Bonjour plein de soleil!

J'espère que tout le monde va bien; je reviens avec un chapitre que je me suis follement amusée à écrire, et j'espère que ça va s'en ressentir à la lecture.

Plus que 28, 29, et 30, et on pourra tirer le rideau sur l'histoire, dire adieu à nos personnages...

Du coup bonne lecture, et à bientôt pour le début de la fin!


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Merci de l'espace intersidéral aux commentateurs:

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Sakhina

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Gilmei

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Ainsi qu'à vous tous, lecteurs silencieux de tous continents, qui suivez patiemment l'Odysée jusqu'au déroulement du dernier fil...


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Chapitre 27

Fortes Fortuna Juvat

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Samedi 6 mars
Vous-savez-où, avec, Vous-Savez-Qui

Quel froid dans la pièce…Un souffle glacé, jeté par un silence polaire, dont on n'arrive pas à pelleter quelques blocs de neige, qui permettraient de dégager la voie vers une conversation. Silence froid, et profond : pour un peu, on entendrait cliqueter la mécanique engendrée par le mouvement des planètes, à moins que ça ne soit la roue de la Fortune ?

Aucune des deux parties en présence ne paraît décidée à ouvrir les hostilités pour de bon. D'un côté de la table, Hermione : les écailles lui étant enfin tombées des yeux, dévisage la face séduisante qui avait sa confiance il y a encore quelques minutes à peine, se demandant comment donner à cette impasse, une issue viable…De l'autre côté, Tom Marvolo Elvis Riddle-Gaunt-Voldemort-Dont-Les-Noms-Sont-Trop-Longs-Pour-Être-Prononcés.

Une vraie Mary-Sue : son patronyme se suffit à lui-même, et il faut avouer que son ombre seule paraît de plus en plus menaçante, déployée derrière lui comme une cape sombre qui menace d'engloutir le monde. Les deux yeux d'onyx, si caressant autrefois, évoquaient désormais à la brune deux trous noirs, sur fond de lave en fusion. Et tandis que le blanc de paroles se solidifie, Hermione réprime un frisson qu'elle sent tenter sa chance le long de son échine. L'adrénaline de la chute des masques passée, une peur rampante se glissait sous sa peau, et pour cause…Il va lui falloir bien de l'intelligence, et aussi une bonne part de chance, pour s'extirper des griffes du pseudo-libraire.

-Je n'essaie pas de te faire dire quelque chose, Hermione.

La voix de Tom, qui se décidait à parler le premier, avait ses accents onctueux d'autrefois. Il voulait manifestement rester un peu sur le terrain de la séduction : voir s'il était possible d'obtenir ce qu'il voulait par une douce, subtile, suave, persuasion.

-Ce que je veux, c'est comprendre, comment une jeune personne aussi brillante, avec devant elle un boulevard d'opportunités, ne s'est pas jetée sur l'occasion d'entamer une carrière disons…plus prestigieuse.

Un acteur de génie : son ton était amical, familier, comme si le malaise créé par ses questions n'avait jamais existé que dans l'imagination de la brune.

Qui n'était pas dupe, désormais qu'elle devait affronter le fait accomplit.

-Je ne comprends vraiment pas, Tom. Il va falloir être un peu plus précis.

Et pour faire bonne mesure, elle croisa les bras, et leva le menton fièrement.

Ce signe de défiance n'était pas du tout au goût d'un homme dont on sait qu'il aime la plus stricte soumission de ses séides, en toutes circonstances. Riddle n'aimait pas perdre le contrôle, que ce soit de ses sentiments, ou de son environnement alentours. Un évènement non programmé, hors du calendrier, inattendu : voilà son horreur, l'une de ses peurs les plus profondes. Parce que tout ce qu'il ne peut pas prévoir devient un obstacle sur sa route, un objet de frustration et de colère : avec pour résultat inévitable, des pulsions de violences, qu'il ne cherche pas à contenir. Un maître idéal, pour ceux qui ont une image d'eux-mêmes dégradée, engendrant le besoin d'être confortés dans la piètre opinion qu'ils ont de leur Narcisse intérieur…Pas étonnant que Bellatrix s'attache autant à lui : on aura rarement vu deux malades compléter si bien leurs pathologies.

-Ah, Hermione, Hermione, Hermione…Je t'ai beaucoup observée, et pas seulement ces derniers mois. Tu ne manques pas de fierté, et c'est tout à ton honneur…Mais entre nous, tu ne te rends pas compte du potentiel que tu gâches.

-Je ne peux que m'incliner, Tom : je ne te connaissais pas ce talent à la formulation sibylline, répartit-elle sarcastiquement.

Son regard teinté d'incarnat se durcit, mais il se contint, encore un peu.

-Il n'y a rien d'extraordinaire dans ce que je te raconte…J'ai senti, en te retrouvant dans ma librairie du centre ville cet hiver, que le destin nous avait remis dans le chemin l'un de l'autre pour une bonne raison.

Se fut au tour d'Hermione de se contenir, afin de ne pas traiter cet escroc patenté, de cinglé.

-En me retrouvant, cher Tom ? Dois-je comprendre que nous nous connaissions par le passé ? Il me semble que, si j'avais croisé un homme aussi retors que toi, alors je m'en serais souvenue, ne serait-ce que pour éviter d'en arriver à la scène que nous vivons en ce moment.

