Chapitre 28 – Secrets révélés
- Le Prince va pouvoir vous recevoir, si vous voulez bien me suivre messire Link.
« Pas trop tôt » fulminais-je intérieurement en suivant le garde zora. Cela faisait des heures que j'attendais devant le palais qu'Impa et le Prince terminent leur réunion. Et pour une raison inconnue, ils avaient refusé que j'y assiste, soi-disant que je n'étais pas encore totalement remis. J'ignorais pourquoi, mais depuis que l'on avait capturé Zelda, tout le monde semblait éviter d'en parler en ma présence, comme s'ils avaient peur de trop en dire. Je ne comptais plus le nombre de fois où une conversation s'était brusquement interrompue en me voyant, et cela m'agaçait au plus haut point. Je sentais que l'on me cachait quelque chose, mais j'ignorais quoi. Et pour couronner le tout, je n'avais même pas la possibilité d'accéder à sa cellule pour essayer de comprendre ce qu'elle m'avait dit la dernière fois. « Ils ne t'ont rien raconté… » plus le temps passait, plus j'avais la sensation qu'il y avait bel et bien anguille sous roche. Mais cette fois, il était hors de question d'accepter que l'on me laisse une fois de plus dans l'ignorance. Qu'importe l'avis d'Impa et des autres, je découvrirai cette fois la vérité.
Il y avait foule dans la Grande Salle. De nombreux Zoras, Piafs et même des Gerudos s'étaient réunis autour du Prince, d'Impa, d'Alfine et, profond soulagement, d'Amipha. Cette dernière en me voyant ne put s'empêcher de se jeter dans mes bras de joie, tandis que le Prince me saluait chaleureusement.
- Ah Link, désolé de t'avoir fait attendre, nous écoutions le rapport d'Impa. Je suis heureux de voir que tu vas bien. J'ai appris ce qui est arrivé à Médolie sache que sa mort nous touche beaucoup. Je sais que tu dois te sentir coupable, mais d'après ce qu'Amipha m'a raconté, tu ne pouvais rien faire. De plus, tu as sauvé ma fille, et pour cela je t'en serai éternellement reconnaissant.
- Merci votre Altesse.
Me rapprochant de la table, je vis de nombreuses cartes d'Hyrule et de sa citadelle, ainsi que divers rapports d'éclaireur.
- Nous nous apprêtions à définir un plan d'action pour prendre la Citadelle. Nous aurions aimé avoir plus de temps, mais avec la disparition de la Princesse, l'armée royale peut nous tomber dessus à tout moment.
Prendre d'assaut la Citadelle ? Même avec une armée, il sera très difficile voire impossible de passer ne serait-ce que les murailles de la ville basse. Jamais nous n'arriverions au château sans être massacré.
- Je vois ta question Link. Répondit le Prince. Ne t'en fait pas, nous ne comptons pas assiéger la ville non seulement nous savons qu'il est impossible de la prendre avec nos forces actuelles, mais nous ne voulons pas mettre les habitants en danger. Notre plan est le suivant : moi et Alfine prendrons la tête de notre armée et nous nous dirigerons vers les plaines d'Hyrule avec nos nouveaux alliés. Une fois en place, nous nous efforcerons d'attirer le plus de soldats à l'extérieur des murailles, et de les occuper le plus longtemps possible. Pendant ce temps, toi et Impa vous vous infiltrerez dans la Citadelle, et vous vous occuperez du Roi. L'armée royale étant composée presque uniquement de mercenaires, la capture de Mahor suffira certainement à les convaincre de déposer les armes. Nous laisserons alors le peuple décider d'un nouveau monarque, et nous aiderons Hyrule à retrouver sa prospérité.
Le plan me semblait assez risqué. De nombreuses personnes risquaient d'y laisser leur vie durant la diversion. Quant à l'infiltration, ni moi ni Impa ne connaissions assez le palais pour nous y déplacer discrètement.
