Human-Christina Perri


6 mars 2016

. . . . . . . .

Tony était accoudé au comptoir du bar depuis une bonne dizaine de minutes désormais, son verre de whiskey à peine entamé dans la main droite, le regard perdu dans le vide. Il se souvenait avoir échangé quelques mots avec le barman à l'âge avancé et aux cheveux blancs, l'épaisse moustache, les lunettes aux verres très légèrement fumés et au sourire bienveillant* avant que celui-ci n'aille servir les autres invités et l'homme s'était retrouvé seul, totalement perdus dans ses pensées. Rhodes était venu lui adresser quelques mots en début de soirée, au moins pour le remercier d'avoir organisé l'événements aussi rapidement après ce qui avait bousculé la vie tranquille des islandais. Il n'avait pas voulu perdre de temps et ne désirait qu'une seule chose après cela : retourner à une vie plus calme que celle qu'il avait mené depuis son voyage inattendu sur Arcturus IV. Tout ça l'avait assez épuisé, et faire une pause était son vœu le plus cher. Il fixa sans la moindre émotion apparente le liquide dans son verre, puis il lâcha un faible soupir. Sa seule envie était de retourner chez lui, se débarrasser de ce smoking qui lui donnait plus l'impression d'étouffer qu'autre chose et de ne plus sortir pendant trois mois. Et encore, ce n'était qu'un minimum.

Il reposa sa boisson sur le comptoir en marbre et s'appuya de son autre coude sur celui-ci, les yeux toujours rivés sur le contenu de son verre, même s'il y avait clairement plus passionnant et intéressant à observer avec tant d'attention, comme par exemple les trois Avengers qui venaient d'entrer dans la salle de réception, se faisant immédiatement interroger par un bon nombre de personne. A la suite de Steve, Natasha et Madison se trouvaient les jumeaux Maximoff, qui attiraient cependant pas mal de regards sur eux également. Vision était en pleine conversation avec Pepper à l'autre bout du bar et ne semblait visiblement pas se préoccuper des deux journalistes qui cherchaient à captiver son attention. Celui-ci préférait nettement parler plus calmement avec la compagne de son créateur, avec qui il entretenait toujours des discussions captivantes.

−Tu apprécies toujours autant la solitude, à ce que je vois ? déclara une voix dans son dos.

Tony esquissa un sourire et secoua légèrement la tête à l'entente de cette phrase prononcée par quelqu'un qui faisait intégralement partie de sa vie passée, celle qu'il avait mené jusqu'à ce qu'il ne retrouve sa sœur. Jusqu'à ce que tout semble brusquement s'arranger pour lui, alors qu'il avait passé de si nombreuses années à se demander si sa vie qui pour lui n'était un final qu'une succession d'échecs, et valait la peine d'être pleinement vécue. Il se retourna et fit alors face à un homme portant un costume trois pièces sombre, très élégant, qui possédait une montre en argent dont Tony n'arrivait pas à se souvenir du nom de la marque -il savait seulement qu'elle était anglaise, comme son propriétaire - et ses cheveux châtains étaient, comme dans les souvenirs du milliardaire, en bataille, impossibles à dompter. Le londonien lui offrit un sourire rayonnant, visiblement ravi de le revoir.

−Bonsoir, Max, lui lança l'américain et ils se serrèrent chaleureusement la main. Je ne m'attendais pas à ce que tu fasses le déplacement jusqu'aux Etats-Unis. Je sais que tu aimes voyager, mais Londres, ce n'est pas la porte à côté…

−Que veux-tu, j'ai pensé que c'était l'occasion de venir te saluer. Et puis, ça m'a semblé important. Je ne te cache pas qu'on ne s'était attendus à ça en regardant le meeting de l'autre jour à la télévision, mon père et moi.

−Tiens, comment va-t-il ?

−Bien. Il s'ennuie depuis qu'il a pris sa retraite mais il est content que je suive sa voie. Il aurait aimé venir, mais il a réussi à attraper un rhume avant-hier, alors il évite de trop quitter la maison pour ne pas se fatiguer. Mais il a quand même tenu à ce que je te salue de sa part.

−Tu lui remettras mon bonjour également, lui demanda Tony avant de boire une gorgée de whiskey. Je suis heureux de te revoir, lui dit-il ensuite en recroisant son regard. Cela faisait longtemps.

−Dix-sept ans, commenta Max, l'air mélancolique. Ouais, ça fait un bout de temps… Mais j'ai suivi ce que tu faisais grâce à la presse et aux infos. Tu ne t'en es pas si mal sorti, en fin de compte… « Iron Man », hein ?

−J'ai simplement dû trouver de quoi occuper mon temps libre, plaisanta l'autre homme. Pas mal de boulot, d'idées à mettre en œuvre, de nouvelles technologies à inventer… Et puis dernièrement, j'étais en voyage d'affaire… Une sorte de mission diplomatique qui a failli virer au cauchemar un bon nombre de fois.

