49 | L'interprétation des découvertes
o mardi, Londres, Magenmagot
Pendant la préparation, Sam a estimé que Sindri Rowle n'avait pas beaucoup d'autres choix que celui de la "théorie alternative" - de proposer une lecture totalement différente des preuves que nous avons accumulées. "En plus, la théorie du complot, c'est bien son truc. C'est même pour ça que Graves l'a choisi !". On a la preuve de la pertinence des estimations de mon époux dès la deuxième partie de mon contre-interrogatoire.
Rowle ne nie pas qu'on ait trouvé le chaudron plein de traces de poison dans le Pavillon de chasse ou le costume de Wagtail dans le puits attenant. Ce sont des faits bien trop concrets et documentés pour être contredits. Ce qu'il attaque, c'est l'interprétation de ces découvertes. Loin de prouver la culpabilité de son client, elles sont au contraire la preuve de "l'esprit retors et pervers du vrai coupable", je cite.
Je dois donc me battre pied à pied pour défendre chaque étape de l'enquête après l'arrestation mouvementée de Layton Graves - que Sindri Rowle juge abusive tout en reconnaissant que son client a "mal réagi et certainement ajouté de l'eau au moulin de la suspicion organisée au sein de la Division".
"Qui vous a parlé du Pavillon de chasse, Auror Lupin ?", veut-il savoir.
"Ce Pavillon est incartable, et c'est Bloedwen Starling qui en a donné la localisation sans laquelle nous ne l'aurions pas fouillé aussi vite. Elle nous a aussi expliqué qu'il était composé de deux parties qui s'ouvraient avec des clés différentes", je prends la peine de préciser. "Reste que, rétrospectivement, un certain nombre de témoins, dont les membres du groupe les Bizarr' Sisters ou Corwin O'Tannian, connaissaient cet endroit et le rattachaient à Bloedwen et Myron..."
Rowle se tourne vers les juges pour demander : "Votre Honneur, est-il possible de rappeler à la jeune Auror Lupin-McDermott qu'elle est censée répondre uniquement à ma question ?"
"J'ai répondu à votre question, Maître !", je proteste.
"Non, je ne vous demandais pas une rétrospective... !"
"Vous avez demandé : "Qui vous a parlé du Pavillon de chasse", Maître. Je vous ai dressé la liste..."
"Auror Lupin-McDermott, j'allais vous défendre mais je vais peut-être devoir vous gronder", intervient Howe, et ça déclenche les rires attendus de manière aussi prévisible que les mouvements de ces mécaniques moldues qui collectionnent Arthur Weasley. J'essaie de ne pas trop rougir - je sais que tout cela est un jeu codé, mais c'est Howe, et Howe est celui qui a bien douché ma confiance en moi quand j'étais une toute jeune Auror à peine assermentée.
"Je m'excuse, Votre Honneur", je m'empresse de promettre.
Zakariah Howe attarde son regard sur moi, le temps que tous aient bien pu voir qu'il me reprenait. Mais je sais que s'il était vraiment agacé par mon comportement, il le dirait. Je ne dis pas que je me sens mieux mais j'arrive à rationaliser que le pire n'est peut-être pas certain. Ceux qui me connaissent apprécieront.
"Maître Rowle, si je n'encourage jamais les manquements aux règles de ce tribunal, je partage relativement l'avis de l'Auror Lupin-McDermott : votre question était trop vague vu la précision du dossier d'accusation. En l'espèce, je vous invite tous les deux à garder votre sang froid."
Rowle rumine quelques secondes avant de reprendre : "Nous allons en effet sans doute trop vite et les précisions sont en effet importantes, Votre Honneur. Auror Lupin-McDermott, à qui appartient le pavillon de chasse que vous avez fouillé suite à votre premier interrogatoire de Bloedwen Starling ?"
"Bloedwen Starling l'a reçu en héritage à la mort de son père", je réponds on ne peut plus factuellement.
"Vous avez fouillé ce pavillon ? Je veux dire vous faisiez personnellement partie de l'équipe qui a fouillé ?"
"Oui, Maître."
Rowle attend mais j'attends mieux que lui.
"Je note que vous avez pris à cœur la remontrance du juge Howe et avez décidé de vous en tenir à des réponses précises, Auror Lupin-McDermott", il persifle.
