Bonjour !

Voici donc le dernier chapitre de cette deuxième partie. Étant donné que l'épilogue est assez court, je le posterai sans doute demain ou samedi.


Elysium

Chapitre 25

"Our wills and fates do so contrary run

That our devices still are overthrown."

"Nos voeux et nos destins ont un cours si contraire

Que par là nos desseins sont toujours jetés bas."

Hamlet, acte III, scène II

oOo

Les jours qui suivirent la disparition d'Henry et Lyra furent les plus étranges qu'Emma ait passés sur l'Olympe. Ni elle ni Regina ne s'étaient d'abord inquiétées outre-mesure : apprendre ses véritables origines avait dû être un tel choc chez la jeune fille qu'il était on ne peut plus compréhensible qu'elle ressente le besoin de se terrer quelque part pendant plusieurs heures, le temps d'encaisser le choc. Cependant, plusieurs heures avaient passé et leur inquiétude n'avait fait que grandir.

Zelena, dans tous ses états, s'était mis en tête d'écumer tout l'Olympe à leur recherche. Emma avait pris peur : et si quelque chose leur était arrivé ? Hadès ne leur avait que trop conseillé de se méfier de tout le monde ici, même si l'atmosphère malsaine qui empoisonnait la demeure des dieux s'était quelque peu atténuée depuis la mort de Zeus et la fin du temps des mystères. Certains dieux, Athéna, Apollon et Poséidon en tête, avaient décidé de les aider – en vain.

Finalement, alors que la nuit était tombée depuis plusieurs heures, Pandore était sortie des ombres, apparition mystique sous le ciel étoilé, et avait simplement prononcé quelques mots.

Lyra et Henry s'étaient enfuis dans le jardin des Hespérides. Non, ils n'avaient pas de message pour eux, sinon qu'ils ne voulaient pas être suivis. Non, ils n'avaient pas dit quand ils reviendraient – si ils reviendraient. Non, ils ne pouvaient pas entrer en contact avec eux. Non, elle ne les laisserait pas entrer dans le jardin pour qu'ils aillent les chercher.

Zelena s'était presque jetée sur la déesse – si elle avait eu ses pouvoirs, il ne faisait aucun doute qu'elle n'aurait pas hésité à s'en servir et la pauvre Pandore aurait goûté à une ou deux boules de feu. Heureusement, Athéna l'avait retenue à temps, ce qui ne l'avait pas empêchée de se mettre à hurler.

Regina, qui n'avait pas été sur la même longueur d'onde que sa sœur depuis longtemps, avait joint ses vives protestations aux siennes. Toutes deux avaient tempêté pendant plus d'une heure, mais rien n'y avait fait : Pandore n'avait pas cédé, et ne céderait pas.

« Je dois respecter la décision de Lyra et Henry, » répétait-elle.

« Ce sont des enfants ! » avait explosé Zelena. « Ils ne savent pas ce qu'ils font, ils n'ont pas conscience de... »

« Ils sont beaucoup plus matures que vous ne le pensez, » avait conclu Pandore sans se départir de son calme.

Et elle avait tourné les talons, laissant Zelena rouge de colère.

« Euh... j'imagine que le moment est mal choisi pour annoncer que j'ai sauvé Hadès, » avait lâché Rigel.

Tous les regards s'étaient alors braqués sur lui. Après un soupir, il s'était lancé dans un récit bref sur la façon dont il était parvenu à guérir son père.

Oui, il s'était servi de la magie. Oui, ça avait fonctionné. Oui, Hadès allait vivre. Oui, il y aurait des conséquences : il avait perdu son immortalité et une partie de ses pouvoirs magiques. Oui, Rigel les avait récupérés. Oui, il était devenu un dieu.

Cette dernière précision les avait tous laissés pantois. Hadès, toujours inconscient, n'avait évidemment pas donné son accord : Rigel avait agi seul, sans assistance – Emma n'avait cependant pas manqué le regard coupable qu'avaient échangé Apollon, Poséidon et Athéna.

Complètement sonnée, Zelena n'était pas parvenue à aligner trois mots. Pressentant la tempête à venir, Emma avait attrapé le bras de Regina et toutes deux s'étaient éloignées.

