Une fois n'est pas coutume, je fais un petit WARNING. Tout d'abord, je m'excuse pour la longueur inusitée de ce chapitre. C'est parce que je ne voulais pas couper la scène dans la salle de bains.

Ensuite, très, TRÈS sérieusement, si vous avez du mal à supporter les scènes de violence graphiques, ne lisez pas ça !

Regina contemple l'être aimé pendant quelques minutes. Étendue sur le côté, les yeux fermés, elle semble dormir. D'ailleurs, c'est peut-être le cas. La sorcière commence seulement à ressentir les effets de l'adrénaline qui reflue maintenant dans tous ses membres. Elle a mal aux épaules, dans le bas du dos, aux bras, aux jambes. Des frissons parcourent sa colonne vertébrale. La chambre est étouffante et pourtant elle a froid. Se basant sur ses propres impressions, elle cherche à évaluer l'état d'Emma. Son épuisement, ses courbatures, sa confusion, doivent être ahurissants. Elle se lève machinalement, choisit dans la penderie une robe de chambre chaude et confortable, qui couvre jusqu'à ses chevilles, et l'enfile. Quand elle se retourne, la sauveuse a fourré son pouce dans sa bouche et le tète sans pudeur.

Ce spectacle est à la fois adorable et navrant pour Regina. La jeune femme lui a raconté que cette manie, héritée de la toute petite enfance, lui avait valu nombre de gifles et de coups sur les mains, sans qu'elle ait jamais pu s'en défaire. Depuis que ses rapports avec sa maîtresse ont pris une tournure résolument sadomasochiste, elle s'y livre de plus en plus souvent. Après une séance de domination, quelle qu'en soit la nature exacte, elle rechute presque immanquablement. En la voyant ainsi, poignante de vulnérabilité, l'idée de lui glisser une tétine entre les lèvres se manifeste à l'improviste, provoquant un tressaillement au fond du ventre de la puissante magicienne. Elle secoue la tête. Pourquoi de telles pensées l'assaillent-elles sans cesse ? « Je suis un monstre », murmure-t-elle pour elle-même.

Regina hésite. Faut-il la laisser dormir ainsi, toute nue et dégoulinante de sueur et autres fluides ? Le désir de la laver, de la toiletter comme un petit chien, surgit soudain et envahit l'âme sombre de la sorcière. L'excuse, prendre soin de sa compagne, comme elle en a fait la promesse, est toute trouvée, et aussitôt Madame le maire y croit, avec une authentique sincérité. Elle jette un œil à la pendule. Neuf heures et quart. Il est ridiculement tôt. Le week-end, leurs ébats se prolongent d'ordinaire jusqu'aux petites heures du matin.

S'approchant de sa bien-aimée, la reine s'assoit sur le lit. Son regard se pose sur la délicieuse courbure de la hanche, au profil si délicatement harmonieux, mise en valeur par la position fléchie des genoux. Emma est en posture fœtale. L'illusion est amplifiée par le bruit incessant de clapotis qui s'échappe de la jolie bouche rose, toujours affairée à suçoter le pouce droit. Dans la glace, Regina s'assure que les ravissantes fesses ont gardé leur belle couleur incarnate. Rassurée sur ce point, la sorcière dépose une main douce sur l'épaule de la princesse, la secoue légèrement. Elle sourit en la voyant froncer ses jolis sourcils clairs, si nettement dessinés. Emma lève des paupières pesantes, révélant de candides prunelles de jade, vitreuses de fatigue.

« Lève-toi, ma poupée. Je vais te laver. » Bien que prononcé d'une voix musicale et aimante, l'impératif suscite immédiatement une réaction. Le shérif extirpe son pouce de sa bouche, lutte pour se redresser, gémit, retombe sur un coude, cherche péniblement à déplacer ses longues jambes. Chacun de ces gestes ordinairement anodins la fait grimacer. Sa majesté se sent bien un peu coupable devant l'évidente difficulté de mouvement que manifeste la sauveuse, mais elle choisit de ne pas s'appesantir là-dessus. Elle saisit tendrement les beaux bras robustes, guide la jeune femme nue (il est hors de question qu'elle la vête), l'encourage doucement à se lever, la rattrape en souriant lorsqu'elle titube. Simultanément, l'odeur exquise du cher amour l'enveloppe divinement, semble l'englober : les effluves aigres-douces de la sueur, la fragrance tout à fait reconnaissable qu'exhale son vagin après l'orgasme, se mêlent triomphalement à la senteur unique d'Emma.

Après être parvenue à la faire tenir debout, elle la mène avec assurance vers la salle de bains, la soutenant par les coudes. La tiédeur de la pièce est agréable mais la petite nymphe se met à grelotter. À peine sa partenaire l'a-t-elle assise sur un tabouret de bois qu'elle commence à claquer des dents. La reine capture fermement les biceps ciselés, si vigoureux qu'il semble impossible de les faire plier, et les frictionne affectueusement dans ses mains. Ensuite, s'éloignant un instant, elle règle le thermostat, attentive à réchauffer son amie sans rendre l'atmosphère irrespirable. De retour auprès de la jolie blonde, elle se remet à lui caresser les bras et les épaules. « Tu vas très bientôt avoir chaud, mon bébé, n'aie pas peur. »

La sauveuse paraît plus alerte à présent. Elle lève vers son amante d'implorants yeux de biche aux abois. Regina sourit de toute son âme, se penche, lui dépose un baiser sur le nez. « Tu as besoin de quelque chose, mon ange ? » Emma semble de plus en plus rassurée et, pour une fois, elle formule sa demande sans bégayer. « Est-ce que tu pourrais mettre une serviette sur le tabouret ? » La magicienne doit consacrer quelques secondes à réaliser que sa petite compagne vient de reconnaître que le bois dur du siège sur lequel elle est installée lui fait mal aux fesses. Elle se mord les lèvres car savoir que le shérif devra s'asseoir avec précaution, probablement tout le week-end, est électrisant. Elle juge avec une parfaite clairvoyance l'état physique de son amie, sait qu'elle serait incapable ne serait-ce que de poser son derrière sur une surface aussi rude sans crier si la magie ne l'avait pas efficacement soulagée.

Sans répondre, car elle a malgré tout quelques scrupules et se rend compte que sa voix trahirait son émoi, elle se tourne vers un tiroir et choisit la plus épaisse, la plus moelleuse des serviettes. Elle passe ensuite ses bras sous les aisselles d'Emma, l'aide à se relever le temps de glisser la douillette protection, soigneusement pliée pour offrir plus de réconfort, sous son pauvre postérieur, puis la repose avec tendresse et prudence.

La jeune femme a l'air en effet plus à l'aise. Visiblement groggy, elle se frotte les yeux. Incapable de lui résister, la reine se penche, dépose un baiser sonore sur la tête blonde, lui murmure : « Comme tu es mignonne. » Considérant l'insondable chaos de la chevelure dorée, Regina s'empare de la brosse, puis réexamine son choix et opte pour un élégant peigne en faux ivoire, aux dents largement écartées. Elle entreprend solennellement de débroussailler les longues mèches ondulées. La magicienne est devenue une experte dans ce domaine. Heureusement, les cheveux luxuriants sont épais et lisses. Sa majesté commence par désembrouiller les pointes, puis remonte doucement, attentive à n'infliger aucun tiraillement. Le contact exquis de la crinière soyeuse entre ses doigts ranime quelque chose dans son bas-ventre et elle prend le temps, tout en coiffant sa protégée, d'admirer le beau corps nu.

Emma se tient un peu courbée, la tête penchée en avant elle agrippe mollement, de ses deux mains, les bords du tabouret. Le regard de la sorcière se tourne vers les petits seins tout blancs, ornés de graciles tétons roses. Bien que de taille modeste, les globes neigeux, merveilleusement charnus et renflés, sont si incomparablement ronds qu'ils ressemblent à deux fruits brillants, gaillards et juvéniles.

