toujours chéri semblait comme vidé une fois qu'il avait disparu. Les deux restèrent à genoux, le regard perdu dans le vide, tandis que le plus jeune caressait tendrement la chevelure de la défunte, contemplant de ses yeux meurtri le corps de celle qui avait tant fait pour lui.

« J'aurais voulu te dire que je t'aimais, murmura-t-il, mais je n'ai pas eu le temps… Alors, merci, Erika. Merci pour tout ce que tu as fait. Grâce à toi, mes neveux, ma fille, notre fils, ils grandiront tous sans que jamais personne ne porte atteinte à leur vie. »

Quelques minutes passèrent. Les frères et sœurs se recueillirent sur le corps de leur amie qu'ils avaient convenablement disposé devant eux. Elle affichait une expression paisible : le visage d'une guerrière ayant connu le triomphe et s'étant éteinte sans le moindre regret. Pour ma part, je savais que ma fin était proche. Izrath avait disparu à 40 %. Le désert citrine s'était évaporé, emportant avec lui tous les reptiles. La clairière améthys et sa guilde, Yume-Nikki s'était éteinte, et peu à peu, le néant aller gagner le sanctuaire céleste. Que se disait-il en Izrath ? Je ne voulais pas le savoir. Mes derniers instants, je les leur devais, à ces humains que j'avais toujours vu mourir, encore et encore.

Leur instant de recueil fut brisé. Un grand claquement, suivi d'un bruit de pas régulier vint perturber leur réflexion. Quelqu'un arrivait sur les yeux à son tour. Une existence sur ses gardes. Les trois se tournèrent vers elle. Une longue chevelure blonde similaire à une queue de cheval décoiffée se laissa entrevoir, suivi par les yeux clairs d'une expression juvénile sur ses gardes. Toshiyuki Ren. Non, Kurenai Ren. La leader de la fondation du futur était arrivée sur les lieux, l'uniforme usé, couverte d'égratignure et de cernes.

Elle scruta les environs, ne s'attendant sûrement pas à ce que l'ennemi soit déjà vaincu, et pourtant, c'était le cas. Lorsqu'elle vit les frères et sœurs, elle s'adressa à eux d'un ton neutre, mais déjà marqué par la haine qu'elle portait en elle.

« Votre monde du désespoir ne m'a pas fait de cadeaux. Dit-elle. Où est Katsuo Yamada ? Je n'ai pas oublié que je dois le descendre une bonne fois pour toutes.
- Tu arrives trop tard...murmura Reisuke en se mordant la lèvre. »

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Elle s'avança vers eux en restant sur ses gardes, jusqu'à faire face à la réalité fatidique. Lorsqu'un seul de ses yeux s'aperçut de l'état d'Erika, Ren se rua vers elle, bousculant Reisuke et Hiroki au passage. Ces derniers se levèrent, suivis par Laïla, avant de se retirer pour laisser un peu d'intimité à la jeune fille.

Elle scruta son aînée, de dos au groupe qui la regardait avec compassion. La leader de la fondation du futur chercha tout signe de vie de la part de sa sœur. Elle effleura sa peau de ses doigts, puis lui caressa le visage, mais elle n'eut aucune réponse. Elle cria son nom, pour essayer de la ramener vers elle, mais cela fut tout aussi vain. Frustrée, elle laissa monter la tristesse. La blonde gifla son aînée. Une fois, puis deux, constatant que quoiqu'elle fasse, il lui était impossible de ramener un mort à la vie.
Elle se coucha sur sa poitrine en hurlant toutes sa peine, laissant couler sur ses joues un déluge de larmes.

Reisuke se sentit responsable. Il se dirigea vers la petite sœur et il posa sa main sur son épaule. En silence, il partagea sa peine, jusqu'à l'appuyer contre lui pour la réconforter. Elle ne le remarqua même pas, puisqu'elle était bien trop occupée à laisser parler sa peine.

« J'ai encore tellement de choses à te dire grande sœur, sanglota Ren. Je voulais simplement que l'on joue ensemble, que l'on fasse des tas de choses, toi et moi... »

Elle se stoppa net, comme figée dans le temps. Seules ses larmes coulant sans s'arrêter étaient preuve qu'elle restait en vie. Elle fixait le corps d'Erika cherchant au fond de son esprit quelque chose, ou quelqu'un. Mais elle n'y trouva rien, cela pouvait se voir sur son visage. Plus elle cherchait, plus son regard devenait vide. Il allait lui falloir énormément de temps pour faire le deuil de la princesse de l'espoir, non, d'Erika tout simplement.

« Ren. Reprit Reisuke, aussi troublé qu'elle. Écoute-moi attentivement. Erika porte en elle un enfant. Elle a fait en sorte qu'il soit en sécurité malgré ce qu'il lui est arrivé. Il faut absolument que l'on fasse quelque chose pour qu'il vive. Il faut le mettre au monde, c'est sa dernière volonté. »

La fille à la queue de cheval s'arrêta quelques secondes, avant de se saisir de son téléphone, presque machinalement. Elle reprit la parole d'une voix complètement éteinte.

« Pedro, ici Ren. Amène moi une unité de soin intensif. Nous en aurons besoin c'est une urgence.
- Bien reçu. Répondit la voix d'un jouvenceau. Tout va bien, Ren ?
- Apporte-moi aussi trois brancards, avec des draps noirs.
- Des draps noirs...Il y a eu des victimes ? Bégaya-t-il. »

Elle lui raccrocha au nez. Son visage s'assombrit, ses yeux devinrent totalement vides. Elle avait perdu l'esprit. Je tentai d'avertir Reisuke qui se trouvait juste à ses côtés, mais je ne pouvais rien faire. J'étais totalement impuissant. Incapable d'agir. Mais par chance, ou parce que j'avais bien entraîné ses instincts, Hiroki cria.

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« Reisuke, attention ! »

Il eut le temps de le bousculer avant que Ren ne puisse lui trancher la gorge. Le plus jeune resta bouche bée, les yeux écarquillés par ce que venait de faire la blonde. Il put enfin constater que toute raison s'était évaporée de son être. La folie avait pris le pas sur cette fille pourtant si jeune, et le désespoir, le vrai cette fois, pas celui de Zetsubô, guidait ses actions.

« Vous allez tous payer...grogna-t-elle, le regard vide et assassin. Vous paierez tous pour m'avoir enlevé ma sœur.
- Nous n'avons pas enlevé ta sœur ! Rétorqua Reisuke, meurtri. C'est elle qui – »

Il n'eut pas le temps de finir qu'elle lui avait tiré dessus. Hiroki avait cependant dévié la balle du revolver qu'elle avait sorti. Les restes d'une shungite brisée au sol, il luisait d'un éclat bleu ciel qui surprit son frère et sa sœur.

« Il me restait ceci dans la poche. Reprit-il, calme. Reisuke, emmène Laïla derrière-toi. Vous n'avez plus les pouvoirs de Zetsubô, et vous n'êtes pas en étant de vous battre.
- Hors de question que je te laisse ici, s'exclamèrent les deux en choeur.
- Contrairement à vous, je suis entraîné au combat. Ne vous en faites pas, je maîtrise Ren, et nous nous chargerons de l'aider. »

Après quelques secondes d'hésitation, Reisuke tira sa sœur avec lui, sans écouter les protestations de cette dernière. Il disparut dans les murs de Lithemba, criant qu'il allait chercher de l'aide avant que le monde ne s'effondre. Mon jouvenceau lui, resta face à Ren Kurenai, affichant un sourire en coin tandis qu'il restait essoufflé par l'effort qu'il avait entrepris auparavant.

« Je comprends ta peine Ren, déclara Hiroki, sérieux. Cependant, je ne te laisserai pas toucher à ma famille.
- Je vous tuerai tous ne t'en fais pas...murmura la blonde, sans aucune émotion. Je vous éradiquerai de la surface de cette terre, comme j'aurais du le faire il y a bien longtemps… »

Sans autre sommation, elle braqua son arme sur lui et tira trois coups de feu. Grâce au pouvoir de la Shungite, Hiroki les avait évité sans prendre de dégâts. Il avait tout investi dans la défense de son organisme, pour éviter de mourir sous les balles, tandis que Ren, elle, tentait de trouver un moyen de percer ses défenses.
Ils se battirent tous les deux dans une lutte acharnée avec pour enjeu non pas la destruction du monde, mais une blessure à l'âme qu'ils portaient tous les deux.
La leader de la fondation du futur avait sorti son poignard, tandis que Hiroki lui, se battait avec son large couteau d'attaque qu'il cachait toujours dans sa veste. S'ensuivit une danse mortelle. Des lames de haine contre des lames d'espoir. Un conflit tout ce qu'il y avait de plus simple, dénué des ambitions de Zetsubô, ou des pouvoirs d'Izrath. Deux humains se battaient pour savoir qui allait avoir raison et qui allait avoir tort.

Ren ne se contentait pas de jouter avec Hiroki. Elle avait clairement en tête de l'abattre. Ainsi, elle faisait diversion par des coups de feu vers sa tête, et une fois qu'il les avait paré d'un de ses membres, elle le prenait à revers pour le poignarder. Cela n'eut aucun succès. Mon jouvenceau avait été entraîné au combat même sans ses pouvoirs, par la Hakaze qui était venue du futur. Il lui était impossible de perdre un tel combat. Même la leader de la fondation du futur n'était pas suffisamment expérimentée pour cela. Pourtant, elle ne renonçait pas. Elle était de plus en plus agressive, de plus en plus dénuée de sentiment, revenant à la charge encore et encore, machinalement, comme si elle avait été programmée pour tuer. Mon ami grimaça. Elle était malgré tout, plutôt coriace.

« Ren, rends-toi à l'évidence, nous sommes tous dévastés par la disparition d'Erika, mais cela ne changera rien. Elle a fait tout ça pour nous, pour toi ! Elle veut que nous vivions une vie tranquille en mettant de côté tout ce qui a fait notre conflit ! Ton combat n'a pas de sens !
- Je tuerai...le désespoir...murmura la jeune fille, comme pour se convaincre elle-même. »

Elle ne prit même pas la peine d'écouter mon jouvenceau qu'elle se jeta de nouveau sur lui. Il fit un saut vers l'arrière, évitant son attaque, avant de tenter de la pourfendre à son tour. Les lames s'entrechoquèrent de nouveau, Ren possédait encore ses réflexes. Elle avait paré son coup sans aucune difficulté, avant de profiter du moment pour lui donner un coup de pied dans l'estomac. Il recula de quelques pas. Grâce à la dernière shungite, il pouvait encaisser convenablement les coups portés par la blonde. Il n'eut cependant pas le temps de riposter qu'elle lui avait donné un puissant coup de pied dans le visage en effectuant une pirouette arrière. Il grimaça, mais se ressaisit avant qu'elle ne continue puisqu'il réussit à lui bloquer le bras et donc, son enchaînement.

J'espérais de tout mon être que mon jouvenceau l'emporte. Il fallait qu'il protège les siens, qu'il calme Ren, et qu'ensemble ils puissent surmonter notre départ. Izrath s'en allait progressivement, le sanctuaire céleste était bientôt attaqué, tout comme Lithemba de laquelle il ne restait presque plus que le château dans lequel nous nous trouvions. Il fallait simplement qu'il la contienne assez le temps que les secours arrivent, afin de ne pas sombrer avec moi lui aussi.

Et il était déterminé à le faire. Il bloquait tous les coups portés par Ren, tout en l'attaquant avec tout ce qu'il avait au fond de lui. Dans ses yeux régnait la détermination, le courage nécessaire pour protéger sa famille. Il eut rapidement l'ascendant en utilisant la force de son corps forgé par l'entraînement, immobilisant la petite sœur d'Erika en la plaquant au sol. Cette dernière gigota comme un prisonnier se faisant embarquer par la police, mais rien n'y faisait, elle n'arrivait pas à se débattre.

Mais dire que Ren était vaincue aurait été la sous-estimer. La jeune fille avait déjà donné un coup de genou au niveau de l'entrejambe de son assaillant, ce qui eut pour effet de le faire lâcher la pression. Il se releva cependant vite, utilisant les pouvoirs conférés par la shungite pour dévier un nouvel impact, pour ensuite attaquer de nouveau celle qui se trouvait devant lui. Elle perdit sa lame au terme de la joute, la laissant se planter dans le sol. Mais au lieu de se résigner, elle en sortit une autre de son uniforme, laissant mon jouvenceau anticiper la suite.

Ses mots ne parvenaient pas à la raisonner. L'homme qui avait répandu l'espoir sur sa route ne parvenait pas à dépasser la princesse du domaine et à effacer la peine laissée par sa disparition. Il fallait dire qu'il était visible sur son expression que lui aussi était meurtri comme une bête un jour de chasse. Il appréciait profondément Erika, et si ce n'était pour la protection de sa famille, j'étais certain que lui aussi se serait laissé aller à la tristesse et au désarroi. Il était conscient qu'il pouvait lâcher à tout moment, mais chaque fois qu'elle reprenait l'avantage, il pensait à sa famille et il se relevait. C'était exactement ce que j'avais tenté de lui enseigner toutes ces années, et ce petit coeur de moi était désormais comblé face à un tel spectacle.

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« Gagne, mon jouvenceau. Lui murmurai-je, sachant qu'il ne m'entendait pas.
- Fais-moi confiance, Shishou. Me répondit-il en surveillant son adversaire. »

Mes yeux s'écarquillèrent. Comment avait-il pu m'odir, alors que je n'étais plus présent dans sa dimension ? Comment avait-il pu me notifier, moi qui n'allais devenir qu'un souvenir lointain dans sa mémoire ?

Tant de choses me revinrent. De notre première rencontre à nos duels à l'épée. Des ses sentiments naissant envers Hakaze jusqu'à notre pseudo rivalité. De nos nuits passées à veiller l'un sur l'autre jusqu'à nos parties de plaisir en préparant des farces dont la victime était toujours Soichiro. De cette quête au travers du temps dans laquelle il m'avait désigné comme son meilleur allié de confiance. De ces moments dans la guerre où je n'avais pensé qu'à le revoir. De cet affrontement contre Soichiro dans lequel il avait révéillé Mordred...Jusqu'à notre ultime victoire commune face à Zetsubô.

Mon jouvenceau avait grandi, mais je l'aimais toujours, du plus profond de moi. Si ce n'était pas pour lui que je l'avais fait, j'aurais voulu ne jamais mourir. Rester à ses côtés pour l'éternité et le regarder évoluer. J'aurais voulu l'enfermer en Izrath si cela m'avait permis de le garder avec moi pour toujours. Car il n'était pas que mon disciple, il était mon fils. Celui que j'avais recueilli lorsqu'il était au bord du désespoir, et qui avait réparé ce coeur brisé qui me servait d'âme. Celui qui avait donné un sens à ma vie misérable faite de ténèbres et de mort. Celui qui m'avait enlevé cette éternité faite de cycles sans fin, et qui m'avait octroyé une existence éphémère dont je voulais profiter jusqu'au bout...à ses côtés.

Ren prit l'avantage. Au terme d'un duel à l'arme blanche, elle fit un croche pied à son adversaire qui tomba à la renverse. La lumière translucide de la shungite se fondit dans le décor comme elle était arrivée tandis que la blonde braqua son revolver sur la tempe de mon jouvenceau. Ce dernier lâcha un sourire de satisfaction, tandis que la leader de la fondation du futur s'arrêta, comme pour écouter ses derniers mots.

« Je savais que je n'avais aucune chance. Lâcha-t-il serein. Le combat contre Zetsubô m'a épuisé au point de devoir utiliser une Shungite pour me mouvoir. Mais comme Erika, je me suis sacrifié pour que ma famille vive en paix. Adieu, Ren Kurenai. »

Sans lui répondre, elle lui tira une balle dans la tête. Comme au ralenti, je le vis s'écrouler au sol, en laissant derrière lui une traînée de sang rester en suspend dans les airs, avant de retomber sous le poids de la gravité, comme son corps. Je lâchai un hurlement de bête meurtrie qui était loin d'extérioriser tout ce que j'avais sur le coeur. Et personne ne pouvait l'entendre. J'étais seul, ayant été témoin d'une terrible exécution, et je ne pouvais rien faire.

« Plus que deux. Déclara froidement l'assassine, le regard encore plus vide qu'avant de presser la détente. »

Puis elle se lança à la poursuite des autres membres de la famille. Sans me retourner, je la suivis, essayant de trouver un moyen de sauver les personnes les plus précieuses à mon jouvenceau.