A présent, près de trois jours plus tard, la situation n'avait pas vraiment évolué. Lyra et Henry n'avaient toujours pas refait leur apparition. Hadès était toujours inconscient. L'avenir de Lily et Regina était toujours incertain. Emma avait l'impression que le temps s'était figé et elle ignorait ce qu'il était possible de faire pour le remettre en marche.

« Tu penses qu'Henry va revenir ? » demanda t-elle à Regina.

Elle n'était pas étonnée qu'il ait choisi d'accompagner Lyra dans sa fuite désespérée puisqu'il était clair qu'il s'était plus ou moins amouraché de celle-ci. Toutefois, elle ne pouvait pas dire que cela la réjouissait : une seule question tournait en boucle dans son esprit.

Et si Henry ne revenait pas ?

« Il reviendra, » lui assura Regina. « Nous devons y croire. »

Emma lui offrit un petit sourire qui avait davantage l'air d'une grimace mais elle n'avait rien de mieux. Henry n'était pas le seul dont le retour était plus qu'incertain : qu'allait-il advenir de Regina et Lily ? Elle n'avait pas encore interrogé Rigel à ce sujet et elle n'osait pas le faire. Qu'avait-il prévu avec Zeus ?

« Tout ira bien, » dit Regina, comme si elle devinait ses pensées. « Quoi qu'il se passe... tout ira bien. »

« On croirait entendre Snow, » se moqua gentiment Emma.

Penser à sa mère lui fit prendre conscience que ses parents et les amis qu'elle avait laissés à Storybrooke lui manquaient beaucoup.

Emma avait hâte de rentrer.

Mais elle avait aussi très peur de partir.

oOo

Le vide.

Ce fut la première chose qu'Hadès ressentit quand il ouvrit les yeux. Une horrible sensation de vide, comme si on lui avait arraché quelque chose, comme s'l était désormais incomplet, comme si quelque chose qui faisait de lui ce qu'il était avait tout simplement disparu.

Rigel et Zelena étaient penchés au-dessus de lui. Zelena fondit en larmes et fondit sur lui, l'enlaçant avec force.

« Oh, Hadès... j'ai eu tellement peur. »

Ses membres étaient douloureux. Il lui rendit maladroitement son étreinte. Rigel le dévisageait calmement.

« Que s'est-il passé ? »

Il commençait à paniquer. Cette sensation de faiblesse était insupportable, et ça ne passait pas... Était-ce un des effets du Cristal Olympien ? Et comment diable était-il toujours en vie ?

Rigel prit alors la parole et, d'une voix posée, lui apprit ce qu'il avait fait pour le sauver. Hadès en fut tout simplement sidéré. Cette faiblesse, ce malaise qu'il ressentait prenaient à présent tous leur sens.

Il avait perdu son immortalité. Il avait perdu une partie de ses pouvoirs.

Il n'était plus un dieu.

« Pourquoi ? » fut tout ce qu'il parvint à articuler.

« C'était le seul moyen, » répondit Rigel.

« Mais pourquoi l'as-tu fait ? »

C'était insensé. Il ne voulait pas mourir mais jamais, au grand jamais il n'aurait voulu que son fils se sacrifie ainsi pour lui.

« Tu es mon père, » soupira Rigel. « Je pouvais te sauver, alors je l'ai fait. Il est inutile de me faire des reproches... c'est trop tard. »

Après un léger signe de tête, il quitta la chambre et le laissa seul avec Zelena.

« Je ne savais pas, » dit-elle. « Je t'assure. Je ne l'aurais jamais laissé faire une chose pareille, sinon... »

Hadès ne répondit rien. Il était évident que même si Rigel avait daigné mettre sa mère au parfum de ses projets, jamais il n'aurait tenu compte de son avis. Il était cependant étonné de l'absence d'une personne.

« Où est Lyra ? »

Les yeux de Zelena se remplirent à nouveau de larmes. D'une voix tremblante, elle lui apprit alors la fuite de leur fille dans le jardin des Hespérides. Hadès claqua la langue, visiblement furieux.