Regina a fort bien compris, dès le début de leur liaison, que sa belle amante éprouve une intense excitation, un plaisir incontestablement sexuel, à recevoir des compliments, même quand ceux-ci ne concernent pas ses attraits physiques. C'est très certainement un résultat du manque de reconnaissance et d'amour dont elle a souffert durant vingt-huit ans d'ailleurs la carence est toujours bien présente, se manifestant par une appétence affective inadaptée et déviante. Manipulatrice à l'extrême, le maire se sert sans vergogne de ce penchant pour arriver à ses fins. Ayant procédé à un premier démêlage, elle troque le peigne pour la brosse à cheveux. Emma geint langoureusement lorsque sa maîtresse commence à la brosser. Elle raffole de ces soins, qu'elle n'avait jamais expérimentés avant son union avec la belle brune. Profitant de son contentement, la divine reine prononce les mots dont elle connaît d'avance l'effet : « Tu es magnifique, ma chérie. Tes seins sont des chefs-d'œuvre, des joyaux. »

Le résultat ne se fait pas attendre. La sauveuse a comme un sursaut stupéfié, puis elle pousse un gémissement qu'elle cherche à assourdir en se mordant les lèvres. Elle se redresse, relève légèrement son gracieux visage, tendant son torse étroit, ce qui fait irrésistiblement saillir sa poitrine. La sorcière, comme avec distraction, prend alors d'une main, en coupe, le sein gauche, en éprouve la fabuleuse fermeté, taquine le téton déjà dur avec espièglerie, le tirant, le pinçant, le malaxant entre son pouce et son index. De la main droite, elle continue, sans trouble apparent, à étriller les cheveux d'or. Au bout de quelques minutes de ce manège, qui fait frémir et panteler la princesse, elle procède à un échange, passe la brosse dans sa main gauche. Elle saisit posément l'autre sein, lui faisant subir avec flegme le même traitement, jusqu'à ce que la pointe sensible devienne roide et dressée, inconfortablement, douloureusement tendue, jusqu'à ce que la pâle chair fripée de l'aréole se fronce, se mue en un paysage raviné, formé de replis et de saillies.

Durant quelques minutes, Regina alterne le processus, brossant d'une main, palpant de l'autre. Elle passe abruptement du sein droit au sein gauche, les tâte comme deux fruits entre lesquels elle aurait du mal à choisir le plus mûr. La salle de bain est maintenant très chaude et Emma a cessé de trembler. En revanche, elle s'agite, frissonne, tressaille sous les assauts désinvoltes de sa maîtresse, s'efforçant, avec une difficulté visible, de ne pas se dérober. Le silence de la pièce n'est troublé que par sa respiration haletante, parfois entrecoupée de piaillements étouffés lorsque les doigts intransigeants la tourmentent un peu trop rudement.

La blonde chevelure est enfin démêlée la reine repose la brosse, cesse de pétrir et de triturer le téton droit. Se souvenant qu'elle doit s'occuper de sa précieuse compagne, elle lui prend les épaules, s'émerveillant de la fermeté des muscles, de l'incomparable douceur de l'épiderme constellé de gouttes de sueur. Brusquement suffoquée par une extraordinaire bouffée de tendresse, regrettant d'avoir encore tarabusté Emma au lieu de s'assurer de son bien-être, elle se penche amoureusement sur le beau cou, à la fois fuselé et massif, et l'embrasse longuement, langoureusement. Dans ses paumes, les nobles épaules galbées se décrispent. La reine lèche lascivement la peau blanche, répand ses baisers sur toute la colonne d'albâtre, remonte jusqu'à la mâchoire délicatement recourbée, murmure « Ma petite Emma. Mon petit cygne. »

Lorsqu'elle s'arrête, l'être aimé a relevé la tête, la regarde avec une incompréhensible confiance, ce qui la plonge dans une profonde confusion. Elle a vu le shérif se battre contre des hommes redoutablement plus grands et plus forts qu'elle. Elle l'a vue les vaincre. Sa vigueur physique est phénoménale. Sa rapidité, son sens de la stratégie, son adresse et son ingéniosité lui permettent de se sortir de situations désespérées, d'avoir le dessus sur des ennemis effroyablement dangereux. La sorcière croit avoir compris que ce qui pousse Emma, dans ces moments où son corps, boosté par l'adrénaline, prend les commandes, c'est son fervent instinct de conservation. Lorsqu'il s'agit de protéger ceux qu'elle aime, elle s'avère bien entendu un formidable adversaire, mais elle a également la capacité de se préserver elle-même, avec une rage farouche. Comment et pourquoi se donne-t-elle aussi complètement à quelqu'un qui la réifie si manifestement, avec tant de perversité ? Regina sait qu'elle le fait avec amour, par amour, pour l'amour.

Extrêmement troublée, elle se penche sur le doux visage d'ange, pose sa bouche pulpeuse sur les lèvres claires. Elle embrasse longuement son amante. Et lorsque celle-ci écarte les mâchoires, faisant timidement poindre une petite langue fureteuse, la magicienne approfondit le baiser, se délecte à perdre haleine de la moiteur des muqueuses, du contact parfaitement lisse et uni de l'émail des dents. Relevant enfin l'objet de son affection, qui obtempère sans broncher, le maire la guide vers la douche, la fait passer devant elle, ce qui lui donne l'occasion de toucher et de caresser un peu le charmant arrière-train. Quand elle sent sur ses fesses rougies la main de sa maîtresse, Emma s'immobilise, appuie ses coudes contre la paroi de faïence, se penche légèrement pour lui faciliter l'accès, lui offrir son anatomie. Elle tourne vaguement la tête pour regarder Regina du coin de l'œil, attendant patiemment que la reine estime l'avoir suffisamment maniée. « Elle considère son corps comme la contrepartie de mon amour », pense la sorcière.

Avec un soupir un peu las, la reine saisit l'énorme pommeau de luxe, le détourne d'Emma afin de pouvoir régler la température sans lui causer le moindre inconfort. La jolie nymphe est toujours dans la même position disponible, à portée de main elle semble attendre un ordre pour se décider à bouger. « Que ferait-elle si je partais maintenant, sans rien lui dire ? » se demande Sa majesté. Satisfaite de la chaleur du jet d'eau, l'arrogante souveraine fixe le pommeau, prend sa partenaire par les hanches et l'attire vers elle, dans ses bras et sous le déferlement enchanteur de la douche. Ce n'est que lorsqu'elles sont ainsi, nues, debout et enlacées que Regina réalise vraiment que son amante est nettement plus grande qu'elle. La jeune femme répond à l'étreinte de sa maîtresse en s'accrochant désespérément à son torse, l'entourant de ses bras nerveux, la serrant convulsivement. Sa haute taille l'oblige à s'affaisser pour pouvoir poser son front sur l'épaule olivâtre.

Émue aux larmes, le maire caresse le dos musculeux, les épaules à la fois larges et gracieuses, passe ses doigts dans les cheveux, dont la couleur de miel commence à s'assombrir au contact de l'eau, afin de bien les humidifier. Le long corps éreinté se détend enfin sous l'effet combiné de la douche et des attouchements ensorceleurs de la puissante sorcière. « Je vais te laver rapidement, ma chérie. Je veux te donner un bain et si je ne te débarbouille pas d'abord, l'eau sera souillée. » Emma hoche docilement la tête. Son visage est toujours enfoui au creux du cou cuivré mais la reine est certaine qu'il s'est empourpré lorsqu'elle l'a entendue déclarer qu'elle était sale. Joignant le geste à la parole, Regina s'empare du shampoing. Ses yeux déchiffrent automatiquement l'inscription sur la bouteille : « Shampoing spécial cheveux blonds et lisses, à la camomille ». Il est hors de prix. C'est elle, bien sûr, qui l'a offert à la petite. Mais avant qu'elle ait reposé le flacon sur le porte-savon, après avoir fait jaillir une bonne dose de produit au creux de sa main, la jolie voix rauque se fait entendre. « Tu le prendras avec moi ? … le bain ? … s'il te plaît ? » D'un timbre enjôleur, elle répond : « Bien sûr, mon trésor. Je ne manquerais ça pour rien au monde. »

Elle lave soigneusement la longue chevelure, enfonçant ses doigts dans les mèches détrempées et fuyantes, faisant glisser ses mains jusqu'aux pointes. Ensuite, elle savonne le visage et le corps, insistant sur les régions qu'elle sait avoir baignées de salive, ainsi que sur celle où elle se souvient avoir joui. Elle s'occupe également, avec un infaillible pragmatisme, de sa propre toilette. Emma se laisse faire avec la docilité d'un animal de laboratoire, bien que des gémissements étranglés lui échappent lorsque sa maîtresse lui nettoie les seins, les fesses, le sexe et l'anus, et qu'elle laisse même échapper quelques couinements affligés au moment où celle-ci s'occupe scrupuleusement de son postérieur humilié et cuisant. Regina sent que la sauveuse est de plus en plus éreintée, au point qu'il lui est maintenant difficile de tenir sur ses jambes. Aussi conclut-elle promptement les ablutions préliminaires par un rinçage méticuleux. Sortant de la douche, elle enfile sa sortie de bain, puis attrape son amante par la main, l'attire vers elle et l'enveloppe d'une serviette surdimensionnée. Ensuite, elle l'assoit à nouveau sur le tabouret de bois et se tourne vers l'immense baignoire.

