Hello ! Voici le chapitre vingt-six ;)
Réponse aux reviews :
naruhina2 : je suis contente que tu trouves ça logique et que ça t'ait plu ! Merci beaucoup !
Krokmou du 13 : merci c'est vraiment adorable ! J'espère que ce chapitre te plaira ;)
Bonne lecture !
Aucun adjectif n'était assez puissant pour décrire la stupéfaction de Chat Noir à cet instant.
Sa mère reposait devant lui, derrière cette vitre, piégée dans cette capsule, dans cet endroit. Cette pièce était froide et sinistre, pourtant Émilie semblait paisible, soulagée, comme si elle avait achevé son devoir. C'est de cette manière que Chat Noir analysait les traits détendus de sa mère, comme un accomplissement.
Celle qu'il croyait ne plus jamais revoir, celle qu'il croyait partie, loin, très loin de lui, se trouvait aujourd'hui à quelques centimètres.
— C'est pour elle que je fais tout ça, murmura Gabriel en posant une main sur l'épaule de son fils. Pour la ramener.
Chat Noir ne pouvait pas détourner les yeux d'Emilie. De ses paupières fermées derrière lesquelles il savait qu'un regard aussi vert que le sien se cachait. De ses longs cheveux blonds comme ceux qui retombaient devant son front à lui. De leur ressemblance qui le frappait désormais bien plus qu'il y a quelques années. Leurs traits fins, la courbe de leurs lèvres, l'arc de leur mâchoire, jusqu'à la couleur de leur peau.
Il mit alors quelques secondes à comprendre ce que son père venait de lui dire. Et quelques secondes encore à sentir la main qu'il avait posée sur son épaule.
— Comment ? demanda-t-il, sans pouvoir s'en empêcher.
Un sourire déterminé se dessina sur les lèvres de Gabriel.
— En réunissant les deux Miraculous de la création et de la destruction. Ils permettent de faire un vœu, et je pourrais la ramener, Adrien. On pourra être à nouveau une famille ! ajouta-t-il en serrant sa main.
Ce fut à cet instant que son regard se détourna de sa mère. Ce fut à cet instant que la magie se rompit. Ce fut à cet instant que la réalité l'heurta aussi violemment que la découverte d'Émilie.
— Une famille... murmura-t-il.
Son père hocha la tête et posa son autre main sur son épaule, plongeant ses yeux gris dans les siens.
Son cœur se déchira dans sa poitrine, tiraillé entre deux personnes, entre deux choix, entre deux avenirs qui s'ouvraient à lui.
Ladybug ou Émilie ? Marinette ou sa mère ? Le futur ou le passé ?
Le futur, bien sûr. Chat Noir choisit la vie, il choisit de se battre, il choisit l'amour. Parce qu'il aimait sa mère, et qu'elle ne l'avait pas élevé pour qu'il trahisse ses idéaux. Parce qu'il aimait Marinette, et qu'il ne l'abandonnerai jamais.
Même pas au prix de revoir un jour ces paupières se rouvrir et ces yeux verts le regarder.
Même pas au prix de sauver son père.
Et sûrement pas au prix de sauver une famille qui était déjà brisée.
Il avait déjà une famille.
— Non, répondit-il simplement. Non, je ne peux pas.
Gabriel retira ses mains de ses épaules comme si le cuir de son costume l'avait brûlé.
— Qu'est-ce que tu es devenu... chuchota-t-il.
Son visage n'arborait plus aucun sourire désormais.
— Celui qu'elle voudrait que je sois.
Le regard de son père était aussi froid que les pierres qui recouvraient les murs.
— Mais vous pouvez encore arrêter ça, continua Chat Noir.
L'espoir sourd qui faisait battre son cœur depuis des heures éclata dans sa poitrine. L'émotion se déversa en lui, aussi puissante que dangereuse.
— Elle ne voudrait pas que vous fassiez autant de mal pour la ramener.
— Tu ne sais rien d'elle, cracha Gabriel.
Chat Noir se rapprocha à nouveau de son père.
— Alors racontez-moi.
— Tu n'es pas le seul super-héros de la famille, déclara-t-il quelques secondes plus tard.
La bouche entrouverte, les yeux brillants de détermination, le jeune homme était suspendu à ses lèvres. Il allait de surprise en surprise, de découverte en découverte. Son père lui raconta tout ce dont il se rappelait. Du Miraculous du Paon porté par Émilie, de sa capacité à voir l'avenir, tout comme Marinette, de sa disparition surnaturelle, du Miraculous qu'il avait dérobé chez Maître Fu, de son obsession pour ramener son épouse à la vie.
Seulement, ces révélations n'eurent pas du tout l'effet escompté par Gabriel. Lui qui voulait convaincre son fils de l'aider, cesser d'être son ennemi, devenir une équipe pour celle qui avait été une super-héroïne, il avait sous-estimé une chose : la ressemblance d'Adrien et d'Émilie.
Ils étaient si obstinés.
— Je suis sûr qu'il y a un autre moyen ! s'exclama Chat Noir, plein d'espoir.
— Non, il n'y en a aucun. J'ai besoin des Miraculous.
— Mais...
— C'est le seul moyen !
Chat Noir détourna le regard vers sa mère, vers l'air paisible qu'elle arborait.
— Elle mérite qu'on respecte celle qu'elle était, murmura-t-il. Elle mérite la paix.
— Ne me parle pas de paix dans un monde dont elle ne fait pas partie !
La voix de son père était bien plus aiguë que d'habitude.
— S'il-vous-plaît, arrêtez tout ça, tenta Chat Noir.
— Je ne peux pas, répondit Gabriel quelques secondes plus tard.
Le super-héros plongea à nouveau ses yeux dans les siens. Ils étaient suppliants d'espoir.
— Si Marinette a vraiment le même pouvoir qu'elle, respectez-le. Respectez les visions qu'elle a eu, et arrêtez. Si vous continuez, tout le monde finira perdant.
Les paroles de son fils résonnèrent dans son esprit. Le jeune homme ignorait que Gabriel avait vu les visions, qu'il savait exactement l'apocalypse qui en découlerait s'il continuait.
— Tu ne comprends pas, souffla-t-il. Je ne peux pas m'arrêter.
Il ne pouvait pas abandonner sa femme, tout comme Chat Noir n'abandonnerai jamais Marinette. Ne comprenant que trop bien l'incapacité de son père à lâcher prise, il hocha la tête. La flamme de l'espoir qui brûlait dans son cœur s'éteignit, comme si la phrase de Gabriel venait de souffler dessus. Un amas de cendres, c'était ce qui battait dans sa poitrine désormais.