Un sourire de malice étira les lèvres de Riddle.

-Je suis un peu vexé, chère Hermione, répondit-il avec une lenteur délibérée, qui fit monter d'un cran le degré d'attention de la brune. Je pensais que tu aurais eu la curiosité de faire tes devoirs correctement…Tu étais si bonne élève, autrefois…

Un éclair de lumière fusa dans l'esprit de la Gryffondor, mais elle n'était pas certaine de pouvoir se faire confiance, tant la connexion entre ses idées lui paraissait saugrenue.

-J'ai connu brièvement, une vieille dame très fortunée et un peu excentrique, qui déclarait avoir été sauvée d'une tentative d'empoisonnement…pas un jeune homme, « beau comme doit l'être Gabriel »...Il y a six ou sept ans. Ledit homme était sensé avoir sa demeure sur le continent Américain…

Elle n'aimait pas l'éclat qui luisait dans le regard en face d'elle.

-…qui avait nommé son chien « Tom », en hommage à ce bon Saint-Maritain…probablement tout à fait désintéressé de la fortune d'Hepzibah Smith, et de toutes les inestimables œuvres d'art que son mari avait accumulé pendant une vie entière d'aventure.

Voilà, cette grimace de dégoût lui seyait beaucoup mieux.

-Nous sommes à la limite d'une diffamation, chère Hermione : j'entends comme un lourd sous-entendu, une insinuation sournoise…Penses-tu que j'aurais aidé cette pauvre dame dans l'espoir de mettre la main sur sa fortune lors de sa mort ?

Hermione le dévisagea froidement, décidant de jouer le tout pour le tout, sachant qu'elle n'avait plus que cette carte en main : déstabiliser son adversaire, et se créer une ouverture dans laquelle elle s'engouffrerait à la moindre opportunité.

-Pas une seule seconde, Tom : je pense, au contraire, que tu as orchestré l'empoisonnement d'Hepzibah Smith pour arracher sa confiance, et que tu l'as manipulée psychologiquement par la suite afin de faire en sorte d'être le seul héritier testamentaire de tous ses biens. Le nies-tu ?

Et l'air sur sa figure aurait suffit à donner froid dans le dos à n'importe quel inspecteur aguerri, mais elle ne tressaillit même pas.

-Et comment en arrives-tu à une conclusion à la fois…aussi brillante, et dangereuse ?

-Par déduction logique, asséna Hermione d'un air docte, en faisant un petit pas en avant, ce qui sembla le dérouter. Vois-tu Tom, maintenant que tu te décides enfin à sortir de l'ombre, les derniers éléments du casse-tête se mettent en place, pour moi aussi. Car oui : ce fut un casse-tête, une épreuve, une lutte constante, mais regarde : la vérité finit par éclater au grand jour. Tout se sait un jour, et il n'y a guère de méfait qui reste impuni. Mais nous savons cela, depuis le Comte de Monte-Cristo…Je m'égare. Il y a sept ans, quand Blaise et moi avons rencontré Mrs Smith, c'était une période de grands troubles : les Mangemort étaient associés au pouvoir politique en Grande-Bretagne, après des années de silence et malgré le nettoyage intense des corruptions passés. McGonnagal quittait Poudlard, Rogue en reprenait la tête, et je vivais un drame personnel en apprenant que Bellatrix Lestrange allait de nouveau courir les rues en femme libre…Comme si de rien n'était…

Silence.

-Tout cela n'était rien : ou plutôt, cela aurait pu ne rien être, ne rien signifier, s'il n'y avait pas eu les rumeurs venues d'Albanie…la réactivation de certaines cellules que l'on croyait éradiquées…Kingsley a été rapide, cet homme l'est toujours : il a compris tout de suite que quelque chose n'allait pas, et que peut-être, notre camp avait crié victoire beaucoup trop tôt. Une reconstitution politique des groupes pro-Mangemort n'était pas inenvisageable. Une course à l'armement chimique n'était plus exclue. Et une nouvelle guerre, entre les partisans de l'hégémonie d'une couche de la société britannique sur une autre, et les libéraux de tous bords, n'était plus impossible : nous en étions même aux prémices. Et au cœur de ces intrigues, Kingsley n'avait qu'un seul objet en tête : un certain journal, Tom, qui je crois, est la raison pour laquelle tu as patiemment étalé tes rets pendant presque sept ans.

Ce dernier ne répondit pas : son regard brillait de quelques chose de fanatique, d'affamé, il paraissait rubis : l'avidité avait repris le dessus.

Hermione reprit son inspiration.

-C'est Ginny, qui a mis la main accidentellement sur le journal, quand elle était adolescente, dans les toilettes de l'école là où quelqu'un – Grindelwald ? j'en doute – l'avait caché. Et là, on entre dans une histoire qui aurait pu être du Lovecraft…Comme le livre d'Abdul al-Hazred, le journal semblait posséder le potentiel de part son contenu, son texte codé, les énigmes et secrets qu'il prétendait révéler, de rendre fou son lecteur. On découvrit plus tard (et cette fois-ci, c'est digne du Nom de la rose), que les pages étaient en réalité imbibées d'un poison puissant, qui créait des hallucinations dans l'esprit du lecteur non averti. Ginny l'a échappé belle : on la croyait possédée, elle n'était que sous emprise de psychotropes.