« Je vais étrangler Pandore... à quoi pensait-elle ? »

« Elle a refusé de me laisser entrer dans le jardin, » se lamenta Zelena. « Est-ce que tu peux faire quelque chose ? »

Il secoua la tête de droite à gauche, dépité.

« Pandore est la gardienne du jardin. Elle seule peut décider qui a le droit d'y entrer ou non. »

Il ne pouvait pas croire que Pandore ait permis à Lyra et Henry, deux adolescents, d'y accéder. Même s'il n'en montra rien, il était très inquiet : le jardin des Hespérides, malgré son aspect paradisiaque, était un endroit où on pouvait se perdre soi-même si on y restait trop longtemps. L'oubli n'était jamais la bonne solution, aussi espérait-il que Lyra et Henry auraient assez de bon sens pour mettre les voiles le plus rapidement possible. Sa propre impuissance le contrariait plus que tout.

Hadès réalisa alors qu'il venait de perdre ses deux enfants, ce qui ne fit qu'accentuer cette sensation de vide qui l'habitait depuis son réveil. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il ignorait quand il reverrait Lyra et Rigel était un dieu, désormais. Une barrière infranchissable se dresserait à jamais entre eux.

C'était dur. Très dur.

Zelena, comme si elle devinait ses pensées, enfouit le visage dans son cou.

Il avait gagné, dans un sens, gagné son combat désespéré contre la mort, gagné contre Zeus, d'une certaine façon, puisque son frère était mort et lui, Hadès, allait vivre.

Il avait gagné.

Mais il avait beaucoup trop perdu.

oOo

Lily n'y tenait plus. Si la mort de Zeus et l'agonie d'Hadès avaient occupé la plupart de ses pensées ces derniers jours, tout comme la fuite de Lyra et Henry, à présent quelque chose d'autre l'obsédait : ce qui allait lui arriver. Pour en avoir discuté avec Regina, elle savait que leur sort était pour le moins incertain. Lily n'était pas certaine que Zeus ait véritablement eu l'intention de leur permettre de revenir à la vie – elle ne savait pas si c'était seulement possible. August et Maleficient essayaient de la rassurer mais leurs paroles lui semblaient bien vides : comment pouvaient-ils la renseigner sur quelque chose qu'eux-mêmes ignoraient ?

C'est pour cela que l'après-midi même du réveil d'Hadès – elle avait répété à plusieurs reprises que le monde se serait mieux porté s'il était mort, ce qui lui avait valu un regard particulièrement acéré d'Athéna – elle persuada Regina d'aller directement confronter Rigel à ce sujet.

Son cousin, qu'elle ne parvenait toujours pas à voir comme un membre de sa famille, sortait du palais quand elle lui fondit dessus. Regina la suivit avec un peu de réticence.

« Il faut qu'on parle, » lâcha t-elle sur un ton impérieux.

Rigel haussa un sourcil et cligna des yeux, comme s'il peinait à se souvenir qui elle était. Lily en fut immédiatement agacée. L'arrogance accompagnait-elle toujours le statut de dieu ? Elle espérait pour lui qu'il ne suive pas le même chemin tortueux que son père et son oncle.

« Oh ? » fit-il.

« Oui, » insista t-elle en grimaçant. « Nous aimerions savoir si nous allons pouvoir revenir à la vie ou si nous sommes condamnées à croupir à Elysium pour l'éternité. »

« Ah... je vois... »

Leur résurrection ne faisait clairement pas partie de sa liste de priorités. Lily retint à grand peine une remarque cinglante.

« Laisse-moi deviner, » reprit-elle. « Zeus était un menteur qui n'a jamais eu l'intention de respecter l'accord passé avec Emma ? »

Elle souhaitait presque que ce soit le cas. Voir Zeus comme le dernier des salauds serait un bon moyen de rapidement cesser de penser à lui et de ne pas regretter cette relation au terrible goût d'inachevé.

