Chapitre 48 – État des lieux

-Combien de temps faudra-t-il pour tout reconstruire ?

-Avec toute l'équipe de volontaires que nous avons, j'espère pouvoir accueillir les élèves en septembre pour la rentrée, répondit McGonagall en se redressant dans son fauteuil.

La vieille dame posa un regard bienveillant sur les quatre jeunes gens face à elle, ses anciens élèves dont elle était extrêmement fière, bien qu'elle ne l'ait pas toujours montré durant leur scolarité – elle ne s'en privait pas dans l'intimité de son bureau mais restait très mesurée en présence des autres professeurs.

-Cessons de tourner autour du chaudron, voulez-vous ? Même si je ne doute pas de la sincérité de votre inquiétude à mon sujet après la tragédie qui vient de se terminer, vous n'êtes pas venus seulement pour une visite de courtoisie.

En effet la professeure avait écopé de plusieurs sorts mais étonnement pour son âge n'avait même pas eu besoin de s'aliter pour récupérer, arguant qu'une bonne tasse de thé lui suffirait.

-Miss Granger, vous pourriez commencer ?

Hermione sourit timidement à son ancienne directrice de maison.

-J'aimerais pouvoir reprendre et finir mes études, dès que le château sera reconstruit. Reconstruction à laquelle je participerai de mon mieux, bien évidemment.

-Je n'en attendais pas moins de vous, Miss Granger. Je suppose que messieurs Potter et Weasley ne partagent pas vos intentions ?

La plus jeune secoua la tête avec une moue mi-désolée mi-amusée. McGonagall hocha la tête avec un fin sourire, et se tourna ensuite vers les deux suivants.

-Je serais fort surprise si l'un de vous m'annonçait vouloir reprendre ses études ici.

Les jumeaux Weasley haussèrent les épaules avec leurs sourires en coin habituels.

-On est juste passés voir si vous aviez besoin d'aide pour la prochaine année scolaire, dirent-ils en même temps.

-Oui, on va ouvrir une succursale à Pré-Au-Lard alors il y aura toujours l'un de nous dans les parages, ajouta Fred.

La professeure pinça les lèvres en soupirant mais la lueur amusée dans ses yeux ne trompait personne.

-Bien, nous aurons donc à discuter de quels produits vous allez vendre à mes élèves, sourit-elle avant de se tourner vers la dernière personne. Et vous Miss Black, que puis-je faire pour vous ?

Laureen se redressa dans son siège, grimaçant immédiatement à cause de la douleur dans tout son corps. Aussitôt George esquissa un geste vers elle mais elle secoua la tête.

-Ce n'est rien, juste des courbatures, dit-elle avant d'inspirer profondément. J'ai un projet qui pourrait intéresser la communauté sorcière, mais je vais avoir besoin d'aide. J'aimerais ouvrir une école pour jeunes sorciers, pour les futurs élèves de Poudlard.

-C'est une excellente idée, approuva immédiatement la professeure McGonagall. Je sais déjà à qui m'adresser pour avoir les fonds nécessaires, et il ne sera pas difficile de faire autoriser le projet par le Ministère de la Magie. Que comptez-vous y enseigner exactement ?

-Eh bien je ne souhaite pas vraiment devenir professeure, rougit Laureen. J'espérais que vous m'aideriez à trouver des enseignants. Et ce serait comme une école moldue, en remplaçant l'histoire par l'histoire de la magie, ou la biologie par la découverte des plantes et créatures magiques par exemple.

-Je vois. Je vais y réfléchir, attendez mon hibou d'ici trois jours. Maintenant si vous voulez bien m'excuser.

Les jeunes gens prirent congé de leur ancien professeur et se tinrent un moment dans le couloir, se rappelant la tragédie qui s'était déroulée entre ces murs moins de vingt-quatre heures plus tôt. L'atmosphère en était encore lourde, et machinalement Laureen se rapprocha de George alors qu'Hermione glissait sa main dans celle de Fred. Le geste n'échappa pas aux deux autres qui échangèrent des clins d'œil. Après sept années à garder ses sentiments pour lui, il était plus que temps que Fred les exprime enfin, dusse-t-il le faire au milieu d'une infirmerie bondée de blessés de guerre.

-Je suis heureuse pour vous deux, dit-elle simplement en leur envoyant un sourire.

