CHAPITRE XXXVI - La Couverture.


Hello !

D'abord, j'espère que vous avez passé de supers vacances d'été, et que vous vous portez tous bien dans ce contexte encore très bizarre…

Je m'excuse pour le délai de ce Chapitre, il a eu du mal à venir celui-là… j'ai dû me faire violence pour écrire, ce n'était pas super simple le pire c'est que ce ne sont pas les idées qui manquent, mais plutôt le temps… Mais bon, le voilà enfin !

En attendant, je vous souhaite une bonne lecture,

On se retrouve au bas de la page ;)


- C'est d'accord.

Freya lança un vif regard, ahuri, vers Thésée, comme s'il avait été un résident permanent de Ste Mangouste.

Bien qu'il ne lui rendit pas son regard, elle pouvait aisément discerner son expression amère, dirigée droit vers leur hôte, Enrique Lage.

Il les mènerait à Castelobruxo, et en échange, ils l'aideraient à se débarrasser de l'invasion étrange et soudaine des Moremplis dans la région.

Mais Enrique Lage ne semblait pas le moins du monde affecté par cette expression rembrunie devant lui. A vrai dire, il prenait déjà une autre bouffée de sa cigarette avec un petit sourire, presque diverti. Et après avoir recraché un nuage de fumée blanche, il s'exclama avec un haussement d'épaules :

- Oh, et bien, c'est tout simplement merveilleux.

A l'entendre, c'était comme si de toute manière il n'y avait pas du tout eu de débat.

Il tapota le bord de sa cigarette contre le bord du cendrier en cristal sculpté avec ce même air serein, et puis, il les toisa de nouveau, avec des sourcils relevés. Après un petit instant de flottement, il s'adressa aux deux sorciers anglais, encore figés comme des piquets non loin de lui :

- Mais ne restez pas plantés là, voyons.

Il leur fit un mouvement de la tête, vers la table ronde joliment dressée à côté de lui, et il ajouta avec un scintillement dans les yeux :

- Prenez place, le dîner va vous être servi.

La main de Thésée, qui jusqu'à présent avait été crispée autour de celle de Freya, finit par se détendre, et puis, lâchement retomber le long de son flan. La sorcière lui lança un autre regard, mais lui, restait encore et toujours fixé vers le Maître des lieux.

Ce dernier insista avec un mouvement de sa main vers une des chaises :

- Asseyez-vous.

Thésée fut le premier à se mouvoir des deux, et la Nott continua à l'observer avec une expression tout à fait stupéfaite. Elle n'en revenait toujours pas ; comment Thésée avait pu accepter une telle offre ? Régler le problème des Moremplis… n'était-ce pas trop ambitieux ? Pour ne pas dire impossible ? A en juger par son expression encore amère, elle devina que cette idée de Dumbledore lui déplaisait pourtant tout particulièrement.

L'Auror s'arrêta à côté d'une chaise, et la tira simplement. Ses yeux gris retombèrent mécaniquement vers la Nott, encore figée au même endroit. Et là, elle comprit, la chaise était pour elle. Il pencha sa tête légèrement sur le côté, sans pour autant changer la froideur de son regard, et Freya ne se fit pas prier plus longtemps, elle sortit de sa paralysie et se hâta avec des petits pas vers la chaise, et s'assit en silence. Elle sentit le lourd regard de Thésée dans son dos, et puis, il finit par se déplacer lui aussi, vers une autre chaise, juste à côté de la sienne.

En face d'eux, Lage expira un nouveau nuage grisâtre :

- Nous partirons à la prochaine lune.

Freya leva les yeux vers le ciel, où un croissant bien entamé de Lune commençait à scintiller à travers le dégradé de plus en plus sombre. La prochaine pleine Lune ne serait que trois jours plus tard, elle allait le faire observer, mais le ton aride de Thésée vibrait déjà du tac au tac :

- Et pourquoi pas avant ?

Encore une fois, un certain amusement scintilla dans les yeux de leur hôte.

- Oh, et bien j'ai mes raisons… et elles sont avant tout techniques. La ville de Caxambu n'est accessible discrètement que dans certaines conditions.

Freya avait froncé ses sourcils, mais Thésée enchaînait déjà avec un ton tout aussi sec :

- Caxambu n'est pas notre destination, c'est l'école de Castelobruxo.

- Il nous faudra passer par cette ville pour accéder à l'école.

Lage lui adressa un autre sourire étonnamment patient avant d'écraser nonchalamment sa cigarette dans le cendrier. Sans plus de cérémonie, il s'était levé de sa chaise, glissant ses deux mains dans les poches de veste. Aussitôt, les elfes de maison s'affairèrent à débarrasser son verre, épousseter la table nappée et faire disparaître sa chaise.

Freya s'étonna :

- Vous ne restez pas diner, Monsieur Lage ?

Il lui adressa une expression tout à fait touchée, et plaqua sa main contre son coeur avec exagération :

- Oh, que vous êtes adorable. Non, je regrette, à vrai dire j'ai déjà diné.

Ses yeux pétillèrent alors qu'ils oscillaient vivement entre les deux sorciers, et il ajouta non sans sous-entendu :

- Je vous laisse tous les deux profiter de ce repas, au calme et en tête à tête.

Les deux sorciers allaient vraisemblablement répliquer quelque chose en simultanée, mais l'hôte enchaînait déjà :

- Ruby vous conduira à votre chambre, dès que vous aurez terminé.

Une elfe de Maison, qui se tenait juste derrière lui hocha mécaniquement la tête avant de faire glisser ses pupilles sombres vers les deux anglais.

Lage leur fit une petite courbette digne d'une chorégraphie du XVIIème siècle et leur souhaita :

- Bonne soirée Miss, Monsieur.

Dragonneau répondit avec un mouvement de tête si rigide qu'il fut à peine perceptible. Mais leur hôte avait déjà tourné les talons, et disparut rapidement derrière les arches de pierres de la cour.

Dès lors que son Maître eut disparu, l'elfe Ruby avait simplement claqué des doigts et les trois bougies qui étaient posées sur la table s'illuminèrent d'un seul coup et se mirent à flotter délicatement, comme le faisaient les nombreuses chandelles de Poudlard.

Et puis, Ruby disparut elle aussi, dans un autre claquement de doigts qui résonna contre les colonnes de pierres. Un léger silence s'installa autour de la petite table ronde nappée. On pouvait tout à coup entendre de nouveau les criquets, le vent souffler dans la forêt tropicale, le bruissement timide de l'eau du bassin de style antique... La lumière, si rouge quelques instants auparavant, s'était fanée, virant au pourpre. Et au loin, derrière la dense silhouette noire des arbres, on pouvait déjà distinguer un dégradé de violet sombre, un dégradé qui annonçait la douce transition d'une nuit d'été.

L'odeur apaisante de la forêt humide, de la tiédeur, les envahit lentement... mais cela ne suffit pas à calmer la douloureuse anxiété de Freya.

Elle jeta un vague coup d'oeil vers Thésée, dont la posture s'était finalement relâchée sur sa chaise, si bien qu'il semblait affalé contre le dossier. Il paraissait plus pensif que tendu désormais.

C'est la voix sifflante de la sorcière qui rompit le doux chant tropical :

- Je n'arrive pas à croire que Dumbledore…

Elle n'arriva même pas à trouver ses mots, et la fin de sa phrase s'évanouit dans un nouveau souffle de vent chargé d'humidité. Thésée ne releva pas les yeux vers elle, sa bouche se courba amèrement, et après un simple soupir, il commenta vaguement :

- Je partage votre ressenti.

Freya allait lui faire remarquer son manque d'enthousiasme soudain quant à l'affaire, mais Ruby apparut juste à côté d'elle, d'une manière si abrupte que la sorcière en avait sursauté. En un claquement de doigts, deux assiettes délicatement décorées de fleurs colorées se posèrent subtilement sur la table. Une carafe d'eau fraîche qui lévitait se déversa généreusement dans leurs verres de cristal et Ruby disparut une nouvelle fois dans une brume légère.

Les yeux bleus de la sorcière tombèrent vivement vers son assiette, et bien que son contenu eut l'air délicieux, son appétit n'était définitivement pas au rendez-vous. Depuis que Lage leur avait parlé de ce fichu pacte avec Dumbledore, le ventre de Freya n'était devenu que pagaille et douloureuse torsion.

En face d'elle, Thésée se redressa vaguement du dossier de la chaise, disposa grossièrement et avec hâte, la serviette de table en lin brodé sur ses genoux et se rua littéralement sur son repas. Les deux premières bouchées ressemblèrent à celles d'un affamé, et Freya réalisa que cela dût être le cas.

Elle pensa à voix haute :

- Vous... avez de l'appétit.

Il la regarda vivement entre deux fourchettes remplies de riz et de légumes avant de sortir de sa stupeur. Il se redressa aussitôt, et ajusta sa posture sur sa chaise, laissant retomber à contre-coeur la fourchette vers son assiette décorée. Il parut mal à l'aise, comme s'il venait de se rendre compte qu'elle était là et qu'il s'était comporté comme un bougre.

Il essuya vaguement sa bouche d'un revers de serviette.

- Pardonnez-moi... j'avais très... disons que le fait de revenir sur la terre ferme a réveillé mon appétit.

Elle se rappela qu'effectivement il n'avait pas beaucoup mangé sur le bateau, et que son visage eut été très pâle, presque blafard pendant toute la traversée.

Le Thésée devant elle ce soir-là n'avait rien à voir avec celui qu'elle avait côtoyé durant le trajet. Ses joues avaient repris leur teinte légèrement rosée derrière ses tâches de rousseur, et même s'il paraissait encore exténué par le voyage, il y avait un certain éclat dans son expression. Un éclat d'espoir.

Le noeud dans le ventre de Freya se resserra.

Et alors qu'il tentait de ralentir ses autres bouchées, elle balbutia avec anxiété :

- Vous ne paraissez tout à coup plus si inquiet que cela…

Il arracha son visage de son assiette une nouvelle fois et, après avoir dégluti, acquiesça simplement :

- C'est vrai.

Les sourcils châtains devant elle se froncèrent et puis, ses yeux gris tombèrent vers l'assiette intouchée de la sorcière en face de lui. L'Auror laissa retomber son dos contre le dossier de sa chaise, et après un petit instant de réflexion, lui expliqua :

- Dumbledore nous traite encore une fois comme ses pions, cela est vrai. Mais… plus j'y pense, plus je me dis qu'il n'aurait pas promis une pareille chose à Lage s'il ne nous en croyait pas capables.

Il prit une autre bouchée, alors que Freya hochait fébrilement la tête, encore à moitié convaincue.

Il enchaîna avec un soupir :

- Il doit avoir quelque chose en tête, même si encore une fois, j'ignore ce que cela peut être.

Freya se recula dans son siège, s'accordant inconsciemment un peu de relâchement dans son dos crispé. Il avait raison. Dumbledore savait sûrement ce qu'il faisait, et le fait de passer par Lage devait être le meilleur moyen de retrouver Norbert selon lui.

Thésée dût avoir le même chemin de pensées, puisqu'il ajouta avec une voix plus douce :

- J'imagine que… la perspective de retrouver Norbert me rend désormais plus impatient qu'inquiet, également.

Il fixa longuement Freya devant lui, un regard intense, empli d'émotions qu'elle ne sut toutes déchiffrer, et puis, après un énième pincement de lèvres, il conclut :

- Il me tarde de le revoir.

Freya eut un sourire doux, et elle répondit tout aussitôt :

- Je vous comprends.

Elle aussi, depuis ses rêves étranges, aurait souhaité revoir Marcus. N'était-il pas en danger après tout ? Et sa Mère, alors ? Son sourire s'effaça tout aussi vite qu'il était arrivé. Venir au Brésil ne la mènerait pas vers eux, ça, c'était certain. Ils étaient tous les deux quelque part en Angleterre à l'instant même où ils discutaient... même si sa mère demeurait encore introuvable.

Dragonneau dût capter son changement d'attitude :

- J'ai écrit à votre frère.

La sorcière remonta son regard vers lui à ces mots.

Il regardait son assiette, puis son visage, comme s'il espérait que cette phrase ravive son appétit visiblement absent. Comme elle paraissait d'autant plus pensive tout à coup, il remua sur sa chaise, et se pencha un peu plus vers elle, par-dessus son assiette désormais vide.

Ses yeux gris semblèrent chercher quelque chose dans les siens :

- Avez-vous eu… d'autres rêves à son propos ?

Donc, il la croyait finalement.

Elle eut un léger sourire, presque amusé, qui la distrait momentanément de ses pensées sombres. La jeune femme se pencha à son tour vers lui, avec une expression faussement surprise :

- Vous inquièteriez-vous pour mon frère, Monsieur Dragonneau ?

L'expression de l'Auror en face d'elle se renfrogna.

Il se recula un peu, avec des sourcils froncés et une moue dégoûtée :

- Non, pas vraiment.

Freya s'amusa vaguement de la réaction de son ancien patron, mais elle finit par dévier son regard, qui retomba dans son assiette pleine. Son sourire s'effaça de nouveau.

Elle répondit avec une voix si basse qu'elle fut à peine perceptible :

- J'en ai eu un autre.

Thésée se rapprocha une nouvelle fois vers elle, appuyant ses deux coudes sur la nappe dentelée. Les lumières des bougies qui flottaient autour d'eux se reflétaient dans ses yeux gris, tout à coup graves.

Freya ferma ses yeux quelques instants, comme pour se reconcentrer sur le récit qu'elle s'apprêtait à raconter. Sa voix fluette trembla malgré elle, se rappelant distinctement de l'expression froide et cynique de Thésée alors qu'il faisait face à Marcus ce jour-là.