Encore un silence, le temps pour Hermione de rassembler ses souvenirs.

-La formulation de l'Avada Kedavra…Décidément, ce livret était une petite bombe, susceptible de colossaux dégâts. Le Département des Mystères s'en est chargé, et ils sont célèbres pour leur capacité à rendre n'importe quel secret impénétrable. Mais voilà : tout le problème, c'est qu'avec le temps, le Ministère même n'était plus un endroit sûr, avec tous ces agents, ces anciens Mangemort repentis, qui faisaient leur retour fracassant au prétexte d'une grande politique de réconciliation…Il y a eu des repentis sincères, je ne peux pas le nier, et il ne faut jamais fermer à la porte à ceux qui sont dans une démarche de contrition honnête. Mais en l'occurrence, je peine à croire que Yaxley eut jamais autre chose en tête que la reconquête de son influence perdue. Ce sinistre personnage a facilité l'entrée de beaucoup de ses congénères à des postes de moyenne ou grande influence : Macnair, Rowle, Selwyn…Dolohov.

Et on entendait presque le nœud des évènements se dérouler, un peu couvert par le bruit de la musique donné par l'orchestre du gala des Greengrass, dans l'immense château possédé par les Notts.

-J'avais été mise dans la confidence par le professeur MacGonagal, à peu près à la fin de ma thèse. L'idée était que je rejoigne le département de la Justice afin d'assister Amelia Bones à, -pour employer son expression un peu triviale- « faire le ménage dans les écuries d'Augias corrompues que sont en train de devenir le Ministère ». J'ignore comment tu as soupçonné, Tom, le rôle que j'aurais pu avoir en renforçant les rangs de l'Ordre du Phénix : toujours est-il qu'à ma grande surprise, l'homme chargé de mon entretien d'entrée fut Antonin Dolohov, et il m'a encore semblé voir la mort de prêt ce jour là.

« C'est là que tu es le plus habile, pas vrai Tom ? Tu as su anticiper ma réaction : des années à jouer avec la psychè des gens, à manipuler au gré de ton sadisme, les blessures profondes des uns et des autres. Toujours est-il que ma terre natale me paraissait un terrain risqué, et qu'il m'a semblé opportun de me faire oublier quelques temps, en cherchant à obtenir de l'influence ailleurs, dans des médias que j'imaginais plus indépendants.

« Mais tu ne m'as pas lâchée : seulement, j'ignorais que l'ennemi mortel que j'attendais prendrait les traits d'un affable libraire. Tu as savamment dosé ton approche : je me rends compte maintenant, que c'est toi qui a éloigné Bellatrix du bureau, peut être en lui cassant la jambe toi-même, je n'en sais rien, pour mieux la faire paraître sur scène au moment critique, dans le but de me déstabiliser. Je comprends aussi que tu as lancé Dolohov à mes trousses, le soir du gala des Greengrass : comment pourrait-il en être autrement ? Tu savais que j'accompagnerai Draco, tu as regardé avec patience l'évolution de la soirée…Qui sait si ce n'est pas toi qui a jeté Ron en travers du chemin de Draco, étant notoire que les deux familles se haïssent, tu as pu déduire qu'un échange brutal me déplairait. Et comme par hasard, c'est toi qui me retrouve. Comme par hasard, Tom…Non : tu connais tes victimes, tu les analyses, tu dresses des portraits de leur caractères, probablement même as-tu recensé dans un carnet la liste de mes points faibles. Tu as bien joué tes cartes : avec un cynisme formidable, nous n'en serions pas là, s'il en avait été autrement : moi, en train de d'épousseter mes illusions gentillettes, toi, avec les clefs de mon appartement dans ta poche, prévoyant je-ne-sais-quelle-fin pour cette soirée.

« Mais…tu as perdu, Tom : tu as perdu ton temps, et toute ton astuce est inutile : oui, j'ai bien emporté le journal de Grindelwald hors du Ministère, laissant le soin à l'Ordre du Phénix d'organiser la fuite de cette information, afin de semer le trouble dans les rangs Mangemort. Et non, il n'est pas ici : ni dans cet appartement, ni dans ce continent. Et je l'ai placé dans un endroit où tu n'auras jamais aucune chance de le retrouver, Tom : ni toi, ni tes partisans, qu'importe le pouvoir politique que vous déployez, qu'importe l'argent, la propagande. Il est en lieu sûr, et si je disparais ce soir, son secret disparaîtra avec moi. Tu as perdu, répéta-t-elle.

-Il me suffit de t'avoir, Hermione : j'ai des moyens de te faire parler, des moyens dont tu ne soupçonnes pas encore l'existence ! S'exclama Tom, avec une lueur de triomphe exalté dans les yeux. Cette chère Bella nous attend : elle n'est pas très loin, et elle est venue avec des amis, qui meurent d'envie de te connaître, Hermione…Je leur ouvrirais la porte sous peu, mais je t'avoue encore une chose : je déplore d'avoir à te traîner de force dans une voie où tu serais brillante, Hermione. Si seulement tu étais des nôtres.