Elle règle d'abord très haut la température de l'eau, car elle sait qu'Emma aime la chaleur. Mais elle réalise bientôt que sa croupe en feu ne la supportera pas et opte pour la modération. Le bain, faisant jacuzzi, est équipé de plusieurs robinets et se remplit très rapidement. Regina choisit une huile adoucissante, qui apaisera la peau enflammée de sa protégée. Lorsqu'elle se retourne, le shérif est dans la position où elle l'a laissée emmitouflée dans la serviette qu'elle maintient étroitement autour d'elle, la tête basse, les paupières presque fermées, sur le point, semble-t-il, de s'assoupir. Ses cheveux mouillés ont pris une couleur de caramel et collent à son visage, à son cou. « Dieux de l'Olympe, pense Regina, je ne savais pas qu'on pouvait aimer autant quelqu'un sans être sa mère. »

Le bain est prêt. Elle prend doucement les bras de la jeune femme, la relève, la guide vers la baignoire, lui ôte la serviette en soupirant de bonheur, heureuse de retrouver la glorieuse nudité. Elle lui applique une petite tape affectueuse sur la cuisse pour l'encourager à enjamber le rebord et à s'installer. Emma grimace et se contorsionne un peu lorsque ses fesses nues rencontrent la faïence polie et la reine éprouve bien sûr un plaisir aigu et coupable en constatant son inconfort. Se débarrassant de son peignoir de bain, elle rejoint l'être aimé dans l'eau chaude, délicieusement adoucie par l'huile relaxante. Elle se place derrière la sauveuse, qui lui évoque maintenant une virginale naïade, enrobée comme elle l'est par le flot huileux qui fait chatoyer ses bras, ses épaules et sa poitrine. Avant de s'installer confortablement, elle appuie sur un bouton, déclenchant de paisibles remous. Le massage berceur devrait calmer la charmante petite fée.

Regina s'allonge, ajuste sa position et celle de son aimée. Lui saisissant les avant-bras, elle l'incline contre elle, de façon à ce qu'elle vienne s'adosser sur son buste. La jolie tête se pose confortablement sur ses clavicules, un peu décalée vers la droite, ce qui permettra à Sa majesté de baiser la joue, le front et même les cheveux, sans le moindre effort. Elle insère ses jambes compactes sous le beau corps exténué. Les cuisses de sa compagne se situent à hauteur de ses genoux, de sorte qu'elle peut lui enserrer les hanches. Miséricordieuse, elle fait glisser ses tibias sous les jarrets, surélevant légèrement le bassin, laissant le postérieur martyr quitter la surface dure du fond de la baignoire. En sentant que ses pauvres fesses flottent à présent dans l'eau douce, en comprenant que sa maîtresse vient de veiller à son confort, la princesse laisse échapper un adorable petit « oh » de surprise.

Elle est propre. Il ne reste plus à Regina qu'à la dorloter, à déverser sur elle un déluge d'amour ardent. Couvrant de baisers tout un côté du joli visage, l'affectueuse despote lui demande : « Comment te sens-tu, ma jolie poupée? » Emma met quelques secondes à répondre. Quand elle se décide, sa voix est vacillante d'émotion. « Je t'aime. » Des larmes s'échappent inopinément des yeux de Madame le maire. Elle les essuie du dos de la main, rageusement. Tout de suite inquiète, la princesse cherche à se retourner mais son amante la contient tendrement. « Que… Qu'est-ce que j'ai dit ? » balbutie le shérif, et cela fait rire la sorcière à travers ses pleurs.

La vilenie de sa conduite se fait jour, enfin, dans l'esprit de la reine. Encerclant l'être aimé dans ses bras, le plus étroitement qu'elle peut, elle s'explique : « Oh ! Ma chérie. Comment peux-tu m'aimer après ce que je t'ai fait ? » Emma se tord le cou pour déposer un petit baiser sur la mâchoire de sa maîtresse et offre : « J'ai accepté, Regina. Ce n'était rien d'autre qu'une bonne, une très bonne fessée. Je n'en mourrai pas. » La belle brune secoue la tête, sans pouvoir encore sécher ses larmes. « Non, mon ange. Il n'y a que toi pour croire qu'il est justifié de te battre. Je… Je t'ai traitée comme un objet, alors que je t'aime plus que tout au monde. » La voix de la sauveuse se fait soudain plus affirmée, ce qui sidère le maire : « Regina, j'ai consenti. Tu ne crois pas que, dans ce domaine, c'est moi qui doit juger de ce qui est acceptable ou pas ? » Prise d'un doute affreux, elle continue après un moment de silence : « À moins que… » Pressante, la puissante magicienne l'incite à achever sa pensée. « À moins que quoi, mon amour ? » Emma soupire : « Ce… ça ne t'a pas plu, c'est ça ? » Tout son corps s'affaisse, s'enfonçant dans l'eau, et elle cache son visage dans ses mains.

La stupéfaction empêche d'abord la sorcière de réagir. Si elle ne connaissait pas si bien son amie, elle pourrait penser qu'elle cherche à la manipuler. Mais il est évident que la douce créature craint de lui avoir déplu, ce qui est inimaginable. « Mon Dieu, Emma ! » l'interpelle-t-elle, d'une voix plus sévère qu'elle ne l'aurait souhaité, ce qui fait sursauter la jolie blonde et capte immédiatement son attention. « Seigneur, mais que dois-je faire pour que tu penses me satisfaire, ma puce ? Mourir littéralement de plaisir ? » La main de la jeune femme se pose sur la sienne. De sa voix rauque, elle demande : « C'est vrai ? Tu as aimé ? »

Regina lui applique un baiser sonore sur la tête et répond : « J'en rêve depuis que j'ai des fantasmes, mon bébé. Et pouvoir finalement le réaliser avec toi, toi ma petite fée que j'aime à en avoir mal… Ce… C'était… Je n'ai aucun mot pour exprimer à quel point tu étais exquise, à quel point j'ai aimé ça. Tu m'as rendue absolument folle, mon trésor, et c'est bien là le problème. J'ai réellement cru, par moments, que la jouissance allait me tuer. » Elle enfouit son visage dans le cou de sa protégée, frotte son nez et sa bouche contre sa peau mouillée. Le geste a quelque chose d'animal. Reprenant quelque peu contenance, toujours larmoyante, elle termine : « Te fesser a été un plaisir presque insupportable. » Ayant achevé sa confession, elle attend le verdict d'Emma. Après un silence qui semble très long à la magicienne, la blonde naïade conclut : « Alors je veux recommencer. »

Regina secoue la tête en signe de refus, mais elle est consciente, séance tenante, qu'elle n'aura pas la force de repousser l'offrande de l'être aimé. Le simple fait de parler de ces divertissements cruels auxquels toute sa chair aspire avec dépravation commence déjà à la remettre en transe. Par ailleurs, Emma est habile à obtenir ce qu'elle veut, et ce qu'elle veut, c'est combler sa maîtresse. Au grand émoi de la reine, la princesse entame une véritable dialectique de la fessée. « Si tu as peur de me faire trop mal, on peut décider que le vendredi soir est consacré à une punition. » Le vocabulaire de la petite nymphe plonge la sorcière dans une fébrilité que la chaleur de l'eau, le contact du corps chéri, ne font qu'attiser. « Une fois par semaine, c'est plus que raisonnable. Je te donne l'autorisation d'utiliser la magie pour me soigner, à condition que tu gardes un souvenir, que tu ne me guérisses pas complètement. Tu sais, j'ai connu tellement pire que des rougeurs aux fesses… » Un petit rire cristallin accompagne cette déclaration, qui évoque aux yeux du maire un épouvantable chapelet d'images toutes plus terribles les unes que les autres.