−Mais comme toujours, reprit l'anglais, toi et ton groupe avez été là pour empêcher ça.

−Justement, je me dis qu'un jour, ça ne sera plus le cas. Un jour, nous ne serons plus là pour nous occuper de tout ça, et je pense qu'à cet instant précis, les choses se mettront à dégénérer beaucoup plus rapidement. Pour ma part, avec tout ce qui nous tombe dessus, je me donne… Cinq ans, grand maximum.

−T'exagères un peu, souffla Max, presque amusé, en s'accoudant lui aussi au comptoir. Je t'en donne encore au moins dix…

−Disons sept pour trancher, déclara alors Tony, et l'autre haussa les épaules pour approuver ses propos. Mais crois-moi, cette fois-ci, j'ai bien cru qu'on ne s'en sortirait pas et… il marqua un court temps de pause, cherchant sa petite sœur du regard et il la retrouva rapidement. J'ai… J'ai encore cru que j'allais la perdre.

Max regarda dans la même direction et eu un petit sourire en apercevant la jeune femme qui discutait calmement avec Rhodes.

−Elle a bien changé, depuis quatre-vingt-onze, soupira le londonien. Toi aussi, d'ailleurs. Je ne t'avais plus vu aussi ravi depuis une éternité, et tu as l'air beaucoup plus épanoui. Si je ne te connaissais pas, je dirais que ton groupe d'amis a une très bonne influence sur toi, mais comme tu as toujours réussi à te forger tout seul, et… Attends une seconde, ce n'est pas Jake Jefferson, là-bas ? demanda-t-il soudainement en désignant brièvement un homme encadré par deux gardes du corps et semblait entretenir une conversation très sérieuse avec d'autres personnes. Vous l'avez invité ?

−En effet, souligna le milliardaire en regardant à son tour le Procureur. Je me suis dit qu'il préfèrerait nettement obtenir des réponses à ses questions « en direct » plutôt qu'en regardant la retranscription vidéo de cette soirée, lui expliqua-t-il en voyant alors James Rhodes lui faire un signe pour qu'il les rejoigne, lui et Madison. Tu veux bien m'excuser un instant ?

−Oh, bien sûr, lui répondit Max avec un sourire. J'ai été ravi de pouvoir te parler à nouveau.

−Je te recroiserai peut-être plus tard, lui lança Tony en s'éloignant après avoir laissé derrière lui son verre désormais vide.

Il traversa la salle, se faisait de temps à autre saluer par tel ou tel invité et ne mit pas longtemps avant d'atteindre les deux individus qu'il cherchait à rejoindre. Le militaire lui tendit un IPad sur l'écran duquel de nombreux calculs, séries de chiffres et autres schémas s'affichaient.

−Je t'ai ramené ça, comme tu me l'avais demandé. Le discours est dans trois minutes, dit-il ensuite avant de s'éloigner, laissant les deux Stark entre eux.

Tony acquiesça pour le remercier et le laissa s'en aller, se retrouvant désormais seul en compagnie de sa sœur. Cette dernière avait revêtu une robe à la coupe asymétrique d'un bleu roi magnifique et avait laissé ses longs cheveux bruns pendre dans son dos.

−Tout va bien ? lui demanda-t-il.

−Merveilleusement bien, lui assura-t-elle. On ne m'a pas encore trop harcelée de questions, donc pour le moment, ça va. La seule chose qui pourrait éventuellement me frustrer aujourd'hui est de voir Steve marcher et se déplacer comme si absolument rien ne lui était arrivé…

−Qu'est-ce que tu veux, les gènes de supersoldat, ça fournit pas mal d'avantages… Et toi, ça va mieux ?

−Un peu. Je ne pensais pas que la douleur persisterait aussi longtemps, commenta-t-elle en posant une main sur son abdomen, à l'endroit où la dague de Loki l'avait frappée. Mais ne te fais pas, ça va passer.

−Et j'imagine que tu n'as toujours pas l'intention de me dire ce qu'il s'est vraiment passé là-bas ? Je te connais, je ne pense pas que c'est simplement à cause des dégâts provoqués par le tremblement de terre, tu es suffisamment habile pour éviter de te faire empaler par des débris. Pourquoi caches-tu la vérité ?

−Parce que c'est… Vraiment pas important, Tony. Crois-moi.

−Bon, soupira-t-il. De toutes façons, je ne m'attendais pas spécialement à ce que tu me le dises tout de suite… On verra ça plus tard… Sinon, enchaina-t-il en effectuant quelques manipulations sur sa tablette, il y a quelque chose que je souhaitais te montrer avant qu'on parte pour Arcturus IV, mais je n'en ai pas trop eu le temps… Je bossais sur un projet d'armure dont je voulais te faire part, parce que ça te concerne.