— Je ne peux pas m'arrêter non plus, répondit-il. Je n'arrêterai jamais de la protéger.
Un sourire se dessina sur les lèvres du mari d'Émilie qui s'approcha à nouveau de son fils. Il posa tendrement sa main sur sa joue.
— Je sais.
Dépression — sentiment de perte de contrôle ou de désespoir par rapport à la situation.
Chat Noir atterrit dans la chambre de Marinette sans se souvenir d'avoir fait le chemin retour. La nuit était largement tombée, ses cheveux et son costume étaient trempés par la pluie qu'il n'avait pas sentie lui tomber dessus et son regard était vague, absent.
— Chaton ?
Marinette s'avança vers lui, l'air inquiet.
— Je suis désolé, il fait nuit, murmura-t-il, les yeux fixés sur le plancher.
La discussion avec son père avait duré bien plus longtemps que prévu, et la soirée était déjà largement entamée.
— C'est pas grave, répondit-elle en continuant de se rapprocher de lui.
Ses sourcils était froncés face à l'allure de Chat Noir. Ses cheveux mouillés retombaient devant ses yeux, ses lèvres tremblaient légèrement et son immobilité ne l'inquiétait que davantage.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle d'une petite voix.
Tout à coup, son regard se décolla du sol pour se plonger dans le sien. Ce fut à ce moment là que Marinette se rendit compte que l'eau sur ses joues n'était pas seulement due à la pluie.
— Oh, chaton... murmura-t-elle.
— Je suis désolé, répéta-t-il.
Ses excuses étaient prononcées d'un ton profond, comme s'il ne s'adressait pas seulement à elle, mais à la terre entière. Soudain, il sembla enfin se rendre compte de sa présence, puisque son regard s'intensifia. Il s'intensifia tellement que Marinette sentit un frisson courir le long de sa peau.
— Tu lui ressembles tellement...
La seconde après, un sanglot s'échappa de sa gorge, et il s'écroula à genoux sur le sol. Un poing qui enserre son cœur : c'était la sensation que la jeune fille eut face à l'état de son coéquipier. Sans hésitation, elle se laissa tomber à ses côtes et passa ses bras autour de son cou. Elle finit quasiment aussi trempée que lui, trempée de larmes, trempée de pluie, mais elle s'en fichait. Sa main courait dans ses mèches blondes, ses lèvres se rapprochèrent de son oreille.
— Je suis là, chuchota-t-elle. Ça va aller.
Les bras de Chat Noir se serrèrent finalement autour d'elle, comme s'il avait récupéré l'usage de ses muscles. Pourtant, il ne s'arrêta pas de pleurer pour autant. Au contraire, plus ses mains se pressaient contre son corps, plus ses sanglots devenaient intenses. La gorge de Marinette se serrait un peu plus à chaque gémissement de désespoir, ses propres larmes lui piquaient un peu plus les yeux à chacune de celles qui s'échappaient des siens, mais elle tenait bon.
Elle continuait de le rassurer.
Elle continuait de l'étreindre.
Elle continuait de l'aimer.
Pour toujours.
Les jours continuaient de s'écouler, et l'état d'Adrien était loin d'aller en s'arrangeant. Après le déni qui l'avait possédé, la colère qui l'avait enflammé, la phase de questionnement qui l'avait submergé, c'était désormais la tristesse qui lui menait la vie dure. Une tristesse profonde, un désespoir sans fin, un chagrin impénétrable. Seule Marinette arrivait à passer au travers de cette carapace de sourires forcés et de paroles rassurantes vides de sens. Oui, je vais bien. Ne vous inquiétez pas pour moi, tout va bien. Ça va, merci. Mais elle ne se frayait qu'un passage éphémère, les rares fois où Adrien s'ouvrait à elle, il se refermait aussitôt, comme cette plante qui rétracte ses feuilles au moindre toucher, la Mimosa pudica. La comparaison était toute trouvée, c'était bien ce végétal que Marinette avait l'impression de voir à chaque fois qu'elle regardait ses yeux verts.
Autour d'eux, les choses n'évoluaient plus tellement non plus. Tout semblait, bizarrement, revenir à la normale.
Le rendez-vous chez le proviseur qu'ils avaient eu il y a plus d'une semaine maintenant avait porté ses fruits. Sabine avait, comme promis, fait un véritable scandale face aux yeux écarquillés de surprise d'Adrien et Marinette. Répétant que c'était tout simplement intolérable qu'une attitude aussi immorale que prohibée soit acceptée dans l'établissement, elle avait obtenu gain de cause. La vidéo avait été signalée de tous les réseaux sociaux où elle se trouvait, la rendant presque — Internet restait Internet — introuvable. L'agresseur de Marinette et la victime d'Adrien avait été purement et simplement renvoyée, après visionnage des caméras de surveillance qui l'accusaient tout autant que les deux lycéens. Sabine n'avait pas pu empêcher la sanction de tomber sur les deux héros de Paris : Marinette avait, malgré tout, usé de la violence, tout comme Adrien. Ajouté à la vidéo de leurs ébats, la mère de Marinette avait eu bien du mal de les défendre. L'exclusion temporaire avait heureusement été écartée, et les deux adolescents s'en étaient sortis avec des heures de colle, et une bonne leçon.
Adrien avait tout, absolument tout, raconté à Marinette. Tout ce que son père lui avait avoué. La similarité de ses pouvoirs et de ceux de sa mère, le fait que c'était pour elle qu'il faisait tout ça, sa tentative désespérée de le rallier à sa cause. Désormais, tout était plutôt clair dans les deux camps. Le Papillon savait qu'il avait été percé à jour à propos de Chloé et Ladybug et Chat Noir connaissaient la motivation de leur ennemi.
Bien sûr, quelques questions restaient en suspend : à quel point le pouvoir d'Adrien était puissant ? Pourquoi s'était-il déclenché ? Pourquoi Émilie était-elle plongée dans un coma qui semblait irreversible ? Était-ce à cause de ses visions ? Comment détacher définitivement Chloé de l'influence du Papillon ? Est-ce que celui-ci communiquait toujours avec elle ? Était-il en train de préparer un plan ultime plan pour les vaincre et ramener sa femme à la vie ? Comment allaient-ils récupérer les Miraculous ?
Bon, ils avaient encore tout un tas d'interrogations. Mais tout cela semblait bien futile comparé à tout ce qu'ils avaient appris ces dernières semaines.