J'ai l'agacement double de sentir mes joues s'empourprer et de me dire qu'il m'a bien jouée avant qu'il ne retourne au front. Avec aisance et constance, l'avocat revient sur les clés, me faisant répéter que Bloedwen nous a donné la sienne et dit que Layton en avait une qui ouvrait une version différente du Pavillon de Chasse. Je me souviens qu'à l'époque, nous nous étions collectivement demandé si le principe était équivalent à celui de la Salle sur Demande de Poudlard. Je ne sais pas si Sam et Seamus ont vérifié. Mais Rowle creuse un tout autre sillon.
"Bloedwen Starling vous a-t-elle dit posséder une clé de cette autre partie du Pavillon de Chasse, Auror Lupin-McDermott ?"
"Je n'ai pas personnellement interrogé Bloedwen Starling. J'ai juste écouté et lu des comptes-rendus", je me sens obligée de rappeler. "Je me souviens qu'elle mentionne que lorsque Layton Graves et elle formaient un couple, elle lui a donné une clé et proposé de développer son propre univers dans cette partie du Pavillon. Il m'a semblé comprendre que chacun ne pouvait pas pénétrer dans la partie de l'autre et lorsqu'ils se sont séparés chacun a conservé sa partie."
"Mais vous n'en savez rien ? Vous n'avez pas personnellement vérifié l'étanchéité entre les deux parties de Pavillon ?", relève Rowle comme s'il ne le savait pas.
"Ça n'a jamais été une de mes missions", je réponds sobrement. Revenir sur l'état dans lequel était Bloedwen, sur le fait que notre lieutenant a dû négocier avec son avocate, rien de tout ça ne me paraît une bonne piste de conversation.
Seamus lève la main et le juge lui donne la parole. "L'Auror Lupin est restée sur cette enquête jusqu'à la fusion des dossiers. Elle a arrêté d'en suivre les développements depuis des semaines. Nous l'avons cité comme témoin principal du début de l'enquête..."
Rowle fait un geste de reddition. "Très bien, elle ne sait pas", il commente, interrompant efficacement tout développement de Finnigan avant de se retourner vers moi. Savez-vous comment a été retrouvée la clé de la partie que vous attribuez à mon client ?"
Seamus hésite à objecter de nouveau, je le vois. "Tu vas être seule face à lui. Plus je te défends, plus je te disqualifie", il m'a prévenu. On y est.
"La clé a été découverte lors de la fouille de l'appartement de Layton Graves après son arrestation. Je faisais encore activement partie de l'équipe"
"Où cette clé a-t-elle été trouvée exactement ?"
"Je peux vous répondre ce qui est marqué dans le dossier, Maître, mais vous savez que je n'étais pas dans l'équipe qui a procédé à la fouille. J'étais dans celle qui fouillait le Pavillon", je pointe pour bien souligner ses manœuvres.
"Vous avez fouillé la partie dont Bloedwen Starling vous avait donné la clé ?", fait mine de vérifier l'avocat. Je sens bien qu'il suit toujours un sillon précis même si je n'arrive pas encore à décider où il le mène.
"Exactement", je confirme.
""Et vous y avez trouvé quoi ?"
"Des partitions, des harpes, des romans d'amour et des photos d'elle et de Myron Wagtail enfants", je réponds en le regardant droit dans les yeux.
"Édifiant. Aucune trace de cette fameuse partie alternative ? Un passage ?"
"Nous n'avons pas eu le temps de chercher s'il existait des moyens de l'invoquer. L'Auror Thomas Coughlin est arrivé avec la clé trouvée chez Layton Graves."
"Vous n'avez pas pris le temps", souligne Rowle. "L'excitation de la découverte, sans doute. Mais, par la suite ?"
"Pas tant que j'étais active dans l'enquête", je dois bien reconnaître. Je ne sais pas tellement pourquoi il insiste tant sur ce que je ne peux pas apporter. Je ne vois pas où ça peut le mener. S'il continue, Finnigan pourra protester de sa mauvaise foi.
"Mais vous étiez de l'équipe qui a fouillé la partie que vous attribuez à mon client ?", vérifie encore Rowle. "Pouvez-vous nous dire ce que vous y avez, vous, trouvé ?"
"Un laboratoire de potions, une grande bibliothèque magique, des bombes incendiaires moldues de même facture que celles employées dans l'incendie de l'élevage illégal de dragons..."
"Voilà qui vous a conforté dans vos représentations des gentils et mauvais..."
"Maître Rowle", gronde le juge Howle juste au moment où Finnigan a levé la main. Je réalise que Sam a changé de position. Plus tendu, je dirais. Je ne peux pas dire que ça me rassure.