- Vous… souvenez-vous de la veille de cette réunion chez Dumbledore ? La veille de… l'attaque du Pendentif.

Il hocha la tête sans rien dire.

Elle continua hâtivement, triturant ses mains sur la nappe blanche :

- Nous nous étions disputés et je triais les Brochures du-…

- Vous dormiez sur ces Brochures.

Il l'avait reprise avec un pétillement amusé dans ses yeux gris, comme si cela le divertissait grandement de se rappeler de la sorcière avachie sur un tas de paperasse. Peut-être même qu'elle avait ronflé ? Cette dernière pensée la figea, et elle implora automatiquement Merlin pour que ce n'eut pas été le cas.

Elle reprit le fil de son récit en camouflant piètrement son amertume :

- Lorsque je suis remontée dans le Grand Hall, je vous avais aperçus, Marcus et vous en train de… discuter.

Aucun changement d'expression sur le visage de Thésée.

Et Freya ajouta fébrilement :

- J'ai vu cette discussion.

Cette fois-ci, Thésée se figea.

Son expression était devenue glacée, et cela déstabilisa encore plus Freya, si bien qu'elle se mit à balbutier :

- Bien que je ne comprenne pas trop pourquoi j'ai eu une vision de la sorte…

Comme l'Auror devant elle n'avait pas réagi, elle continua avec un plus grand malaise encore :

- C'est toujours comme cela, normalement il y a toujours une signification, un… message. Et là, je ne l'ai pas compris.

La mâchoire de Thésée s'était contractée, et son regard dévia nerveusement vers le bassin de pierres, de plus en plus plongé dans l'obscurité de la nuit tropicale.

Après un petit moment, il demanda sombrement :

- Est-ce la seule discussion dont vous avez été témoin ?

Il se pinça les lèvres, et parut soudainement plus mal à l'aise qu'en colère.

- Je veux dire, une discussion entre votre frère et moi.

- Oui, c'est la seule que j'aie vue.

Ses sourcils châtains se décontractèrent, comme si sa réponse eut été un véritable soulagement.

Freya s'enquit curieusement :

- Cela vous inquiète ?

Ruby était apparue à leurs côtés avant même qu'il ne puisse répondre quoique ce soit. D'un claquement de doigts, elle fit disparaître les assiettes des deux sorciers, et deux autres, plus petites, se posèrent devant eux. Dans leur creux de porcelaine, se trouvait un délicat gâteau de crème et de fruits.

Thésée attendit que l'elfe Ruby disparaisse de nouveau avant d'attraper sa cuillère.

En grognant presque, il expliqua :

- Disons qu'il y a eu des discussions plus virulentes que d'autres. Et je ne serais pas fier que vous voyiez celles-ci.

Il enfourna une première cuillerée, généreuse, et se pencha au-dessus de son assiette, comme si cela allait camoufler son expression soudainement mal à l'aise et bougonne.

Freya le toisa avec surprise, et après un clignement d'yeux confus, demanda :

- A quel sujet ?

Il s'interrompit alors qu'il mâchait pour la regarder, son expression fut inintelligible, coincée entre malaise, surprise et intensité.

Sa voix rauque finit par articuler :

- A votre avis…

Il ne la quitta pas des yeux et ajouta, sa voix devenant du velours :

- Il s'agissait de vous, bien sûr.

Ses yeux s'illuminaient d'une lueur tendre, si tendre, que cela rappela à Freya son regard lors de leur danse de la veille, lors du Bal donné par le Capitaine. Cette danse avait été chaotique, et Freya faillit rire en y repensant, la maladresse de leurs pas, de son étreinte autour de ses épaules.

Un doux sourire naquit sur ses lèvres rouges, et celui de Thésée s'agrandit tendrement, comme s'il avait repensé à la même chose qu'elle.

La sorcière se rappellerait toute sa vie de cette nuit-là, de ces lumières, de cette salle de Réception si grandiose, si art déco, de tout cet or, ce Champagne… de cette ivresse de vivre malgré la tempête qui grondait dehors et qui menaçait de retourner le navire tout entier.

La tempête.

Le sourire de Freya se fana, et son regard se perdit dans le paysage à sa droite, au-delà du bassin antique et des colonnades majestueuses. Ses yeux balayèrent les cimes mouvementées des arbres de la forêt tropicale. La forêt n'était devenue qu'une ombre désormais. Dangereuse. Menaçante. Mystérieuse. Les cimes, les lianes et les branchages ciselaient le dégradé sombre de ce ciel empourpré, créant des motifs étranges et noirs comme le coeur de la nuit.

Non, jamais elle n'oublierait cette nuit.

La nuit de la tempête.

La nuit où elle fut torturée, au même titre que Faucett.

La nuit où elle avait tué un autre sorcier.

Freya sentit son coeur se remplir de noirceur, si bien qu'elle le sentit même s'alourdir dans sa poitrine. Ses lèvres prirent une courbe aigrie, sans qu'elle puisse le réaliser vraiment.

Le souvenir du regard vitreux de MacDuff, à jamais figé, face contre terre, lui revint. Son immonde collier de dents humaines, ses idées noires et ses paroles acerbes et folles. Et ce faisceau de vert. Ce sortilège qui avait jailli de la baguette entre ses mains, et cette terrible formule qu'elle avait hurlé, du haut de ses poumons…

- Qu'y a-t-il ?

Freya sursauta, et regarda Thésée avec un air si surpris qu'il le fut aussi.

Elle resta bloquée un petit instant ainsi, et puis, voyant les sourcils de Thésée se creuser avec inquiétude devant elle, elle finit par articuler faiblement :

- Je… repensais juste que…

Elle passa une main devant son visage, se sentant tout à coup fatiguée. Comme si le fait de repenser à ce sortilège la vidait littéralement de son énergie.

L'Auror devant elle recula un peu sa tête, comme s'il comprenait déjà clairement où elle voulait en venir. Elle continua tout de même, dans un effort qui lui parut surhumain :

- Hier comme maintenant je dansais avec vous, et puis…

La voix de Thésée devint aussi rigide que du métal :

- C'était lui, le Monstre, Nott. Pas vous.

Elle prit un instant pour observer l'expression résolue devant elle.

Et alors qu'elle hochait fébrilement la tête avec l'esquisse d'un faux sourire rassuré, son cerveau divaguait déjà.

Une voix lui disait : « mais tu vas recommencer, n'est-ce pas ? »

Devant elle, Thésée parut étonnamment convaincu par l'expression de la sorcière, et il rattrapait sa cuillère en annonçant, comme s'il s'agissait d'un sujet clos :

- Cessons de parler de cela, Nott.

Freya hocha la tête une nouvelle fois.

Quelle hypocrisie.

La voix elle, lui chuchota : « Tu vas recommencer. Tu vas lui faire payer. »

Elle parvint même à esquisser un autre faux sourire à Thésée.

« Tu vas tuer Grimmson. »


Après le repas, que Freya avait définitivement laissé intouché, l'elfe de maison Ruby était bel et bien venue les chercher. Elle les guida sans un mot et solennellement vers l'intérieur de la Demeure de Lage. Thésée laissa passer Freya devant lui, et il se mirent à suivre la petite elfe.

L'intérieur était peu illuminé, seuls quelques bougeoirs et chandelles éclairaient faiblement les grands murs de pierres, les tapisseries et les oeuvres d'art en tous genres. Freya les balaya d'un air vigilant. Curieusement, tout était dépareillé dans cet intérieur. Les oeuvres aux murs correspondaient à des oeuvres de style européen, mais aussi à des oeuvres locales, traditionnelles. Les tapis contre le sol de pierre étaient tous de motifs géométriques et colorés, tranchant avec le solennel des sobres portraits de famille qui bordaient le hall de l'escalier.

L'escalier, d'ailleurs, était de bois, plus récent, sans aucune doute.

Il était assez large, et sa rambarde était très organique, rappelant à Freya les courbes des lianes qui s'étaient emmêlées dans la forêt qu'ils avaient traversée pour arriver jusqu'ici.

Freya posa sa main sur le début de la rambarde et sursauta vivement en s'écriant :

- Merlin !

Il y avait une sculpture d'un vieillard, taillé dans le bois, qui trônait en bas des escaliers. Il était celui qui terminait la balustrade, et était représenté comme un personnage qui tirait sur la rampe, comme pour la garder tendue. Le petit personnage lui avait donné une petite tape dans la main, et Freya le regardait avec un air abasourdie.

Elle s'était même reculée d'un pas, tant elle avait été surprise de voir cette sculpture bouger.

- Ne touchez pas sa tête. Il n'aime pas ça.

Le regard ahuri de la sorcière glissa vers Ruby, l'elfe qui était déjà à mi-chemin dans les escaliers. L'elfe la regardait d'un air neutre, et sans plus de cérémonie, se remit en route.

La sorcière regarda une dernière fois le petit personnage qui la fusillait vraisemblablement du regard, avant de grimper à pas hâtifs, sans oser reposer sa main sur la rambarde.

Ils arrivèrent dans un étroit hall de pierres, un peu plus nu que le rez-de-chaussée.

Au sol, un long tapis de motifs géométriques les accompagnait vers un couloir assez long, bordé de portes anciennes. Freya ne sut pas s'il s'agissait de sa soudaine fatigue, mais elle jura voir les motifs du tapis bouger alors qu'ils s'avançaient dans le corridor.

L'elfe de Maison se stoppa entre deux portes, et les indiqua avec chacun de ses maigres bras, comme l'aurait fait un lugubre pantin.

- La Chambre de Miss, ici. La Chambre de Monsieur, là.

Freya resta plantée là un petit instant, fixant tour à tour la porte rigide et sombre de sa chambre, puis Dragonneau, à côté d'elle dans le couloir. La lumière de la lune les atteignait grâce à une ouverture, au fond du corridor, frappant la silhouette calme de Thésée, si bien qu'elle ne put apercevoir ni décrypter son expression alors qu'il tournait la tête vers elle.

- Les bagages sont dans les chambres.

La voix de Ruby était si morne que Freya devina aisément qu'elle ne les appréciait pas.

Après un vague regard aux deux sorciers anglais, Ruby claqua ses doigts et disparut dans le silence de la nuit.

Freya Lança un regard hésitant vers Thésée.

Elle n'était pas rassurée.

Devait-elle lui demander de rester avec lui, cette nuit encore ?

Il la regardait, lui aussi, comme s'il attendait patiemment qu'elle dise quelque chose. La lumière blanche de la lune dessinait tous ses nobles contours, mais l'expression de son visage demeura plongée dans l'obscurité, si bien que Freya ne sut la déchiffrer.

L'image de son regard brûlant, plus tôt dans la journée lui revint comme dans une vague de chaleur. Ses yeux gris et intenses, juste au-dessus des siens, sur le lit de sa cabine. Ses mains sur ses poignets, sa chaleur. Et ce soupir, ce terrible soupir qu'elle avait fait en appelant son nom. Une vague de rouge lui monta aux joues, comme si elle avait mangé une friandise explosive.

Elle tenta de l'observer dans l'obscurité, mais n'y parvint pas.

D'autres images lui revinrent, bien qu'elle eut envie de les chasser.

Elle se rappela distinctement qu'il avait voulu l'embrasser.

L'embrasser. Et qu'elle l'avait lâchement et terriblement esquivé.

Freya déglutit de travers, et se retint de s'étouffer dans le silence du corridor.

Elle se rappela en avoir eu vraiment envie, mais aussi d'avoir été très intimidée et déstabilisée. Son coeur se mit à battre la chamade. Oh Merlin, qu'elle avait honte.

La sorcière abandonna rapidement l'idée de lui demander de rester avec elle, une nuit de plus. La vague de honte lui donna comme un coup de chaud, comme s'il ne faisait déjà pas assez étouffant dans ce couloir de pierre.

Elle formula un sourire nerveux, et avec une voix hésitante, elle balbutia :

- Oh... et bien… Bonne nuit.

Freya s'avança vers la poignée de sa porte, pour la tourner, mais dans l'obscurité et dans la confusion de l'instant, ne la trouva pas du côté où elle s'était placée. Sa main heurta juste le plan boisé vide.

C'est Dragonneau qui tendit vaguement sa main vers la poignée, située à l'autre extrémité du plan boisé. Sans le moindre effort apparent, il tourna la poignée de porcelaine et la porte d'ouvrit dans un léger grincement.

Elle se sentait idiote.

Et même sans pouvoir décrypter l'expression sur le visage de l'Auror à côté d'elle, elle perçut sans mal le sourire amusé dans le son de sa voix grave :

- Bonne nuit, Nott.

Elle se maudit.

Et elle maudit Merlin également.

Après un geste furtif de la tête, elle se hâta dans sa chambre et referma la porte derrière elle. Elle resta le dos plaquée contre cette dernière un tout petit instant, mais assez pour entendre les pas calmes de Thésée se diriger vers la chambre voisine, puis le son de sa porte se refermer derrière lui.

Ses yeux balayèrent rapidement sa chambre.

La tiédeur ambiante fit qu'elle retira rapidement son petit chapeau cloche et sa veste, qu'elle disposa vaguement sur un petit fauteuil en lin pâle juste à côté de la porte.

La chambre était très simplement décorée, le lit était grand, bordé de linges clairs et légers. Freya fit quelques pas vers le lit, comme pour l'inspecter d'autant plus. Il avait l'air confortable. La lumière des bougies sur sa table de chevet vibrait un peu, la grande porte-fenêtre était ouverte, et ses rideaux se soulevaient avec une brise légère emplie d'humidité.