« J'implorerai ton pardon lorsque nous nous retrouverons de l'autre côté. Me dis-je, afin d'éviter d'éclater en larmes de rage. »

Chapitre 190 : Ce qu'il reste de Mordred

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Je me lançai à la poursuite de Ren, même si j'étais impuissant face à cette situation. Il fallait que je trouve un moyen, n'importe lequel, afin de protéger la géniture de ma maîtresse, ainsi que le frère de mon jouvenceau. Moi et Hiroki allions nous retrouver très bientôt dans tous les cas, j'allais donc pouvoir m'excuser à lui pour ne pas avoir su le protéger de cette menace qui planait sur lui.

La blonde errait dans les couloirs du castel, giguedouillant comme un ivrogne avant bu trop de vinasse. Malgré la félonie qu'elle venait d'accomplir, elle faisait beaucoup de peine à ce petit cœur de moi. Finalement, cette pucelle avait perdu la raison simplement car elle avait subi trop de peine et de tristesse. Elle n'était plus qu'une folle dingo, incapable de se rendre compte de ce qu'elle faisait. Quelque chose s'était éteint en elle, de manière irréversible.

Mais je ne pouvais point accepter le chemin qu'elle avait emprunté. Amener Laïla et Reisuke à la mortaille n'allait pas ramener sa gourdasse de sœur. Alors je la suivais, en espérant pouvoir me matérialiser en ce monde une dernière fois avant qu'Izrath ne disparaisse pour de bon. Je voulais la réduire au silence au moins l'espace d'un instant, afin de pouvoir la contrôler ensuite. Il ne fallait pas qu'elle ne répande plus de sang, mon jouvenceau était déjà un tribut trop important.

« Noble Magic : Venenum Iaspis ! »

Mais rien ne se produisit. Je grognai, maudissant pour la première fois l'absence de mes pouvoirs et de mon immortalité. Pourquoi cette chose maudite dont je voulais me débarrasser m'avait quittée pile au moment où j'en avais le plus besoin ? Je voulais simplement protéger ce qui m'était le plus cher, était-ce trop demander !? Je rageai en mon for intérieur. Le chevalier que j'étais n'avait aucun impact sur ce monde. J'étais condamné à subir ce supplice jusqu'au bout, jusqu'à la dernière seconde de mon existence. Comme si la sentence d'Astaris s'était décuplée pour me détruire psychologiquement jusqu'à la fin.

Non. Il ne fallait pas que je me laisse abattre. Si ma dame du lac m'avait prouvé une chose, dès son plus jeune âge, c'était qu'il était possible de renverser le cours de l'univers et de défier les lois physiques de ce monde. Il suffisait simplement d'avoir de la volonté. Quel genre de guerrier étais-je, pour me laisser dominer par la fatalité, alors que la félonie se déroulait sous mes yeux ? Mortecouille, je m'étais bien perdu en route. Laisser un ajour à la trouille était indigne de ma noblesse.

« Je t'arrêterai, Ren ! Lui criai-je alors qu'elle scrutait toutes les environs. »

Bien évidemment, elle ne m'entendit pas. Seul mon jouvenceau en était capable. Il était d'ailleurs le seul à prêter attention à ma jactance, et il était parti. Si je m'étais odi, je serais retourné à ses côtés jusqu'à mon heure fatidique, mais je ne pouvais pas laisser sa famille le rejoindre pour le moment.

Quelques minutes plus tard, Ren trouva Reisuke et sa sœur. Ils avaient progressé moins vite qu'elle, et pour cause, après un tel affrontement contre Zetsubô, il ne restait de leur santé physique qu'une carcasse difficile à bouger. Elle était beaucoup plus rapide, beaucoup plus en forme, beaucoup plus apte à se battre.

Leurs yeux s'écarquillèrent, tandis que les larmes leurs montaient aux yeux. Ils devinèrent aisément ce que signifiait la présence de Ren sur les lieux. Hiroki était mort, et cela allait être leur tour.

La blonde braqua son revolver vers Laïla et Reisuke. Ce dernier, fronçant les sourcils, se plaça devant la géniture de Mélissa, avant de prendre la parole.

« Fuis, Laïla.
- Hors de question que je te laisse ici, surtout quand je vois le sort qu'elle nous réserve. Rétorqua-t-elle sèchement.
- Hiroki n'est pas mort. Reprit Reisuke, sachant très bien qu'il mentait. Elle a du lui faire perdre connaissance, et il reviendra sous peu nous raconter avec exaggération qu'il a risqué sa vie comme un héros. »

Elle n'eut pas le temps de répondre. Déjà la leader de la fondation du futur avait tiré, forçant Reisuke à dévier la balle au couteau par réflexe. Lui aussi semblait apte à se battre, puisqu'il fallait une certaine adresse pour parvenir à une telle performance.

« Je ne suis pas aussi gentil que Hiroki. Grogna-t-il. Si je dois la tuer pour te protéger, je le ferai, Laïla. »

Puis il courut vers la jeune fille, hurlant une dernière fois à sa sœur de courir. Elle ne l'écouta d'abord pas, mais ses multiples supplications eurent raison de sa volonté. La femme déjà fragilisée se mit à s'enfuir au fond de l'espace, se promettant sûrement elle aussi d'appeler de l'aide.

Sa lame fut bloquée avant même de pouvoir attaquer Ren. Cette dernière avait déjà dévié l'assaut de son bras autour duquel était attaché un gantelet d'acier qui se contenta de repousser la lame. Si les Yamadas étaient forts lorsqu'ils possédaient les pouvoirs de Zetsubô, lorsqu'il s'agissait d'un combat n'impliquant pas la magie, celui qui avait les armes était le plus fort. Et comble du guignon, c'était la sœur d'Erika qui les possédait.

Chaque fois que Reisuke bougeait pour esquiver ou attaquer, il esquissait une grimace de douleur. Malgré l'intervention de Thymeos, il était encore très faible, et la blessure causée par Erika Kurenai profonde. Il aurait fallu une ou deux semaines de convalescence pour qu'il puisse se mouvoir convenablement, alors qu'il ne lui était donné qu'une demi-heure de repos avant de devoir se battre contre un nouvel ennemi.

Ren quant à elle, était beaucoup plus énergique, mais moins déterminée. Ses sentiments étaient vides. Ils n'affichaient ni haine, ni détermination. Elle attaquait mécaniquement, et cela suffisait. Chaque fois que Reisuke essayait d'entamer le dialogue, elle l'avortait en l'ignorant tout simplement.

« Écoute-moi, Ren ! Tu ne sais pas à quel point ta sœur voulait ton bonheur ! Penses-tu que c'est ce qu'elle désire, de là où elle est, de te voir t'auto-détruire !? Car dans ta soif de vengeance, tu es en train d'y laisser toute ton humanité ! Ressaisis-toi, Ren ! Tu es en train de foutre en l'air tout le pourquoi Erika est morte !
- Silence. Se contenta-t-elle de répondre avant de tirer d'autres balles. »

Mais il les évita, non pas sans esquisser de la douleur. Mais malgré toute sa volonté, ce ne fut pas suffisant. Elle lui lança sa lame, et contre toute attente, il ne réussit pas à la dévier. Elle l'accrocha par la chemise contre le mur, et avant qu'il ne puisse réagir, il fut exécuté d'une balle dans la tête, exactement comme mon jouvenceau quelques minutes plus tôt.

Une grosse tâche rouge se fit projeter contre la paroi de Lithemba, tandis que Reisuke avait rendu son dernier souffle. Une fois de plus, un jeunot venait de trouver la mortaille sous mes yeux, me laissant dans l'impuissance la plus totale. Ren Kurenai avait inscrit un autre nom à son macabre palmarès. Soufflant sur son canon dégageant encore de la fumée, elle se murmura quelques mots.

« Plus qu'un. Reprit-elle sèchement, à moitié inanimée. »

Elle décrocha la lame plantée dans le mur, laissant le cadavre de sa victime y glisser tout le long. La paroi du castel était repeinte du sang de Zetsubô. Tristeusement, je me mis à repenser à ce dernier. Entreprendre toute cette quête pour mettre en sécurité sa géniture, pour finalement se faire vaincre par elle, avant de la voir se faire emporter de la sorte. Était-ce son ultime punition, à lui qui avait détruit tant de vies par égoïsme ? Même pour lui, cela me semblait cruel. Au fond, il avait sûrement peur de vivre ce que j'avais vécu, et ce que je vivais actuellement. Avec du recul, je pense que même moi, j'aurais pu devenir un Zetsubô.

Ren lança un regard vide à son revolver. Elle l'ouvrit, constatant qu'il ne restait plus la moindre balle. Elle n'avait pas de munitions de rechange, puisqu'elle se contenta de le jeter, avant d'aiguiser son couteau. Si je ne trouvais pas une solution et vite, la prochaine exécution allait être bien plus brutale que les deux précédentes.

Elle progressa à une vitesse folle. Sa deuxième victime lui avait donné énormément de courage, puisqu'elle courait désormais beaucoup plus vite. En moins de temps qu'il n'en fallut pour qu'elle ne rattrape le groupe la première fois, elle fut de nouveau confrontée à Laïla.
Les deux échangèrent un regard. La géniture de Mélissa savait pertinemment que si Ren était seule, c'était que Reisuke avait subi le même sort que son frère. Ses yeux s'écarquillèrent. Elle fronça les sourcils, manifestant une rage encore plus forte que lorsque Zetsubô lui faisait face. Meurtrie, elle semblait avoir fait confiance à son plus jeune frère uniquement pour ne pas bafouer son honneur, que pour s'enfuir.

Elle se jeta sur la blonde, sans même prendre la peine de se protéger des conséquences. Ren tenta de la trancher en guise de réponse, sans succès. Laïla avait déjà esquivé la jeune fille. D'une énergie soudainement regagnée, l'ex-princesse du désespoir sema la sœur d'Erika pour retourner auprès de son frère qu'elle avait laissé, constatant la dure réalité à laquelle elle allait devoir faire face.

« Je n'aurais pas dû… Bégaya-t-elle, abasourdie. Pourquoi n'ai-je pas insisté… »

Elle sentit la présence de la leader de la fondation arriver, ce qui lui permit de dévier le coup sans aucun problème. J'essayai de lui prêter main forte, et je parvins finalement à trouver un moyen. Je venais de lui octroyer sans le vouloir mes dernières forces d'Izrathien. Elle luisit de la couleur de mon pouvoir, ce qui lui permet d'éviter les coups portés, et d'en donner des autres. Elle possédait en elle bien plus de vitalité que lorsqu'elle était dénuée de kvantiki. C'était loin d'égaler sa force lorsqu'elle possédait le sang de Zetsubô l'alimentant, mais c'était suffisant pour gérer une simple humaine.

« Je ne perdrai pas une autre fois contre vos pouvoirs maléfiques. Déclara la jeune femme, animale. »

S'ensuivit une autre danse de lames aiguisées que je regardais, impuissant. Laïla gardait la cadence, déterminée à se venger à son tour. Le meurtre de ses frères était impardonnable, tout comme celui d'Erika était inexcusable aux yeux de sa sœur. Ce n'était pas exactement la même chose, mais le fond était le même. Les deux étaient meurtries par la peine, et l'une d'entre elles finirait par s'écrouler pour accomplir la vengeance de l'autre.

Quelques minutes passèrent. Je ne voulais plus voir ces choses ignobles. Je ne voulais plus souiller mes yeux du pêché des hommes. Je les aimais tellement, que je ne voulais en voir aucun mourir. Chaque goutte de sang versée était futile, et pourtant, le fleuve de la mort continuait à couler, intarissable et inarrêtable.

Un bruit sourd, puis un cri étouffé par la douleur, pour finir avec le néant.
Quelques gouttes furent versées au sol, noyant un gémissement faible et furtif.

« C'est la fin de votre lignée. Lâcha Ren, en retirant sa lame du ventre de son adversaire. »

Laïla tomba sur les genoux, laissant couleur un filet de sang inarrêtable de son corps. Puis elle s'écroula au sol, sur le ventre, ne bougeant plus le moindre membre. La leader de la fondation du futur brandit son ustensile de mort au-dessus de ma dame du lac, face contre terre. Cependant, alors qu'elle allait l'abattre sur sa victime, quelque chose se jeta sur elle à la dernière seconde.

« Arrête cette folie, Ren ! Hurla la voix d'un jouvenceau aux cheveux roux. Ressaisis-toi, que fais-tu !?
- Je dois tuer...ces monstres...grogna-t-elle en essayant de se débattre.
- Zetsubô est vaincu Ren ! Reprit le jeune homme. Et ce sont eux qui l'ont vaincu, j'ai appris la nouvelle en suivant les caméras jusqu'à ce qu'elles n'implosent. Tu ne peux pas les tuer !
- C'est...trop tard. Hiroki et Reisuke sont morts...Et elle aussi.
- Je peux encore la sauver. Répondit un autre individu aux cheveux blonds, sorti de nulle part. Je t'interdis de la toucher, Ren. J'envoie la quatrième branche de la fondation du futur s'occuper des victimes. »

Des tas d'individus sortirent de nulle part, tous armés de kits de premiers secours et d'unités de soins intensifs. Il était trop tard pour Reisuke et mon jouvenceau, mais peut-être ma dame du lac allait-elle survivre après tout. Finalement, j'avais pu sauver au moins une âme, en lui transmettant ce qu'il me restait de pouvoirs. Cependant, je le sentais, cela allait me coûter cher.

J'étais en train de disparaître pour de bon. Je me raccrochais à ces souvenirs que j'avais partagés avec mon jouvenceau, ainsi qu'avec toutes les personnes que j'avais rencontrées jusqu'à ce jour.

Hakaze qui m'avait sauvé de ma mort imminente, Soichiro et la guilde ETHER, la rencontre avec mon jouvenceau, avec Reisuke, Erika. Les réminiscences de Mélissa, de sa fille, Laïla. Les batailles à l'épée avec mes amis, mes frères d'armes retrouvés, le procès du sanctuaire céleste duquel j'étais le juge…

Tout se terminait pour moi, et tout allait recommencer pour ces hommes. Je n'avais plus rien à faire ici. Hiroki m'attendait de l'autre côté. Je voulais le prendre dans mes bras, l'accompagner dans cette ultime épreuve, et une fois de plus traverser toutes les épreuves en disciple et Shishou, en père et fils.

Ma conscience m'échappa définitivement, et emporta avec elle tout ce qu'il restait de ma présence en Jidou.

Chapitre 191 : Les dernières heures du royaume Narrateur : Akulia

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Le ciel d'Izrath était aussi brillant qu'il ne l'était habituellement. Le soleil brillait toujours sur les contrées du sanctuaire céleste, inondant de sa majestueuse puissance l'univers dont j'avais la responsabilité depuis la nuit des temps. Depuis les étoiles, je sondais les environs, ainsi que Jidou, leur monde à eux, les humains.
Zetsubô avait été vaincu par sa propre descendance. C'était ironique que notre conflit s'achève ainsi, mais c'était pour le mieux. Par un tour de force de sa part, il avait cependant réussi à tous nous entraîner avec lui, nous habitants d'Izrath. Nous étions sur le point de disparaître. Au pinacle de notre vie. Nous allions mourir, sans laisser aucune trace de notre existence en ce monde. L'ensemble de notre univers allait tout simplement s'écrouler en conséquence de la défaite de Zetsubô.

Mais je ne sentais ni tristesse, ni regret, ni haine dans mon royaume. Ma haute autorité me permettait de ressentir des tas de choses provenant des habitants d'Izrath, mais rien ne m'indiquait une quelconque haine ou animosité se dégageant d'eux. Je soupirai. Comment pouvaient-ils tous être unis face à cette épreuve, sans remettre en cause le jugement qui s'abattait sur nous tous ?

Car oui, c'était un jugement injuste dépourvu de rationalité. Un seul homme avait décidé de condamner l'ensemble du royaume, ainsi que toutes nos vies dans la foulée. Un peuple allait mourir au profit d'un autre, sans que l'on lui ait demandé quoi que ce soit. Et au lieu de se rebeller contre ma personne, me blâmer, ou tout simplement vouloir se venger, ils restaient tous sereins et acceptaient la mort. Cela me laissait un arrière-goût dans la gueule.

Je quittai Procyon, avant de descendre dans les terres d'Izrath afin de survoler une dernière fois ces lieux que j'aimais tant. Il fallait que je m'assure que personne ne soit effrayé, que personne ne se sente seul, ou dans le besoin. C'était là mon ultime tâche en tant que gestionnaire de ce monde.

Les âmes en Izrath commençaient déjà leur ascendance. Une pluie de lumière s'élevant vers le ciel était la preuve que tout prenait fin. L'histoire de notre civilisation était menée à terme. Du désert citrine, aux plaines de l'améthyste, tout était en train de disparaître.

