" Je ressens trop de chose pour toi."

" J'ai peur d'être une mauvaise personne."

"L'échec m'angoisse."

"La solitude m'étouffe."

"J'aime pas les gens. "

"J'ai toujours voulu chanter sous un orage."

"Je voudrais réaliser tout tes rêves."

Assis devant la télé, toute sa famille autour de lui, Kirua attendait avec impatience la météo.

La boîte était chez Gon ce soir.

Après avoir lu son mot et rédiger le sien, l'idée avait germé dans sa tête.

Il emmènera Gon chanter sous l'orage.

Il se l'était juré depuis le jour où ce papier était tombé sous ses yeux.

Il réalisera tout ses rêves.

"- Ferme ta gueule Miruki ! J'essaie d'écouter !

- Ne m'insulte pas putain ! Et depuis quand la météo t'intéresse d'abord ?

- Depuis que t'as recommencé à grossir bouboule.

- Miruki a un peu raison Kiru. Depuis quand t'intéresse-tu à la météo ?

- J'ai juste envie de savoir s'il fera beau demain Iru.

- Tu parles. Je parie que c'est pour Gon, son crush.

- Miruki tu vas fermer ta gueule un jour ?

- Non mais admets que c'est étrange.

- Tu ne vas t'y mettre toi aussi Papa ?

- Mon petit Kiru est amoureux !

- Oh non pas toi maman...

- Je l'ai toujours su qu'il était gay.

-Je vous écoute plus."

L'univers penchait de son côté en ce moment.

Il y aura un orage demain.

Manque de chance, il avait cours.

Néanmoins,en ce qui concernait les cours,il s'en foutait.

Son lycée l'emmerdait.

Par contre avoir de mauvaises notes n'était pas son délire.

Pour lui, son plus grand talent résidait dans son mental. S'il ne brillait plus grâce à lui, il ne serait alors plus rien.

Parce qu'à part résoudre des équations compliquées sur une feuille volante, il n'avait pas énormément de facultés.

Tard dans la nuit, il entendit un bruit sourd à sa fenêtre. Un bruit sourd qui était devenu habituel dans son quotidien.

Il abandonna sa feuille pleine de ratures et alla l'ouvrir.

Comme il s'y attendait, Gon était là.

Les bras dans le vide, les yeux rieurs et fatigués, un hoodie violet le protégeant du froid.

Une bague rose à son pouce attirait tout les rayons de la lune sur son sourire éclatant.

Dieu ce que cette fleur était belle.

Cette fleur...

"- Hey. Je te réveille ?

- Non pas du tout. Ça va ce soir ?

- Oui. Je regarde les fleurs de nuit dévoiler leurs pétales. Elles sont magnifiques.

- En es-tu une toi aussi ?

- Mes pétales à moi sont loin d'être aussi parfaites.

- Tu te dénigre trop Hikari.

- Je ne dis que la vérité ma petite camélia.

- Tu as toujours la même chanson préférée ?

- Nan. J'en change chaque semaine.

- Quel est donc ton coup de cœur de la semaine ?

- Pour tout te dire, je ne l'ai pas encore trouvé. J'ai envie d'écouter une chanson douce mais pas niaise, rythmée mais sans basse juste avec les pulsations du cœur.

- Exigeant ?

- En matière de musique et de botanique, toujours.

- Je ne suis plus étonné.

- Dommage, moi qui adore te surprendre."

Leurs regards s'accrochaient.

Le ciel et le miel, le froid et la chaleur, la flemme et l'énergie, eux.

Gon jouait avec sa bague, ne quittant pas le regard bleu de Kirua.

Dans cette position, Kirua voyait son ami à la loupe.

Les traits de son visage, le petit tressautement de son nez quand il inspirait, ses ongles récemment peints en mauve et cet air candide qui habitait son corps.

Les idées me viennent plus facilement en le regardant.

"- Tu es libre demain soir ?

- Je pense que oui. Ah ça me dit quelque chose...

- Désolé je ne vais pas t'emmener voir de fleurs.

- Pas grave.

- Il y aura bien des fleurs mais pas seulement.

- Euh.. Approfondis ?

- Non.

- T'as pas d'humour. Je viendrai.

- À demain Gon.

- À demain Kiru."

La journée était passée trop vite.

Kirua n'était pas prêt.

Du moins, il pensait ne pas être au point.

Les lampes torches étaient bien dans son sac, ainsi que son appareil photo étanche et ses écouteurs tout aussi résistants à l'eau.

Il fit tourner les paroles en boucle dans sa tête.

Son estomac était serré et son cœur compressé dans sa poitrine.

Alors c'était cela le stress ?

Il enfonça un peu plus ses mains dans les poches de son hoodie noir.

Le ciel était déjà gris.

Jusque là tout se passait bien.

Il ne manquait plus que la star de la soirée.

Et il arriva au même moment.

Un sourire heureux dessiné sur son visage, ce sourire qui faisait battre le cœur de son ami.