Après s'être rincée dans la salle d'eau juxtaposée à sa chambre, la sorcière anglaise, revêtant sa longue chemise de nuit blanche, se stoppa vaguement devant la fenêtre. Elle pouvait apercevoir les hautes cimes irrégulières de la forêt tropicale lorsque les rideaux blancs se soulevaient lentement. L'odeur de la nuit, le calme et les chants des criquets l'apaisaient.

Elle se demanda vaguement si Thésée ressentait le même apaisement, de l'autre côté du mur.

Et puis, elle finit par se mouvoir lentement, et se glissa sous ses draps clairs.

Elle ne mit pas longtemps à s'endormir.

A peine quelques minutes.

Et le noir l'engloutit.

Elle était dans sa chambre.

Pas la chambre aux couleurs claires, à l'odeur tropicale, ici au Brésil… non. Il s'agissait de sa chambre, sa chambre au Manoir Nott, en Angleterre.

Elle reconnut son parquet sombre, ses boiseries anciennes et grinçantes, cette odeur de bois, de poussière et de son parfum, encore posé sur sa coiffeuse, comme si elle eut été là quelques secondes auparavant, en train de se brosser les cheveux.

Le vent était froid.

Glacé.

Il s'engouffrait dans la pièce par la porte-fenêtre, largement ouverte, et d'où les flocons de neige virevoltaient jusqu'à disparaître sur le plancher irrégulier. Le plancher, d'ailleurs… on ne l'apercevait presque plus. Il était recouvert de feuilles, de parchemins aux tailles et aux graphismes identiques ; certains volaient encore à travers la pièce, secoués et emportés par le vent d'hiver.

Freya ne tarda pas à se rendre compte que sa chambre était bel et bien sans dessus dessous. On avait été là. On avait cherché quelque chose… mais l'avait-on trouvé ?

Son reflet dans le miroir de la coiffeuse l'alerta.

Elle avait sa chemise en soie rouge sombre, sa baguette solidement coincée dans le creux de sa main… ce dernier lui piquait intensément. Et cette douleur, cette allure, ces vêtements… cette scène. Absolument tout lui était familier.

Il s'agissait de son rêve éveillé.

L'épreuve qu'elle avait subi au Ministère, lors de son recrutement en Novembre dernier.

Une vague d'angoisse l'effleura… sans la faire paniquer, tout du moins.

En fait, sa peur était dominée par autre chose… par la curiosité, par une soudaine réalisation.

Ses yeux étaient tombés à ses pieds, où une des nombreuses Brochures qui parsemaient le sol gisait. L'illustration art nouveau de la Diseuse de Bonne-Aventure était là, à peine animée.

Et lorsqu'elle se saisit de la Brochure de papier vieilli, la tâchant au passage du rouge qu'il y avait au creux de sa main, elle murmura :

- Revelio.

Et les mêmes lettres incomplètes apparurent sous l'illustration de la Diseuse de Bonne-Aventure :

« »

Les mêmes fichues lettres qu'elle n'avait pas réussi à déchiffrer lors de cette épreuve.

Son coeur manqua un battement.

D'autres lettres apparurent, se glissant entre celles qui figuraient déjà sur le parchemin tâché… et Freya ne put retenir un petit hoquet de surprise, alors que le nom était désormais complet :

« RIO DE JANEIRO »

Sa main trembla.

La Brochure lui échappa des mains.

Mais avant qu'elle ne puisse toucher le plancher glacé du Manoir Nott, tout était redevenu noir.

Et le reste de son sommeil ne fut qu'une intense obscurité.

Une absence de rêve et de trouble qui fit de cette nuit une des plus reposantes qu'elle eut connu dernièrement.

Son réveil fut tout aussi doux que l'avait été la fin de sa nuit.

Progressif, reposant.

Dehors, le soleil brillait déjà bien fort, et des oiseaux s'étaient mis à siffler des chants qu'elle n'avait jamais entendus auparavant. Freya, ce matin-là, se sentait comme sur un nuage ; légère, reposée. Et ce fut avec le sourire aux lèvres qu'elle descendit les marches de pierres qui menaient à la cour bordée d'arches et de colonnades.

Le lieu était tout aussi ravissant que la veille, lors de leur arrivée, et la sorcière anglaise fut ravie de redécouvrir cet endroit illuminé d'une autre lumière ; celle du matin.

Sous les arches, justement, se trouvait une petite table ronde, là où Thésée et elle avaient dîné la veille. A cette table, se trouvaient déjà l'Auror et Monsieur Lage, le propriétaire.

Le duo était étrange à observer, bancal, même.

Alors que Thésée tentait, semblerait-il, de se concentrer sur un journal local, le propriétaire des lieux étaient en train de lui parler sans cesse, comme un véritable perroquet bavard.

En s'approchant d'eux, le sourire de Freya se fana un peu alors qu'elle aperçut les gros titres du journal local. Même si elle ne comprenait pas le Portugais, elle devina aisément quel était le sujet de cet article à la une : une nouvelle attaque de Moremplis.

- Bonjour Miss Nott.

Elle faillit sursauter, tant elle avait été absorbée par le journal.

Surprise, elle toisa le propriétaire, qui semblait ravi de son arrivée.

Elle lui renvoya un mince sourire poli, sentant désormais que Thésée avait baissé son journal pour la regarder :

- Bonjour Monsieur Lage.

Lage mit une main sur sa poitrine et s'enquit rapidement :

- Avez-vous passé une bonne nuit ? J'espère que la chambre est à votre goût.

- Tout à fait, ma nuit a été très bonne, merci.

Il sembla exagérément soulagé de cette réponse, comme si cela l'avait empêcher de bien dormir la nuit passée. Mais il se leva, comme sur un ressort, prenant appui sur une canne élégante en bois sculpté. Il lui fit un signe de main vers sa chaise, en diagonale de celle de Thésée :

- Merveilleux. Prenez place, je vous en prie.

Freya ne se fit pas prier, et s'assit lentement alors que Lage l'assommait déjà de maintes paroles :

- Je discutais justement avec Monsieur Dragonneau.

Freya lança un regard dans la direction de l'Auror, qui lui renvoya des yeux agacés de derrière son journal. Visiblement, la discussion en question l'avait contrarié. Poliment, Freya demanda au propriétaire des lieux :

- Oh, et quel était le sujet de votre-…

- Les Moremplis, bien sûr !

Il l'avait vivement coupée, en balançant ses bras vers le ciel, comme s'il s'agissait d'une évidence.

Alors que Freya glissait un autre regard, furtif, vers Thésée, Lage continua avec un débit de parole considérable :

- Ces satanées créatures… Il y a eu de nouvelles disparitions à Caxambu cette nuit. Ces attaques sèment la pagaille, aussi bien dans les rues, que dans notre Ministère…

La sorcière ne put ajouter quoique ce soit puisqu'il enchaînait encore :

- Dumbledore me disait que vous aviez une invasion de Détraqueurs… Comme tout cela est inquiétant.

Il y eut une légère pause pendant laquelle Freya ne sut que répondre à l'homme devant elle.

Thésée ne souhaitait visiblement pas rebondir suite à cette longue tirade, puisqu'il resta silencieux.

Freya se pinça vaguement les lèvres, comprenant que la discussion que Lage avait eu avec son ancien patron devait être, en réalité, un long monologue de sa part… Un long monologue qui dût agacer Thésée.

Lage lui fournit un sourire un peu trop attendri, et avec un geste vers la table nappée, il invita :

- Je vous laisse savourer votre petit-déjeuner.

Freya hocha la tête, encore un peu assommée par le flot de paroles qu'elle venait de recevoir de manière frontale, si tôt le matin. Mais Lage ne s'éloigna pas tout de suite, à vrai dire, il ajouta avec ce même sourire dégoulinant de politesse :

- Nous partons dans un peu plus d'une heure. Alberto est parti préparer la voiture.

Cette fois-ci, Freya tiqua :

- Où allons-nous ?

Un autre sourire.

- J'ai quelques courses à faire en ville… et Dumbledore m'avait fait comprendre que vous en aviez aussi aujourd'hui.

Cette fois-ci, Thésée laissa complètement retomber son journal, cognant presque la tasse presque vide de café noir. Freya lui lança un regard empli de questions, et puis, le redirigea aussitôt vers leur hôte :

- Nous n'avons pas de-…

- Retrouvons-nous sur le perron dans une heure.

Il était déjà parti, à pas rapides, vers les marches de pierre.

Freya resta sans voix un instant, et puis, elle balbutia vers Thésée, complètement interloquée et confuse :

- Des courses à faire ?

L'elfe Ruby apparut dans un vague nuage à ses côtés, lui déposant un petit plat salé et une tasse de café, avant de disparaître aussi vite qu'elle était apparue.

Thésée semblait fixer les escaliers, où Lage avait disparu quelques secondes plus tôt, avec une expression amère, et puis, il haussa les épaules et soupira avec un mélange d'agacement et de renoncement :

- Seul Merlin sait ce que Dumbledore nous réserve encore.

Les yeux de Freya tombèrent vers sa tasse et son assiette.

Son appétit n'était toujours pas revenu.

- Vous avez réellement bien dormi ?

Le regard gris à côté d'elle était suspicieux.

Mais elle le rassura avec un sourire sincère et un hochement de tête vif :

- Oui, extrêmement bien.

Cette réponse parut sincèrement le soulager, puisqu'il émit un léger sourire qui éclaira l'ensemble de son visage. Lui aussi paraissait reposé. Son teint était redevenu rosé, et les cernes violacée sous ses yeux n'étaient plus. Il dut sentir qu'elle l'observait car il dévia une nouvelle fois ses yeux gris de son journal… et ces mêmes yeux gris tombèrent vers l'assiette intouchée de Freya.

Il l'incita avec des sourcils froncés :

- Vous devriez manger, Nott. Vous n'avez rien avalé hier.

L'expression de Freya se tordit dans une grimace, sans même qu'elle l'eut pensé.

Elle n'avait pas faim.

Devant elle, Thésée plia soigneusement et posa son journal sur la table avant de se pencher vers elle avec des yeux gris intenses. Sa voix grave finit par articuler lentement :

- Je sais.

La sorcière releva ses yeux vers lui.

Sa voix avait été si douce, qu'on aurait dit un souffle.

Et son regard gris était à la fois tendrement soucieux et lourd de vérité.

Il répéta avec plus de gravité :

- Je sais ce que ça fait.

Dans ses yeux, Freya décela une lueur de tourments. Ils s'étaient assombris d'un coup, comme si le fait de sous-entendre ces faits de guerre, ces crimes, lui en avait rappelé la violence.

Thésée sembla retenir une grimace de douleur, et puis, il laissa tomber ses yeux vers la nappe, ne pouvant certainement plus soutenir le regard de la sorcière devant lui. Il se pinça les lèvres, et après une courte pause, il replongea son regard dans le sien, avec plus de douceur cette fois.

Sa voix grave insista :

- Mais vous devez vous nourrir.

Il lui esquissa un sourire triste.

Et même si Freya n'avait pas faim, elle se força à se saisir de sa cuillère.

Et ce fut sous son regard doux, qu'elle prit ses premières bouchées. D'abord, elle eut l'impression de manger du sable, une substance sans goût, sans saveur ni texture. Et puis, plus elle mangea, plus elle se rendit compte qu'elle était en réalité affamée.

Ce fut comme si son corps s'était tout coup réveillé, comme si ses sens revenaient peu à peu.

Oubliant Thésée en face d'elle, elle se rua sur son assiette, et se mit à dévorer son contenu à coups de cuillères.


Elle se rinça le visage une dernière fois, appréciant la fraîcheur de l'eau sur sa peau.

Freya jeta un coup d'oeil vif vers la fenêtre de sa chambre, grande ouverte, d'où les rideaux se soulevaient avec le vent. Mais la sensation de fraîcheur disparut bien vite, laissant place à cette moiteur, cette chaleur locale à laquelle elle n'était terriblement pas habituée.

Ses yeux bleus dévièrent rapidement vers la pendule en bois brun, accrochée au mur pâle de sa chambre. Lage et Alberto devaient certainement déjà les attendre au perron de la Demeure Lage.

Elle se hâta en dehors de sa chambre, emportant avec elle son petit chapeau cloche en feutre beige, qu'elle s'empressa d'enfoncer sur sa tête, espérant qu'il ne dénature pas totalement ses boucles noires serpentines.

La sorcière toqua distinctement trois fois à la porte de Dragonneau.

Aucune réponse. Peut-être était-il déjà en bas, lui aussi ?

Elle tenta de nouveau, juste pour s'en assurer.

Se raclant la gorge maladroitement, elle demanda :

- Etes-vous prêt ?

Puis, avec la même voix hésitante, appela :

- Monsieur Dragonneau ?

Elle laissa retomber sa main le long de ses hanches.

Il devait être en bas, cela ne faisait aucun doute.

La jeune femme tourna alors les talons, et ne fit qu'un seul pas avant que l'on ne l'appelle :

- Nott ?

La jeune femme balbutia avant même de se retourner :

- Oh, je suis navrée, je voulais juste savoir si vous étiez prêt à partir-…

Elle se figea une fois retournée vers son interlocuteur.

Thésée Dragonneau était bien là.

Debout, une main solidement posée contre l'encadrement de la porte boisée. L'autre main était occupée à s'éponger le visage avec une serviette blanche qui reposait sur ses épaules nues.