Sans avoir l'air de se douter de la portée de ses paroles, la jeune femme reprend : « La douleur que j'éprouve, là… ce n'est rien du tout, Regina. Ta magie est efficace. Et puis, si tu te sens fautive, je suis plus que favorable à ce que tu t'occupes de moi tout le week-end. J'ai hâte de tester tes fameuses « pommades spéciales »… Je me demande ce qu'il y a d'écrit sur le tube. » Tournant la tête, elle plonge ses yeux d'émeraude dans ceux de sa sombre amante et lui décoche un sourire désarmant de candeur. « Te connaissant, me soigner doit faire partie du plaisir, non ? » La reine ne peut répondre que par un gémissement bouleversé.

Emma reprend sa place, et la sorcière geint à nouveau lorsque ses omoplates saillantes s'appuient précautionneusement sur les seins imposants. « Si tu tiens encore à dépenser de l'argent, tu peux m'acheter une tenue différente pour chaque vendredi. Je suis sûre que tu as d'autres fantaisies qu'un simple déshabillé. » Une multitude d'images émoustillantes éclatent dans l'esprit bouillonnant de Regina. La sauveuse s'interrompt quelques instants, semble réfléchir, puis renchérit : « Et je te donne l'autorisation de me frapper avec autre chose que ta main. » Là-dessus, la tyrannique souveraine s'écrie soudain : « D'accord, d'accord, tu as gagné, ma chérie. » La serrant avec emportement dans ses bras, elle lui colle un gros baiser sur la joue et est aussitôt récompensée par un rire limpide. Satisfaite de sa victoire, Emma se tait tout son corps se détend contre celui de sa maîtresse. « Ce sera le vendredi », complète Regina. Puis, après un instant de réflexion, elle ajoute : « Mais à une condition. » « Laquelle ? » demande la jeune femme, un peu interloquée. « Je veux que tu me dises non si c'est trop pour toi. » répond la reine. La position de la princesse, le dos tourné à sa maîtresse, lui permet de se composer assez facilement une façade. Avec un sourire selon toute apparence indifférent, elle répond : « C'est d'accord. »

Les deux femmes restent silencieuses quelques minutes. La belle sorcière caresse tendrement les bras musculeux de l'être aimé. Désirant ardemment aborder d'autres sujets, la magicienne reprend la parole. « Ma chérie, je voudrais te parler d'autre chose… » Emma bâille, puis répond d'un « quoi ? » engourdi. « Je dois savoir comment tu as vécu ce que je t'ai fait… » Cette fois, la sauveuse fait pivoter son long corps athlétique sur le côté gauche, de façon à ce que la reine puisse enrouler un bras autour de son dos. La position rappelle celle que les deux femmes affectionnent pour la lecture, sur le canapé du salon. La jolie blonde lève ses prunelles vertes sur le visage de madone son regard est interrogateur. « Elle n'a pas compris » pense Regina. Alors, elle plonge ses yeux noirs dans ceux de sa partenaire et se fait plus explicite : « Avec ma langue… » En voyant le joli visage s'embraser, Madame le maire sait que l'équivoque est levée. Détournant le regard, Emma demande d'une toute petite voix : « Oh ! Tu veux en parler ? Vraiment ? »

Comme pour appuyer la référence, Sa majesté redresse un peu contre elle le long corps souple, pose une main câline sur le beau fessier outragé et entreprend de le caresser sous l'eau. Le shérif se pelotonne contre sa maîtresse et, au grand enthousiasme de la sorcière, ajuste sa position pour lui donner un meilleur accès. « Ça ne te fait pas mal, mon bébé ? » murmure Regina. La réponse vient dans un souffle, timide : « Non. Comme ça, sous l'eau, c'est… » une hésitation confuse… « … très agréable » termine la petite. La divine sorcière renchérit. Opiniâtre, elle revient à son sujet. « Tu as crié quand je t'ai léché les fesses. » Emma se love contre le cou de sa reine, le visage enflammé. Elle n'aurait pas cru que son amante ait gardé de tout cela un souvenir aussi précis. Et le côté totalement décomplexé de son discours la remplit à la fois de gêne et d'émoi.

Mais il faut répondre. « Je… C'était la surprise. En réalité, j'ai… apprécié. » Les caresses sur son arrière-train s'intensifient et elle doit lutter pour ne pas remuer les hanches. « Tu es sûre ? » demande Regina. « Je te le jure » assure la sauveuse. Bien sûr, elle sait que Madame le maire ne s'arrêtera pas là. « Et quand je t'ai prise par derrière ? » Cette façon de présenter les choses, dénuée de tout sens de la pudeur ou de l'euphémisme, déconcerte profondément le shérif. Elle est surtout désemparée lorsqu'elle sent entre ses jambes que le désir revient à la charge. Sans pouvoir s'en empêcher, elle frotte ses cuisses l'une contre l'autre, certaine que sa despotique amante ne rate rien de ses réactions. « Ce… c'était bien », répond-elle sans se compromettre.

Après quelques instants de caresses aquatiques et silencieuses, la magicienne continue son interrogatoire. Emma sait que rien ne l'arrêtera et qu'elle-même ne pourra pas lui refuser ses réponses, aussi embarrassantes soient-elles. « C'était la première fois que quelqu'un te faisait ça ? » La petite blonde tremblote à présent dans les bras de sa maîtresse. « Tu veux que j'augmente un peu la chaleur ? » demande celle-ci, même si elle sait pertinemment que l'état de la princesse n'a rien à voir avec la température. La sauveuse hoche la tête. Sortant habilement un pied de l'eau, Regina appuie trois fois sur un bouton avec son orteil, puis revient à son sujet, entêtée. « Réponds-moi. C'était la première fois que quelqu'un enfonçait sa langue dans ton anus ? » Elle est un peu surprise en sentant Emma secouer la tête contre ses clavicules.

« Neal te le faisait? » demande-t-elle, et sa voix trahit sa jalousie morbide. « Oh ! Non » répond la jolie voix éraillée. Déterminée à connaître toute la vérité, la sorcière ne lâche pas le morceau. « Il t'a sodomisée ? » De plus en plus honteuse, Emma répond néanmoins : « Oh ! Non. Ça n'a jamais été son genre. Avec lui, c'était la position du missionnaire, tous les soirs. » Cette confidence n'apaise pas vraiment le caractère possessif de Regina. « Il te prenait tous les soirs ? » Le shérif se mord les lèvres. Elle a lâché cette information sans réfléchir. Il faut aller jusqu'au bout, maintenant. « Euh… Oui… Il était jeune, il avait des besoins. » La pression des bras de la belle brune se fait plus rigoureuse, plus écrasante. « Où est-ce qu'il te possédait ? Dans la Coccinelle ? » La reine n'avait jamais pensé à ce détail. « Euh… oui… » répond la petite avec un malaise tangible.

Elle sent que la main gauche de la sorcière, qui lui caresse les cheveux au même rythme que sa main droite lui flatte la croupe, se resserre et devient poing. « Même en hiver ? » demande-t-elle. « Quand… Quand il faisait trop froid, il ne me déshabillait pas. On garait la voiture dans un coin isolé et… Il m'enlevait juste ce qu'il fallait. C'est pour ça qu'il a toujours voulu que je porte des jupes ou des robes… » offre Emma d'une toute petite voix. Cette dernière confidence provoque une sorte de spasme dans le corps hâlé. « On n'avait pas vraiment le choix » conclut la sauveuse. « Oh mais si, il l'avait », affirme Madame le maire d'un ton glacial. « Il aurait pu éjaculer dans un Kleenex et te laisser en paix. » La respiration de la princesse est à présent plus courte. Elle peut percevoir la jalousie brûlante de sa maîtresse, qui s'échappe de tout son être comme une coulée de lave. Finalement, la puissante magicienne pousse un gros soupir. « Tu as dû beaucoup souffrir du froid, mon trésor. » Nier l'évidence ne serait pas une bonne idée, alors Emma acquiesce timidement.

