Hey,

Comment ça va? Vos vacances se passent bien?

Le retour de vacances! Après 5 bouquins dévorés pendant mon repos, un autre écouté via audible (je ne connaissais pas et vient de le découvrir) et beaucoup de dodos, me revoici donc pour continuer cette fic.

Le chapitre suivant a été coupé en 2 parties, car trop long sinon. Je vous met la suite fin de semaine et je reprend le rythme d'une publication par semaine.

Comme d'habitude, les reviews sont les bienvenues ;)

{Enjoy}


oOo

Le retour à la voiture était silencieux. Aucun des quatre adolescents ne souhaitait parler, trop triste pour le faire sans avoir une voix brisée. Le chauffeur de Chloé les accueilli avec un sourire navré. Il leur ouvrit la portière, leur permettant d'entrée dans l'habitacle de la limousine. Le bruit de la portière claquant derrière eux fut assourdissant.

Seuls les sanglots étouffés de Mari' étaient audibles. Pourtant, elle essayait vraiment de s'arrêter ou de les camoufler. Elle était au courant de cette rupture. Depuis plusieurs mois ! Elle devait y être préparée. Mais non. C'était pire que tout ce à quoi elle s'attendait.

Nino l'épaulait silencieusement, caressant son bras dans un geste rassurant et protecteur. Chloé regardait par-delà la vitre, luttant pour que ses larmes ne se voient pas. Alya n'en menait pas large non plus. Ça faisait à peine quelques minutes qu'elle était séparée de son meilleur ami… et elle avait déjà un vide en elle. Et elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il serait dans un aussi piteux état qu'eux. Et ça l'inquiétait.

La limousine arriva au niveau de la boulangerie des parents de Marinette. D'un regard, Nino assura à Alya qu'il s'occupait de Mari'. Elle comprenait. Vraiment. Mais, en même temps, Alya se sentait un peu jalouse. Marinette était sa meilleure amie. Et malgré ça, c'était la présence de Nino qui l'apaisait le plus. Alors oui. Elle était jalouse. Et elle se sentait un peu délaissée aussi. Elle aurait aimée être auprès de son petit-ami pour cette journée. Elle aussi en avait besoin. Mais moins que Marinette. Et elle avait Chloé. Même si leurs chemins s'étaient un peu séparés, les deux jeunes femmes étaient d'excellentes amies auparavant. Un petit retour aux sources ne lui ferait pas de mal.

Nino prit la main de Marinette en sortant de la voiture, la conduisant vers la porte d'entrée de l'appartement, sans avoir à passer par la boulangerie. En arrivant dans le couloir, il remarqua le coup d'œil de Sabine dans leur direction. Elle était inquiète. Et à juste titre. Mari' s'effondra en arrivant dans sa chambre. Nino l'attira immédiatement dans ses bras, l'engloutissant dans un câlin surprotecteur.

« Ça fait mal. Pleura-t-elle chaudement. Ça fait si mal. »

Comment ne pas avoir le cœur brisé en entendant une telle détresse ? Nino Lahiffe, bientôt dix-huit ans, se retrouvait près de neuf ans en arrière… Quand ils durent se réconforter de la perte de leur proche. Pendant plusieurs minutes – heures ? – Nino se contenta de caresser son dos, de lui murmurer des paroles qu'il voulait réconfortante. Il lui assurait que tout irait bien, qu'elle s'en remettrait, qu'elle était forte. Il lui promettait qu'Adrien irait bien aussi. Qu'ils s'en sortiraient et que, au final, leur amitié deviendrait indestructible. Qu'ils en ressortiraient grandis. Que ce n'était qu'un mauvais moment à passer mais qu'il serait à ses côtés aussi longtemps qu'elle en aurait besoin.

Elle lui faisait confiance. Aveuglément.

Alors, quand il lui murmura qu'elle devait tout laisser sortir, qu'il pourrait tout encaisser pour elle, elle se lâcha.

Elle croyait avoir été brisée. C'était ses propres mots : « Je croyais savoir ce que ça fait d'être brisée. » Avait-elle sanglotée contre son épaule trempée. Elle croyait que Wang l'avait brisée quand elle était en Chine. Mais elle se trompait. Quand Wang l'avait fait souffrir, il l'avait blessée. Profondément. Dans sa confiance en soi, dans son estime de soi. Mais c'était tout au final. Elle n'avait qu'été blessée dans cette épreuve. Et, avec le recul, elle le comprenait.