−Comment ça, « ça me concerne » ? Tu sais que je me débrouille parfaitement bien avec mon ensemble habituel pour ce qui est des combats et batailles en tous genres ?

−Ouais, j'ai vu ça en Islande, marmonna-t-il en faisant allusion au fait qu'elle avait été blessée, et il la vit baisser momentanément les yeux. Bon, après, cela ne reste qu'une idée, à voir si elle aboutira ou non, mais je me suis dit que ça valait peut-être la peine, ajouta-t-il en faisant défiler quelques images et schémas complexes avant de tomber sur ce qu'il cherchait, qui représentait une armure assez similaire à la sienne, mais arborant les couleurs qui représentaient sa sœur**. J'ai appelé ça l' « Iron Grace ».

−Délicate attention, lui répondit cette dernière avec un sourire. Ça fait longtemps que tu travailles sur ça ?

−Deux ou trois semaines, je n'ai pas vraiment compté. Mais au moins, ce genre d'armure t'empêchera de te faire blesser comme la dernière fois… Je sais que tu vas me répéter que tout va bien, que c'est passé, enchaina-t-il en remarquant qu'elle s'apprêtait à répliquer, mais je veux simplement te garantir un minimum de sécurité. Quand… quand j'ai vu ce cinglé de Skelne t'attaquer avec ses flammes, j'ai ressenti la même chose qu'il y a vingt-trois ans, j'ai… J'ai cru que j'allais te perdre une nouvelle fois. Et ça, il est absolument hors de question que cela se produise.

Avec un petit soupir, elle attrapa l'une des mains de son frère et le regarda droit dans les yeux.

−Ça n'arrivera pas, je te le promets, lui assura-t-elle. Et puis, j'ai encore pas mal de temps devant moi, alors je ne vois pas pourquoi on devrait s'inquiéter…

−D'ailleurs, tu en as parlé à quelqu'un, de ce qu'Eléa t'a confié sur Arcturus IV ?

−Seulement à Tasha et toi. Je n'ai pas spécialement envie que cela s'ébruite pour le moment, on a encore trop de choses à gérer concernant les récents événements, et comme ce n'est probablement pas pour tout de suite, je laisse ça de côté pour l'instant.

−Ce n'est pourtant pas à prendre à la légère, Maddie.

−Je sais, affirma-t-elle, confiante. C'est juste que pour l'instant… Je préfère me focaliser sur quelque chose de plus concret. Je ne vais sûrement pas agir comme si elle ne m'avait rien dit, mais simplement m'occuper de détails plus importants avant, histoire de me changer les idées.

−Si à n'importe quel moment, tu as besoin d'en parler, je…

−Ça ira, le coupa-t-elle gentiment en utilisant une voix douce. Ne te préoccupe pas de ça, Tony, ce n'est pas le plus urgent.

−A vos ordres, Mademoiselle, lui répondit-il en récupérant un semblant de bonne humeur. Sinon, des nouvelles de nos nouveaux alliés ?

−Les Elfes clairs ont bien reçu le matériel de dématérialisation, lui expliqua-t-elle. Ils ont d'ailleurs été à la fois surpris et ravis que cela leur soit parvenu plus tôt que prévu. Ensuite, j'ai eu un message en provenance de Wargrith. Apparemment, Areon, Garthlock et les quelques Géants de feu qui n'avaient aucunement l'intention de s'en prendre à qui que ce soit dans l'Yggdrasil ont temporairement trouvé refuge au sein de l'une des colonies des Elfes sombres depuis que le reste du peuple de Muspellheim a pris contrôle de l'intégralité de la planète. Leur combat pour la récupérer risque d'être long, mais ils nous ont assuré qu'ils y parviendront. Oh, et j'ai demandé à Radriel de faire parvenir aux autres ambassadeurs un transmetteur, à n'utiliser qu'en cas d'extrême urgence chez eux, au cas où ils auraient besoin d'une quelconque forme d'aide. Et puis, j'en connais un qui aimerait sûrement rester en contact avec la si charmante ambassadrice de Vanaheim, lui murmura-t-elle en regardant brièvement Peter en coin.

−On dirait qu'une fois de plus, tu as pensé à tout, déclara l'homme avec un sourire.

−Ce sont, comme tu l'as précisé, nos alliés, alors il est normal de nous entraider. Et puis, je te rappelle qu'ils nous ont bien défendus lors du Conseil, même si c'était légèrement truqué… Et j'espère vraiment les revoir un jour ou l'autre.

−Sincèrement, moi aussi, lui confia-t-il. Je ne m'attendais pas à les trouver aussi sympathiques, et tu as l'air de bien t'entendre avec certains en particulier. Et pour ce qui est de notre très cher futur roi d'Asgard ?