« Eh bien... non, ce n'est pas exact, » répondit Rigel. « Zeus avait bel et bien l'intention de tenir sa promesse. Il prévoyait de vous donner de l'ambroisie. »

« De l'ambroisie ? La nourriture des dieux ? »

« Oui... en théorie, elle peut permettre aux morts de revenir à la vie. »

Lily brandit un poing victorieux vers le ciel. Si elles avaient été plus proches, elle se serait probablement jetée dans les bras de Regina. Un nouvel avenir se déployait devant elle : elle s'imaginait déjà à Storybrooke avec sa mère et surtout avec August, elle se voyait déjà construire quelque chose avec lui sans qu'une malédiction ou la mort ne vienne les séparer... Regina vint cependant tempérer ses ardeurs.

« En théorie, » répéta t-elle en fronçant les sourcils.

Rigel avait l'air de plus en plus embarrassé.

« Oui... cela peut marcher lorsque le défunt se trouve aux Enfers au moment où il en mange – ça a très bien fonctionné pour Eurydice – mais vous... vous êtes déjà sur l'Olympe. Je ne suis absolument pas certain que l'effet soit le même... »

« Mais ça vaut le coup d'essayer, non ? » supplia Lily.

« Hmm... j'imagine que... »

« Génial ! »

Pour elle, il ne faisait aucun doute que cela allait fonctionner. Après avoir poussé un autre cri victorieux, elle fonça vers le palais et se lança à la recherche d'August et de sa mère. Tous deux étaient assis dans les cuisines. Elle se jeta alors dans les bras de celui qu'elle aimait.

« Je vais rentrer à la maison, » dit-elle, les yeux brillants.

Ses yeux s'éclairèrent aussi et il captura ses lèvres dans un baiser passionné.

Elle allait rentrer à la maison en compagnie de sa famille.

Tout irait bien.

oOo

En fin de journée, Rigel convoqua tout le monde dans la salle du trône. Emma fut surprise de le voir assis sur le trône qu'occupait jadis Zeus, Héra à ses côtés. Elle eut pitié de la déesse qui semblait sur le point de fondre en larmes. Cependant, elle s'efforçait de garder un air digne. La Sauveuse avait le cœur léger : Regina lui avait appris que Rigel était d'accord pour lui donner de l'ambroisie. Si tout se passait bien, elles allaient bientôt rentrer à Storybrooke.

Seule ombre au tableau, et pas des moindres : l'absence d'Henry. Emma avait retourné le problème des centaines de fois dans son esprit et elle en était venue à une conclusion simple, mais cruelle : elle ne pouvait rien faire. Pandore demeurerait inflexible, elle le savait, et seuls Henry et Lyra pourraient décider du moment où ils souhaiteraient quitter le jardin des Hespérides. Elle allait devoir se résoudre à repartir sans son fils, ce qui lui brisait le cœur. Elle fut étonnée de voir Hadès debout. Celui-ci s'appuyait sur Zelena et semblait bien décidé à ne pas se faire remarquer – sans doute ne supportait-il pas de montrer ses nouvelles faiblesses.

Rigel se racla alors la gorge.

« Je vous remercie d'être venus. Comme vous le savez, nous avons récemment perdu un membre de notre famille olympienne. Car, quoi que nous ayons pu penser de lui, Zeus faisait bel et bien partie de notre famille. Il était profondément imparfait, mais... d'une certaine façon, n'est-ce pas le cas de tout le monde ici ? »

Plusieurs personnes dans l'assistance murmurèrent leur assentiment.

« Nous le regretterons, chacun à notre manière. Cependant, sa disparition est également synonyme d'une nouvelle ère. Et qui dit nouvelle ère dit changements... notamment concernant le sort des âmes défuntes. »

Quelques dieux et héros échangèrent des regards intrigués. Achille et Orphée en particulier étaient suspendus aux lèvres du Prince-Lumière – où était-ce le Dieu-Lumière maintenant ?

« Cette séparation entre Elysium et le pré de l'Asphodèle n'a plus lieu d'être. Désormais, plus aucun défunt ne sera séparé de ses proches. Les habitants du pré de l'Asphodèle auront accès à Elysium et vice-versa. »

Le visage d'Achille se vida de toutes ses couleurs. Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, Emma vit quelque chose faire son apparition dans ses yeux.

L'espoir.