Je survolai le désert dans lequel avaient été bannis les Izrathiens d'attribut reptile. J'y retrouvai la reine du domaine, Vénominaga, la déesse des serpents venimeux, accompagnée par son homologue du présent, Toratura. La première des deux était face à son royaume, leur souriant tristement :

« Je n'ai jamais été une souveraine juste et équitable. J'ai souvent usé de la force et de la cruauté pour accomplir mes objectifs, et même si c'était dans le seul but de vous protéger, de nous rendre prospères, je tenais à m'excuser à vous tous pour ce que je vous ai fait. »

La horde de serpents, de reptiles, et de lézards se prosterna devant la femme et son homologue. Cette dernière se prosterna également, mettant un genou au sol devant la déesse des serpents venimeux. Une créature verte de forme circulaire accompagnée par une autre jaune se coucha en remerciant la créature. Les larmes lui montèrent aux yeux tandis qu'elle peinait à articuler quelques syllabes sans aucun sens. Les serpents composant sa chevelure vinrent lui lécher le visage pour la réconforter, mais il n'en était rien, l'émotion avait pris le dessus. Alors elle regagna son sourire. Une expression de paix et de joie immense qu'elle ne put réfréner.

« Merci. Lâcha-t-elle en effusions de larmes de joie. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. »

Elle disparut en quelques secondes de plus, accompagnée par son royaume entier, et tous entrèrent en ascension jusqu'au ciel d'Izrath. Alors je me dirigeai ailleurs, dans les terres de la guilde Yume-Nikki. Là se trouvait le dragon hiératique du roi d'Atum, s'entretenant avec Buster Blader, alors que tous leurs camarades étaient déjà partis.

« Ce fut une belle aventure, n'est-ce pas mon ami ? Lâcha Atum, en fixant le soleil d'Izrath.
- Je n'aurais pas pu demander une meilleure histoire. Lui confirma le guerrier pourfendeur de dragons. Mon seul regret aura été de ne jamais t'avoir ajouté à la liste des victimes de mon épée.
- Tu ne l'aurais jamais fait de toute façon, nous le savons autant l'un que l'autre, toi et moi.
- C'est vrai. Je t'estime bien trop pour ça...Soichiro.
- Adieu, Blue. »

Les deux se fixèrent les yeux dans les yeux pendant quelques secondes. Ils ne lâchèrent pas leur regard complice jusqu'à être emportés par la lumière d'Izrath à leur tour. Je fixai la lumière les représentant monter au ciel tandis qu'ils semblaient refuser la séparation en restant près l'un de l'autre.

Plus rien ne restait ici. Les alentours étaient en train de disparaître. Alors je volai jusqu'au sanctuaire céleste, là où demeuraient les autres Izrathiens en attente de leur dernier jugement. Une fois dans l'enceinte du lieu saint de notre royaume, je me mis à la recherche de toute âme ayant besoin de mon aide.

« Une tournée pour la défaite de Zetsubô ! S'exclama une voix grave et enjouée au-dessous de moi. »

Je jetai un œil. Maximum six était fidèle à son poste dans sa taverne, en train de motiver les habitants d'Izrath y ayant trouvé refuge. Le joyeux barman servit à la vitesse de la lumière des rafraîchissements dont il avait le secret afin de fêter la victoire de l'humanité sur le désespoir, sachant fort bien qu'il allait disparaître. De la musique festive se mit à retentir, tandis que je les fixai de mon œil attendri. Ils firent la ronde en chantant une ode à la vie, se laissant emporter par la mort sans émettre la moindre protestation.

La vie s'était évaporée de l'Underground de Maximus le sixième. Il n'en restait plus rien, si ce n'était les quelques verres qui étaient retombés au sol, éclatés en mille morceaux sur le parquet des lieux. Finalement, je me mis à douter. Avais-je vraiment eu raison de laisser se produire une telle chose au nom de la justice ?

Je ne voulus pas y penser. Il fallait que je continue ma recherche. Et au bout de quelques minutes, j'eus l'occasion de retrouver des autres âmes en leurs derniers instants. Maître Hyperion et sa garde royale composée de Mars, Saturne, et Jupiter, jouaient ensemble. Ils faisaient tous les quatre une partie de cartes, et je pouvais le constater, ainsi que l'entendre, de là où j'étais.

« Quint flush. Lâcha Mars, sous la stupéfaction générale. J'ai enfin gagné une partie !
- Je suis certain que tu as triché. Railla Jupiter. Bizarrement le monde s'effondre, toutes les âmes disparaissent, et tu deviens bon au poker. Je suis certain que ce n'est pas normal.
- La chance du condamné. Grogna le maître Hyperion, visiblement agacé. »

Ils voulurent relancer une partie, mais il était trop tard. Hyperion disparut, suivi par Jupiter. Mars eut à peine le temps de ricaner à propos de ce timing les empêchant d'avoir leur revanche qu'il fut emporté lui aussi, ne laissant que Saturne, seul, au milieu des cartes restées sur place.

Il se leva silencieusement, sans exprimer la moindre émotion. Il se dirigea ensuite jusqu'au dôme d'Izrath, là où se déroulaient les représentations musicales du royaume. Les divas de la musique et les hérauts avaient déjà disparu, et les lieux étaient vides. Ou presque. Majestueusement, sur l'estrade, se tenait Saffira, la reine des dragons. Sa voix de cantatrice soprano résonnait sur la place, me laissant réaliser que c'était elle l'interprétatrice de l'ode à la vie et à Izrath. Saturne se posta dans les gradins, fixant la dragonne d'une émotion palpable.

Elle le notifia au bout de quelques minutes. Elle s'arrêta, le laissant s'avancer vers elle. Lorsqu'il fut lui aussi sur l'estrade, il prit la parole à son intention :

« J'ai toujours aimé vous entendre chanter votre cœur, Saffira. Lâcha-t-il sans gêne aucune, comme pour ne rien regretter. Votre beauté m'a toujours ensorcelé et a été ma source de motivation la plus intense tout au long de cette éternité.
- Je le sais Saturne. Murmura-t-elle, affectueuse. Et je n'aurais jamais pu avoir tant confiance en moi si je n'avais pas eu ce premier supporter m'inondant de bouquets de roses et d'anthémis à chaque concert. Je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi, mon très cher ami.
- Au-delà de vous remercier, je tenais à vous dire que je vous ai aimé depuis mon premier souffle, Saffira.
- Je t'ai toujours gardé dans mon cœur également, mon cher Saturne. »

Il posa ses lèvres sur les siennes, et à cet instant précis, ils se laissèrent emporter par la lumière de l'ascension. Leurs étincelles ne devinrent plus qu'une, avant de se laisser happer par le ciel.

Là, au coeur du sanctuaire céleste, au palais de justice, un énorme monstre s'éleva, avant de finalement reprendre une forme humaine, celle d'une petite brune au tempérament bien trempé et à l'allure de garçonne.

« Eh la daronne, entama-t-elle désinvolte, il est où le vieux ?
- Parti. Sourit Lily la conseillère télépathique. Il a un peuple sur lequel veiller lui aussi, et il fait de son mieux pour renvoyer les humains restés ici dans leur monde avant la fin.
- Donc on se retrouve entre meufs, ricana Godzilla, enfin, Laetitia. C'est pas si pourri comme fin.
- N'as-tu pas le moindre regret ? S'interrogea sa mère.
- Moi ? Un regret ? T'as cru j'étais une pucelle à l'eau de rose ? T'abuses ma poule, je pensais que tu connaissais ta fille tavu. »

L'infirmière soupira, avant de disparaître dans une lumière étincelante à son tour. Laetitia s'arrêta quelques instants. Elle vérifia que personne n'était autour d'elle, avant de tout simplement laisser les larmes couler sur ses joues. Fixant l'horizon d'Izrath, elle murmura quelques mots que j'étais le seul à entendre.

« Les gars… Daisuke… »

Puis elle disparut à son tour, laissant quelques gouttes étincelantes s'échouer au sol. Elle rattrapa rapidement celle de sa mère qui l'accueilli en son sein. Puis elles disparurent au ciel, laissant derrière elle le tribunal d'Astaris vidé de tous ses avocats, de tous ses juges et greffiers, avant de s'effondrer sous le poids du vide et de l'indifférence.

Cela m'attristait malgré tout. Cela était bien plus facile de l'imaginer que de le vivre. Une douleur me prit à la poitrine tandis que je voyais toutes ces âmes se faire aspirer par ce jugement. Mais je n'eus pas le temps de me remettre en question. Je fus interrompu par deux êtres dévalant les rues d'Izrath. Un kangourou et un chien, tous deux faits d'énergie luminescentes, jouaient ensemble. Complices, ils se coururent après jusqu'à se faire happer à leur tour et devenir des particules de lumière. Cela ne les arrêta d'ailleurs pas, puisque celle du chien poursuivait celle du kangourou dans les cieux.

« Eh oh Akulia ! S'exclama une voix venue de nulle part. »

Je me retournai, me laissant apercevoir ces individus. Borz, Artgorigus, ainsi que les autres chevaliers nobles. Ils me firent tous signe de les rejoindre. Je m'exécutai, arrivant jusqu'à eux en une fraction de secondes.

« Dis donc, tu as mis le paquet pour le feu d'artifices ! S'exclama celui aux cheveux noirs, enjoué. Regarde la belle bleue là-bas !
- Réalises-tu que ce monde est en train d'être détruit !? Grognai-je, exaspéré par sa stupidité.
- C'est ce que nous avons voulu, enchaîna Artgorigus, souriant. Enfin notre vie prend fin, et la leur commence. Il ne faut pas nous en vouloir, maître, nous avons choisi la justice qui nous semblait la plus réaliste, comme vous nous l'avez toujours enseigné. »

Je soupirai. Depuis quand ceux-là étaient aussi compréhensifs et rationnels ? Je les préférais finalement lorsqu'ils passaient leur temps à faire le pitre et à être des tue l'intelligence.

« Dites ! Dites ! Reprit Borz, ne pouvant cacher son excitation. Nous pouvons refaire du Akulia Propulsor !? Nous attendons tous de revivre ces sensations ! »

Je réalisai que finalement, je les préférais avec un minimum de raison. Mais je leur devais bien ça après tout. Ils avaient toujours été mes chers élèves, supporters de mes décisions et de mes missions. C'était à cause de moi qu'ils s'étaient attachés à des humains, encore et encore, jusqu'à sombrer dans la folie. C'était par ma faute qu'ils avaient dû se sceller afin de pouvoir vivre sans entendre les voix de la culpabilité dévorant leurs esprits. Ils étaient tous mes disciples bien aimés, je devais rester avec eux et exaucer leurs désirs jusqu'à notre fin.

Ainsi, j'accédai à la requête de Borz. Ils se mirent tous en ligne, attendant de moi une dernière dose de divertissement. Je m'exécutai, les propulsant d'un souffle de lumière dont j'avais le secret. Drystan fut le premier à se laisser propulser. Il s'évapora au fur et à mesure qu'il atterrissait, jusqu'à devenir une particule de lumière ascendant au même titre que les autres. Chacun leur tour, ils défilaient tous devant moi, me laissant me rappeler de tout ce que nous avions vécu ensemble. Le dernier, Borz, me fixa en souriant d'un air fier et reconnaissant.

« Eh bien, c'est enfin mon tour ! S'exclama-t-il joyeusement. Akulia, c'est ici que nous nous disons au revoir !
- Borz...Murmurai-je, l'intonation à moitié morte. Était-ce vraiment là ce que tu voulais lorsque tu as affronté Zetsubô ?
- Ai-je l'air de regretter mon choix ? Il faut que tu acceptes la réalité, maître. Tout ce que nous avons vécu a été gravé dans mon esprit, et cette fois, nous avons vaincu et nous irons dans l'au-delà en héros !
- Je ne peux m'empêcher que c'est de ma faute pour avoir introduit en vous une idée si triste que de trouver la paix dans la mort.
- Eh bien, nous faisons tous des erreurs. Même la plus haute autorité d'Izrath. Mais ne t'en fais pas, maître, nous ne t'avons jamais tenu rigueur de la cruauté que nous avons constaté en Jidou. Au contraire, avant que tu ne nous recueilles, nous n'étions que des existences faites de ténèbres, sans aucun lendemain. Nous méprisions la vie, l'ordre, les efforts des autres. Grâce à toi, nous avons appris les conséquences de ce que nous détruisions. Nous sommes devenus les chevaliers nobles, avec leurs valeurs, leurs combats, et leurs idéaux…Et pour cela maître, au nom de tous les chevaliers, en l'absence de Mordred, je t'offre ma reconnaissance.
- Borz…
- Ce n'est pas de tout ça, mais je veux vraiment me faire propulser moi ! Enchérit l'homme, sautillant dans son armure grinçante. »

J'accédai à sa requête. Son cri de terreur et d'excitation résonna dans mes oreilles jusqu'à ce qu'il ne s'écrase contre le sol. Contrairement aux autres, il ne s'en alla pas avant de toucher les parois d'Izrath, ce ne fut que lorsqu'il fut écrasé que je croisai son expression paisible. Il me murmura un « Merci », avant de disparaître à son tour.

Des larmes coulèrent le long de mes yeux en repensant à ces lascars qui avaient été mes disciples durant tous ces siècles de bons et loyaux services. Je restai quelques minutes à embrasser ces réminiscences douloureuses qui faisaient se contracter mon cœur chaque fois que je les pensais.

« Merci d'avoir pris soin d'eux. Retentit une voix aigue dans les cieux. Je savais que c'était une bonne idée que de te les avoir confiés après ma disparition.
- Notre engagement est donc rempli...Dame du lac. Murmurai-je. »

L'ombre d'une jeune femme aux longs cheveux blonds passa devant moi avant de se laisser absorber à son tour. Alors je repris mon envol, constatant qu'Izrath était désormais vide. Enfin presque, puisque je sentais encore quelques âmes y vivre. Je fus d'ailleurs rapidement rattrapé par un volatile m'ayant rejoint dans mon envol. L'oiseau aux reflets de rouge, de jaune et de violet, me lança un regard provocateur, souligné par un rictus lui fendant le bec.

« Hoho, voici que je peux faire la course avec le gardien des étoiles pour lui reprendre le trône. Une fois que je t'aurai vaincu, j'appellerai ce royaume Skillzrath ! »

Je souris. Même si mon monde était sur le point de disparaître, je comptais bien en rester le souverain jusqu'au bout. Ainsi, j'acceptai le challenge instauré par le volatile aux couleurs du soleil cramoisi. J'accélérai, le laissant me suivre avec difficulté. Je le semai plusieurs fois, mais il revint à chaque fois me rattraper. Il était déterminé, me raillant de « hoho ! » ou de « tu te calmes ! » chaque fois que je le dépassais. Il arrivait à esquiver tous les obstacles à pleine vitesse, tandis que même moi je me les prenais, avançant qu'il avait prédit chacun de ces murs depuis avril 2014.

Finalement, il réussit à me dépasser. Il me railla en disant qu'enfin Izrath allait avoir un roi ayant du skill, avant de tout simplement disparaître comme tous les autres.

Je m'étais égaré. J'étais presque à la frontière du sanctuaire céleste et des terres de Lithemba. Lithemba dont la destruction était d'ailleurs bien entamée. Il suffisait d'y jeter un œil pour constater que toutes les âmes y étant présentes trouvaient aussi l'ascendance. Mais alors que je me retournai pour continuer à veiller sur Izrath, je fus interrompu par une nouvelle arrivée.

« Cela faisait longtemps Akulia. Railla la voix grave provenant de derrière.
- Eraser...M'étonnai-je. Je te pensais mort.
- Je le serai bientôt ! Rétorqua le dragon en éclatant de rire. Comme nous tous à vrai dire. Sur Lithemba, il ne reste plus grand monde. Je surveille ces lieux jusqu'à la fin, et je cherche ceux qui auront besoin de mon aide pour leur ascension.
- Je vois...exactement comme je le fais pour Izrath.
- Ce n'est pas pour rien que nous sommes frères après tout ! Reprit mon homologue, sérieux. C'est bien notre rôle, de nous assurer que tout se déroule bien dans nos royaumes respectifs, n'est-ce pas ?
- En effet. »

Il passa sa patte pour qu'elle vienne se saisir de la mienne, mais il fut bloqué par le champ de force invisible définissant la frontière entre Lithemba et Izrath.

« Il n'y a qu'en Jidou que j'ai été capable de me saisir de ta patte. Soupira-t-il, triste. Je suis reconnaissant en ce monde pour avoir pu partager de précieux instants en ta compagnie, mon frère…
- Eraser...Ou plutôt, Zehet…
- C'est ma seule haine envers l'ordre de ce monde. Nous faire naître radicalement opposés, dans deux espaces nous empêchant de nous cotoyer. Si seulement j'avais pu franchir cette barrière ne serait-ce qu'une seule fois afin de pouvoir t'aimer comme je voulais le faire, j'aurais été la plus heureuse des créatures. »

Son corps rayonna lui aussi. Je voulus moi aussi franchir ce barrage entre nos sentiments, mais cela était toujours impossible. Mon frère me sourit, me laissant voir au travers de ces yeux de l'amour comme jamais je n'en avais vu jusqu'alors.

