C'était un colisée de la Grèce antique à ciel ouvert. Tout simplement. L'arène de sable était immense, grande comme plusieurs terrains de rugby, entourée de peut-être une centaine de rangées de gradins où des spectateurs à l'extase hurlaient à s'en déchirer la gorge. Ils étaient habillés des façons les plus diverses que le monde peut présenter, depuis l'amure moyen-âgeuse jusqu'au jean t-shirt. Des écrans géants absolument gargantuesques diffusaient des pubs pour diverses marques de sodas aux quatre points cardinaux, derrière les gradins. On se serait presque cru au Superball, juste avant le début du match le plus important de la décennie.
Avant même qu'on ait le temps de comprendre ce qu'on avait devant les yeux deux satyres en toge nous ont chopés par les bras et tirés à l'intérieur à vive allure – fallait que j'apprenne à trancher des mains vraiment beaucoup plus vite.
Ils nous ont entraînés le long des escaliers entre les spectateurs qui nous invectivaient, nous encourageaient à grands cris et nous jetaient toutes sortes de choses plus ou moins ragoutantes en fonction des uns et des autres.
-Vous êtes en retard !, a râlé l'un des deux satyres. On aurait dû vous annoncer depuis déjà vingt minutes, qu'est-ce qui s'est passé là-dedans ?!
-Cottos avait plus de shampooing, ai-je aussitôt prétendu avant que Peter ou Hélèna fasse une gaffe qui nous aurait fait tuer. C'est bon, on est près.
-HEU non on n'est pas près !, a protesté Hélèna. Prêt pour, pour quoi exactement ?
Je lui ai donné un coup de coude. Peut-importe pour qui on nous prenait, si ces mecs apprenaient qu'on avait fait fondre Cottos – et quelqu'un finirait bien par aller voir – ont étaient foutus. Les hommes boucs ont marqué un temps d'arrêt et nous ont dévisagés un à un.
-Lesquels y vont ?Les deux qui sont coiffés ?
-De… de quoi ?
-C'est un combat en binôme, a grogné l'autre garde comme s'il devait réexpliquer les même conneries tous les jours. Vous ne pouvez pas y aller tous les trois.
On s'est entreregardés, désarçonnés. Les satyres ont soupirés.
-Vous avez deux minutes pour vous décider, ensuite on vous jettera là-dedans au hasard. La foule est déjà incontrôlable, là !
Et ils ont dévalés le reste des escaliers en courant comme s'ils avaient bien mieux à faire, nous laissant là.
-On se casse, ai-je tranché. Il faut trouver la sortie, et…
Hélèna a posé une main sur mon bras et désigné l'écran géant au-dessus de l'arène. Sur lequel on apparaissait en gros plan. Peter a fait coucou à la caméra nerveusement.
-Quoi qu'on soit censés faire, tout le monde sait qu'on est là pour ca sauf nous. Si on tente de fuir… hé bien il y a des gardes partout, et d'une façon ou d'une autre tous ces gens semblent vraiment impatients de nous voir mourir.
-Mais on est où ?, a chuchoté Hélèna. Le coiffeur c'est une chose mais… par les dieux, on est plus du tout dans les égouts !C'est comme si on avait traversé un portail vers…
-Vers un autre monde.
Les yeux du petit blond s'était illuminés à ces derniers mots. Il a examiné la foule autour de nous plus attentivement.
-Ils ne sont pas juste de nationalités différentes. Ils viennent… de toutes les époques.
Soudain il a écarquillé les yeux.
-Il y a seulement quelques passages vers les Enfers à travers le monde. Même à la Colonie, on ne les connaît pas tous. Et puisqu'on ne peut pas vraiment dire que ca ressemble à la damnation éternelle…
-…attends, quoi ?
-Je dis qu'on vient d'atterrir sur l'île des Bienheureux.
J'ai jeté sur ce qui nous entourait un regard totalement différent. Ont étaient entourés par des morts. On était aux Enfers. Il m'a fallut un moment pour comprendre pourquoi ca éveillait cet excitation diffuse en moi. J'étais déjà venu. Peut-être pas ici dans cette arène, ou même sur l'Île des Bienheureux, mais les Enfers… j'étais déjà venu. C'était comme rentrer à la maison.
-Ca doit être une sorte de jeu télévisé ou un machin comme ca. Une des nombreuses distractions du Paradis ou je sais pas.
-Qu'est-ce qui va se passer si on gagne ?, s'est interrogé Hélèna. Vous croyez… vous croyez qu'ils nous laisseront partir ?
-Ce qui est certain c'est qu'ils ne nous laisseront aller nul-part avant qu'on l'ait fait. C'est peut-être aussi moderne qu'un match de foot, mais ca, c'est un combat de gladiateur, une arène. Pour l'instant on est de la chair à canon à leurs yeux, mais si on peut gagner… alors on devrait obtenir au moins assez d'attention pour expliquer aux responsables qu'il y a eu une erreur.
-C'est ca ton idée ?, ai-je raillé. Boxer des mecs qui s'entraînent depuis des siècles jusqu'à ce que quelqu'un daigne nous écouter ?Si on est bien sur l'Île des Bienheureux alors peut-être… peut-être qu'on va devoir se battre pendant des jours, ou pour toujours jusqu'à ce qu'on perde !Ils ont tout leur temps, je vous rappelle.
-Tu as mieux à proposer ?Non vraiment je serais curieux de savoir, qu'est-ce que tu fais quand il n'y a plus personne à poignarder dans le dos ?On serait peut-être déjà dehors si tu nous avais laissé le temps d'interroger Cottos, mais si je me souviens bien tu t'es amusé à le faire fondre. T'as besoin de consulter, Derek.
Hélèna a reculé d'un pas.
-Ce sera vous deux.
-QUOI ?!
-C'est hors de question, ai-je craché. Va-y avec lui, je meurs pas là-dedans.
-Ca doit vraiment être la fin du monde parce-que je suis d'accord avec cet enfoiré, hors de question que je me batte à ses cotés si on me donne le choix – et je ne veux pas non plus que tu y ailles avec lui, il faut que ce soit toi et moi, Hélèna !
-Vous êtes tout le temps fâchés depuis la Bibliothèque, a insisté Hélèna, vous avez l'air prêts à vous sauter à la gorge !C'est même pas des disputes intéressantes, vous vous jetez tout le temps les même trucs, à croire que le type qui écris vos engueulades est à court d'idées !