Freya sentit le rouge lui monter aux joues dès lors qu'elle se rendit compte qu'il était torse nu. Elle allait se retourner de nouveau, par décence, et proposer de l'attendre en bas, avec les autres ; mais il parla le premier :

- Entrez.

Et il disparut dans sa chambre.

Freya resta interdite et paralysée un petit instant.

Et alors que son cerveau lui disait d'aller attendre au perron, ses jambes en avaient visiblement décidé autrement : elles s'avançaient à grands pas de la chambre de Dragonneau. Et avant-même qu'elle ne puisse réaliser quoique ce soit, elle y était déjà entrée.

Il était là, de dos, toujours en train d'essuyer l'arrière de sa tête avec la petite serviette blanche.

Sa voix grave ricocha contre un mur avant d'arriver jusqu'à elle :

Je suis prêt dans quelques minutes.

Sa voix resta maladroitement coincée dans le fond de sa gorge.

Ses yeux, étaient coincés eux aussi. Verrouillés sur Dragonneau, rivés sur son grand dos à la peau pâle et légèrement tachetée. Freya déglutit de travers, s'étouffant presque. C'était tout bonnement ridicule, elle restait plantée là, paralysée, à fixer la peau nue de son ancien patron. Une partie de son cerveau lui hurla que cela était particulièrement indécent, mais l'autre…

Dragonneau dût sentir son regard, puisqu'il s'était retourné.

Freya jura se sentir devenir plus rouge encore. Ses yeux parcoururent vaguement le torse mis à nu devant elle, et cette fois-ci Thésée laissa retomber un peu la serviette qu'il avait dans la main. Elle tomba lâchement sur son épaule.

Sa voix grave demanda :

- Qu'y-a-t-il ?

Les yeux de Freya remontèrent aussitôt vers son regard gris.

Sur le moment, il parut réellement soucieux, comme s'il pensait qu'elle ne se sentait pas bien. Et puis, comme elle devait être écarlate, son expression soucieuse disparut, laissant place à un étonnement, puis à une lueur d'amusement. Un coin de ses lèvres s'était soulevé, et il laissa échapper un souffle amusé.

Freya sortit de sa paralysie, ressentant un vif embarras. Elle se mit à balbutier, tout en agitant fébrilement ses mains devant elle :

- Oh-… rien du tout… ce n'est rien.

Il glissa une main dans la poche de son pantalon, lui donnant son air nonchalant habituel, et puis, il s'avança lentement, avec cette même expression amusée, et vraisemblablement consciente de l'embarras de la sorcière. Freya ne bougea pas, comme si ses pieds eurent été vissés au parquet de la chambre. Il finit de s'approcher, si près, qu'elle pouvait sentir sa Cologne Mentholée, et la chaleur de son corps émaner de lui. La nervosité de Freya atteignit des sommets.

Elle déglutit de nouveau, cherchant des yeux une quelconque échappatoire.

Et elle la trouva.

Le mur blanc de la chambre de Thésée était recouvert de photographies, de cartes, de divers articles et papiers… Une pile de documents, défaite et en désordre, gisait au pied de ce même mur, juste à côté de la valise ensorcelée entrouverte.

Alors qu'il allait lui dire quelque chose, elle le coupa vivement :

- Vous avez installé tout ceci hier soir ?

Elle fut honteuse de réaliser à quel point sa voix eut été déraillante.

Freya sentit très clairement qu'il l'observa intensément un instant, et puis, il refit son soupir amusé, bien qu'il sonna un peu désappointé cette fois. Il recula d'un pas, comme pour remettre un peu de distance entre eux. Freya dût agiter sa main près de son visage, tant elle avait chaud.

- La nuit dernière, oui.

La voix de Thésée était quelconque, mais son regard demeurait pétillant.

Freya comprit qu'il savait pertinemment qu'elle l'avait une nouvelle fois évité.

Elle lui lança un regard soupçonneux, tout en espérant qu'il cache son expression désarçonnée :

- N'avez-vous pas dormi ?

Son regard s'attendrit.

Et il tendit sa main pour finalement la poser sur le haut du chapeau de Freya, où il exerça une gentille pression. Il tapota le haut de son crâne, comme Norbert aurait tapoté celui de Bernie, et puis sa main glissa sur le bord droit de son chapeau, qu'il fit mine de réajuster, et puis ses doigts frôlèrent son visage. Avec ce même regard tendre, il attrapa une mèche de cheveux de Freya entre ses doigts et l'ajusta elle aussi.

Sa voix grave souffla avec un sourire :

- Ne vous inquiétez pas, Nott. Je suis parfaitement reposé.

Alors qu'elle devait être une fois de plus totalement médusée, il laissa retomber sa main, et avec un dernier sourire amusé, tourna les talons et se dirigea vers la salle d'eau de sa chambre. Dès lors que la porte fut fermée, Freya prit une grande inspiration, comme si elle avait été en apnée tout ce temps. Son coeur battait si fort dans sa poitrine qu'elle dût y plaquer sa main pour l'empêcher de jaillir d'entre ses côtes.

Elle réajusta son chapeau avec nervosité et se mit à faire les cent pas. Merlin, elle aurait voulu se nicher dans un trou. Disparaître.

Elle se stoppa, à la fois dans ses pas et ses pensées.

Son soulier avait maladroitement buté contre un objet lourd qui glissa un peu contre le vieux parquet. Se retenant de jurer, elle regarda l'objet en question : la valise.

L'ancienne valise de Norbert.

Machinalement, et sans effort, elle l'ouvrit complètement, laissant le rabat lourdement retomber contre quelques paperasses qui s'étaient échappées de la pile de documents de Thésée. Jetant un dernier regard vers la porte de la salle de bain, encore fermée, elle entama sa descente dans la valise.

En sortant du petit cabinet de bois qui abritait les escaliers escarpés, Freya retrouva les grandes et fausses plaines verdoyantes, le vent frais et agréable d'un début de Printemps. Elle ferma les yeux un instant, prenant une grande bouffée de cet air si différent de celui de Rio.

Un petit cri la fit sursauter.

Mais elle sourit dès lors qu'elle aperçut la source de ce cri : Bernie.

L'Hippogriffe était là, couché au sol, et alors qu'il l'aperçut, il s'était immédiatement relevé sur ses pattes. Freya s'inclina tout aussitôt, et après un petit instant, l'animal l'imita, pointant le sol avec son bec grisé.

Le sourire de Freya s'agrandit, et elle s'avança vers la créature.

Elle lui caressa les plumes, et son bec abîmé, et l'autre lui rendait bien : il se frottait contre son ventre et ses épaules dans des gestes tendres.

Mais ces gestes s'interrompirent rapidement.

Bernie s'était figé, et Freya le sentit se redresser.

- Je n'aime vraiment pas que vous descendiez seule ici… avec ça.

Freya se retourna vivement vers le cabinet de bois.

Son sourire se fana un peu en voyant l'expression devant elle.

L'expression noire de Thésée, très différente de sa douceur et son amusement de quelques minutes auparavant. L'Auror fixait Bernie avec un regard méfiant, dangereux.

Et puis, Bernie finit par s'en aller de lui-même, galopant vers l'extrémité imaginaire du pré verdoyant. La sorcière le regarda partir avec un mélange de tristesse et de douceur. Après quelques instants, elle haussa les épaules en direction de Thésée :

- Norbert vit en permanence avec ces créatures…

Cette réponse ne parut pas lui plaire.

Il rétorqua sèchement :

- Norbert sait ce qu'il fait.

Il ajouta en s'approchant un peu d'elle :

- C'est son métier, et c'est dans sa Nature.

Il s'approcha encore, avec cette même lueur soucieuse dans ses yeux gris. Il avait toisé Bernie, qui s'était arrêté au loin, et sans quitter la créature des yeux, il conclut sombrement :

- Norbert sait que ces créatures sont parfois plus dangereuses qu'elles n'y paraissent.

Freya se demanda ce qu'il voulait bien dire.

Il y avait quelque chose entre Bernie et lui, qui la dépassait.

Mais avant même qu'elle puisse lui demander quoique ce soit, il avait ajouté mécaniquement :

- Venez, la voiture nous attend.

Freya lança un dernier regard à Bernie, avant de suivre son ancien patron dans le cabinet de bois.


- Alberto va nous déposer à la Real Gabinete Português de Leitura.

Freya et Thésée, maladroitement assis à l'arrière de la voiture noire, ne répondirent rien. A vrai dire, il y avait eu un étrange et lourd silence entre eux depuis qu'ils étaient remontés de la valise de Thésée. La sorcière jeta un vague regard vers l'Auror, espérant peut-être qu'il réagisse aux paroles de leur hôte, mais elle n'obtint pas de regard en retour. Son visage était fixé vers la fenêtre, par laquelle on voyait défiler la verdure dense et tropicale.

Devant leur manque de réponse, Lage se tourna un peu sur son siège, et ajouta avec un air savant :

- Il s'agit de la Bibliothèque la plus ancienne et la plus importante de cette ville.

Toujours aucun mouvement de la part de Thésée.

Freya remua nerveusement sur son siège en cuir, faisant crisser ce dernier avec le lin de sa robe courte. Elle réajusta d'ailleurs la longueur de ses jupons en tirant un peu dessus, ramenant le tissus beige vers ses genoux encore abîmés de la Tempête.

Comme elle ne savait pas quoi dire, ni où leur hôte voulait en venir, elle questionna poliment :

- Vous… devez consulter des livres ?

Lage parut, pour la première fois, un peu impatient.

- Oh, Merlin, non. Cette Bibliothèque nous donne accès à l'Entrada de Lua.

Freya lui renvoya un air interrogateur et désolé.

Lage réajusta son chapeau gris, assorti à son costume trois pièces, et expliqua impatiemment :

- Un lieu de commerces magiques.

Et il se tourna de nouveau vers elle, puisqu'elle était la seule interlocutrice :

- Vous ne connaissez vraiment rien de notre pays, pas vrai ?

La sorcière anglaise lui fournit un sourire navré :

- Malheureusement, non, Monsieur Lage.

Il fit un vague geste de la main, et il haussa les épaules.

Son accent chantant finit par se résigner :

- Oh, eh bien ma foi, j'imagine que vous profiterez de vos… courses pour découvrir ce lieu, alors.

Cette fois-ci, l'intérêt de Thésée sembla revenir un peu.

Il avait tourné la tête vers leur hôte avec un visage aussi froid que l'hiver qu'ils venaient de passer en Angleterre.

La sorcière questionna avec malaise :

- Excusez-moi, Monsieur Lage, mais… est-ce qu'à tout hasard le Professeur Dumbledore vous aurait expliqué ce que nous sommes sensés trouver ici ?

Il parut étonné de sa question.

- Oh, vous n'en savez rien ?

- Cela doit avoir un rapport avec les trois balais que vous avez emportés avec nous.

Freya regarda Thésée avec un air interdit.

Les yeux de l'Auror, eux, étaient rivés vers Lage.

La Nott ouvrit la bouche pour intervenir, mais la referma aussitôt, trop prise de court quant à cette nouvelle information. De prime à bord, elle fut surprise de ne rien avoir vu, mais en plus de cela, il s'agissait de balais.

Des balais.

Son ventre se tordit instantanément.

Allaient-ils devoir monter sur des balais ?

Lage parut amusé - et totalement insensible à la froideur dans le regard de Thésée. Il lui fit même un clin d'œil alors qu'il admettait avec un sourire :

- Touché. Comme le disent si bien les Français.

Freya parvint finalement à s'étouffer :

- … des balais ?

- Oh, nous sommes arrivés.

La voiture marqua effectivement un arrêt net, si bien que le reste des questionnements de Freya se perdit dans la surprise de cette arrivée. Dehors, ils étaient en ville, sur une petite place aux premiers abords assez banale : bâtiments aux façades beiges coloniales, pavés gris clair, quelques enfants aux cheveux bruns qui couraient vers une allée serpentine en riant…

Ils sortirent de la voiture, et alors qu'Alberto fermait la portière derrière elle, Lage lui faisait un signe de la main vers un bâtiment, juste derrière lui. Avec sa canne noire coincée sous son coude, il annonça théâtralement :

- Bienvenue à la Real Gabinete Português de Leitura !

Il y eut un petit silence gênant.

Les deux sorciers anglais regardèrent le bâtiment en question sans grand émerveillement. Il s'agissait d'une bâtisse à l'allure un peu différente des autres, certes : l'inspiration de son architecture était vraisemblablement plus ancienne, quelque part au Moyen-Âge. Même si l'édifice parut plus épais et plus massif que les autres, quelques détails semblaient amener cependant un peu de finesse : de petites tourelles en pointes, des frises de pierres si fines qu'on aurait cru à de la dentelle, des fenêtres aux contours et motifs délicats… et une arche de pierre qui surmontait une porte de taille moyenne et arrondie.

Lage ne sembla pourtant pas se vexer devant le manque de réaction des deux sorciers anglais, à vrai dire, il continuait même à sourire exagérément. Avec un autre de ses gestes de la main, il les invita à le suivre. Et c'est ce qu'ils firent, laissant derrière eux la voiture noire et Alberto.

L'inexpression de Freya ne demeura pas, pourtant.

Une fois à l'intérieur, sa bouche s'était entrouverte devant la splendeur du lieu. La salle principale était immense, le plafond si haut qu'elle en eut le vertige à le regarder. Tout était noyé dans des lueurs sombres : du bois presque noir, des couvertures d'ouvrages mystérieux, et ce bleu si profond qui habillait les mur… La sorcière s'était stoppée dans l'encadrement de la porte. Interdite devant tant de merveilles. Elle ne savait même plus où regarder, tant le lieu était impressionnant. Thésée parut réagir de la même manière qu'elle, bien que son expression demeurait quelconque et professionnelle, il avait tout de même pris quelques instants pour observer lui aussi les magnifiques vitraux au plafond, les grandes colonnes de bois sombres et les nombreuses couvertures de livres qui jonchaient les bibliothèques.