−Justement, il est rentré chez lui. Il devait absolument parler à son père de ce qu'il s'est passé pendant le Conseil, la trahison de Lydra et de quelques géants de feu, l'attaque, l'arrivée soudaine de Loki… Et d'après ce que j'ai cru comprendre, il n'a pas vraiment l'intention de monter tout de suite sur le trône.

−Vraiment ? Malgré le soutien des huit autres mondes de l'Yggdrasil ? la questionna-t-il, et elle hocha la tête pour approuver ses propos.

−Tu te souviens, l'an passé, lorsque nous avions parlé tous ensemble des Pierres d'Infinité ?

−Oui, et alors ?

−Il s'est mis en tête de les chercher pour je ne sais trop quelle raison. Je crois qu'il veut surtout s'assurer qu'elles soient toutes en sécurité et qu'elles évitent de tomber entre les mains de n'importe qui. Au moins, il sait déjà que les gemmes de l'Esprit et de l'Espace sont en lieu sûr, chez lui et ici. Apparemment, une autre se trouverait sur terre, et les trois autres se trouvent quelque part dans la galaxie. Celle de Xandar a l'air assez bien protégée, alors je ne me fais pas de souci, mais il avait surtout l'air inquiet pour les deux autres. Peut-être craint-il que dans un musée, l'une des pierres ne soit pas à l'abris.

−Ça se comprend. Tu as une idée de la date de son prochain détour par ici ?

−Non, je n'en sais rien. Il a simplement dit avant de partir qu'il avait beaucoup à faire afin d'assurer la paix dans la Galaxie. De nombreux peuples n'ont pas les moyens de se défendre seuls face aux menaces qui rôdent.

−Toujours aussi dévoué au reste du monde, pas vrai ? soupira Tony. Espérons que cette fois-ci, il donnera un petit peu plus souvent signe de vie. Même chose pour Barnes, d'ailleurs. Tu crois qu'il reviendra bientôt ?

−Bonne question, lui répondit-elle en baissant légèrement la tête. Il est plus que déterminé à découvrir ce qu'il a fait au cours des quarante dernières années de sa vie, quitte à en être encore plus terrifié après. Il n'y a rien, pas le moindre dossier ou document qui pourrait détailler ses actes, il n'y a que lui qui puisse raviver ses souvenirs, même si cela risque d'être douloureux.

Non loin de l'estrade où se trouvaient un pupitre et un micro, Rhodes fit signe au milliardaire.

−Je crois qu'il est temps, déclara l'homme à sa sœur en ayant aperçu le geste du militaire à quelques mètres de là. Tu es prête ?

La jeune femme hocha doucement la tête et ils rejoignirent leur ami sans rien ajouter, saluant quelques invités au passage. Madison était nerveuse à l'idée de s'exprimer en public. En général, cela ne la dérangeait pas plus que ça, car elle avait beaucoup d'assurance et était habituée à parler à une assemblée, notamment lorsqu'elle se trouvait devant ses élèves au manoir. Cette fois-ci, elle savait que son discours serait bien plus important que les autres, car il révèlerait au monde entier le pourquoi du comment de sa « disparition » si brutale ayant duré plus de deux décennies. Les gens savaient déjà qu'elle n'avait pas péri dans cet accident de voiture, mais beaucoup de questions restaient encore sans réponses.

Elle regarda son frère monter sur scène avec aisance puis il alla se placer juste derrière le pupitre et regarda un moment le public présent sans prononcer le moindre mot. Les journalistes se trouvant sur les lieux allumèrent leurs caméras, prêts à capturer l'entièreté de son speech. Tony posa brièvement les yeux sur la mutante et lui adressa un petit sourire réconfortant auquel elle répondit de la même manière, puis il toussa un peu afin de s'éclaircir la gorge.

−Bonsoir à tous, commença-t-il. Je suis heureux que vous soyez venus. Il est vrai que j'ai organisé cette réception à la dernière minute, mais cela m'a semblé important, déclara-t-il tandis que des flashs d'appareils photos fusaient un peu partout dans la salle. Nous voulions mettre en place ceci plus tôt, mais nous avons malheureusement eu quelques contre-temps. Aujourd'hui, puisque tout s'est visiblement calmé, nous sommes enfin présents pour répondre à vos questions.

Il se recula un peu et plongea ses yeux dans ceux de sa sœur puis lui fit signe de venir le rejoindre. Elle s'exécuta et lorsqu'elle passa près de lui, elle l'entendit lui murmurer simplement « Tout va bien se passer » avant de quitter la scène pour aller se poster près de Steve et Natasha. Elle balaya rapidement la salle du regard, poussa un profond soupir et posa à plat ses deux mains sur le pupitre juste devant elle, tout en essayant de se convaincre que ce n'était, au final, pas si difficile que ça, même si cela impliquait de faire remonter plusieurs souvenirs qu'elle aurait préféré enterrer à jamais.