-Et c'est pour ca qu'on va pas combattre enchaînés l'un à l'autre !Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?!Si jamais il est en danger là-dedans, il n'hésitera pas une seule seconde à me tuer pour survivre !
-Ouais, ai-je renchéris, j'hésiterais pas une seule seconde à le tuer pour survivre !Ou même pour rire !
Hélèna a tapé du pied avec colère.
-C'est un combat en duo !C'est comme Derek a dit, plus de ruses, seulement un truc frontal !Il aura aucunes raisons de te trahir Peter, vous allez devoir compter l'un sur l'autre, c'est carrément l'occasion de vous réconcilier, ca ne peut pas continuer comme ca. Non mais vous vous rendez compte que vous vous connaissez à peine ?Peter a été possédé dés le début de la quête, et ensuite il y a eu l'enlèvement par l'OMEGA, vous avez été en bon terme deux jours à la Colonie et depuis vous vous faites la tête !
-Parce qu'il a essayé de te tuer !, s'est exclamé Peter outragé.
-Tu vois ?Vous vous attardez sur de vieilles rancunes.
-C'était… c'était hier !
-… Heu oui peut-importe, en tout cas c'est l'occasion idéale de vous réconcilier.
-Hélèna, on ne joue pas là !, ai-je protesté. C'est un combat à mort, tu crois que c'est le moment ?!
-Si on veut survivre à ce qui nous attend, il faudra qu'on soit unis, tous les Trois, et ce ne sera possible que si vous deux vous faites la paix. Je ne vois pas de meilleure opportunité que de vous faire combattre tous les deux en équipe. Et s'il nous faut une équipe de deux, ce sera vous les plus forts.
-Je refuse de prendre un tel risque simplement parce-qu…
-J'ai perdu mes pouvoirs.
Le visage de Peter s'est décomposé. Il s'est mit à trembler. Elle avait dit ca d'une voix prête à se briser.
-Il a réussi. Ce que mon père m'a fait, je crois que ca m'a rendue… mortelle. En quelques sortes. Je vois encore à travers la Brume, pour l'instant, mais je ne serais plus jamais une demi-déesse.
-Ton seul pouvoir c'est la Colère d'Héra, ai-je grogné. Comment tu peux être sûr de ne plus l'avoir ?Ca fait un bail que t'as plus été réellement en colère, c'est tout.
Elle a secoué la tête, les larmes aux yeux.
-Ca n'a jamais été mon seul pouvoir. Tu te souviens le jour où on s'est rencontré, au collège, et que j'ai su que Peter était en danger ?A chaque seconde, je pouvais sentir en moi chacun de ceux que je considère comme ma famille. Peter, Tristan, mes autres amis à la Colonie… c'était comme une connexion, comme quand Peter lie nos pensées. Quand ils étaient malheureux, quand ils avaient peur, quand ils avaient mal, je le sentais. Et maintenant, je ne les sens plus.
Peter l'a brusquement serré dans ses bras, sans un mot. J'aurais juré voir un sanglot secouer ses épaules. Je ne me suis pas vexé qu'elle n'ait pas dit me « sentir » moi aussi. Je l'avais rencontré il y a une semaine, et mon plan continuait d'inclure qu'elle devait certainement mourir. Je m'en foutais. Totalement. Mais à ce moment-là, j'ai vu Hélèna différemment. Juste un peu. Depuis le premier jour elle était celle qui n'avait pas cessé de sourire et de se préoccuper de ses ongles, mais c'était la première fois qu'il me venait à l'idée que peut-être elle avait voulue nous protéger du poids supplémentaire qu'aurait représenté le fait de devoir s'inquiéter pour elle. Elle était la fille de la déesse de la Famille, après tout. Elle ne nous avait jamais fait part de ses inquiétudes, jamais des vraies, elle répétait encore et encore qu'on allait réussir même enchaînée au fin fond des cachots de l'OMEGA et quand elle avait peur elle disait des conneries sur ses cheveux. Ca ne voulait pas dire qu'elle n'était pas une insupportable greluche que j'aurais dû tuer il y a longtemps, mais la nana que je pensais qu'elle était nous aurait révélé qu'elle avait perdu ses pouvoirs à la seconde où elle l'aurait comprit. Pour la première fois, j'ai pris conscience que s'il n'y avait eu que moi et Peter, ma haine et sa colère, j'aurais peut-être déjà abandonné et fuit.
J'ai arraché Peter à son étreinte ridicule sans ménagement et je l'ai poussé en avant. Il m'a jeté un regard assassin, mais il a avancé.
-Vous deux, alors ?, a grogné l'homme en toge en nous voyant descendre.
-Ouais.
-Vos armes.
J'ai plongé la main dans ma poche et reculé, livide.
-…hein ?
-Vos armes. Les armes sont interdites dans l'arène.
Il s'est saisi d'une coupelle et a claqué des doigts. Aussitôt l'épée courte de Peter et mon portable que j'aurais si facilement pu faire passer pour un simple téléphone y sont apparus.
On n'a même pas eu le temps de réagir : les mecs nous ont chopés par la taille comme si on ne pesait rien et ils nous ont jetés dans l'arène en-dessous de nous. J'ai couiné de douleur en heurtant le sol dans une réception qui n'avait rien de la classe de celle de Peter. La hauteur était tout juste suffisante pour puisse sauter de là-haut avec certaine chance de ne rien se casser.
La voix d'un présentateur télé a retentit dans le ciel au-dessus de nous :
-MESDAMES ET MESSIEURS, BIENVENU A NOTRE TROIS MILLIARDS SIX CENT QUATRE VINGT SEPTIEME ÉDITION DE LAAA BATAILLE DES DAMNÉS !
La foule a rugit à en faire trembler le sol. Une chaîne est apparue à ma cheville pour m'enchaîner à celle de Peter – il ne pouvait rien arriver de pire.
-VOUS CONNAISSEZ TOUS LES RÉGLES !
-Non, ai-je gémis. Pas du tout.
-QUATRE CONCURRENTS, DEUX ÉQUIPES, DES BONUS ET DES PIÉGES PLUS SANGLANTS QUE LE MONDE D'EN HAUT NE LE FUT JAMAIS, ET UN SEUL ET UNIQUE VŒU !LES GAGNANTS SE VERRONT ACCORDER TOUT CE QUE LES CHAMPS ELYSEES ONT A OFFRIR !DES CHÉQUES CADEAUX, LES DERNIÉRES CONSOLES A LA MODE, OU POURQUOI PAS… LAAAAAAAAAAAAAAAAAAA VIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIE !
C'était parfait. Si on avait le droit à un vœu, il suffirait de demander de remonter à la surface et le tour serait joué. On pourrait réellement s'en sortir si on gagnait ce combat. Du moins, c'est ce que j'ai d'abord pensé. Juste avant de faire connaissance avec nos adversaires.
-A MA DROITE : NOS MEILLEURS DEVINS NOUS ONT PRÉDIS LEUR ARRIVÉE AUJOURD'HUI MÊME, ILS SONT VENUS POUR SOUFFRIR, DEUUUX EEEEENFAAAAAAANTS SANS DEFEEEEEEEEEEEEEEEEEEENSE !
Le public a hurlé comme si notre mort imminente était le plus bel évènement de l'année.
-A MA GAUCHE…
La terre a commencée à trembler, le tonnerre a grondé dans un ciel pourtant sans nuage, ce qui était la preuve d'un favoritisme flagrant dans les présentations.
-AAAAA MAAAAAAAA GAUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUCHE !...
Le public a entrepris de taper des pieds dans un vacarme ahurissant.
-LE PREMIER RESTE INVAINCU DEPUIS LES ANNEES 80… SES ADVERSAIRES RETROUVENT LEURS DENTS AU PIED DU SAPIN CHAQUE ANNEE… VOUS LE CONNAISSEZ TOUUUS… LEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE PEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEERE NOOOOOOEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEL !
Sur le moment, j'ai cru avoir mal entendu. Et puis, tout au bout de l'arène, deux immenses portes de bois se sont ouvertes lentement. Et il s'est avancé. On a tous un jour rêvé de rencontrer le Père Noël. Mais quand j'ai vu sa gueule, j'ai compris pourquoi il ne sortait que lorsque tout le monde était couché. Il était immense, plus de deux mètres, vêtu de sa célèbre veste rouge de la couleur du sang ouverte sur des tablettes de chocolat à faire pâlir Chuck Norris où s'étendait une véritable forêt de poils blancs. Ses mains velues étaient comme des battoirs à viande, ses bottes si larges que j'aurais pu y rentrer tout entier. Même de loin je pouvais voir ses deux petits yeux rouges où brûlait tout un monde de malveillance perdus au milieu d'un visage de bucheron dévoreur d'enfants, affreusement laid, un nez cassé et écrasé en forme de groin et un énorme cigare coincé entre ses dents jaunâtres et pourries. Il a dégainé deux long sucre d'orge taillés en pointe de sa ceinture, puis il a largement écarté les bras, et il a mugit :
-I… AM… SAAANTA CLAAAAAAUS !
Des femmes se sont évanouies dans la foule, les gens ont commencés à lui balancer des listes de cadeaux, des cartes de vœux et des biscuits qu'il attrapait au vol pour se les fourrer dans la gorge. J'ai presque pu voir ce qui restait de l'enfance de Peter s'échapper lentement en gémissant de la bouche grande ouverte du petit blond. Le Père Noël (j'arrive toujours pas à croire que je dis ca…) a pointé un de ses sucre d'orge vers moi puis en a lentement léché la pointe en souriant comme s'il ne pouvait plus attendre d'y gouter mon sang encore chaud.
J'ai reculé. Pour les gosses comme moi, c'était rassurant de se dire que le Père Noël n'existait pas. Parce-que je n'avais pas du tout, mais alors pas du tout été sage cette année.
-ET A SES COTES…
Nouveau rugissement de la foule.
-IL ATTEND SA PUBERTÉ DEPUIS BIENTÔT PLUS DE DEUX SIÉCLES… IL EST MORT TRAHI PAR LA FÉE CLOCHETTE… PEEEEEEEEEEEETEEEEER PAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN !
Une étoile filante a surgie de la porte à la vitesse de l'éclair sous les yeux ébahis du public et a tournoyé autour de l'arène en répandant des particules de lumière sur son passage avant de s'écraser aux cotés du Père Noël. C'était un gamin, de l'âge de Peter (l'autre), vêtu d'un simple jean vert et d'un t-shirt de la même couleur. Il a sourit, arborant d'immenses dents de lapins. Une chaîne est apparue aux pieds de nos deux adversaires.
-C'est n'importe-quoi…, ai-je murmuré. C'est vraiment du grand n'importe-quoi…
-ET MAINTENANT, a continué la voix. DIX !NEUF !
Le public a scandé avec lui le compte à rebours qui s'égrenait sur les écrans géants. Je pouvais sentir Peter tenter de sonder mon esprit pour capter mes intentions.
-T'en chie pour lire dans mes pensées ?, ai-je raillé. Je vais t'aider : j'étais en train d'envisager de te tuer pour me servir de toi comme d'un boulet humain au bout de ma chaîne. Sympa non ?
-Et si je suis prêt à te tuer s'il le faut, Derek, c'est précisément parce-que tu es l'unique personne que je connaisse qui soit capable de dire une chose pareille et de peut-être le penser vraiment.
-ZEEEEEEEROOOOO !QUE LE SORT VOUS SOIT FAVORAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAABLE !
Aussitôt, l'arène a cessé d'être une simple étendue de sable. De l'herbe a poussé un peu partout, quelques arbres ont surgis de terre, ca et là des boites par dizaines marqués de divers motifs ont surgit dans l'air, un quart du terrain est devenu un damier noir et blanc et d'étranges sculptures difformes grandes comme deux fois des hommes, vaguement humanoïdes, se sont formées à partir de la terre sous nos pieds, immobiles un peu partout à travers l'arène.
J'ai tout juste eu le temps de regarder tout ca. Aussitôt après, le Père Noël s'est saisi de sa chaîne et a fait exactement ce dont j'avais menacé Peter : il a commencé à la faire tournoyer entre ses mains, de plus en plus vite. Bientôt, Peter Pan s'est élevé dans les airs en tournant comme une hélice, puis le vieux barbu nous l'a balancé dessus comme un boulet humain. Aussitôt, Pan a reprit le contrôle et s'est mis à briller de mille feux en fonçant sur nous, porté par son propre pouvoir et par l'élan que lui avait donné le Père Noël, qu'il traînait derrière-lui à l'autre bout de la chaîne comme si le vieil homme faisait du ski nautique.
-OH !, s'est exclamé le commentateur. Mesdames et messieurs, ils nous sortent les grands moyens d'entrée de jeu !Voici la célèbre et mortelle technique du Traîneau !