« Mais là-haut, nous aurons tout le loisir de nous connaître, Akulia. Je me fiche de mourir, si cela me permet d'être enfin proche de toi. »

Il disparut comme il était arrivé, me laissant une nouvelle fois seul dans l'enceinte du sanctuaire céleste. Je scrutai les environs. Plus personne ne se trouvait aux alentours. J'avais rempli ma mission, cela allait être à mon tour de disparaître éternellement.

Alors je me rendis à la plage, cet endroit que j'aimais tant. Le flux et le reflux des vagues avait un don pour m'apaiser. Chaque fois que j'y plongeais mon regard, mes peurs et mes songes se dissipaient pour ne laisser que de la quiétude. Mais elle n'allait pas durer. Une énorme vague s'abattit sur le sable fin, laissant échouer deux individus ainsi que leurs planches de surf avec eux.

« Yahou ! S'exclama énergétiquement le blond. Sérieusement elle était balaise celle-ci ! Dis mon vieil Astaris, tu comprends maintenant ce que c'est qu'avoir le surf dans la peau !?
- J'aurai besoin de temps pour m'y accommoder maître Zesunis, répondit l'intéressé en ayant la nausée. »

Ces deux-là n'étaient autres qu'Astaris et Zesunis, deux de mes élèves lorsque j'étais encore enseignant à la prestigieuse académie des juges d'Izrath. Les constater dans un tel moment me réchauffa le coeur. Astaris n'avait jamais été le premier à se décider lorsqu'il s'agissait de se jeter à l'eau. C'était d'ailleurs la première fois qu'il acceptait de subir les caprices sportifs de son camarade juge. Je les scrutai affectueusement, me réjouissant de cet instant complice.

« Le principal, c'est d'oublier toute ta fierté ! Enchaîna joyeusement Zesunis. Tu n'es plus un juge, tu n'es qu'un homme, face à la mer, et tu dois la surmonter !
- Je ne suis pas un homme, je suis un Izrathien. Contesta Astaris en gonflant les joues. Ne me considères-tu pas comme tel désormais ? »

Zesunis s'arrêta quelques secondes, face à son camarade qui se cachait le plus possible dans l'eau en ne laissant dépasser que son nez et ses yeux, détournant le regard. Le blond s'avança vers son ami, lui ébouriffant affectueusement la touffe.

« Tu es le plus Izrathien de tous les êtres ayant un jour foulé le sol de cette dimension, Astaris.
- Zesunis...murmura l'intéressé ayant sorti sa tête de l'eau.
- Et c'est pour cela que je trouve qu'il serait mieux que tu reprennes ta forme humaine pour te sauver d'ici avant la fin ! Geint le blond comme un gamin. Allez, il ne te reste plus beaucoup de temps !
- Je te l'ai déjà dit, Izrath est mon royaume. Vous m'avez recueilli il y a des années, et intégré à vos rangs malgré tout le mal que j'ai fait en instaurant ma dictature...Je resterai avec vous, et je partagerai votre sort.
- C'est si beau ! S'exclama Zesunis en pleurant à chaudes larmes. Dans mes bras mon frère ! »

Il se fit repousser avec gêne, sous prétexte qu'il y avait encore du travail avant que le juge actuel ne puisse maîtriser les terribles vagues d'Izrath. Ensemble ils remontèrent sur leur planche, nageant jusqu'à la terrible épreuve qui fonçait droit sur eux.

Zesunis maîtrisa la vague sans difficulté, tandis que c'était beaucoup plus délicat pour son ami aux cheveux violets. L'actuel juge restait debout avec difficulté, mais au moment où il allait tomber, le blond habitué au sport utilisa son pouvoir afin de discrètement le maintenir debout. Astaris ne s'aperçut de rien. Il constata avec surprise qu'il maîtrisait la discipline.

« J'ai réussi, Zesunis ! Cria-t-il, enthousiaste. J'arrive à rester sur la planche ! »

Son ami le surfeur le fixa affectueusement de derrière. Il l'aimait vraiment, cela se voyait. Il l'appréciait au point d'utiliser des pouvoirs de sa réserve, alors qu'il savait pertinemment que cela le priverait de quelques minutes, dans un moment où le temps était le plus grand des luxes.

Ils restèrent plusieurs dizaines de minutes ensemble, à dominer les vagues, entre amis, entre camarades, entre frères. Je sentais la complicité qui les unissais tous les deux. En les regardant, des réminiscences me surprirent de nouveau. Je les revoyais enfants, jouant ensemble, se disputant pour un oui ou pour un non. Astaris le rigide, Zesunis le joyeux luron...Tandis que le troisième manquait. Lui qui était exilé du sanctuaire céleste et que je n'avais pas revu depuis un moment déjà.

Comment t'en étais-tu sorti ? Avais-tu réussi le pourquoi tu t'étais rebellé contre l'autorité d'Astaris ? Tu étais une personne brillante, et j'aurais aimé que tu puisses utiliser ta force et ta détermination au service d'Izrath dans les bonnes formes, sans avoir à gâcher l'amitié qui te liait à ces deux-là. Mais au fond, tu aurais ri si tu avais su que nous nous étions sacrifiés pour les humains. Tu l'as toujours dit toi-même, que nous étions responsables d'avoir été dans leur monde, et que nous ne devions pas les impliquer dans nos conflits.

Astaris, trop confiant en ses capacités de surfeur, finit par manquer de tomber. Par réflexe, d'une agilité digne d'un nageur olympique, Zesunis le rattrapa avant qu'il ne tombe afin de le replacer debout sur sa planche. Celle du juge actuel divagua tandis que les deux amis finirent sur la même plateforme, à dominer les vagues ensemble.

« Reste bien droit. Déclara Zesunis qui était derrière son ami. Le tout, c'est l'équilibre.
- Tu parles à un grand surfeur, monsieur l'ex-juge, rit l'intéressé. Je te dépasserai aussi en sport si cela continue.
- Tu as tout ce qu'il faut pour me dépasser en tout, Astaris.
- Tiens, tu reconnais enfin que je te suis supérieur ? Ricana l'homme aux cheveux violets, vainqueur. »

Zesunis s'arrêta quelques instants. Il mobilisa d'autres pouvoirs afin de maintenir la planche sur l'eau, avant d'étreindre son ami de derrière lui, sans que ce dernier ne puisse se retourner. Le regard voilé par l'ombre, il prit la parole.

« Depuis que je suis arrivé en Izrath, entama Zesunis, j'ai possédé ce don incroyable : celui de pouvoir mémoriser tout ce que je lisais, et de l'assimiler. A cause de cette capacité qui était la mienne, j'ai réussi à tout apprendre, que ce soit en terme d'intelligence, ou de sport. Mais cela ne suffisait pas. Je ne m'intéressais à rien, puisque tout était trop facile, et personne ne me parlait en conséquence.

Quand tu es arrivé dans ma vie, Astaris, tu as ignoré mon don. Tu t'es mis en tête que tu pouvais me vaincre en travaillant dur, alors qu'au fond mes capacités d'apprentissage surpassaient toutes les tiennes. Tu as accepté de t'entraîner avec moi, en faisant mine d'être mon rival, alors que finalement je suis convaincu que tu as fait tout ça simplement pour me sortir de ma spirale infernale d'ennui perpétuel.
- Zesunis…
- J'ai pu rencontrer Elyaad grâce à toi, et nous nous sommes tous les trois engagés dans l'apprentissage d'Akulia. Vous étiez loin d'arriver à ma cheville, et vous le saviez. Pourtant, votre rivalité, et vos efforts étaient bien réels. Vos réactions, vos surprises, votre amitié...Tout ça a été pour moi une véritable bénédiction. Sans vous, j'aurais sûrement sombré dans les abîmes du désespoir. »

Il marqua une pause. Il déglutit, laissant couler quelques larmes le long de ses joues, avant de reprendre, sérieusement.

« Je t'en supplie Astaris, pars. Tu as été pour moi un cadeau du ciel. Tu as toujours été le seul qui pouvait vraiment me comprendre, me divertir. Tu m'as libéré de ce fardeau appelé talent pour faire de moi un être vivant, au même titre que tous les autres. Alors je t'en conjure, quitte le sanctuaire céleste. Va construire une vie heureuse loin d'Izrath, et sois le témoignage de notre amitié. Et n'oublie pas que là où je serai, je te supporterai toujours, parce que je t'aime du plus profond de mon – »

Il disparut dans une lumière qu'Astaris tenta de saisir, en vain. Seul sur la planche, il n'était plus guidé par la magie de Zesunis, ce qui lui valut de tomber dans la vague qui le ramena sur la rive. Il resta quelques minutes allongé sur le sable fin, fixant le ciel d'Izrath duquel il était le dernier habitant encore en vie.

« Je ne t'arriverai jamais à la cheville...Maître Zesunis. Dit-il en se mordant la lèvre. Tu es un imbécile. C'est toi qui m'as empêché de sombrer dans les abîmes. C'est grâce à ta pureté et ton innocence que j'ai pu surmonter tous mes échecs...Tu resteras pour moi le seul et unique juge de ce sanctuaire. »

Il laissa la planche de surf divaguer jusqu'à disparaître au large. Il fixa le ciel d'Izrath, plongé dans ses pensées. Je finis par le rejoindre, apparaissant à ses côtés pour fixer la mer avec lui.

« Je savais que vous étiez là, professeur. Je vous sentais m'observer.
- Je n'avais pas la résolution suffisante pour briser cet instant entre toi et Zesunis.
- Je comprends... »

Un malaise s'installa entre nous. Astaris ne savait pas quoi dire, et moi je ne pouvais entamer une conversation après une telle disparition. Mais l'heure n'était plus à la tergiversation inutile. Il fallait aller droit au but.

« Zesunis a raison. Il faut que tu retournes sur terre, Astaris. Des tas de personnes ont encore besoin de toi là-bas, et aucun habitant d'Izrath ne voudrait te savoir mort alors que tu as encore un moyen de survivre.
- Je le sais. Me répondit le juge en se mordant la lèvre. Je sais bien que le meilleur choix que je puisse faire, c'est de dire adieu à ce monde et vivre en tant qu'homme. C'est la chose la plus juste à entreprendre. Car il y a sans doute des personnes qui auraient aimé avoir ma place, alors je ne peux pas gâcher cette opportunité. C'est logique, rationnel, un fait. Ce n'est que justice de jouir d'un droit. »

Il marqua une pause, avant de se tourner vers moi, les larmes aux yeux.

« Mais je n'accepte pas cette justice ! S'écria-t-il, sur le point de craquer. Je ne peux pas faire passer les faits avant les émotions comme je le fais d'habitude ! Pourquoi suis-je le seul qui puisse vivre alors que pour ce faire je dois laisser derrière moi toute la vie que j'ai construite en Izrath !? C'est injuste ! Je refuse cette justice ! Je partirai avec vous !
- Zesunis paierait cher pour obtenir les images d'un juge de ta trempe défiant la justice elle-même. Ris-je.
- Malheureusement, j'aurais beau contester ce jugement, personne ne viendra pour en discuter avec moi. C'était simple, pour Hakaze, de dire je défie ton autorité, mais pour moi, il n'y a personne au-dessus à qui me plaindre.
- C'est à Zetsubô qu'il faut se plaindre. Raillai-je. C'est lui et lui seul qui est responsable de cette situation.
- C'est vrai...soupira le juge. Mais alors, que puis-je faire ?
- Prier pour nous ? Cela serait déjà beaucoup je pense.
- En effet. Il n'y a que Dieu pour écouter les prières d'un juge déchu de son autorité. »

Il s'exécuta. Il ferma les yeux, laissant couler ses larmes qu'il retenait en lui jusqu'alors, afin de revenir à l'humilité incarnée par nous tous. Au-delà d'être un juge, un Izrathien, ou un homme, Astaris n'était qu'une existence semblable à toutes celles de ce monde ou des autres, y compris celles ayant un tant soit peu d'autorité ici-bas comme moi ou Eraser. Je pouvais lui faire confiance. Au-delà de sa carcasse rigide, il était le mieux qualifié pour se remettre en question et aller de l'avant. J'étais persuadé qu'il trouverait la meilleure solution afin d'honorer le titre qu'il portait désormais : celui de seul rescapé d'Izrath.

Tandis qu'il murmurait une prière à son créateur, en fermant les yeux, je me sentis disparaître à mon tour. Étant l'Izrathien possédant la plus grande réserve magique, et en étant le régisseur, il était normal que je sois le dernier à m'évaporer de ce monde. Était-ce ma punition pour avoir poussé Zetsubô jusqu'à ce stade, ou tout simplement, une ultime réminiscence pour me réconforter ? Je n'en avais aucune idée, mais une chose était certaine : notre sacrifice allait définitivement écrire une page de l'histoire. J'en avais la prémonition, non, la certitude.

« Merci d'avoir accepté de t'investir en notre monde Astaris...lui murmurai-je. Izrath te sera éternellement reconnaissant, pour tout ce que tu as fait. »

Je m'évaporai sans pouvoir entendre sa réponse, laissant mon esprit en ascendance jusqu'aux cieux, afin de rejoindre mon peuple dans cette nouvelle étape à laquelle ils devaient faire face.

Chapitre 192 : Epilogue 1 - Les Héros de la guerre 21 ans plus tard - Narrateur : Zahlia

« Zahlia ramène ton cul, j'ai besoin de toi avec un des gamins.
- Wesh ma poule t'as cru j'étais ta bonasse ou quoi ? C'est ton taf ça, pas le mien tavu. »

Des années s'étaient écoulées depuis ce que l'on appelait aujourd'hui le Despair Requiem. La catastrophe n'avait pas épargné grand monde à l'époque. Elle avait emporté des milliers de vie en l'espace de quelques semaines, et avait plongé notre région dans la pénombre et le chaos. Moi, j'étais une enfant de cette guerre. J'avais été conçue avant, et je fus mise au monde pendant. Zahlia Leocaser était mon nom. Ma simple existence représentait des tas de choses : la résistance de l'espoir, le courage de mon père, l'incroyable sex-appeal de ma mère, sans oublier son intelligence, sa beauté, sa force, sa détermination… En gros, cette version n'était que de la merde. Forcément, elle venait de ma mère.

En vrai j'étais juste née au mauvais endroit, au mauvais moment. Parce que mes vieux ils avaient rien de mieux à faire que préparer un conflit en baisant, donc j'étais née en plein milieu, genre pile au moment où y'avait aucune maternité vu que tout était en ruines t'as vu. Alors on peut dire que j'ai vécu la grande guerre contre Zetsubô, celle qui réveille des souvenirs de terreur et qui fait grincer des dents quand on la mentionne.

Tout le monde avait été témoin de l'affrontement contre Zetsubô, jusqu'à ce qu'il fasse exploser les caméras dans la foulée. Le résultat de ce conflit mondial n'avait été connu que lorsque Ren Kurenai, leader de la fondation du futur, fit savoir au monde entier qu'il était mort. Le résultat ne se fit pas attendre, puisque l'ensemble des organisations de paix et de sécurité fêtèrent la victoire de l'espoir dès qu'elle fut annoncée.
On décréta un jour férié pour l'occasion. Ainsi, le 24 octobre était un jour de commémoration, et chaque année, nous en étions les invités d'honneur.

« Bon tu bouges ton cul ou ça se passe comment !? Me hurla ma mère déjà à bout de nerfs à 7h30.
- Eh oh, protestai-je. Déjà je te signale que je suis prête et toi pas, ensuite, si t'es pas contente, je peux très bien partir toute seule. C'est pas parce que t'es en froid avec Ether que je dois être ton bouc émissaire derrière lequel te cacher ma poule. »

Car oui, ma mère était en conflits avec Ether. A vrai dire, elle était en conflits avec tout le monde. Lors de la première commémoration, elle était allée cracher sur le cercueil de mon paternel, parce qu'apparemment il lui avait fait une crasse pendant la guerre, et elle le lui avait jamais pardonné. A chaque commémoration, Violet Leblanc guettait donc les agissements de Jessica Leocaser, afin qu'elle ne profane pas de nouveau sa tombe.