Parce que là, maintenant, elle se sentait brisée.

En mille morceaux.

Elle était en colère.

En colère contre Gabriel Agreste, pour avoir fourré son nez dans l'orientation scolaire de son fils qui voulait faire ses démarches seuls, qui voulait s'affranchir de son père et prendre le contrôle de sa vie. Force était de constater que cette partie était plutôt compromise maintenant.

En colère contre Adrien. Pour avoir joué le parfait petit toutou une fois de plus. Pour avoir cédé. Pour l'avoir laissé. Mais quelle hypocrite elle était !

Parce que, au-delà d'être en colère contre Gabriel ou Adrien, elle était en colère contre elle. Pour l'avoir poussé à partir si facilement. Pour ne pas avoir su lui dire qu'elle voulait qu'il reste. Qu'ils trouveraient une solution pour rester ensemble. Ou pour avoir le courage d'abandonner ESMOD pour aller auprès de lui. Elle aurait trouvé une école là-bas. Même si elle était moins renommée, au moins ils auraient été ensemble. Mais non. Elle n'avait rien fait. Elle ne s'était pas battue pour lui. Pour eux.

Et ça la brisait.


oOo

Marinette devint l'ombre d'elle-même après ça. Elle avait perdu cette étincelle pétillante dans son regard. Même si elle affichait un sourire – faux – sur son visage la plupart du temps, même si elle semblait aller bien de l'extérieur, ceux qui la connaissait avant savaient qu'elle n'était plus la même. Et il en était de même pour Adrien.

Les premiers appels entre eux furent désastreux. Ils s'affichaient courageux l'un devant l'autre mais Alya et Nino récupéraient leur meilleur ami respectif à la petite cuillère. La douleur était là, telle une vague déchainée s'écrasant sauvagement contre un mur de rocher aiguisé. Mais, au même titre que la mer érode les plus résistants des rochers, la douleur s'atténua. Légèrement. L'étincelle qui revenait dans leurs yeux durant les appels en visio durait un peu plus longtemps une fois l'appel finit. Mais jamais bien longtemps. L'été passa pour laisser place à la rentrée. Chacun dans son école. Chacun ses occupations. Mais, au final, toujours ensemble. Adrien appelait ses amis tous les jours. Chacun leur tour. Il passait plus de temps avec Alya au début. Puis, au fur et à mesure, il put parler plus longtemps avec Mari' sans craquer et se mettre à pleurer. C'est ainsi que se déroula le premier semestre pour eux. Mais l'équilibre était fragile.

Très fragile.


oOo

Noël approcha à grande vitesse. Et, avec lui, les premiers froids, les premiers chocolats chauds, les premières sorties patinoires et surtout… les premières décorations de Noël.

C'était la période préférée de Marinette. C'était une période féérique, qui l'enchantait plus que tout autre moment dans l'année. Il y avait ce petit bout de magie qui dansait dans l'atmosphère, rendant le cœur plus chaleureux et plus serein. Alors, cette année, elle embrassa pleinement cette félicité. Elle se jeta corps et âme dans la préparation des décorations qui orneraient la boulangerie. Elle testa quinze milles nouvelles recettes avec son père et sa mère. Elle les aida beaucoup plus longtemps que d'ordinaire pour les décharger de cette vague qui déferlait sur le commerce à ce moment-là.

Nino sirotait un chocolat, le regard rivé sur Marinette alors qu'elle virevoltait derrière le comptoir pour servir les différents clients. Il n'était pas dupe. Elle allait mieux, certes. Mais elle s'était trop retranchée dans le travail pour que ce soit naturel. Oui, elle aimait aider les autres, surtout ses proches. Oui, elle était quelqu'un de très, très arrangeant et de très altruiste. C'était dans sa nature. Mais cette année, elle avait été un peu plus égoïste. Parce que ce n'était pas pour les autres qu'elle s'était jeté corps et âme dans toutes les aides possibles et inimaginables. Oh non. C'était pour elle. Il en mettrait sa main à couper. Même si elle le niait. Pour se protéger. Parce que Noel était aussi le moment préféré d'Adrien et, durant les deux ans de leur relation, ils s'en étaient fait un moment bien à eux. Et, bien qu'elle insistait en disant que tout allait bien, qu'Adrien lui manquait horriblement mais qu'elle allait bien… Il savait qu'un rien pourrait la faire craquer une fois de plus.