- Votre Altesse, je ne remets pas en question la qualité de votre plan, ni vos compétences militaires, mais ni moi ni Impa n'avons suffisamment de connaissances solides pour réussir une infiltration. Par ailleurs, l'organisation du château a sans doute dû changer depuis notre dernière visite, de même que les tours de garde. Il serait suicidaire d'y aller sans informations récentes et fiables. Il nous faudrait quelqu'un pour nous renseigner ou mieux nous guider une fois sur place, mais je ne connais malheureusement personne qui accepterait une telle mission suicide.
A ces mots, un silence s'installa sur l'assemblée. Au début, je pensais qu'ils réfléchissaient à une autre stratégie, avant de m'apercevoir que tous fuyaient mon regard, tandis qu'Amipha foudroyait des yeux son père… Je sentais qu'ils avaient déjà réfléchis à la question, mais que l'on cherchait une fois de plus de me le cacher. J'essayais de rester calme pour ne pas leur dire ce que je pensais de leurs petits secrets, bien que ce ne soit pas l'envie qui me manquait. Depuis le début, je n'avais cessé d'être manipulé aussi bien par un camp que par l'autre, et je ne le supportais plus. J'avais affronté des monstres redoutables, échappé à la mort plusieurs fois uniquement par chance, vu mes amis risquer leurs vies pour moi, et pourtant on continuait de me mentir. C'en était trop ! J'allais peut-être regretter ces paroles par la suite, mais je n'en pouvais tout simplement plus.
- Votre Altesse. Avec tout le respect que je vous dois, j'ai l'impression que vous persistez une fois de plus à me cacher des choses que j'ignore. Une fois à l'intérieur, je serais sans doute livré à moi-même avec Impa pour seul allié, et ce sans aucun moyen de repli en cas de problème. Je suis certes déterminé à restaurer la paix dans Hyrule, mais je ne veux pas mettre ma vie en jeu sans avoir autant d'informations qu'elle. Alors si vous savez quelque chose que j'ignore, par les Déesses dites-le moi et cessez de me considérer comme votre pantin !
Ce fût la stupéfaction générale dans l'assemblée. J'avais franchi les limites du raisonnable en m'en prenant directement aux plus hauts représentants des différents peuples, mais sur le coup je ne le regrettais absolument pas.
- Que seuls Impa et Link restent avec moi dans cette salle. Tous les autres, sortez. Nous reprendrons plus tard.
Rapidement, toute l'assemblée se dispersa, ne laissant plus que moi face à Impa, le Prince et…Amipha ?
- Amipha, soupira le Prince. J'ai dit que seul moi et…
- Oui je sais, mais il est hors de question que je m'en aille. Je suis autant concerné par cette histoire que vous tous, et je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas participer à cette conversation !
Durant un bref instant, je crus que le Prince allait expulser manu-militari sa fille, mais il se contenta finalement de souffler.
- Décidément, ce voyage n'aura pas réussi à faire disparaître ton entêtement… Soit. Link ?
- Oui votre Altesse ?
- Nous comprenons parfaitement que tu puisses te poser autant de questions, mais sache que si nous restons silencieux dessus, c'est parce que nous devons protéger au maximum certaines choses, notamment sur Zelda. Je n'ignore pas que tu as remarqué que nous t'empêchons de lui parler ou simplement de la voir, mais nous devons faire en sorte que le moins de personnes possibles soient au courant de sa présence, et du rôle qu'elle doit jouer dans notre plan. Il est impératif que le Roi n'ait aucune idée de son importance c'est la raison pour laquelle seule une poignée de personnes digne de confiance est au courant.
- Par ailleurs, vu ta réaction de la dernière fois en présence de la princesse, nous avons jugé plus sûr pour nous tous de te mettre à l'écart.
Je n'osais pas le croire. Non seulement le Prince annonçait de la manière la plus normale que Zelda allait encore être impliquée malgré les preuves montrant clairement sa trahison, mais en plus Impa m'expliquait que l'on faisait plus confiance à elle qu'à moi. Je n'étais pas dupe j'avais parfaitement assimilé que le troisième « volontaire » ne serait autre que Zelda. C'en était trop. Oubliant cette fois toute retenue, je m'apprêtais à répliquer violemment, mais Amipha me coupa l'herbe sous le pied.
