Bien qu'ayant dormi profondément, Alice était réveillée avant que le soleil ne se lève, elle s'étira longuement en regardant sa montre : 6h30 ! Ouf ! Laurence n'aura pas le plaisir de me réveiller en fanfare ! Un plaisir que je lui enlève et un plaisir que je me fais se dit-elle !
- Eh oui ! dit-elle à haute voix
- Déjà debout Avril, un miracle ! Laurence sortait de la cuisine, une tasse de café à la main, souriant à la posture de chat étiré d'Alice
- Oh non c'est pas vrai mais vous faites comment pour être toujours debout ?
- Je voulais avoir le plaisir de vous sortir du lit à coup de pied mais vous m'avez devancé !
- C'est une demi-victoire pour moi
- Sinon, bonjour Avril, répondit Laurence tendant à Avril une tasse de café.
- Moui, pardon bonjour, ...rci pour le café mais je pouvais me le faire, hein !
- Avril, on va arrêter ça tout de suite, dit Laurence d'un ton sec
- On arrête quoi, on ne part plus mais vous m'avez promis, vous êtes un sale C…
- Stop ! mais vous allez arrêter de partir comme ça : ce weekend est une trêve et vous avez promis de faire ce que je vous dirai. Donc vous vous détendez sinon on ne va jamais y arriver !
Alice se rendait compte qu'elle était montée sur pile sans savoir si c'était pour rester dans le cadre habituel de ces aboiements sur Laurence, si c'était leur tête à tête, si elle ne savait que se méfier d'un Laurence gentil ou si l'existence d'un père lui tournait les nerfs….
Ça doit être un peu les quatre sans doute, faut que je lui fasse confiance , ce qui était le cas d'une certaine façon.
Elle sentit une main sur son épaule.
- Avril, ce weekend c'est pas une compét' à celui qui est le plus con, on remet ça à lundi OK ? Laurence tendit sa tasse pour trinquer et conclure un pacte de non-agression.
Elle voyait dans ses yeux une authentique sincérité, qu'elle voyait très souvent mais soustraite des sarcasmes traditionnels.
-Marché conclu, Avril et Laurence trinquèrent de leur café.
- Bon maintenant parlons logistique : comme convenu on passe chez vous prendre vos affaires. Il faut que je vous avoue que j'ai mis Marlène au courant de notre weekend, elle est contente de savoir que vous allez vous changer les idées.
Bien sûr que Marlène était au courant. Elle en était ravie, contente de disposer d'un weekend à partager avec Glissant et contente de voir Laurence faire un premier pas.
- Ah …. S'inquiéta Avril, et elle n'est pas en colère de ne pas l'emmener ?
- Non, je lui ai promis que je me rattraperai prochainement. Affirmation mensongère, Marlène insistait plutôt pour ne pas être dans la partie que jouait Laurence autour d'Avril.
- Ah tant mieux, je suis soulagée car je ne voulais pas la blesser
- Non, pas de souci, au contraire, elle veut que vous vous amusiez.
- Avec vous c'est toujours amusant dit-elle ironique. Pardon sourit Avril, ça vient tout seul !
- Oui mais corrigez-vous !
- Oui Laurence, répondit malicieusement Alice
- Bref, Marlène ayant les clés de chez vous, elle vous a laissé quelques vêtements.
- Pour moi ? mais j'ai ce qu'il faut !
- Excusez-moi d'être désagréable mais je ne veux pas diner avec un épouvantail en chemise à carreau à un diner spectacle
- Diner spectacle, c'est vrai ! Ouaouhhhhh. Et que fait-on d'autres ?
- Pour l'instant vous rangez votre gourbi, vous faites un brin de toilettes, on s'en va chez vous et on embraie la route.
- Ok ça marche je me dépêche
L'énergie d'Alice faisait plaisir à voir, et Laurence se sentait fondre sans arriver à s'en défendre, sans en avoir envie non plus.