Ma mère était secrète lorsque l'on parlait de cette guerre. Elle me sortait sa version pourrie pour dévier la conversation, mais je sentais au fond de moi que quelque chose s'était cassé en elle. Outre le fait qu'elle avait vu sa baraque cramer pour la quatrième fois dans sa vie. J'essayais de comprendre, de savoir des choses que je ne pouvais connaître que de sa bouche, mais il n'en était rien. Il m'était impossible de trouver ce que cachait vraiment Jessica Leocaser en elle.
Elle semblait avoir guéri son malaise en devenant éducatrice. Depuis le drame, elle occupait cette position. Elle avait recueilli tous les mouflets ayant perdu leurs parents, pour leur donner un semblant de bases. En vrai, encore aujourd'hui je pense qu'il aurait mieux valu les laisser à la rue quand on voit ce qu'ils sont devenus en ayant son éducation. Ce n'était plus qu'un ramassis de branleurs, et comble du comble, j'étais la leader du groupe. Le pire dans l'histoire, c'est que l'actuel maire, Ronan Sawyer, s'obstinait à donner des gosses à garder à ma daronne. Du coup on devait s'occuper de cinq marmots abandonnés par leurs parents. Ma mère les avait nommés Ugo, Kosta, Jérôme, Alain, et Adam, et les appelait souvent « le gang des hohos ». Grâce à son intervention brillante, ce fut d'ailleurs le premier son qu'ils sortirent de leur bouche.

Mais je sentais que cela réparait quelque chose de cassé en elle. Alors quand je la voyais sortir comme aujourd'hui, avec un marmot devant, l'autre derrière, et les trois suivants dans une triple poussette, je ne pouvais m'empêcher de ricaner à son nez, avant d'au moins la soulager de celui qui était dans son dos.

Nous sortîmes de notre maison. J'y étais restée depuis ma naissance, car elle avait été reconstruite pour nous. Sagamihara avait été dévastée, mais l'ensemble de la ville s'y était mise pour la restaurer. Ether et la fondation du futur s'étaient alliés dans une récolte de fonds et un déploiement de main d'oeuvre suffisamment élevé pour remettre sur pieds tous les édifices les plus important, ainsi que pour construire un nouveau quartier habitable. Nous habitions donc dans cette résidence de luxe octroyée par notre statut de famille ayant sauvé le monde du chaos, même si ma mère s'en foutait royalement de ce titre. Elle avait accepté cette récompense uniquement pour honorer la mémoire de mon oncle qu'elle estimait énormément. Même pas celle de mon père. Quand j'abordais le sujet, elle l'esquivait, en disant que de toute façon, elle n'allait jamais pouvoir le pardonner. Tout ce que je savais de sa part, c'était qu'il s'appelait Reisuke, et qu'il était un gland. C'était tout de même un peu court pour me faire une idée du bonhomme, mais je ne voulais pas remuer des choses douloureuses pour ma mère, donc je ne cherchais pas à aller plus loin.

Je sortis, accompagnée par ma daronne et son gang des hohos. A peine sur le pallier, je frappai à la porte d'à côté. Quelques secondes passèrent : pas de réponse. Alors naturellement, je tambourinai en hurlant pendant quelques minutes, sans succès. Je dus retirer les tétines de la bouche des hohos pour qu'ils hurlent et qu'enfin la porte daigne s'ouvrir.

« Ne peux-tu pas attendre une minute lorsque tu sonnes à une porte !? S'écria la voix de l'individu m'ayant ouvert, comme prêt à me trucider.
- Ravie de te revoir moi aussi, Hirosuke. Raillai-je, sachant pertinemment que j'allais l'agacer.
- Ne m'appelle pas par ce nom. Grogna-t-il. Je ne suis pas un monument vivant à la gloire de mon père et mon oncle. Appelle moi Namatame tu veux. Et sinon, tu me veux quoi ?
- Ta mère est prête ? Parce que nous on est sur le point de sa casser tavu. C'est la corvée annuelle, le discours, les souvenirs, les cartes postales tout ça tavu. »

Il soupira, avant de se tourner derrière la porte. Je le suivis, en portant un mouflet accroché à moi, jusqu'à arriver dans la forêt de Hakaze. Car ouais, ce qui semblait être une clôture normale cachait en fait un long couloir qui menait à un coin vraiment sordide. Hirosuke et sa mère squattaient ça en mode Tarzan alors qu'ils pouvaient se payer une vie de richards pleins aux as. Tu parles d'une stupidité.

« Maman, entama Hirosuke agacé, pourrais-tu arrêter l'espace de trente secondes ta foutue expérience pour qu'on puisse faire semblant d'être tristes sur la tombe de papa !?
- Attends juste cinq minutes gamin. J'sens que c'est la bonne cette fois. Je te parie tout ce que tu veux que ça va être l'invention du siècle.
- L'invention du siècle, c'était la machine à remonter dans le temps de grand-père. Soupira son fils. Ca fait 15 ans que je t'apprends sans succès à allumer le grille pain.
- Ne parle pas comme ça à ta mère ! Railla la voix d'un vieux croûton qui nous rejoint. Hakaze, je suis certain que ton fils fait partie du CERN, pour toujours espérer notre échec.
- Je suis d'accord. Sourit la mère. Tiens Akame, attrape-moi ce bout d'uranium s'il te plaît. »

Je déglutis. Le vieux tremblait tellement qu'il semblait comme secouer frénétiquement ce truc qu'il tenait dans les mains. Je voulus l'aider, mais il m'assura que ce n'était pas nécessaire.

« Ce n'est pas comme si j'allais faire exploser Izrath une seconde fois ! Rit-il. Rien de grave ne se passera. »

Il lança un profond malaise. S'il y avait bien un sujet sensible avec Hakaze, c'était Izrath. La mort de Hiroki, elle était passée au-dessus. Elle s'était fait une raison en reportant tout son amour sur son fils. La destruction d'Izrath par contre, était quelque chose d'inconcevable pour elle. Il était impossible d'aborder ce sujet, tout comme parler de Reisuke à ma mère était voué à l'échec.

Mais cela ne nous gênait pas, Hirosuke et moi. Ce gland et moi on était nés le même jour, et on avait grandi ensemble, du coup on se comprenait mieux que quiconque. Je le trouvais plutôt beau gosse, et il avait tendance à bien prendre la lumière quand il était à poil. Sa mère m'avait assuré que c'était de père en fils. Mais bon, c'était mon cousin, donc je ne pouvais pas me le foutre sous la dent. En plus, on avait un grand-frère en commun. Bon, c'était pas le mec le plus intelligent du monde, le Kentaro. Sérieusement, ce type ne savait que parler de cul et ressasser à quel point ma daronne avait servi à rien pendant la guerre. Je plaignais sa femme, cette Chitose. La pauvre était bien trop normale pour lui.

Mon gland réussit finalement à tirer sa mère de son expérience pour la forcer à porter une tenue respectable. Au fond, c'était la même pour tout le monde : se rendre sur une statue moche des descendants de Zetsubô ne ressemblait à rien d'autre qu'une corvée d'hypocrisie de laquelle on était obligés de s'acquitter.

Parce que oui, mon daron et son frère étaient des héros. Zetsubô avait détruit les caméras pendant son affrontement, mais Ren Kurenai, la leader de la fondation du futur, avait été formelle à sa sortie de Lithemba. Reisuke et Hiroki étaient deux héros ayant triomphé de Zetsubô au prix de leur vie. Grâce à leur sacrifice, le futur était désormais possible pour tous, et il fallait honorer leur mémoire peu importe l'investissement à y mettre. Sa sœur, Erika Kurenai, avait d'ailleurs sa statue en Australie elle aussi. C'était la leader de la fondation du futur elle-même qui s'en occupait, puisque les parents des deux jeunes filles à l'époque avaient été retrouvés tués d'une balle dans la tête peu après la fin de la guerre.

L'Australie avait trouvé un roi, en la personne d'Eikichi Azuma. Il était apparemment celui qui était destiné au trône avec Erika, et finalement, pour honorer sa mémoire, il avait décidé de ne pas prendre de reine. Leurs affaires se portaient plutôt bien, et ils nous aidaient parfois quand on galérait à telle ou telle chose.

Nous arrivâmes sur la place dite « place de l'espoir » située en plein cœur de notre ville. Déjà les personnalités influentes s'étaient rassemblées en cercle autour de la stèle représentant mon père et mon oncle, tandis que nous, les enfants de la nouvelle génération des Yamadas, nous étions chargés de renouveler les fleurs sur leur sépulture. Mais avant cela, il fallait que l'on salue tous ceux ayant fait le déplacement, avec les honneurs. Je m'avançai la première vers ceux qui nous attendaient, en ligne.

« Yo toi, ça gaze ? Tranquille ? Tu te fais pas trop chier ? Serious c'est long hein ?
- Zahlia, tu parles au président russe. Me sermonna Hirosuke en me donnant un coup de coude. »

Je passai mon chemin sans m'excuser. Lorsque mon cousin s'aperçut que ma mère, qui était derrière nous, salua le président de la même façon avec ses quatre mouflets qui braillaient, il posa sa main contre son visage en signe de dépit. Je ricanai. Les Leocaser étaient dans l'anticonformisme depuis Yiskha, ça n'allait pas changer de sitôt. Tous les invités affichaient des airs mielleux, ou des sourires d'hypocrites, tous, sauf une. La fille de la présidente française. Ma petite rouquine préférée. Oh je la kiffais cette fille.

« Salut ma chérie ! M'exclamai-je. T'es venue voir le bal des hypocrites ?
- Ne m'en parle pas. Soupira-t-elle. C'est la même chose quand on parle du conflit des démons en France. Je suis venue te soutenir un peu histoire que tu ne te sentes pas seule.
- Viens on se fait une virée avec les lascars après qu'on a fini de jouer les potiches ici, j'suis certaine tu kifferais voir ma nouvelle bécane.
- Avec plaisir. Sourit la rousse. »

Ca c'était ma rouquine à moi. Je la kiffais parce qu'elle était franche et que c'était pas donné à tout le monde. Et puis nos mères ne pouvaient pas se saquer. Elles se battaient dès qu'elles se voyaient, et c'était toujours sujet à des paris sur qui entre la présidente de la république et l'éducatrice de mes couilles allait frapper le plus fort. Hirosuke n'appréciait pas spécialement Akane, il était bien trop occupé ailleurs.

« Bonjour Iori. Lui dit-il, le sourire aux lèvres – elle était d'ailleurs la seule qui y avait droit. – Merci d'avoir fait le déplacement pour présenter tes hommages, une fois de plus.
- C'est naturel. Lui répondit-elle, toute aussi ouverte. Il est important que nous nous rappelons le pourquoi nous en sommes ici. Tous les sacrifices pour que l'on puisse vivre dans le présent qui nous est donné. C'est admirable de ta part, de ne jamais défaillir à honorer la mémoire des anciens.
- Cela serait comme un crime envers les âmes tombées au combat. Lui assura mon cousin qui crachait sur la cérémonie dix minutes plus tôt. »

Mais je n'eus pas le temps de m'attarder sur son crush. Ma mère avait déjà rencontré celle d'Akane, et il fallait que je lui rappelle qu'elle poussait quatre gosses avant qu'elle ne l'en lui balance un à la figure.

« Pourquoi tu viens ici grogniasse...grogna ma mère suffisamment bas pour que personne ne l'entende, en serrant la main de la présidente.
- Tu as de la chance que je suis en voyage officiel. Murmura celle d'Akane, en affichant un sourire diplomatique. C'est la seule chose qui me retient de te sauter dessus.
- Tu te calmes. Les interrompit le petit Jérôme, leur tirant à toutes les deux un soupir d'attendrissement.
- Hoho, c'est que ce petit garçon est mignon. Enchérit joyeusement l'un des gardes de la présidente. »

En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, chacun des gardes de la présidente venait d'adopter un des enfants que gardait ma mère. Je fus stupéfaite, mais moins que l'éducatrice et la présidente, qui, considérant les hommes en costard avec les enfants, furent atterrées par la tournure des évènements.

« Non mais j'hallucine. Soupira la mère d'Akane. Vous ne connaissez pas le code de conduite de la garde présidentielle ?
- Si je puis me permettre, s'avança le chef du groupe, il n'est nullement mentionné l'interdiction d'adopter un enfant durant nos missions.
- Je n'en peux plus. Vous êtes tous virés !
- Encore !? Protesta le plus jeune. C'est la quatorzième fois ce mois-ci. »

La présidente soupira. Je la laissai, avant de présenter mes hommages à une autre femme. Alice Leblanc, la fille de Violet et de Soichiro – oui oui, de Soichiro, ce vieux pervers – était l'actuelle leader de la fédération de sa mère qui à l'époque avait aidé à tout reconstruire. Je me prosternai devant elle. Je n'aimais pas ravaler ma fierté, mais je devais tout à Violet Leblanc. Si j'avais pu vivre une enfance normale, c'était grâce à son intervention. Sans ses dons, sa force, et son courage, rien n'aurait pu redevenir comme cela était avant.

« Bien. Déclara Alice, solennelle. Mesdames, messieurs, merci de tous vous êtres rassemblés autour de ce vestige de la guerre ayant touché Sagamihara, 21 ans plus tôt. Cela me touche de constater que, deux décennies après cette catastrophe, sa cause, et ses conséquences, restent une partie de votre mémoire, de notre mémoire. Par ce rituel que l'on célèbre chaque 24 octobre, je tiens à rappeler à tous combien la vie est précieuse. Chacun de nous possède au plus profond son jardin secret, ses ambitions, ses désirs inavouables, mais aucun projet, aucune motivation, ne devrait avoir pour coût la vie d'autrui.

Rappelez-vous que qui que vous soyez, quoi que vous ayez sur le coeur, vous n'êtes pas seuls. Votre famille, vos amis, sont là pour vous. Parlez, extériorisez, et trouvez des solutions à vos problèmes. Et si personne n'est une oreille, la fédération Ether se chargera de vous aider à traverser les périodes sombres de votre vie. »

Son discours...était hypocrite. Ce qu'elle disait n'avait aucun sens, et c'était uniquement par respect pour sa mère que je la laissais déblatérer de telles conneries. Qui était-elle pour prétendre comprendre ce qui nous animait ? Elle n'était qu'une nana ayant hérité de milliards, avec un équilibre familial stable, et elle osait venir nous donner des leçons à nous, les enfants de la guerre.

Elle ne dupait personne. Nous, héritiers de la famille Yamada, alignés en avant devant la stèle à l'effigie de nos pères, nous la regardions tous avec des yeux qui ne mentaient pas sur notre réception. Elle ne le notifia pas. Elle avait révisé son discours pour qu'il soit parfait, et il allait l'être.

« Je vais maintenant laisser la place aux fils et filles de Reisuke et Hiroki, les héros de cette ville. »

Elle me tendit le micro. Alors je me tournai vers la foule, et je pris la parole.

« Quand je vous vois tous rassemblés autour de ce vieux caillou, je comprends pas vraiment ce qui vous motive. Mon père, et mon oncle, des héros ? Mon cul ouais ! Vous n'avez rien compris. Hiroki et Reisuke ne sont pas des héros, et s'ils le sont, il n'y a pas qu'eux qui le sont. Pourquoi nous mettre sur un piédestal, simplement parce que l'on a perdu nos parents, alors que des tas de péons ont vécu la guerre bien plus que nous, ont affronté des ennemis, et ont perdu leurs vieux aussi ? C'est tout simplement une manière de vous donner bonne conscience. Vous pensez honorer le passé en astiquant la bite à quelques fantômes, mais vous vous foutez bien de ce qu'il est advenu de deux qui sont sortis vivants du conflit, ou qui ont perdu des proches dans cette foutue guerre. Cette commémoration n'est qu'une exhibition médiatique, personne ne considère les choses qui ont vraiment de l'importance. »

Je vis Akane s'avancer vers moi pour me soutenir, mais sa mère l'arrêta en déployant son bras. J'pouvais comprendre. Je venais de créer un incident médiatique qui allait sûrement rester dans les annales. Je restai droite, rigide, face à cette foule, face à ma mère qui me dévisageait d'un air fière, et je fus rejointe par Hirosuke. Ce dernier se saisit de ma main, murmurant à Iori qu'il était désolé d'un air mal à l'aise. Mais il n'était pas le seul à m'avoir rejointe, Kentaro vint me donner la main, montrant à l'écran que les trois descendants connus désapprouvaient cette hypocrisie.

Ce fut la pire cérémonie de commémoration de l'histoire de l'humanité, et on nous assura que cela allait être la dernière. L'objectif était donc atteint. Outre la rage du président russe qui nous promit des représailles, nous n'avions de toute façon pas outragé qui que ce soit en disant la vérité.

La véritable commémoration pouvait commencer. Une réminiscence qui n'avait rien d'une fête, bien au contraire. Hirosuke et moi partîmes de la place de l'espoir, laissant derrière nous ceux qui s'y étaient rassemblés, afin de nous diriger quelques avenues plus loin, à un kilomètre de là, jusqu'à nous rendre à la clinique Séradiel, là où se trouvait une toute autre facette de la fin de la guerre.

