Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kurumada, sauf pour ceux qui sont à moi.
Rappel du rating : M
Note : Bonjour ou bonsoir ! Au risque de me répéter, encore et encore, un grand merci à vous de vous attarder à la lecture de cette histoire. Et des remerciements particuliers et sincères pour vos reviews, car, comme je le dis à chaque fois, chacune d'elles me touche et m'encourage à continuer (et terminer) l'écriture de cette (longue) fic.
ShaSei: Merci, merci, merci pour ta review, qui m'a, comme toujours, beaucoup touchée ! Et tu as entièrement raison : c'est un cauchemar éveillé cette possession ! Et oh que oui !… on aurait envie de secouer Seiya pour qu'il se réveille... Et donc … voici la suite, qui, je l'espère, ne te décevra pas… Bises et prends soin de toi ! (et tant mieux si tu avais tout compris, je n'en doutais pas… :D Mais j'aime bien les longues explications et les notes de bas page… ;-)
De passage: Un grand merci pour ton commentaire et pour prendre le temps de partager avec moi tes impressions sur la lecture de mon histoire. Ce que tu dis me fait vraiment très plaisir, et je suis très heureuse que tu trouves ce que j'essaie de raconter original. Je suis aussi ravie que tu apprécies Shun, Sorrento et June et la relation que j'ai voulu créer entre eux, ainsi que ce que je fais vivre à Shaina et Ikki (y compris la réaction un peu « inattendue » de ce dernier à tout cela…). Et j'espère donc que tu apprécieras ce que tu pourras lire aujourd'hui. Merci encore et à bientôt !
Alors, voici le chapitre 25 … En guise d'introduction, un résumé très bref de l'épisode précédent, pour vous rafraîchir la mémoire (dans l'hypothèse où cela pourrait s'avérer nécessaire) : Hadès a totalement pris possession de l'âme du Sagittaire et a transformé sa jolie armure d'Or en Surplis. Ceci fait, Hadès/Seiya se volatilise devant les regards médusés de ses amis, pour réapparaître quelques jours plus tard au pied du grand escalier du Sanctuaire. Je n'ai rien d'autre à ajouter (pour l'instant), si ce n'est que je continue à utiliser le principe des MAJUSCULES pour désigner Seiya lorsqu'il est possédé par Hadès (comme dans le chapitre précédent).
Ah si… une dernière chose, tout de même : j'espère que vous vous portez bien, où que vous soyez, et malgré tout…
Sur ce …
Je vous souhaite une bonne lecture… en espérant que vous apprécierez… au moins un peu…
Chapitre 25
« Il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine. »
Albert Camus, L'étranger.
..._...
18 décembre 2001
Sanctuaire, Grèce
IL laisse SON cosmos exploser et déploie les ailes du Surplis du Sagittaire. Celles-ci LE dépassent peu à peu et créent une ombre autour de LUI. IL baisse les yeux vers SES poings, qu'IL ouvre et ferme lentement, et relève la tête pour regarder vers le haut du Sanctuaire. IL peut sentir le cosmos d'Athéna au pied de sa statue millénaire (1). C'est donc là-bas que se déroulera leur combat, et c'est là-bas qu'IL les anéantira tous.
Aleix ferme les yeux, emporté par le délice de la caresse qu'il reçoit. Pourquoi est-il incapable de garder le contrôle de lui-même dès lors que Vjeko le touche ? Soudain, il ouvre les yeux et son compagnon s'écarte de lui.
« Putain ! » s'exclame le Phoenix.
Ils appellent leurs armures et celles-ci les recouvrent aussitôt. Ils se regardent une dernière fois et échangent un dernier sourire, avant de faire brûler leur cosmos et de quitter les arènes en courant.
IL lève SON pied droit et le pose sur la première marche. IL n'a pas envie de se presser, IL veut savourer chaque instant de ce moment qu'IL a tant attendu et qu'IL trouve déjà délicieux. IL sent alors deux cosmos approcher derrière LUI, et en déduit que finalement, les hostilités débuteront ici…
IL tourne SON visage dans la direction des deux chevaliers qui s'apprêtent à L'attaquer : un chevalier de Bronze et un chevalier d'Or. Un duo plutôt inhabituel… mais cela n'a absolument aucune importance. IL lève SON bras droit pour les balayer dans un souffle, et sans leur accorder davantage d'attention, IL reprend l'ascension qu'IL vient de commencer.
Le Phoenix et le Capricorne se trouvent projetés en arrière, et leurs corps s'écrasent sur les colonnes de pierre qui bordent les premières marches de l'interminable escalier. Celles-ci sont pulvérisées sous la violence du choc, et les deux chevaliers s'écroulent sur le sol. Le Phoenix se relève le premier et ne peut s'empêcher de détourner les yeux pour vérifier l'état du Capricorne qui reprend ses esprits à ses côtés. Ils ne s'accordent aucune seconde de répit, et repartent tous les deux au combat.
« Cela ne sert à rien d'insister ! Vous ne pouvez rien contre MOI !
- Permets-nous au moins d'essayer ! Par les Ailes du Phoenix !
- Excalibur !
- JE vous dis que vos efforts sont totalement inutiles! » leur assène-t-IL en écartant leurs attaques d'un simple revers de main.
Vjeko et Aleix s'envolent dans les airs, et retombent plusieurs dizaines de mètres en contrebas.
« Puisque vous ne semblez pas vouloir comprendre, JE vais vous accorder l'immense privilège de périr de MES mains ! »
IL lève SES deux bras vers le ciel et libère une explosion d'énergie destructrice qui engloutit tout autour de LUI. Le ciel s'obscurcit et les deux chevaliers disparaissent sous un épais nuage de flammes et de poussière.
IL sourit face au spectacle de désolation qu'IL vient de créer, et se tourne à nouveau dans la direction du but qu'IL veut atteindre.
« Finalement, JE n'ai plus envie de jouer » murmure-t-IL pour LUI-même, avant de disparaître.
« Laisse-moi venir avec toi !
- Non Jie-Hu, il en est hors de question !
- Mais je sais qu'IL est là ! Je LE sens !
- Justement, tu ne dois absolument pas t'approcher de LUI ! insiste le Saint de la Balance.
- Père, je t'en prie ! Permets-moi de revêtir mon armure, je suis certain que je pourrai vous aider !
- Tu n'y penses pas ! Mon fils, tu n'as que onze ans… Personne n'a jamais porté une armure d'Or aussi jeune (2), et tu n'es absolument pas prêt à accomplir une telle chose !
- Kiki, dis-lui ! Tu le sais toi, dis à mon Père que mon armure me réclame !
- Non, Jie-Hu. Shiryu a raison, ce que tu demandes n'est pas envisageable.
- Alors, c'est que vous n'avez rien compris ! Je connais le cosmos qui vient d'apparaître au Sanctuaire. Je le côtoie depuis des mois. Depuis mon premier jour à Yomotsu. Je sais d'où il vient et j'ai appris à l'apprivoiser. Je pourrai vous être utile, j'en suis sûr !
- NON ! Kiki, peux-tu rester avec lui et l'accompagner jusqu'au Temple du Verseau, s'il te plaît ?
- Comment ?! Mais je veux participer à la bataille moi aussi ! proteste le jeune Bélier.
- Je l'entends bien, mais nous avons besoin que certains d'entre nous restent auprès des jeunes apprentis. Alors, je te le demande une nouvelle fois, peux-tu accompagner mon Fils pour le mettre à l'abri dans l'enceinte de la Onzième Maison, auprès de Seïka, Camille et Dimitri ?
- Entendu Shiryu. Et j'irai chercher tous les autres apprentis restés dans les baraquements inférieurs pour les garder auprès de nous, avec Geki, Ichi et Nachi.
- Merci. »
L'ancien Dragon se penche vers son fils et pose ses mains sur ses épaules.
« Jie-Hu, je veux que tu obéisses aux ordres de Kiki quoi qu'il arrive. Et aussi… »
Il hésite un instant, puis poursuit en plongeant ses yeux dans ceux de son petit garçon.
« Je veux que tu fasses tout ce qui sera en ton pouvoir pour protéger ceux qui seront autour de toi. Je sais que tu en es capable, et j'ai confiance en toi.
- Entendu, Papa. Et toi, fais attention, s'il te plaît !
- Toujours. A bientôt, mon Fils ! »
Shiryu appelle son armure qui se déploie devant lui et le recouvre de sa chaleur protectrice. Il salue Kiki une dernière fois, dépose un dernier baiser sur la joue de son enfant, et quitte l'infirmerie tandis que Kiki et Jie-Hu se téléportent vers le Temple du Verseau.