En un instant, ils ont été sur nous. Pan est passé entre moi et Peter sans nous toucher. On s'est regardés sans comprendre. Et puis le Père Noël est arrivé derrière lui, ses sucres d'orges brandis pour nous couper la tête à tous les deux. In extremis, Peter a tiré sur notre chaîne pour me faire basculer en arrière et s'est lui-même baissé, nous épargnant une décapitation qui n'aurait été drôle que pour vous.
-Je croyais qu'il fallait laisser ses armes à l'entrée ?!, ai-je hurlé.
-Et vous les avez laissées ?, a ricané Peter Pan en faisant demi-tour pour nous foncer dessus à nouveau.
-COURS ABRUTI !, m'a hurlé Peter en tirant sur notre putain de chaîne pour tenter de s'en libérer.
Je me suis jeté sur le côté pour éviter à nouveau les sucres d'orges mortels avant de m'élancer avec Peter entre les arbres épars.
-MAIS POURQUOI CA FINI TOUJOURS COMME CA ?!
-Ils ne pourront pas continuer entre les arbres !
Papa Noël n'était pas de cet avis. Derrière-nous les arbres ont commencés à tomber un par un, coupés en morceau aussi sûrement que si on avait été pourchassés par une débroussailleuse. La Voix continuait de commenter joyeusement notre mort imminente alors que des images de notre fuite à travers le petit bois s'affichaient sur les écrans :
-Comme vous pouvez le voir, le Père Noël et Peter Pan sont une équipe qui a fait ses preuves !Ils connaissent parfaitement les forces et les limites de leur coéquipier sans qu'une seule parole ne soit échangée, un atout qui manque cruellement à leurs adversaires et qui pourrait vite faire la différence !
C'est là que le premier… truc a émergé d'entre les arbres. Un de ces étranges géants fait de terre. Il était tout aussi difforme de près, une parodies d'être humain à la mâchoire proéminente. Il nous a regardés en clignant ses petits yeux noirs, l'air indécis, puis il a commencé à s'approcher. J'ai tourné dans une direction pour l'éviter, Peter a tourné dans l'autre, et on est tout deux tombés à la renverse liés par cette satanée chaîne à notre cheville.
C'est là que je l'ai aperçu. Un de ces étranges cubes qui étaient apparus en même temps que le terrain. Je me suis retourné juste à temps pour apercevoir le golem se jeter sur lui-moi. Après tout j'avais plus rien à perdre. Ignorant le cri d'avertissement de Peter, j'ai touché la boîte. Immédiatement, elle a explosé sans me faire de mal, pulvérisant en revanche un bras à l'homme de terre qui a reculé en mugissant. Puis je me suis changé en ferraille. Oui, moi non plus je n'ai pas compris sur le moment. J'ai touché cette saloperie de boîte, et l'instant suivant, j'étais purement et simplement fait de métal de la tête au pied. J'ai difficilement levé devant mes yeux une main de fer, éberlué. Peter a reculé d'un pas, stupéfait.
-Aaaaah !Mais attendez !L'un des enfants de l'équipe adverse vient de s'emparer d'un des bonus dispersés à travers le terrain !
Un instant plus tard Pan a jaillit d'entre les arbres, brillant de milles-feux – jamais j'ai su d'où il tenait ses pouvoirs – aussitôt suivi du Père Noël. Il a d'abord commencé par foncer sur moi, puis il a brusquement modifié sa trajectoire pour foncer sur Peter. La foule a rugit.
-L'équipe des Enfants Sans Défenses (c'était vraiment le nom de l'équipe ?!) est lente, mes ami, bien trop lente !LE DÉTENTEUR DU BONUS MÉTAL LAISSE SON COÉQUIPIER SANS PROTECTION !
Heureusement pour lui, Peter a été plus réactif que je ne le serais jamais : avant que le Père Noël n'ait le temps de se jeter sur lui pour lui trancher la gorge, il a attrapé Pan au vol. L'enfant volant a poussé un cri de protestation en redoublant de vitesse sans s'arrêter alors que le Père Noël qu'il traînait derrière-lui manquait trébucher, déstabilisé, et ils se sont tous les trois éloignés en zigzaguant comme des ivrognes à travers les arbres. L'espace d'un instant ca m'a parut une très bonne nouvelle. Et puis j'ai vu la chaîne se tendre au bout de ma cheville.
-Oh par les d…
Mon hurlement de terreur a été couvert par les éclats de rire du public alors que les écrans nous exhibaient moi poursuivi par le golem qui cavalait derrière moi alors que j'étais traîné par la jambe derrière Peter et Peter juché sur le dos de Peter Pan qui tentait de le désarçonner en multipliant les loopings tandis que le Père Noël slalomait derrière eux. On n'avait aucune chance. Est-ce qu'on pouvait seulement tuer des morts ?
A cet instant, j'ai compris que c'était justement ca, le truc. On était en Enfer. La plus belle, la plus magnifique partie des Enfers, mais tout de même. Les gradins n'étaient pas remplis de salauds, c'était bel et bien des héros qui avaient mérités le repos éternel, simplement ils n'avaient aucunes conscience de ce qui se passait. Pour eux on ne pouvait pas mourir, quand bien-même le Père Noël déciderait de nous trancher la tête !C'est pour ca que Cottos avait voulu nous faire ces trucs de dingue, si j'avais été mort je n'aurais bel et bien rien eu à craindre de son shampoing. La vengeance de Cottos n'avait jamais consisté qu'en rater ma coupe de cheveux.
On a été trimballés comme ca jusqu'à une autre partie du terrain, celle couverte de dalles noire et blanches, où Peter Pan a enfin réussi à se débarrasser de Peter qui a roulé pêle-mêle avec moi par terre. Bien-sûr, c'est là que mon bonus a prit fin et que j'ai cessé d'être en métal.
-Contente-toi de me suivre, bordel !
-J'avais déjà un plan quand tu as fais l'imbécile avec cette créature dATTENTION !
J'avais complètement oublié le golem. Il a surgi d'entre les arbres en hurlant comme un immense bébé, droit sur nous. Et puis, il a posé un pied sur une dalle noire. Aussitôt, toutes les cases qui l'entouraient ont virés au rouge et il en a surgi des piliers de flammes qui n'ont laissés de lui qu'un petit tas de terre fumant. Charmant.
-Mesdames et messieurs, a gloussé le commentateur avec le public, il semblerait que Peter Pan ait décidé de profiter de la… hum, stratégie de ses adversaires pour les mener jusqu'à son terrain de prédilection, l'échiquier !