« Imagine si tu me rejoignais : les choses grandioses que nous pourrions faire ensemble ! Le Ministère n'est qu'un tas d'incapables, la famille Malfoy est atave : trainée par un Lord qui n'est plus qu'une ombre, avec un rejeton dont la faiblesse du sang n'a d'égal que sa lâcheté, son incapacité à tenir son rang…Tu vas me faire croire, que c'est Potter ? Potter, avec sa clique, qui va changer le monde ? C'est un gamin qui a eu de la chance, beaucoup de chance, surtout grâce aux erreurs des autres d'ailleurs, qu'en vertu de ses succès propres. Allez, Hermione : je veux bien te faire une confidence, puisque tu t'es montrée si brillante : tu ne l'as peut être jamais su, mais Hepzibah Smith est bien morte empoisonnée, à la fin…Et c'est son majordome, le dévoué et zélé Humphrey, qui croupit en prison, pour ce crime odieux…Qu'il n'a pas commis. Comme tant d'autres avant lui. Tu ne peux pas savoir, chère Hermione, le plaisir qu'il y a de voir un visage tant honnit, quand il est enfin en train de convulser.

C'en était trop : Hermione était blanche comme un linge, et elle ne put retenir une exclamation d'horreur, dans ce que Tom lui avouait à demi-mot : il avait répété le schéma, et assassiné la pauvre vieille dame! C'était un monstre, un horrible pervers, et si elle devait s'en sortir, c'était maintenant…Ou bien il serait trop tard…

Elle trouva malgré tout, la force de lui adresser ces derniers mots :

-Tu t'octroies un pouvoir immense que tu n'as pas, et que tu n'auras jamais, Tom Riddle. Tu te prends pour un dieu, ou pour la main de la Fortune, à aller au gré de ta volonté torturer ou assassiner des gens…Faire des plans grandiloquents pour t'emparer du pouvoir dans un pays…Mais ce que tu essaies de détruire n'est que le reflet de ton propre être, de ta propre chair. Es-ce qu'on meurt, quand le corps part en fumée ? Non, car l'âme demeure, et le souvenir vit, dans le cœur des gens qui nous ont aimés. On meurt quand on s'atrophie soi-même, quand on se mutile : il y a mille façons de se tuer au quotidien. De s'amputer de ses émotions, d'anesthésier des pans entiers de son affect. J'ai fait ça, moi. Mais je ne l'ai pas fait pour le confort des autres, je l'ai fait parce que le reflet déformé de la société et de ses peurs, est devenue ma peur. Mais je comprends maintenant, que dans mon malheur, dans mes névroses, je suis demeurée bien plus libre et plus humaine qu'un homme abject tel que toi. Je n'ai pas peur de toi, Tom : je suis mille fois plus vivante que, dans ton délire solipsiste, tu n'oseras jamais l'être.

Le visage de Riddle, de menaçant, s'était fait réellement sinistre.

-Quelle fière et fidèle tisserande : tes parents auraient dû t'appeler Pénélope, cela t'aurais mieux rendu justice. Débite autant que tu voudras : ce n'est pas l'heure, ni l'endroit pour un interrogatoire poussé comme tu sais que Bella les aime…Et le moment est venu pour nous de nous éclipser, frondeuse antique : alors, dois-je employer la force, ou vas-tu me suivre docilement ?

Cette fois, l'argument de la peur ne va pas l'emporter : tout le monde va l'apprendre à ses dépends aujourd'hui, cette vérité simple et universelle de l'univers. Une vérité dont tout le monde peut vérifier l'existence à l'aube, aux premiers battements de paupières de l'aurore.

On sait comment la journée commence : on ne sait jamais comment elle va se finir.

Et voici la première chose que Tom n'avait pas vu venir, en commençant cette journée : une sensation désagréable, qui lui arrache un froncement de sourcils, et le cheville au corps : littéralement.

Pattenrond, que personne n'avait entendu arriver, venait de planter ses griffes et ses crocs dans le pantalon de celui qui menaçait d'emporter sa maîtresse et reine de la croquette, loin de lui. Tom surprit un son cœur à manquer un battement : il avait été bêtement pris au dépourvu, l'existence du chat (dont il avait soigneusement noté l'existence dans un calepin au préalable), lui était sorti de l'esprit, dans l'excitation de tenir enfin le journal du Nurmengard à portée de main.

Eh oui : Pattenrond…Pattenrond ? Une minute, dans la confusion générale, nous l'avons tous oublié : pourquoi n'est-il pas venu se lover entre les jambes d'Hermione quand celle-ci avait ouvert la porte de l'appartement ? Normalement, c'est sa coutume : manifester sa joie à grand renfort de ronronnement satisfait, conscient qu'il en serait quitte pour une bonne gratouille sur le ventre.

Il semble peu probable qu'il se soit tapit, silencieux sous le canapé, en attendant que Riddle entame un mouvement trop menaçant pour qu'il le supporte, et se décide à surgir à la rescousse de la brune. Donc, il était ailleurs : caché pendant tout ce temps. Mais où ? Dans la salle de bain ? Peu probable, tout le monde connaît l'aversion des chats pour l'eau. Alors, alors, dans la chambre ? Oui, à paresser les pattes à l'air sur un coussin, en remuant sa queue touffue pour battre la mesure sur un air de jazz qu'écoute le voisin – ça ressemble tout à fait à son caractère. De la chambre au salon, c'est facile, comme voyage. Sauf quand la porte est fermée.