Et sa théorie n'allait pas tarder à se vérifier.

Parce qu'aujourd'hui, Adrien revenait. En fait, il était sans doute déjà sur Paris mais il ne devrait pas tarder à arriver à la boulangerie. Ce serait leur première retrouvaille. Et Nino voulait être là pour l'empêcher de sombrer.

Étonnamment, ce ne fut pas à l'arrivée du blondinet dans la boulangerie. Au contraire. Dès qu'il franchit la porte, leurs deux regards se connectèrent instantanément et un immense sourire traversa leur visage.

« Adrien ! »

Marinette laissa tomber ce qu'elle faisait dans la seconde où la porte se ferma derrière lui et sauta dans ses bras grands ouverts. Il rit et la serra, inspirant profondément son odeur. Quand ils se séparèrent, c'était pour garder leur sourire idiot sur les lèvres. Alya grogna quelque chose comme « Même moi je n'ai pas eu un tel accueil » qui fit rire Nino. Le quatuor enfin réuni, les fêtes de Noël allaient enfin retrouver un peu de normalité.

Alors non, ce n'était pas aux retrouvailles que les choses s'effondrèrent.

Mais plutôt à la dernière soirée à laquelle Adrien était présent.

C'était une soirée organisée au Grand Palais. Gracieuseté de Chloé. Même si la blonde ne faisait pas partie intégrante de la bande, le départ d'Adrien avait eu le mérite de ramollir son cœur glacial. La relation courtoise qu'ils avaient développée avec elle au cours du lycée s'était réchauffée. Alya l'avait intégrée prudemment dans leurs sorties à trois et, finalement, Chloé était devenue une amie. En quelque sorte.

Ce soir-là, Nino avait baissé sa garde. Alya aussi. Parce que oui, la rousse était aussi en mission surveillance sur ces deux-là. Mais ce soir-là, après une semaine sans trop de crise de larmes ou de moment ultra gênant, Alya et Nino s'étaient dit que les choses allaient bien entre Marinette et Adrien. Qu'ils avaient retrouvé un semblant d'amitié fragile mais qu'ils allaient bien.

Sauf que non.

Les verres s'étaient un peu enchainés dans la soirée. L'ambiance s'échauffait. Les jeux d'alcool s'enchainaient et les gênes se dissipaient. Les secrets se dévoilaient, les sentiments prenaient de l'ampleur. Perdus dans leur monde, ni Alya ni Nino ne prêta attention aux rapprochements d'Adrien et de Marinette. Rapidement pourtant, ils devinrent inséparables dans la soirée, retrouvant cette complicité qui les caractérisait tant durant leur relation. La barrière de l'amitié fut franchie presqu'aussi rapidement et, bientôt, les mains reprenaient les places qui leurs étaient habituelles quand ils étaient en couple. Leurs mains… mais également leur comportement. Malgré le monde, personne ne vit les regards échangés, les désirs inassouvis qui remontaient à la surface. Personne ne les vit sortir de la soirée pour aller la finir ailleurs tous les deux.


oOo

Personne ne sut réellement ce qui s'était passé même si tous se doutaient des évènements. Mais ni Marinette ni Adrien n'en parla. Tout ce qu'ils purent découvrir, c'était qu'ils avaient eu une longue conversation qui les avait anéanti et qu'ils étaient venus à la conclusion qu'ils devaient prendre leurs distances.

Distance au-delà du physique.

Ainsi, entre deux crises de larmes intenses qui brisèrent le cœur d'Alya et Nino, Mari' leur expliqua qu'elle et Adrien allaient arrêter de se parler pour un moment, qu'ils avaient besoin de temps. C'était frustrant. Et dévastateur. Les deux meilleurs amis se retrouvaient entre les deux feux, incapables de décider ce qui était le mieux : les laisser s'éloigner au détriment de leur cœur, leur santé. Ou monter des coups pour qu'ils renouent, pour qu'ils trouvent une solution qui ne les laisserait pas à moitié détruit.