Hermione rougit jusqu'à la racine de ses cheveux indomptables tandis que Fred lâchait un éclat de rire en passant son bras autour des épaules de sa nouvelle petite amie, l'attirant à lui pour l'embrasser sur le front.

-Je dois quand même vous avouer que je suis très surprise que toi, Hermione, tu aies roulé une pelle à Fred comme ça en pleine infirmerie, rit Laureen alors qu'ils descendaient les escaliers lentement. C'est soudain et assez surréaliste.

-Ce n'est pas si soudain que ça, marmonna Fred.

-Pardon ? répéta George qui avait très bien entendu son jumeau.

-Les pièces de l'armée de Dumbledore, expliqua Hermione en rougissant davantage. Fred et moi avons enchanté les nôtres pour pouvoir se parler pendant les mois que j'ai passé avec Ron et Harry sur la route. Au début c'était pour lui donner des nouvelles de Ron, ajouta-t-elle précipitamment.

-C'est pour ça ! s'exclama George. C'est pour ça que tu étais le seul qui ne semblait pas si inquiet !

Les deux tourtereaux échangèrent un regard coupable puis Fred haussa les épaules.

-Bien sûr que j'étais inquiet. Avant la bataille, je n'avais pas eu de nouvelles depuis des semaines…

Laureen ne manqua pas le frisson d'Hermione à ces mots. Elle se jura d'interroger la jeune sorcière plus tard à propos de ce qu'il s'était passé pendant qu'ils cherchaient les horcruxes.

-Mais, et toi Laureen ? demanda Hermione. Tu étais cachée où ces derniers mois ?

-Je suppose que vous ne receviez pas le journal sur la route, grinça l'aînée. J'ai été attaquée par Lucius Malefoy et Antonin Dolohov dans mon appartement de Glasgow et traînée de force au Manoir Malefoy.

Une fois encore elle remarqua Hermione qui écarquilla les yeux en tirant machinalement la manche sur son bras gauche.

-Et là j'ai rencontré Ella Zabini, la mère de Blaise. Une femme très impressionnante, et aussi elle était la meilleure amie de ma mère. C'est grâce à elle que je suis encore en vie, elle s'est arrangée pour que je sois mariée à Blaise.

-Mariée à Blaise ? s'exclama Hermione avec horreur.

-Il est gentil et ne m'a jamais touchée, s'empressa de préciser Laureen. Enfin on a dû s'embrasser pour donner le change mais c'est tout. Être sa femme m'a donné la meilleure des protections possibles, surtout quand j'ai dû emménager avec lui ici, à Poudlard. Je dois tout à la famille Zabini, sans eux je serais morte ou folle au fond d'une cave de Mangemort.

Cela jeta un léger froid sur le groupe qui arrivait au rez-de-chaussée.

-Et on a divorcé en pleine bataille alors que j'étais sur le point d'accoucher, ajouta Laureen pour détendre l'atmosphère.

-Et tu n'as même pas pensé à nous pour être les parrains de Charleen junior ! s'offusqua Fred.

-Charleen junior ?

-Charlie et Laureen. Charleen, expliqua Fred.

Laureen cligna des yeux avant de se rappeler que son meilleur ami venait de lui adresser un reproche.

-Je ne savais même pas que j'étais enceinte ! s'exclama-t-elle. J'ai dû décider sur le coup, alors j'ai choisi Ginny qui est comme ma petite sœur, et Blaise parce que sans lui, Brian n'aurait jamais vu le jour ! Et n'appelle plus jamais mon fils Charleen junior, grogna-t-elle en pointant un index menaçant vers Fred.

Ils se rendirent jusqu'à l'infirmerie, où Blaise venait de se réveiller et paniquait, demandant Laureen. Elle se précipita à son chevet en grimaçant à cause des douleurs dans tout son corps et se tira une chaise près du lit de son ami.

-Je suis là, dit-elle doucement. Tout va bien, tu vas bien. C'est fini.

-Fini ? répéta Blaise en retombant faiblement sur son oreiller.

-Fini. Harry a terminé le boulot, et je me suis occupée personnellement de cet immonde rejeton de hyène de Dolohov. Brian va bien, et je me marie dans une semaine.

-Attends… quoi ? répéta Blaise avec un rire où se mélangeait la nervosité et l'incrédulité.