−… Bonsoir, commença-t-elle, assez peu sereine au début. Comme vous le savez depuis quelques jours, mon nom est Madison Stark, et… Mon brusque « retour parmi les vivants » en a perturbé plus d'un, je le concède. Moi-même, il y a encore un an seulement, j'étais à mille lieux de m'imaginer que je retrouverais un jour une telle vie.

−Où étiez-vous, durant ces deux dernières décennies ? lui demanda une journaliste aux cheveux châtains relevés en un élégant chignon et cadrée par l'un des membres de son équipe. Comment se fait-il que vous ne soyez réapparue que si récemment ?

−Parce que… Ce qu'il s'est passé le jour où mes parents et moi-même étions dans cette voiture n'avait rien d'un accident, affirma-t-elle, et d'autres flashs éclairèrent davantage la pièce. J'imagine que depuis le temps, le monde entier a pris connaissance d'une association néfaste répondant au nom d'HYDRA et agissant dans l'ombre afin de créer des supersoldats génétiquement modifiés qui leur serviront ensuite à effectuer toutes leurs basses besognes et commettre des actes plus atroces les uns que les autres, et généralement contre la volonté de ces derniers. Eh bien… C'est cette firme qui est responsable de me « disparition » et qui a fait croire au monde entier que je n'avais pas survécu.

−Pouvez-vous détailler cela, s'il vous plait ? lui demanda poliment son interlocutrice.

−Eh bien… Mon corps a été remplacé par un autre dont j'ai toujours ignoré l'identité, même chose pour l'agent qui m'a ramenée à tous ces scientifiques qui ne désiraient que la chose suivante : transformer les gens sains d'esprits en armes redoutables. Et étant une mutante, ils ont cherché à se servir de mes pouvoirs, les contrôler à leur manière et faire de moi un simple instrument de combat dénué de la moindre émotion, si ce n'est que la haine que j'aurais éprouvé face à mes futures cibles. Ils ont tenté à maintes reprises de me faire basculer dans cet état d'indifférence totale, où je n'aurais plus été qu'une coquille vide, idéale pour tuer sans difficultés, ni regrets. Seulement, ils n'avaient pas prévu que mes capacités mentales me permettraient de résister aussi longtemps. Et il m'aura fallu environ huit mois pour parvenir à m'échapper de cet endroit.

−Dans ce cas, pourquoi ne pas être rentrée chez vous directement ? la questionna un autre journaliste qui portait un costume sombre.

−Malgré ma fuite, il y a quelque chose qui m'a empêchée de revenir, souffla-t-elle, presque mal à l'aise. Après… après cet « accident », lorsque je me suis réveillée pour la première fois, je… J'ignorais totalement qui j'étais.

Les flashs d'appareils photos furent plus nombreux cette fois-ci, et Madison se força à regarder brièvement Tony afin de s'assurer à nouveau qu'elle n'était pas seule.

−J'ignore si c'est le choc de ce qu'il s'est passé ou s'ils avaient déjà entrepris de travailler sur mon cerveau, mais tout ce que j'avais pu vivre avant de me retrouver dans cette base avait comme été « effacé » de ma mémoire. Il ne restait absolument plus rien, et il m'a fallu plus de vingt ans avant que tout ne revienne. Il m'arrivait parfois de percevoir quelques images qui n'avaient pas le moindre sens pour moi, mais l'an passé, après ce qu'il s'est passé à North Olmsted et une fois que le Docteur Andrew William Decker a été mis hors d'état de nuire, enfermé dans une pièce sécurisée de la tour Stark, tout est revenu brusquement grâce à quelques pages d'un dossier et une simple vidéo tirée d'un enregistrement brouillé et interrompu d'une vieille caméra de surveillance. Tout ce qui avait si longtemps disparu a refait surface, et en plus des analyses effectuées par des proches sur mon ADN, j'ai su.

−Il est compréhensible que personne n'ait su vous ramener chez vous, reprit l'homme, puisque personne ne savait à quoi vous ressembliez, mais pour ce qui est des analyses ADN, justement, pourquoi cela a-t-il pris tellement de temps ?

−Je suis dotée de ce que l'on appelle le « Gène X », qui propre aux mutants. Il est bien plus difficile de travailler sur un échantillon comportant ce gène que sur un qui ne l'a pas car il est bien plus complexe qu'on ne le croit. Beaucoup de choses opposent les mutants et non-mutants, et c'est justement la principale raison des conflits qui ont vu le jour entre ces deux clans il y a très longtemps. Et puis, il y a eu une longue période dans ma vie durant laquelle je n'avais plus envie de savoir d'où je venais, car j'avais peur de ce sur quoi j'allais tomber. Je craignais d'être déçue, alors j'ai préféré me consacrer entièrement à la vie que je menais en compagnie des gens « comme moi ». Ceux qui m'ont permis d'évoluer, d'accepter ce que j'étais malgré les réticences que j'éprouvais à l'idée d'être différente. J'étais effrayée par ce que j'étais capable de faire et ma plus grande crainte était de répandre le mal autour de moi.