Parce que c'était ça le problème.

Les jours suivants leur décision, Alya vit Adrien redevenir l'ombre de lui-même. Au même rythme que Marinette. Aucun des deux ne semblait se nourrir suffisamment ou dormir correctement. Les cernes devinrent très rapidement une constante sur eux et, en parlant avec eux, Alya et Nino comprirent qu'ils allaient finir par se tuer à la tâche, trouvant chacun plus d'occupations qu'ils n'étaient capables d'en accepter.

Ils se dégradaient.

Et ils étaient impuissants face à cette descente aux enfers.

Alors, ils faisaient ce qu'ils savaient faire le mieux : ils les écoutaient, les soutenaient. Pour Marinette, ce fut plus simple. Elle avait Alya et Nino. Adrien, lui, était seul à l'autre bout du monde. Et l'idée brisait un peu plus le cœur de Mari' qui, malgré sa propre blessure, ne cessait de penser à lui. Parce qu'au-delà de sa souffrance, au-delà de la perte de son petit-ami, elle avait également perdu son meilleur ami. Et ce deuil-là était le plus compliqué. Mais, grâce à Nino et son soutien indéfectible, elle reprit des forces. Petit à petit, elle se réintégra dans les conversations de groupe. Pas d'appel. Juste des messages. Des discussions de groupe, elle réussit à passer à une discussion privée avec Adrien. De simples banalités, les jeux de mots et anecdotes inutiles prirent de plus en plus de place. Mai arriva et ils réussirent à s'appeler en visioconférence pour la première fois depuis leur dernière rencontre. C'était maladroit mais c'était révélateur : ils ne pouvaient pas se couper indéfiniment de leur vie. Ils avaient besoin l'un de l'autre. Alors ils y allaient petit à petit, prenant plus de temps que leur première séparation. Ils redéfinissaient leurs limites, s'ouvraient beaucoup plus et n'hésitaient à pas se mettre des stop quand les choses devenaient trop lourdes à supporter. Parfois, ils reprenaient un peu de distance. Quelques jours seulement. Histoire de se calmer et ne pas sombrer de nouveau. Ils trouvèrent un équilibre.

Instable encore. Fragile. Mais un équilibre.

Quand Adrien put revenir en France, c'était déjà l'été. Malheureusement, ou heureusement pour leur équilibre précaire dans leur relation, Marinette avait quitté la France pour un stage à Milan dans l'entreprise de M. Longechamp suite à un concourt qu'elle avait remporté dans son école.

« Je suis vraiment désolée de ne pas être là Adrien. S'excusa-t-elle une énième fois au téléphone.

- Ne t'en fait pas Mari'. Je suis fier de toi. Cette opportunité est géniale pour toi. On aura d'autres occasions pour se voir. »

Le regard qu'elle lui lança le déstabilisa. Il l'a connaissait par cœur et voyait clairement la dualité de ses émotions dans ses prunelles bleues. Elle était heureuse d'y être, c'était clair. Mais également déçue de le louper. Au fond de lui, il l'était aussi. Il aurait aimé la revoir. Mais il redoutait également ce moment, ne voulant pas que les choses dérapent comme la dernière fois. Il n'aurait pas supporté de la perdre une autre fois. Son cœur n'aurait pas survécu. Alors il était déçu… mais en même temps soulagé de ne pas l'avoir à ses côtés. Il ne savait pas s'il aurait résisté à la tentation.

Et il en avait honte.

« Embrasse Alya et Nino pour moi.

- Promis.

- Marinette. Hurla une voix au loin.

- Désolée, je dois y aller. Grimaça Mari'. Profite de tes vacances. Vous me manquez. Je vous aime. »

Aime. Ce mot résonnait encore dans son cœur. Et, même si la douleur était encore là, sous-jacente, Adrien était heureux de l'entendre de sa voix. Comme toujours, ces quelques mots réchauffaient son âme. Même s'ils n'avaient plus le même sens.

« Appelle nous dès que tu peux.

- Promis. Sourit-elle. Bisous. »

L'appel se coupa.