IL apparaît devant l'immense statue représentant la Déesse de la Sagesse et de la Guerre, magnifique et semblable à ce qu'elle a toujours été.
Ils LE regardent tous, Athéna et ses chevaliers minables, insignifiants et ridicules. Ils sont tous là, pour ceux qui lui restent, à L'attendre sans rien faire, parce qu'ils savent qu'ils ne peuvent rien contre LUI. Et en les voyant ainsi, à L'observer sans bouger, IL ne peut se retenir de rire. Et SON rire retentit aussitôt à travers tout le Sanctuaire, dans un écho abominable et qui semble déjà éternel.
« Vous n'êtes que des êtres répugnants et sans importance ! Et JE vais vous prouver à quel point votre existence et tout ce en quoi vous avez la faiblesse de croire ne riment à rien ! JE vais vous faire comprendre qu'il n'y a plus rien pour vous sur cette Terre, et que le moment est venu de la libérer de votre insupportable présence !
- Hadès ! s'écrie Saori en dressant son sceptre à côté d'elle. Encore une fois, tu te trompes et tu le sais ! Car nous croyons en l'Amour que les hommes portent à leurs semblables et au respect qu'ils placent en chaque vie, et il n'y a rien de faible ni de méprisable à croire en de telles choses. Et surtout, il n'existe pas de sentiments plus importants et plus honorables.
- Fadaises insensées que tout cela ! la coupe-t-IL. Et tu ME fatigues, MA Nièce, avec ta stupide naïveté et la confiance aveugle que tu places dans ceux que tu as juré de protéger. Ne perçois-tu pas la noirceur de leur âme et le vide de leur cœur ? Comment peux-tu ne rien voir alors que tu envoies tes propres chevaliers pour apaiser les souffrances que les humains sont les premiers à propager autour d'eux ? Comment peux-tu accepter de croire en eux malgré ce que tu sais et tout ce que tu devines ? Et surtout, pourquoi ne les abandonnes-tu pas pour revenir vers nous, les Dieux ? Pour venir vers MOI ?
- Parce que je garde la foi en l'Humanité et en la pureté de ce qu'elle représente ! Les crimes de quelques-uns ne peuvent en aucun cas servir de justification à la destruction de tous. Car la plupart des Humains sont justes et bons, et n'aspirent qu'à la paix et à la justice !
- Ah oui ? Comme celle qu'a voulu exercer ton plus fidèle chevalier ? Voilà un bel exemple de mansuétude et de bienveillance ! Car JE sais ce qui a submergé son âme lorsque JE l'ai encouragé à agir enfin selon sa volonté. Il a éprouvé du plaisir, un plaisir gigantesque, à retirer la vie à ces êtres vils et répugnants, avec pour seules motivations, sa colère et sa soif de vengeance. Et JE n'ai pas eu à l'influencer tant que cela, crois-MOI…
- Non, justement ! Je ne TE crois pas ! Car je sais, nous savons tous, que Seiya aurait été incapable de commettre une telle ignominie !
- Vraiment ?... Demande un peu à celle que vous appelez l'Ophiuchus ce qu'elle en pense… JE suis certain que tu aimeras entendre ce qu'elle a à te dire… »
Shaina recule de deux pas presque par réflexe. Elle ne supporte pas entendre son nom sortir de SA bouche !
Ikki se place spontanément devant elle pour la défendre et la protéger.
« Regardez-les, comme ils sont touchants tous les deux ! Et pourtant…
- Arrête ! hurle Shun en s'avançant vers LUI. Cesse TES enfantillages, et aie donc le courage de révéler la raison pour laquelle TU TE présentes devant nous aujourd'hui. TU ne veux qu'exercer TA vengeance, rien de plus. Une simple vengeance, que TU devrais draper dans le déshonneur de TE rabaisser à agir de la sorte ! Car une telle attitude n'est pas digne d'un Dieu, même pour un Dieu tel que TOI.
- Ah… MON préféré ! Comme JE suis heureux de te revoir ! Mais tu fais erreur… Et JE suis affligé de constater à quel point tu sembles méconnaître les Dieux ! Mais toi aussi, tu pourrais certainement demander à celui qui partage ton lit de t'instruire sur le sujet… Oui, demande donc à la Sirène ce qu'il pense des Dieux et de leur goût intarissable pour la vengeance, justement ! »
Sorrento serre les poings en s'efforçant de ne pas regarder celui qui vient d'être désigné comme son amant en présence de tous les chevaliers du Sanctuaire. June s'approche de lui et pose sa main sur son bras, comme pour s'assurer qu'il ne dira rien, leur secret n'ayant maintenant plus aucune importance.
« Je n'ai besoin de personne pour m'éclairer sur quoi que ce soit ! répond le chevalier de la Vierge, sans prêter attention à la remarque particulière que vient de faire celui contre lequel il s'oppose. Je sais pertinemment que la vengeance est un désir que vous aimez voir satisfait, mais cela ne retire rien au fait que de tels sentiments ne sont pas dignes de vous !
- Assez ! JE suis fatigué de t'entendre ! » s'exclame-t-IL dans un cri effroyable. IL lève son bras et soulève Shun du sol sans même le toucher. IL serre sa main devant LUI et ce dernier commence à étouffer.
« Shun ! Non ! » hurle Ikki en s'interposant entre son frère et le terrible Dieu.
IL balaie l'air devant LUI de SON autre bras, et l'ancien Phoenix se voit projeté en arrière avec une violence inouïe.
A cet instant, IL s'écroule sur le sol et plaque SES mains contre SES tempes. Shun retombe sur ses pieds, libéré de SON emprise, et court dans la direction de son aîné qui se relève déjà.
Seiya se redresse alors, et le noir de ses yeux semble avoir disparu.
« Shun ! Ikki ! » crie-t-il en regardant son Surplis. « Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'est-il arrivé à mon armure ? »
Il bat des paupières, regarde sa Déesse qui le dévisage sans comprendre, croise les grands orbes émeraude de Shaina qu'il voit remplis de larmes, et plonge ensuite ses yeux dans ceux de ses amis. Ils sont tous là, Shun, Ikki, Shiryu, Hyoga, et Jabu. Marine est là elle aussi, avec Acrisios et son fils. Son disciple bien-aimé à qui il a cédé son armure, l'armure de Pégase. Et il se trouve parmi eux, comme il l'a toujours été. Mais pourtant, aujourd'hui, tout lui semble différent. Tellement différent.
Il bat des paupières, encore, et comprend, se souvient, et sait aussitôt ce qu'il doit accomplir.
« Non Seiya ! Tu ne peux pas porter la main sur MOI ! »
Cette voix… dans sa tête… toujours elle… depuis quatorze ans… Il ne la supporte plus ! Il veut la détruire, l'anéantir, la faire disparaître. Enfin, et pour toujours.
Seiya relève la tête, certain de la force de sa volonté, et prend la parole d'une voix calme et claire.
« Ikki ! Il est maintenant temps pour toi de tenir ta promesse… Je veux que tu me tues, comme tu m'as un jour promis que tu le ferais lorsque je te le demanderais.
- Seiya ! Non ! répond le chevalier du Lion. J'en suis incapable ! Comment le pourrais-je ?
- Tu veux que je te donne une raison, Ikki ? Une raison véritable qui ôtera le doute de ton cœur ? Dans ce cas, je vais t'en donner une… Je l'aime ! J'aime Shaina autant qu'elle peut m'aimer elle aussi. Et j'ai fait l'amour avec elle, nous avons fait l'amour tous les deux. Et je lui ai offert la jouissance. Une jouissance infinie, comme elle n'avait jamais connue, pas même avec toi ! Et elle a crié mon nom, de si nombreuses fois, alors qu'elle effaçait le tien de ses lèvres ! »
Mais tandis que Seiya délivre ce discours qu'il semble avoir préparé, des larmes coulent sur ses joues. Des larmes semblables à celles qui marquent déjà les joues de Shaina. La femme chevalier tombe à genoux, les mains à plat devant elle, en laissant ses cheveux masquer ses yeux.
« Alors Ikki ! Tue-moi ! Par Athéna, tue-moi avant qu'il ne soit trop tard ! »
L'ancien Phoenix s'avance vers lui, contourne la femme qu'il aime en effleurant ses cheveux du bout des doigts, et s'arrête en face du Sagittaire. Il serre les poings en enfonçant ses ongles dans la chair de ses mains. Il serre si fort que du sang commence à couler le long de ses phalanges. Il ferme les yeux pendant quelques secondes qui semblent interminables, et les rouvre pour les plonger dans ceux de son ami.
