Le renouveau.

D'abord un peu pesante, l'un et l'autre cherchant leurs repères, l'ambiance s'allégea pourtant assez vite. La hantise d'Hélène était qu'ils n'aient, au final, pas grand-chose à se dire une fois sortis des échanges concernant leur travail et leurs enquêtes. Pourtant, assis face à face à la table minutieusement dressée par Balthazar, leurs discussions ne tarissaient jamais. Leurs enfances respectives, l'internat de Raphaël et sa vie à Montpellier, le début de carrière d'Hélène à Valence … Hélène lui confia même qu'elle avait été la première de sa promotion à l'école de police.

« Ben ouais, ça ne m'étonne pas. Vous aussi, vous êtes brillante dans votre domaine. A vrai dire, j'avais même jamais vu de flic aussi jeune que vous nommé à la tête d'une équipe à Paris, et pourtant j'en ai vu défiler. » répondit Balthazar, n'exprimant que rarement à haute voix sa considération pour le travail de sa collègue. Cela la touchait.

« C'est normal. C'est parce que je suis la plus jeune en charge d'une équipe. C'est historique, selon Delgado. Ca a pas été facile de gagner la confiance des anciens, d'ailleurs, mais ça s'est fait. » répondit Hélène en souriant.

« Ouais, je comprends. C'était pareil quand j'ai repris l'IML. Mais au final, quand ils se rendent compte que vous êtes bon dans votre domaine, ils vous laissent tranquille. »

"Ouais, enfin pour le coup, être une femme en plus d'être la plus jeune, c'est compliqué, dans la police."

"Y'a pas un quart des mecs que vous avez sous vos ordres qui seraient capables de gérer des enquêtes comme vous le faites. Donc, ils n'ont rien à dire."

Puis les dernières séries qu'ils avaient vu, leurs restaurants préférés à Paris … Tout y passa. Pas une seconde ils ne s'ennuyèrent, et quand ils eurent fini de dîner, Balthazar avait l'impression que le repas avait duré vingt minutes. Pourtant, il était vingt-deux heures passées.

« Un dernier verre au salon, ça vous dit ? Demanda Raphaël. Toujours sur fond de jazz, ils s'installèrent sur le canapé.

« Bon, c'était pas une si grosse connerie, finalement, ce dîner. » commença Balthazar en avalant une gorgée de vin.

« Parce que c'est ce que vous pensiez ? » dit Hélène en riant. Son rire cristallin résonna dans la pièce et Balthazar dû se concentrer pour détourner son regard du sourire de sa collègue.

« Bah … Me dites pas que vous avez pas pensé que ça pouvait potentiellement foirer ? »

« Mh. Si, c'est vrai. Mais, au final … »

« On est pas si différents. » termina Raphaël à la place d'Hélène. Son sourire s'agrandit encore.

Accoudé au dossier du canapé, la tête tournée vers elle, il la dévisageait d'un air rêveur. Sortie de la DPJ, des affaires et de l'IML, elle se révélait bien différente. Elle paraissait plus sereine, plus accessible. Plus drôle, aussi. Jamais il n'aurait cru en la rencontrant il y a quelques années qu'ils en seraient ici aujourd'hui, tous les deux.

« A quoi vous pensez ? » l'interrogea Hélène en reposant son verre, interrompant ses pensées.

« A la première fois que je vous ai vue. » répondit-il avec franchise.

« Ah. Montélimar, le cancer du sourire, tout ça ? »

Balthazar éclata de rire. Bien-sûr qu'elle s'en souvenait. Ca n'avait effectivement pas démarré dans les meilleures conditions possibles, entre eux.

« Je crois que je ne me suis jamais excusé pour ça, d'ailleurs. »

« Ah non, effectivement. Mais votre tête valait toutes les excuses du monde, à vrai dire. On aurait dit un lapin pris dans les phares. » poursuivit Hélène, en riant toujours. Balthazar secoua la tête en soupirant, feignant un air excédé. Il eut soudain la curieuse envie de savoir ce qu'elle avait pensé de lui, au même moment.

« Et vous ? Vous avez pensé quoi ? Enfin je veux dire, moi je l'ai dit à voix haute, mais … »

Hélène fit mine de réfléchir, un doigt sur son menton.

« Mh … Arrogant. Imbu de lui-même … Et beau gosse. » Les deux derniers mots de la capitaine firent sourire Balthazar. Il savait qu'il plaisait, en général. Et il l'avait surprise plusieurs fois en train de le regarder, surtout quand il ne portait pas de chemise, donc il savait plus ou moins … Mais entendre Hélène le lui dire, c'était agréable.

« Arrogant ? » répéta-t-il, haussant les sourcils.

« Quand on ne vous connaît pas, ouais. Carrément. Et quand on vous connaît … C'est insolent, le terme qui convient, plutôt. »

« Bon, ça va, j'ai compris ! » Le regard d'Hélène se mêla à celui de Raphaël. Elle poursuivit : « Mais en fait, c'est tout ça qui vous rend attachant aussi … Vous êtes chiant, mais sans ça vous ne seriez pas vous. » Ca y est. Elle avait atteint son maximum en terme de mièvrerie. Elle devait se taire.

« Je sais que je vous fais rire quand même, vous croyez quoi ? » Hélène esquissa un petit sourire en levant un sourcil, faussement surprise. Bien-sûr qu'il la faisait rire, au fond d'elle. Mais son poste et ses responsabilités lui interdiraient toujours un quelconque écart. D'ailleurs, ils allaient devoir aborder ce fameux sujet. Cela devenait nécessaire.