J'ai vite compris ce qu'il entendait par là. Pan volait au-dessus de l'échiquier, le Père Noël immobile en dessous de lui. Ils semblaient attendre. Mais nous…
-Il faut qu'on trouve un moyen de se battre, ai-je haleté.
-Avec quelle arme imbécile ?!
Je ne sais pas pourquoi, ca m'a énervé. Et sans réfléchir, j'ai poussé Peter en avant, le forçant à marcher sur une nouvelle case. Aussitôt, un torrent d'eau verdâtre s'est déversé sur nous deux en provenance du ciel pourtant sans nuages. Du moins, j'espérais que ca avait ne serait-ce qu'une chance d'être de l'eau. J'ignorais comment ca se passait d'habitude, mais je suis certain que jamais le public n'avait autant ris dans cette putain d'arène.
-MAIS CA VA PAS ?!
-Je tente de reconnaître le terrain, j'ai besoin de plus d'informations !
-Tu veux des informations ?!Si jamais tu retente quelque-chose comme ca je te broie l'esprit, ca te va comme information ?!
Lassé d'attendre qu'on fasse nos propres erreurs, le Père Noël s'est rué sur nous, mais pas comme un imbécile, non. Il marchait sur des cases bien précises qui s'illuminait une à une.
-LE VOILA !, a hurlé le commentateur. L'enchaînement miracle du Père Noël, rendu possible par son partenaire volant! L'agencement des cases change chaque jour de la semaine, ils sont les seuls à s'être montrés capable de le retenir et d'en tirer profit de la sorte !
Tout le sang s'est retiré de mon visage.
-Bouge.
-C'est cela même, oui !
-BOUUUGE !
Et les cases du Père Noël se sont activées. Par miracle, on s'est déplacés juste à temps pour éviter la météorite qui s'est écrasée là où on se trouvait un instant plus tôt, puis la seconde s'est abattue juste devant nous un instant avant qu'une lance à incendie ne surgisse d'une case blanche pour nous arroser de la tête aux pieds avec un authentique crottin de cheval, tellement violemment qu'on a été projetés en arrière sur une case qui s'est révélée faite de sables mouvants. Peter, bien plus au centre de la case que moi, s'est enfoncé aussitôt. Avec horreur, j'ai compris que j'allais être traîné jusqu'au fond de ce truc avec lui. Je me suis cramponné au bord avec l'énergie du désespoir, forcé de toucher une nouvelle case, et à ma grande horreur, un golem s'y est formé. Il m'a regardé en penchant la tête sur le côté, immense et indécis, dressé de toute sa hauteur au-dessus de moi. Le Père Noël a rugit et lui a jeté un de ses sucres candies qui s'est fiché dans la tête du monstre sans que ca semble le mettre très mal à l'aise. Attendez, quoi ?
Sans oser y croire, j'ai tendu le bras en direction de l'homme de boue. Et il m'a bel et bien attrapé la main comme le Père Noël semblait le craindre. Un symbole s'est allumé sur son torse, une nouvelle expression a animé son regard puis il m'a tiré hors de la case blanche et gluante.
-OUUUUUUH, erreur de la part du Père Noël !Son agencement a parfaitement fonctionné jusqu'à ce que l'un de ses adversaire s'empare d'une case non prévue au programme !Un premier golem pour les Enfants Sans Défenses !
Les golems n'étaient pas des ennemis, ils cherchaient juste un maître ! Il a même tiré encore pour remonter Peter, tremblant et couvert de substance blanchâtre.
-Sors nous de ce merdier !, ai-je ordonné à mon serviteur (oh oui j'adore dire ca).
Mauvaise idée. Le golem s'est gratté la tête, puis il a haussé les épaules et il a posé sa papatte sur une autre case au pur hasard. Aussitôt, tout le monde a disparu dans un flash de lumière. Et on est réapparus… un peu désorganisé. Avec horreur, j'ai lentement tourné la tête à ma droite pour découvrir que j'étais dorénavant enchaîné au Père Noël. Et à en juger par son sourire goguenard, un changement de chaîne ne suggérait en rien un changement d'équipe. Du côté de Peter, Peter Pan a sorti des nunchakus de sa ceinture avant de commencer à les faire tournoyer comme un vrai pro.
J'ai hurlé alors que Papa Noël sortait son second sucre candie de sa ceinture tout en tirant sur notre chaîne pour m'amener à lui comme un lapin coincé dans un piège.
-On est vivant !, ai-je tenté sans grand espoirs. Y a erreur, on n'est pas…
-Bouge pas j'vais t'arranger ca !
J'ai évité de juste son premier mouvement qui a laissé une longue estafilade rougeâtre sur toute la longueur de mon torse, puis il a encore tiré pour me rapprocher, et je lui suis rentré dedans alors qu'il reculait d'un pas en me saisissant par la gorge.
-T'es sur ma liste des enfants pas sages depuis tes deux ans !Je savais même pas que c'était possible !
Heureusement, se faisant, il avait marché sur une nouvelle case dont a surgi une autre boite mystère. Je l'ai saisi du bout des doigts alors que l'arme de mon adversaire allait se ficher dans ma gorge, une explosion de lumière dorée a jaillit hors de moi… et le sucre candie du Père Noël s'est brisé sur ma carotide. Il m'a lâché, livide… Et je ne suis pas redescendu sur le sol. Je volais, comme Peter Pan. Je me suis regardé sur l'écran géant alors que la foule hurlait, en délire. Mes cheveux avaient prit une teinte dorée et s'étaient dressés sur ma tête, mes yeux avaient virés au bleu profond et une aura de puissance comme je n'en avais jamais vue parcourait tout mon corps.
Non, sérieux ?Je me suis approché du Père Noël si vite que j'ai semblé disparaître aussi sûrement qu'un Agent de l'OMEGA, et soudain, je lui ai foutu un coup de poing. L'air lui-même en a tremblé alors que la forme de mes doigts s'imprimait sur sa joue et qu'il volait en arrière comme une poupée de chiffon. J'avais la force de mille hommes. Mais j'avais pas fini. Avec un hurlement de rire diabolique j'ai tiré sur la chaîne pour le ramener vers moi avant de lui administrer un nouveau coup de poing qui l'a à nouveau envoyé valdinguer, puis j'ai à nouveau tiré sur la chaîne et je lui foutu un autre coup qui l'a envoyé valdingué, puis j'ai tiré sur la chaîne et… enfin vous connaissez le principe du bilboquet, nan ?Ensuite, comme il ne mourrait pas, je me suis envolé au-dessus du stade sans trop savoir comment, toujours en trimballant le vieillard à moitié défiguré au bout de cette chaîne finalement bien pratique, et j'ai fondu sur le sol pour l'écraser par terre de toutes mes forces.