Il y avait une odeur de vieux bois, de parchemins, qui plut directement à Freya. Cela lui rappela avec un brin de nostalgie la Bibliothèque de Poudlard, où elle passait certains après-midi pendant les hivers longs et froids. Le froid aussi, lui manquait.

La sorcière souffla, incrédule, et cette réaction dut plaire à Lage puisqu'il souleva les bras vers les lieux, comme si, lui aussi, n'avait pas les mots pour le décrire.

L'atmosphère était silencieuse, studieuse.

Mais cette lumière bleutée, sombre, couronna le lieu d'une certaine dose de mystère… Les quelques personnes présentes lisaient des ouvrages, chuchotaient près des grands murs de couvertures sombres, et d'autres marchaient sans aucun bruit, pour disparaitre derrières des colonnes, des statues ou des tours de livres.

- Approchez, les incita Lage en chuchotements.

Et ils s'exécutèrent silencieusement.

La pièce semblait être carrée, et à chaque extrémité se trouvait une statue noire, aux grand socle imposant. Il s'agissait apparemment de personnalités locales à en juger par la solennité des inscriptions qui les décrivaient.

Ils se stoppèrent justement devant l'une d'elles.

Freya mit un instant pour observer le visage aux traits sombres, les cheveux bouclés en bataille, une longue barbe, un costume d'époque… Elle allait regarder les inscriptions pour savoir de qui il pouvait bien s'agir, mais Lage la devança :

- Voici Pedro Alvares Cabral, il s'agit du découvreur du Brésil…

Il se mit à chuchoter plus bas encore, bien conscient que des moldus pouvaient être aussi dans cette bibliothèque :

- …et un grand sorcier de surcroit, issu d'une famille très réputée du Portugal.

Freya le regarda avec étonnement, mais elle ne put poser d'autres questions puisque l'hôte se hâtait déjà derrière le socle de la statue, faisant cogner sa cane contre le sol de pierre.

Thésée et Freya le suivirent encore une fois, contournant la haute sculpture noire.

Derrière elle, et après une vague vérification à sa gauche puis à droite, Lage frappa le bout de sa canne contre une petite pierre dans le bas du socle. Il tapota jusqu'à ce qu'on attendit plus le bruit de sa canne contre la pierre ; Freya constata que sa canne passait désormais au travers du socle, comme si le fait de la tapoter pendant quelques instants avait dévoilé un passage magique.

Lage retira son chapeau dans un autre de ses gestes théâtraux, et leur dit :

- Le passage se trouve par ici, suivez-moi.

Il se pencha légèrement et entra le premier, passant au travers du socle de pierre.

Freya lança un regard hésitant à Thésée, et il la regarda à son tour. Son air était nonchalant, quelconque. Il soupira avec résignation, trahissant son impatience devant les manières exagérées de leur hôte, mais finit par lui faire un geste de la main digne de Lage.

Sa voix grave chuchota avec théâtralité :

- Après vous, Miss.

Le geste de la main fut si exagéré, et l'inexpression de Thésée fut telle que Freya ne put s'empêcher de glousser un peu. Elle lui fit tout de même un regard reprochant, l'incitant silencieusement de ne pas se moquer de leur hôte. Il lui rendit un petit sourire contenu.

Et après quelques secondes où les yeux de Freya s'étaient reposés vers le socle, Thésée avait posé une main sur son épaule. Elle le regarda de nouveau, se tordant presque le cou à cause de leur différence de taille.

Son sourire était tendre, mais ses yeux étaient sérieux :

- Je serai juste derrière vous.

Et après un hochement de tête, elle traversa le socle.

Effectivement, Thésée arriva juste derrière elle, cognant presque dans son dos. Lage était là, il les attendait patiemment en réajustant son chapeau sur sa tête. Les deux sorciers regardèrent tout autour d'eux rapidement. Il s'agissait d'un grand et large tunnel, à la voûte arrondie, taillée à même une roche suintante et humide. Les lumières des torches vrillaient sensiblement, et Freya ne tarda pas à remarquer que ces flammes étaient magiques.

Elle se surprit à penser à voix haute :

- Un sous-terrain ?

Lage lui sourit patiemment, et expliqua :

- Voici une chose que vous devriez savoir, en Amérique du Sud, les passages magiques se trouvent en général sous terre, dans des grottes ou d'anciennes caves ensorcelées.

Il se mit en route, raclant sa canne contre le sol irrégulier en pierre humide. Il continua malgré tout à leur narrer :

- Autrefois, alors que les Não Mágicos vénéraient le Soleil et ses cycles, les sorciers, eux, se tournaient plutôt vers la Nuit et la Lua… la Lune.

- Quel rapport avec les sous-terrains ? Interjeta Thésée avec une voix pourtant désintéressée.

Lage lui lança un sourire amusé, comme s'il n'avait attendu qu'une seule chose ce jour-là : que l'on lui pose cette question.

Il fit un autre de ses gestes digne d'une Comédie :

- Oh eh bien, il fait toujours Nuit dans un sous-terrain.

La réponse fut si évidente que cela fut déroutant.

Freya se mit à bredouiller :

- Quel raisonnement étrange…

Lage haussa les épaules et commenta simplement :

- On raconte que vous utilisez des Cheminées pour certains de vos déplacements en Angleterre… je trouve cela plus étrange que des tunnels.

Freya le toisa avec un brin d'amertume.

Merlin, il n'avait pas tort.

Le soulier de Freya ripa contre une pierre suintante, et elle glissa en arrière, pour se retrouver contre Thésée qui l'avait attrapée de justesse. Elle n'avait même pas eu le temps de crier ou de réagir d'une quelconque manière. Elle resta là un petit instant, totalement hébétée, les épaules et l'arrière de la tête calés contre le buste de Thésée. Les mains de l'Auror étaient si fermement calées contre le haut de ses bras, qu'elle se sentit complètement verrouillée contre lui.

En basculant un peu sa tête en arrière, elle put apercevoir son regard gris désapprobateur.

- Attention, ça glisse ! Crut bon d'avertir Lage tout en continuant d'avancer dans le tunnel.

Freya lui lança un regard amer qu'il ne remarqua pas.


Après quelques minutes de marche dans le tunnel humide, une grande porte bleu nuit leur faisait face. Elle était somptueusement décorée de lianes de métal, courbes et végétales, dans le pur style Art Nouveau. Encore une fois, Lage cogna quelques fois avec sa canne le bas de la porte.

Les lianes se mirent à se mouvoir, délicatement, comme si elles se dénouaient, et très vite, celles qui étaient enroulées autour d'une poignée libérèrent cette dernière dans des cliquetis de métal.

Lage se saisit de cette même poignée dorée et la tourna simplement.

La porte bleue s'ouvrit.

Elle dévoila une grande allée sombre.

L'allée était bordée de commerces aux vitrines Art Nouveau, éclairées de minces lumières bleues et tamisées. Quelques sorciers se baladaient déjà dans l'allée bleutée, et bientôt Thésée, Freya et Lage les rejoignirent, fermant la jolie porte bleue derrière eux.

Freya leva les yeux au ciel.

Et là où elle pensait n'en trouver aucun, elle se rendit compte qu'elle s'était trompée.

Toute l'allée était surmontée d'un grand plafond de verre forgé et de vitraux bleus. Les minuscules carreaux de verre, comme une mosaïque, représentaient le ciel. Toutes les constellations étaient illuminées d'étoiles enchantées et noyées dans une nuit intense, profonde. Le ciel semblait se mouvoir de temps à autres, lorsque des étoiles filantes le traversaient en silence.

Freya prit quelques secondes pour observer ce magnifique et gigantesque plafond de verre. La lumière, sûrement magique, qui passait au travers, rendait l'ensemble de l'allée à la fois mystérieuse et paisible.

- Nous voilà à l'Entrada de Lua.

Lage avait déclaré cela avec une immense fierté, bien trop conscient que la sorcière anglaise était vraisemblablement impressionnée par ce merveilleux décor. La Nott, justement, ne put dire quoique ce soit sur l'instant, tant elle était effectivement médusée. Elle se contenta d'hocher la tête vers leur hôte qui lui souriait.

Alors qu'ils se mirent à avancer lentement, Freya ne sut d décoller ses yeux de ce ciel si enivrant.

Et puis, elle réalisa que ces mêmes motifs, cette illustration des constellations, lui rappelaient étrangement quelque chose. Elle tapota dans la main de Thésée, qui marchait juste à côté d'elle.

- Cela ressemble beaucoup à la couverture du livre de Carneirus.

Elle fit dévier ses yeux vers ceux de Thésée.

Il observa le ciel un court instant avec une fronce dans ses sourcils, et recentra son attention sur Freya. Il chuchota en retour :

- Vous avez raison.

Lage s'était stoppé net devant eux, en plein milieu de l'allée.

Freya lui lança un regard interrogateur, mais leur hôte s'expliqua tout de suite :

- Monsieur, Miss, c'est ici que je vous laisse, j'ai quelques courses à faire.

Il retira son chapeau pour leur faire une autre courbette exagérée, et il ajouta :

- Une fois que vous aurez fini les vôtres, retrouvons-nous ici.

Il tourna les talons après un vague sourire, qui rappela à Freya l'air énigmatique qu'employait souvent Dumbledore. Ces deux-là n'étaient sûrement pas amis pour rien, après tout.

Dumbledore.

Les courses à faire.

Freya sursauta presque, réalisant qu'ils ne savaient toujours pas ce qu'ils devaient bien trouver ici. Elle appela :

- Attendez, Monsieur Lage-…

Mais il avait déjà disparu derrière une petite allée, plus sombre que la principale. Même en s'approchant de cette allée, Thésée et Freya ne virent rien. L'allée était vide, silencieuse, et aussi noire qu'une nuit en pleine campagne d'Angleterre.

Freya bredouilla à l'Auror immobile à côté d'elle :

- Qu'est-ce que Dumbledore voudrait que l'on trouve ici ?

- Je n'en ai aucune idée.

Son air était plutôt calme en comparaison avec la nervosité de Freya.

Il avait glissé ses deux mains sans ses poches de pantalon et fit un geste de la tête vers l'allée principale bleutée :

- Avançons et nous trouverons sûrement de quoi il s'agit.

Ils se mirent à marcher quelques minutes dans l'allée.

Il n'y avait pas beaucoup de monde, et quelques commerces semblaient fermés. Sur certaines vitrines, étaient placardées de nombreux panneaux et parchemins aux écritures illisibles et incompréhensibles. Des parchemins, il y en avait peut-être une centaine, qui jonchait les murs et les façades Art Nouveau plongées dans la Nuit.

Ils croisèrent deux sorcières qui chuchotaient en les regardant.

La Nott se sentit soudainement plus nerveuse encore.

Elle tira sur la manche de Thésée, comme l'aurait fait un jeune enfant. Il lui lança le même regard inexpressif et elle lui chuchota :

- Pensez-vous que cela est une bonne idée que l'on se montre ainsi, dans un lieu de rassemblement de sorciers ?

Son expression ne changea pas, alors elle élabora :

- Je veux dire… nous sommes venus ici avec des faux noms, après tout.

Son ventre se tordit douloureusement.

Après un regard à droite, puis à gauche, elle murmura avec urgence :

- Peut-être même que nous sommes recherchés.

Sa main s'agrippa à la manche de Thésée.

Son murmure urgent devint presque un sifflement pressant :

- Si des Aurors locaux nous voyaient alors-…

- Vous n'êtes pas recherchée, Nott.

La voix grave de Thésée se voulut rassurante.

Et puis, il ajouta :

- Pas par ce Ministère, du moins.

Elle lui lança un regard à la fois amer et dubitatif, se rendant compte à quel point les deux frères Dragonneau pouvaient parfois être bien maladroits avec leurs mots.

Elle se stoppa, et lui aussi.

La Nott fronça ses sourcils noirs.

- Comment pouvez-vous en être si sûr ? Mon Oncle a sûrement commencé des recherches, ou a peut-être déjà envoyé aux autorités locales nos photographies-…

- Votre Oncle aurait plus à perdre s'il lançait de telles recherches publiques.

Le ton n'avait pas été sec ou réprimandant, plutôt quelconque.

La bouche de Freya se referma aussitôt, et il continua avec la tête penchée sur le côté :

- Il tient bien trop à son image, et à celle de votre famille, pour faire la publicité de la disparition de sa nièce.

Il avait raison.

Oh Merlin, il avait raison.

Elle repensa à son rêve, cette discussion entre Marcus et Thésée. Même Marcus l'avait dit : presque tous les documents qui parlaient d'Isadora Fawley avaient été détruits, comme si le Ministre avait souhaité à tout jamais cacher son existence.

Elle se retrouva à murmurer :

- Comme il l'a fait pour la disparition de sa soeur.

Cette fois-ci, l'expression de Thésée s'assombrit un peu.

Avec une grimace amère, il commenta :

- Aucune phrase de cette discussion ne vous a échappé, pas vrai ?

Freya lui rendit un air étonné, et elle fronça d'autant plus ses sourcils :

- Vous semblez vraiment nerveux quant à ce rêve, Monsieur Dragonneau.

- Bien sûr que je le suis.

Sa réponse fut si sèche qu'elle en eut presque sursauté.

