Chapitre 26 - Epilogue

La lune éclaire déjà le ciel quand je ferme les portes de la boulangerie. Je vois Delly à l'autre bout de la rue, en train d'éteindre l'épicerie à son tour. Elle me fait un signe de la main que je lui rends volontiers. Son ventre rebondi ne cesse de gonfler au fil des jours, signe que son troisième enfant arrivera bientôt. Cette pensée me fait sourire.

Je prends le chemin du Village des Vainqueurs. Malgré la réouverture de la boulangerie, Katniss n'a jamais voulu laisser notre maison. Enfin, c'était ma maison au départ. Mais on s'y est rapidement construit un foyer à deux.

Je passe devant le Pré. Nous aimons y pique-niquer le dimanche midi. Tout le monde s'y amuse. Les mauvais jours sont loin derrière nous désormais.

La cassure qu'il y a toujours eu entre la Veine et la ville n'existe plus. Ne reste que le Douze, une seule et même unité de citoyens.

Perdu dans mes pensées, je n'en émerge qu'une fois arrivé au Village des Vainqueurs. La maison d'Haymitch est allumée. Ce soir encore, il est là et il n'est pas seul. Depuis que nous sommes au courant, Katniss et moi sommes rassurés de savoir d'Effie n'a jamais abandonné notre mentor. Même si nous n'imaginions pas le lien fort qui s'est tissé entre eux, il me semble que même après plus de vingt ans il parvienne toujours à la faire rire. Et elle parvient toujours à lui faire oublier les horreurs passées. Oscillants entre les Capitole et le Douze, ils ne se quittent plus beaucoup. Le meilleur dans tout ça, c'est qu'Haymitch n'a plus besoin d'alcool. Sauf pour les fêtes d'anniversaires.

J'arrive sur le pas de la porte et lorsque je l'ouvre, l'arc et les flèches de Katniss pendent sur le porte manteau. Elle ne les a pas encore nettoyés. Elle a dû aller chasser, aujourd'hui.

Les deux petits êtres les plus merveilleux du monde me courent dans les bras, comme si je les avais quittés pendant un siècle et que je leur avais manqué plus que tout. Ils font toujours ça quand je rentre le soir. « Papa, tu es enfin revenu ».

J'ai dû insister un peu auprès de Katniss. Pendant cinq, dix, quinze ans au moins. Mais à voir son visage lorsqu'on a posé le petit corps de notre fille contre elle la première fois m'a laissé deviner qu'elle oublierait vite tous ces temps de doutes et de peur. Elle est une mère géniale.

Elle m'a offert tout ce dont je rêvais. Un foyer aimant. Une famille. Une vie. Et elle m'a surtout offert son cœur.

Un jour, elle m'avait emmené passer la journée près du lac où je l'ai vu chanter L'Arbre du pendu. Ce lac découvert par son père. C'était un endroit si beau, tellement parfait que quelques années plus tard je l'y ai amené par surprise, nous avons mangé à la lueur d'une bougie et j'ai fini par mettre un genou à terre et lui demander de m'épouser. Elle n'a pas hésité une seule seconde avant d'accepter. Elle est, depuis, devenue Mme Katniss Mellark.

Depuis, j'ai repris la boulangerie de mon père. Katniss chasse et vend ses prises, comme avant. La viande au boucher, les entrailles pour les oies, la peau pour la boutique de vêtements. Nous ne manquons plus de rien.

Les frontières inter-district étant réouvertes, nous rendons régulièrement visite à Annie et à son fils, qui a beaucoup grandi. Il part pêcher en mer, comme son père. Gale a fondé une famille au Deux, à notre plus grande surprise avec Johanna, et nous ne les voyons plus qu'à la télévision.

Les Hunger Games font partie du passé, les arènes n'existent plus et ont été transformés en monuments à la mémoire de chaque enfant y ayant perdu la vie. Ma fille, avec ses cheveux bruns et ses yeux bleu, commence à en entendre parler à l'école et sait que ses parents y ont joué un rôle. Le petit garçon blond aux yeux gris l'apprendra bien assez tôt.

Après m'être déchaussé, je tourne la tête et je vois que Katniss s'occupe de la cuisine. Je m'approche d'elle pour l'embrasser tendrement. Je suis comme mes enfants : une seule journée loin d'elle suffit à créer un manque. La retrouver provoque toujours d'inévitables bourdonnement dans mon estomac. Il y a des choses qui ne changeront jamais.

Katniss a peur de devoir expliquer notre vie passée à nos enfants. Quand ils demanderont pourquoi maman crie dans son sommeil, certaines nuits, et pourquoi papa s'enferme parfois dans la chambre. Il m'arrive encore d'avoir quelques crises, mais je peux les sentir avant de me mettre en retrait de mes enfants. Peut-être que notre fille sait déjà que c'est lié à tout ce qu'elle apprend à l'école. Elle a l'intelligence de sa mère.

Je sais qu'il nous faudra leur dire, mais ils ont hérité de mon optimisme, ils n'en verront que les bons côtés. Je l'espère.

Nous leur expliquerons à quel point notre amour nous a rendu plus fort. Que malgré la guerre, personne n'a réussi à nous détruire.

Et puis, nous avons le livre. Nous avons fini par ne plus rien y ajouter mais, parfois, dans les moments où je sens qu'une crise arrive, je prends cet ouvrage et je n'ai qu'à me rappeler de toutes ses lumières dans nos vies. Je retrouve rapidement le bonheur. J'espère qu'il aura le même impact sur mes enfants.

Les Jeux de la Faim avaient quelque chose de terrible, c'est indéniable. Mais ils m'ont apporté ce que je n'aurais pu rêver d'avoir sans cela. Je ne me suis jamais senti aussi Vainqueur que maintenant.

Incontestablement, chaque jeu doit avoir son gagnant.

FIN