Pourtant, Adrien aurait préféré resté dans le flou. Il aurait préféré croire à jamais que son père était seulement un monstre, et non pas un homme amoureux à en mourir. Il aurait préféré resté dans l'ignorance, et être à tout jamais persuadé qu'il n'y avait absolument aucune chance pour que son père soit le Papillon.
Il aurait préféré resté bloqué dans son monde en noir et blanc.
Mais désormais, le gris envahissait sa vie, teintant tout de cette nuance énigmatique et inquiétante. Oui, son père était un monstre. Oui, il avait ruiné sa vie. Oui, il lui avait fait plus de mal que n'importe qui. Mais, oui, il l'aimait. Oui, il avait ses raisons. Et surtout, oui, l'idée de se rallier à lui lui avait effleuré l'esprit.
S'il y avait vaguement pensé le soir-même de sa découverte, aujourd'hui, cette idée l'obsédait. Pas pour combattre à ses côtés, pas pour lui servir sur un plateau d'argent son Miraculous et celui de Ladybug, bien sûr que non.
Pour jouer l'agent-double.
— À quoi tu penses ?
Marinette s'allongea sur le lit à côté de lui et posa sa tête sur son ventre. Les doigts d'Adrien se perdirent automatiquement dans ses cheveux et son regard, jusque-là rivé au plafond se plongea dans le sien.
— Rien, tout va bien, murmura-t-il en lui offrant un sourire forcé — mais toujours plus vrai qu'avec le reste du monde.
— Tu sais, ajouta-t-elle quelques secondes plus tard, je ne veux pas te forcer à parler si tu n'en as pas envie, mais ça pourrait peut-être t'aider.
Adrien laissa ses lèvres se redresser un peu plus, sans forcer leur imposer quoi que ce soit cette fois. Il contempla ses interminables cheveux noirs, ses grands yeux bleus qui le fixait, ses lèvres légèrement brillantes, le débardeur blanc qu'elle portait, la fine ligne de peau qu'il laissait entrevoir, le short de la même teinte qui habillait ses longues jambes avant de poser à nouveau son regard dans le sien.
Soudain, elle se redressa et rapprocha son visage du sien.
— Tu peux tout me dire, susurra-t-elle du bout des lèvres.
Bien sûr qu'il pouvait lui confier n'importe quoi. Ses secrets inavouables, ses plus grandes peurs, ses rêves les plus fous, absolument tout. Il le savait.
Mais, à quoi bon l'accabler avec sa peine si elle ne pouvait rien n'y changer ?
La seule chose qui le faisait se lever chaque matin, qui le poussait à continuer à se battre, c'était son sourire à elle. Comment pourrait-il avoir la force de détruire ce qui le maintenait en vie ?
Alors, au lieu de lui livrer la bataille qui se jouait dans son esprit, de lui faire part de la tristesse qu'il ressentait, de lui expliquer à quel point il se sentait coupable, il effaça les quelques centimètres qui persistaient entre eux et posa ses lèvres sur les siennes. Marinette, surprise par son geste, ne ferma les yeux qu'au bout de quelques secondes et ne laissa ses mains se poser contre ses joues qu'après avoir senti les siennes caresser sa taille.
Elle savait ce qu'il faisait. Il cherchait une échappatoire à la réalité, un rempart à ses sentiments, une issue à ce qu'elle lui demandait. Pourtant, elle n'eut pas la force de le repousser, et encore moins l'envie. Des jours, des semaines, qu'ils ne s'étaient plus véritablement embrassés, et pas juste un baiser chaste au détour d'une conversation. Des jours, des semaines qu'elle n'avait pas senti ses pensées entièrement tournées vers Adrien, et non pas vers cette vidéo, ou vers son corps coincé entre un casier glacial et un bassin brûlant. Des jours, des semaines qu'elle avait envie de hurler de frustration.
Alors, elle se permit ce léger manquement, ce léger écart d'égoïsme. Elle se laissa aller, dans les bras du seul qui savait la faire lâcher prise.
Les mains d'Adrien remontèrent de plus en plus le long de sa peau, s'enfuirent sous le tissu de son débardeur, et la pressèrent davantage contre lui. Marinette se hissa au-dessus de lui, guidée par le feu qui consumait son bas-ventre. Les hanches collées aux siennes, les doigts se baladant le long de son torse, défiant la barrière de son tee-shirt, la lycéenne décolla ses lèvres des siennes, à bout de souffle.
Adrien, aussi échevelé qu'elle, les mains posées sur ses cuisses, la regarda d'une manière qui la fit frissonner. Il y avait du désir refoulé, mais surtout de la joie. De la joie de ne plus penser à ce qu'il se passait à l'extérieur de cette chambre l'espace d'un instant. De la joie de ne plus ressentir cette tristesse qui lui vrillait la gorge à longueur de journée. De la joie de se laisser aller, lui aussi, dans les bras de la seule qui savait lui faire lâcher prise.
— Tu sais... murmura-t-elle d'une voix rauque. Je me disais que... vu qu'on a eu les résultats de nos tests, on pourrait... essayer autre chose ?
Un nouveau sourire se dessina sur les lèvres d'Adrien qui remonta ses mains jusqu'au creux de ses reins, la rapprochant encore plus de lui.
En effet, après la très embarrassante mais très nécessaire discussion qu'ils avaient eu avec Tom et Sabine, ces deux derniers avaient jugé nécessaire de les emmener faire un dépistage, pour vérifier qu'ils n'étaient porteur d'aucune pathologie. Les résultats s'étaient révélés négatifs, ce qui n'avait pas vraiment surpris les deux adolescents, mais grandement rassuré les deux parents.
S'ils n'avaient pas été particulièrement étonnés, ça ne les avait pas empêchés d'être soulagés. Soulagés, et imaginatifs face aux nouvelles possibilités qui s'ouvraient à eux. Parce que leurs désirs se limitaient à ça, depuis plus de trois semaines, à de l'imagination.
En réponse, Adrien se redressa, rapprocha son visage, caressa doucement son nez du sien et posa à nouveau ses lèvres sur les siennes. Les mains désormais largement posées sur sa poitrine, il pouvait sentir son cœur tambouriner sous ses doigts, mais ce fut le sien qui s'accéléra lorsque Marinette les plaqua tous les deux contre le matelas. Ses lèvres rompirent leur baiser, redressées en un sourire qui repoussa les réels soucis d'Adrien un peu plus loin encore. Elle déposa quelques baisers éclairs contre sa bouche avant de dériver sur sa mâchoire, le long de sa gorge, avant d'être bloquée par son tee-shirt qui finit rapidement sur le sol. Son débardeur subit le même sort quelques secondes plus tard, et la bouche d'Adrien se précipita contre son buste.