−Avez-vous déjà blessé ou... le journaliste sembla lui-même hésiter à lui poser une telle question. Ou bien… Tué quelqu'un à cause de vos pouvoirs ?

Toute la salle semblait attendre avec impatience la réponse que leur fournirait la jeune femme. C'était un sujet délicat qu'elle n'abordait rarement, même avec ses proches. Elle croisa le regard de Tony, et celui-ci hocha doucement la tête pour la mettre en confiance. Elle reporta alors son attention sur les invités et lâcha un petit soupir avant de reprendre la parole.

−Il est en effet arrivé que je ne sois plus capable de contrôler ma magie, concéda-t-elle. J'ai déjà inintentionnellement blessé des gens, mais les seules personnes qui ne s'en sont pas sorties étaient de dangereux criminels, de vraies menaces pour le reste du monde. Il faut savoir que les mutants ayant du mal à gérer leurs pouvoirs sont plus nombreux qu'on ne le croit, et ceux qui se cachent encore plus. Certains craignent encore d'être rejetés par la société qui les entoure, de ne pas être compris par les autres à cause, justement, de ce qui les différencie des non-mutants car eux aussi ont peur de ce qu'ils ne peuvent pas « contrôler ». Le problème est, que depuis que les mutants existent, ils se sentent toujours rejetés, ce que je n'arrive pas à comprendre. Aucun de nous n'a choisi de devenir ce qu'il est aujourd'hui. Parfois, c'est dû à un accident, un concours de circonstances ou simplement grâce à l'hérédité, mais être un mutant ou non ne se décide pas. Le tout est d'apprendre à s'accepter au lieu de se cacher comme beaucoup le font.

−Et combien êtes-vous, au total ? lui demanda la femme du début.

−Au début, lui répondit Madison, notre population s'élevait à environ trente-deux millions, expliqua-t-elle, et cela sembla étonner un bon nombre de personne car c'était assez élevé. Seulement, notre nombre n'a cessé de diminuer à cause des chasses à l'homme lancées au fil des années. L'humain est connu pour craindre ce qu'il est incapable de maintenir en place, et c'est malheureusement l'une des caractéristiques des mutants. Ils refusent, une fois confrontés aux autres, de se laisser abattre sans avoir combattu pour leur liberté avant. La moitié d'entre eux a été décimée au Moyen-Âge, lors des fameuses « chasses aux sorcières » et après cela, beaucoup d'autres se sont fait massacrer. Et aujourd'hui encore, le pourcentage de mutants vivants sur la planète est en baisse car le Gène X ne se transmet pas toujours des parents aux enfants, sans oublier le fait que certains se font encore tuer dans de nombreux pays car ils sont considérés comme étant des « dangers publics ». D'autres se font torturer dans des laboratoires où des chercheurs peu scrupuleux essayent de comprendre le fonctionnement des types de mutation sans que personne à l'extérieur n'ait la moindre idée de ce qu'il se passe réellement dans ce genre de soi-disant « centres médicaux de recherche ». Et enfin, il y a tous ceux qui ne se sentent plus capable d'assumer et qui décident tout bonnement d'arrêter de souffrir en mettant fin à leurs jours, affirma-t-elle d'un ton froid, car le simple fait de penser à ses « frères et sœurs » ayant abandonné la partie lui faisait énormément de peine. Actuellement, nous ne sommes plus qu'un petit million à encore exister. Vous aurez donc compris que la cause principale de notre extinction est cette peur qui anime les non-mutants, qui cherchent par la suite à se débarrasser de nous simplement pour pouvoir à nouveau se sentir en sécurité, alors que des dangers bien plus conséquents rôdent à l'extérieur.

−Je comprends parfaitement votre point de vue, s'exclama un deuxième homme à la carrure imposante, mais n'y a-t-il tout de même pas certains mutants étant animés de mauvaises intentions ?