« Ah, vous êtes là les jeunes. Nous interrompit une voix grave et saccadée remplie de compassion. Vous êtes adorables. »

Nous nous retournâmes. L'inspecteur Masamune Nishijima était à la retraite depuis des années maintenant, mais nous étions certain de le trouver dans cet hôpital. Pourtant, le septuagénaire n'était ni malade, ni dépendant, au contraire. Il s'était désigné pour nous porter assistance en restant aux côtés de quelqu'un de particulièrement spécial à nos yeux.

Nous entrâmes dans la chambre blanche et froide, fidèle à la réputation des hôpitaux. Sur cette couche, se trouvait une existence scrutant l'extérieur d'un regard vide.

« Bonjour, tante Laïla. Lui lançai-je avec affection, sans vraiment espérer de réponse. »

Et effectivement, je n'en reçus pas. Ma tante était une rescapée de l'affrontement contre Zetsubô. Elle avait survécu à la même bataille dans laquelle avaient péri ses frères, non pas sans échapper de justesse à la mort. Après une opération chirurgicale, elle avait repris connaissance, mais elle était déjà brisée de l'intérieur. Elle ne trouva plus le sommeil : dès qu'elle fermait l'oeil, les souvenirs de mon père, mon oncle, mais aussi de Kôsei, le fils de Masamune, revenaient la hanter sans lui laisser une seconde de répit. Elle se réveillait toujours dans des crises de spasmes et de convulsions qui avaient plusieurs fois manqué de lui coûter la vie tant elles étaient violentes. Finalement, avec les années, elle s'était assagie, mais elle devint muette. Je n'avais jamais entendu le son de sa voix, alors qu'elle était la seule famille qu'il me restait de mon côté paternel.

Alors tous les jours, je venais la voir, en espérant qu'elle trouve la force, le courage, ou la détermination de s'adresser à moi. J'attendais ses mots, et je n'étais pas la seule, puisque Hirosuke ne manquait jamais l'occasion de rester à ses côtés. Nous étions tous les deux en quête de réponses, en quête d'espoir. L'espoir de conjurer ce mauvais sort et d'enfin guérir ma tante de ses tourments.

« Merci de veiller sur elle à notre place. Déclara Hirosuke en se prosternant devant Masamune. Si nous pouvons vivre en confiance, c'est bien parce que vous êtres présent à ses côtés.
- C'est naturel. Sourit l'ancien inspecteur. Après-tout, elle est la mère de ma première petite fille, et celle pour qui Kôsei s'est battu jusqu'au bout. »

Je ne ressentais aucune animosité en cet homme, alors que son fils avait trouvé la mort prématurément en restant aux côtés de ma tante. Non, Masamune était fier de Kôsei. Il disait qu'avoir élevé un fils ayant été jusqu'au bout pour protéger sa vision de la justice était tout ce dont un père pouvait rêver, et j'avais l'impression qu'il conjurait le mauvais sort en continuant ce que son fils aurait voulu accomplir.

Nous entendîmes des bruits de pas provenant du fond du couloir. Des claquements de talons que je ne connaissais que trop bien. En effet, lorsque je me retournai, je ne fus pas du tout surprise de l'identité de cette personne.

« Dis donc la romano, souris-je défiante, tu aurais pu venir nous aider à cette commémoration de merde. J'suis pas celle qui est faite pour les discours, c'est ton boulot ça.
- Tu t'en es très bien sortie. Sourit la jeune femme. J'ai été prise aux tripes en regardant le direct. »

Elle me serra dans ses bras, me laissant sentir son parfum de gitane qui puait la cocotte et me restait toujours dans les narines. Je réprimai une expression de dégoût, mais je passai au-dessus. La famille était la famille.
Car oui, Yasmine et moi étions cousines. L'espèce de bohémienne aux yeux verts perçants et à la longue chevelure noire était la fille de ma tante, et de Kôsei Nishijima. Ils lui avaient donné le nom de son père à titre posthume d'ailleurs, puisque Laïla, dans son seul instant de lucidité en 21 ans, avait refusé de signer une reconnaissance de père inconnu. Yasmine embrassa également Hirosuke, qui lui, n'avait rien contre cette eau de Cologne à dégueuler ses tripes. Elle se rendit ensuite dans la chambre de sa mère, nous laissant comme des cons dans le couloir.

« Ca doit pas être facile tous les jours de la supporter, pas vrai Izuru ? »

Le jeune homme aux cheveux marron et au regard gris perçant se contenta de hausser les épaules. Ce type était toujours avec elle, et ils semblaient s'entendre, mais question communication, il était impossible. Encore plus muet que ne l'était Hirosuke. Je soupirai. Moi et mon gars sortîmes de l'hôpital.

« Eh bien, on devrait aller au boulot je pense.
- Tu vas te prendre un savon quand tu arriveras. Souligna le monument vivant, sachant pertinemment que j'allais le payercher. »

Mais je ne fis pas attention à ses paroles, puisque je savais qu'il prendrait ma défense si vraiment cela devenait crade. A la place, je me rendis jusqu'à la falaise Sekai, là où se trouvait désormais une base nautique et aérienne de laquelle partaient bateaux et hélicoptères destinés à un usage privé. La société Sunbird transport été devenue prospère, et elle nous réservait toujours des vols de qualité à nous, les agents de la fondation du futur.

« Bienvenue mes chers agents ! S'exclama le réceptionniste avec entrain. Anatole Porreau au rapport ! »

Ce rouquin aux cheveux désordonnés et au regard bleu pétillant comme l'océan sous les reflets du soleil n'était autre que mon neveu, le fils qu'avaient eu Dahlia Porreau et son petit ami de l'époque, Arata Kashiwagi avant que celui-ci ne décède tragiquement. Ils l'avaient eu très tôt dans leur jeunesse, ce qui expliquait que malgré le fait que Dahlia n'était âgée que de 37 ans, lui en avait déjà 23. Il était plus vieux que moi, alors que sa mère était plus jeune que la mienne. Ce joyeux lascar la protégeait d'ailleurs toujours comme si sa vie en dépendait. Il était le seul homme de sa vie, et il aurait pu donner tout ce qu'il possédait pour lui donner le sourire. Il était d'ailleurs un excellent chanteur : chaque fois qu'il usait de sa voix, ma sœur lui disait qu'il apaisait tous ses maux, alors il s'était entraîné jusqu'à faire carrière dans le domaine. Tout le monde connaissait les tubes d'Anatole.

« Salut mon neveu. Ricanai-je. T'as un hélico pour l'Australie ?
- Attends voir. Il faut que je demande à Maman si le Sunbird X45 est disponible. »

Il se tourna.

« Maman ! Y'a tata qui veut un Sunbird !
- Si tu m'appelles encore tata une seule fois, tu rentres en corbillard, vu ?
- Hoho ! Rit ma frangine en arrivant dans la pièce. Tu es le portrait craché de notre mère Zahlia, tu le sais ? »

J'étreignis ma frangine. C'était bon de la revoir.

« Tu es cependant plus affectueuse lorsqu'il s'agit de famille. Se moqua-t-elle.
- Ta gueule la rousse. Défoule-toi pas sur moi juste parce que t'es débile. »

Elle rit, puis elle m'invita à la suivre. Elle nous désigna l'engin que nous allions prendre. Un oiseau mécanique coloré de rouge, de jaune, et de violet que nous n'utilisions que pour les vols de client importants ou de la famille.

« Bon, soupira Dahlia. Eh bien montez, je vais vous montrer ce que c'est qu'une pilote ayant du skill. »

En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, nous arrivâmes dans les quartiers de la fondation du futur. Leader Ren était déjà revenue dans les quartiers de l'organisation, il suffisait de voir son hélicoptère dans le hangar pour le comprendre. Je soupirai. J'allais encore me prendre toute la haine du monde.

« Hello, miss Leocaser et mister Namatame. S'exclama une voix faite de légèreté qui me cassait les couilles en permanence.
- C'est ça c'est ça, bonjour Akemi. Soupirai-je.
- Pour toi c'est capitaine. Railla la femme. Je suis la leader de la troisième branche de la fondation du futur, marvellous isn't it ?
- Je t'appellerai par ton titre le jour où tu nous appelleras par les nôtres.
- Ow ! J'oubliais que j'avais affaire à Hirosuke Namatame capitaine de la treizième, et Zahlia Leocaser, de la quatorzième. Eh bien, roulez jeunesse ! La réunion nous attend ! Let's go, folks ! »

Elle n'en avait pas l'air, mais elle aussi avait été touchée par la catastrophe. Son frère n'était autre que Kôsei, et sa disparition avait fait souffrir des tas de personnes, dont Akemi. Elle s'était engagée dans la fondation du futur trois ans avant sa disparition, et elle semblait regretter ce choix, mais il était impossible pour elle d'y renoncer puisque c'était tout ce qu'il lui restait pour se raccrocher à la vie.

« Eh bien, s'exclama la voix grave du capitaine de la seconde branche, Kenny Delacour. Voici celle qui a fait trembler les médias avec son incident diplomatique ! Salut les jeunes !
- Ce n'était pas vraiment professionnel, ajouta Marc Seiu, le capitaine de la sixième branche. Quand on est membre d'une organisation gouvernementale, on fait profil bas, Leocaser.
- Vos gueules les vieux. Pensez à recruter plus de sang neuf, vous sentez le formol à cent mètres. »

Rachel, ou plutôt Brittany la leader de la première branche, éclata de rire face à ma réponse. Elle était toujours aux aguets de ce que je claquais aux autres et se régalait de chacune de mes réparties. Lysandra de la onzième lui donna un coup de coude qui la fit se reprendre.

Je m'installai autour de la grande table qui servait d'espace de discussion pour nos opérations, suivie par Hirosuke qui était toujours aussi sociable. Je scrutai les sièges. Tout le monde était présent, sauf Ren. Même le roi actuel d'Australie : Eikichi de la huitième, était à nos côtés. En fait non, il manquait quelqu'un. Le leader de la dizième était absent.

Pedro Toppolino, leader de la douzième, se leva. Le rouquin, l'air sérieux, cachait son caractère de fragile quand il était au boulot en se donnant des airs de mâle alpha. En vrai, derrière son expression rigide, il se réjouissait sûrement encore d'avoir fêté ses 15 ans d'union avec Ren Kurenai.

« Bien. Entama-t-il, confiant. Nous sommes tous réunis, enfin presque, mais le leader de la dizième ne viendra sûrement pas de sitôt. »

Il appela Ren, comme à chaque réunion. Elle attendait que nous soyons tous réunis avant de daigner se montrer. Cela faisait toujours soupirer l'ensemble de l'équipe, en particulier Jordan Sankels et sa fille Rita, les capitaines respectifs de la branche 5 et 7.
Elle fit une entrée théâtrale qui laissa tout le monde de marbre, dont Suzuha Delacour, capitaine de la neuvième branche et accessoirement, la femme de Kenny.

« Bonjour à tous. Déclara-t-elle avec un charisme de leader. Zahlia tu as de la chance que l'ordre du jour est urgent, autrement je me serais bien entretenue avec toi à propos de ta conduite.
- En vrai ça t'arrange parce que j'te fais peur ma poule. Raillai-je en essayant de masquer qu'elle me foutait les pétoches. »

Elle me lança un regard glacial que je tentai de soutenir tant bien que mal. Ren était une personne qui faisait flipper. Elle n'en avait pas l'air, mais j'étais certaine que quelque chose en elle était brisé au point de pouvoir faire d'elle une meurtrière pour un oui ou un non. J'avais plusieurs fois remis en cause le fait qu'on laisse une personne au regard si instable gérer une fondation comme celle du futur, mais aucun de ces glands ne m'écoutait.

Elle alluma l'écran géant qui montra quelques profils de crapules type, avant de reprendre la parole.

« Ces gens sont des sous-fifres. Ils sont les larbins de Yakuzas qui sont eux-mêmes au service d'une organisation supérieure pratiquant entre autres le terrorisme. Ils ont déjà organisé quatre attentats qu'ils ont tous revendiqué. Deux au Japon, deux en Australie. Et ils se sont nommés – »

L'écran sur lequel Ren retransmettait se brouilla, avant de virer au noir. Deux secondes plus tard, une image revint, nous montrant le portrait d'un jeune homme dont l'identité ne faisait aucun doute pour tous. Ces cheveux marron ordonnés en mèches pointues lui tombant sur le visage, ce regard vert expressif, cette musculature de sportif...Tout le monde connaissait le portrait de cet homme, qui pourtant n'avait pas pris une ride après deux décennies d'absence.

« Nous nous sommes nommés « Purple Revolution » déclara l'individu ayant usurpé l'identité de mon père. Et nous sommes revenus pour continuer l'oeuvre de Zetsubô. Je suis Reisuke Yamada, leader de ce mouvement, et je vous promets à tous d'amener le chaos et le désespoir sur ce monde. »

Ce fut le premier acte d'une nouvelle guerre à laquelle nous allions tous prendre part une fois de plus, sachant très bien que les conséquences allaient encore être lourdes.

Chapitre 193 : Epilogue 2 - Disparaître pour toujours Hakaze

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« Mais oui, tout va bien ici Papa ne t'en fais pas. Je suis une grande fille maintenant, je sais me prendre en charge toute seule. »

Une voix lui répondit à l'autre bout du fil.

« Oui je me nourris bien. Tu sais, j'ai appris à faire de la cuisine grâce à Hirosuke. C'est fou ce qu'il se débrouille bien aux fourneaux, un vrai cordon bleu ! »

Son interlocuteur haussa le ton.

« Mais non pas il ne faut pas t'en faire ! Elle n'a rien fait exploser, je te le promets. Elle n'a pas non plus fait une expérience ayant mis notre vie en danger. Je t'assure.

Pour la centième fois, Hakaze n'est pas aussi irresponsable que tu ne le penses !

D'accord...Je te la passe... »

Ma sœur me tendit le téléphone. Enfin, ma cousine, enfin, qu'importe. Itoe Namatame correspondait aux deux termes. Elle était la fille de Soichiro Namatame, mon père, et de Sirie Bhorn, ma tante, ce qui faisait d'elle à la fois ma cousine et ma sœur. La jeune fille qui partageait ma couleur de cheveux, mais aux yeux varions bleus et rouges, soupira en me disant qu'il râlait encore.

« Allo ? Lâchai-je en soupirant.
- J'ose espérer que tu n'as rien fait exploser en mon absence gamine? Me sermonna la voix dure et vieille de mon père.
- Papa, je te rappelle que j'ai 46 ans et toi 72, et tu m'appelles encore gamine.
- Tu resteras aussi gamine que ta sœur à mes yeux.
- Tu abuses, c'est moi qui la prends en charge depuis qu'elle est petite parce que tu es toujours en voyage depuis que tu as retrouvé Violet ! »

Car oui, depuis qu'il était marié avec Sirie, et que Violet était revenue dans sa vie, les trois coulaient des jours heureux en faisant le tour du monde. Certes, ils le méritaient. Après tout ce qu'ils avaient vécu, il était bon pour eux de prendre du repos. Je ne m'inquiétais pas non plus pour le couple de mon père. Il ne bandait plus à cet âge, j'en étais certaine, il ne risquait donc pas d'être infidèle à Sirie ou de faire un enfant ailleurs.

« Écoute, si tu fais des conneries, Itoe me le dira donc fais attention elle te surveille.
- C'est à elle que tu devrais dire ça ! Protestai-je, qui est l'adulte dis-moi !?
- Elle est bien plus rationnelle que toi. N'oublie pas le nombre de paradoxes que tu as créé pour moi.
- Excuse-moi de songer à ton bonheur ! »

Je raccrochai au nez de mon père. Il était décidément gonflé celui-là. Je prenais soin de sa fille depuis des années maintenant pour qu'il fasse ses voyages, et il me voyait encore comme une gamine irresponsable. Cela me faisait rager du plus profond de mon âme. Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir cependant. J'étais celle qui l'avait poussé à partir. Rester dans ces lieux vides alors que plus rien n'existait n'aurait fait que le tuer à petits feux.

Car oui, la forêt dans laquelle j'avais toujours habité avec ma famille n'avait jamais été aussi vide que depuis la disparition d'Izrath. Toutes les créatures qui nous cotoyaient étaient mortes avec ce monde, faisant de notre maison un refuge de dépression permanente. J'avais fait la vaine promesse de garder ces lieux plutôt que de laisser la ville tout raser, mais je sentais que j'étais devenue une autre depuis que je l'occupais. Hiroki était mort, tout comme Medrawt. Leurs duels à l'épée n'existaient plus, tout comme leurs commentaires stupides sur mon choix de vêtements, ou leur camaraderie d'idiotie. Il ne restait d'eux qu'une tombe de fortune que j'avais construite en plantant dans le sol leurs épées l'une à côté de l'autre.