-Harry a désintégré Voldemort à coup d'Expelliarmus. J'ai cramé Dolohov avec un Draconis Furorem assez énervé. Brian, ton filleul, doit ronfler tranquillement dans les bras de son père à l'heure qu'il est. Et Charlie et moi nous marions dans une semaine. Tu es invité d'ailleurs, et tes parents aussi.

-Waw, Voldemort a enfin été battu… et c'est quoi, un Draconis Furorem ? J'ai déjà entendu parler de ton Draco Fiamma, je l'ai même vu à l'œuvre et je veux appendre à faire ça.

-C'est la version améliorée, répondit Laureen avec un sourire carnassier. Quelque chose que j'ai mis un peu de temps à perfectionner, exprès pour cette ordure de Dolohov.

-N'ai pas l'air si contente d'avoir pulvérisé quelqu'un en cendres, souffla Blaise l'air mal-à-l'aise. C'est un peu dérangeant.

-Je n'aime pas tuer, se récria aussitôt la jeune femme. J'ai bien conscience de l'horreur de la bataille qu'on vient de livrer. Mais Dolohov, c'est différent… Ce chacal a mis ma mère dehors, il a laissé Bellatrix Lestrange la tuer, il a essayé de me récupérer, c'est à cause de lui que mon demi-frère est mort, il a essayé de me tuer plusieurs fois, ainsi que mes amis et ma famille, il m'a kidnappée… et il t'a torturé. Il méritait ce que je lui ai infligé et il n'y aura aucun pardon pour lui.

-Je suis entièrement d'accord, mais laissons cette ordure pourrir dans le passé, intervint une voix derrière Laureen.

Cette dernière se tourna vers son père, et fit apparaître une chaise à côté de la sienne pour qu'il puisse s'installer.

-Jeune homme, je tenais à te remercier d'avoir protégé ma fille ces derniers mois, dit Sirius en tendant sa main vers Blaise.

Ce dernier la saisit et la serra fermement.

-Je n'ai fait que ce qui était juste, monsieur, répondit humblement Blaise.

-Non, tu as fait bien plus, et je t'en suis éternellement redevable.

-Pouvoir demander des faveurs à Sirius Black, voilà une perspective intéressante, fit une voix de femme.

-Ella ! s'exclama Sirius en sautant sur ses pieds.

Les deux hésitèrent sur la conduite à tenir alors qu'ils s'observaient avec curiosité après toutes ces années. Ella tendit une main hésitante mais amicale vers son vieux camarade. Sirius resta figé encore quelques secondes, avant de faire un grand pas en avant et de la serrer dans ses bras.

-Merci, merci du fond du cœur pour ce que tu as fait, souffla-t-il avant de la relâcher.

-Tu aurais fait pareil pour mon fils, je le sais, sourit-elle en posant une main sur sa joue. Au nom de Brianna.

Il hocha la tête. Il serra ensuite la main de Paulo avec la même émotion. Laureen serra Ella dans ses bras, débordant de remerciements et de gratitude pour la sorcière plus âgée.

-Allons jeune fille, respire un grand coup, c'est fini. Blaise, tu lui as donné les papiers ?

-Déjà signés, maman, sourit-il. Je l'ai fait avant que…

Un bruit de transplanage au milieu de l'infirmerie se fit entendre à ce moment, suivi d'un cri de bébé à vous percer les tympans. Un Charlie au bord de la panique venait d'apparaître au centre de la pièce. Ses yeux trouvèrent Laureen dans la foule et il se précipita vers elle avant de lui mettre Brian dans les bras.

-Il n'arrête pas de pleurer, je ne sais pas ce qu'il a !

-Il a juste faim, ricana Sirius en jetant un regard goguenard à son futur beau-fils. Laureen hurlait comme ça aussi.

La jeune femme se rassit et fit apparaître un foulard sur son épaule pour avoir un minimum d'intimité pendant qu'elle allaitait.

-Une minute, à qui est ce bébé ? s'étonna Ella.

-Ella, je te présente Brian Sirius Weasley-Black, mon petit-fils, dit Sirius avec le sourire très fier d'un nouveau grand-père. Et accessoirement filleul de ton fils.

-Mais… comment…

-Je ne savais pas que j'étais enceinte, expliqua Laureen. Et cette petite patate a décidé de se pointer en pleine bataille, c'est pour ça que vous n'avez pas encore reçu le faire-part de naissance.