Mais ce n'est pas encore fini. « Tu ne lui as jamais dit qu'il te faisait mal en te pénétrant, mon ange ? » La réponse est assez hésitante. « N… non, répond la jeune femme. Je… C'était la première fois que quelqu'un m'… Que quelqu'un voulait être avec moi. Il parlait d'aller vivre à Tallahassee. Pour moi, c'était comme si la vie pouvait enfin commencer. Je ne voulais pas l'offenser. Et puis, je voulais lui donner ce dont il avait besoin. » Elle s'interrompt quelques instants, attentive aux réactions de Regina. Le poing gauche, dans ses cheveux, s'est un peu décrispé la main droite continue à lui caresser la croupe, sans relâche. Comme elle perçoit l'attention contractée de sa maîtresse, que celle-ci ne dit rien, continue de l'écouter, elle se force à poursuivre. « D'ailleurs, après les trois ou quatre premières fois, ça s'est amélioré… Il a compris, je crois, que… qu'il fallait attendre que je sois prête, qu'il ne devait pas se précipiter… »

La reine imagine sans peine qu'en sentant les douces lèvres du vagin s'entrouvrir sous l'effet de ses insistants coups de boutoir, un mâle ne se pose pas trop de question et donne un brusque coup de rein, se frayant de force un passage. Mais pouvoir le concevoir n'est pas l'excuser et elle regrette du fond du cœur que ce satyre soit déjà mort. De la même façon, elle visualise parfaitement Emma à dix-sept ans, transie de froid, étendue sur le dos, dans l'inconfort sordide de cette voiture jaune qu'elle connaît si bien, sa culotte dans la poche du jean de ce porc, sa robe retroussée, subissant la charge féroce d'un homme qu'elle aimait, sur qui elle comptait pour la protéger. Elle imagine que la gamine devait s'enfoncer une main dans la bouche, se bâillonnant pour ne pas crier. Une colère froide s'empare de tout son être, que la princesse perçoit immédiatement.

Ramenée au souvenir de la dernière fureur du maire, Emma se redresse avec affolement et regarde sa reine, les yeux pleins d'effroi. « Non… Regina, ne te fâche pas, s'il te plaît. C'est ma faute… Si je lui avais demandé d'être plus doux, il m'aurait écoutée. Il m'aimait vraiment, tu sais… » La reine est en effet très bien placée pour savoir que la petite blonde a le plus grand mal à ne pas céder à tous les caprices d'un être aimé. En lisant la peur dans les yeux de la sauveuse, elle cherche à se dominer, aspire profondément, parvient à se calmer. Le shérif se détend. Elle la reprend dans ses bras, la réinstalle contre elle.

La sorcière a retrouvé son calme, du moins en apparence. Elle se pose trop de questions. La petite poupée est réceptive et elle veut en profiter pour lui soutirer le plus d'informations possible. Elle bénit in petto le confort ultramoderne du jacuzzi, qui gardera l'eau à la bonne température quelle que soit la durée du bain. « Il a fini par te mettre enceinte, mon bébé. Il n'utilisait pas de protection ? » Emma est résignée à faire face à toutes les interrogations de sa maîtresse, aussi embarrassantes soient-elles, même si les réponses sont éminemment susceptibles de provoquer sa rage. La main gauche a quitté sa tête pour caresser sa joue. Après avoir posé sa question, Regina pose un doigt sur sa bouche, dessine doucement la forme des lèvres. Les deux amantes savent toutes deux qu'il s'agit d'une silencieuse sommation : Sa majesté exige que sa compagne lui réponde et bien sûr le pauvre ange ne peut lui résister. « Il… il ne s'occupait pas vraiment de ça », commence le shérif.

Ce début a le don d'énerver à nouveau la sorcière mais elle parvient à se contenir. « En réalité il n'était pas très expérimenté. Il est passé de la Forêt enchantée à Londres, à la fin du XIXème siècle, puis au Pays imaginaire, puis ici. Tout ça ne lui a pas fourni une excellente éducation sexuelle. » Regina soupire. Malheureusement, Emma était, en quelque sorte, expérimentée lorsqu'elle a rencontré cette ordure, même si la reine ignore encore beaucoup de la teneur de son « expérience ». La sauveuse continue : « Alors, c'est moi qui m'en occupais… Je volais des préservatifs dès que je le pouvais. » Se rendant compte qu'elle vient de mentionner ses anciennes habitudes chapardeuses, elle se tait brusquement.

La belle femme brune l'encourage d'un baiser sur la tempe, alors elle reprend. « Quand j'arrivais à en avoir, je lui en tendais un avant qu'il… qu'il ne me prenne, et il acceptait. Il détestait ça mais malgré tout il savait que c'était pour éviter la grossesse… Il comprenait. Il ne m'a jamais rien reproché. » « Il ne manquerait vraiment plus que ça » pense très fort le maire. Comme Emma semble sur sa lancée, elle ne dit rien. « Mais… c'était difficile. Notre plus grande peur était de nous faire arrêter… Je ne pouvais pas en trouver tous les jours. » À la pensée que ce minable prenait « tous les jours » ce qui lui est refusé à elle, souveraine omnipotente, Regina serre les dents à s'en faire mal aux mâchoires.

Bien entendu, le shérif ne manque pas une si bonne occasion de se sentir coupable. « Je… j'aurais dû lui demander de se retirer quand on avait pas de capote, mais ça, je n'ai jamais osé… De toute façon, je pense qu'il n'aurait pas eu assez de contrôle. » La reine conçoit sans aucune peine ce dernier point, bien que cela ne l'apaise en rien. La petite continue : « C'est un coup de chance si je ne suis pas tombée enceinte plus tôt. Comme je te l'ai dit, je n'étais réglée que depuis très peu de temps. Je ne devais pas être très fertile. » Se souvenant qu'il y a d'autres thèmes à développer, la reine résiste au désir de lui demander si elle volait aussi des tampons pour en arriver plutôt aux sujets principaux.

« Alors, on ne t'a jamais sodomisée ? » La sauveuse sursaute contre le corps de sa maîtresse, ce qui provoque quelques éclaboussures. Aussitôt, elle se mord les lèvres, ferme vivement les yeux, dans l'attente d'une réprimande. Comme rien ne vient, elle se détend un peu, fait amande honorable : « Pardon. J'épongerai. » La magicienne lui caresse les fesses de la main droite, le bras et l'épaule de la main gauche. « Ce n'est rien, ma chérie » dit-elle d'une voix douce. Puis, avec une imperturbable ténacité, elle revient à la charge : « Réponds à ma question. » Emma soupire, rougit généreusement, mais obéit : « Euh… si… »

Quelques instants de silence. Regina perçoit que le sujet est douloureux, et probablement pas seulement d'un point de vue psychique. Mais il est hors de question qu'elle s'arrête. « Qui ? » La simplicité brutale de la question accélère la respiration du shérif, la rend un peu saccadée. Au bout de quelques instants de silence, elle répond : « Des hommes… » Avant que sa compagne ait pu lui demander plus de détails, elle regimbe, finalement : « Je ne veux pas parler d'eux, Regina ! » Surprise, la reine se souvient qu'elle l'a l'exhortée à dire « non », i peine quelques minutes. Déçue mais philosophe, elle décide de classer ce chapitre dans le dossier « à traiter plus tard ». En attendant, elle essaie autre chose : « Tu m'as dit qu'il n'avait jamais pénétré ton rectum avec sa langue… Ce sont les types qui t'ont prise par derrière qui t'ont fait ça ? » Le timbre de Madame le maire est sec, contrastant remarquablement avec la tendresse des caresses qu'elle continue de prodiguer, sous l'eau, à la croupe ronde empourprée par ses soins. Sa voix trahit indubitablement une jalousie maladive, un appétit de possession hors du commun.

Malgré l'extraordinaire crudité de son langage, malgré la froideur cruelle de son intonation, la souveraine est prise au dépourvu lorsque le corps de sa compagne se crispe violemment dans ses bras. Et lorsque celle-ci éclate soudain en sanglots, elle reste éberluée. S'accrochant à ses épaules, le visage pressé dans son cou, l'elfe blonde hoquète, manifestement submergée par une affreuse désolation. C'est arrivé si vite, de façon si inattendue, que la reine, une fois n'est pas coutume, ne sait pas quoi faire. Tout à coup, Emma crie : « C'était en prison, Regina ! »

Bouleversée, aveuglée par la culpabilité, la sorcière encercle de ses bras son amante secouée de spasmes, la serre à l'étouffer. En désespoir de cause, elle lui dit, et sa voix a repris toute sa chaleur : « Ma chérie, pardon. Tu n'es pas obligée de me raconter. » Mais la princesse, c'est son fonctionnement, vient de briser le barrage du souvenir, et son histoire déborde et commence à déferler comme un torrent. « Je veux te raconter ! » hurle-t-elle ses ongles se plantent dans la peau hâlée de sa maîtresse. Regina s'est aussi mise à pleurer. Il faut payer maintenant, essuyer les plâtres. « D'accord, je t'écoute » assure-t-elle. Alors la petite se calme un peu. Elle commence à parler à travers ses larmes.