J'étais restée forte, toutes ces années. Les gamins avaient besoin de moi. Mon fils et ma sœur étaient plus ou moins du même âge, et j'avais fait mon possible pour qu'ils puissent grandir de manière équilibrée. Tout comme mon homologue du futur – que j'étais devenue – me l'avait dit, mon fils avait un caractère super difficile. Il était impossible à mettre de bonne humeur, mais contrairement à ce futur où Zetsubô avait gagné, il avait trouvé un canalisateur en la présence de Zahlia. Elle l'entraînait dans son optimisme, et cela lui faisait du bien. Il ne faisait plus ses réflexions dévalorisant la vie, et il prenait soin de lui. C'était tout ce dont je pouvais rêver pour son bien être.

« Je sors, grande sœur ! S'exclama Itoe, joyeuse. Je vais retrouver des copines pour préparer un devoir en chimie sur des cours que j'ai du mal à maîtriser.
- Tu ne veux pas que je t'aide ? Lui demandai-je. Sur quoi bloques-tu ?
- Sur l'utilisation du trinitrotoluène dans l'amatol. »

Je restai figée quelques secondes en entendant ce mot, trinitrotoluène. Cela me rappela une foule de souvenirs datant de cette fameuse période dans laquelle Hiroki et les autres étaient encore en vie. Itoe, voyant le problème, posa son sac et vint me serrer dans ses bras.

« Ne te force pas trop, grande sœur. Je n'ai pas connu la guerre, mais je sais qu'il reste des cicatrices dans le coeur de tout le monde, y compris le tien. Alors garde en mémoire que je suis là si tu as besoin de moi.
- Itoe... »

Je lui souris. Elle était une bonne gamine, cette gamine. Elle repartit à l'entrée de notre chez nous, avant de reprendre.

« Si tu vois Hirosuke, dis-lui que sa tata l'aime de tout son coeur. s'amusa-t-elle en tirant la langue. »

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Puis elle partit, me laissant soupirer. Hirosuke détestait l'appeler par ce nom et elle le forçait toujours. J'étais désormais seule. Édouard était parti voler de l'uranium quelque part, et en attendant son retour, tout était vide. Alors je quittai le laboratoire de la forêt, celui que mon père utilisait à l'époque, pour revenir dans la forêt. J'enjambai la rivière qui était bien plus difficile à traverser maintenant que j'avais passé la quarantaine, jusqu'à me rendre sur la tombe de fortune des deux amours de ma vie.

Et là, je n'avais plus besoin d'être forte.
Plus personne ne me regardait. Aucune âme ne pouvait me juger pour être faible, alors je pouvais me lâcher. Comme à mon habitude, je laissai couler le torrent d'émotions sur mes joues, avant de me jeter sur les épées plantées dans la pelouse. Etreignant quelques bouts de ferraille comme s'ils allaient me ramener mes hommes, je laissai libre cours à ma tristesse que j'extériorisai en pleurant le martyr. Je n'avais jamais oublié. Faire le deuil ? C'était une invention factice pour se donner une bonne conscience, en refermant une cicatrice par un pansement autocollant. Le deuil ne pouvait pas exister. Il était impossible de passer à autre chose, tout du moins, pour moi.

Je maudissais chaque jour depuis que l'on m'avait enlevé le père de mes enfants, mon inestimable partenaire, mon grand-père et cet univers ayant accueilli l'ensemble de ma famille en lui. Depuis ce jour j'avais tout abandonné, et je m'étais investie dans la fédération dirigée par ma sœur aînée Alice qui me rémunérait pour cela. Mais l'argent qu'elle m'octroyait ne me servait pas à vivre. Cela contribuait à la réalisation de mes expériences.

Car oui, je faisais encore des expériences. Je n'avais pas renoncé. Cela faisait désormais 21 ans que j'essayais de trouver le moyen de rendre sa gloire à Izrath, et j'approchais du but. Je n'étais plus qu'à un iota de pouvoir entreprendre un projet, aussi fou était-il. Rien qu'un détail pour parvenir à mon objectif qui était de restaurer purement et simplement cet univers qui avait tout emporté dans sa chute.

« Eh bien ma poule, railla Jessica qui venait d'arriver. Faudrait vraiment que tu prennes des vacances tavu.
- Tu sais très bien qu'aucun repos ne me sera donné tant que je respirerai l'oxygène qu'Izrath ne pourra pas expirer à son tour. »

Jessica était la seule à savoir dans quel état d'esprit je me trouvais. Elle était dans les mêmes tourments que moi d'ailleurs. Elle avait elle aussi perdu des tas de personnes en devant renoncer à Izrath. Elle gardait la face devant tout le monde, excepté moi. Lorsque nous nous retrouvions ensemble, nous savions que nous n'étions que deux femmes brisées de l'intérieur.

« J'ai vu Laure. Lâcha-t-elle, le sourire aux lèvres. Elle pourchasse Édouard parce qu'il a piqué l'uranium d'ETHER Japon. Tant qu'il sera vivant elle ne prendra jamais sa retraite celle-là.
- Et il risque de durer, soupirai-je, figure-toi que l'autre jour il s'est pris de l'acide par mégarde, eh bien il l'a absorbé. Il a été irradié au point de ne plus réagir comme nous face aux éléments chimiques. »

Un silence s'installa. Les conversations ne duraient jamais longtemps entre Jessica et moi. Chaque fois, le vide prenait place et nous nous rappelions ces moments funestes. Alors je retournai dans mon laboratoire, elle me suivit, non pas sans insulter la tombe de sale gland avant cela.

Finalement, mon expérience était encore là, et je ne pouvais plus avancer. J'étais coincée. Acculée dans une spirale temporelle qui bloquait mon progrès. Et Jessica ne pouvait rien pour moi. Elle m'avait beaucoup aidée avec cette expérience, mais il y avait des limites à sa compétence. Je ne pouvais pas lui en vouloir.
Je baissai la tête.

« Dis, Jessica. Murmurai-je. Tu ne penses pas qu'il vaudrait mieux que je me résigne à cette éventualité ?
- Ah ouais, t'en est à ce point-là… Eh bien écoute ma poule, tu sais déjà mon avis sur le sujet, mais si cela te rend heureuse, alors fonce, on est tous libres.
- Tu prendras soin de Hirosuke et Itoe en mon absence ?
- Tu le sais bien. Je serai toujours derrière toi. Tu es la seule amie qu'il me reste, Hakaze. »

Ces mots me firent chaud au coeur. Avoir une amie qui me supporte même dans une telle décision, c'était la meilleure consolation face à ce m'arrivait. Ainsi, je l'étreignis, avant de reprendre, la voix gorgée d'émotions.

« Alors adieu, Jessica. Je ne t'oublierai jamais. Pour tout ce que tu as fait, et ce que tu feras pour moi, merci.
- Ce fut un plaisir ma poule. Tu diras à Hiroki et Reisuke que je les emmerde, une fois que tu les verras. »

Elle me tira un sourire. Ainsi, je tournai les talons, en disant adieu à tout ce que je laissais derrière moi. Il fallait que j'évite de penser à ma famille, et à mes amis. Ils allaient souffrir de mon absence, c'était un fait, mais je ne pouvais plus vivre dans de telles conditions. J'étais prête à faire le grand saut, l'ultime acte de ma vie qui allait enfin tout résoudre. Ne plus vivre dans ces tourments. Ne plus être prise au piège à regarder des tombes…

Je partis de mon quartier, dévalant quelques rues, à moitié vidée par mon acte. J'essayais tant bien que mal de rester entière au fur et à mesure de ma progression, afin d'éviter de m'écrouler sur les genoux et de renoncer en route. Personne ne me regardait. Hirosuke avait un boulot stable, des gens pour l'aider, mon père était entouré de ses deux groupies, je les savais tous heureux et en bonne santé. Je pouvais partir tranquille.

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J'arrivai devant un bar. Ce fameux pub tenu par Daisuke : le Quindecim. J'y entrai pour prendre un verre avant le départ fatidique.

« Bonjour, chère cliente. Me lança une voix jeune et tendre. Que puis-je pour vous ? »

Je me tournai, faisant face à un jeune garçon aux cheveux blonds et aux yeux aussi pétillants que ceux du barman. Je m'avançai vers lui qui était fièrement dressé derrière son comptoir, avant de m'asseoir, comme une cliente normale. D'un geste de la main il m'invita à commander ce que je voulais, me montrant la liste des cocktails disponibles.

« Je ne sais pas quoi consommer. Avouai-je, le timbre à moitié mort. Que me conseillerais-tu pour préparer un long voyage duquel on ne revient pas ?
- Hmm. Hésita le jeune homme qui devait avoir dix-sept ans, me laissant constater une frappante ressemblance avec Daisuke. Pourquoi pas « Farewell, dear existence » ? C'est un breuvage que j'ai conçu moi-même. J'y ai ajouté de la nostalgie, une profonde réminiscence faite de souvenirs chaleureux et de bonheur perdu.
- Tu fais vraiment ce genre de cocktails ? Souris-je. C'est la carte de la déprime.
- Chaque client venant consommer dans l'humble bar de mon père attend des sensations différentes d'un autre. Il est de mon devoir de composer des breuvages correspondant à tout type d'émotions. »

Je soupirai. Il était exactement comme son père. Aussi attendrissant qu'agaçant. Il était cependant un poil plus maladroit que lui. Il préparait son cocktail avec moins de professionnalisme, cela donnait un certain charme à sa personnalité. Lorsqu'il me tendit sa boisson, je ne l'avais pas remarqué, mais quelqu'un d'autre s'était déjà assis à côté de moi : Louis, le pianiste du Quindecim, et accessoirement le meilleur ami de Daisuke.

« Bonjour Hakaze, me sourit joyeusement celui qui avait arrêté Daisuke dans sa folie vingt ans plus tôt. C'est rare de te voir ici.
- Vous n'avez pas quitté ce bar en 20 ans ? Répondis-je amusée. Il serait temps de penser à faire ta vie aussi Louis. »

Nous n'eûmes pas le temps de démarrer une conversation qu'un « HIKACHU ! » aigu se fit entendre de derrière. Il soupira, avant de prendre congé en s'excusant. Je le vis retourner avec une femme semblant être la sienne, ainsi que quelques enfants qui me prouvèrent que j'avais tort.

« Votre boisson. M'interrompit le barman qui voulait vraiment recevoir un avis sur sa mixture, comme un enfant. »

Je soupirai, avant de me saisir de sa préparation. Là je la goûtai, et je ressentis quelque chose de particulier. Je ne pus savoir comment il avait fait, mais des tas de sensations contradictoires me pénétrèrent, me rappelant différents goûts que j'avais oublié jusqu'alors. Un parfum de spiritualité provenant d'Izrath, le même qui donnait goût aux breuvages de Maximus le sixième. L'odeur des champs de fleurs de la colline du sanctuaire céleste, la délicatesse de chaque fruit que l'on y trouvait, et l'amour se dégageant de tous leurs projets, de toute leur création.

Je m'écroulai sur le bar de ce jeune homme, versant toutes les larmes que je retenais en mon for intérieur. Si Medrawt avait été là, il m'aurait traitée de couarde ou de gueuse, mais je n'en avais pas la moindre gêne. J'étais de toute façon résignée. Tout allait s'arrêter avec ce voyage à sens unique. Je n'avais plus grand-chose à supporter pour enfin être libre.

« Papa, je crois que j'ai fait pleurer une cliente. Bredouilla son fils qui était parti dans la réserve.
- Je m'en charge, ne t'en fais pas. Reprit le père, d'une voix calme et chaleureuse. »

Il arriva vers moi, je le sentais. Pourtant, je ne pouvais pas lever la tête. J'étais bien trop occupée à sangloter en repensant à tout ce que j'avais perdu. J'étais détruite, irréparable, brisée, impossible à sauver.

« Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus, Hakaze. Entama Daisuke d'une voix douce. Mais je savais qu'un jour, tu finirais par venir.
- Ton fils est charmant...Répondis-je, sans confronter son regard.
- N'est-ce pas ? Je n'aurais jamais cru pouvoir espérer à un tel bonheur que celui d'avoir mis au monde Auguste. La vie est quelque chose de paradoxal. La femme que j'ai essayé d'utiliser afin d'ouvrir les portes d'Izrath allait devenir la mère de mon fils. Finalement, j'imagine que le cours du temps est imprévisible pour nous, simples mortels. »

J'essuyai mes larmes. Daisuke et moi nous mîmes à entreprendre une conversation faite de réminiscences, de confessions, de sentiments, et de larmes. Nous nous rappelâmes à quel point les séparations avaient été douloureuses, en commençant par Kôsei jusqu'à Hiroki et Reisuke, sans oublier tous ceux qui étaient tombés en silence, dans l'indifférence la plus totale.

Nathan avait finalement décelé le best-seller à publier, et il avait gagné énormément de notoriété. Ce « Best-seller » n'était en fait que la nouvelle édition du Bescherelle, édition spéciale « Nazi de la grammaire » supervisée par Alexis. Les ventes avaient explosées et les deux étaient devenus riches. Le critique s'était donc reconverti et avait ouvert un musée de la porte dans lequel il gardait tous les specimens rares de portes ayant décoré des grands bâtiments de l'histoire. A vrai dire, je n'y croyais qu'à moitié, mais Daisuke m'assura que c'était la stricte vérité, et il n'avait aucune raison de mentir. J'appris également qu'Esteban et Sylvio, les deux inséparables du Quindecim, s'étaient finalement lancés dans la musique à leur tour. Ils étaient des rivaux récurrents de Shameless Fandubbers du Quindecim. Ils avaient également chacun trouvé une épouse qui supportait leur rivalité et leurs délires à foison.

Finalement, tout le monde était passé à autre chose. Même Juuni et Cécilia. Les deux femmes avaient totalement fait la paix et ouvert la fondation Christophe qui voyageait dans le monde afin de recueillir les orphelins dans le besoin. C'était d'ailleurs cette fondation qui envoyait les plus jeunes en famille d'accueil chez Jessica afin qu'elle ne s'en occupe. Avec l'aval du maire, ils étaient devenus une organisation non gouvernementale financée dans l'ombre par la commune.

Je grimaçai. Pour une amie, Jessica ne m'avait même pas mentionné ce détail. Peut-être parce qu'elle avait tout simplement honte d'être une femme normale éprouvant un instinct maternel. Elle avait toujours été très dure de caractère, affichant comme faiblesse le fait d'être prise pour une personne sentimentale. C'était plutôt amusant, finalement.

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« Ce fut une merveilleuse aventure, n'est-ce pas, Hakaze ?
- Si seulement elle avait eu une autre fin. Murmurai-je, n'affrontant pas le regard de l'homme. Il n'y a que toi qui es assez pur pour te réjouir d'un tel épilogue, Daisuke.
- Oh ne te méprends pas. Parfois, moi aussi je me surprends à regretter mes choix. »

Il me sourit. Je lui rendis l'expression. Devinait-il à cet instant précis, quel acte je m'apprêtais à commettre ? Non, il lui était impossible de le faire. Même pour Daisuke, cela aurait été bien trop difficile à comprendre. Quoique, peut-être était-il le seul qui pouvait le faire. En repassant ses motivations au crible dans mon esprit, nous étions finalement assez similaires lui et moi.

« Auguste est un bon garçon. M'interrompit l'homme aux cheveux grisonnant, en fixant sa progéniture. Il a la même bonté d'âme que sa mère, ne trouves-tu pas ?
- Sa mère… ? L'interrogeai-je. De qui parles-tu ?
- Hikari. Me sourit-t-il. Nous avons prénommé notre fils en l'honneur de sa défunte amie, July. Après avoir fait tant de mal, elle m'a tendu la main, et j'ai saisi l'occasion pour l'aimer en guise d'excuses. Nous nous sommes aimés, et Auguste est né.
- Je sais comment on fait un enfant, ris-je, merci pour l'information Daisuke. »

Il pouffa lui aussi, me laissant pour la première fois entendre son rire enfantin et viril à la fois. Daisuke était un homme étrange finalement. Plus il me faisait décompresser, plus cela me faisait mal en retour.

« Je sais ce que tu es venu faire, Hakaze. Me murmura-t-il, convaincu.
- Vraiment ? Rétorquai-je, les yeux écarquillés. Mais, comment ?
- J'imagine que nous sommes similaires. J'ai longtemps pensé à comment tu aurais pu accomplir ton œuvre, et je savais que tu avais cette pensée en tête, mais que tu aurais tout fait pour ne pas t'y résoudre. Mais finalement, tu as perdu espoir, et tu t'es dit que c'était la seule solution pour mettre fin à tes tourments, n'est-ce pas ?
- Tu lis en moi comme un livre ouvert. »

Il esquissa un petit rire, avant de répondre.

