Chapitre 30. La sagesse des assiettes brisées
Lorsqu'Hermione fut de retour à Édimbourg, son petit appartement lui parut vide et silencieux.
Elle avait encore au fond de la gorge cet étrange nœud douloureux, sans vraiment savoir pourquoi. Elle avait pourtant passé la fin de l'après-midi au soleil, sous la brise printanière, à discuter de plantes et de potions en buvant un vin blanc succulent.
Que pouvait-on demander de mieux?
Elle s'activa. Elle avait besoin de se tenir occupée. Elle lava sa vaisselle sale sans user de magie, rangea les livres de sa bibliothèque dans un classement différent, dépoussiéra les étagères avec une application excessive.
Quand elle réalisa que ses mains tremblaient, elle tenta de mettre plus de zèle à la tâche.
Elle passa à travers la pile de vêtements propres qui ornaient son lit pour les mettre sur des cintres, puis elle s'empressa de revenir à la cuisine pour ranger les assiettes qui avaient fini de sécher, tout en cillant pour chasser ses larmes.
Pourquoi était-elle si sensible? Si fragile?
Alors qu'elle s'étirait le bras pour atteindre une étagère plus haute qu'elle, une assiette lui échappa des mains et se brisa en morceaux sur le plancher.
C'est ainsi que prit fin son manège effréné.
Elle regarda longuement les débris. Puis, elle s'agenouilla pour entreprendre de les ramasser au creux de sa paume, sans se couper.
Enfin, elle s'arrêta complètement.
C'était exactement comme ça qu'elle se sentait.
Comme une assiette fracassée dont on ne savait pas comment rafistoler les morceaux.
Elle fondit en sanglots.
À cet instant précis, à genoux à travers les fragments de vaisselle brisée, elle sut qu'il était temps de trouver le Portugal.
Son Portugal à elle.