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Au fur et à mesure que le temps passait, les appels devinrent de plus en plus longs. Les sms de plus en plus nombreux à être échangé. Le Noël suivant, au plus grand dam du trio, Adrien ne put revenir en France. Son père avait prévu de passer les fêtes aux Etats-Unis, rendant visites à plusieurs concurrents/amis. Adrien faisait partit de ses bagages. Point final.

La prochaine fois qu'il put rentrer, ce fut l'été suivant. Le deuxième depuis son départ. Cette fois, Mari' était partie en vacances avec sa grand-mère Gina. A presque vingt ans, l'aventurière avait fait des pieds et des mains pour emporter sa petite-fille dans un road trip Africain qui fit une magnifique galerie photo dans les albums de Marinette. Bien que déçu, Adrien était rêveur quand, tous les soirs, celle qui était redevenue une de ses meilleures amies lui envoyait des images à couper le souffle. Ils s'appelaient très très régulièrement, parfois même plusieurs fois par jour juste pour se raconter une anecdote complètement inutile.

Les sentiments étaient là, encore, même s'ils le niaient farouchement – leurs meilleurs amis respectifs n'étaient pas dupes. Mais la distance aidait à cacher cet amour pour le déguiser en une amitié puissante. Tellement puissante que, finalement, tous y crurent.

Quand ils se revirent pour la première fois, c'était à l'occasion de la Fashion Week de Septembre qui a suivi cet été là. Marinette et sa classe faisaient parties des petites mains de l'évènement. Adrien put la croiser plusieurs fois mais jamais longtemps. Parfois même que de loin. Les quelques mots échangés étaient souvent entrecoupés d'ordre reçus ou donnés et ils passèrent plus de temps à se regarder qu'à pouvoir réellement échanger. Adrien remarqua qu'elle passait pas mal de temps avec un gars, un brun aux yeux bleus qui la faisait souvent rire. S'il avait été jaloux, il eut une parfaite maitrise de lui et il resta suffisamment têtu pour se convaincre qu'il ne s'agissait pas de jalousie ni de possessivité. Seulement une envie d'être à ses côtés pour profiter d'elle et de sa présence. Il apprit que ce gars s'appelait Romain et était un des amis de promo de Mari'.

Bizarrement, Adrien commença à ne pas l'apprécier.

La seconde fois qu'ils se revirent, ce fut à Noël. Cette fois, ils purent passer plus de temps ensemble. C'était risible de voir à quel point il était facile pour eux de tomber dans une complicité qui défiait les plus longues amitiés ou histoires d'amour. C'était presque inquiétant de les voir se compléter si parfaitement en si peu de temps. C'était doux de les voir si proches l'un de l'autre, tout en gardant une certaine distance pour ne pas refaire les mêmes erreurs du passé.

Pour tous, ils étaient réellement faits l'un pour l'autre. Même après tout ce temps, ils étaient Adrien et Marinette. Pas les amis. Mais le couple. C'était inné. C'était écrit dans l'histoire. Presque. C'était leur destin.

Mais ils continuaient de le nier. Ils continuaient de dire qu'ils étaient passés à autre chose, qu'ils s'adoraient mais qu'ils n'étaient plus que des amis.

Il n'existe qu'un mot pour les décrire.

Naïveté.


oOo

Marinette ferma rapidement la porte derrière elle. Lançant son sac dans le coin droit du couloir, elle appela le nom d'Alya à voix haute pour faire connaitre son arrivée.

« On est dans le salon Nettie. »

Elle sourit en entendant Nino et jeta rapidement sa veste pour se précipiter dans le salon. Les deux étaient sur le canapé, jouant visiblement à UMS IV. Adrien serait fier d'elle : elle avait réussi, à force de soirée jeux, à leur faire aimer UMS presqu'autant qu'elle et Adrien. Et ils devenaient bons ! Quand Adrien serait de passage dans le coin, ça promettait de belles soirées jeux tous les quatre. Elle avait hâte ! Mais avant ça…

« Vous ne devinerez jamais ce que me voulait Théodore. Lâcha-t-elle avec une excitation difficilement camouflée.