« Je pense que nous devrions célébrer ce changement ce soir... avec des invités très spéciaux. »

Il se changea alors en chat et se faufila à l'extérieur de la salle. Le silence régna pendant quelques secondes, au bout desquelles il refit son apparition, mais il n'était pas seul.

Des hommes et des femmes qu'Emma n'avait jamais vus firent leur entrée, cependant elle avait une idée très précise de leur identité.

La réaction d'Achille ne la détrompa pas.

« Patrocle ! »

Il traversa alors la salle à toute vitesse et se jeta dans les bras d'un homme à la peau mate. Il pleurait.

« Je ne peux pas y croire... oh, Patrocle... »

Celui-ci referma ses bras autour d'Achille et le serra contre lui, les larmes aux yeux. Emma ne put s'empêcher de sourire face à ce spectacle. Regina, qui se tenait à ses côtés, en fut elle aussi touchée.

Les scènes de retrouvailles se multiplièrent alors autour d'elles : une femme à la peau dorée et aux longs cheveux bruns sortit du rang et balaya la salle du regard avec anxiété.

« Eurydice ? »

Orphée se frotta les yeux comme s'il avait affaire à une illusion. Quand il devint clair que tout ceci était bien réel, son visage se fendit d'un sourire qui n'avait rien de mélancolique et il s'empressa d'aller retrouver sa bien-aimée alors que Ulysse et Pénélope couraient enlacer leur fils Télémaque.

D'autres réunions furent plus timides : Emma vit que Thésée observait en chien de faïence deux jeunes filles et deux hommes. Elle comprit qu'il s'agissait de Phèdre, Ariane, Hippolyte et Égée. Il se résolut à s'approcher d'eux et se mit immédiatement à genoux, les mains jointes, implorant leur pardon. Son père le fit alors se relever et le serra contre lui tandis que les deux sœurs lui pressèrent doucement le bras et que son fils hochait la tête. De même, Héraclès osait à peine regarder Mégara dans les yeux mais celle-ci lui offrit un petit sourire encourageant. Quant à Jason, il entreprit de s'expliquer avec Médée. Si celle-ci n'eut pas l'air entièrement convaincue par ce qu'il disait, elle l'autorisa néanmoins à serrer les deux enfants qui l'accompagnaient dans ses bras.

« C'est touchant, » lui dit Regina. « Je suis sincèrement heureuse pour eux. »

« Moi aussi. Je n'ai jamais vu Achille sourire autant... en fait, je crois que je ne l'ai presque jamais vu sourire. »

Rigel, qui avait repris forme humaine, jeta un œil à Apollon qui discutait avec Orphée et Eurydice, puis reprit :

« Que serait une fête réussie sans musique, sans poésie ou sans danse ? »

Apollon fit alors volte-face, les yeux ronds.

« Je pense qu'il est grand temps que nos amies nous rejoignent... »

Il claqua des doigts et, dans un nuage de fumée bleue, dix femmes apparurent. Pour les avoir déjà rencontrées, Emma et Regina les reconnurent aussitôt, et ce fut aussi le cas d'un certain dieu...

« Calliope ! »

Apollon bouscula tout le monde et fondit sur sa bien-aimée.

« Tu m'as tellement manqué... »

« Toi aussi, Apollon. »

Après l'avoir embrassée, il l'entraîna vers Orphée. Celui-ci, qui avait récupéré sa mère et sa femme en quelques minutes, paraissait plus heureux que jamais. Les autres Muses se mêlèrent aux dieux, ravies d'être enfin revenues de leur exil forcé. La dixième femme se dirigea vers Emma et Regina.

« Je suis heureuse de vous revoir, » dit-elle de sa voix douce.

« Bonjour, Perséphone, » répondit Emma.

L'appeler « Fée Dragée » n'était certainement plus nécessaire.

« Si vous êtes ici, j'en déduis que vous avez réussi à briser cette malédiction... »

Regina et Emma échangèrent un regard.

« C'est une longue histoire... »

« Je m'en doute. »

Emma lui indiqua alors l'autre bout de la salle.

« Je crois que quelqu'un aimerait vous parler... »

Perséphone fronça les sourcils jusqu'à ce que son regard croise celui d'Hadès.

« Oh... je vois. »

Elle courba gracieusement la tête.

