Chapitre 29 : Le match de Quidditch

Severus Rogue n'aimait pas le Quidditch. Il ne trouvait pas ça palpitant. Il n'appréciait pas la hauteur à laquelle les matchs se jouaient, le manque d'équipement de sécurité, le concept même des cognards, et la tolérance qu'avaient les règles envers les blessures graves. Il trouvait le nombre de points liés au vif d'or agaçant, car cela récompensait la chance et l'agilité d'un seul joueur contre le talent et le travail d'équipe de six autres.

Le fait que l'école autorisât et encourageât des adolescents à jouer sous presque les mêmes règles qu'une équipe professionnelle était, pour lui, de la folie. Que des élèves âgés de moins de treize ans et des nés de Moldus avec une connaissance limitée du jeu ou de leurs balais soient autorisés à se présenter était une éternelle source de frustration. Que M. Potter ait rejoint l'équipe de Gryffondor à l'âge de onze après avoir passé un total de quinze minutes sur un balai de sa vie entière le rendait furieux.

Ses objections, avant et après le premier match presque désastreux de Potter, avaient été ignorées comme étant issues de jalousie et de rivalité entre les Maisons. Maintenant, en regardant Harry et Drago quitter le sol en compagnie de leurs camarades bien plus grands et robustes pour ce qui serait assurément un match particulièrement agressif, il se rappela brièvement ses propres efforts inutiles.

En quelques minutes, ses craintes s'avérèrent fondées, ce qui n'améliora pas son humeur.

- Ce cognard, feula-t-il, a été truqué.

Il dut le reconnaître, les élèves en étaient arrivés à la même conclusion. Les jumeaux Weasley entouraient Harry pour l'aider à l'éviter, et Dubois demanda rapidement un arrêt. S'ils étaient intelligents, ils réclameraient une investigation et mettraient fin au match.

… bien sûr, il n'eut pas cette chance. Pire encore, quand les joueurs décollèrent à nouveau, le jeune Potter fut séparé des autres, et les jumeaux Weasley ne suivirent pas.

- Imbécile, grogna Severus, sa baguette à la main, les yeux fixés sur Potter et ses pirouettes de plus en plus sophistiquées. Il faisait preuve de talent et d'inventivité, mais une hésitation serait suffisante pour que le cognard le rattrape, et il n'était pas assez robuste pour absorber l'impact sans blessure sérieuse.

L'inévitable se produisit. Potter s'immobilisa un instant – à peine quelques secondes – et le cognard percuta violemment son coude.

Severus vit son bras se tordre, entendit presque l'os se briser, et regarda avec horreur le garçon vaciller sous l'impact, manquant perdre son équilibre.

- Sifflez un arrêt, maintenant, exigea-t-il à voix haute mais Potter se pliait déjà en avant, plongeant vers Malefoy avec un bras pendant inerte, l'autre tendu, utilisant ses genoux pour tenir sur son balai.

Il entendit les autres professeur pousser des cris, il entendit Jordan annoncer qu'un autre arrêt de jeu avait été demandé, il entendit le coup de sifflet de Bibine couvert par le tintement magique indiquant que le vif d'or avait été capturé, il entendit la foule rugir – mais ses yeux étaient fixés sur le cognard, sa baguette le suivant en l'air, et dès qu'il eut une vue dégagée il lança :

- Circumgloba quietus !

Une sphère violette translucide apparut autour du cognard, quelques centimètres plus grande que la balle elle-même. La sort était l'un de ceux que Severus utilisait fréquemment en classe, mais les cognards n'étaient pas facile à contenir, et il pouvait le sentir lutter contre lui alors qu'il guidait la sphère vers le sol et la boîte dans laquelle les balles étaient généralement rangées. Cela n'avait pas d'importance. Il allait le contenir, et il allait le faire sans compromettre de possibles preuves.

Un des Weasley était là, accroupi et prêt à attraper la balle, et dès que Severus mit fin au sort, l'objet infernal fut ligoté par des sangles ensorcelées. Une pause – un souffle – et il devint évidant que les sangles allaient tenir, et Severus put tourner son attention vers ce qui avait pu arriver à Potter.

Son regard se posa sur un groupe en robes rouges, penchés sur une personne couchée dans l'herbe. Une nuée d'élèves s'était répandue sur le terrain, ralentissant l'approche de Madame Bibine, mais cela ne sembla présenter aucun obstacle pour la silhouette aux cheveux blonds et aux robes lavande qui se glissait à travers la foule. Severus serra les dents, incapable d'intervenir avec tellement d'élèves sur le chemin… puis jura, quand les élèves reculèrent avec une expression horrifiée.

- Je vais éviscérer cet homme.


- Faut-il être insensé, téméraire, stupide, Gryffondor ! feula Severus en faisant les cent pas. Le quidditch n'est pas si important !

- Il va se remettre, Severus, lui rappela Minerva. Pompom a dit qu'avec une dose de Poussos il sera comme neuf demain matin.

Severus pivota pour lui faire face et lui lança un regard noir.

- Le fait qu'une blessure soit traitable ne signifie pas qu'elle est acceptable, aboya-t-il. Potter est actuellement à l'infirmerie après avoir été la cible d'une attaque pour la troisième fois en trois mois – quatre si on compte le sortilège lamentable de Lockhart, ce que je fais.

Était-il possible que le sort de Lockhart ait 'échoué' volontairement ? La différence entre le comportement de l'homme et sa réputation présentait un paradoxe exaspérant depuis qu'il était entré à l'école. Ses livres étaient très largement considérés par le public pour être à peu près factuels, et pour autant que Severus le sût, les créatures qu'il avait affirmé anéantir avaient effectivement été anéanties à l'époque où Lockhart l'affirmait. Personne ne s'était présenté pour déposer une réclamation, même si un certain scepticisme existait dans plusieurs cercles. Et pourtant, en personne, il paraissait totalement inepte.

Soit sa réputation était fausse, et il était un menteur particulièrement doué qui prétendait être compétent, soit sa réputation était basée sur des faits réels, et il était un menteur particulièrement doué qui prétendait être incompétent. Dans les deux cas, cela amenait des soupçons.

- L'incident avec les lutins de Cornouailles… dit Severus pensif. C'était dans le cours de Potter ?

Il y avait trois possibilités vis à vis de l'identité du responsable des derniers incidents : une personne qui appartenait à Poudlard et agissait volontairement ; une personne à Poudlard qui était contrôlée par une personne extérieure ; ou une personne extérieure qui avait réussi à pénétrer les barrières. Il n'y avait aucune évidence qu'une personne indésirable ait pénétré les barrières au cours des deux dernières semaines ; la plupart des élèves ne seraient pas capable de tels sorts ; et même si Lockhart avait un alibi pour chaque incident, il était un très bon menteur…

C'était possible.


Note de l'autrice :

Je suis curieuse de voir vos commentaires pour ce chapitre !