Il se radoucit, conscient que son amertume avait prit le dessus :

- Et je vous en ai expliqué la raison hier soir.

Il se remit à marcher lentement, et Freya suivit.

Il répéta avec plus de fermeté et d'agacement :

- Il y a des discussions dont je ne suis pas fier, Nott. Et je ne souhaiterais pas que vous en rêviez. Voilà tout.

Dans ses yeux gris, étrangement fuyants tout à coup, Freya comprit que derrière l'agacement se cachait un véritable malaise. Quelque chose à cacher.

Mais son ventre se tordit de nouveau, comme on essore un linge humide.

Elle aussi avait des choses à cacher après tout. A lui cacher.

Ses yeux bleus retombèrent vers la poitrine de l'Auror, où elle savait pertinemment que derrière le tissus de sa veste, se cachait le Pendentif. Ou du moins… le Faux Pendentif.

La culpabilité fusa dans ses veines, et elle se sentit rougir.

Comment pouvait-elle lui en vouloir de lui cacher des choses, si elle en faisait de même ?

- Mais vous avez raison.

La voix de Thésée la fit relever les yeux vers lui.

Il continua avec le regard braqué vers devant lui :

- Ce n'est pas raisonnable de nous exposer comme cela. Mais ce ne sont pas les Ministères qui m'inquiètent. Plutôt Grindelwald et ses acolytes.

Les deux sorciers anglais tombèrent dans un lourd silence, pesant.

Freya avait laissé retomber ses yeux vers le sol humide, plongeant dans des pensées sombres. Les viles paroles d'Abernathy lui revinrent, et s'infusèrent dans son esprit comme l'aurait fait un poison dans ses veines.

Le soulier de Freya se posa lourdement dans une flaque, puis une autre… et puis…

Elle se stoppa net.

Net.

Une autre flaque, plus grande que les deux autres, s'étalait devant ses pieds souillés.

Le reflet bleuté montrait le majestueux ciel étoilé… mais pas que.

L'eau à peine perturbée reflétait une pancarte, accrochée à une façade. Et l'illustration de cette pancarte interpellait Freya. Son coeur manqua un battement. Elle plissa les yeux et hoqueta :

- Oh-…

Ses yeux se relevèrent vivement.

La pancarte, juste au-dessus d'eux était immobile et Freya se paralysa elle aussi.

L'illustration Art Nouveau lui donna la chair de poule.

Thésée, tout à coup inquiet, s'impatienta :

- Qu'est-ce que—…

Elle lui montra la Pancarte du doigt, et il leva les yeux au ciel lui aussi.

Il fronça les sourcils.

Et Freya balbutia :

- Cette pancarte… cette illustration…

La représentation de la femme, ses vêtements, les lignes végétales et courbes qui l'entouraient… Tout était pareil. Elle se tourna vers Thésée avec un murmure urgent :

- Lors de mon rêve éveillé, c'est la Diseuse de Bonne Aventure que j'ai vu, c'est-…

- Oui, je m'en souviens.

Sa bouche se tordit en une grimace pleine d'amertume, et il compléta :

- Celle des Brochures.

Ignorant son allusion aux Brochures qu'elle n'était pas sensée voir, Freya s'avança à grands pas vers la vitrine sous la Pancarte, et Thésée lui emboita le pas. Elle était entièrement plongée dans le noir, et la Nott colla son front contre une des vitres, plaçant une main de part et d'autre de son visage, pour essayer d'apercevoir quoique ce soit à l'intérieur.

Elle demanda à Thésée, qu'elle sentait tout aussi penché qu'elle contre la vitre :

- Et si c'était ce que Dumbledore voulait que l'on trouve ?

- Alors il aurait mal calculé son coup… la boutique est fermée.

Ils se décollèrent tous les deux de la façade avec des sourcils si froncés qu'ils s'emmêlaient presque. Freya demanda en bredouillant avec hésitation :

- Cela ne ressemble pas vraiment à Dumbledore de se tromper, n'est-ce pas ?

- Pas vraiment, non.

La bouche de Thésée forma une ligne si droite que la Nott fut surprise de l'entendre parler de nouveau :

- Mais vos rêves… n'ont pas l'air de se tromper non plus.

Son air était grave et intrigué.

Après un dernier regard vers la pancarte, Freya demanda gravement :

- Que fait-on ?

- Faisons le tour.

Il montra du doigt une petite allée qui contournait la boutique.

- Par là.

Ils s'engouffrèrent dans l'allée exigüe.

Elle était vide, et plus inquiétante que l'allée principale où il régnait l'ambiance apaisante d'une nuit douce. Plus ils marchaient là, plus le sentiment étrange que la douce nuit se transformait en cauchemar s'infusait en Freya.

L'allée tourna encore, pour mener à un hall couvert, bordé de réverbère aux allures inquiétantes, surmontées de formes agressives comme des ailes de chauve-souris. Freya sortit sa baguette, soudainement habitée par un pressentiment étrange… ils n'étaient pas seuls ici.

Thésée dût avoir la même impression puisqu'il avait sorti ses mains de ses poches, et s'était saisi de sa baguette, lui aussi. Il prit la main de Freya pour la tirer avec lui vers le hall étrange. Les lumières des réverbères se mirent à trembler, puis grésiller, dans des bruits mystérieux de grésillements électriques.

Freya déglutit avec difficulté.

Il y avait quelqu'un, ou quelque chose ici. Elle en était certaine.

Ils avaient visiblement atteint l'arrière boutique correspondant à la façade éteinte qu'ils avaient aperçu dans l'allée principale. Ils trouvèrent à côté d'une porte close, la même pancarte, avec la même illustration de Diseuse de Bonne Aventure.

La lumière trembla encore, et Freya sursauta.

- N'ayez crainte.

La Nott lança un regard à la fois peu rassuré et têtu envers l'Auror.

Elle lui rétorqua sèchement :

- Je n'ai pas peur.

Il lui lança un regard las malgré la tension de la situation :

- Vous serrez terriblement ma main, Nott.

Des bruits de pas retentirent dans le hall, et les deux sorciers anglais pivotèrent instantanément vers l'origine du bruit, mais il n'y avait personne. Ils s'avancèrent en silence, et le coeur de Freya battait si fort dans sa poitrine qu'elle pouvait le sentir cogner contre sa cage thoracique.

- Ralentissez…

Le murmure de Thésée fut urgent.

Et puis, des ombres apparurent le long du mur à la lumière valsante, deux grandes ombres inquiétantes et mouvantes… des ombres avec une baguette.

Et les deux silhouettes apparurent de derrière un virage de pierres.

La voix grave de Thésée hurla :

- Plus un geste !

- Vous, plus un geste !

La voix féminine avait rétorqué cela avec hargne, tandis que son acolyte, dont la silhouette était plus tassée et boulotte, avait balancé ses deux bras en l'air comme l'aurait fait un pauvre brigand coincé par les autorités.

La voix grave de l'acolyte résonna dans le hall :

- Oh, oh oh !

Il y eut un moment de flottement, durant lequel aucun des duos n'osa bouger.

Et puis Freya laissa retomber sa baguette le long de son corps. Sa bouche s'ouvrit, puis se referma, et puis elle finit par balbutier avec incrédulité :

- Oh-… Merlin

La longue silhouette au pantalon noir, aux cheveux au carré sombre, se figea elle aussi.

La voix de la Nott résonna étrangement contre les parois du hall :

- Porpentina ?

L'Auror américaine laissa retomber sa baguette et souffla avec un mélange de soulagement et d'incrédulité :

- Freya ?

Et puis, l'américaine parut soudainement agacée, traduisant clairement le fait que leur apparition soudaine lui avait donné une frousse inutile :

- Par Merlin, que faites-vous ici ?

Freya mit le ton sec de côté, et balbutia en retour :

- Et vous donc ?

Et puis, ce fut un sourire qui illumina le sourire de Freya.

D'abord hésitant, puis, si grand qu'il lui tirait les joues. La Nott sentit une vague de douce chaleur, réconfortante, l'envahir, et puis elle s'élança avec joie vers la sorcière américaine :

- Ah-…

Thésée l'avait retenue par le bras, la ramenant sèchement à lui.

Freya lui rendit un regard perdu :

- … que faites-vous ?

Il lui fit un geste de la tête vers l'Auror américaine, vers qui il avait toujours sa baguette orientée.

Son air était mauvais, et il lui demanda avec un ton aride :

- Comment pouvez-vous être sûre qu'il s'agisse bien d'elle ?

Porpentina lui rétorqua avec un ton tout aussi aride et insolent :

- Oh, dois-je vous le prouver ?

Ni Thésée, ni Freya n'eurent le temps de faire quoique ce soit.

D'un coup vif de sa baguette, Porpentina avait propulsé Thésée contre la paroi du Hall. Et aussitôt que son dos cogna contre le mur de pierre, que des lianes argentées l'entouraient déjà, le ligotant fermement contre un poteau de réverbère aux angles saillants.

Thésée se mit à remuer dans tous les sens, en grognant avec une hargne dont Freya fut rarement témoin. Il parut hors de lui et lançait un regard si noir à l'Auror américaine que Freya en trembla pour elle.

Complètement hébétée et prise au dépourvu, Freya s'élança vers Thésée avec des pas hâtifs. Et alors qu'elle était de dos, elle entendit Porpentina articuler avec raillerie :

- Vous devriez définitivement apprendre à contrôler votre mauvais caractère.

Freya pivota vers la sorcière américaine avec un air ahuri et désarçonné :

- Au Nom de Merlin, Porpentina, qu'est-ce qui vous prend ?

Elle fit un geste du menton, pour désigner Thésée, qui grognait toujours en remuant dans tous les sens. Son accent américain expliqua juste :

- Il voulait une preuve, et en voilà une. Et je préfère Tina.

Freya lui renvoya une expression agacée, et s'attela à sortir sa baguette pour délivrer son ancien patron. Se faisant, elle reprocha à l'américaine :

- Je ne vois pas en quoi le ligoter de cette manière pourrait prouver quoique ce soit.

- Oh, il ne vous a donc pas raconté…

L'expression de Porpentina devint moqueuse.

- Il se trouve qu'au Ministère Français-…

- Ça suffit.

La voix de Thésée fut si grave, et si forte, que Freya eut l'impression que tout le hall en avait tremblé. Avec le contre-sortilège de la Nott, il parvint à se défaire de ses liens, et après s'être épousseté vaguement les manches et les épaules avec un air mauvais, il se redressa de toute sa hauteur. Ses yeux gris presque menaçants glissèrent vers la silhouette tassée qui se tenait maladroitement immobile aux côtés de Porpentina.

Thésée grogna entre ses dents serrées :

- Ne me dîtes pas que vous avez amené ce Moldu avec vous.

Il y eut un court moment de silence, pendant lequel Freya toisa l'individu avec étonnement.

L'homme était assez petit, rond, et ses yeux étaient aussi foncés que l'étaient sa moustache et ses cheveux plaqués. Son visage était suintant et son expression très mal à l'aise.

Il esquissa un sourire peu convaincant et s'avança vers Thésée, toujours aussi immobile et tendu.

Il finit par tendre une main moite et tremblante, toujours avec ce même sourire tremblotant, et il se présenta :

- Jacob Kowalski.

Freya faillit hoqueter de surprise en entendant son nom.

Elle jeta un regard surpris dans la direction de Porpentina.

N'était-il pas ce Moldu dont elle lui avait parlé juste avant le Rassemblement de Bruxelles ?

Thésée, lui, ne bougea pas d'un poil de Licorne.

Son air était si froid qu'elle suspecta que le Moldu dût ressentir une véritable chair de poule. Ce dernier, balbutia avec un sourire plein de malaise :

- … Peut-être que vous ne vous souvenez pas de mon prénom…

Toujours pas de réaction de la part de Thésée.

Kowalski continua en balbutiant :

- Nous nous étions vus à Paris lors de-…

- Je me rappelle très bien de vous, Monsieur Kowalski.

La voix tendue de Thésée lézarda sur les murs du hall, si bien que Kowalski resta paralysé dans son geste, encore la main tendue vers le sorcier anglais. De derrière lui, Porpentina reprit Dragonneau en précisant :

- Ce n'est pas n'importe quel Moldu, il s'agit du fiancé de ma soeur.

- Très précisément.

La voix de Thésée était restée si tendue, et sa main si crispée autour de sa baguette, que le Moldu en question avait émis un petit rire nerveux. Ce fut au tour de Freya de sourire avec malaise.

Le pauvre avait encore une main tendue vers Thésée, et elle s'élança donc vers lui pour la saisir à sa place. Elle le salua avec maladresse et un sourire désolé en secouant vivement sa main moite :

- Monsieur Kowalski, je m'appelle Freya Nott.

Il parut presque soulagé qu'elle vienne lui serrer la main.

Il balbutia en retour :

- Oh, enchanté, Miss N-…

Mais Thésée le coupa sèchement :

- Il me semblait que le MACUSA voulait l'oublietter.

Son air mauvais ainsi que sa phrase, étaient tous les deux dirigés droit vers l'auror américaine, à quelques pas d'eux. Elle lui rendit son regard froid et répliqua avec une soudaine tension :

- Si vous croyez une seule seconde que je les aurais laissé faire, alors-…

- Vous avez fui avec lui.

A ces mots, l'auror américaine avait fait de grands pas, vifs et décidés vers Dragonneau. Son visage se tordit dans une expression défensive :

- Nous n'avons pas fui.

Elle compléta avec une grimace, entre douleur et détermination :

- Nous sommes partis chercher Queenie nous-même.