"Mes excuses, Votre Honneur", assure Rowle. "Nous touchons au bout. Auror Lupin-McDermott, j'ai une dernière question. Comment pouvez-vous être certaine que Bloedwen Starling n'avait pas une clé de cette partie qui contient de fait votre principale preuve factuelle ?"
"Je n'ai jamais interrogé personnellement Bloedwen Starling, Maître", je répète, pas loin de soupirer.
"Vous ne savez pas ? Vous n'avez pas établi ce point ?"
"Non, Maître."
Le silence qui suit cette admission me paraît presque intolérable mais je ne vois rien d'intelligent à rajouter. Je m'interdis de regarder mes collègues pour voir s'ils vont intervenir.
"Votre Honneur, je suis désolé", commence alors Sindri Rowle se détournant d'un seul coup de moi. "C'est un mouvement compliqué que je vais devoir faire. Ma responsabilité envers mon client m'y oblige même si je mesure qu'il peut être mal interprété. Depuis près de deux heures, l'Auror Lupin-McDermott nous raconte avec conviction une histoire : celle de mon client qui aurait trahi son partenaire en affaire, son ami d'adolescence, Myron Wagtail, et l'aurait empoisonné ! Et il aurait par ailleurs essayé de cacher son crime en faisant passer une semi-Harpie - c'est bien comme cela que la Division des Aurors de Londres la désigne ? - pour la coupable. L'Auror Lupin-McDermott avance un certain nombre de preuves mais, quand on creuse un peu, elle nous répond qu'elle ne sait pas, qu'elle n'est pas celle qui a terminé la rédaction du dossier, qu'elle ne peut pas être sûre, en son âme et conscience... Pourtant elle accuse mon client avec constance. De deux choses l'une ; soit l'Auror Lupin-McDermott a eu une part mineure dans l'accusation qui nous réunit aujourd'hui et je trouve que la place qui lui est attribuée aujourd'hui dans ce prétoire est exagérée ; soit l'Auror Lupin-McDermott a joué un rôle central dans l'enquête - ce que son supérieur nous a dit en introduction, et je trouve que de la citer en témoin à charge constitue un procédé bien déloyal de la part de l'accusation - surtout quand l'Auror Lupin-McDermott peut confortablement invoquer ne plus être sur l'affaire quand ça l'arrange. Pour résumer ma pensée, que vous aurez sans doute suivie, votre Honneur, je me sens contraint de demander le retrait de ce témoin pour vice de procédure."
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"On ne l'a pas vu venir celle-là", je commente quand Sam, Seamus me rejoignent - Mark, trois pas derrière eux.
Après un court conciliabule, les juges se sont retirés pour discuter de la demande de Rowle. J'ai été conduite par un policier désolé pour moi dans la salle de travail des Aurors. Sans la présence de mon collègue de la Brigade, je pense que les journalistes me seraient sautés dessus. J'imagine que Sam et Seamus ont dû trouver une posture à tenir et que Rowle, lui, pérore déjà. En les attendant, j'ai presque descendu une bouteille entière d'eau.
"Non. On sait Rowle retors et malin mais j'avoue que... non, celle-là, personne ne l'avait vu venir", admet Seamus avec un profond soupir.
"Si les juges lui accordent ton retrait comme témoin, tu prends ma place", annonce Sam avec conviction. "Je me retire et tu prends ma place, Iris. S'il faut monter jusqu'au Commandant pour te faire nommer, je le ferai !."
"Et comme ça, on lui donne raison - j'étais un faux témoin planté par l'accusation", je proteste.
"Les enfants", nous coupe Seamus avant que ça puisse dégénérer en dispute. "Quelle que soit la décision, on va dire - je vais dire : la Division a besoin de réfléchir à sa réponse... "
"Tous les journalistes vont en faire des gorges chaudes, si on n'a pas de réponse !", s'agace Sam moins conciliant que souvent envers notre chef du moment. "On perd toute initiative !"
"Tu ne devrais pas appeler Paulsen, Finnigan ?", je m'interpose à mon tour. Ils me regardent tous les deux comme interloqués par la proposition. "Notre lieutenant, pas Théo", je précise - la précision est une pique désespérée, mais une partie affolée de mon cerveau me demande si mes collègues ont parfois besoin de préciser de quelle Lupin ils parlent. "Faut qu'elle sache. Si tu veux que la décision vienne de plus haut, chef, et j'entends qu'il faut sans doute gagner tout le temps qu'on pourra gagner, autant que Dawn vienne maintenant, non ?"