« C'était juste après la naissance d'Henri. » La belle brune lutte pour ne pas se boucher les oreilles. L'évocation de son fils, au milieu de toutes ces abjections qu'Emma est évidemment sur le point de débiter, est insoutenable. Mais la reine réalise soudain que son âme sœur ne lui a jamais donné que des informations très vagues sur son accouchement. « J'ai commencé à avoir des contractions pendant la nuit, dans ma cellule. C'était un mois avant le terme. Tu as sûrement lu dans le dossier qu'Henri est né légèrement prématuré. » La reine hoche la tête, la joue calée contre la tempe de l'être aimé, de sorte que celle-ci sent plutôt qu'elle ne voit sa confirmation. « Les gardiens étaient si horribles avec moi que je ne les appelais jamais, quelles que soient les circonstances. Heureusement, ma codétenue n'était pas une tortionnaire. Elle me donnait des ordres, elle m'imposait toutes ses volontés, mais elle ne m'a jamais maltraitée. Mes gémissements ont fini par la réveiller. Pourtant j'avais enfoncé une taie d'oreiller dans ma bouche pour ne pas faire de bruit. Je ne sais pas à quoi je pensais. Je voulais du bien à ce bébé… Est-ce que je projetais d'accoucher en cellule ? J'avais pourtant conscience qu'il lui fallait un médecin. Mais ces types m'effrayaient tellement… »

Toujours aussi indignée de la façon dont son amante semble se considérer comme quantité négligeable, essayant avec une remarquable obstination de lui insuffler davantage d'amour-propre, Regina risque une remarque. « Toi aussi, tu avais besoin d'un médecin, mon pauvre ange. » Emma ne semble pas avoir entendu. Elle poursuit. « Elle a appelé les gardiens. Je me souviens elle a hurlé : « Eh ! Les gars ! On dirait que la mioche va pondre ! » Son cri a eu exactement l'effet que je craignais. D'abord, elle a réveillé plusieurs prisonnières. On entendait tout dans ces cellules. Tout le monde savait que j'étais enceinte. Pour elles, un accouchement en pleine nuit, c'était un événement. Et mes… Celles qui abusaient de moi… étaient dans le même couloir, tout près. Elles se sont mises à siffler, à cogner contre les portes, sur les barreaux. Elles ont fait des commentaires. Je me souviens de tout. Leur meneuse, celle qui organisait et commanditait les viols… Elle s'appelait Cassie. Elle s'intéressait beaucoup à moi. Je lui plaisais, si on peut dire. Elle a crié : « Alors, blondinette ! Il va falloir la faire passer, maintenant, ta crevette ! Vas-y, braille, je veux t'entendre ! » Sa voix me terrifiait. Il s'est passé quelque chose d'incroyable. J'ai… j'ai obéi. Je me suis mise à hurler. Ça faisait tellement mal. Et je me retenais depuis presque une heure. »

La sauveuse est maintenant anormalement calme. Elle dévide son récit d'une voix monocorde, sauf à certains moments, où elle cherche ses mots et bafouille un peu. C'est Regina qui pleure et tremble, les yeux fermés, si fort qu'elle en a mal aux paupières. Emma continue. « Le deuxième effet de son cri a été d'alerter les gardiens. Ils sont entrés. Ils étaient trois. Quand ils sont arrivés devant la porte, je les ai suppliés en pleurant de me laisser tranquille. Une prisonnière leur a dit : « Eh ! Les mecs, mettez-la dans le couloir, qu'elle accouche devant nous. Ça sera marrant. » Ça les a fait rire. Je pense qu'ils l'auraient fait si ça n'avait pas signifié prendre le risque d'attirer l'attention des autorités sur la façon dont ils traitaient les détenues. Un enfant qui naît en prison, ça n'arrive quand même pas tous les jours. Ils auraient dû expliquer pourquoi ils ne m'avaient pas amenée à l'hôpital. » Elle s'interrompt, prend une grande respiration, comme un plongeur qui se prépare à une longue apnée.

« Ils m'ont attrapée par les bras. Je ne voulais pas les suivre. D'ailleurs j'étais incapable de mettre un pied devant l'autre. J'ai résisté, ce qui est effarant, mais tu ne peux pas savoir à quel point ils m'épouvantaient. Ils m'appelaient « la petite pute blonde ». » Bien qu'elle souhaite, plus que tout, les bloquer, les endiguer avant qu'elles ne prennent forme, les pensées se pressent et se bousculent dans l'esprit désordonné de Regina. La plus puissante d'entre elles semble fuser et exploser dans son cerveau malade : « Trouver ces types, les émasculer, les écorcher vifs. Et ces balayures, qui ne méritent pas le nom de femmes… » L'abominable récit, elle en est effroyablement consciente, ne fait que commencer. « Alors ils m'ont traînée dans le couloir. Deux d'entre eux me tiraient par les bras, le troisième m'avait agrippé les cheveux. Il aimait beaucoup faire ça. J'ai essayé d'obtenir quelque chose pour pouvoir me faire une queue de cheval pendant toute la durée de ma peine. Une simple ficelle aurait suffi. Mais il s'est toujours débrouillé pour que ce ne soit pas possible. Il se cachait derrière le règlement car c'était interdit. Il me fouillait avant de me laisser rentrer dans ma cellule. Je me serais rasé la tête si j'avais pu. »

Une respiration haletante, encore. « Une fois qu'on est arrivés dans le couloir, les hurlements ont augmenté de façon inimaginable. Elles vociféraient, elles riaient, elles faisaient des bruits d'animaux, elles me hurlaient des insultes. Je suppose qu'elles ne le faisaient pas toutes, mais… » Pour montrer qu'elle est toujours là, qu'elle écoute, la reine intervient : « Je comprends, ma puce… » Emma poursuit comme si elle n'avait rien dit. « J'ai eu l'impression que j'allais mourir. Qu'elles allaient soudain surgir de leurs cellules, toutes ensemble, et se précipiter sur moi. Je tenais à la vie, tu sais… J'ai bataillé comme une démente et ils m'ont lâchée. Je suis tombée à quatre pattes. C'est exprès que j'ai atterri dans cette position. Je voulais protéger mon ventre. J'aimais ce bébé… Je savais que je ne le connaîtrais jamais, j'avais déjà pris la décision de ne pas même le regarder. Mais je voulais qu'il ait une chance d'avoir une belle vie. » Sans avoir l'air d'entendre les sanglots de Regina, elle poursuit. « Les gardes commençaient à en avoir assez de ce cirque. Ils se sont mis à m'asséner des claques sur les fesses pour que je me relève. Ça a excité les détenues. Je me souviens avoir entendu : « Avec vos ceintures, les gars ! »

« Malgré tout, je comprenais confusément que je ne pouvais pas rester là, qu'il fallait que j'avance. Je me suis mise à marcher à quatre pattes. Ils m'ont suivie sur quelques mètres, toujours en me frappant les fesses. Quand je suis passée devant la cellule de Cassie, elle a tendu un bras à travers les barreaux. Elle m'a touchée. Elle m'a dit : « Ma poule, c'est le spectacle du siècle. Quand tu reviens, ce sera ta fête. » J'ai fait un violent écart sur le côté pour m'éloigner d'elle. Un des gardes, celui qui aimait me tirer les cheveux… Je suppose que ça l'a agacé. Il m'a allongé un coup de pied au derrière. Ça m'a fait tomber. Je me suis étalée sur le ventre et c'est là que… que j'ai perdu les eaux. » Regina plonge une main dans ses cheveux noirs et tire tant qu'elle peut, pour ne pas sombrer. Elle se force à se rappeler qu'Henri est vivant, en parfaite santé. Elle sait que l'histoire se termine bien. « Le pire d'entre eux… En voyant que le… le liquide an… am… » La sorcière vient à son secours : « Amniotique… » « Oui, c'est ça », reprend Emma. « En voyant que tout s'était répandu dans le couloir, que mon uniforme orange était fichu, il s'est mis dans une colère terrible. Il m'a envoyé un autre coup de pied. Les prisonnières… Elles ont applaudi, comme si c'était le clou du spectacle. Je me souviens qu'il les a menacées de leur faire tout nettoyer avec leurs langues si elles ne fermaient pas leurs gueules. »