−Il en existe, je vous l'accorde. Seulement, je vous assure que par rapport au nombre de mutants pacifiques, ce n'est qu'une minorité, ils ne représentent qu'une infime proportion de notre communauté. Il existe cependant une loi très importante chez nous : nous ne devons pas nous entretuer. C'est une sorte de code d'honneur, expliqua-t-elle tandis que tout le monde l'écoutait avec attention. Nous sommes supposés nous soutenir et nous protéger les uns les autres des dangers qui nous menacent, puisque nous sommes comme une grande famille. Mais parfois, certains se croient au-dessus de cette loi et de celles imposées par les différents gouvernements, c'est pourquoi nous nous devons de les rappeler à l'ordre, généralement en faisant appel à la force. Nombreux sont ceux qui ont péri à cause des délits et méfaits de certains, proclama-t-elle avec un léger pincement au cœur. D'autres ont payés pour des crimes qu'ils n'ont pas commis. Seulement, c'est notre devoir de faire en sorte que les règlements soient respectés à la lettre par les autres mutants et les conséquences en sont parfois désastreuses.

−Le meurtre du président Stones en deux-mille quatre, était-ce réellement l'œuvre d'un mutant ? lui demanda l'homme. Il a été dit que c'était même l'un de vos proches qui avait commis cet acte, mais il semblerait que depuis son évasion du Pentagone, les forces de l'ordre ne cherchent plus à lui mettre la main dessus.

−Et je peux aujourd'hui vous affirmer publiquement qu'il n'y était pour rien et qu'au contraire, il a tenté de lui sauver la vie. Comme je vous l'ai dit, certains payent pour d'autres et préfèrent parfois passer le restant de leurs jours enfermés en prison plutôt que d'être obligés de supporter le regard qu'auront les autres sur eux, même après avoir été innocentés. Je crois que malheureusement, les non-mutants ont du mal à se rendre compte de ce que nous vivons. Il est déjà difficile d'évoluer en société, alors avec le Gène X en plus, cela peut rapidement se transformer en un véritable cauchemar sans fin. Mais ils n'en sont pas entièrement responsables. Beaucoup de mutants ont causé des dégâts un peu partout dans le monde et ce depuis leur avènement, alors je comprends un peu pourquoi tant de personnes se méfient de nous. Mais nous sommes nombreux à vouloir simplement vivre une vie ayant tout ce qu'il y a de plus normal, et même si certains en doutent encore, cette cohabitation est possible. Il reste encore pas mal de mutants qui n'ont pas encore décidé de se révéler aux autres sans que qui que ce soit ne se doute de leur réelle condition.

Elle prit une brève inspiration après ce long discours qu'elle venait de faire, les mains très légèrement tremblantes. Elle vit Steve faire un petit mouvement de tête en esquissant un sourire, comme pour lui faire comprendre qu'elle s'était bien débrouillée, ce qui la rassura immédiatement.

−Je pense que c'était à peu près tout ce que j'avais à dire ce soir, reprit-elle. Je… Je vous remercie de m'avoir écoutée.

Alors qu'elle pensait que cela s'arrêterait là et qu'elle avait déjà fait un pas en arrière, quelqu'un d'autre lui posa une question dans la foule. Elle chercha cette personne du regard et l'aperçut quelques instants plus tard seulement, juste avant qu'il n'achève sa phrase, et elle reconnut aisément le Procureur, qu'elle avait rencontré lors du meeting du vingt-deux février.

−Mademoiselle Stark, auriez-vous un dernier mot à faire parvenir aux mutants qui vous regardent ce soir ? déclara-t-il, un verre à la main et désignant brièvement l'une des caméras qui retransmettait en direct l'événement à travers l'Amérique et dans certains autres pays des continents africain, océanien, européen et asiatique.

Elle s'approcha à nouveau du pupitre en baissant rapidement les yeux vers ses mains, puis elle reporta son attention sur la salle, fixant tour à tour les trois imposantes caméras qui enregistraient ce qui se déroulait durant la soirée.

−Simplement qu'ils ne doivent pas baisser les bras. Être mutant n'a rien de simple, je suis l'une des mieux placée pour en témoigner car c'est ce qui a en partie détruit ma famille. A de nombreux moments, l'envie de se battre nous abandonne, on a juste envie de tout laisser tomber et de se dire qu'en finir est peut-être une alternative. Seulement, nous sommes tous humains avant tout, quoi qu'il arrive. Et même lorsque tout au monde semble être contre vous et vous incite à baisser les bras, il reste quelque part une lueur d'espoir qui vous murmure d'essayer encore une fois. Nous ne sommes pas des monstres, souffla-t-elle, nous choisissons notre voie. Nous seuls décidons de ce que nous allons devenir, et personne ne pourra jamais décider à votre place. N'ayez pas peur de ce que vous êtes, vous devez apprendre à vivre avec et vous en sentir digne, affirma-t-elle d'un air déterminé. Mutante, et fière de l'être, acheva-t-elle.