« Je ne peux pas, Seiya. Je suis désolé, je n'en ai pas la force…
- Ikki... je t'en supplie…
- Non, je n'en suis pas capable…
- Alors, nous sommes perdus. »
Le Sagittaire se laisse tomber à genoux, les bras ballants, amorphe et désespéré, en fixant le sol devant lui. Il comprend qu'il est trop tard, que tout est fini. Il vient de perdre la bataille. Sa toute dernière bataille.
Vjeko pose un genou à terre et se relève lentement. Il balaie avec inquiétude la zone autour de lui à la recherche de son ami, et ressent un profond soulagement lorsqu'il l'aperçoit debout et déjà en train de le rejoindre.
« Tout va bien ?
- Oui Aleix, il faut croire que ce Dieu n'est pas si terrible que ça finalement…
- Non, je pense plutôt que nous avons eu de la chance. »
Le Phoenix tend la main pour effleurer la joue du Capricorne.
« Tu saignes.
- Toi aussi, répond-il en indiquant une large blessure sur la cuisse droite de son amant.
- Alors nous voilà mal barrés si tu veux mon avis… » précise le Croate en plongeant ses yeux dans ceux du Catalan. Il le regarde sans parler, hésite un instant et ajoute finalement, presque timidement :
« Promets-moi de faire attention à toi.
- Et toi ? Peux-tu me faire une telle promesse ?
- Non.
- Alors moi non plus. »
Et les deux chevaliers se précipitent vers le monumental escalier sans prononcer le moindre mot supplémentaire.
IL se redresse, superbe et implacable, en déployant une nouvelle fois les ailes de SON Surplis.
« Vous venez de laisser passer votre dernière chance ! Mais Ikki, tu ME vois ravi de ton impardonnable faiblesse ! Seiya a donné la dernière once de son insignifiante volonté pour te supplier, et tu n'as pas su t'en montrer digne. Comme tu dois te sentir misérable. Comme tu dois te sentir inutile ! Tu vois où ce sentiment infâme que vous appelez l'Amour peut mener les hommes ? Ne regrettes-tu pas de t'être laissé tromper par cette illusion ridicule ? »
Le Lion ne répond pas. Il sait qu'une partie de ce qu'il vient d'entendre est juste. Il n'a pas été digne. Il a été misérable, et il se sent misérable. Mais l'Amour qu'il ressent n'est en rien illusoire, et de cela aussi, il en est convaincu.
« J'ai conscience de ma faiblesse et de mon manque de lucidité. Mais je T'interdis de remettre en cause la pureté des sentiments qui animent mon cœur, qui animent nos cœurs à tous.
- Ikki a raison ! Hadès, TU ne pourras jamais effacer l'Amour qui baigne nos âmes et qui remplit nos cœurs. Et je TE demande de m'écouter ! »
Avant de poursuivre, Shun ferme les yeux et s'adresse à son frère et à ses amis par la pensée. Il leur demande de rester devant Athéna quoi qu'il arrive pour la protéger, et de ne pas se préoccuper de lui, sous aucun prétexte. Ikki, Shiryu et Hyoga lui font comprendre qu'ils accèdent à sa requête, et se positionnent devant leur Déesse.
La Vierge s'approche de LUI, avec Sorrento à ses côtés. Il sait que la Sirène ne l'écoutera pas s'il lui demande de s'écarter, alors il accepte son escorte sans prononcer un mot.
Il se tient maintenant à quelques centimètres de LUI, et les ailes de SON Surplis le recouvrent de leur voile sombre et froid. Shun tend la main vers LUI et caresse SA joue. IL ne réagit pas, n'a pas le moindre mouvement de recul, comme s'IL s'était attendu à cette surprenante étreinte.
« Seiya… Je sais que tu es encore là, quelque part. Écoute ma voix et reviens auprès de nous, je t'en prie. Par Athéna et pour tout l'Amour que tu lui portes, reviens à toi et libère-toi de LUI ! »
IL ferme les yeux et avance SA joue contre la main de celui qui LE touche. IL se laisse aller à la douceur de sa caresse, et se laisse bercer par la voix qu'IL écoute. Puis soudain, IL rouvre les yeux, et leur noirceur absolue efface le dernier espoir qui emplissait encore le cœur de la Vierge.
« Shun… MON tout petit… La confiance que tu places en ton ami ME touche, sincèrement. Mais malheureusement, elle ne te servira à rien. Seiya est perdu. Tu l'as perdu, ou plutôt, tu l'as laissé se perdre en l'abandonnant à MOI peu à peu, alors que tu savais. Depuis le premier jour…
- Non, c'est faux ! Je n'ai pris conscience de son mal-être que depuis quelques mois.
- Arrête donc de te mentir à toi-même ! Tu as toujours su que J'avais laissé MON empreinte dans le cœur de ton ami. Tu le savais, mais tu refusais juste de voir… Comme vous avez tous refusé de voir ! Vous tous qui prétendiez être ses amis, et toi, Athéna, qui prétendait être sa Déesse. Oui, vous l'avez tous abandonné, et aujourd'hui il M'appartient, à MOI et à MOI seul !
- NON ! Je refuse de l'abandonner ! Tout ceci n'est que mensonge ! Hadès… pourquoi ne le laisses-TU pas tranquille ? Pourquoi ne veux-TU pas revenir vers moi ? Je suis le réceptacle de TON âme, celui que TU avais choisi pour TON retour, et mon corps T'appartient. Viens, je T'attends. Reprends possession de moi… Je suis prêt, je suis là, pour TOI…
- Oh, mais tu ne M'intéresses plus Shun… Car JE ne veux pas revenir, et JE ME moque complètement de MA présence sur la Terre. JE veux juste vous détruire. La détruire elle et son maudit Pégase. Alors, écarte-toi ! »
IL tend SON bras droit, saisit Shun par le cou et le serre de toutes SES forces. Sorrento s'interpose, mais IL le projette dans les airs sans même le regarder. La Sirène se réceptionne toutefois facilement grâce aux ailes de son écaille.
Sans se poser de questions, Ikki désobéit aux ordres de son frère et court vers lui pour le protéger, comme il l'a toujours fait.
IL écarte alors SES doigts et laisse tomber Shun à SES pieds.
« Tiens, ramasse-le ton précieux petit-frère… Il ne M'amuse plus et JE n'ai plus besoin de lui… J'ai une autre tâche à accomplir ».
Et IL s'avance lentement vers Hikari. Vers le nouveau Pégase.
Jie-Hu n'en peut plus de rester là sans rien faire. Il ne supporte pas d'attendre avec les autres enfants et de ne servir à rien. Il sait qu'il pourrait les aider, qu'il pourrait aider son père. Car il a appris à LE connaître, ce terrible Dieu. Ou tout du moins, il connaît SON cosmos et l'énergie gigantesque qu'il renferme, et il a su l'apprivoiser…
« Kiki, s'il te plaît, laisse-moi partir ! Laisse-moi les rejoindre !
- Non Jie-Hu ! Enfin, tu n'as pas entendu ton père tout à l'heure ? Il a été extrêmement clair sur le sujet : tu ne dois te rendre là-bas sous aucun prétexte, et tu dois rester ici, avec moi et avec les autres apprentis !
- Mais…
- Il n'y a pas de mais ! Cette décision est irrévocable (3), et si tu insistes, tu me verras dans l'obligation de te rendre incapable de bouger !
- Ah oui ? Et comment t'y prendrais-tu ?
- Je connais tout un tas de moyens !
- Et tu accepterais l'idée de me faire du mal, Kiki ?
- S'il le fallait, et étant donné les circonstances, oui, j'accepterais d'accomplir une telle chose.
- Alors vas-y !
- Arrête donc tes bêtises, et tiens-toi tranquille !
- Non ! Enfin Kiki, n'entends-tu pas son appel ? Ne peux-tu pas entendre qu'elle me réclame ?
- Qui ça ? interroge le Bélier, pour la forme seulement, car il sait pertinemment à qui son jeune vis-à-vis vient de faire référence.
- Eh bien, mon armure ! Ecoute-la murmurer mon nom… Ecoute combien elle souffre de me sentir loin d'elle…
- Je n'entends rien du tout !
- Alors c'est que tu ne fais pas suffisamment attention…
- Bon, Jie-Hu, regarde-moi, poursuit le Tibétain en plaçant ses mains sur ses épaules. Tu ne peux pas revêtir ton armure. Tu n'es pas prêt, tu n'es pas suffisamment fort, et surtout, tu n'en as pas le droit. Pas encore… Mais bientôt, tu le pourras, et ce jour-là, je serai le premier à te féliciter. Mais aujourd'hui, il en est hors de question.