- Oui ! Je t'ai éclaté ! »

Le cri de victoire d'Alya résonna dans la pièce. Se levant dans sa fougue, elle tira la langue à son petit-ami qui boudait. Mari' sourit et lui tapota le dessus de la tête en guise de soutien. Il se renfrogna encore plus. Du haut de ses vingt et un ans, Nino ressemblait à un enfant d'à peine quatre ans. Mignon. Alya se tourna avec un grand sourire vers Mari. Elle fit semblant de réfléchir quelques instants.

« Hum… laisse-nous deviner. Tu vas bientôt finir ta troisième année à ESMOD. Théodore est un jeune patron de sa toute nouvelle entreprise qu'il souhaite développer. Il t'a dans le viseur depuis ton époustouflante victoire en fin de première année à l'un des concours les plus prisé de l'école… Je dirais qu'il t'a proposé un poste dans une de ses nouvelles antennes ?

- Milan ou New-York. Confirma Marinette en sautillant sur place. Bon, Théodore préférerait que j'aille à Milan mais si je vais à New-York… je ne serais qu'à moins de deux heures de l'université d'Adrien. »

C'était dont ça.

Alya et Nino regardèrent Marinette un instant. Ils le savaient. Depuis le début, ils le savaient. Elle avait beau dire que non, elle ne l'attendait pas. Que oui, elle était passée au-dessus et que non, ce n'était pas à cause d'Adrien qu'elle était encore et toujours célibataire depuis leur rupture –presque trois ans en arrière bordel – et que oui, il n'était qu'un ami. Mais les faits étaient là. Elle voulait le rejoindre.

« Quoi ? Demanda-t-elle, toute innocente qu'elle était.

- Quoi ? Mari'… chérie…

- Quoi Mari chérie ? C'est une superbe opportunité pour moi d'aller là-bas.

- Et si en plus tu peux te remettre avec ton ex, pour qui tu n'as pas cessé de soupirer, ce n'est qu'un petit bonus négligeable ? Sourcilla Alya, à la fois amusée et triste pour elle – trois ans merde ! –

- Je… je rejoints un ami plutôt que de finir toute seule à Milan.

- Si Théodore te préfères là-bas, c'est sans doute que tu pourras plus y évoluer. Ais-je tords ? »

Décidément, Alya était trop perspicace. Marinette grimaça un instant, refusant d'admettre le sous-entendu plus gros qu'en éléphant dans une petite pièce remplie de porcelaine. Le regard de Nino la vit vaciller.

« Nettie… commença-t-il doucement.

- Je rejoints juste un ami. Coupa-t-elle.

- Mais ? Continua-t-il en haussant un sourcil, lui lançant son regard pour lequel il savait qu'elle ne pouvait pas répondre en mentant.

- Mais… si, en prime, on finit par se remettre ensemble, ce serait bien. Non ?

- Tu ne l'as pas dépassé. Affirma Alya, la voix beaucoup plus tendre et compatissante.

- Si. Nia Mari' en haussant les épaules. Mais… il détient encore et détiendra toujours une partie de mon cœur. Vous le savez. Alors, si on peut avoir une seconde chance…

- Mari… tu n'as laissé de chance à personne ces trois dernières années. Personne. Et Dieu, tu as eu plus d'une opportunité. Taquina Alya, venant se mettre à ses côtés pour passer son bras autour de ses épaules.

- Personne ne m'intéressait réellement. Renifla Mari'.

- Pas même Romain ? Ou Paul ?

- Paul était un con. Grimaça-t-elle en souvenir de ce type rencontré lors d'une soirée. Même Nino le trouvait louche.

- Nino trouve tous ceux qui t'approchent louches. Leva-t-elle les yeux au ciel.

- Hey. Faux ! Romain est cool.

- Romain est un très bon ami.

- Avec qui tu t'entends plus que bien. Et vous avez pleins de points communs. Et il n'est pas très subtil quant à ce qu'il ressent pour toi. »

Mari' lança un regard plat à Nino et à Alya. Elle savait que Romain aimerait être plus qu'un ami pour elle. Et ce, depuis le premier trimestre de la première année. Elle avait toujours été claire avec lui et il était tout de même toujours resté à ses côtés. Elle devait l'admettre : peut-être qu'elle aurait dû lui donner une chance. Mais maintenant, avec la possibilité de rejoindre Adrien…

« Tu veux lui en parler ce soir ? Demanda Nino en voyant très bien le débat interne de sa meilleure amie.