« Attends simplement que mon fils parte, histoire qu'il n'assiste pas à un si triste spectacle. »

J'accédai à sa requête. Ainsi, j'attendis quelques dizaines de minutes afin qu'Auguste ne décide de s'absenter, suivi par les autres clients du Quindecim. Une fois en tête à tête avec le barman, il reprit la parole.

« Jessica a donc perdu tous ses pouvoirs, comme je l'avais imaginé. Elle t'a aidé pour le prototype, n'est-ce pas ?
- Oui. Jamais je n'aurais cru que les pouvoirs des ESPers auraient subsisté après la disparition d'Izrath. A partir des pouvoirs de Jessica, j'ai pu entreprendre des tas d'expériences, et j'ai donné naissance à un prototype. Alors j'ai fait des recherches pour utiliser l'énergie la plus proche du kvantiki : l'uranium. Mais je suis dans une impasse.
- Alors tu es venu pour me prendre mes pouvoirs et accomplir ton œuvre. Comme je l'avais prévu. C'est bien pour cela que j'ai entrepris ce projet, avec Hikari.
- Comment ça ?
- Ne l'as-tu pas remarqué avec Jessica ? Le simple fait qu'elle avait un enfant avec Ugo Porreau a suffit à ce que l'univers se distorde pour être certain qu'elle le rencontre, car donner la vie est un processus irréversible, peu importe la ligne temporelle. Je me suis donc lié dans la chair avec Hikari, afin d'être certain que pour Auguste, le temps se plierait à ma volonté.
- Tu veux dire que... »

Le regard de Daisuke s'illumina d'une lueur malsaine. Il me dévisagea d'un air carnassier, me laissant comprendre qu'il était bien en avance sur mes ambitions.

« Hakaze Namatame. Me lâcha-t-il avec intérêt. Je savais que de toutes ces personnes, tu n'allais pas te résoudre à un tel échec. Tu me l'as prouvé par une fois, lors de ton retour dans le temps. N'oublie pas que j'ai la faculté de garder les souvenirs de chaque ligne temporel, alors je me suis assuré que cette fois, je retrouverai Hikari, et j'accomplirai mon œuvre.
- As-tu été si loin dans ton anticipation ? Bredouillai-je, mal à l'aise.
- En effet, je l'ai prévu. Alors exécute-toi, et prends ma vie comme tu es venue le faire.
- Je…
- Et garde en tête que cette fois, je serai celui qui détruira Izrath, et avec lui, j'accomplirai le reset menant à mon monde parfait. »

Je lui transperçai le coeur d'un poignard caché dans ma poche en réflexe à ce qu'il venait de me dire. Il s'écroula au sol, nageant dans son propre sang en me dévisageant, satisfait par la tournure des choses. Il bégaya quelques mots.

« La troisième manche de notre lutte acharnée vers le passé commence...Hakaze...Et sois certaine que j'en sortirai vainqueur… »

Puis il rendit son dernier souffle, sous le poids de mes sentiments accumulés. Je venais d'entreprendre la première étape d'un voyage duquel il n'y avait pas de retour, et j'étais prête à m'y jeter corps et âme.

Je récupérai l'énergie de Cécilia contenue dans les organes de Daisuke ayant cessé de fonctionner. Comme nous l'avions deviné, Jessica et moi, sa réserve n'était pas aussi entamée que l'on aurait pu le croire. Il ne s'en servait que pour vivre, donc il avait économisé le maximum possible. Alors je sortis la machine que j'avais emportée. Je la jetai au sol, pour la laisser prendre la forme d'un projecteur vidéo, puis j'y introduis le pouvoir que j'avais récupéré de Daisuke Leocaser, ma victime.

S'ouvrit alors un portail comme je n'en avais pas vu en vingt ans. Je déglutis. Des tas de sentiments remontèrent jusqu'à mon coeur. J'allais une fois de plus tout laisser derrière-moi. Encore une fois, j'allais renoncer à mes proches, à mes amis, à ce que j'avais entrepris, pour tout recommencer. La Hakaze qui était venue me voir dans le passé était finalement celle que j'étais devenue, et à mon tour j'allais devoir revenir en arrière afin de sauver ce présent, son futur.

Alors je m'avançai d'un pas lourd, repensant à tous les enjeux de ce voyage. Au fond je le savais, c'était pour ça que mon père me surveillait en permanence par téléphone. Il savait que si j'avais la moindre possibilité de tout recommencer, je m'en saisirais à pleines mains pour retenter ma chance.

Je me laissai engouffrer dans le portail, sachant que derrière lui se cachait cette maudite guerre que j'allais revivre, ces grincements de dents, ces souffrances, le désespoir, Hiroki, Reisuke, Daisuke, mais surtout Izrath et tous ses habitants espérant une main salvatrice pour les délivrer de leur sort funeste.

« Attendez-moi, je vais changer le passé une nouvelle fois. »

Puis je disparus pour ne plus jamais revenir de ce voyage, laissant à Jessica le soin de veiller sur ma famille.

Chapitre final : RESET Reisuke, 22 ans plus tôt

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Le soleil brûlait en ce jour d'été. Les vacances arrivaient à grand pas et nous avions terminé notre année, Erika et moi. Nous avions tous les deux bien étudié, ce qui nous valut de valider notre diplôme d'études secondaires, nous ouvrant ainsi les portes vers les études supérieures. Pour ma part, je rêvais d'être pompier. Erika, elle, se voyait déjà être une infirmière. Elle avait le talent pour être une chanteuse, ou une athlète, mais elle préférait donner de sa personne pour les plus faibles d'entre nous dans leur labeur.

Ce jour-là, je devais la rejoindre, ainsi que The Fallen Moon, notre groupe de musique, pour une représentation live qui allait nous servir d'entraînement. En effet, nous comptions participer à un concours intercommunal regroupant tous les lycées du département, et c'était la première étape pour réussir à nous faire un nom. Cela ne m'intéressait pas à vrai dire, mais Kôsei et Erika semblaient y tenir.

Je sortis de chez moi afin de passer la prendre chez sa tante : Marie Kurenai. Mais alors que j'allais sonner chez elle, je sentis quelque chose d'étrange derrière moi. Je me retournai brutalement, mais il n'en était rien. Personne ne se trouvait aux alentours, mais j'avais l'impression d'avoir été observé toute la journée.

Alors je sonnai. Marie Kurenai sortit de sa maison, l'air désolé en me considérant.

La tante m'expliqua qu'Erika était déjà partie bien avant moi, je dus donc courir pour la rattraper. Cependant, alors que je me hâtai jusqu'à la place de l'espoir, je sentis encore cette chose me suivre, comme si une présence abstraite ne voulait pas me lâcher. Cela devait être mon imagination. Non, cela ne pouvait pas être mon imagination. Il y avait forcément quelque chose qui me scrutait, comme attendant le moment propice pour se jeter sur moi.

« Qui es-tu !? Lâchai-je au vent, comme parlant dans le vide. Montre-toi, qui que tu sois ! »

Personne ne me répondit. En surveillant les alentours, je repris ma course, guettant d'un œil discret ce qui se trouvait derrière moi. Mais je ne remarquai rien. Cette sensation désagréable ne partait pas. Elle me collait à la peau comme si ma vie en dépendait, comme si quelque chose de malsain et de destructeur voulait absolument me voir m'éteindre.

Lorsque je fus sur les lieux, nous pûmes enfin commencer notre concert. Nous jouions une musique qui comptait beaucoup pour nous : « Let her go », de Passengers. La voix claire et cristalline d'Erika enivrait l'auditoire de son talent et son éclat, tandis que je me laissais aller à la guitare sans la moindre fausse note.

Cependant, un imprévu vint court-circuiter notre concert. Un bruit sourd qui résonna au loin, comme si une explosion venait de retentir. Je lâchai quelques fausses notes tandis qu'Erika, perturbée, était sur ses gardes. Mon amie la blonde grimaçait en chantant faux, bien trop occupée à scruter d'où venait cette particularité que l'on ne pouvait pas définir. Je déglutis, notre évènement partait à vau-l'eau sous nos yeux, sans que l'on ne puisse faire quoi que ce soit, et je sentais en Erika quelque chose qui clochait. Cette créature allait sûrement revenir des entrailles de la jeune fille que j'aimais sans crier gare.

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Mais alors que je surveillais Erika, quelque chose vint se planter sur notre estrade, sans nous laisser le temps d'éviter. Je réagis en vitesse, bousculant mon amie avant même qu'elle ne puisse réagir. Elle tomba de l'estrade, tandis que la menace se fit apercevoir. Une existence semblant humanoïde flottait dans les airs. Une personne portant une espèce d'armure sombre aux rayures claires étincelantes. Un casque nous empêchant de voir son visage, elle laissait une cape pourpre flotter au gré du vent.

Elle se rapprocha de nous à la vitesse de la lumière avant d'atterrir pile devant Erika. Mes yeux s'écarquillèrent. Mon sang se glaça d'un seul coup. Quelle était cette chose ? Comment accomplissait-elle de telles prouesses ? Et que nous voulait-elle ? Je n'eus même pas le temps de prendre la parole. L'intrus avait saisi Erika à la gorge, la surélevant d'une main comme si elle n'était qu'une plume que l'on soufflait au vent. Je me jetai spontanément sur elle, suivi par les membres de notre groupe de musique, en vain. L'individu nous repoussa d'une facilité déconcertante, comme de vulgaires insectes. Choqué, je tentai de prendre la parole afin de comprendre ce qu'était cette chose.

« Qu'est-ce que...grognai-je. C'est toi m'a suivi depuis ce matin !
- Kurenai Erika. Reprit la voix semblant trafiqué de l'individu sous cette armure. Yamada Reisuke. Je suis venu pour vous détruire. Aujourd'hui est le jour de votre mort. »

L'être fut surpris par des coups de feu venant de derrière. Un policier balafré, accompagné d'une escouade de trois personnes, dont un jeune homme au teint mat et aux yeux bleus semblant furieux de nous voir dans cette situation venait de tirer sur elle. Erika fut relâchée quelque temps, tandis que notre assaillant, lui, se tourna vers ceux qui avaient osé porter atteinte à sa vie.

Il leva la main au ciel, chargeant une énergie étincelante suffisamment puissante pour raser la ville entière. Erika et moi, ainsi que toutes les personnes présentes sur les lieux, nous fûmes tous subjugués par ce qui se déroulait sous nos yeux. Je déglutis. Personne n'allait pouvoir nous sauver d'une telle puissance.

« Zéphyra ! Retentit une voix féminine pleine d'assurance. Time Freeze ! »

Le temps s'arrêta autour de nous, pour presque tout le monde. Moi et Erika étions encore capables de nous mouvoir, mais il semblait que personne d'autre ne le pouvait, excepté notre adversaire. D'un seul coup, alors que je ne m'y attendais pas, surgit une jeune femme semblant quelques années plus vieille que moi. Une superbe brune aux cheveux marron et aux yeux verts éclatants bondit dans les cieux afin de s'attaquer directement à ce qui attentait à nos vies. L'existence projeta la puissance sur elle, et contre toute attente, la nouvelle venue déjoua l'attaque.

« Décline ton identité. Lui lança celle qui nous avait porté assistance. »

L'armure s'ouvrit légèrement pour nous laisser apercevoir le regard de notre assaillant. Deux grands yeux rouges presque inanimés qui me firent frémir de peur. Des mèches de cheveux en pointes noires lui tombaient sur le regard.

« Zetsubô. Lança la voix modifiée par je ne savais quelle technologie. Appelle-moi Zetsubô. Je suis le destructeur de civilisation. Celui qui va plonger le monde dans le chaos et le désespoir. Je déclare en ce jour que cette ville m'appartient, et qu'elle n'est que la première étape dans mon ascension vers la toute puissance. Tremble, Sagamihara. Écoute le désespoir qui est à ta porte ! »

Le ciel s'obscurcit tandis qu'il gronda comme si un orage se préparait. Notre adversaire éclata de rire face à la situation, devant nos mines abasourdies et incrédules.

« J'ai traversé le temps pour venir changer l'histoire et créer un monde issu de MA volonté ! Revendiqua l'être flottant devant nous. Personne ne viendra entraver mes objectifs ! Peu importe combien de fois vous devrez tous mourir pour créer l'univers auquel j'aspire ! Je recommencerai encore et encore, jusqu'à ce que ce monde se plie à ma volonté ! »

Cette qui était vraisemblablement de notre côté courut alors pour se ruer sur cette personne se proclamant le destructeur de civilisation. Elle fut stoppée dans sa course par un autre individu portant un masque lui aussi, mais dont on pouvait discerner une longue chevelure grise flotter au vent. S'ensuivit une bataille qui fit rage entre elle et l'homme aux pouvoirs de feu, bataille qui fut interrompue par Zetsubô lui-même.

« Il suffit, Silver. Si ETHER est déjà présente sur les lieux, alors nous ne pouvons plus rien faire pour le moment. Rentrons en Lithemba, serviteur.
- Bien maître. Répondit machinalement la voix masculine sous le masque. »

Mais alors que je pensais qu'il allait user d'une ruse pour nous attaquer, il se contenta de disparaître au loin, laissant tout le monde sortir de cette espèce de prison temporelle. Je restai abasourdi. Cependant, avant même que je ne puisse me poser des questions, la jeune femme en cuir nous ayant porté secours se rua vers moi, m'agrippant.

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« Il faut qu'on parle, Reisuke. Suis-moi. »

Elle nous entraîna, moi et Erika, dans une course sans fin pour arriver jusqu'à la plage, à quelques rues de la place d'où nous venions. Elle scruta la mer d'un air agacé, mais sans surprise. Comme si elle était au courant de tout ce qu'il se passait. Elle sortit un téléphone de sa poche, débutant ainsi une communication avec quelqu'un dont l'identité était un secret pour moi.

« Nous avons un problème, Laïla. Zetsubô a encore frappé. J'ai réussi à sauver Reisuke et Erika, je vais te les ramener. »

Erika afficha un air concerné en entendant le nom de « Zetsubô ». Elle grimaçait même, comme si quelque chose au plus profond d'elle était décontenancé par ce qu'elle venait d'entendre. Elle devait sûrement être encore sous le choc de l'attaque. Pour ma part, je ne réalisai toujours pas ce qu'il s'était passé. Je devais être dans un rêve, et on allait me réveiller, ce n'était pas possible autrement.

La jeune femme se tourna vers moi et me sourit. Elle me tendit la main maladroitement, comme si elle n'avait remarqué ma présence que maintenant.

« Excuse mes manières, Reisuke. Sourit-elle. Je ne me suis même pas présentée. Je m'appelle Hakaze. Namatame Hakaze. Ne t'en fais pas, je suis ton alliée. J'avais un œil sur toi et Erika, car je connais le monstre qu'elle a en elle et je voudrais l'aider à régler ce problème, mais l'heure n'est pas à cet objectif pour l'instant. »

Elle marqua une pause, avant de reprendre, sérieuse et pressante.

« Écoute, Reisuke, il faut absolument que tu me suives. Cet individu en a après toi et ta famille, et j'ai justement un contact très proche avec ta sœur. Si tu veux survivre et protéger Erika, exécute-toi et viens rencontrer Laïla. »

C'était soudain. Terriblement soudain. Je ne comprenais absolument rien, mais je n'avais de toute façon pas le luxe de réfléchir. Une terrible menace planait sur Erika, et cette brune venait manifestement de nous sauver la vie, à moi et elle. Alors je lui fis confiance, la suivant de très près tandis qu'elle nous menait je ne savais où.

Mais pour une étrange raison, je sentais que je pouvais lui faire confiance. Ses ambitions ne semblaient pas perfides, j'avais une bonne intuition à propos de cette personne.

Je devais faire confiance à cette lumière qui me guidait sur mon chemin de vie.

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Car toute vie commence par une lumière. Une fine particule étincelante parcourant un océan de péripéties, traversant la vie elle-même en tentant de garder intacte sa luminosité. Lorsque cette étincelle en rencontre une autre, elle s'unit alors et grossit, se rassurant elle-même sur la difficulté de son parcours amoindrie par cette alliance. Confiante en sa force et sa luminosité, elle s'avance, encore et encore, habitée par un sentiment d'espoir profond : celui de changer les choses et d'aboutir à un feu d'artifices des plus magnifiques.

Parfois, l'ombre frappe un grand coup de nulle part, et l'étincelle unifiée se divise alors en de faibles particules luttant pour vivre, pour survivre, mais ce n'est que temporaire.

Car chaque existence se battant pour écrire son histoire, pour trouver son idéal, s'unifiera alors de nouveau avec les autres, sans jamais se laisser abattre.

Jusqu'à parvenir à ses fins.
Encore, et encore.
Dans un cycle éternel.

Fin.