- Je n'en ai pas le droit ? répète le jeune apprenti en plongeant ses yeux dans ceux de son ami.
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce que tu ne la mérites pas. Pas encore.
- Comment peux-tu en être sûr ?
- Parce que je la connais probablement mieux que tu ne la connais toi-même. Elle n'est pas prête à t'accueillir, et tu n'es pas prêt à la recevoir.
- Vraiment ?
- Oui, vraiment. Tu comprends maintenant ?
- Oui. Je crois que oui…
- Alors, tu vas te tenir tranquille ?
- Oui.
- A la bonne heure ! Alors va rejoindre Dimitri dans le salon. J'arrive dans cinq minutes. »
Kiki sourit à son petit protégé et le regarde passer la porte de la cuisine. Une fois seul, il ferme les yeux et s'adresse à Shiryu par télépathie.
« Ton fils est agité, mais je crois que j'ai réussi à le calmer.
- Merci Kiki !
- Je sens SON cosmos qui s'accroît.
- Oui, en effet.
- Et Seiya ?
- Nous l'avons perdu. »
Puis plus rien. Pas une pensée supplémentaire. Le Bélier vient de perdre le contact avec son ami, tandis qu'une explosion de cosmos jaillit des hauteurs du Sanctuaire. L'explosion de plusieurs cosmos, parmi lesquels il peut en sentir un qui s'éteint. Qui s'éteint pour ne plus se raviver. Jamais.
Ils viennent de perdre l'un d'entre eux. L'un d'entre eux vient de mourir...
Plus que quelques marches, et Vjeko et Aleix atteindront la grande esplanade au pied de la statue de leur Déesse. Soudain, plusieurs cosmos s'embrasent devant eux, et l'instant d'après, l'un de ces cosmos disparaît...
Marine regarde horrifiée CET être monstrueux qui avance vers son fils. CETTE abomination qui porte pourtant les traits de son propre disciple, et cette image lui est insoutenable. Comment ont-ils pu l'abandonner à ce point ? Comment a-t-elle pu laisser son élève s'abandonner à LUI ?
A cet instant, elle se sent misérable, incapable et coupable. Coupable de n'avoir rien fait, ou plutôt, d'avoir laissé faire. Surtout maintenant qu'elle comprend qu'à cause de tout cela, Hadès se trouve ici, prêt à porter la main sur le seul humain qu'IL ait la faiblesse de craindre.
Le chevalier de Pégase. Son fils. Hikari.
...^...
« Alors, te voilà enfin devant MOI ! JE peux enfin voir ton visage, et cette armure que JE méprise. Oh, mais elle te sied à merveille, tu sais ! Elle te va aussi bien qu'à ton cher Maître ! Laisse-MOI donc la toucher… adjure-t-IL, presque dans un murmure.
- Non ! s'exclame Hikari, en repoussant SA main d'un mouvement de bras franc et combattif.
- Oh, mais c'est qu'il mordrait presque, le petit…
- Laisse-le tranquille ! lance le chevalier de l'Aigle en s'interposant entre son fils et LUI.
- Mais voici la jeune louve qui veut protéger son petit… Son petit qu'elle a pourtant abandonné après l'avoir serré dans ses bras et juré de l'aimer pour toujours. Hein, Marine ! Comment as-tu pu lui faire ça, à ce petit qui avait grandi dans ton ventre ? Et comment as-tu pu lui faire ça à lui ? A ce Lion que tu disais aimer de toute ton âme… Comment as-tu pu commettre une telle infamie ?
- Je…
- Ah, tu ne sais plus quoi dire ? Peut-être que ton bien-aimé Scorpion pourrait t'aider à retrouver la parole ? Et que crois-tu qu'Aiolia penserait de tout cela ? Que crois-tu qu'il dirait de l'amour que tu portes à cette maudite petite Licorne ?
- Seiya, ferme-la !
- Mais Jabu, tu te trompes… Ce n'est pas Seiya qui s'exprime. Pourtant, tu n'as pas tout à fait tort… Et puisque tu sembles vouloir l'entendre, JE peux te dire ce que le Sagittaire pense de vous deux… Il vomit de vous voir ensemble ! Il ne supporte pas de vous voir l'un auprès de l'autre !
- Tu mens !
- Non l'Arachnide… Et tu le sais. Mais assez bavardé… Viens donc par-là, misérable Pégase… »
IL attrape Hikari par le plastron de son armure et le soulève du sol. Acrisios essaie de le protéger, mais IL le paralyse d'un simple regard.
« Ne bouge pas, toi ! Tu n'as même pas d'armure pour te protéger ! Et tout Gémeaux que tu sois, tu n'es pas digne que JE porte la main sur toi ! »
IL dirige à nouveau toute son attention sur le jeune chevalier de Bronze qu'il serre toujours entre ses doigts.
« Il est temps que JE me débarrasse enfin de cette maudite armure, comme J'aurais dû le faire depuis des siècles, si J'en avais été capable. Mais JE ne pouvais pas la toucher, elle ne ME le permettait pas… Mais aujourd'hui, JE le peux, et JE dois accorder MON infinie gratitude à celui que vous appelez Seiya. Car c'est grâce à lui et à lui seul que JE peux enfin ME libérer de cette insupportable faiblesse ! »
IL commence à écarteler les épaules de la protection de Bronze, en arrachant un hurlement de douleur au jeune chevalier qui la porte. La souffrance imprègne petit à petit les traits du visage d'Hikari, et des larmes apparaissent sur ses joues.
Marine se jette alors sur LUI pour tenter de LE faire lâcher prise, mais IL la freine de la main droite.
« Le contraire M'aurait étonné… Tu veux protéger le fruit de tes entrailles. Évidemment… Alors JE vais t'accorder le bonheur de pouvoir mourir avec lui. Tu n'as pas su accompagner ton fils tout au long de sa vie, Marine de l'Aigle, mais tu l'accompagneras dans la mort ! »
IL lève SON bras et déploie toute la force de SON courroux maléfique. Marine fait exploser son cosmos pour protéger son fils, pour les protéger tous les deux, mais celui-ci est rapidement balayé par l'aura insondable du terrible Dieu qui se dresse face à elle. Elle tombe à genoux, et déjà, la vie semble vouloir s'échapper d'elle.
Jabu se précipite pour la secourir et libère toute l'étendue de son cosmos. Il le porte à son paroxysme et le projette contre CELUI qui veut anéantir la femme qu'il aime plus que tout.
Alors IL le regarde, effroyable et implacable, touche simplement son front de la paume de SA main droite, et sourit.
Le Scorpion s'effondre sur le sol de marbre blanc et son cosmos s'éteint aussitôt.
Jabu, le chevalier de Bronze de la Licorne, n'est plus. Jabu, le chevalier d'Or du Scorpion, gardien de la Huitième Maison du Zodiaque, est mort.
Les autres regardent la scène sans réagir, et surtout, sans comprendre. Tout est allé tellement vite, beaucoup trop vite... Et ils savent déjà qu'ils ne pourront jamais effacer de leur mémoire les images insoutenables de Seiya arrachant le dernier souffle de vie du corps de Jabu. Même s'ils savent que Seiya n'en est pas responsable. Même s'ils savent que Seiya n'est responsable de rien.
...^...
Le Capricorne et le Phoenix atteignent l'esplanade devant la grande statue d'Athéna juste pour assister, impuissants, à la mort du gardien du Huitième Temple. Ils courent rejoindre Ikki, Shun et les autres, et se placent à leurs côtés.
Marine prend son amant dans ses bras, retire le casque de son armure, et lui caresse le front.
« Jabu, réveille-toi… Ça va aller… Reviens … Ne me laisse pas…
- En voilà un qui ne ME gênera plus ! s'exclame le terrible Dieu. Et lâche-le donc, espèce d'idiote ! Ne vois-tu pas que ce moins que rien est mort ? »
Le chevalier d'Argent relève la tête, dépose avec délicatesse le corps du Scorpion sur le sol, et se lève. Elle serre les poings, laisse exploser son cosmos, et s'adresse à CELUI qui vient d'ôter la vie à l'homme qu'elle avait appris à aimer.
« Tais-TOI et sois maudit ! » lance-t-elle en LE frappant à la poitrine.
IL la repousse sans même la toucher et elle est projetée dans les airs. Elle retombe vingt mètres plus loin, et Shaina et June se précipitent auprès d'elle.
« A NOUS deux maintenant, MON petit Pégase ! Laisse-MOI donc terminer ce que J'avais commencé… »
De la main droite, IL arrache les épaules de l'armure de Bronze, et de la main gauche, IL en arrache le plastron. IL les broie entre SES doigts et l'instant d'après, il n'en reste rien. Plus rien si ce n'est quelques grains de poussière, qui déjà s'envolent vers le ciel pour rejoindre les étoiles.