- Pourquoi pas. Il doit bientôt appeler non ? »

Et comme pour lui donner raison, le PC d'Alya se mit à sonner. La fenêtre de Skype affichait la photo d'Adrien, tout souriant. Une photo datant de quelques années maintenant. Trois ans. Cela faisait déjà trois ans qu'il était déjà parti. C'était long. Très – trop – long.

« Hey Sunshine. S'éclaira Alya en répondant alors que les deux autres s'installaient à ses côtés.

- Hey. Soirée pyjama sans moi ? Sourit-il.

- Trop loin Bro. Je profite seul de ces deux déesses. Se vanta Nino, faisant éclater de rire Adrien.

- Comment allez-vous tous les trois ? »

Ils se racontèrent les dernières nouvelles, chacun apportant son anecdote quand il le fallait. Mari' n'aborda pas tout de suite sa proposition à New-York, échangeant des regards complices avec les deux autres. Adrien jalousait cette proximité mais, en même temps, il ne devait pas se plaindre. Leur amitié s'était renforcée avec la distance et le temps et, bien qu'ils ne se voient pas tant que ça, il savait qu'à chaque fois qu'il revenait, c'était comme s'il n'était jamais parti.

Plusieurs fois, son portable vibra. Ce n'est que lorsqu'il fit répéter pour la troisième fois ce qu'Alya racontait qu'elle craqua.

« Dis-le si on t'ennuie. Le taquina-t-elle, désignant le portable encore en train de vibrer avec son menton.

- Oh… Désolé, on est en train d'organiser notre soirée de tout à l'heure.

- Oula… Sunshine se rebelle. Il sort un soir de semaine avec des amis. Plaisanta Alya.

- En fait… nous serons que deux. Avoua-t-il, un peu penaud, avant de braquer son regard sur Marinette. Comme… comme un rendez-vous. »

Blanc.

Le cœur de Mari' s'effondra mais le sourire qu'elle avait depuis le début resta en place. Seuls ses yeux se voilèrent un peu –invisible à travers une caméra – et son sourire se crispa. Là aussi, Adrien ne pouvait pas le voir.

Nino et Alya échangèrent un regard discret avant de se rapprocher subtilement de Mari' pour la réconforter silencieusement.

« Je… je comptais t'envoyer un sms pour t'en parler Mari'. Ou t'appeler en fonction de l'heure à laquelle j'aurais été dispo dans la journée. Mais comme tu es là…

Nous ne sommes plus ensemble depuis près de trois ans Adrien… Tu ne me dois rien. Rassura-t-elle avec une voix étrangement calme alors qu'intérieurement, elle s'effondrait. »

Elle se sentait idiote. Bien sûr qu'il ne l'avait pas attendu. Ils se l'étaient promis. Et, bien qu'elle s'était convaincu que elle non plus elle ne l'avait pas fait, sentir son cœur lui serrer si douloureusement la cage thoracique fit valser sa certitude. Elle avait menti à Alya, à Nino et à ses autres amis. Mais, pire que tout, elle s'était mentit à elle-même. Et ça faisait mal. Terriblement mal.

Son portable se mit à vibrer. Identifiant affiché : Romain.

« Je sais mais…

- Désolée, je dois répondre. Coupa-t-elle en sortant du champ de la caméra pour décrocher. »

La conversation s'arrêta là alors que Mari' répondait à son ami. Même à l'autre bout du monde, Adrien comprit qu'elle était invitée à une soirée cinéma improvisée avec plusieurs de ses amis. Elle rejeta d'abord l'offre, disant qu'elle était déjà prise mais, en voyant le regard de Nino et Alya, elle commença à craquer. Elle ne pouvait pas gérer Adrien ce soir. Et puis, Romain insistant pour qu'elle vienne, elle finit par accepter.

« J'arrive le plus vite possible. Concéda-t-elle. A tout de suite. »

Quand elle raccrocha, elle demanda une tenue à Alya qui l'envoya dans sa chambre. Moins de deux minutes plus tard – un exploit en soit pour elle – elle sortait de la pièce vêtue d'une petite robe d'été bleu roi, salua rapidement Adrien en lui adressant un rapide sourire qui n'atteignit pas ses yeux – bien qu'il ne puisse le remarquer – et quitta la pièce.