- Combien de temps comptez-vous encore considérer Link comme rien de plus qu'une arme une marionnette manipulable et que l'on jette une fois inutile ? Combien de fois allez-vous encore lui mentir effrontément dans le seul but de mieux le contrôler ? Tu devrais avoir honte Impa ! De nous tous, tu es la première à avoir mal agit envers lui, et ce alors qu'il t'accordait sa confiance ! Et tu oses lui faire la morale ? Et toi Père ? De quel droit estimes-tu que Link soit sous tes ordres ? Il n'a pas prêté allégeance à toi, ni à Impa, mais à Hyrule ! Et c'est pour cette raison seule qu'il a accepté de nous aider ! Et ce n'est pas lui mais nous qui devrions avoir de la reconnaissance. Il a combattu plus de monstres que n'importe qui d'autre sur cette terre, et n'a pas hésité à se mettre en danger pour nous tous ! Et que l'on ne me sorte pas un « Il n'a fait qu'accomplir sa mission » ! Sa mission ne comportait pas le fait de devoir affronter un Lynel, ni un Moldarquor et encore moins de se faire poignarder dans le dos par celle que tout le monde considère comme notre « alliée » ! Il a fait bien plus que son devoir ! Alors quand est-ce que vous vous déciderez de lui révéler une bonne fois pour toute la vérité ? Mais sachez ceci Link m'a sauvé la vie plus d'une fois, et si vous vous obstinez à vous taire, alors je lui dirais moi, par respect pour lui !
Stupéfaits, nous nous retournâmes en même temps vers Amipha. J'étais impressionné par le courage qu'elle avait eu de répondre ainsi à son père, qui plus est le Prince Zora. J'avais du mal à reconnaître la petite zora insouciante du début. Ce qu'elle avait vécu l'avait endurci, et bien qu'elle ne soit encore qu'une enfant, elle possédait maintenant une maturité impressionnante pour son âge. Mais de nous tous, c'était assurément le Prince qui était le plus marqué. Je voyais à son regard que les mots d'Amipha l'avaient bien plus touché qu'il ne le montrait, et je crus même voir une goutte perler un bref instant sur son visage. Lui aussi devait certainement se rendre compte de l'évolution de sa fille.
Un long moment silencieux s'écoula, durant lequel personne ne bougea, chacun réfléchissant à ce qui avait été dit depuis le début. Et après ce qui parut être une éternité, le Prince prit enfin la parole :
- Link… Je suis vraiment désolé… Ma fille a raison… Nous n'aurions pas dû te considérer de la sorte. De nous tous, tu es celui qui a le plus prouvé sa valeur, mais nous n'en avions pas pris compte. Pire, nous t'avons mal considéré depuis le début, et c'est indigne de nous. Je te prie d'accepter mes excuses les plus sincères, ainsi que celle du peuple zora.
Je ne savais plus vraiment quoi penser. Je m'attendais à être réprimandé pour mon accès de colère, mais pas à recevoir de telles excuses. Je me retournais tour à tour vers les autres, mais je ne vis que le visage gêné d'Impa, et le regard sévère d'Amipha.
- Votre Altesse…Je…
-Ne t'inquiète pas, je sais ce que tu dois penser. Et vous avez eu raison tous le deux de nous parler comme vous l'avez fait. Nous n'avions pas saisi l'ampleur de notre silence. Vous avez fait ce qu'il fallait, et je n'ai aucune raison de vous en tenir rigueur. Chose promise, je vais te mener à Zelda. Je crois qu'Elle essaie de la raisonner de nous aider en ce moment. Je pense que c'est d'ailleurs à Elle de te raconter toute l'histoire. Mais tu risques d'avoir un choc. Es-tu sûr de vouloir savoir ?
- Oui !
Je n'avais même pas pris la peine de réfléchir à cette question. Aussi violente soit la vérité, je voulais savoir je devais savoir une fois pour toute.
- Bien alors suis-moi.