Et pendant que le brun, d'un mouvement exaspéré, et se penche pour saisir le matou par le col, afin de l'envoyer balader dans une autre pièce, posons la seule question qui mérite une réponse ce soir.

Oui, la véritable question, vers laquelle nous mène cet enchaînement logique.

Cette question, c'est : mais qui diable a bien pu ouvrir la porte ?

-TAÏAUT !

BANG ! SCHLANG ! SPLITTER !

-Bottez-lui le cul !

-Pas tous en même temps, s'il-vous-plaît…

-Faites un peu attention : c'est moi qui ait offert ce bibelot à Hermione, c'est un souvenir que j'ai rapporté du Portugal.

-C'est pas le moment de discuter art et déco Weasley.

-Seamus, tu y as été un peu fort : est-ce qu'il est mort ?

-Ce serait trop beau : malheureusement, il faut se rendre à l'évidence – il n'est qu'assommé.

-On fait dans la dentelle, le balafré?

-Pas envie d'enquêter sur un meurtre auquel j'aurais participé, Malfoy.

-La sagacité te caractérise, Saint Potter.

-Je…je…

Dire qu'Hermione était sous le choc est un euphémisme. La cohue, le bruit mat qu'avait fait le corps de Riddle en s'effondrant lâchement sur son tapis persan, son chat qui miaulait à ses pieds…Qu'est-ce qu'il venait de se passer, au juste ?

Son salon était une scène de tragédie grecque il y a quelques secondes à peine : maintenant, c'est un opéra-bouffe, ou une comédie française, au choix. Dans leur ordre d'apparition : Seamus, Blaise, Ginny, Théodore, Anthony, Harry, et Draco, se bousculaient un peu dans un tohu-bohu d'invectives à l'égard du malfaisant Tom Riddle, qui l'effrayait tant il y a un moment, et qui avait l'air assez pitoyable écroulé au sol, avec ces multiples bosses qui enflaient sur son front…

-Je…

Les mots ne passaient pas la barrière des lèvres d'Hermione : sa gorge était nouée. Elle venait de faire montre d'un grand, grand courage, et de beaucoup de cran. Gérer un assassin multirécidiviste psychopathe, échafauder un plan pour fuir au cours de sa capture…Son cerveau avait chauffé, son corps exhalé beaucoup de sueur. Maintenant que sept paires de bras se précipitaient sur elle pour la soutenir alors que ses jambes défaillaient, elle pouvait enfin laisser couler quelques larmes de soulagement, et apprécier la chaleur des corps de ses amis qui entouraient le sien, et l'empêchaient de tomber.

Enfin : elle ne se sentait plus seule.


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-Z'allez voir, ma p'tite dame: cette année on a mis le paquet sur les images! Et je ne vous parle pas que d'la qualité : le contenu aussi, le con-te-nu. Tout a été soumis au verdict d'un jury des plus stricts. Et ce contrôle qualité passé m'dame, eh ben, je vous prie de croire qu'on se retrouve avec un calendrier vraiment ré-vo-lu-tio-nai-re !

-Ha ha…

Mais non, mais non : Lily Potter ne gloussait pas. Elle en était aux premiers mois de sa grossesse, et ses hormones lui dictaient son humeur : pour un oui, ou pour un non, elle riait, elle pleurait, elle hurlait. Et pour une fois, elle découvrait à James une qualité dont elle n'avait jusqu'alors ja-mais soupçonné l'existence chez cet homme : la patience.

Oui, aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, James avait appris la patience. La pondération : le calme dans les moments de tempête.

Comme cette fois où Lily s'était effondrée devant la devanture d'une pâtisserie, parce qu'il ne restait qu'un seul éclair au chocolat en vitrine et que, ce bout de pâte à chou devait se sentir « horriblement seul » privé de sa famille, de ses congénères…

Et puis aussi, il y avait eut cette agression dans un magasin de jouet, contre un autre futur père de famille, qui avait reposé sur son étal, une peluche, avec une brusquerie que Lily avait qualifiée de « barbarie sans nom ». James avait échangé une œillade de compassion avec le pauvre homme, qui avait détalé aussi vite que ses jambes lui avait permis.

On pourrait multiplier les exemples. Mais pour deux mois et demi de grossesse, c'est déjà pas mal : les Maraudeurs eux-mêmes, sont étonnés de ce revirement d'attitude chez James. Il semblerait que l'âge de la maturité soit enfin venu, pour le dernier rejeton de la lignée des Potter.

Enfin, ça, c'était jusqu'à ce que ce séduisant pompier vienne toquer à la porte de leur chaumière, pour tenter de refourguer sa camelote à Lily, en la faisant glousser comme pas possible.

Là, dans le salon où il épiait la conversation, une veine commençait à palpiter doucement, mais sûrement, sur son front.

Les Potter, le pompier. Les hormones, partie I.