Incapable de rester sans réagir, le maire supplie : « Ma chérie, dis-moi qu'ils t'ont emmenée à l'hôpital, que le premier visage qu'Henri a vu n'est pas un des leurs. » La sauveuse a recommencé à pleurer, ce qui, étrangement, rassure un peu Regina. « Oui… oui, ne t'inquiète pas. L'un d'entre eux… il venait de commencer à travailler là… je pense qu'il n'était pas aussi inhumain que les autres. Ou alors il a eu peur. Il leur a crié d'arrêter. Et il m'a ramassée. Il m'a prise dans ses bras. Je t'ai dit que j'avais perdu beaucoup de poids. Mon ventre était énorme mais malgré ça, je ne devais vraiment pas être lourde. Il m'a soulevée presque comme si j'étais un enfant. Je me souviens qu'il les a insultés. Je ne sais plus exactement ce qu'il a dit mais il s'est mis à courir dans le couloir, toujours en me tenant dans ses bras. Avant de m'évanouir, j'ai entendu deux choses : les rires et les cris des détenues qui s'éloignaient et ce type, au-dessus de moi, qui hurlait à ses collègues d'appeler une ambulance. »

Les deux femmes sanglotent quelque temps, dans les bras l'une de l'autre. Regina sait très bien qu'il est impossible que son amante s'arrête là. Il faut au moins qu'elle en arrive à la naissance. Et en effet, elle finit par reprendre. « Quand je me suis réveillée, j'étais dans un lit d'hôpital. Ils n'avaient même pas eu le temps de me mettre une tenue propre. Ils m'avaient seulement enlevé mon pantalon. Il y avait deux infirmières et un médecin, assez âgé. J'ai entendu qu'il criait et j'ai vraiment pensé qu'il me passait un savon. J'avais tellement l'habitude que le monde entier me fasse des reproches ! Mais en fait, il était en train d'engueuler le gardien. C'était celui qui m'avait ramassée. Il se tenait dans l'encadrement de la porte de la salle d'accouchement. Il avait l'air de ne pas savoir où se mettre. Le médecin lui disait que c'était inadmissible, de lui amener une jeune fille dans cet état, que j'avais des ecchymoses sur tout le corps, que j'étais en état de choc, sévèrement mal nourrie, et que les marques de coups de pieds étaient si fraîches qu'elles ne pouvaient dater de plus d'une heure, ce qui signifiait que je les avais reçues alors que j'étais en plein travail. »

« Il a dit aussi qu'il allait signaler les faits, que lui et ses collègues ne s'en tireraient pas comme ça. Pour moi, c'était inimaginable. J'avais été maltraitée toute ma vie sans que personne ne prenne jamais ma défense. Je ne comprenais presque pas ce qui se passait. Il ne me connaissait pas. Malheureusement, j'ignore pourquoi, mais rien n'a changé quand je suis retournée en cellule. Je suppose qu'ils ont dû trouver un moyen de classer l'affaire… » Le maigre espoir de Regina a été de courte durée. « Pour finir, il a hurlé au type de ficher le camp, qu'ils allaient régler ça sans lui. Il est parti et une policière est arrivée. Elle s'est placée aussi dans l'encadrement de la porte. Elle a fait un signe de tête au médecin. Elle avait l'air de le connaître. J'avais peur de la police. J'avais appris à m'en méfier. Pourtant j'ai été soulagée quand elle est arrivée, quand elle a pris la place de cet homme qui m'avait agrippée par le bras et traînée dans le couloir. »

« Elle a jeté un coup d'œil derrière le docteur, sur le lit où j'étais couchée. Elle a remarqué que j'étais réveillée. Elle l'a signalé au médecin. Il s'est retourné si vite qu'il a failli perdre l'équilibre. Il s'est approché de moi. Il a vu que je me recroquevillais. J'étais nue sous la ceinture, les pieds déjà dans les étriers. Je ne pouvais pas voir un homme s'approcher de moi dans ces conditions sans être absolument terrorisée. J'ai… J'ai fait un mouvement pour fuir. Je sais que c'est absurde, mais je l'ai fait. C'est à ce moment-là que j'ai réalisé que ma cheville gauche était menottée au lit. Il a suivi mon regard. Ça semble incroyable, après tout ce que j'avais déjà vécu, mais ça a été l'humiliation de trop. J'étais si abjecte qu'on ne pouvait même pas me permettre de donner naissance à un enfant, que je n'élèverais jamais, sans m'enchaîner. Je suis sûre que beaucoup d'animaux ont été mieux traités que moi. » Un soupir déchirant, un temps de silence.

« Donc, il s'est approché tout près de moi. Il a vu que je pleurais, que j'étais complètement apeurée. Alors, il… il m'a caressé la joue. Il a essayé de m'apaiser. Il a dit : « Emma ». Je suppose que le gardien avait dû lui donner mon dossier. À ce moment-là je me suis aperçue que ça faisait huit mois que je n'avais pas entendu quelqu'un m'appeler par mon prénom. Il m'a ensuite caressé un peu les cheveux. Je n'avais pas reçu la moindre tendresse depuis Neal. Ça m'a bouleversée évidemment. Je pleurais tellement que je ne pouvais pas parler. De toute façon il ne m'a rien demandé. Il avait l'air de vouloir pleurer aussi. » « Béni soit ce médecin » commente silencieusement Regina. « Il m'a dit : « Emma, je suis désolé pour tout ça. Mais nous allons essayer de vous faciliter les choses autant que possible. Malheureusement, il est trop tard pour une péridurale, je suis navré. » Je me souviens de chaque mot. Il m'a expliqué des choses, des termes techniques. Je n'ai rien compris. J'étais tellement ignorante, Regina, tu n'as pas idée… »

La princesse doit reprendre haleine quelques secondes, puis elle continue. « Il est allé s'occuper de moi… en bas… Alors l'infirmière s'est approchée de mon visage. Elle aussi avait l'air émue. Elle m'a épongé le front, m'a encouragée en m'appelant « ma petite ». Au bout de quelques instants, le docteur m'a dit de pousser. J'étais harassée, vidée de toutes mes forces, mais j'ai tout donné. Il m'a arrêtée au bout de quelques instants. Il m'a dit qu'il était fier de moi. Je… je me demande si quelqu'un m'avait déjà dit ça… Neal, peut-être. Ingrid, sûrement. Je ne suis plus sûre. Aussi incroyable que ça puisse paraître, je supportais bien la douleur. Je ne criais pas encore. Personne ne me frappait, ils ne me rabaissaient pas, ils me complimentaient, même… Je n'avais pas l'habitude. Mais alors, j'ai vu le regard de l'infirmière et j'ai compris que quelque chose n'allait pas… Le médecin m'a dit que l'ouverture était trop étroite, que le bébé ne pouvait pas passer et que, comme il était déjà engagé, il était trop dangereux de faire une césarienne. Il m'a expliqué qu'il allait devoir couper… faire une … euh… » « Une épisiotomie » complète la magicienne dans un souffle.

« Oui… Je ne savais pas ce que c'était évidemment… J'étais tellement stupide, Regina ! » La reine resserre son étreinte sur le corps blanc, qui lui semble en ce moment si fragile. « Ne dis pas ça, mon trésor. C'est faux ! C'est complètement faux ! » Mais Emma reprend sans s'arrêter : « Avant que j'aie pu comprendre ce qui m'arrivait, je… J'ai senti cette déchirure fulgurante ! Il m'avait fait une piqûre pourtant… Je n'ose pas imaginer ce que ça aurait été sans l'anesthésie locale. Alors, il m'a dit de me reposer quelques instants. L'infirmière continuait de m'éponger le front. Le médecin me parlait tellement… tellement gentiment. Je souffrais terriblement et pourtant j'aurais voulu rester là toute ma vie. Puis il m'a dit de recommencer à pousser. Il m'a prévenue que ça ferait vraiment très mal, maintenant qu'il avait coupé, mais que l'anesthésique aiderait un peu. Il avait l'air désolé. J'ai poussé. Une seule fois. Henri est sorti. Mais bien sûr, je ne savais pas qu'il s'appelait comme ça. J'ai connu des douleurs pires que celle-là dans ma vie, mais… pas beaucoup. Au moment où j'ai eu le plus mal, où j'ai hurlé le plus fort, une lampe a explosé. » « C'était ta magie qui se manifestait, mon pauvre amour » explique Regina.