IL saisit alors Hikari par le bras, et le soulève du sol en le brandissant devant LUI, tel un trophée qu'IL serait fier d'exposer à la vue de SES sujets.
« Et maintenant, JE vais me débarrasser de toi !
- Non ! Lâche-le ! s'exclame Athéna.
- Ah… Tu te réveilles enfin MA chère nièce ! JE constate avec plaisir que tu n'as pas perdu l'habitude de laisser tes pauvres chevaliers se sacrifier à ta place ! Et JE dois effectivement reconnaître ton sens aigu des priorités... Alors, pourquoi la vue de la mort de ce petit vermisseau t'émeut-elle à ce point ? Le Scorpion ne méritait-il pas lui aussi une petite réaction de ta part ?
- Je n'ai pas à justifier mes actes devant TOI, Hadès ! Et puisque TU es là pour exercer TA vengeance sur moi, alors regarde-moi ! Je suis à TOI !
- Tu t'offres à MOI ? MA nièce… regretterais-tu enfin la mort de tous ces chevaliers qui ont donné leur vie pour toi ? Ou aurais-tu la cruauté de reconnaître que tous leurs sacrifices n'ont servi à rien ?
- Bien entendu que je regrette ! Comment pourrais-je ne pas regretter ?! J'ai pleuré la mort de chacun d'entre eux, et je ne veux justement plus avoir à verser de larmes !
- Alors tu n'as qu'à les abandonner, eux et tous ces Humains que tu chéris tant, pour venir vivre auprès de MOI.
- Plutôt mourir que de vivre avec TOI !
- Alors JE vais exaucer ton vœu le plus cher, MA petite… »
IL lâche Hikari qui s'écroule sur le sol. Finalement, IL se moque bien que celui-ci vive ou crève, car IL en a terminé avec lui et avec sa maudite armure.
IL fait apparaître l'arc du Sagittaire dans SA main gauche, et passe SA main droite entre SES épaules pour en libérer la flèche. IL l'encoche, tire sur la corde, et se met en position de tir.
Athéna ferme les yeux et écarte les bras. Elle n'avait jamais imaginé mourir de la flèche du Sagittaire. De la flèche de son plus fidèle chevalier. Mais cela n'a plus aucune importance. Car elle sait qu'elle a perdu Seiya. Elle l'a perdu lui, comme tous les autres avant lui. Comme Jabu aujourd'hui, et comme trop d'autres à l'avenir si elle s'acharne dans la voie qu'elle considérait, à tort, comme devant être la sienne.
A cet instant, Shun, Shiryu, Hyoga et Ikki se placent devant leur Déesse pour la protéger, comme ils l'ont toujours fait. Et ils lancent tous les quatre leurs plus violentes attaques en faisant exploser leur cosmos.
« Tempête Nébulaire !
- Par les cent dragons suprêmes de Rozan !
- Exécution de l'Aurore !
- Par les Ailes du Phoenix ! »
Vjeko et Aleix les rejoignent aussitôt, et libèrent à leur tour toute leur puissance.
« Par les Ailes du Phoenix ! »
- Excalibur ! »
Une explosion d'énergie inouïe recouvre l'esplanade et le sol tremble de toute part. Des colonnes s'effondrent, des pierres se brisent, et la statue de leur Déesse vacille.
Mais LUI, reste debout, inatteignable et indestructible.
Alors Ikki regarde Shiryu et Hyoga, et ils comprennent tous les trois ce qu'il leur reste à faire, même s'ils ne le supportent pas. Car ils doivent tout mettre en œuvre pour anéantir le corps de CELUI qui se tient toujours devant eux. Ce corps qui reste humain malgré tout. Ce corps qui est pourtant celui de leur ami.
Ikki s'accroupit, pose un genou à terre, et tend les bras devant lui. Hyoga et Shiryu se placent derrière lui, le Verseau à sa gauche et la Balance à sa droite (4), et tous deux mettent leurs mains en position.
L'Athéna Exclamation ! Ils n'ont plus d'autre choix…
« Mais, que comptez-vous faire ? Ne ME dites pas que vous pensez vous débarrasser de MOI avec votre soi-disant ultime technique ? Vous parviendrez peut-être à détruire le corps que J'habite, mais vous ne ME détruirez pas MOI ! Et le seul que vous anéantirez sera votre misérable ami ! Celui qu'il y a peu semblait pourtant si cher à vos yeux… Vous sentez-vous prêt à accomplir une telle chose ? Croyez-vous vraiment en être capable ?
- TU ne nous laisses malheureusement pas le choix ! » s'écrie le Lion.
Les trois Chevaliers d'Or portent leur cosmos à leur paroxysme et s'apprêtent à lancer leur attaque. Leur exécution.
« Non ! Vous ne pouvez pas ! Vous allez le tuer ! Vous allez tuer Seiya !
- Shun, pousse-toi ! s'écrie l'ancien Phoenix.
- Non Ikki ! Je ne peux pas vous laisser faire ! Il doit y avoir un autre moyen. Ce n'est pas possible !
- Ikki a raison, Shun ! Permets-nous d'accomplir le devoir qui est le nôtre, insiste la Balance.
- Non ! »
Le chevalier de la Vierge se retourne, et fait à nouveau face à CELUI qui lui serrait la gorge il y a quelques minutes à peine.
« Seiya ! Reviens-nous, je t'en prie ! Écoute ma voix, concentre-toi sur elle ! Je suis là, nous sommes tous là, et nous avons toujours confiance en toi ! Seiya ! »
IL baisse l'arc de SON Surplis, et laisse retomber SON bras le long de SON buste. SA flèche vient alors effleurer SON genou, et IL incline la tête.
Il la relève aussitôt, les yeux pleins de larmes.
« Je vous demande pardon, mes amis !
- Seiya ! Je savais que tu serais assez fort !
- Non Shun, je ne le suis pas… Je veux juste implorer votre pardon, pour ne pas avoir su rester celui en qui vous aviez placé votre confiance et celui que vous aimiez, et pour être devenu ce qu'Hadès voulait faire de moi. Je n'ai pas su résister à la malédiction de son épée, je n'ai pas su me battre contre son insoutenable emprise. Je n'ai pas voulu lutter, et je me suis laissé faire, parce que je suis faible. Parce que je suis fatigué. Fatigué de toutes ces batailles insensées, et finalement, tellement inutiles.
- Tu ne peux pas dire ça, Seiya ! Je ne te crois pas ! Ces mots ne sont pas les tiens ! Ce sont les siens !
- Non Shun… Et je suis désolé. »
Et le noir de jais envahit à nouveau ses yeux, tandis qu'IL frappe Shun avec toute la force de SON divin courroux.
Un voile livide et froid recouvre ses yeux, et le chevalier de la Vierge s'effondre aussitôt. Le casque de son armure roule sur le côté, et son cosmos s'éteint peu à peu. Ikki, June et Sorrento se précipitent auprès de lui, et le Caméléon le prend dans ses bras.
IL remet SON arc en position, encoche à nouveau SA flèche, vise la Déesse qui semble toujours vouloir s'offrir à LUI, et tire.
La flèche noire du Sagittaire prend alors son envol et file accomplir son inexorable dessin.
Et celle-ci se plante dans la poitrine du chevalier d'Argent de l'Ophiuchus.
...^...
Shaina caresse la joue du chevalier de l'Aigle toujours inconsciente, dépose un baiser sur son front, et se remet debout. Elle relève les épaules, regarde droit devant elle, et déploie son cosmos. Elle vient de voir mourir devant ses yeux l'homme que sa meilleure amie avait enfin accepté d'aimer. Elle vient de voir l'armure de Pégase disparaître dans un nuage de poussière comme si elle n'avait jamais existé. Elle vient de voir Ikki, l'homme qu'elle aime malgré tout, se mettre en position pour exterminer CELUI qui s'est emparé du chevalier qu'elle n'a jamais pu oublier. Et elle vient de voir ses yeux à lui, celui qu'elle n'a jamais cessé d'aimer, disparaître pour toujours. Elle vient de voir tout cela, et elle est restée sans rien faire, sans bouger. Alors, elle sait qu'il est temps pour elle de réagir, et d'accomplir enfin son destin. Le destin qui a toujours été le sien. Celui de se sacrifier, pour lui et pour sa Déesse.
Comme ce jour-là dans le Temple de Poséidon, elle regarde Seiya brandir la flèche du Sagittaire pour anéantir un Dieu. Et comme ce jour-là, elle sait ce qu'elle doit faire. L'Ophiuchus a toujours su.