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Samedi 6 mars, à l'heure du thé
Domaine Greengrass

Il est bon de flâner au milieu des effluves vertes qui font vibrer l'air de ce presque printemps ! Greengrass, l'herbe verte, oui…C'est beau, le parc du domaine Greengrass : les bosquets et arbres fruitiers sont arrangés avec un art proprement anglais, de ces courbes qui épousent les formes de la nature, sans jamais chercher à forcer son ordonnancement. Les fleurs n'ont pas tout à fait ouvertes : il n'y a pas encore dans ce jardin, l'embaumement des douces senteurs de tous ces bouquets mêlés, caractéristique du printemps. Si l'arôme manque, le soleil lui, est bien là : et quel bonheur, pour les Marquis, qui organisent justement une garden-party, histoire de préparer l'ouverture de la saison des mondanités en extérieur.

Oui, c'est un bel après-midi : une harpiste est postée sur la terrasse, entre quatre colonnes qui soutiennent l'immense fronton à l'arrière de la maison, et ses doigts délient avec souplesse les accords d'une mélodie bretonne. Ces notes rondes accompagnent sans écraser le chuintement de la conversation des invités, et le clapotis des fontaines. Etalés sur des tables dressées sous l'œil vigilant de Cassiopée, ce beau monde commente la vigueur des carrés de pelouse, et la grâce des saules dont les branches effleurent délicatement la surface de l'eau de l'étang. Il y a de tout, dans cette assemblée : du jeune homme candide, de la mégère qui attend avec impatience l'occasion de se faire un petit ragot…De l'oncle moralisateur, du petit vieux à l'œil perçant – on aperçoit aussi quelques harpies, ça et là.

Mais dans l'ensemble, l'ambiance est bon enfant, le ton léger : les discussions sont sans prétention, et chacun s'occupe de profiter de la fraîcheur apportée par l'ombre des arbres, et les coupelles de gelatti artisanales à leur disposition. Une belle bulle, qui ne saurait tarder à éclater.

Théodore est là, lui aussi : les yeux un peu bouffis par le manque de sommeil, la voix caverneuse : il a vécu la veille, une bien belle aventure, sur laquelle il aurait aimé méditer à loisir. Mais Daphné est sa fiancée, et leurs deux familles ont insistées depuis le début des négociations qui doivent mener les héritiers au mariage, pour que chaque évènement organisé par l'un, mêle étroitement l'autre.

Fidèle à sa parole : Théodore l'est toujours, il s'est donc levé tôt, après une courte nuit, et a courageusement affronté sa journée, attendant avec impatience de pouvoir retrouver un peu de solitude afin de méditer…tout ça.

Et puis, lui, il trouve que ce contexte mondain est barbifiant au possible : il aurait préféré parler de droit, sa grande passion, avec quelque professionnel aussi fiévreux que lui sur le dernier arrêt rendu au nom de Sa Majesté. Sa pensée vagabondait parfois vers le cabinet où il travaillait, se souvenant que d'après l'emploi du temps – qu'il connaissait par cœur -, son équipe devait être en train de négocier un accord très important dans un hôtel, non loin de là…

Il prit une cuillère de glace aux amandes, pour se consoler, et jeta un regard en coin à Daphné, à sa gauche, qui racontait à une de ses amies une anecdote quelconque, et qu'il avait entendu mille fois.

Daphné était une très belle femme : des cheveux bruns épais, une physionomie avenante, et un corps tout en rondeurs charmantes, douces. Quand il y avait du soleil, quelques tâches de rousseurs naissaient sur sa frimousse : ça la rendait tendre, et puis, son sourire était gentil.

Mais il ne pouvait s'empêcher de noter la lueur intéressée dans ce regard vert, parfois : quand ses parents faisaient le compte de quelque chose. Quand elle parlait des alliances qu'elle voulait pour leur mariage. Daphné n'était absolument pas cupide, pas envieuse : ces défauts, sont à ses yeux, les attributs de sa belle-sœur. Mais elle avait un côté enfant gâté, qui n'avait pas été suffisamment imprégné de la morale de la comtesse de Ségur. Il se demandait, sur le long-terme, comment leurs deux caractères allaient s'accommoder de ce mariage arrangé : Daphné n'était pas sans bonté, et il se disait parfois qu'avec du respect et de la prévenance, ils éviteraient la catastrophe.

Ou se mentait-il à lui-même ? De guerre lasse, il laissa retomber sa cuillère, évitant de jeter un œil du côté d'Astoria, dont la présence lui pesait, eût égard à l'invité spécial de Symetrius, à qui elle jetait sans cesse des regards en biais.

Ça ne le regardait pas, ce que Lucius Malfoy faisait de son couple. En revanche, il était tout à fait satisfait de son mensonge : en effet, Lucius n'avait pas manqué en le saluant, de s'enquérir d'un ton badin de ses relations avec son rejeton. Bien sûr, Nott n'aurait jamais trahit son ami : il avait répondu avec une égale indifférence que Draco avait manqué leur dernier rendez-vous, mais qu'il ne s'en inquiétait pas outre mesure : sa réputation de bourreau de travail le précédait !