L'expression de Thésée devint vivement réprobatrice :

- Ils vous avaient évincée de l'enquête, Miss Goldstein, et vous avez enfreint les règles pour-…

- Bien entendu ! Avait-elle interjeté en balançant ses bras vers le ciel.

Elle s'approcha de Dragonneau et appuya méchamment son doigt contre sa cravate grise en articulant sombrement :

- Et à ma place vous auriez fait la même chose.

Elle n'avait pas tort.

Et l'expression de Dragonneau devint à la fois amère et coupable.

Il y eut un court silence dans le Hall, et puis, les lumières se mirent à cligner de nouveau.

Même Kowalski parut détecter que quelque chose n'allait pas, puisqu'il s'était mis à regarder tout autour de lui avec un air inquiet.

La voix de Porpentina articula tout bas :

- On nous observe.

Dragonneau fit retomber vers l'Auror du MACUSA un regard accusateur, et alors qu'il allait sûrement la réprimander, elle lui fit un signe de la main et elle conseilla froidement :

- Il ne faudrait pas traîner ici. Trouvons un endroit plus discret.

Ils s'éloignèrent à pas rapides du petit hall, traversant une nouvelle fois l'allée exigüe et sombre, qui rappela à Freya celles de l'Allée des Embrumes. Leurs pas devinrent si rapides que Monsieur Kowalski courraient presque derrière eux.

Juste devant elle, Thésée lui jeta un regard un peu agacé, et siffla entre ses dents :

- Si vous étiez inquiète à propos d'être recherchés, il semblerait que ce soit le cas désormais.

Puis il redirigea son regard, maintenant accusateur et réprobateur, vers l'Auror américaine. Cette dernière indiqua une autre petite allée vers sa droite et ils s'y engouffrèrent tous les quatre. Ils y restèrent sans bouger, et ne tardèrent pas à voir quelques silhouettes noires pressées passer à côté de là où ils s'étaient cachés.

Porpentina expliqua avec une voix amère :

- Le MACUSA n'a pas vraiment apprécié que Monsieur Kowalski disparaisse avec moi.

Dragonneau lui lança un regard noir comme la nuit.

Elle secoua la tête et lui rétorqua calmement :

- Ne me faites pas ces yeux-là, Monsieur Dragonneau.

Elle ajouta avec une expression quelconque qui ressemblait beaucoup à celle qu'employait souvent l'Auror anglais :

- Nous savons tous les deux que vous n'êtes pas en Mission Officielle non plus.

L'expression de Thésée se mut étrangement.

Il parut pris au dépourvu l'espace d'un instant, ses yeux gris retombèrent vers Freya, juste à coté de lui, ils prirent une lueur désarçonnée et étrangement coupable… Coupable.

Freya fronça les sourcils, et Porpentina la devança en demandant :

- Oh… vous l'êtes ?

Encore un regard hésitant vers Freya, et puis, il nia d'un mouvement de la tête et d'une voix étrangement ferme :

- Non.

Il grimaça, sentant certainement sur lui le regard intrigué de Freya.

Et son air désarçonné se fana rapidement pour redevenir un agacement aride :

- Et comment diable pourriez-vous savoir cela, de toute manière ?

Porpentina fit un vague mouvement de la tête vers la sorcière anglaise :

- Dans sa dernière lettre, Freya mentionnait-…

A ces mots, Thésée s'était vivement retourné vers Freya, qui grimaça aussitôt.

Il la réprimanda avec un ton interdit :

- Vous poursuivez votre correspondance ? Je vous avais dit de l'arrêter, même celle avec votre frère.

Freya agita ses deux mains devant elle avec malaise, elle jura :

- Ma dernière lettre date d'avant notre départ d'Angleterre, je vous jure par Merlin qu'il n'y en a eu aucune autre durant notre traversée-…

- Si cette lettre a été interceptée, et lue par d'autres alors cela pourrait expliquer pourquoi nous avons eu de la compagnie pendant cette même traversée.

La voix grave de Thésée fut si rapide et sifflante qu'elle se figea un peu.

Ils s'échangèrent longuement des regards amers et sombres, avant que Porpentina ne demande presque silencieusement :

- Quelle compagnie, exactement ?

Le regard courroucé de Thésée s'atténua un peu, mais il demeura sombre alors qu'il articulait les deux noms de ceux qu'ils avaient rencontrés sur le Bateau :

- Abernathy et… MacDuff.

Rien que le nom de MacDuff donna des frissons à Freya.

Son ventre se tordit de nouveau, si fort, que cela devint une crampe et qu'elle devint aussi blême qu'une Banshee. L'expression de Thésée se radoucit un peu en voyant les couleurs du visage de Freya se faner ainsi. Il ajouta vivement, avant même que Porpentina ne puisse poser de plus amples questions :

- Nous vous expliquerons plus tard.

Il y eut un silence pesant dans l'allée.

Mais il fut rapidement interrompu par le Moldu, Monsieur Kowalski, qui bredouilla entre deux souffles éreintés :

- Le fait que nous nous croisions ici est un sacré hasard.

Cette phrase fit tilt dans l'esprit de Freya, et il semblerait que THésée eut pensé la même chose qu'elle puisqu'il s'était subitement redressé. Kowalski, lui, continua avec un rire nerveux :

- C'est vrai ça ! Quelles auraient été les chances que-…

- Vous avez raison, Monsieur Kowalski.

Thésée l'avait coupé avec une autre expression amère.

Il compléta rapidement :

- Ce n'est pas un hasard.

Cette fois-ci, Porpentina se redressa à son tour :

- Où voulez-vous en venir ?

Thésée se pinça les lèvres, et finit par siffler avec tension :

- Dumbledore vous a demandé de venir ici aujourd'hui, n'est-ce pas ?

Alors que Porpentina demeurait interdite un petit instant, la voix de Monsieur Kowalski résonna maladroitement de derrière Freya :

- Dumbledore… Il s'agit de l'homme que nous avions rencontré à votre école…

Il sembla hésiter un instant avant de compléter :

- Bout-de-Lard, c'est ça ?

Freya lui lança un sourire nerveux alors que Thésée et Porpentina l'avaient complètement ignoré.

Thésée s'approcha sombrement de Porpentina et résonna avec une logique amère :

- Il vous a contactée, par je ne sais quel moyen, et il vous a donné des instructions.

Porpentina croisa ses bras contre sa chemise blanche.

Avec un air froid, elle expliqua :

- Je connais une Professeure à Ilvermorny… c'est une bonne amie à votre Dumbledore.

Freya, sans même y penser, déblatéra hâtivement :

- Serait-ce… Professeure… Eulalie Hicks ?

Porpentina parut surprise qu'elle connaisse son nom.

Elle acquiesça avec une expression intriguée :

- Elle-même.

Elle ne fut pas la seule à être intriguée par cela, car Thésée s'était un peu tourné vers la Nott avec des sourcils froncés. Il lui demanda avec une voix grave :

- Comment se fait-il que vous connaissiez—…

- Professeure Hicks m'a fait passer les messages de votre Dumbledore.

Le regard suspicieux de Thésée glissa de nouveau vers Porpentina.

Après un petit moment, l'Auror anglais raisonna à voix basse :

- Il voulait donc que l'on se retrouve ici…

- Il m'a transmis ceci, également… bien que je ne sache pas encore ce que cela peut bien être.

Porpentina tendit une carte.

Et Freya la reconnut dès qu'elle l'aperçut.

Une carte sombre, aux liserés art déco et dorés.

Et le nom « Lage » écrit dessus.

La bouche de Thésée se mut en une ligne droite et rigide.

Il commenta :

- Nous savons de quoi il s'agit.

Porpentina le toisa avec un air interrogateur et il compléta :

- Ou plutôt de qui.


Lage les attendait à l'endroit où il est avait laissés, quelques temps plus tôt.

Lorsqu'il aperçut le groupe de quatre, il parut tout à fait ravi.

Il s'exclama théâtralement :

- Oh, merveilleux !

Et puis, ignorant les regards graves devant lui, il fit un autre clin d'oeil à Thésée, suivi d'un coup de coude amical contre son bras, et il plaisanta presque :

- Plus on est de fous, plus on rit, n'est-ce pas ?

Thésée l'ignora froidement.

Mais Lage n'en avait visiblement que faire.

Il s'élança joyeusement vers l'Auror américaine en lui serrant la main :

- Je suis Henrique Lage, un ami de ce bon Dumbledore. Bienvenue au Brésil, Miss.

- Merci, Monsieur Lage.

Porpentina lui avait fourni un sourire crispé, mais cela sembla lui suffire.

Et puis, les yeux de Lage glissèrent vers Kowalski, encore maladroitement posté à l'arrière du groupe. Son ravissement parut atteindre des sommets, puisqu'il s'élança vers lui aussi, avec de grands gestes des bras :

- Vous devez être le Não Mágico !

Kowalski parut aussi confus que nerveux.

Il lança un vague regard, interrogateur, vers Porpentina et répéta avec un air perdu :

- Le Nao quoi ? …

Lage lui serrait déjà vigoureusement la main et l'assommait de flots de paroles fluides :

- Oh, nous avons tellement de sujets à aborder, j'ai hâte de discuter avec vous !


Lage les avait emmenés vers une autre sortie, un énième tunnel de pierre, plus exigu cette fois, qui les menèrent directement au bord d'une route, en plein milieu de la forêt tropicale et humide.

Sur la petite route cabossée, il y avait déjà la voiture de Lage qui les attendait.

Alberto était avachi contre la carlingue noire, et s'était vivement redressé en voyant son Maître gravir les dernières marches avec sa canne noire.

Lage utilisa cette même canne noire pour pointer le véhicule.

Il expliqua :

- Comme vous l'avez vu tout à l'heure, il se peut que nous soyons un petit peu serrés dans la voiture…

Alberto sortit du coffre trois balais noirs et bien cirés, qu'il disposa contre la carrosserie.

Et alors que le coeur de Freya faisait des bonds douloureux d'anticipation dans sa poitrine, Lage continua :

- Je propose que nos deux nouveaux invités prennent place dans la voiture avec Alberto pendant que nous autres prenons le balai pour rentrer.

Freya crut qu'elle allait vomir.

Mais Lage semblait partir dans un autre de ses délires.

Il enchaînait avec une voix d'homme passionné :

- Il vous suffira de me suivre, je vais nous faire passer par des endroits merveilleux, avec des points de vue sur Rio à couper le souffle-…

- Je suis navrée, je-…

Tous les regards tombèrent sur Freya.

Elle l'avait interrompu avec une voix tremblante.

Du coin de l'oeil, elle voyait le regard soucieux que lui lançait Dragonneau, et elle devina sans mal qu'elle devait être blafarde. La Nott pointa la voiture du doigt et demanda :

- J'aimerais rentrer en voiture… si cela n'était pas-…

- Je prendrai le balai, interjeta calmement Porpentina.

Freya lui fit un petit sourire désolé :

- Merci, Porpentina.

Alors que Lage continuait ses vives explications passionnées, ils se saisirent tous les trois de leurs balais et Freya et Kowalski se dirigèrent vers la voiture.

Alors que Dragonneau attrapait le manche de son balai, il croisa le regard de Freya. Ils restèrent un petit moment ainsi, à se regarder l'un l'autre… Elle avec un mélange de terreur et d'envie, lui avec un air pensif.

Mais alors que les deux autres avaient déjà enfourché leur balai, il finit par lui tourner le dos, et s'envoler lui aussi. Ils s'éloignèrent tous les trois, haut dans le ciel, alors que la voiture démarrait elle aussi, s'enfonçant dans la forêt sombre et dense.

Monsieur Kowalski les avait regardés s'envoler aussi, avec un air complètement ahuri. Et lorsqu'ils ne furent plus visible à cause de l'importante densité de la forêt, il se rassit profondément dans le cuir grinçant de la voiture.

Il lui demanda avec un léger sourire :

- Vous êtes une amie de Norbert, hein ?

- Oui, tout à fait.

Elle se força à lui retourner un sourire, bien que son estomac se tordait encore dans tous les sens.

Kowalski parut pensif un instant, et puis, il expliqua avec une expression pleine d'espoir :

- Il parait que nous allons le retrouver bientôt. Il me tarde de le revoir.

Il compléta avec un sourire triste :

- Ces derniers mois ont été… difficiles.

Freya sut exactement de quoi il voulut parler.

Queenie Goldstein, sa fiancée, avait rejoint Grindelwald durant le Rassemblement de Paris.

Elle murmura sincèrement :

- Je suis désolée, Monsieur Kowalski.

Il parut ému un instant, et puis, il sourit vaguement en demandant :

- Oh, et bien, tout finira par s'arranger, n'est-ce pas ?

Freya ne lui répondit rien.

Tout simplement car elle ne savait pas quoi dire.

Kowalski continua avec un mélange d'espoir et de naïveté :

- Retrouver Norbert, retrouver ma Queenie… et puis, plus de Grindelwald ou je ne sais guère…

Sa voix trembla un peu alors qu'il finit par dire :

- Et tout redeviendra comme avant…

Il chercha la confirmation de Freya dans ses yeux, mais cette dernière ne put que lui retourner un autre sourire attristé. Kowalski termina avec un rire nerveux :

- … n'est-ce pas ?


Thésée et Porpentina arrivèrent à leur tour dans la chambre de Thésée.

Freya et Kowalski les attendaient patiemment, assis sur le fauteuil et le lit de l'Auror.

En les apercevant là, et en particulier Monsieur Kowalski, Thésée grogna presque alors qu'il fermait la porte derrière lui. Jacob, justement, avait le visage écarlate et suintant, il s'essuya le visage et un mouchoir usé qu'il sortit de sa poche.