« Si vous voulez bien m'excuser... »

oOo

Hadès n'était guère étonné de la décision qu'avait prise son fils concernant Elysium et le pré de l'Asphodèle : c'était bien le genre de Rigel de chercher à rendre les autres heureux – même si c'était à ses dépens.

En revanche, jamais il ne se serait attendu à ce qu'il fasse revenir les Muses et Perséphone. Ses jambes menacèrent de se dérober sous lui quand il aperçut cette dernière. Tant d'années passées à la chercher... et elle était là, devant lui.

Il ne la quitta pas des yeux lorsqu'elle se dirigea vers Emma et Regina.

« Perséphone, hein ? » lâcha Zelena.

« Oui, » confirma t-il.

Son ancienne épouse tourna alors la tête et croisa son regard. Sa gorge se serra.

« Devrais-je être inquiète ? » demanda Zelena.

Il plongea ses yeux dans les siens avant de l'embrasser sur le front.

« Absolument pas. C'est toi que j'aime, tu le sais bien. »

« Hmm... »

Elle ne fut cependant pas ravie de voir Perséphone les rejoindre et lui jeta un regard peu amène. Elle se résolut finalement à leur laisser un peu d'intimité.

« Ça ira ? »

« Oui, ne t'en fais pas. »

Elle hocha sèchement la tête et s'éloigna. Hadès se mordit la lèvre et détailla avidement le visage de celle qu'il avait tant aimée autrefois, sans savoir quoi dire.

« Bonjour, Hadès, » dit-elle doucement.

Il avait presque oublié le son de sa voix.

« Bonjour, Perséphone, » répondit-il.

Elle fronça les sourcils et l'observa avec attention.

« Tu as changé, » constata t-elle.

« Oui, » grimaça t-il. « C'est une longue histoire, mais... disons que j'ai perdu une partie de mes pouvoirs. »

« Oh, » dit-elle. « Ce n'est pas à ça que je pensais... je voulais dire que tu sembles moins en colère qu'à l'époque. »

Il ne sut que répondre à cela et se contenta d'acquiescer.

« Je suis désolé, » lâcha t-il. « C'est à cause de moi que tu as été bannie... »

« Hadès... »

« Je t'ai cherchée, tu sais ? Je t'ai cherchée, mais je ne pouvais pas t'atteindre... Zeus s'en était assuré... »

« Hadès... je sais. »

Elle lui sourit tristement.

« Moi aussi, je suis désolée... désolée de ne pas avoir su t'aimer comme tu le voulais. »

« Tu as fait de ton mieux... »

Perséphone jeta un œil à Zelena qui les observait un peu plus loin.

« Je vois que tu as retrouvé l'amour. »

« Oui. »

« Tu l'aimes ? »

« Plus que tout. »

Elle sourit et hocha la tête.

« Bien, bien... je suis heureuse pour toi. »

Elle se mit sur la pointe des pieds et effleura sa joue du bout des lèvres avant de s'éloigner vers Déméter. Il ne put s'empêcher de sourire en voyant leurs retrouvailles émouvantes.

oOo

La fête se prolongea tard dans la nuit. Emma fut sidérée de voir à quel point la simple présence de Patrocle avait suffi à transformer Achille : elle le reconnaissait à peine. Le héros sarcastique, maussade et railleur avait laissé la place à un homme souriant qui enchainait les plaisanteries. Il s'était même lancé dans un concours d'histoires drôles avec Apollon. Un peu plus tard, Patrocle tira Hector par le bras jusqu'à lui. Elle n'entendit pas ce qu'il leur dit mais Achille, après avoir roulé des yeux, consentit à serrer la main d'Hector.

Orphée, qui avait récupéré la lyre enchantée de Lyra – qui était d'ailleurs la sienne, au départ – jouait des mélodies entraînantes. Pénélope, Ulysse et Télémaque bavardaient joyeusement. Installés à l'écart, Thésée, Phèdre, Ariane et Hippolyte discutaient avec une certaine méfiance sous le regard bienveillant d'Égée – Emma espérait que les choses s'arrangent définitivement entre eux.