L'œil perçant de Lucius l'avait scanné une seconde, mais il avait dû s'avouer vaincu : trop de monde, trop risqué, et trop de scandales d'un coup. Lucius faisait beaucoup jaser, ces temps-ci : il y avait une dizaine de jours qu'il paraissait aux évènements publics sans Narcissa. Il avait lancé l'alerte : elle aurait mystérieusement « disparu » sur le trajet de Bath, où elle devait couler une heureuse cure auprès des amicaux Carrow…La rumeur commençait à enfler, et il faudrait bientôt plus que quelques phrases bien formulées du Lord Malfoy pour détourner la suspicion générale de ce qu'il en était réellement…

Sauf que la vie est faite de ces petits miracles, qui viennent avec le soleil : regardez ! N'est-ce pas elle en personne, la pétillante Narcissa, qui se fraye un chemin entre les tables, saluant comme une impératrice, d'un mouvement souverain de la main, la foule des curieux qui se lève pour aller à sa rencontre ?

Tiens, les rombières à cancan remontent leurs corsets, flairant la bonne histoire : celle qui les fera jaser pour un mois à venir.

La première qui arriva à sa hauteur, fut un visage amical, qu'elle appréciait sincèrement : la jeune et simple baronne, Amalasuntha Bulstrode, chez qui elle s'amusait follement naguère, à danser le quadrille.

-Narcissa, tu te joints à nous : quelle joie ! Viens t'asseoir : il y a une belle place de ce côté, sous les tonnelles !

Elle n'eut pas le temps de répondre, déjà un autre visage l'interpellait à sa gauche : l'acariâtre Desdémona Bulstrode.

-Mais…Narcissa, grand Dieu… Lucius te cherche partout ! Il a fait trembler tout Scotland Yard, le cabinet du Premier Ministre… Il a fait appel à toutes ses relations pour te retrouver ! Tu es portée disparue : il y a même un avis de recherche, avec une récompense pour quiconque pourrait donner des informations à ton sujet...Où diable étais-tu donc ?

-Ah, il y a même une mise à prix sur ma tête? Fit la matrone, avec une élégante indifférence. Eh bien, j'espère qu'ils n'ont pas eut la main leste sur l'argent : je vaux bien mon pédigrée après tout, n'est-ce-pas ?

Et son interlocutrice d'agiter les lèvres sans qu'aucun son ne puisse en franchir la barrière.

Et toc ! Ne put s'empêcher de monologuer Lady Malfoy en son fort intérieur. Malfoy, justement : c'était cela qu'elle était venue chercher. Pour un mari aux abois, anxieux, désorienté, au désespoir de ne pas savoir où était sa femme, elle le trouvait plutôt souriant et à l'aise au milieu d'un cercle de Greengrass, de Nott et de Selwyn.

Souriant gentiment à Amalasuntha, elle prit la direction de la table d'honneur, les yeux rivés sur son objectif. Elle s'avança d'un pas absolument conquérant, sûre de sa robe couleur Champagne qui moulait ce buste de Venus, du bon goût de ses escarpins hauts de couleur chaire, qui l'élançaient comme la victoire de Samotrace, et de l'époustouflant carré de soie immaculée qu'elle avait nouée en lavallière sur sa nuque d'ivoire, et fixée au moyen d'un immense diamant qui avait appartenu à Irma Crabbe, son aïeule.

Elle se mouvait dans l'herbe avec grâce, comme si de rien n'était, et en un rien de temps fut plantée debout auprès de son mari. Ce dernier ne put retenir un sursaut, et le café-irlandais qu'il tenait en main alla pour partie, se renverser sur sa chemise, lui brûlant un peu le torse.

-Narcissa ! Tu…

Mais elle ne l'avait même pas regardé : c'est à peine si elle voulait jeter un regard dédaigneux sur cet homme, qui la décevait de toutes les façons possibles. A la place, elle fit une révérence ironique à la jeune Astoria, à qui elle tendit la main. La jeune femme, surprise, saisit cette paume tendue qui la tirait gentiment vers le haut, pour qu'enfin elles furent, ces deux blondes, à la même hauteur l'une de l'autre.

Cette bienséance accomplie, Narcissa ne se retint pas : elle asséna une magistrale, impérieuse, franche et nette, gifle, à l'effrontée qui avait cru pouvoir faire découcher son mari impunément.

Le mouvement était plus leste que violent : la matrone n'y avait mis aucune force, pensant que tout devait résider dans l'effet. Et de fait, l'effet était réussit : le bruit avait résonné dans tout le jardin, et les invités semblèrent endosser pour quelques instants, le rôle de figurant dans un film à bas budget. La musique se tut, les jeunes gens suspendirent leurs conversations au beau milieu d'une blague. Même les fontaines semblaient se demander s'il était encore approprié de glouglouter, tant la scène qui captivait les spectateurs était impressionnante.

Enfin, la reine Narcissa daigna prendre la parole :

-Symetrius : je vous serais gréée de tenir votre petite fille adorée en laisse, de peur qu'elle n'aille courir après tous les hommes mariés du continent. Lucius, mon cher…Tu recevras sous peu l'ordonnance du tribunal, te sommant de signer les formalités afférentes à notre différend : tâche de ne pas traîner, dans ton intérêt propre. Et pour ta gouverne, sache que l'Ordre du Phénix m'a placée sous protection policière spéciale : cette fois-ci, si tu tentes de me forcer à quelque mouvement que ce soit, tu auras directement affaire aux Aurors. Milady Nott, ma chère : ce nouveau chapeau est tout à fait exquis : mes compliments. Et mes hommages pour cette heureuse union à venir, dans la foulée : je ne puis m'attarder, il y a un grand nombre de choses que je dois faire pour finaliser mon divorce…Ci vediamo !