Elle bondit pour se placer devant Athéna en plongeant ses yeux dans ceux qui autrefois abritaient l'âme de son éternel amour. Elle LE fixe en retenant son souffle, comme si elle pensait pouvoir encore percevoir une trace de lui dans CE regard qu'elle maudit plus que tout. Puis elle ferme les yeux à l'instant où la flèche noire du Sagittaire se fige dans sa poitrine.
Shaina vacille, elle faiblit, mais elle résiste malgré tout, valeureuse et forte, comme elle l'a toujours été. Et elle ne ressent rien, ni douleur, ni souffrance. Ni fierté, ni peur, ni regret. Rien de tout cela. Juste un soulagement, profond et réel. Celui d'avoir enfin accompli son devoir et d'avoir enfin reçu le châtiment qu'elle méritait. Et ainsi délivrée de tous les sentiments qui déchiraient son cœur, elle se laisse tomber sur le sol avec un sourire satisfait sur les lèvres.
Ikki se précipite auprès d'elle pour la serrer dans ses bras, et tandis que son cosmos commence à s'éteindre, il lui murmure à l'oreille :
« Shaina, ne meurs pas. Je t'aime, tu m'entends ! Je t'aime et je ne veux pas te perdre. Je ne veux pas te laisser partir… »
Il dégage plusieurs mèches de cheveux venues masquer son visage, ce si beau visage qu'il voudrait pouvoir admirer pour l'éternité, et dépose un baiser sur sa joue.
« Tu ne dois pas mourir. Pas maintenant. Pas comme ça… »
...^...
Shiryu, Hyoga, Aleix, Vjeko et Acrisios assistent impuissants à la scène qui se déroule devant leurs yeux.
Et cette scène-là, comme toutes celles qu'il vient de regarder sans réagir, l'apprenti des Gémeaux ne la supporte pas. Et il ne veut plus avoir à en supporter aucune autre. Il brûle son cosmos, le porte à son paroxysme et appelle son armure. La protection du Troisième signe du Zodiaque se présente alors face à lui et le recouvre enfin.
Et à cet instant, tandis qu'Acrisios revêt l'armure d'Or des Gémeaux, son armure, pour la toute première fois, une ombre apparaît derrière lui. Une ombre parée du même habit sacré. L'ombre de son frère Proétos (5), qui semble vouloir se joindre à lui pour renforcer son cosmos et accroître sa puissance.
Et maintenant, Acrisios se sent prêt à mener sa première bataille. Son premier combat.
...^...
IL baisse l'arc de SON surplis, reste un instant sans bouger, puis avance dans la direction d'Athéna. IL s'arrête devant celle qui semble avoir donné sa vie pour la protéger, s'agenouille à ses pieds et plaque SES mains contre le sol. IL les plonge dans son sang, qu'IL sent chaud sous SES doigts, et il relève la tête.
Ils le regardent tous avec horreur, et c'est un profond sentiment de haine mêlé à de la colère qu'il peut lire dans leurs yeux.
Mais pourquoi le dévisagent-ils ainsi ?
Il baisse la tête, lentement, comme s'il était encore le prisonnier d'un rêve dont il ne voudrait pas se réveiller, et il voit que ses mains sont couvertes de sang. Il doit être blessé, pourtant, il ne ressent aucune douleur, et à vrai dire, il se sent même plutôt bien, parfaitement calme et apaisé.
Il relève la tête, toujours lentement, pour constater qu'ils le regardent encore, avec détestation et fureur. Il entend désormais les cris qu'ils lui adressent, mais il ne comprend pas le moindre des mots qu'ils lui hurlent au visage.
Il regarde devant lui, et il la voit, noble, superbe, resplendissante : sa Déesse, Saori.
Il est auprès d'elle, comme toujours. Elle le regarde elle aussi, avec ses yeux toujours magnifiques, mais qui semblent à cet instant chargés d'incompréhension, une incompréhension qu'il sent totale.
Il remarque alors que, tout comme lui, ses mains sont couvertes de sang, et il perçoit un effroyable sentiment de panique s'insinuer en lui… (6)
… Pourtant, sa Déesse reste debout et ne porte aucune blessure. Alors il ne comprend pas.
Il incline légèrement la tête et voit Shaina étendue sur le sol. Ikki la serre dans ses bras, et il semble être le seul à ne pas le regarder et à ne pas se préoccuper de lui.
Ses yeux sont soudain attirés par une pointe noire dont il n'a aucun mal à reconnaître la « plume ». La flèche du Sagittaire a une nouvelle fois trouvé sa place dans le corps de l'Ophiuchus. Encore une fois, elle semble avoir voulu recevoir sa flèche pour protéger la vie de quelqu'un d'autre. La vie de leur Déesse.
Sa flèche… La flèche du Sagittaire… Une flèche noire de jais, comme l'armure qu'il porte et dont le contact lui brûle la peau. Seiya prend sa tête entre ses mains et la serre de toutes ses forces. Et il se souvient, de tout.
Il intensifie son cosmos, qui le recouvre et envahit bientôt tout l'espace autour de lui. Et tandis qu'il se met debout, le noir de son armure disparaît pour laisser à nouveau briller le jaune étincelant des armures d'Athéna.
Oui, à cet instant, l'âme du Sagittaire reprend le dessus sur celle du Dieu qui depuis des années ne cherchait qu'à l'étouffer, à l'effacer. Elle retrouve peu à peu sa place dans le fond de ses yeux. Ses yeux qui n'ont pas supporté de voir la femme chevalier dont il a enfin accepté l'amour recevoir encore une fois sa flèche, pour protéger Athéna. Pour protéger sa Déesse qu'il a toujours vénérée plus que tout.
...^...
Ikki relève la tête sans s'écarter de Shaina qu'il tient toujours contre lui. Ses yeux se portent alors sur celui qui s'est agenouillé à ses pieds et dont les mains sont maculées de sang. Le sang de la femme qu'il aime. Le sang de la femme qu'ils aiment tous les deux.
Leurs regards se croisent et le Lion comprend que son ami est revenu parmi eux. Hadès n'est plus là, et c'est bien le Sagittaire qui est à genoux devant lui. Seiya serre les poings en observant le liquide épais et pourpre s'insinuer entre ses doigts, et il se redresse lentement.
« Ikki, tu dois maintenant faire ce que je te demande. Cette fois tu ne peux pas refuser, ou vous mourrez tous.
- Seiya…
- Non ! Regarde donc ce que j'ai fait, et utilise ta colère pour te convaincre que tu n'as pas le choix. Je suis perdu, Ikki. Je ne gagnerai pas ce combat, je ne le pourrai pas. Et en vérité, je l'ai perdu il y a longtemps déjà, dès l'instant où SON épée a effleuré mon cœur. Je n'aurais jamais dû revenir des Enfers, j'aurais dû mourir là-bas. C'était ce que je voulais et ce qui aurait dû être. Mais aujourd'hui je suis ici, et je porte le Mal absolu en moi. Alors je te demande d'accomplir la seule chose qui pourra venir à bout de LUI.
- Et quelle est-elle ?
- Il faut qu'Acrisios et toi m'envoyiez dans une hyperdimension de laquelle Hadès ne pourra pas revenir.
- Quoi ?!
- Oui… Ikki, IL ne vous laissera pas m'anéantir, quoi que vous puissiez tenter, IL ne vous le permettra pas. Alors je ne vois aucune autre solution. Vous devez me faire disparaître de ce Monde, pour qu'IL disparaisse LUI aussi.
- Mais Seiya, si nous faisons cela, tu ne pourras pas revenir...
- Je le sais, mais cela m'est égal.
- Et Acrisios n'est pas prêt à réaliser une telle chose, pas tant qu'il n'a pas revêtu son armure.
- Alors tu ferais bien de tourner la tête sur ta gauche… »
Ikki obéit à son ami et il la voit, juste là, recouvrant son disciple. L'armure d'Or des Gémeaux, aussi belle que dans son souvenir, lorsqu'il l'avait vue pour la dernière fois sur les épaules de Kanon. Et à cet instant, il éprouve une très grande fierté, une fierté infinie, pour ce que son élève vient d'accomplir. Il savait qu'il en serait digne, et l'image qui s'affiche devant ses yeux le conforte dans la confiance et la foi qu'il avait toujours placées en lui. Acrisios est le nouveau Saint d'Or des Gémeaux, et il sera un grand chevalier.
« Acri, par Athéna, il aura donc fallu un cataclysme, ou plutôt rien de moins qu'une nouvelle Guerre Sainte, pour que tu te décides enfin !