Le sentir si près d'elle, tout contre son cœur, la fit sourire contre sa peau. Mais, ses lèvres se raidirent bien vite lorsque celles de son coéquipier se posèrent sur une de ces cicatrices. Il se crispa et s'éloigna de la légère marque rose qui tachetait son corps. À l'extérieur, l'ecchymose qui avait existé avait disparu, remplacée par une tâche à peine visible. Mais, à l'intérieur, cette zone était bien plus sensible. Moins qu'il y a quelques jours, ce n'était plus une plaie à vif qui la réveillait au milieu de la nuit, mais cette blessure suffit à ruiner ce moment de débordement dont ils avaient terriblement besoin.
Parce que Marinette était à nouveau submergée par la scène d'il y a plus d'une semaine. Et qu'Adrien pouvait à nouveau sentir son poing tambouriner contre ce visage, à nouveau entendre les paroles de son père : c'est plus facile de me faire porter tous les malheurs du monde que d'accepter qu'il y ait des gens qui sont pires que moi.
— Désolé, murmura-t-il, les mains posées sur sa taille, les yeux ancrés dans les siens. Ça va ?
Elle hocha la tête, lui offrit un sourire rassurant et posa ses lèvres contre les siennes. Ils tentèrent à nouveau de se perdre dans ce baiser, de ne penser qu'à l'instant présent, d'occulter leurs pensées, leurs souvenirs, mais ce n'était pas aussi simple.
— Bon, ce sera pas pour aujourd'hui, soupira Marinette contre ses lèvres.
— C'est pas grave, répondit Adrien en posant sa main sur sa joue. On a tout le temps.
— Je sais, mais...
— Oui, moi aussi.
Un sourire se dessina sur leurs deux visages. Le jeune homme l'attira contre lui, les laissant tout les deux tomber contre le matelas. Ses lèvres se posèrent contre son front, et elle se blottit contre lui. Leurs torses nus étaient pressés l'un contre l'autre, les faisant soupirer de bien-être.
— Tout à l'heure, débuta Adrien, je me disais que j'aurais dû accepter de rejoindre le... mon père.
Les semaines avaient beau passer, le fait que le Papillon et que celui qui l'avait élevé n'étaient qu'une seule et même personne restait compliqué à accepter.
— J'aurais gagné sa confiance, et on aurait pu le battre. Au lieu de ça, j'ai été... faible. L'idée de te faire croire que je t'abandonnais, que je devenais ton ennemi, je...
Sa voix se brisa, et Marinette, le menton appuyé sur son torse, déposa ses lèvres sur sa peau avant de se serrer davantage contre lui.
— Tu as bien fait, assura-t-elle. Je ne t'aurais jamais cru.
— Mari... Je...
Elle posa son doigt sur ses lèvres.
— Je sais que tu y as pensé, c'est humain. C'est ta mère, Adrien. Bien sûr que l'idée de la ramener t'as effleuré l'esprit.
Son visage se rapprocha du sien.
— Mais tu es toujours là, murmura-t-elle contre ses lèvres.
Le collier accroché à son cou avait scintillé lorsqu'elle s'était redressée, attirant le regard d'Adrien. Il glissa ses doigts le long de son corps et effleura le bijou avant de reporter ses yeux dans les siens.
— Je préfère me battre à tes côtés plutôt que de gagner contre toi... souffla-t-elle tout contre lui.
Les quelques millimètres qui persistaient entre eux furent annihilés par sa bouche qui fondit sur celle de Marinette. Leur baiser était mouillé, salé par les larmes qui s'échappaient des yeux d'Adrien. Leur peau n'en finissait pas de s'écraser l'une contre l'autre, les faisant soupirer face à cette chaleur réconfortante.
— Toi et moi contre le reste du monde, c'est ça ? chuchota-t-il en souriant.
Marinette hocha la tête, les lèvres redressées.
— Toujours.
Le lendemain matin, le ciel était dégagé, le vent fraîchement agréable et la ville remplie d'animation. C'était un des premiers jours de mars, amenant avec lui une atmosphère printanière qui faisait chanter les oiseaux et verdir les feuilles des arbres.
Au sommet d'un appartement parisien, deux super-héros accompagnés de leur kwamis et le gardien des Miraculous étaient en pleine conversation.
— Vous connaissiez ma mère ? demanda Adrien, étonné.
Maître Fu hocha la tête, sa tasse de thé au bord des lèvres.
— Pourquoi vous ne nous l'avez jamais dit ?
Le vieil homme reposa le récipient sur le sol.
— Parce que ce souvenir était trop reculé dans ma mémoire pour que je m'en souvienne pleinement.
Le lycéen tourna la tête vers sa coéquipière qui haussa les épaules, signe qu'elle ne comprenait pas plus que lui. Maître Fu émit un sourire amusé.
— Il m'a fallut un élément déclencheur — en l'occurrence ce que vous venez de m'expliquer sur l'identité du Papillon et sur le passé héroïque d'Émilie — pour me rappeler.
— Pourquoi ? demanda Marinette.
Pour une fois, le gardien était à court de réponses.
— Je l'ignore. Je sens qu'il y a beaucoup d'autres souvenirs auxquels je n'ai pas accès. Je me demande pourquoi...
— Et pourquoi on a les mêmes pouvoirs ?
Adrien se redressa, intéressé par la réponse.
— Je ne sais pas s'il y a un lien à proprement parler ou s'il s'agit juste d'une coïncidence particulièrement bien faite.
— Je ne pense pas que ce soit dû au hasard, répliqua le jeune homme.
Maître Fu hocha la tête.
— Moi non plus. Peut-être que ta mère a transmis ses pouvoirs à Marinette, peut-être qu'elle est toujours dans un état de conscience minimal, peut-être qu'elle a détecté tes pouvoirs, Adrien, et qu'elle a vu là une protection qu'elle n'avait pas eu la chance d'avoir à l'époque. Ceci pourrait peut-être expliquer la connexion entre le Papillon et Marinette. Mais je ne suis pas sûr qu'on aura un jour une réponse à toutes ces suppositions.
— Vous pensez que c'est à cause de ses pouvoirs qu'elle...