Guidé par le Prince, nous nous dirigeâmes vers une zone du palais encore inconnue, avant de descendre un long escalier. Je n'avais rien pour déterminer où nous nous trouvions, mais j'étais presque sûr que nous étions au fond du lac du Domaine. Au bout du couloir se trouvaient deux gardes devant une grande porte de métal. En voyant le Prince, ils s'inclinèrent respectueusement devant lui.
- La Princesse est-elle seule ?
- Non votre Altesse. Elle est en compagnie de qui vous savez. Elle essaie de la convaincre de nous aider.
- Bien. Link, nous allons te laisser entrer. Mais avant, je veux que tu saches que tout ce que nous avons fait avait pour unique but de protéger ce secret. Promets-nous de ne rien révéler à qui que ce soit et surtout, essaie de comprendre la difficulté que ce fut pour Elle de porter ce fardeau.
- Je vous le promets Sire.
D'un geste de la main, le Prince ordonna aux gardes d'ouvrir la porte le temps de me laisser passer, avant de la refermer dans un quasi-silence. La salle dans laquelle je me trouvais semblait avoir été creusée dans la roche, et était assez spacieuse. Un grand mur coupait la salle en deux le seul accès étant une simple porte en bois. Dans un coin se trouvait un lit assez simple, ainsi qu'un tabouret et une petite table quelques parchemins trainaient d'ailleurs encore dessus. Tandis que je m'avançais lentement, j'entendis quelques bruits étouffés derrière le mur central. Approchant prudemment de la porte, je tendis l'oreille pour essayer d'en entendre davantage.
- Ecoute, je sais que tu n'as aucune confiance en lui, mais si tu refuses de le faire pour lui, fais-le au moins pour le royaume. Tu sais mieux que quiconque qu'Hyrule mérite mieux.
- Tu me fais rire ! Tu crois m'amadouer avec tes beaux discours ? Ça a peut-être marché avec ce pauvre Link, mais pas avec moi ! D'ailleurs, j'ai vu sa réaction quand j'ai été capturée, et j'ai l'impression qu'il n'est pas loin de découvrir ton petit mensonge. Je ne te savais pas aussi manipulatrice déteindrais-je finalement sur toi ?
Etais-je en train de devenir fou ? Cette voix, c'était exactement la même, mais avec une intonation légèrement différente à chaque fois. Par les Déesses, qu'est-ce que cela voulait dire ? Prenant une grande inspiration, j'ouvris alors en grand la porte.
- Saintes Déesses…. !
J'étais complètement sous le choc. Comment était-ce possible ? Même mon père n'en n'avait jamais rien su ! Cela ne se pouvait ! Mais en regardant plus attentivement, je vis un détail qui m'avait échappé la dernière fois. Ses yeux… ils étaient verts et non bleus… Et ses soi-disant accès de folie dont elle m'avait parlé la première fois…Pourquoi n'y avais-je donc pas pensé ? Et tandis que toute la lumière se faisait brusquement dans ma tête, je bafouillais incrédule :
- Deux… Deux Zelda ?
- Tiens donc, on dirait que notre cher ami a découvert à découvert le pot aux roses plus vite que je ne le pensais. On devrait lui expliquer avant qu'il ne fasse une attaque il a l'air complètement déboussolé le pauvre. Bon, je te laisse raconter après tout, c'est ton idée…ma chère Tetralyna.
Je sentais mon cœur battre à tout rompre, et je ne cessais de passer de l'une à l'autre tant je n'osais croire ce que je voyais. Ce ne fût que lorsque Zelda me fit signe de m'asseoir que je réalisais enfin l'importance de cette découverte.
- Désolé de t'avoir caché cela pendant tout ce temps Link. J'aurais souhaité te le dire plus tôt, mais j'avais peur de ta réaction et je ne savais pas comment te l'annoncer... Il est temps que tu saches aujourd'hui la vérité. Mais d'abord, j'aimerais te présenter quelqu'un, même si tu la connais déjà. Je te présente la Princesse Loruléa Zelda…ma sœur jumelle.