- Ikki, nous n'avons pas le temps pour cela… Tu as entendu ce que vient de dire Seiya ? Nous devons faire ce qu'il nous demande.
- Ikki… Je vais devoir m'habituer à ce que tu me nommes ainsi… Mais tu as raison, bien sûr que nous devons l'écouter et… » L'ancien Phoenix interrompt subitement le cours de son propos pour parcourir de son regard perçant l'esplanade autour de lui. « Mais attendez… Où est mon frère, où est Shun ?!
- Je suis là ! » répond le chevalier de la Vierge, en se dégageant des bras de June. Il effleure la joue de la jeune femme de la main et se remet debout.
« Seiya, tu penses vraiment qu'il n'y a pas d'autre solution ?
- Non, Shun. Enfin, tu as vu de quoi j'étais capable à travers LUI !… Je t'ai presque tué tout à l'heure, j'ai voulu anéantir notre bien-aimée Déesse, j'ai presque tué Shaina, je m'en suis pris à mon propre disciple et ai réduit à néant l'armure de Pégase, mon armure… Et j'ai tué… Par Athéna, j'ai tué Jabu !
- Non ! Tu n'as rien fait de tout cela, Seiya… C'est LUI… Hadès… Tu n'es responsable de rien, et LUI, est responsable de tout !
- Comment peux-tu en être certain ? Comment peux-tu te convaincre qu'il n'y avait aucune part de moi dans les crimes que je viens de perpétrer ?
- Shun a raison, Seiya ! s'exclame enfin leur Déesse. Seul Hadès est responsable de tout cela. Et toi, tu n'es que l'une de ses victimes.
- Mais je ne veux pas être une victime, Saori ! Enfin, comment pourrais-je accepter ce rôle qui n'a jamais été le mien ? Tu me connais donc si peu pour songer un instant qu'une telle chose pourrait me réconforter ?
- Je ne cherche pas à te réconforter, Seiya ! Je veux juste te faire accepter la vérité, la seule qui soit, et la seule que tu devrais vouloir entendre.
- Je n'ai pas de problème avec la vérité, ma Déesse. J'ai juste des doutes quant à la nature de cette vérité que tu sembles croire immuable.
- Eh bien oui, je la crois immuable, car je n'ai personnellement aucun doute. Je n'ai jamais douté de toi, et je sais qu'il n'y avait pas une once de toi dans les actes qui ont été commis aujourd'hui.
- Tu n'as jamais douté de moi ?... En es-tu certaine, Saori ? Même ce jour-là, lorsque je t'ai dit ces mots qui, je le sais, t'ont profondément blessée (7) ?
- Seiya… J'ai été faible à ce moment-là, honteusement faible. Mais j'ai aussi compris beaucoup de choses. Et même si tu n'étais pas celui qui animait ta bouche lorsque tu as eu ces mots, je crois qu'ils n'étaient pas infondés… Mais nous reparlerons de cela une autre fois.
- Non, car il n'y aura pas d'autre fois, Saori. Aujourd'hui, il n'y aura pas de demain, pas de plus tard. Tu sais que je dois partir et que je ne reviendrai pas.
- Nous ne pouvons jamais être sûrs de rien, Seiya. Pas dans ce Monde, pas en ce qui nous concerne, pas avec ces Dieux…
- J'aimerais pouvoir partager tes incertitudes, mais ce n'est pas le cas. Car pour cela, contrairement au reste, je n'ai aucun doute. Je sais ce qui m'attend et je l'accepte. Ikki, Acrisios, êtes-vous prêts ?
- Non, mais cela change-t-il quelque chose ?
- Je ne pense pas…
- Shun, Hyoga, Shiryu, Vjeko, Aleix : venez nous aider ! Acrisios et moi ne pourrons pas rassembler l'énergie nécessaire pour créer l'hyperdimension dont nous avons besoin sans l'appui de vos différents cosmos réunis. »
Ikki serre Shaina plus fermement contre lui, se relève, et la place dans les bras de sa Déesse.
« Tiens, prends soin d'elle, s'il te plaît. Je pense que tu lui dois bien ça… ».
Et tous les chevaliers encerclent Ikki, Acrisios et Seiya, avant de faire exploser leurs cosmos dans un éclat de couleurs magnifiques et infinies.
Jie-Hu regarde ses camarades autour de lui, en se demandant à quoi ils peuvent bien penser. Ont-ils tous conscience de ce qui se joue quelques étages plus haut ? Probablement que oui… Mais il est certain qu'aucun d'entre eux ne ressent ce que lui est capable de percevoir. Ce cosmos si puissant, si singulier, si différent, et pourtant… si familier. Cette énergie qu'il côtoie depuis des mois, depuis qu'il s'est rendu à Yomotsu pour la première fois, et qu'il a laissée le frôler, le pénétrer, pour le rendre plus fort.
Il tourne les yeux dans la direction de son meilleur ami, qui s'attache à divertir les plus jeunes avec ses tours de magicien des glaces. Il est heureux de l'avoir dans sa vie, lui comme beaucoup d'autres. Kiki, bien sûr, Seiya, toujours, et son Père. Son Père qu'il sait aimer plus que tout, malgré leurs différences et tout le reste.
Mais aujourd'hui, il sait qu'il va perdre l'un d'entre eux. Seiya est enfin revenu au Sanctuaire, mais il a compris qu'il n'était pas vraiment là, et que c'est l'Autre qui avait pris sa place. Cet Autre qu'il connaît finalement aussi bien, et qu'il est peut-être le seul à connaître de cette façon…
Jie-Hu se lève et s'approche de la fenêtre. Depuis le salon du temple du Verseau, on distingue à peine le parvis au pied de la grande statue d'Athéna, mais il n'a pas besoin de voir pour savoir…
Il plaque sa main droite contre la vitre et ferme les yeux. Il aimerait tellement être là-haut auprès de son Père et de tous les autres. Pour combattre. Pour le combattre LUI. Mais aussi pour LE voir, et LE sentir plus près…
Il ouvre soudain les yeux, ramène sa main le long de son buste et serre les poings. Quelque chose est en train de se produire là-bas. Le cosmos d'Hadès faiblit et celui de Seiya reparaît peu à peu. Alors c'est pour lui une évidence : il ne peut plus rester ici. Il doit voir de ses propres yeux. Il doit comprendre.
Jie-Hu se retourne, jette un œil à Kiki et Geki qui ne semblent pas se préoccuper de lui pour l'instant, et se dirige vers l'arrière du temple. Il accélère son pas, trottine doucement, puis se met à courir. A courir le plus vite possible. Il quitte la onzième Maison et poursuit sa course le long de l'escalier qui le mènera vers ceux qu'il veut rejoindre, sans regarder derrière lui et sans se poser de questions.
...^...
Dimitri sourit en constatant combien ses quelques tours de passe-passe semblent ravir ses petits spectateurs. Il profite de la fin de son dernier numéro pour jeter un œil dans la direction de son meilleur ami, juste à temps pour le voir se diriger discrètement vers l'arrière du temple de son Maître. Il regarde alors Kiki et Geki, hésite un instant sur ce qu'il doit faire, et prend finalement sa décision.
Il recule à son tour vers l'arrière du temple et prend la direction de la sortie. Il doit suivre Jie-Hu, il doit le rattraper, car il est persuadé de savoir où il va, et il ne peut pas le laisser aller là-bas tout seul.
...^...
Kiki relève la tête et sent un courant de panique parcourir son dos.
« Geki, tu as vu Jie-Hu ?
- Oui, il est juste là, répond le Taureau en indiquant la fenêtre du salon. Enfin… il s'y trouvait il y a deux minutes à peine.
- Mais maintenant il n'y est plus ! Par la Déesse, ce gamin est vraiment têtu ! Geki, reste ici, s'il te plaît, et veille à la sécurité de tout ce petit monde.
- Et toi, que comptes-tu faire ?
- Le rattraper, évidemment ! Je parie qu'il est parti rejoindre Shiryu là-haut ! » s'exclame le Bélier en plaçant ses doigts sur son front.
- Attends ! On dirait bien que Dimitri n'est plus là lui non plus ! Il a dû vouloir le suivre…
- Alors raison de plus pour partir à leur trousse ! » lance-t-il en disparaissant.
Il réapparaît à l'entrée de la maison des Poissons, mais ne voit personne. Il fronce ses points de vie et se concentre un instant.
« C'est pas vrai ! Où sont-ils ?! »
Et il disparaît à nouveau.
...^...
« Jie-Hu, attends !
- Dimitri, qu'est-ce que tu fais ? s'écrie l'apprenti du Cancer sans s'arrêter de courir.