Il ne finit pas sa phrase, parce qu'il sentit sa voix flancher, et qu'il ne savait pas réellement quoi dire non plus. Comment qualifier l'état actuel d'Émilie ? Un comma irreversible ? Un état de conscience minimal, comme l'avait supposé Maître Fu ? Ou la mort, tout simplement ?
— Ça me paraît la solution la plus vraisemblable, avoua le vieil homme. J'ai toujours su que manipuler le temps était dangereux, mais je n'ai jamais compris pourquoi j'en étais tant convaincu. Oui, cela semble logique que jouer avec le temps ait un prix à payer, mais je ne voyais pas cela comme quelque chose de logique, mais comme quelque chose que j'avais déjà vécu.
— Vous croyez qu'elle s'est sacrifiée ? Mais contre qui ?
Le gardien secoua la tête, encore une fois à court de réponse.
— Je suis désolé de ne pas avoir plus de réponse à vous donner. Je pense que ce que vous cherchez est bien là, quelque part au fond de ma mémoire et de celle du Papillon, mais je ne vois pas comment...
Il stoppa sa réflexion, et ils purent imaginer la petite ampoule s'illuminer au-dessus de sa tête.
— Comment quoi ? demanda Adrien.
— Vous voulez que j'essaie d'entrer dans la tête du Papillon, c'est ça ?
Le gardien acquiesça, et le lycéen écarquilla les yeux.
— Non, c'est bien trop dangereux !
— Je l'ai déjà fait, ça ira, assura-t-elle.
Mais Adrien tourna le regard vers elle, les sourcils froncés.
— Tu l'as fait sans le vouloir, pendant quelques secondes. Là il faut que tu cherches dans sa mémoire, ça risque de durer bien plus longtemps ! Et s'il s'en rend compte et qu'il essaie de retourner ça contre toi ?
Marinette entrouvrit la bouche, mais ne sut pas quoi lui répondre pour le rassurer.
— Tu seras avec moi, il ne pourra pas m'atteindre, finit-elle par déclarer.
— C'est pas aussi simple, soupira-t-il. Plus maintenant.
Comment pouvait-il la protéger alors qu'il ne pouvait pas se protéger lui-même de ses propres démons ?
— Aie confiance en ton pouvoir, Adrien. Il est bien plus puissant que tu ne le crois.
La voix posée et assurée du gardien le calma un instant, même s'il n'était toujours pas convaincu.
— De toute façon, il faut qu'on sache. Ça nous aidera peut-être, ajouta Marinette.
Son coéquipier baissa le regard. L'espoir ne voulait plus se former dans son cœur comme il l'avait fait tant de fois auparavant.
— Et il faut absolument qu'on libère Chloé, alors je vais devoir le faire, on a pas le choix.
— Tu as un plan ? demanda Maître Fu.
L'adolescente reporta son regard dans celui du gardien.
— Je pense qu'il y a une connexion entre eux, comme entre lui et moi. Et peut-être que si je prends possession de lui, je pourrais briser le lien qui les unis, et la libérer de son emprise. C'est très théorique, je sais, mais...
— Mais dans cette situation, tout est théorique, tout est incertain. Je crois en toi, Marinette, je suis convaincu que tu réussiras.
Il lui offrit un sourire plein de détermination, qu'elle lui rendit au centuple.
— Toi aussi, Adrien. Ne sous-estime pas le pouvoir de protection, ni celui de l'amour.
Un champ verdoyant. Le soleil qui éclairait l'herbe à perte de vue. Une brise qui caressait sa peau. C'était ce que voyait et ressentait Adrien.
Son cœur était léger, son corps reposé, ses muscles débordant d'énergie. Ses yeux aussi verts que la prairie se connectèrent dans un regard de la même couleur. Sa mère était là, à quelques mètres de lui, ses mèches dorées par la lumière s'envolaient au rythme du vent, et son sourire le réchauffa davantage encore que les rayons du soleil. Il s'avança vers elle, vers sa silhouette vêtue d'une robe blanche qui faisait ressortir sa peau halée.
— Adrien ?
Son visage se tourna : Marinette se tenait là. Ses cheveux noirs se mêlaient à sa tenue de la même teinte, et ses grands yeux bleus aussi clairs que le ciel ensoleillé le fixèrent avec bonheur. Il amorça un pas en sa direction.
— Adrien ?
Cette fois-ci, c'était la voix d'Émilie qui retentit à ses oreilles. Elle lui souriait toujours, lui faisant signe de venir le rejoindre. Son regard se posa à nouveau sur celui de Marinette qui lui soufflait la même chose à travers ses yeux.
À droite, Émilie, ses yeux verts, sa robe blanche, ses cheveux blonds.
À gauche, Marinette, ses yeux bleus, sa robe noire, ses cheveux sombres.
D'un côté sa mère.
De l'autre sa coéquipière.
D'un côté celle qui lui manquait le plus.
De l'autre celle qu'il aimait le plus.
Qui choisir ?
Soudain, le ciel s'assombrit, l'herbe se dématérialisa, les deux silhouettes disparurent. Plus d'étendue verte, plus de chaleur réconfortante, plus de brise légère. Rien qu'une pièce froide et terrifiante, au bout de laquelle se trouvait le corps de sa mère, dans cette cage de verre.
Tout à coup, son corps fut projeté d'une dizaine de mètres en avant, jusqu'à a atterrir juste devant le visage d'Émilie. Son cœur se glaça lorsqu'elle ouvrit ses paupières, dévoilant non pas des yeux verts rieurs mais deux iris noirs au milieu desquels se reflétaient deux papillons violets.
Son cri se perdit dans sa gorge alors qu'il ouvrit les yeux. Sa gorge était aussi sèche que du papier de verre, sa peau aussi brûlante qu'un volcan, son rythme cardiaque aussi rapide qu'une mitraillette. Redressé dans le lit, baignant dans sa propre sueur, Adrien posa la main sur sa poitrine, tentant de réguler sa respiration.
— Chaton ? murmura Marinette d'une voix endormie. Tout va bien ?
Son surnom apaisa son souffle saccadé, mais son oesophage était toujours terriblement asséché, ce qui rendait ces quelques mots — oui, je vais bien — impossibles à prononcer.
— Adrien ?
Elle se redressa à son tour, et émit un hoquet d'horreur en voyant son état. Sa peau était trempée, et tellement brûlante qu'elle pouvait sentir la chaleur s'en émaner sans même sans la toucher. Mais le pire était ses yeux dont la peur n'avait d'égale que le désespoir qui y régnait.