Narcissa venait d'asséner la plus belle claque de sa carrière. Astoria en était tombée sur les fesses, tandis que Lucius agonisait K.O., le teint pâle, les jointures de ses doigts blanches de tant serrer leur soucoupe. La marquise de Greengrass s'était évanouie, et Lady Nott tentait de déterminer si la réplique de Narcissa était sincère, ou s'il y avait un sens caché pour elle aussi. Symetrius était figé, ne sachant quoi répondre, la bouche successivement ouverte-fermée-ouverte. Et Théodore, le pauvre Théo, sous le regard courroucé de sa future femme, s'étranglait de rire derrière une serviette en soie.

Sentant qu'une intervention extérieure était nécessaire, il se leva en tâchant de se recomposer une figure sérieuse, et s'inclina légèrement :

-Puis-je vous escorter jusqu'à votre voiture, Lady Black ? Suggéra-t-il d'un ton gentleman en lui présentant son bras comme un gendre idéal.

Elle lui offrit une moue de ravissement un peu pimbêche, un peu séductrice, qui fit monter le rose même aux joues de cet éphèbe de vingt-ans. Cissy en rit allègrement : elle se sentait jeune de nouveau, tout à coup. Pas dans son corps, mais dans sa tête : et c'était mieux. Elle était libre, libre d'être elle-même, effrontée, audacieuse, et raffinée.

Sous les regards médusés des invités, et tournant résolument le dos au regard scandalisé de Daphné et aux cris d'indignation de Symetrius (qui semblait enfin prêt à en découdre, en arrachant au père Malfoy jusqu'à son dernier cheveux blond-blanc), elle regagna le parvis de la maison, s'appuya avec légèreté sur le bras de Théo.

Il avait bien deviné : Dimitri en personne, attendant de pied ferme la domina, et sur un regard de sa part fit démarrer le moteur de la berline. Galant jusqu'au bout, le jeune homme ouvrit et tint successivement la portière, saluant d'un baisemain respectueux celle qui venait de l'éblouir, non sans lui rappeler Draco.

Narcissa, avant de partir, pénétrant sans doute son esprit, observa Nott avec un sourire maternant.

-Merci, Théodore : votre aide est toujours appréciable, et arrive à point nommée. Je sais dire en vous regardant, ce que Draco trouve en vous : un ami sur lequel s'appuyer en temps de crise. Si je puis me permettre : vous êtes jeunes. Vous êtes aussi plus fort que ce que vous ne pensez : n'ayez pas peur de briser la digue. Nous nous reverrons bientôt.

Et de lui intimer d'un geste du menton, qu'il était temps de la laisser aller. Il referma la portière, et regarda la voiture emportant la Duchesse s'éloigner, avec dans le cœur, un sentiment de dissociation étrange.

Peut-être, après tout, avait-elle raison

Peut-être le temps était-il venu de mettre un terme à toute dissonance cognitive supplémentaire.

Il retourna au manoir d'un pas décidé, défaisant son nœud de cravate d'une main, tandis que l'autre faisait sauter les deux premiers boutons de sa chemise.

Il espérait de tout cœur pour elle que la marquise Greengrass était encore évanouie.

oOo


James regarda sa montre. Ça faisait presque une demi-heure maintenant, qu'ils discutaient sur le perron de sa maison. Et l'insolence du pompier, qui lui semblait de plus en plus entreprenant…

-Pouvez touchez le biceps', m'dame : c'est du vrai de vrai, certifié effort et sueur en salle de sport !

le rapprochaient inexorablement de la disjonction de ses nerfs.

-Ha ha, enfin vraiment, écoutez : je vous aurais acheté ce calendrier avec grand plaisir, mais nous avons déjà acheté celui du facteur, i peine une semaine.

-Quoi, celui de la poste ? Mais les postiers ont des images de chien : comment pouvez-vous préférer les chiens, à nos mignons petits chatons ?

Et James de ricaner intérieurement pensant à la réplique qu'aurait fait Patmol.

-Vraiment navrée, à quelques jours d'intervalle, c'est si bête…

-Et…vous me le montreriez, ce calendrier ? Non mais, pas que je remette votre parole en doute, c'est juste que je voudrais vérifier, qu'on soit au clair.

-Certainement, il est dans la cuisine : je reviens dans un instant !

Là, c'est la goutte d'eau qui fit déborder le vase pour James. Il se leva d'un bond du canapé, traversa le salon et le corridor en furie, et tomba nez à nez avec Lily qui succombait aux sornettes révoltantes de cet allumeur de feu depuis trop longtemps.

-Qu'elle aille chercher le calendrier…Et pourquoi, c'est donc une menteuse, cette femme là ?

-Je…

Mais le pompier n'avait pas eu le temps de finir sa phrase, qu'il se faisait déjà attaquer par le jet d'un pistolet à eau, que James déchargeait furieusement sur lui.

Il le poursuivit ainsi à travers la terrasse, la moitié de la rue, et puis laissa détaler à son aise l'homme, qui dans sa fuite, laissait tomber des images de chaton un peu partout.

Inutile de préciser que, témoin de la scène, Lily n'avait pu s'empêcher d'hurler de rire.

Les hormones, les hormones…

Les Potter, le pompier. Les hormones, partie II.

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