-Le Père Noël est connu comme l'un de nos combattants les plus endurants, capable même de lutter contre les plus grands des jours entiers avant de céder, mais combien de temps pourra-il résister à un tel traitement ?!On aurait dû interdire ce bonus depuis déjà des siècles, mes amis !
J'aurais certainement plus jamais de cadeaux, mais là tout de suite, pour moi, c'était bel et bien Noël. Je me suis une nouvelle fois envolé au-dessus du terrain en ricanant follement comme un enfant découvrant ses nouveaux jouets et j'ai traîné le Père Noël sur le sol le long de la forêt, puis je l'ai ramené sur l'échiquier à la vitesse de l'éclair et je me suis servi de la chaîne pour le balancer sur toutes les cases une à une juste pour voir ce qu'elles faisaient. Electrocution, pluie acide, engelures – oh, une fosse à excréments !Soudain, alors que je cherchais la case des météorites pour en finir, il a fait quelque-chose d'insensé comme s'il l'attendait depuis le début. Il s'est saisi d'un sucre candie plus petit dans sa veste, un, heu, couteau candie… et il l'a jeté en direction de Peter Pan qui combattait Peter. En direction de son propre coéquipier. Même si j'avais compris, je n'aurais rien pu faire. Le Père Noël combattait depuis des années, peut-être des siècles, il savait parfaitement combien de temps durait chaque bonus et effet de terrain. Et alors que je sentais mes cheveux redescendre et ma force refluer, dans un nouveau flash, j'ai repris ma place enchaîné à Peter un peu en retrait de l'échiquier. Et j'ai pris dans l'épaule le couteau jeté sur Pan. Un hurlement de douleur et de colère a jailli de ma gorge alors que j'arrachais la sucrerie de ma blessure, puis, avant même que je n'ai le temps de m'en remettre, Peter m'a envoyé un coup de poing en pleine tronche.
-ENFOIRÉ !
-Il semblerait qu'il y ait de l'eau dans le gaz chez les Enfants Sans Défenses !
J'allais hurler à mon tour quand j'ai enfin regardé le visage de Peter. Pan l'avait massacré à coups de nunchakus, on aurait juré qu'il avait été piétiné par des manifestants. Ses vêtements étaient bons à jeter, son visage bouffi d'ecchymoses, il se tenait le ventre d'une manière qui n'inspirait rien de bon. Je n'avais même pas songé à l'aider.
-Tu m'aurais laissé mourir !T'aurais pu m'aider et t'étais en train de me laisser crever comme un chien !
-J'ai été dépassé, d'accord ?!Je sais pas si t'as remarqué, il veut pas mourir, ce vieux fou !
-Parce-que tu t'es amusé à le torturer à coup de poing !Il aurait suffi d'y aller franchement, de le plonger dans l'acide, mais toi t'as voulu t'amuser !ENCORE !
A ce moment-là, un petit champignon a roulé entre nous. En se disputant, on avait laissé le temps à nos ennemis de ramasser un bonus. Avant qu'on ait le temps de bouger, le champi a vibré puis explosé comme une grenade en répandant une onde de choc qui nous a propulsés plusieurs dizaines de mètres en arrière comme un coup de poing géant dans la gueule, jusque contre un mur de l'arène. On s'est écrasés sur la surface dure de plein fouet avant de s'effondrer au sol, entourés ca et là de quelques bonus trop loin pour qu'on ait le temps de les atteindre. On faisait peine à voir sur l'écran géant, on avait l'air déjà morts.
Le Père Noël et Pan couraient déjà vers nous dans une démarche parfaitement synchronisée que la chaîne ne parvenait même pas à ralentir, mais maintenus occupés par le golem dont j'avais pris le contrôle qui leur courait après pour les arrêter. Pan a saisit un bonus au vol et a levé la main pour y faire surgir une boule de feu de la taille d'une voiture, puis le Père Noël s'est saisi d'une autre boîte et a commencé à aspirer pour avaler la boule de feu avant de brutalement la recracher sous la forme d'un pilier de flammes concentrées. Droit sur nous.
Soudain, on a eu un peu de chance : un mur de terre a surgi du sol entre elle et nous plus vite que je ne pourrais jamais frapper. Un autre a émergé un peu plus loin sans but avant de redescendre. Génial. Des barrières qui jaillissaient au hasard. Je me suis demandé si quelqu'un contrôlait les effets de terrain pour prolonger notre agonie. Personne ne ferait rien pour nous sauver la vie au bout du compte, ca c'était certain. A leurs yeux, tout ca n'était qu'un jeu.
Ca a donné le temps à notre golem de se jeter sur Pan pour tenter de s'asseoir sur lui, mais il ne les retiendrait pas longtemps, pas plus que les barrières amovibles.
-On va mourir si on est incapable de travailler ensemble, comment tu peux être incapable de comprendre quelque-chose d'aussi simple ?!, a ragé Peter.
-Ils savent quoi faire sans avoir besoin d'échanger un regard, tu crois qu'on peut faire pareil ?!Ma seule chance c'est de réfléchir à un plan, tout seul !
Mais à ce moment-là, alors que l'écran géant diffusait l'image de nous effondrés contre un mur aussi sûrement que deux gamins passés à tabac par des lycéens à la sortie de l'école pour quelques sous, je me suis trouvé ridicule. Il avait raison. Si on ne travaillait pas ensemble, on allait mourir. A cause de moi. J'avais besoin d'aide, et ca me rendait furieux.
-Je m'excuserais pas.
-Oui, j'avais comp…
-Non, c'est pas ca. Pour ce que j'ai fais à Hélèna, à la Bibliothèque. Risquer sa vie et tout ca. Je m'excuserais pas. J'ai fais ce que j'avais à faire, et si c'était à refaire je le referais. Mais… je voulais pas qu'Iris la tue. Ou toi. Ca aurait pu arriver, mais j'ai jamais voulu ca. Et ensuite, quand je me suis retrouvé tout seul, c'était pas aussi fun que je le croyais. C'est pour ca que je suis revenu vous chercher.