— Je suis là, chuchota-t-elle en s'avançant à côté de lui.
Ses bras se glissèrent autour de son torse bouillant sa joue se posa contre son épaule.
— J'ai mal, souffla-t-il d'une voix rêche.
— Où ça ? demanda-t-elle en resserrant son étreinte.
Il laissa tomber sa tête sur le côté, appuyant sa tempe contre celle de Marinette.
— Partout, trouva-t-il la force de murmurer.
Une larme s'échappa de l'œil de l'héroïne de Paris qui se serra un peu plus contre lui.
— J'aimerais tellement pouvoir prendre ta douleur, soupira-t-elle.
Retrouvant peu à peu l'usage de ses muscles, Adrien posa sa main droite sur son dos nu, caressant doucement sa peau.
— Tu le fais déjà, susurra-t-il.
Elle posa ses lèvres sur son épaule, savourant le contact de ses doigts contre elle.
— Tu as fait un cauchemar ? demanda-t-elle quelques secondes plus tard.
Il hocha la tête.
— Tu veux en parler ?
— Non, avoua-t-il dans un soupir. Mais je crois que j'en ai besoin.
À contre-cœur, il redressa sa tête, s'éloignant légèrement de Marinette qui leva son regard dans le sien. Il se laissa tomber contre le matelas, une main posée sur son ventre, l'autre toujours appuyée contre le dos de Marinette. Ses yeux dérivèrent des siens, admirèrent le collier qui brillait à son cou, contemplèrent sa poitrine nue, éclairée par la lumière de la lune. Ils s'étaient rendu compte que de dormir peau contre peau les rassurait, les aidait à ne pas faire de cauchemars... du moins, la plupart du temps.
Elle haussa un sourcil : son regard ne décollait pas de son buste. Un sourire en coin se dessina sur les lèvres d'Adrien qui reporta plus sagement ses yeux dans les siens. Marinette s'allongea à son tour. Positionnée sur le flanc, elle posa sa joue contre l'oreiller, entrelaça ses doigts à ceux de son coéquipier qui avaient glissé jusqu'à sa taille.
Suspendue à ses lèvres, elle écouta le récit de son rêve qui s'était changé en cauchemar. Le champ paradisiaque, la présence de sa mère, son apparition à elle, le choix qui s'était imposé à lui, la pièce dans laquelle il s'était retrouvée, dans laquelle reposait le corps de sa mère. Et ses yeux, ses yeux qui l'avaient terrifié.
— Je sais très bien ce qu'elle me dirait si elle était là, soupira-t-il, le regard rivé au plafond. Elle me dirait de la laisser partir, de te choisir toi, de choisir le présent, et de ne pas me perdre dans un passé ou dans un futur impossible.
Marinette resserra ses doigts autour des siens.
— C'est pas pas un choix, murmura-t-elle.
Son visage se tourna vers elle.
— C'est vivre.
Elle se redressa, faisant onduler ses longs cheveux qui cascadaient sur sa poitrine.
— Parce que ton père est aveuglé par la volonté de ramener ta mère, mais... s'il y arrive, il fera quoi ? Il rendra gentiment son Miraculous ? Il ne renoncera pas au pouvoir de son plein gré, personne ne le ferait. Et, continua-t-elle après une courte pause, en ne prenant pas son parti, ça ne veut pas dire que tu la trahis elle, au contraire.
Adrien était suspendu à ses lèvres, avide de ses paroles.
— Quelle vie aurait-elle si elle revenait ? Après avoir découvert tout le malheur que ton père a causé autour de lui, après avoir découvert ce qu'il a fait vivre à son propre fils ? Une vie dont, personnellement, je ne voudrais pas. Elle ne resterait probablement pas avec lui, pas après avoir appris tout ça, et il retomberait dans ses vieux démons. Et, cette fois-ci, plus avide de pouvoir et en colère que jamais.
Elle secoua la tête.
— Empêcher que tout ça arrive, ce n'est pas me choisir moi. C'est nous choisir toutes les deux.
Ses grands yeux bleus étaient ancrés dans les siens, si intensément qu'un frisson courut le long de son corps brûlant. Les pensées se bousculaient dans sa tête, les sentiments se percutaient dans son cœur, les émotions se heurtaient dans son regard.
— Tu as raison, finit-il par murmurer.
— Mais ?
— Mais je ne peux pas m'empêcher d'être triste.
Marinette fit glisser leurs mains liées jusqu'au corps toujours moite d'Adrien avant de les poser sur son torse.
— C'est normal. Ne te sens pas coupable d'avoir un cœur, souffla-t-elle en faisant glisser leurs doigts jusqu'à sentir son rythme cardiaque sous sa peau. Surtout après ce que tu es en train de vivre, ne te sens pas coupable de te sentir mal.
Elle se rapprocha encore plus de lui.
— Tu as le droit de ne pas aller bien. Tu as le droit d'être celui qui a besoin d'être protégé.
Son corps n'était désormais qu'à quelques centimètres d'Adrien. L'esprit et le visage toujours en plein questionnement, il mit quelques secondes à assimiler toutes les paroles que Marinette venait de lui adresser.
— Je sais que ce sont juste des mots, et que tu ne vas pas aller mieux en claquant des doigts, mais...
— Merci, Mari, la coupa-t-il finalement.
Les lèvres d'Adrien se redressèrent avant de se poser sur celles de la lycéenne qui se mirent à sourire à leur tour.
— Merci d'être là, chuchota-t-il avant de l'embrasser à nouveau.
— Merci de m'aimer, susurra-t-il en dérivant ses lèvres le long de sa mâchoire.
Un frisson courut le long du corps de Marinette qui se cambra contre le sien.
— Merci d'être toi.
Les yeux plongés dans les siens, il frôla son corps de sa bouche, jusqu'à caresser sa clavicule. Le regard qu'il lança à Marinette déclencha instantanément un incendie dans le bas de son ventre qui se rapprocha de son bassin.
Adrien, désormais complètement au-dessus d'elle, remonta leurs mains toujours liées jusqu'à les poser au-dessus de sa tête. Sa paume libre glissa le long de sa poitrine, rapidement suivie par ses lèvres.
— Ça va ? demanda-t-il en se redressant légèrement.
— Oui, souffla-t-elle. Continue.
Un léger sourire dessiné sur le visage, il replongea à nouveau contre sa peau, prenant de plus en plus d'assurance à mesure que les soupirs de sa coéquipière s'intensifiaient. Au plus proche de son cœur qu'il pouvait sentir battre sous sa langue, il sentit le sien se gonfler d'espoir, d'amour, de désir.