« Ça ressemble à une fin heureuse, non ? » lui dit Regina.

« J'imagine, » répondit Emma. « J'aimerais juste qu'Henry soit là pour voir ça... »

Rigel se laissa alors tomber à côté d'elles.

« C'est une fête sympathique, » lui offrit Emma.

« Merci. J'ose espérer que les choses seront plus apaisées ici... »

« J'en suis persuadée. »

Il avait visiblement quelque chose à leur demander.

« Quand souhaitez-vous repartir ? »

Elle échangea un regard avec Regina.

« Eh bien... nous avions dans l'idée d'attendre qu'Henry sorte du jardin... mais quelque chose me dit que ce n'est pas prêt d'arriver... »

« Connaissant Lyra... je pense que vous avez raison, » grimaça Rigel. « Mais je vous promets qu'à l'instant où ils réapparaîtront, je les renverrai à Storybrooke. »

« Dans ce cas... il est inutile que nous nous attardions davantage ici. Regina ? »

Elle hocha tristement la tête.

« Je suppose que tu as raison... nous pourrions rentrer demain, à condition que l'ambroisie fonctionne et que ça te convienne, Rigel. »

« C'est parfait. Excusez-moi, il faut que je parle à quelqu'un... »

Il se leva et s'éloigna. Sans s'en apercevoir, il venait de leur avouer qu'il avait l'intention de rester sur l'Olympe.

« Tu crois qu'Hadès et Zelena ont compris qu'il ne rentrera pas avec nous ? » demanda Emma.

Regina acquiesça.

« Bien sûr... mais je crois que ce n'est pas le cas de tout le monde. »

Rigel entraînait Violet à l'écart.

« Pauvre gamine, » soupira Emma. « Elle va le perdre une deuxième fois... »

Elle posa la tête sur l'épaule de Regina. La victoire avait un goût amer.

oOo

Rigel avait la gorge nouée alors que Violet le suivait. Il redoutait la conversation qui allait suivre et pourtant il savait qu'elle était indispensable. Il était toujours un peu enivré par ses nouveaux pouvoirs, par cette sensation de toute-puissance qui ne le quittait pas. Il allait falloir qu'il prenne garde à ne pas tomber dans les mêmes travers que Zeus et Hadès. Ce qu'il avait accompli ce soir – à savoir abolir la frontière entre Elysium et le pré de l'Asphodèle et ramener les Muses et Perséphone – était assurément une bonne action : il allait tâcher de poursuivre sur cette voie.

Pour l'heure, néanmoins, il fallait qu'il parle à Violet. Une fois qu'ils furent assez loin de la foule, il s'arrêta et se jeta à l'eau.

« Je ne vais pas rentrer avec vous à Storybrooke, » dit-il directement.

La réaction de Violet ne se fit pas attendre.

« Quoi ? Mais pourquoi ? »

« Je suis un dieu, maintenant. Ma place est ici, sur l'Olympe. »

« C'est ridicule ! Ça n'a jamais empêché ton oncle, ni ton père, ni aucun autre dieu de vivre avec les mortels. »

« Et pour quel résultat ? Rien de bon n'arrive lorsque les dieux s'immiscent trop longtemps dans les affaires des mortels. »

« Mais... »

Il l'interrompit.

« Écoute, Violet... je suis immortel, à présent. Tu sais ce que ça signifie, pas vrai ? »

Ses lèvres tremblaient.

« Ça n'empêche rien, » le supplia t-elle. « Même si... »

« Ça empêche tout, au contraire ! Je garderai à jamais cette apparence alors que toi, tu vieilliras... je ne peux pas te demander de t'enchaîner à moi pour toujours. »

« Mais je m'en fiche ! Je t'aimerai toujours, je le sais ! »

Il soupira et secoua la tête.

« Je suis désolé. Nous ne pouvons pas être ensemble. »

Il se détourna et fit un pas en avant.

« C'est fini. »

Deux pas.

« Rigel ! »

Trois pas. Il ne regrettait pas ce qu'il avait fait. Il avait sauvé son père, c'était le principal. Il ne devait pas penser à ce qu'il abandonnait.