Bien-sûr, ce que je voulais dire c'était que j'avais encore besoin de leurs pouvoirs pour atteindre le Mont Olympe, mais à ces yeux je venais sans doute d'avouer qu'ils comptaient pour moi et que j'avais des remords. Ce qui n'était pas le cas.
Je l'ai vu réfléchir une seconde. Quelque-chose avait changé dans son regard.
-Je vais faire quelque-chose. Mais si tu l'utilise pour fouiller mon esprit, sache que je serais en mesure de te tuer aussi longtemps que tu seras dans ma tête.
-Que… de quoi ?
-Je vais lier nos esprits, exceptionnellement. Pas seulement nos pensées, tout ce qui fait qui nous sommes. C'est le seul moyen de les égaler.
Il a approché sa main de mon front, mais je lui ai brutalement saisi le bras. Si je pouvais fouiller son esprit, alors ca signifiait que si je le laissais faire, il pourrait aussi fouiller le mien. Mes peurs, mes faiblesses. Ma mémoire.
-Je te promets de ne pas le faire. Vraiment. Il faut que tu me fasses confiance ou on va mourir, je n'en ai pas plus envie que toi.
C'était vrai. Il avait même bien plus de raison de se méfier, et pourtant il prenait le risque. Il a posé sa main sur ma tête.
-Ne me déconcentre pas. Si je me rate on va devenir une seule et même personne avec deux corps différents, et devenir fous.
Ca ne lui a prit qu'une seconde. Aussitôt, j'ai compris ce qu'il entendait par lier nos esprits. Ils n'avaient pas fusionnés – jamais on n'aurait pu se séparer ensuite – mais c'était certainement le niveau juste en-dessous. Je n'entendais plus ses pensées, je les pensais avec lui. Sa façon de résonner, ses préoccupations, son point de vue et ses aptitudes. Et beaucoup plus encore. J'aurais pu aller beaucoup plus loin, tout connaître de lui, tout apprendre de ce qui faisait que Peter Jackson était qui il était. Mais si j'en étais capable, alors lui aussi. Je suis resté à la surface, prudent. Aucuns de nous deux n'a rien dit, ce n'était plus utile.
On s'est relevés, difficilement. Je l'ai aidé à tenir debout quand il a manqué s'effondrer à nouveau. Il avait bien plus mal que moi. Sans se regarder, on a examinés les bonus qui nous entouraient tandis que Pan et le Père Noël venait enfin à bout de notre golem finalement bien utile. Papa Noël lui a fait exploser la tête.
Je n'avais jamais prêté attention aux symboles sur les boîtes, mais Peter lui, a été capable de les interpréter un à un. Il a eu une idée. Puis j'en ai eu une. Et en seulement quelques instants, on a monté un plan qui avait ses chances.
-Ca semble être la fin pour l'Equipe des Enfants Sans Défenses qui regarde leurs adversaires se ruer sur eux sans observer la moindre réaction, un bien triste abandon pour… attendez… OH !
Peter a bondit à droite tandis que je filais sur la gauche pour éviter une nouvelle attaque du Traîneau, laissant Pan filer entre nous-deux puis le Père Noël se prendre les pieds dans la chaîne qui nous séparait. Il s'est écrasé contre le mur en basculant en avant puis s'est relevé d'un bond. Au même moment, j'ai ouvert la main pour Attracter quelque-chose dont je ne connaissais que vaguement la position, quelque-part dans la foule.
-Une nouvelle collaboration semble s'être établie entre les enfants !Sans armes et sans bonus ils vont mourir mais quel panache mes amis, quel panache !
J'ai évité un coup de nunchakus de Pan puis j'en ai paré un autre tout en me déplaçant sur sa droite, son coté le plus vulnérable – Peter savait se battre, et il était dans ma tête. Je me suis jeté en arrière pour filer entre les jambes du Père Noël qui a manqué me briser la colonne vertébrale d'un coup de pied alors que Peter le poussait en avant. Déséquilibré par notre chaîne, il est tombé sur Peter Pan. Quand à moi, j'ai finalement pu atteindre le bonus que je voulais. J'ai jeté à Peter son épée courte que j'avais Attracté un peu plus tôt, puis tandis qu'il l'attrapait au vol j'ai fais exploser la boîte. Aussitôt, un pouvoir nouveau a explosé dans tout mon corps alors qu'un bruit semblable au vrombissement des hélices d'un hélicoptère émanait de moi. Je vibrais.
-L'un des enfants semble s'être emparé d'un bonus speedster !Un coup de chance ?Non !Les Enfants Sans Défense préparent quelque-chose, j'en mettrais la main au feu !
Peter s'est fermement saisi de son bout de la chaîne, prêt. Je lui ai souris. Et sans me préoccuper de ce que faisaient nos adversaires, je me suis élancé. Et j'ai tout simplement disparu, invisible à l'œil nu, répandant une onde de choc dans l'air. C'était incroyable. Je courais plus vite que la horde de Nanuk. J'ai fais un premier tour de l'immense arène en un unique instant, le paysage flou autour de moi, en laissant une traîné de poussière dans mon sillage. Quand à Peter, ses pieds avaient tous simplement quittés le sol, il se cramponnait à la chaîne tant bien que mal, à peine capable de respirer. Il fallait faire vite, si j'ose dire. J'ai resserré mes cercles autour de nos deux adversaires, puis, alors que ca aurait dû être impossible, j'ai encore accéléré, et dans un vacarme à peine croyable j'ai franchi le mur du son. Le Père Noël et Peter Pan se tenaient dos à dos, les vêtements battus par le vent, de plus en plus nerveux. La poussière s'élevait peu à peu autour d'eux dans un maelstrom qui ne cessait de gagner en puissance.
-Est-ce que… oui !Les enfants s'inspirent de la technique du Traîneau pour générer une tornade autour de leurs adversaires !Mais dans quel but ?!Peuvent-ils les priver d'oxygène ?!