Plus de tristesse, plus de désespoir, plus de culpabilité.
Peut-être pour quelques minutes seulement, mais Adrien comptait bien savourer ce moment aux effluves paradisiaques.
Plus tard cette nuit-là, il ouvrit difficilement les paupières, toujours à moitié endormi.
— Marinette ? murmura-t-il en bâillant.
L'intéressée avait enfilé un tee-shirt et semblait bien plus réveillée que lui. Un grand sourire illumina son expression alors qu'elle se pencha légèrement vers lui.
— Viens, j'ai une idée, lui dit-elle.
Trop assoupi pour réellement se questionner, il se redressa, les cheveux en bataille, les sourcils froncés. Son incompréhension ne se fit que plus grande lorsque Marinette se transforma devant ses yeux, devenant en une seconde la super-héroïne connue dans tout le pays.
Si Tikki avait endossé son rôle de kwami sans broncher, même en plein milieu de la nuit, Plagg avait un peu plus de mal. Après quelques ronchonnements et grognements irrités, il finit par transformer Adrien quand celui-ci le lui demanda, entre deux bâillements.
Ce fut bien plus compliqué qu'en pleine journée de suivre Ladybug à travers la ville. Oui, des attaques avaient déjà eu lieu la nuit, mais généralement en fin de soirée, dans le pire des cas. Là, il était quatre heures du matin passé, et il n'avait pas l'adrénaline du combat pour le réveiller.
Heureusement, au bout de quelques immeubles survolés, le vent de liberté qui courait le long de son costume le stimula aussi bien qu'un akumatisé en furie. Il arriva une poignée de secondes après Ladybug, atterrissant au sommet de la Tour Eiffel. Sa coéquipière était tournée vers la ville, les cheveux secoués par le vent, le rouge de son costume illuminé par le clair de lune. Il s'approcha d'elle jusqu'à se placer à ses côtés.
Seulement, ses yeux à lui ne regardaient pas l'étendue d'immeubles ni la Seine assombrie par la nuit.
Ils la regardaient elle.
Un sourire se fraya un chemin sur son visage, et Chat Noir put même apercevoir ses joues rosir légèrement, grâce à sa vision nocturne. Il était presque sûr que ce n'était pas la fraîcheur de la brise qui la fit frissonner.
— Arrête de me regarder comme ça ! ria-t-elle finalement en se tournant vers lui.
Les lèvres largement redressées, il n'arrêta pas pour autant de la contempler.
— Comme quoi ?
Ses paupières se plissèrent, mais il pouvait toujours apercevoir le bleu scintillant de ses iris.
— Fais pas comme si tu savais pas, répliqua-t-elle sans se départir de ce sourire qui ne voulait pas la quitter.
Il se rapprocha légèrement d'elle, le visage baissé vers le sien.
— Fais pas comme si t'aimais pas. C'est toi qui m'a amené ici au milieu de la nuit !
Elle ouvrit la bouche pour répondre mais la lueur d'espièglerie qui brûlait dans son regard lui soufflait que ça ne servait à rien. Faire accélérer son rythme cardiaque, faire rougir ses joues, faire briller ses yeux de défi : c'était son but. Mais le pire dans tout ça, c'est que ça marchait.
Ça marchait vraiment.
Alors, pour ne plus voir ce sourire qui l'énervait tant — mais qu'elle aimait tellement — elle attrapa la clochette de son costume et le tira vers elle, posant ses lèvres sur les siennes. La douceur de sa bouche contre la sienne la fit rapidement oublier le peu d'agacement qu'elle avait pu ressentir. Mais ça n'empêcha pas son cœur de cogner dans sa poitrine, ses pommettes de rougir et son regard de scintiller sous ses paupières.
Au contraire, lorsque, quelques minutes plus tard, elle finit assise sur ses genoux, sa respiration était aussi saccadée que la sienne et sa peau aussi réactive et brûlante que si elle ne portait rien. S'éloignant légèrement de lui pour reprendre son souffle, son corps s'incendia davantage quand les mains de Chat Noir glissèrent jusqu'à ses hanches, la rapprochant un peu plus de lui.
Un sourire redressait toujours ses lèvres désormais légèrement rosées, mais il n'y avait plus la moindre trace de malice dans son expression.
— Ça fait du bien, non ? souffla-t-elle d'une voix rauque.
Il comprenait désormais pourquoi il l'avait traîné jusqu'ici au milieu de la nuit.
Pour se rappeler de cette sensation qui l'enveloppait aussi sûrement que le plus solide des boucliers. La sensation de liberté qui les submergeait à cet instant valait bien quelques heures de sommeil manquées. Se rappeler des points positifs d'être un super-héros — et pouvoir s'embrasser en haut de la Tour Eiffel sans personne pour les déranger était un sacré avantage — chassa plus encore cette tristesse qui lui semblait de plus en plus lointaine.
Il hocha la tête, les yeux brillant aussi forts que la ville lumière.
Leurs regards ancrés l'un dans l'autre, ils n'avaient pas besoin d'exprimer la moindre parole. Ils savaient qu'un nouvel élan de détermination était en train de naître tout au fond d'eux. Pour sauver Paris, pour sauver ses habitants, pour sauver ceux qu'ils aimaient, pour sauver leur liberté. Pour se sauver l'un l'autre.
Le chagrin s'éclipsa, emporté par le vent de liberté qui soufflait dans son cœur.
— Merci, murmura-t-il contre elle.
Sa voix était tellement sincère que Marinette fondit à nouveau sur lui, emprisonnant ses lèvres dans un baiser rempli de volonté et de gratitude.
L'acceptation — sentiment de stabilité, retour du goût de vivre, sens donné à la perte.
Le mardi suivant, Adrien et Marinette étaient installés sur le lit de cette dernière. L'après-midi touchait à peine à sa fin que toute lumière avait déjà déserté le ciel grisâtre. Les gouttes de pluie tombaient bruyamment sur la fenêtre et la chambre s'illuminait parfois d'un éclair blanc dont le bruit assourdissant retentissait quelques secondes plus tard. Le mois de mars se montrait particulièrement tempétueux cette année. Le vent soufflait plus fort, les orages étaient plus fréquents, la pluie plus abondante, comme si la nature elle-même manifestait son agacement.
— Prêt ?
Adrien hocha la tête.
— Tout va bien se passer, murmura-t-elle face à son regard inquiet.