« Vous savez que ce que vous avez dit cet après-midi, à la sortie des catacombes, devant tous nos collègues, c'était complètement déplacé ? »

« Déplacé ? Carrément ? Parce que je vous invite à dîner ? »

« Oui, vraiment. Les autres n'ont pas besoin de le savoir. La DPJ entière s'amuse déjà à parier sur notre dos, alors … »

Nouvel éclat de rire pour Balthazar. Hélène fronça les sourcils, ça n'avait pourtant rien de drôle. Vraiment, mettre les choses au point s'avérait compliqué, quand il décidait d'avoir quatorze ans et de se comporter comme tel.

« Ah, vous aussi vous êtes au courant de cette histoire ? Quand Eddy me l'a dit, j'y croyais pas, mais je suis ravi d'apprendre qu'on est au cœur des spéculations du tout-Paris. » Il s'arrêta rapidement de rire face au regard noir d'Hélène. « Mais … Pas vous, apparemment. »

« Non, pas moi. » Répéta-t-elle « Mais si pour vous c'est encore un jeu, faites comme bon vous semble. » dit-elle, soudain un peu sèche.

C'est vrai, il était maladroit, avec elle. Mais elle avait quand même un sacré caractère. Ou alors, besoin d'être rassurée. Ou les deux ? Il ne savait plus trop, alors il se donna un peu de temps avant de relancer la conversation, cherchant les mots justes.

« Alors, pour commencer … Non, ce n'est pas un jeu pour moi et ça ne l'est plus depuis longtemps. » Commença le légiste d'une voix douce et posée, le regard perdu dans celui d'Hélène. « Si c'était un jeu, tu ne serais pas là en ce moment. » poursuivit-il, d'un ton un peu plus grave. La jeune femme finit par détourner les yeux, un peu troublée. Le vin lui avait un peu embrumé les sens et elle avait peur de dire n'importe quoi.

« Hélène … C'est quoi, le souci ? » demanda Raphaël en se rapprochant un peu d'elle, pour poser sa main sur son genou. A ce contact, Hélène tourna la tête vers lui.

« J'ai … J'ai besoin de savoir. Maintenant que le procès est passé … Je ne voulais pas te parler avant, parce que c'était trop … bref. Mais maintenant, j'ai besoin de réponses … Je ne veux plus être dans le flou. A propos de nous deux. » Elle avait débita ces quelques phrases avec difficulté, presque hésitante, et Raphaël s'en voulait de l'avoir laissée dans une telle incertitude. Une fois de plus, elle l'avait fait passer avant elle-même, sans rien dire.

« Oui, je pense que tu as raison. »

« Alors … Alors on fait quoi ? » Les yeux d'Hélène semblaient exprimer tellement de choses. Le doute, la peur, l'espoir … Mais aussi l'amour. Surtout l'amour.

« Toi, tu veux faire quoi ? » demanda Raphaël, en la fixant. Hélène sentit ses yeux sombres détailler les traits de son visage, comme s'il pouvait lire en elle et trouver la réponse à sa question. Elle se fit soudain la réflexion que même Antoine ne l'avait jamais regardée ainsi. Elle avait l'impression d'être la huitième merveille du monde face à Balthazar. Ses joues s'empourprèrent.

Balthazar comprit qu'elle ne répondrait pas à sa question de cette façon. C'était un peu trop direct. Alors, il décida de reprendre la parole.

« Je sais que j'ai parfois pu renvoyer une image pas forcément idéale, je sais que je te mets hors de toi cinquante pourcent du temps … Et je sais qu'à la base, on n'est pas les plus compatibles du monde, mais … » Il s'arrêta un instant, cherchant ses mots. « Alors oui, c'est vrai, je te l'accorde, je trouve ça marrant qu'on se tourne autour depuis des mois. Mais je sais surtout que personne n'a été là pour moi comme tu l'as été ces dernières années … Tu ne m'as jamais lâché. Et je me suis attaché à toi. Tellement attaché que … J'ai du mal à imaginer ne pas te voir en allant travailler, ne pas te voir faire la gueule à l'IML, ne pas voir ton sourire quand on résout les enquêtes … J'ai besoin de toi, Hélène. Et je suis sûr que ça peut marcher entre nous. J'en suis persuadé. »

Il baissa la tête, soudain incertain. Se pouvait-il qu'elle regrette ? Qu'elle n'ait finalement pas envie de s'engager avec lui ? Il réalisa à ce moment, après l'avoir dit à haute voix, qu'il ne s'imaginait plus vivre sans elle. Il l'aimait profondément. C'était un sentiment inexplicable.

Timidement, il redemanda : « Donc … Toi, tu veux faire quoi ? »

Doucement, elle leva sa main pour effleurer la joue de Raphaël. Il releva la tête. Le regard d'Hélène brillait avec une intensité peu habituelle, et son sourire en disait long.

« Là, j'ai très envie de t'embrasser. » répondit-elle.

Raphaël laissa échapper un petit rire, avant de se pencher vers elle. Hélène ferma les yeux, sentant sa main se poser sur sa nuque et ses lèvres sur les siennes. Elle se rapprocha de lui et passa ses bras autour de son cou, glissant une main dans ses cheveux bruns. Elle avait rêvé ce moment encore et encore. Leur baiser fut tendre, comme une promesse.

La promesse du renouveau.


Et voilà, c'était le dernier chapitre de ma première fiction !

Je vous remercie énormément pour tous vos reviews, vos avis et vos gentils commentaires :).

Cette fiction ne sera pas la dernière, je travaille actuellement sur plusieurs autres OS que j'aurai le plaisir de vous faire découvrir.

A bientôt !