Nouveau blanc.

Nino chercha du regard une excuse pour la suivre. Il avait bien vu ses yeux légèrement humides. Et, la connaissant, il savait qu'elle pleurait déjà dans le couloir. Elle fuyait. Purement et simplement. Heureusement pour lui, il remarqua son portable. Il s'en empara, le montra brièvement à Alya et Adrien et quitta la pièce en lançant un « Quelle tête en l'air » qu'il voulait ludique.

Quand la porte se ferma, Adrien ne put retenir un soupir à fendre le cœur. Alya détourna le regard pour le poser sur lui.

« Qu'est-ce qu'il y a sunshine ?

- Je… j'avoue que je ne m'attendais pas à ça. Avoua-t-il après un silence pesant, faisant hausser un sourcil à Alya.

- Et tu t'attendais à quoi ? Demanda-t-elle doucement, compatissante. Elle le vit hausser les épaules avant de répondre.

- Je n'en sais rien. Qu'elle réagisse plus que ça peut-être.

- Plus que ça ? Hurla-t-elle intérieurement. Elle vient de fuir les larmes aux yeux parce qu'elle voulait te rejoindre crétin ! Et ça aurait changé quoi ? Demanda-t-elle finalement, son éclat intérieur complètement invisible. Si elle t'avait demandé de ne pas y aller, tu aurais annulé ?

- Je ne peux pas la rendre heureuse aussi loin. »

Encore cette excuse. Et elle allait te rejoindre idiot ! Hurla-t-elle intérieurement, frustrée de ne pas pouvoir lui dire. C'était à Mari' de l'annoncer. Pas à elle. Alors, comme une conne, elle se retrouvait entre les deux malheureux qui s'aimaient toujours inconsciemment et qui n'osaient rien faire pour y trouver une solution. Idiots !

« Alors ça n'aurait rien changé. A part vous rendre tous les deux plus malheureux. Ou plus heureux si vous osiez enfin vous dire les mots silencieux entre vous. Pensa-t-elle amèrement.

- Peut-être. Haussa-t-il les épaules. Aya est cool. Je suis sûr qu'on va bien s'entendre au-delà de notre amitié.

- Tu essaie de te convaincre ? Sourcilla-t-elle. »

Il lui répondit par un simple sourire penaud.


oOo

« Mari attend. »

Nino la rattrapa alors qu'elle atteignait l'ascenseur. Et, comme il s'y attendait, elle pleurait légèrement. Il lui fit un sourire compatissant et lui tendit silencieusement son portable. Elle lui rendit son sourire et essuya une larme du revers de sa main.

« Je vais bien. Promis.

- Je sais. Mais j'ai quand même le droit de m'inquiéter pour toi. Tu veux en parler ?

- Qu'est-ce qu'i dire ? Il est passé à autre chose. Et c'est bien. C'est ce qu'on s'était dit. C'est juste…

- Je sais. Comprit-il après un silence. Je sais Nettie. Répéta-t-il en l'englobant dans un câlin. Tu es forte. Tu es passé au-dessus de plus dur que ça. Et on est là avec Al'.

- Je sais. Pleura-t-elle. Je vais aller bien. Je vais accepter l'offre de Milan. Théodore sera ravi. Et, s'il te plait, ne dites rien à Adrien au sujet de New-York. Je veux qu'il soit heureux. Et ce sera sans moi.

- Tu es sûr ? Parce que je pense qu'il…

- Non Nino. Il passe à autre chose et c'est bon. Je vais aussi passer à autre chose. »

Il la regarda intensément et, après un instant, il lui sourit, déposa un baiser sur son front et se recula. La porte de l'ascenseur s'ouvrit.

« On ne lui dira rien. Promis. Vas-y. Tu vas finir en retard. Amuse-toi bien. Et envoi moi un message en rentrant. »

Elle lui sourit doucement et, essuyant une dernière larme, pénétra dans l'ascenseur pour rejoindre son groupe d'ami de l'école.

Ce soir-là, elle accepta les avances de Romain et commença à sortir avec lui.