Les parents de Blaise mirent un moment à digérer l'information, puis Ella s'avança près de Laureen et commença à lui donner une foule de conseils de maternité, le plus naturellement du monde, s'extasiant devant la bouille du petit garçon.

Ils restèrent ainsi à discuter pendant plus d'une heure, jusqu'à ce que Fred, George et Hermione rejoignent Laureen.

-Ron est réveillé, dit simplement George.

-Comment va-t-il ? s'inquiéta immédiatement Laureen.

-Il survivra, avec une jolie cicatrice sur le ventre, dit Fred.

-La balle du pistolet n'a touché aucun organe ce qui est un miracle, il a juste perdu beaucoup de sang mais grâce aux potions il se remettra très vite. Et tous les dommages internes ont été réparé grâce à la magie, expliqua Hermione.

-Autrement dit, c'est toujours ce bon vieux Ron, avec une blessure de guerre en plus, dont il usera pour draguer les filles j'en suis certain, conclut George.

-Et qu'est-ce qu'il a dit ? demanda ensuite Laureen.

-A quel sujet ? fit Fred en fronçant les sourcils.

-Toi et Hermione, patate !

-Oh, euh, on n'y est pas encore allés, marmonna Fred avec culpabilité. On tient les informations de Bill et Fleur.

-Allez y maintenant, sinon il vous en voudra encore plus.

-Pourquoi est-ce qu'il nous en voudrait ? s'étonna Fred.

Hermione et Laureen haussèrent les sourcils en se tournant vers lui.

-Parce que ton petit frère est amoureux d'Hermione depuis plus de deux ans, même si cet idiot ne s'en est jamais rendu compte lui-même.

Fred serra immédiatement la mâchoire et se tourna vers Hermione avec un regard accusateur.

-Et tu le savais ?

-Oui, admit-elle.

Fred se pinça le nez en inspirant profondément, soupira, et sembla réfléchir quelques instants.

-Bon, Laureen a raison, il faut lui dire maintenant.

Il empoigna la main d'Hermione et la tira pratiquement de force jusqu'au lit où Ron était allongé. Ce dernier voulut faire un effort pour se redresser en les voyant approcher, mais grimaça car cela mobilisait ses muscles tout juste endommagés. Hermione tapota les oreillers et l'aida à se redresser avant de faire un pas en arrière, triturant nerveusement une mèche de cheveux. Elle sembla chercher ses mots un instant, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson rouge, avant de lancer un regard suppliant à Fred.

-T'embête pas, 'Mione, dit alors Ron avec un sourire où Laureen et Harry virent la tristesse et la résignation du rouquin.

Hermione releva la tête vers son meilleur ami, un air d'incompréhension peint sur son visage.

-Je suis content pour Fred et toi. Vous formez un joli couple.

Fred et Hermione mirent quelques secondes à intégrer ce qu'il venait de dire, et Hermione se précipita pour prendre son meilleur ami dans ses bras, lui murmurant un « merci » au passage. Les jeunes gens s'éloignèrent pour laisser Ron se reposer, seul resta Harry.

-Ron, ça va ? demanda ce dernier avec inquiétude.

-Ma blessure, oui. Le reste, je ne sais pas. Bill et Fleur me l'ont dit juste avant, c'est comme ça que je sais. Je croyais que je délirais quand je les ai vu s'embrasser… Comment c'est arrivé, Harry ? Je croyais qu'elle et moi étions enfin arrivé à ce moment où on pourrait… Quel idiot. Mais c'est ma, enfin notre, meilleure amie. Si elle est heureuse avec Fred, alors je suis content pour eux deux. Mais qu'aucun de vous ne me demande de les supporter ensemble plus que nécessaire, ajouta-t-il dans une faible tentative d'humour.

-Par la barbe de Merlin, qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de mon meilleur ami ? sourit Harry, étonné de tant de sagesse de la part de Ron.

-J'ai failli mourir, Harry. On a tous failli mourir. Et c'est vraiment terrifiant. Et quand je vois que même au milieu de tout ça, Fred et Hermione sont amoureux, Charlie vient de devenir père et va bientôt se marier avec Laureen, Bill et Fleur ont tout traversé ensemble, et même ma sœur est toujours amoureuse de toi… Je suis content.

Harry hocha lentement la tête, déstabilisé par la soudaine maturité de son ami.

-Repose-toi, je repasserai plus tard, dit le brun en posant une main amicale sur l'épaule du rouquin.