Freya lui demanda avec inquiétude :

- Tout va bien, Monsieur Kowalski ?

Il lui fit un sourire nerveux et un signe de la main :

- Oh, oui… juste un peu chaud.

Porpentina, elle, s'était avancée les bras croisés vers le mur placardé de parchemins. Elle balaya l'ensemble avec un air quelconque et demanda à Thésée :

- C'est tout ce que vous avez ?

Avec une grimace, il s'avança rapidement vers l'Auror Américaine pour se placer devant, comme pour lui boucher la vue. Il siffla entre ses dents :

- Ce sont des documents du Ministère Anglais, vous ne pouvez pas-…

- Vous savez, je ne suis plus en assez bons termes avec le MACUSA pour leur communiquer de quelconques informations…

Thésée demeura immobile quelques instants, et puis, après avoir serré sa mâchoire, il se décala avec résignation. Et puis, alors que Porpentina se mettait à fixer le tas de paperasse qui siégeait à leurs pieds, il expliqua d'un air las :

- Je n'ai pas encore fini de tout trier.

Porpentina haussa les épaules :

- Laissez-moi vous aider.

Elle n'attendit pas la réponse de l'Auror anglais, et s'agenouilla pour fouiller dans les parchemins qui jonchaient le parquet.

Freya se leva du lit et proposa :

- Puis-je également ?

Thésée soupira un peu, et lui fit un petit geste de la tête avant de lui aussi s'agenouiller pour trier la pile devant lui. Il ne fallut que quelques secondes à Porpentina pour repérer une couverture de Magazine rouge, parmi les parchemins.

Elle le tira de la pile et le regarda avec un air amer.

Thésée remarqua trop tard qu'elle l'avait entre les mains, et son expression se rembrunit elle aussi.

La voix de Porpentina demanda froidement :

- Pourquoi gardez-vous ce maudit Magazine ?

Dans un sursaut, Thésée le lui arracha des mains.

L'américaine lui renvoya une expression interdite.

Il siffla :

- Il me met en colère. Voilà pourquoi je le garde.

Il y eut une pause tendue entre eux, et puis, Thésée se releva vivement, serrant la couverture du magazine si fort qu'il la froissa. Porpentina se releva elle aussi, avec une expression pleine d'amertume. Elle avait croisé ses bras contre sa poitrine et lui dit :

- Ecoutez, ce même article m'a rendue malheureuse, moi aussi, mais… nous savons tous les deux qu'il ne s'agit que de foutaises.

Freya vit le regard de Thésée passer de l'amertume au vif regret.

Porpentina termina avec un ton un peu plus dur :

- Ce n'est pas la faute de Norbert s'il est devenu le sujet principal d'un article mensonger-…

- Ce n'est pas contre Norbert que je suis en colère.

Thésée fuit les deux regards braqués sur lui.

Et il admit avec une voix amère :

- C'est contre moi.

La Nott s'était lentement relevée à côté de lui, et posa sa main sur son avant-bras. Thésée déglutit difficilement et, sans toujours les regarder, il expliqua d'une voix basse :

- Je pensais que c'était fini. Je le pensais sincèrement.

Son expression se tordit, en colère et regret sincère.

Il regarda Freya avec une grimace pleine de remords :

- Je savais qu'il y avait eu des sentiments entre eux, autrefois. Mais lorsque j'ai réalisé que Norbert en était encore amoureux, il était trop tard.

Derrière Thésée, Porpentina s'était visiblement tendue, et bientôt, elle aussi avait détourné le regard, tentant certainement de camoufler des sentiments trop sombres.

Mais Thésée continua, sa voix grave trembla même un peu :

- Ca lui a brisé le coeur. Je l'ai blessé.

Il se mordit la lèvre, et ajouta :

- Et cela nous a beaucoup éloigné, je le sais.

La poigne sur le Magazine se fit plus forte encore, et Dragonneau émit un petit souffle sarcastique. Il articula avec aridité :

- Et puis… l'ironie du sort fut de me rendre compte qu'elle l'aimait peut-être encore aussi.

Son regard était humide, tordu de douleur.

Et, sans quitter Freya des yeux, il conclut avec remord :

- Je les ai sûrement rendus malheureux, tous les deux.

Un silence pesant s'installa.

Et comme ses yeux gris devenaient de plus en plus brillants, Thésée arracha son regard à celui de Freya, et se déplaça lentement vers la porte fenêtre. Il sortit sur le balcon, où l'on pouvait apercevoir le soleil rouge et couchant brûler les cimes de la forêt tropicale.

Freya lança un vague regard vers Porpentina, dont le regard était tout aussi brillant que celui de l'Auror anglais. Elle ne sut pas si, comme elle, elle avait été émue par les aveux de Thésée, ou si ce même Magazine provoquait chez elle le même type de douleur.

Sûrement un peu des deux.

La Nott lança un regard vers la grande silhouette de Thésée, arquée sur la rambarde de pierres, le Magazine encore fermement coincé entre ses doigts tremblants.

Elle le rejoignit, prenant bien le soin de fermer la porte fenêtre derrière elle. Après un vague coup d'oeil vers l'intérieur de la chambre, elle aperçut Kowalski proposer maladroitement son mouchoir usé à Porpentina, qui, visiblement, l'avait décliné. Et après un instant où Porpentina s'était vaguement essuyé les yeux d'un revers de manche, tous les deux finirent par se repencher vers les piles de documents confidentiels de Thésée.

Thésée, justement.

Elle n'osa pas tout de suite l'approcher, se demandant s'il ne voulait peut-être pas un peu d'intimité. Mais malgré cela, elle articula distinctement :

- Arrêtez de vous tourmenter avec cela.

Aucune réponse.

Les yeux de Freya retombèrent vers le Magazine rouge.

Elle continua avec une expression froncée :

- Débarrassez-vous en. Libérez-vous de ce-…

- Je ne peux pas.

Thésée s'était vivement retourné, lui dévoilant des yeux rouges et une expression torturée.

Il répéta plus bas :

- Je ne peux pas.

Il allait se retourner de nouveau, ne supportant pas les yeux de la sorcière sur son expression défaite, mais elle s'avança vers lui :

- Lestrange vous aimait.

Ces mots, bien que difficiles à prononcer, étaient sincères.

Les épaules de Thésée se crispèrent un peu, et il lui fit un sourire triste :

- Ecoutez, Nott, j'apprécie que vous essayiez de-…

- Je l'ai vu.

Freya ferma les yeux, dans une grimace contenue.

Elle s'en rappelait distinctement.

De ce regard.

De ce sourire.

Elle termina sa phrase :

- Au Bal en Août. Elle vous souriait d'une manière qui…

Elle chercha ses mots un instant, et puis, finit par compléter :

- Dans ses yeux il y avait quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant.

Elle lui martela, et ce, même si cela lui faisait mal :

- Elle vous aimait. J'en suis certaine.

Thésée demeura silencieux, sans voix.

Figé dans son expression défaite.

Freya s'approcha un peu de lui, et posa sa main sur celle qui tremblait sur la couverture du Magazine. La poigne sembla se détendre un peu sous sa paume, et elle leva les yeux vers lui.

Sa voix fluette se fit plus douce :

- Ce Magazine… ce stupide article, vous blesse.

Elle se tourna un peu vers la chambre, et elle compléta :

- Mais il blesse aussi d'autres que vous.

Thésée regarda vaguement Porpentina, alors qu'elle farfouillait dans les documents froissés, et puis, revint vers Freya. Cette dernière souffla un peu, et exerça une petite pression sur sa grande main.

Elle articula dans un souffle :

- Vous voir ainsi dans la douleur et le regret… me blesse également.

Et c'était la vérité.

Le voir ainsi torturé, la torturait tout autant.

Il lui rendit un regard indéchiffrable.

Et après plusieurs tentatives, finit par souffler :

- Nott, je…

Elle détacha sa main de la sienne, et il sombra une nouvelle fois dans le silence.

La Nott lui fournit un sourire rapide qui n'atteignit pas ses yeux bleus.

Elle lui dit simplement :

- Prenez l'air, et revenez.

Il hocha juste la tête et la regarda s'éloigner avant de se tourner une nouvelle fois vers la forêt tropicale rougissante.


Freya lança un rapide regard vers la fenêtre, comme pour vérifier que Thésée n'avait pas fini par jeter du balcon. Mais non, il était encore bien là, le dos recourbé au dessus de la rambarde de pierre, le Magazine toujours serré dans sa main. Devant lui, le soleil couchant n'était plus, et le ciel s'était paré d'un autre dégradé de couleurs violacées.

Porpentina, les mains pleines de parchemins, suivit le regard de Freya et émit une petite grimace d'agacement.

- Compte-t-il venir nous aider une fois que tout sera fini ?

La Nott lui lança un regard las et désapprobateur.

Mais Porpentina lui montra la pile de feuilles froissées qu'elle tenait entre ses mains.

- Oh je vous en prie, ne prenez pas sa défense. Même mes dossiers étaient mieux rangés lorsque j'étais encore au MACUSA.

Freya ne fit aucun commentaire et haussa simplement les épaules.

Elle allait se remettre, elle aussi à l'ouvrage, mais son regard fut une nouvelle fois attiré sur le balcon. Thésée s'était retourné, et après un dernier regard vers le Magazine, il pointa sa baguette vers le rouge de ses pages et une flamme l'engloutit tout entier.

Freya, tout comme Thésée, regardait la couverture rouge se calciner rapidement, se consumer pour ne devenir que des braises et des cendres, qui se fanèrent rapidement dans la nuit tombante.

Alors que Thésée demeurait figé là, visiblement plongé dans ses sombres pensées, Freya, elle, émit un soupir de sincère soulagement, et un sourire se dessina sur ses lèvres rouges.

Ce sourire ne dura pas longtemps, du moins.

- Oh, Seigneur

Porpentina et Freya regardèrent par dessus l'épaule de Jacob, qui les aidait à trier.

Ses mains tremblaient tellement cependant, qu'il était impossible de comprendre ce qui pouvait le rendre si blafard. Porpentina lui prit la photographie des mains et l'approcha de ses yeux.

Elle devint tout aussi blême que le Moldu.

- Nom d'une Licorne

Freya se pencha vers la photographie, sensiblement mouvante.

On y distinguait deux silhouette, dans une rue qui ne ressemblait pas à l'Angleterre.

L'une était légèrement voûtée, fine, les cheveux noir corbeau, et le visage aussi anguleux que celui d'un Fawley. Freya hoqueta de surprise ; ne s'agissait-il pas de Croyance ? Ou plutôt, d'Eugène, son cousin ?

Mais l'attention de Porpentina se portait plutôt sur l'autre silhouette.

Celle d'une jeune femme au carré ondulé blond, et au ventre aussi rond qu'une Montgolfière.

Porpentina balbutia avec une voix tremblante :

- C'est… Queenie… ?

Un gros bruit les fit sursauter toutes les deux.

Jacob était tombé à la renverse, s'écrasant contre une montagne de papiers. Porpentina s'élança vers lui, en lâchant la photographie de sa soeur.

- Oh, Monsieur Kowalski… !

Freya saisit la photo entre ses mains et la regarda à deux fois.

Le ventre rond de Queenie Goldstein…

Non…

Cela ne faisait pourtant aucun doute.

Queenie Goldstein attendait un enfant.


Et voilàààà !

J'espère que vous avez aimé ce Chapitre.

Enfin débarrassé de ce maudit Magazine à la couverture Rouge ! C'est une blessure profonde pour Thésée, alors j'ai bien aimé travailler dans la longueur pour ce « détail ».

Même si la petite révélation de la fin ne vous a sûrement pas laissé indifférent haha !

Encore une fois, je m'inspire de théories existantes, et il en va de même pour Queenie… vous aviez remarqué comment elle tenait son ventre en passant les flammes bleues à Paris ? Comme un instinct de protection, un instinct maternel… bref, pour moi ça expliquerait aussi son obsession de se marier (à l'époque avoir un enfant hors-mariage, ce n'est pas accepté par la société), et son hyper-sensibilité du dernier film !

C'est assez marrant parce que suite au dernier chapitre, j'ai eu BEAUCOUP (vraiment beaucoup) de commentaires et MP me disant « Trop hâte de revoir Norbert et Tina dans le prochain Chapitre ! » …mais je n'ai jamais parlé de Norbert… aha ! Donc oui, il y a Tina… mais pas encore de Norbert ! (Ca viendra bien assez vite ceci dit…).

Le Prochain Chapitre en quelques mots :

. une balade nocturne qui va sûrement vous plaire

. une session de Spiritisme qui va vous rendre perplexes

. et un trajet vers Caxambu… qui va vous chahuter un peu.

Ça donne envie ou pas ?

J'en profite pour vous remercier encore une fois, pour vos commentaires, vos messages, vos questions… Comme vous le savez, cette histoire représente un grand investissement au niveau de mon temps et de mon énergie, et je suis ravie que cette histoire vous plaise autant qu'elle me plaît à l'écrire :)

On me demandait si j'avais un support imagé / des inspirations visuelles pour cette histoire, et c'est le cas ! Vous pouvez retrouver toutes mes inspirations, ainsi que des illustrations des objets, des lieux, que je mentionne sur mon tumblr : vingt-huit-fb .tumblr . com (enlever les espaces pour y accéder :) )

PS : Merci aussi à ceux qui corrigent mes (nombreuses) fautes.

Je fais de mon mieux, mais je n'ai pas le temps de me relire…

Prenez soin de vous !

A bientôt,

Netphis.