Il ravala les paroles qui lui vinrent à l'esprit, se retint de lui dire qu'elle n'en savait rien, parce qu'il savait, lui, à quel point c'était égoïste et inutile. Ils avaient besoin de ces informations, et la connexion entre Marinette et son père signifiait bien quelque chose.
Alors, il se contenta se poser doucement ses lèvres sur les siennes avant de se reculer à nouveau. Ils n'eurent pas besoin de dire quoi que ce soit, les yeux d'Adrien lui insufflaient plus d'amour et de protection que des mots n'auraient jamais pu le faire.
À l'abri sous cette bulle qui étaient la leur, Marinette ferma les yeux, la main de son coéquipier serrée dans la sienne.
Marinette sursauta lorsque, à peine quelques secondes plus tard, elle se retrouva dans un corps qui n'était pas le sien, dans une maison qui n'était pas la sienne, voyant à travers des yeux qui n'étaient pas les siens. Le fait de connaître l'identité du Papillon rendait le contact, désormais intentionnel, beaucoup plus facile à établir : c'était les doigts de son fils qui étaient entrelacées aux siens, c'était sa présence qui l'apaisait, c'était de sa protection dont elle bénéficiait.
La première étape était réussie, mais ce n'était que le commencement.
Traîner soixante-quinze kilos était bien différent que d'en porter cinquante-cinq, marcher en faisant un mètre quatre-vingts n'avait rien à voir que de courir en mesurant un mètre soixante et aller d'une pièce à l'autre dans un manoir de plus de cinq-cent mètres carrés était largement plus long que de circuler dans son petit appartement. Mais, petit à petit, sa démarche devint moins incertaine, sa vision plus claire, ses pensées plus nettes.
Ils avaient peaufiné un plan, avec Adrien, depuis quelques jours. La conclusion leur était venue assez naturellement : le meilleur moyen d'accéder aux souvenirs refoulés de Gabriel était de se rapprocher d'Émilie. C'était son histoire qu'ils voulaient savoir, après tout, son passé qui était intimement noué à celui du Papillon.
Après quelques trébuchements, Marinette — enfin, plus ou moins — arriva dans la pièce où reposait la mère d'Adrien. Elle avait emprunté les recoins très peu empruntés dont son coéquipier lui avait parlé, avait eu quelques frayeurs en entendant des pas retentir sur le marbre, avait senti sa respiration s'accélérer, mais y était arrivée. Un soupir de soulagement s'échappa désormais de ses lèvres lorsqu'elle descendit les escaliers de pierre qu'Adrien avait lui-même suivi il y a quelques semaines. Lorsqu'elle posa son regard sur le corps inanimé d'Émilie, un sanglot inexplicable lui comprima la gorge.
Était-ce la tristesse de Gabriel qui se manifestait ? Était-ce son propre chagrin qui l'étranglait ? Était-ce ce lien qu'elle partageait inexplicablement avec l'épouse du Papillon qui fit rouler une larme le long de sa joue ?
Marinette n'aurait su le dire, et elle n'eut pas le temps de se pencher sur ces questions qui lui taraudaient l'esprit qu'un mal de crâne la força à se laisser tomber sur le sol glacial. Ses jambes ne lui obéissaient plus, ni à elle, ni à son propriétaire, ni à personne. Tout devint blanc derrière ses paupières, et tout à coup, Paris se dessina sur sa rétine. Elle vit de la pluie, un ciel gris, des cris, du sang, beaucoup de sang. Et puis une silhouette bleue et violette aux cheveux blonds se dessina dans son esprit. Le Miraculous du Paon, Émilie. Ses yeux verts criaient un courage sans faille, sa posture une détermination infaillible, son visage une force implacable. Son ennemi, enfermé dans un costume noir semblait être le miroir inversé de la super-héroïne. Un regard flamboyant contre des iris noirs et fixes. Des mèches dorées contre une chevelure aussi sombre que ses yeux. Une inquiétude visible pour les habitants de la ville contre un sourire narquois.
Le Mal contre le Bien.
Pas de place pour le gris, pas de place pour choisir son camp, pas de place pour le doute.
Un étau invisible lui comprimait toujours la tête, mais Marinette pouvait deviner à travers les yeux de Gabriel la fatalité de ce combat. Caché dans une ruelle, sa vison du combat restait furtive, changeante, floue par moment, mais le coup final lui fut retranscrit très clairement. La victoire d'Émilie, après une lutte acharnée contre son ennemi qui s'effondra sur le sol. La pluie qui continuait de tomber. Sa vue qui devint beaucoup plus rapprochée avant de n'être réduite qu'à de la noirceur : Gabriel venait de fermer les yeux, étreignant son épouse de toutes ses forces.
Le reste lui fut retranscrit comme un film dont on passerait certaines séquences. La seconde d'après, ils étaient rentrés chez eux, la suivante, un Adrien plus jeune mais étrangement âgé se présenta devant ses yeux. Marinette lui donnerait quatorze ans, au minimum. La surprise n'eut pas le temps de se répandre dans son cœur que la vision du corps inanimé d'Émilie se dessina devant elle. Enfin, devant Gabriel, devant un homme anéanti de tristesse, fou de chagrin, aliéné par la colère. Le crâne toujours terriblement douloureux, son esprit lui retranscrit tout de même son irruption chez Maître Fu, sa capture du Miraculous du Scorpion — qu'elle découvrit à cet instant — et qui se changea alors en Miraculous du Papillon.
Marinette eut à peine le temps de se demander pourquoi que tout devint soudain noir autour d'elle.
Aussi noir que les yeux de celui à qui avait appartenu ce bijou magique.
Soudain, ce dernier se dessina devant ses yeux. Le pendentif sombre l'attira sans qu'elle ne puisse s'en détacher du regard. Il semblait tellement puissant. Ses pupilles fixes continuaient de fixer l'objet et son bras se tendit de lui-même jusqu'à lui. Ses doigts n'étaient plus qu'à quelques millimètres de sa surface polie, lisse, attirante.
Elle voulait juste le toucher, juste une seconde...
Voilà le chapitre vingt-six ! Désolée pour cette fin, mais j'espère quand même que le chapitre vous a plu :p
Il n'y aura pas de chapitre samedi, désolée mais j'ai vraiment eu du mal à sortir celui-ci aujourd'hui, alors je préfère écrire le prochain tranquillement, sans me mettre la pression, et ne pas le bâcler.
Alors, je vous dit à mercredi prochain ! Prenez soin de vous ;)