Seamus se tourne vers Sam, qui grimace. "Minimiser les risques quitte à avoir l'air pas très autonomes", il finit par accepter d'un haussement d'épaules fataliste.
Et ceci dans un moment de réorganisation, où il peut être judicieux de paraître à son avantage, je complète silencieuse. Mais Seamus s'écarte d'un mètre pour appeler la Division. C'est trop tard pour faire machine arrière.
"T'as bien tenu le coup", juge Sam plus gentiment que précédemment. Ça me rassure un peu.
"Tu parles ! Il a réussi à me faire rougir comme une gamine !"
Ça le fait rire.
"Bah, j'ai trouvé ça rafraîchissant et, franchement, il t'a peut-être coincée, mais il a sué pour t'avoir ! Et ça s'est vu - ce qui n'est jamais très bon. Ton fan-club captif va te confirmer", il rajoute en se tournant vers Mark.
"Franchement, cheffe, je ne sais pas si on pouvait faire mieux... Je... Je ne m'imagine pas à ta place... J'aurais jeté l'éponge, je serais tombé dans le premier piège !"
"Pour sûr, ça continue d'être une affaire hors norme", je formule. Je me sens trop épuisée pour faire mieux.
"Dawn arrive. Elle est outrée que Rowle ait même pu arriver à faire examiner sa demande par les juges. La Division fera appel si ton témoignage est écarté", annonce Seamus assez sombrement.
"Ce n'est pas bien ?", s'enquiert Mark. "Si je peux demander, chef", il rajoute.
"J'en suis à me dire que Rowle gagne dans tous les cas : soit il écarte un témoignage-clé et nourrit sa thèse du complot des Aurors contre son client ; soit il force la Division à protester..."
"Ce qui revient à peu près au même", je concours.
On n'a pas tellement le temps de ruminer notre sort parce que Dawn nous rejoint avec Tanya. Elles sont en uniforme toutes les deux, et je trouve ça à la fois rassurant et inquiétant.
"C'est Tanya qui va s'asseoir avec vous - avec McDermott et toi", annonce Dawn en s'adressant à Seamus. "Iris, Wang et moi, on sera au premier rang. Pas planqués mais pas en représentation de la Division. Tanya pourra parler de la fusion si besoin, de la composition des équipes, si le tribunal nous interroge. Ce n'est pas pour t'écarter, Finnigan, mais ce n'était pas ton choix ou ta décision alors autant rendre à Merlin ce qui peut l'être. Moi, je n'interviens pas sauf s'ils m'interpellent. On se garde la possibilité que je revienne au créneau en faisant appel plus tard."
"Mais pas maintenant", vérifie Sam - il y a de l'approbation dans sa voix.
"Je ne suis pas sûre que maintenant soit un bon moment", reconnaît Dawn. "Il vaut mieux qu'on ait l'air d'avoir réfléchi. Mais..., je ne devrais pas vous dire ça..., je ne crois pas que ça va être nécessaire..."
On doit tous tellement avoir l'air d'avoir besoin d'explications qu'elle n'attend pas de question pour en donner. Elle regarde juste sa montre. "Ils délibèrent depuis plus d'une demi-heure. Ils cherchent un vrai argumentaire. S'ils rejetaient purement et simplement le témoignage d'Iris, ils n'auraient pas eu besoin d'autant de temps... C'est mon avis..."
"Ou ton espoir - sauf ton respect", commente nerveusement Seamus.
"Exactement, Auror Finnigan", répond Dawn avec un air plutôt mutin qui la rajeunit.
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Quand le jury revient dans le prétoire, Howe en tête, aucun des juges n'a pas l'air surpris de la présence de Tanya aux côtés de Seamus et Mark. Ils n'ont pas l'air plus étonnés de celle de Dawn dans la salle ; ils la saluent tous les trois de la tête avant de d'asseoir. Sans doute ont-ils été prévenus de leur arrivée.
Assez logiquement vu la répartition des rôles, c'est Belby qui joue le porte-parole : "Est-ce que la Division de Londres veut nous informer de nouvelles dispositions ?"
Rowle est immédiatement sur ses pieds mais Howe lui intime de se taire avant qu'il ait pu ouvrir la bouche : "Les juges du Magenmagot restent ceux qui peuvent poser toutes les questions, Maître."