Le shérif hoche la tête en signe d'approbation. « Le docteur m'a annoncé que c'était un garçon. Je pense qu'il avait dû lire le dossier en catastrophe et qu'il ne savait pas que j'avais décidé de l'abandonner. J'ai refusé de prendre Henri. J'avais peur. Je me sentais tellement seule. L'infirmière a dit quelques mots à l'oreille du médecin. Je me disais qu'ils devaient me voir comme un monstre. Mais il m'a parlé avec bienveillance. Il m'a dit que je pouvais changer d'avis. Comme tu le sais, j'ai refusé. Mais je lui en serai toujours reconnaissante. Pour ça et pour tout le reste. Pour m'avoir traitée comme un être humain. » « Moi aussi » répond la sorcière.

« Alors, ils ont emmené Henri, et… et je ne l'ai revu que dix ans plus tard. » La jeune femme récupère quelques minutes, la respiration haletante. Puis elle reprend : « J'ai passé quelques jours à l'hôpital. C'était merveilleux… dans le sens où on me traitait bien, même si j'étais toujours menottée au lit. Mais je savais que mon sort était fixé, que j'allais retourner très vite en prison. Certaines infirmières me regardaient un peu sévèrement mais le médecin passait me voir tous les jours. Malheureusement, il ne m'a plus parlé de porter plainte contre les gardiens. Je ne sais pas… il a peut-être subi des pressions, ou alors il s'est dit que ça n'en valait pas la peine. Quand je suis retournée en prison, je suis tombée dans une profonde dépression. Je suppose que ç'était parce que j'avais abandonné Henri. C'est la seule fois où j'ai vraiment cessé de vouloir vivre. Je n'avais pas non plus la force d'organiser mon suicide. Ce n'était pas si simple. Alors, quand Cassie et sa bande m'ont coincée dans les vestiaires des douches, le jour même où je suis sortie de l'infirmerie, je me suis à peine débattue. De toutes façons, je savais que ça ne mènerait à rien… Elles étaient sept. »

Tout le corps de Regina se crispe à lui faire mal aux muscles. Elle avait oublié que l'épouvantable récit de la naissance de son fils n'était que le prélude à une réponse qu'elle a elle-même requise : qui a initié Emma à la pratique du sexe anal ? Il faut entendre ce que sa compagne a à dire sur le sujet. Impossible de reculer. « Elles ont commencé par m'arracher ma serviette. Je me suis à peine défendue. Comme d'habitude, il y avait des gardiens qui regardaient. Ils étaient deux. Celui qui aimait mes cheveux et un autre, dont je ne t'ai pas encore parlé. Ils commentaient, presque comme ils auraient commenté un match de boxe. Quand j'ai été nue, elles m'ont allongée sur un des bancs. Ils étaient larges, elles avaient la place de se mettre à genoux à côté de moi. Elles m'ont écarté les jambes pour Cassie. Mais quand elle a vu la cicatrice, elle a fait mine de vomir. Celui qui aimait mes cheveux a éclaté de rire. Il a dit : « La petite pute blonde n'est plus à ton goût, Cassie ? »

« Alors, elle s'est redressée. Elle a réfléchi. Les autres me tenaient toujours, me maintenaient les jambes. Elles étaient vraiment à la botte de cette femme. Elles lui obéissaient au doigt et à l'œil. L'une d'elles me maintenait la tête, par les cheveux, des deux mains. Je n'avais pas d'autre choix que de regarder Cassie. Je l'ai vue se lécher les lèvres elle m'a souri. Elle a dit : « Retournez-la. » Elles m'ont allongée de force sur le ventre. Quand j'ai compris ce qui allait se passer, j'ai hurlé. L'autre gardien m'a dit : « Ce sera par derrière aujourd'hui, ma jolie. » Alors je me suis tue. J'ai complètement cessé de lutter, comme si on avait éteint un interrupteur. Elles étaient quatre pour me maintenir les membres. Elles étaient très fortes. Elles poussaient sur mes bras et mes jambes de tout leur poids. La cinquième me maintenait la tête tournée sur la droite. Je regardais les gardiens qui rigolaient. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas fermé les yeux. La sixième appuyait ses deux mains dans mon dos, pour que je ne bouge pas d'un pouce. C'était complètement inutile car je n'en avais pas l'intention. »

Regina forme des vœux silencieux pour que ce soit bientôt fini. « Cassie s'est mise à me caresser les fesses. Elle m'a fait toutes sortes de… je suppose qu'on peut appeler ça des compliments. Elle m'a dit que j'avais le plus beau cul du monde. Les gardiens ont renchéri, les autres femmes ont ricané. Elle m'a mis quelques claques. Puis elle m'a écarté les fesses et elle s'est mise à me lécher l'anus et finalement, elle a enfoncé sa langue. Il s'est passé quelque chose d'abominable. Les femmes qui me tenaient me faisaient horriblement mal, aux bras, aux jambes, à la tête, dans le dos, partout. Mais les mains de Cassie, sur mes fesses, étaient douces. Et sa langue… j'ai pris du plaisir… »

La sorcière sent que son estomac se révolte. Elle respire profondément pour ne pas risquer de rendre son dernier repas, qui est pourtant déjà loin… Sa nervosité, causée par l'anticipation de la fessée annoncée, l'a empêchée de dîner. C'est d'ailleurs aussi le cas d'Emma. « Je… Je suis désolée, ma puce. Je ne te le ferai plus » déclare-t-elle. La princesse redresse sa jolie tête blonde, lève vers sa maîtresse des yeux affreusement éteints. « Je n'ai pas dit que je voulais que tu arrêtes », répond-elle. Ensuite, elle reprend lentement sa place, contre sa partenaire, et achève son épopée. « Cassie s'est arrêtée très vite. Elle s'est redressée, m'a fessée encore un peu, et puis elle s'est levée. Je ne la voyais pas mais je regardais les gardiens, qui arboraient de larges sourires. Elle a dit : « Pas terrible… Je voulais essayer mais je préfère sa petite chatte. » Puis elle a soupiré et a ajouté : « Bon, je suppose qu'on se contentera de ses nichons et de ses miches jusqu'à ce que ça cicatrise complètement. » Elle a claqué des doigts. C'était le signe que la séance était finie. Elles m'ont lâchée d'un coup. Puis, elles ont quitté le vestiaire. Les gardiens les ont suivies en ricanant. Je me suis retrouvée seule. »

Regina caresse la petite fée crucifiée, sur la tête, sur le dos, sur les épaules. Plus sur les fesses. La conclusion arrive enfin : « Un mois plus tard, je me suis soudain rendue compte qu'il ne me restait plus que quelques semaines avant d'être libérée et j'ai repris le dessus. J'ai décidé de vivre, d'essayer de m'en sortir, de ne plus me retrouver dans de telles situations. Cassie et ses filles ont continué à me violenter jusqu'à la fin et je me suis laissée faire mais c'était pour d'autres raisons. Je ne voulais pas être gravement blessée et compromettre ma remise en liberté, tu comprends ? »

Elle se redresse, regarde sa reine et essaie de sourire. Elle semble confuse de lui avoir fait un tel récit. Sa majesté se racle la gorge, décide qu'il faut se mouvoir, vivre, passer à autre chose. Elle dépose un baiser très doux sur les lèvres de sa bien-aimée. Elle lui prend la main, examine ses doigts. Ceux-ci sont aussi plissés que des pruneaux. « Ma chérie, on va sortir de l'eau, d'accord ? Tu vas te coucher et dormir. » Emma cligne des yeux : « Mais… il est encore très tôt. » Comme on raisonne un enfant, de sa voix la plus chaude, la plus musicale, la sorcière explique : « Je sais ma chérie, mais regarde-toi, tu as l'air sur le point de tomber dans le coma. Tu dois dormir. » Le shérif baisse la tête, dit à voix basse : « Mais… je voulais encore parler un peu. » « On peut parler encore, mon pauvre petit ange, si tu en as envie, mais je voudrais au moins que tu t'étendes. Demain, je ne te réveillerai pas, je te laisserai dormir, même si tu ne t'éveilles qu'en plein milieu de l'après-midi. » Cette promesse arrache enfin un sourire sincère à la jolie blonde. « D'accord », dit-elle, « mais… » Elle s'interrompt. « Mais quoi, ma colombe ? » demande celle qui l'aime tant. Les beaux yeux de jade se relèvent timidement et plongent dans le sombre et brillant regard : « Mais tu m'as promis que tu me mettrais de la pommade. »