« Rigel ! »

Quatre pas. Violet méritait plus que ce qu'il pouvait lui offrir. Il faisait ça pour le plus grand bien.

« Rigel, je t'en supplie, reviens... »

Cinq pas, dix pas, vingt pas.

Ses appels désespérés devinrent inaudibles.

Rigel ne se retourna pas. Il avait le cœur brisé mais il avait pris la bonne décision.

Il ne faiblirait pas.

oOo

Quand elle avait imaginé la résurrection de Regina et Lily, Emma s'était attendue à quelque chose de bien plus spectaculaire que ce qui se passa. Rigel leur distribua simplement un petit morceau d'ambroisie qu'elles s'empressèrent d'avaler. Et ce fut tout. Elles ne se mirent pas à hurler, ne se tordirent pas de douleur, ne furent pas entourées d'une vague de magie.

« Ça a fonctionné ? » demanda Lily, perplexe.

Sous sa forme de chat, Rigel tourna autour d'elles en les reniflant, puis reprit forme humaine.

« Je crois, » dit-il.

Emma exultait. Toutes ces semaines de doutes et d'incertitudes portaient enfin leurs fruits... si seulement Henry était là pour voir ça !

L'heure des adieux était venue. Emma prit le temps de saluer tous les héros qui l'avaient aidée à se préparer pour ses épreuves. Ça lui fit plaisir de voir Orphée et Achille aussi heureux. Ce dernier la serra contre lui sans prévenir.

« Vous allez me manquer, » avoua t-il.

« Vous aussi, » dit-elle.

Elle regrettait de ne pas avoir connu cet Achille là plus longtemps. Du coin de l'oeil, elle vit Orphée s'éloigner en compagnie d'Hadès et lui donner la lyre enchantée avant de baisser la tête, comme s'il avouait quelque chose. Elle comprit qu'il venait de lui dire qu'il était celui qui l'avait trahi tous ces siècles plus tôt. Hadès se contenta de hocher la tête et de presser son épaule avant que tous deux ne rejoignent le groupe. Rigel laissa ses parents l'enlacer.

« Pourquoi n'as-tu pas dit à Lyra ce que j'avais fait ? » demanda Zelena.

« Tout le monde fait des erreurs... » soupira t-il.

Il désigna le ventre de sa mère.

« Soyez heureux. »

Apollon, Athéna et Poséidon se dirigèrent alors vers Hadès.

« Nous allons venir avec toi à Storybrooke, » annonça Apollon.

« Quoi ? Mais pourquoi ? »

« Nous t'avons déjà laissé tomber une fois, » répondit Athéna. « Nous ne ferons pas deux fois la même erreur. »

« Mais... et Calliope ? »

« Elle va venir avec moi, bien sûr ! » répondit Apollon comme si c'était une évidence.

Hadès haussa les épaules, ne trouvant pas la force, ni l'envie de protester. La gorge d'Emma se serra. Jamais elle n'aurait cru que l'Olympe allait lui manquer et pourtant elle regrettait déjà ces instants passés à Elysium en compagnie des héros.

« Emma ? »

Elle croisa le regard de Regina et y vit le reflet de ses propres émotions : de l'espoir, bien sûr, mais aussi beaucoup de tristesse. Elles allaient laisser leur petit garçon derrière elles, même si elles savaient que rien ne pouvait lui arriver. Il avait choisi d'accompagner Lyra : elles devaient respecter sa décision.

Rigel claqua des doigts et fit apparaître un portail. Le moment était venu : elles rentraient à la maison. Cependant, au lieu de s'écarter, il s'approcha d'Emma et Regina et leur dit à voix basse :

« Écoutez... mort, c'est mort... je pense que votre résurrection ne sera pas sans conséquences. »

Sans leur laisser le temps de répondre, il s'éloigna. Emma sentit sa gorge se nouer. Cet avertissement ne lui disait rien qui vaille... cependant, elle serait avec Regina. Elle ne devait pas s'en faire. Tant qu'elle serait avec elle, rien de grave ne pourrait arriver.

« Ensemble ? » demanda Emma.

Regina appuya son front contre le sien et acquiesça.

« Ensemble. »

Après un dernier regard en arrière, elles franchirent le portail.