Tanya se lève pour répondre : "Je suis la lieutenante Sawbridge-Proudfoote. L'équipe de l'Auror Finnigan était sous mes ordres au moment de la mort de Myron Wagtail. Je suis donc ultimement responsable de l'organisation de l'enquête. L'équipe Finnigan-McDermott qui traite les deux dossiers depuis leur fusion est également sous ma responsabilité. J'aurais peut-être dû être là ce matin et, dans tous les cas, je pense de mon devoir de venir répondre d'une accusation de vice de procédure."
"Nous saluons votre sens du devoir, Lieutenante Sawbridge-Proudfoote", commente Howe. Il y a de l'appréciation dans sa voix. "Puisque vous voulez connaître nos conclusions, je laisse la place au Juge Belby..."
"Ce tribunal a été saisi d'une requête visant à écarter le témoignage de l'Auror Iris Lupin-McDermott pour vice de procédure", énonce Belby les yeux rivés sur son parchemin. "Voici la décision de ce jury : attendu que l'Auror Lupin-McDermott a été présentée par la Division de Londres comme la mieux à même de présenter l'intégralité de l'enquête ; Attendu que l'Auror Lupin-McDermott a plusieurs fois durant l'interrogatoire reconnu ne pas être en capacité de témoigner en détail de l'intégralité des développements de l'enquête..."
Mark, à ma droite, s'agite sur sa chaise et, moi, j'ai bien du mal à reproduire la pause concentrée et impassible de Dawn sur ma gauche. Je me refuse à vérifier que Rowle pavoise autant que je l'imagine.
"Attendu que l'Auror Iris Lupin-McDermott a mené les premiers mouvements de l'enquête sur la mort de Myron Wagtail et en est restée un agent actif jusqu'à la fusion de cette enquête avec celle dédiée à l'élevage illégal de dragons et la destruction de celui-ci par un incendie volontaire", continue Belby d'une voix sans émotion. Je voudrais être transportée ailleurs et ne pas avoir à entendre démolir notre travail jusqu'à la fin. Merlin.
"Attendu que cette fusion a été ordonnée par le Magenmagot et que ledit Magenmagot a été tenu au courant de la réorganisation consécutive des équipes", énonce encore Belby. Il relève à peine la tête, et je me prends à espérer que la liste des attendus est terminée parce qu'alors la liste n'est pas si déséquilibrée
"Ce tribunal estime", entonne Belby comme une confirmation inespérée, "que la Division des Aurors a fait un choix critiquable dans sa présentation de son premier témoin et qu'elle aurait mieux informé ce tribunal en adoptant une approche chronologique plus systématique et progressive, reposant sur une multiplicité de témoins."
La critique est là, nette, presque incontestable. Je me demande même comment aucun de nous n'a réellement considéré cette option. La vérité est que je me suis coulée dans le plan de Seamus et de Samuel sans tellement me poser de questions. Je ne dis pas que j'aurais anticipé la critique, mais la vérité est que je n'ai pas un instant questionné le plan qui m'était proposé. Il me semble que Ron répéterait que je ne peux plus me planquer. Rowle, lui, semble assez satisfait de ce qu'il entend. Seamus a l'air accablé. Je ne vois pas Sam d'où je suis.
"Que le témoignage de l'Auror Iris Lupin-McDermott reste néanmoins informatif et incontournable pour comprendre les débuts de l'enquête et ses développements tant que l'Auror cité a été un agent actif de l'enquête", continue Belby.
Mark me regarde pour que je lui confirme. J'ose à peine opiner.
"Qu'il serait donc dommageable d'écarter le témoignage de l'Auror Lupin-McDermott mais qu'il convient de le compléter par une approche reposant sur une expertise multiple. L'Auror Lupin-McDermott doit rester mobilisable par ce tribunal à tout moment s'il apparaît qu'elle doit être rappelée pour éclairer les débats que ce soit à la demande de la défense, de l'accusation et de ce jury. Ceci n'implique pas une présence physique continue mais une disponibilité", il précise."La Division de Londres doit prendre toutes les dispositions pour assurer cette disponibilité."
"Ron va être ravi", soupire Dawn, alors que Tanya se lève de nouveau pour dire que la Division a entendu la critique et l'accepte. Elle promet que je serai à la disposition du tribunal et obtient assez facilement que la session soit ajournée pour l'organisation des débats ultérieurs. "Mais on s'en sort bien. Il ne va pas falloir les agacer pour la suite."