Il y eu d'abord quelques secondes de silence durant lesquelles les gens se demandaient si elle comptait ajouter quoi que ce soit de supplémentaire avant que quelqu'un dans la salle ne se mette à applaudir, bientôt suivi d'un autre puis du reste des invités présents. Madison se mit à sourire, heureuse que tout ce qu'elle avait à dire soit aussi bien passé. Elle avait laissé parler son cœur et sa sincérité avait payé. Lorsque les applaudissements se calmèrent un peu, elle aperçut Peter lever son verre vers elle sous les regards intrigués de ses voisins et celui-ci clama à son tour :

−Mutant et fier de l'être !

Des gens lui esquissèrent un sourire, surpris de voir que lui aussi assumait pleinement ce qu'il était, mais ce fut loin de les déranger. Ce fut ensuite au tour de sa sœur jumelle qui se tenait à ses côtés et qui regarda à son tour son amie sur l'estrade puis affirma, pleine de confiance :

−Mutante et fière de l'être.

Les personnes qui les entouraient les félicitèrent à leur tour, sincèrement ravis qu'ils soient tous les deux-là. Mais leur surprise atteignit des sommets lorsqu'ils virent une troisième personne lever son verre en direction de la mutante afin, d'en plus de la féliciter pour son discours, prononcer à son tour ces quelques mots qui mettraient en avant ce qui le démarquait parmi cette foule. Madison plongea son regard dans celui de l'homme et esquissa un petit sourire satisfait, car même si elle ne l'avait jamais dit à quiconque, au fond, elle s'en était toujours un petit peu doutée.

−Mutant… Et fier de l'être, déclara Jake Jefferson, le Procureur.

. . . . . . . .

. . . . . . . .

. . . . . . . .

*Petite référence à Stan Lee

**Iron Grace

imgres?imgurl=https%3A%2F% . %2F11%2F14%2F768597%2F92350539_ &imgrefurl=http%3A%2F% .com%2Falbums%2Fironman%2Fphotos%2F92350539-135238_green_iron_man_suit_1038x1527_wallpaper_ &docid=-GY_wHKxzQd5EM&tbnid=Kfh8g-Y5iZQ71M%3A&vet=10ahUKEwijj7KEyPjiAhV08OAKHeV7DUsQMwhCKAEwAQ..i&w=800&h=1176&bih=686&biw=1396&q=green%20iron%20man%20suit&ved=0ahUKEwijj7KEyPjiAhV08OAKHeV7DUsQMwhCKAEwAQ&iact=mrc&uact=8#h=1176&imgdii=Kfh8g-Y5iZQ71M:&vet=10ahUKEwijj7KEyPjiAhV08OAKHeV7DUsQMwhCKAEwAQ..i&w=800

Robe Natasha

imgres?imgurl=https%3A%2F% .fr%2Frobe-chic-de-gala-noire-longue-fendue-% &imgrefurl=https%3A%2F% .fr% &docid=mN7hFP5KViTQpM&tbnid=tvWRdmIu7vuqVM%3A&vet=10ahUKEwiq0PfIvpnjAhULA2MBHfZABZ8QMwj8ASgEMAQ..i&w=360&h=540&bih=641&biw=1396&q=robe%20gala%20noire&ved=0ahUKEwiq0PfIvpnjAhULA2MBHfZABZ8QMwj8ASgEMAQ&iact=mrc&uact=8#h=540&imgdii=tvWRdmIu7vuqVM:&vet=10ahUKEwiq0PfIvpnjAhULA2MBHfZABZ8QMwj8ASgEMAQ..i&w=360

Robe Wanda

imgres?imgurl=https%3A%2F% .com%2F0x0s% % &imgrefurl=https%3A%2F% .com%2Fproduct%2Ftonval-casual-burgundy-elegant-office-lady% &docid=JVYVYx7IwqztUM&tbnid=Q3-rfgjkW4K6ZM%3A&vet=10ahUKEwjKse2Cv5njAhXbA2MBHZONBKwQMwjuASgHMAc..i&w=800&h=800&itg=1&bih=641&biw=1396&q=robe%20vintage%20bordeaux&ved=0ahUKEwjKse2Cv5njAhXbA2MBHZONBKwQMwjuASgHMAc&iact=mrc&uact=8

Robe Madison

imgres?imgurl=https%3A%2F% .com%2F956-tm_large_default% &imgrefurl=https%3A%2F% .com% &docid=JvRZ_jk3uHv_RM&tbnid=QhZp8gZSrdqBbM%3A&vet=10ahUKEwjirYS6v5njAhX5BGMBHXLCBwAQMwiKAigTMBM..i&w=500&h=730&bih=641&biw=1396&q=robe%20de%20gala%20bleu%20roi&ved=0ahUKEwjirYS6v5njAhX5BGMBHXLCBwAQMwiKAigTMBM&iact=mrc&uact=8#h=730&imgdii=QhZp8gZSrdqBbM:&vet=10ahUKEwjirYS6v5njAhX5BGMBHXLCBwAQMwiKAigTMBM..i&w=500