D'après Peter, non, on ne pouvait pas, pas comme ca en tout cas. Mais j'avais autre chose en tête. Peter a activé Bravoure qui n'a pas tardé à laisser une traînée de lumière dans son sillage. Mais ce n'était pas suffisant. J'ai poussé un rugissement de bête en éveillant tout ce que je pouvais de ma rage et de mon envie de vaincre. La lumière de Bravoure dans le poing de Peter a redoublé, et enfin, la tornade toute entière a viré au bleu vif en s'élevant toujours plus haut dans le ciel, parsemé de flocons et d'éclats de glace tranchants, puis d'éclairs et de nuages noirs. La foule était en délire. Il m'a semblé entendre le cri de joie d'Hélèna au milieu de la cohue, puis le commentateur a hurlé à son tour :
-OOOOH !CE N'EST PAS UNE SIMPLE TORNADE !ILS DECHAÎNENT A TRAVERS LE TERRAIN UNE VÉRITABLE TEMPÊTE DE NEIGE ET DE GLACE QUI EMPORTE TOUT SUR SON PASSAGE !C'EST UNE TOUTE NOUVELLE TECHNIQUE QUI VOIT LE JOUR SOUS NOS YEUX, UNE IDÉE DE GÉNIE !MAIS LES TROIS MINUTES QUE DURENT UN BONUS SPEEDSTER SERONT-ELLES SUFFISANTES POUR VENIR A BOUT D'UN MAÎTRE DU FROID TEL QUE LE PÈRE NOËL ?!
C'était vrai, j'avais cru pouvoir vaincre ces deux là avec la tempête de glace. Mais Peter avait su que ca ne marcherait pas. Il avait eu une autre idée. Je n'avais pas simplement tourné à travers le terrain au hasard. J'avais cherché quelque-chose.
Enfin, la vitesse a reflué. J'ai freiné des quatre-fer puis fait volte-face pour attraper Peter qui ce serait écrasé par terre et serait peut-être mort sur le coup. La tempête s'est lentement dissipée pour enfin dévoiler le Père Noël et Peter Pan, à terre, les vêtements en lambeaux, les lèvres bleues, couverts d'estafilades sanglantes dû aux éclats de glace, mais ils pouvaient encore se battre. Ils se sont relevés, furieux, vacillants. Et ils ont reculés.
-Qu'est-ce que… PAR TOUS LES DÉMONS DE L'ENFER! REGARDEZ-CA !LA TORNADE…
La foule a hurlé plus fort que jamais, faisant trembler le sol comme le ciel de leurs rugissements.
-LA TORNADE N'ÉTAIT QU'UNE RUUUUUUUUUUUUUUSE !C'EST UNE VÉRITABLE ARMÉE, UNE ARMÉE QUI SE DRESSE CONTRE DES ADVERSAIRES A PEINE ASSEZ VAILLANTS POUR LUTTER CONTRE LES ENFANTS !
J'ai éclaté de rire et tapé dans la main de Peter. J'avais fais des dizaines, peut-être des centaines de tour de terrains. Et avant de commencer la tempête, j'avais cherché l'intégralité des quarante-quatre golems de l'arène, et je les avais activés. Ils se sont avancés à pas lourds l'un après l'autre, venant de partout, encerclant nos adversaires de toutes parts. C'était jouissif.
Peter a rompu le contact, séparant à nouveau nos esprits. C'était bon de redevenir totalement soit même, mais je me suis presque senti seul. Il a rengainé son arme et mit ses mains dans ses poches.
-Va-y. Je sais que tu en meurs d'envie.
J'ai souris. Et j'ai ordonné d'une voix forte :
-Les gars… nettoyez-moi ce merdier !
Je pensais qu'ils allaient simplement se jeter sur nos adversaires et, je sais pas, s'asseoir sur eux, mais c'était beaucoup mieux que ca. Les golems avaient une idée très crade du nettoyage. Ils ont ouvert la bouche, et il en a jaillit un torrent de boue sous pression, de véritables rayons lasers, en seulement quelques secondes même le Père Noël a été incapable de lutter, couvert d'une boue qui continuait de se solidifier sur lui, c'était presque trop cruel. Puis, à mon plus grand ravissement, lorsque nos adversaires ont disparus sous la matière brunâtre et malodorante, le monticule de boue a explosé, arrosant même le public. Le Père Noël et Peter Pan sont restés inertes au milieu de leur porcherie personnelle, vaincus. Et la foule a perdu la tête. Une musique entraînante a envahi l'espace alors que des confettis surgissaient du ciel, un podium a surgi sous nos pieds en même temps qu'un micro. Puis ensuite, mieux que tout, nos blessures ont disparues l'une après l'autre. Ca, je voulais bien croire que c'était le Paradis.
-NOUS AVONS DES GAGNANTS !NOUUUUUS AAAAAVOOOOOOOOONS DEEEEES GAGNAAAAAAAAAAAAAANTS !CONTRE TOUTE ATTENTE, LES ENFANTS FINALEMENTS PAS SI SANS DÉFENSES EMPOOORTE LAAAA VICTOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIRE !
Hélèna a sauté dans l'arène et s'est précipité vers nous en criant et en pleurant. Peter l'a laissé le serrer dans ses bras en le couvrant de baiser, vaguement embarrassé. Un micro a surgi devant moi.
-A présent, le moment que vous attendez tous !, a clamé le présentateur. Les gagnants vont annoncer le prix du sang !Que désirez-vous obtenir pour votre victoire ?!
-Juste comme ca ?, a chuchoté Hélèna. Quoi, c'est aussi simple ?
-On veut remonter dans le monde des vivants tous les trois, ai-je grogné dans le micro. En Grèce, sur le Mont Olympe.
-Trop loin !
-Au passage entre le Mont Olympe d'Olympie et l'originel.
-Où ca ?
-A Portland, alors !
-Portland la ville ou c'est le nom d'un parc d'attraction ?
-Portland la ville, bordel !
-QUEEE SAAA VOLONTÉ SOIT FAIIIIIIIIIIIITE !
Les immenses portes par lesquelles étaient arrivés le Père Noël et Peter Pan ont bruyamment claquées avant de se rouvrir sur une lumière blanche. Peter et Hélèna s'y sont engouffrés sans demander leur reste, mais moi, avant de partir, j'ai jeté un bref regard en arrière. Et j'ai eu la plus étrange des pensées.
Je me suis remémoré tout ce que j'avais appris jusqu'à maintenant. Ce qu'avait dit Lupin, George et Martha, ce que j'avais compris par moi-même. Et puis avec ou sans preuve formelle, j'ai su, dans mes tripes. Cette vie n'était pas ma première. J'étais une réincarnation. Mais de qui ?
Soudain, vers le Nord du stade, j'ai vu une forme noire se frayer un chemin à travers la foule au pas de course. L'Agente du métro. Me voyant prêt à lui échapper encore une fois elle a pointé ses armes vers moi, tout un monde de fureur dégoulinant sur son visage. Aussitôt, j'ai fais volte-face et j'ai quitté le monde des morts sans demander mon reste avant qu'on m'y offre un séjour prolongé.