Cette impression étrange.

"- Alors alors, où m'emmène -tu ?

- Mystère et boule de gomme.

- Roh..."

L'endroit auquel il avait pensé se situait un peu loin de la ville.

Il fallait changer de bus deux fois.

Heureusement, il avait prévu le coup.

"- Tu ne m'as jamais dit où tu vivais avant de venir ici.

- Connais-tu Wale ?

- Vaguement.

- C'est une toute petite ville bordée par la mer. Le climat change tout le temps du coup beaucoup d'espèces florales y poussent.

- Tu...tu pourrais me dire pourquoi tu as déménagé ?

- La boîte, juste continuons avec la boîte."

Le bus s'était arrêté.

Il avait compris au fil du temps que quand son ami se fermait, il ne fallait pas insister, il ne dira rien.

Bienheureusement, ils avaient mis en place l'idée de la boîte.

Elle simplifiait beaucoup de chose.

Le ciel était désormais vraiment menaçant.

Le vent devenait un peu plus fort.

L'atmosphère se chargeait d'humidité.

La pluie ne tardera pas à tomber.

Ils étaient arrivés dans un terrain abandonné, derrière une usine désaffectée.

Le terrain s'étendait sur un hectare, comme il était à l'abandon des buissons avaient poussé un peu partout.

"- Il va pleuvoir.

- Voilà pourquoi je t'ai demandé de t'habiller chaudement.

- T'as quoi en tête ?

- Tu verras bien."

Il déplaça un branche et fit passer son ami devant lui.

La pluie tombait légèrement à présent.

"- Wow !

- Oui comme tu dis.

- Merveilleux.

- Ouais. Enfant, je venais souvent ici avec mes frères pour observer les étoiles. Mon grand frère, Miruki, en est fan."

Il s'agissait simplement d'une partie du terrain que la nature n'avait pas atteint.

Du gravier recouvrait le sol.

Quelques fleurs avaient poussé ici et là.

Des fleurs qui avaient une certaine signification.

"- Regarde sur ta gauche.

- Oh des marguerites !

- Tu m'as comparé à une fleur pas vrai ? J'ai trouvé celle qui te correspond."

Kirua aurait juré voir son ami verser une larme à la vue des fleurs.

Mais la pluie ne lui permettait pas de savoir s'il avait rêver ou non.

D'ailleurs, quand celle-ci monta en intensité, il se dit que c'était le bon moment.

Il sortit de son sac à dos ses écouteurs ainsi que son MP3 étanches , chercha la chanson souhaitée et quand il l'eût trouvé, il appela Gon.

"- Hey Hikari !

- Ne me dis pas que...

- Si, approche."

Un peu hésitant, Gon prit place à côté de son ami.

Il resserra son blouson orange autour de ses épaules.

Il n'en croyait tout simplement pas ses yeux.

Était-il vraiment...

Ses pensées s'arrêtèrent net quand un écouteur fut placé dans son oreille.

La mélodie s'éleva doucement entre eux.

Elle répondait à ses critères, "rythmée mais sans basse, juste avec les pulsations du cœur".

La mélodie était jouée au piano.

Les notes graves résonnaient tout les trois battements de cœur.

Je connais cette chanson...

La pluie redoubla d'intensité.

Les premières paroles fusèrent dans l'air.

Ils chantaient et riaient en même temps.

Le moment était beau mais drôle.

Leurs regards ne se quittaient pas, ils jouaient à "qui chantera le plus haut".

Leurs doigts tapotaient le sol en rythme.

C'était magique.

Le vent devenait violent.

Ils étaient complètement trempés.

Mais peu importe, pour rien au monde ils ne voudraient que cet instant prenne fin.

"- Où as-tu trouvé cette version de la chanson Kirua ?

- Internet bien sûr.

- Pff.

- Boude pas. On prend une photo ?

- Hein ? Mais on est complètement mouillés.

- Et alors ?"

Il sortit l'appareil de son sac et le régla en mode nuit.

Il prit plusieurs clichés marrants d'eux, un où ils souriaient et un autre où il essayait de convaincre Gon que les photos seraient réussies. Mais la plus belle image fut celle où on voyait son ami fermer les yeux sous la pluie, tout en riant.

Ses cheveux étaient tombés sur sa nuque, plus courts qu'avant, ses joues étaient toutes rouges et un éclair en arrière plan faisait briller sa peau bronzée.

Oh mon Dieu.

"- Merci.

- Je t'ai promis que je réaliserai tout tes rêves pas vrai ?

- Oui mais merci quand même. Merci d'exister."

Et c'est lors de cette soirée là que leurs lèvres se rencontrèrent pour la première fois.

Sous la pluie, dans un terrain abandonné, une musique oubliée résonnant dans leurs oreilles et leurs cœurs.

" La marguerite est le symbole de l'innocence et la simplicité."

Song: Late Bloomer- Unlike Pluto