- Tu croyais peut-être que j'allais te laisser partir là-bas tout seul ? rétorque le jeune Russe en parvenant à sa hauteur.
- Bon, alors concentre-toi et camoufle ton cosmos, s'il te plaît ! Je sens que Kiki est déjà en train de nous chercher. Et dépêche-toi, il ne nous reste plus que quelques marches… »
Acrisios et Ikki font exploser leurs cosmos et lèvent les bras vers le ciel. Celui-ci s'obscurcit et des arcs de lumière se forment devant eux. Ils intensifient encore leurs cosmos et les arcs prennent de l'importance, jusqu'à recouvrir toute la surface autour d'eux et tous les chevaliers qui s'y trouvent.
Shun, Shiryu, Hyoga, Aleix et Vjeko poussent leurs cosmos à leur paroxysme en une explosion d'énergie gigantesque, qui se joint aux jets de lumière formés par le Gémeaux et le Lion.
Seiya se tient au milieu du cercle formé par ses amis, les yeux fixés vers ciel. Il sent la chaleur de chacun de leurs cosmos, ces cosmos qu'il connaît si bien et qu'il a conscience de percevoir pour la dernière fois.
Athéna serre Shaina contre elle et déploie elle aussi son cosmos pour envelopper de son aura protectrice l'ensemble du Domaine Sacré. Et elle ne peut s'empêcher de laisser ses yeux se porter sur Seiya. Elle ne veut pas croire qu'elle le regarde pour la dernière fois. Elle ne peut pas l'accepter. Alors tandis qu'elle met tout en œuvre pour assurer la protection de tous ses chevaliers et de tous les jeunes apprentis qui se sont réfugiés quelques étages plus bas, elle prie. Elle prie pour qu'il lui revienne, encore une fois.
« Ikki, tu es prêt ?! s'exclame Acrisios.
- Je n'attends que ton signal !
- Alors allons-y… Que se crée une Autre Dimension ! »
Une multitude d'éclairs multicolores frappent le sol et tout l'espace qui les entoure. L'un d'eux crée une fissure aux pieds du Sagittaire, une brèche qui s'étend peu à peu pour finalement s'ouvrir sur une étendue noire et infinie. Une dimension insondable, éternelle et sans limite, un passage vers le vide sidéral, une distorsion de l'espace et du temps qui ne mène nulle part et dans laquelle il ne subsiste rien.
Seiya baisse les yeux et sourit à ses amis. Il leur sourit avec son plus beau sourire, celui qu'ils connaissent par cœur et qu'ils ont toujours vu sur ses lèvres depuis qu'ils sont enfants. Puis il regarde sa Déesse une dernière fois, celle qu'il vénère et qu'il n'a jamais cessé de servir depuis qu'il est chevalier, et qu'il a continué à servir tant que son âme lui appartenait encore. Sa Princesse qui tient dans ses bras la femme qu'il sait aimer malgré tout, et qui s'est sacrifiée, encore une fois à cause de lui. Il ne pourra pas voir ses yeux à elle avant de partir. Ces orbes émeraude qui l'ont toujours regardé avec admiration et tendresse, et qu'il a mis si longtemps à accepter de voir.
Ses amis l'observent, conscients qu'ils le regardent peut-être pour la dernière fois. Et tandis qu'ils intensifient encore l'énergie et la puissance de leurs cosmos, des larmes se mettent à couleur sur leurs joues. Des larmes… Ils en auront versé tellement, pour Seiya et pour tant d'autres chevaliers… Mais ces larmes-là leur semblent différentes, car par la faute de ce terrible Dieu et de sa soif de vengeance absolue, c'est de leurs propres mains qu'ils vont mettre un terme à la souffrance de leur ami. Et c'est de leurs mains qu'ils vont l'aider à accomplir son ultime sacrifice.
Et encore une fois, mais probablement pour la toute dernière fois, Seiya, le chevalier de Pégase, Seiya, le chevalier du Sagittaire, déploie ses ailes, avant de disparaître.
...^...
Jie-Hu, Dimitri et Kiki atteignent au même moment l'esplanade devant la statue d'Athéna. Ils arrivent là juste à temps pour voir le Sagittaire se jeter dans un trou noir béant qui se referme aussitôt derrière lui.
Et tandis que tous les chevaliers présents sur les lieux s'écroulent sur le sol, anéantis de fatigue et de chagrin, Jie-Hu, lui, reste debout, et un éclat infiniment noir illumine ses yeux.
A suivre…
Merci de m'avoir lue… J'espère que cela vous a plu…
Note de fin : Et voilà… Comme vous l'aurez compris, cela ne marque pas (encore) la fin de mon histoire. Mais celle-ci viendra dans le prochain chapitre.
Alors j'imagine que certains des événements survenus lors de cette ultime bataille vous auront peut-être (un peu) « chagriné.e.s ». Mais n'oubliez pas… cette histoire n'est pas encore tout à fait terminée… Alors je vous dis à très bientôt, pour la suite et la fin d'Ad vitam.
Toutefois, avant de vous laisser… « quelques » notes de bas de page… (pardon pour la longueur, mais j'avais beaucoup de choses à préciser... ;-)
(1) Alors certain.e.s d'entre vous ont peut-être été étonné.e.s par la présence de la grande statue d'Athéna… qui, si vous vous souvenez de la fin de l'Arc Sanctuaire du chapitre Hadès, avait disparu pour se métamorphoser en armure Divine d'Athéna. Eh bien, de mon point de vue, étant donné qu'Athéna ne porte plus son armure, cette statue a naturellement repris sans place dans les hauteurs du Sanctuaire, ce qui explique qu'elle se trouve toujours là dans mon histoire ;-).
(2) Je pense que cette affirmation est vraie, bien que je n'en sois pas entièrement certaine. Mais disons que je n'ai pas le souvenir d'avoir vu un apprenti devenir chevalier d'Or à l'âge de 11 ans.
(3) Je m'excuse auprès de celles/ceux que cette répartie a pu faire sourire en leur faisant apparaître le visage de Denis Brogniart dans la tête (car pour moi, cela a été systématique à chacune de mes si nombreuses relectures ^_^). Je fais bien sûr ici référence à Koh-Lanta et à la phrase devenue culte du présentateur : « Les aventuriers de la tribu ont décidé de vous éliminer et leur sentence est irrévocable ».
(4) Pour celles/ceux qui ne l'auraient pas remarqué, j'aimerais préciser que j'ai ici repris les positions de l'Athéna Exclamation des « renégats » dans l'Arc Sanctuaire du chapitre Hadès, avec Ikki reprenant la position de Saga, Hyoga celle de Camus et Shiryu celle de Shura. Il s'agit d'un petit clin d'œil à ces passages qui ont probablement été parmi mes préférés de tout l'anime (même si, en fan inconditionnelle de Saint Seiya, j'ai beaucoup ‒ beaucoup ‒ de scènes « cultes » dans mes tiroirs… ^_^).
(5) Petite explication sur l'origine des prénoms Acrisios et Proétos (pour rappel, j'avais déjà mentionné le prénom du frère d'Acrisios au chapitre 22). Dans la mythologie grecque, Acrisios, frère jumeau de Proétos (parfois aussi appelé Proïtos), était le roi d'Argos. Il était aussi le grand-père de Persée (fils de Zeus et de Danaé), le guerrier qui a tué la Méduse, et délivré la princesse Andromède en chevauchant le cheval ailé Pégase. A noter d'ailleurs que la constellation de Pégase est voisine de celles d'Andromède et de Persée. Proétos était quant à lui roi de Tirynthe, et on raconte qu'il se disputait déjà avec son frère dans le ventre de leur mère. D'ailleurs, une fois adultes, tous deux se disputèrent le royaume d'Argos, et ce fut finalement Acrisios qui sortit vainqueur. Voilà le pourquoi du parce que dans le choix de ces prénoms pour le(s) nouveau(x) chevalier(s) d'Or des Gémeaux…
(6) Ce passage reprend les premières lignes du Prologue de cette histoire, que j'avais intitulées « Pegasus Fantasy ». Et si certain.e.s d'entre vous avaient réussi à le remarquer spontanément, alors là, je dis « bravissimo » !
(7) Dernière note (ouf…). Je fais ici référence à l'entrevue entre Saori et Seiya décrite au chapitre 22 (le lendemain du retour de tous les chevaliers au Sanctuaire à la suite de la chute de Kaboul des mains des Talibans).
Et voilà... Et comme la dernière fois, n'hésitez pas à me solliciter (par review ou par PM) si quelque chose ne vous semble pas suffisamment clair ;-)
Mais d'ici là, à bientôt, j'espère… Et surtout, portez-vous bien !