Sur le chemin, Laurence lui expliqua ce qu'il projetait de lui proposer pour leur weekend. Alice était au pays des merveilles !
Ils arrivèrent en milieu de matinée à l'hôtel que Laurence avait réservé. C'était un ancien manoir familial reconverti en hôtel de luxe composée de vastes suites Leurs chambres respectives étaient communicantes.
- Avril, voilà ce que je vous propose, vous vous installez tranquillement et vous vous posez si vous voulez et quand ça vous dit, vous me faites signe d'accord ? C'est du côté de votre chambre qu'est le verrou. Jusqu'à 13h, je suis là ensuite je vous attendrai en bas pour aller déjeuner.
- Très bien, mais comment fait-on ?
- Comment fait-on quoi ?
- Ben oui ?
- Ben quoi
- Je m'installe c'est-à-dire ?
Laurence voyait Alice s'énervait sans comprendre. Il lui fait un signe de tête.
- Ben vous comprenez-moi je n'ai jamais été dans un hôtel de cette classe, je fais tâche…
Instinctivement une remarque désagréable se proposait aux lèvres de Laurence mais il vit la détresse d'Avril et comprit que ce mode de vie indolent et classieux lui échappait.
- Alice, il n'y a rien de particulier à faire. Je vous accompagne. Laurence entra dans sa chambre poser ses affaires et ressortit.
Il lui prit la clé de ses mains et ouvrit galamment la chambre d'Alice
- Je pouvais le faire ouvrir une porte
- Alice, c'est quoi le problème de vous ouvrir la porte, ça s'appelle la courtoisie. Je sais que vous savez vous débrouiller toute seule, vous savez.
- C'est votre côté macho !
- On va pas se disputer déjà, rappelez-vous c'est une trêve.
- Mouais…
Ils entrèrent dans la chambre et Alice fut confondue de stupéfaction devant le luxe et l'élégance de cette chambre, deux fois plus grande que sa chambre en sous pente : une vaste pièce composée de la partie lit (à baldaquin) et une partie salon avec un canapé moelleux propice à la sieste ou à la lecture, avec un magnifique bureau en marqueterie idéal pour travailler et écrire.
- Oh mon Dieu ça existe des endroits pareils !
- Eh oui Alice ça existe et désormais il faudra imaginer pouvoir en profiter….
- Oh ça… Alice n'avait pas encore pris en compte la portée de cette héritage tombé du ciel et de l'aisance que cela allait lui donner.
- Allez Alice, vous vous installez il y a les placards pour vos affaires. Vous appelez le service d'étage pour repasser vos vêtements.
- Mais ils sont bien mes vêtements !
- Profitez du service !
- Du service ? comment je fais ?
- Vous allez être surprise mais vous avez les bases : bonjour, s'il vous plait merci entre ces mots vous indiquez à votre correspondant ce que vous voulez.
- Alice prit le téléphone et demanda le service de chambre pour prendre en charge les robes prêtées par Marlène.
Laurence essaya de la mettre à l'aide dans leur lieu de villégiature.
- Alice, il faut que vous sachiez une chose : utiliser des services ne fera pas de vous une petite peste gâtée et prétentieuse maltraitant les personnes à condition que vous gardiez ce qui fait votre personnalité. Et moi je sais que vous perdrez pas cela, vous avez le respect des autres, du travail des petites gens et de leur difficulté. Jamais vous ne serez une garce, c'est une certitude.
Il poursuivit.
- Vous ne vous en prenez qu'à ce qui sont de taille et qui le méritent. Et je sais de quoi je parle.
Le ton de Laurence était dénué de mesquinerie ou de sous-entendu : c'était de la sincérité pure, dénuée de toute ironie.
Alice regardait Laurence comme si elle le voyait pour la première fois et réconfortée que quelqu'un comprenne ses peurs, le changement causé par son héritage.
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Un ange passa entre eux.
- Allez je vous laisse ranger votre fatras ! A tout à l'heure.
