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VOEUX ET DENTELLES
Drago s'ennuyait de pied ferme.
Il avait espéré s'amuser un peu plus au mariage de son meilleur ami. Mais toute l'affection que lui portait Blaise, ne purent alléger le poids de son nom dans la masse des invités triés sur le volet.
Cela avait débuté par l'arrivée des convives dans l'immense manoir de Zabini, là où se déroulait la cérémonie. Blaise l'avait, bien entendu, choisi comme témoin. Drago avait accompli son devoir de garçon d'honneur en accueillant chaque invité d'une poignée de mains. Il aurait préféré se faire torturer par des endoloris. Tous étaient issus des plus grandes familles de sang-pur de la cour des privilégiés de Voldemort et tous savaient qui il était. Zabini l'avait habillé de la plus belle robe de cérémonie mais même son allure fringante n'avait pu faire disparaître le déshonneur qu'inspirait sa famille.
Il avait eu droit au coup d'œil gêné, aux grimaces grossières, aux ricannements irrespectueux voire même aux regards hostiles des plus pompeux d'entre eux. Il discernait en chacun d'eux le plaisir sadique de voir le puissant Malefoy plus bas que terre, déshonoré, humilié chaque jour et pataugeant dans la plus grande misère. Tous avaient en mémoire l'arrogance de la famille Malefoy, le grand Lucius qui pavanait au Ministère, sa magnifique femme à son bras. Maintenant, il ne restait que le fils, obligé à faire des courbettes à tous ces hypocrites.
Drago s'était bien comporté. Il n'avait pas fait scandale. D'une parce qu'il l'avait promis à son meilleur ami, de deux, il ne pouvait pas se le permettre. Malgré ce goût amer d'humiliation, il souriait intérieurement car il savait qu'il était de courte durée. Il avait finalement accédé à la requête de sa mère pour se sortir de sa piteuse condition. Il avait accepté d'épouser une riche héritière d'une noble famille de sang-pur. Et il avait réussi à dégoter la perle en la personne d'Astoria Greengrass.
La jeune femme était plus jeune que lui. Elle venait de finir ses études à Poudlard. Drago connaissait bien sa sœur mais ne s'était jamais intéressé à la cadette. Dans ses souvenirs, il se remémorait une fille timide, blonde comme les blés, qui s'intimidait d'un rien. En grandissant, elle n'avait guère changé et cela arrangeait le sorcier. La famille Greengrass était l'une des plus riches d'Angleterre, possédait le plus grand territoire du Midland Est, après la redistribution des territoires par Voldemort. Ils avaient deux manoirs, plusieurs fermes, une plantation où travaillaient les prisonniers de guerre et les créatures récalcitrantes au régime du Seigneur des ténèbres, ainsi qu'une mine exploitée par des nains enchaînés. La famille d'Astoria était assise sur une véritable fortune que convoitait Drago et sa mère.
Il lui avait fallu plus d'un an pour l'approcher et réussir à la séduire. Cela n'avait pas été facile. Bien sûr, il avait reçu l'aide de Blaise qui avait permis leur rencontre. Au début, Malefoy s'était tâté entre les deux sœurs. Daphnée Greengrass n'avait cependant pas la beauté pure de sa petite sœur et Drago avait finalement jeté son dévolu sur Astoria. La jeune femme était cependant désespérément timide. Elle ne parlait quasi pas, opinant à tout ce que lui disait Drago. Il voyait en elle une future épouse docile et soumise, du genre à accéder au moindre de ses caprices. À de nombreux points de vue, elle ressemblait très portrait à sa mère. Une beauté blonde, pâle et pure, se timorant de la moindre grossièreté. Cette ressemblance l'avait pénalisé à bien des égards. Plusieurs fois, il avait eu envie de la bousculer un peu, de la secouer pour la faire réagir. Mais à chaque fois, elle s'était réfugiée dans un mutisme prude et cela lui avait donné l'envie de la gifler.
Drago s'était contenu pendant un an, la travaillant sans relâche pour lui assurer son affection. Pendant des mois, ils s'étaient envoyés des lettres d'amour. L'écriture d'Astoria était déplorable et elle n'avait guère l'esprit affuté. Ses lettres transpiraient la mièvrerie d'adolescente romantique. Mais il avait tenu bon, jouant le jeu du héros romantique, celui de ses rêves et fantasmes de midinette. Dans son dernier courrier, elle lui jurait un amour éternel et il avait souri. Dans peu de temps, après le mariage, il lui ferait sa demande et obtiendrait l'argent nécessaire pour redorer son nom.
En attendant, il gardait son sourire faux de prince charmant et serrait des mains qu'il avait une furieuse envie d 'écrabouiller.
"Bientôt!"se disait-il. "Bientôt, je vous ferai payer vos moqueries!"
Lorsque tous les invités prirent place dans l'immense salle de bal de la famille Zabini, la cérémonie commença. En ce jour important, il manquait l'invité d'honneur. Lord Voldemort recevait une invitation à chaque cérémonie de mariage mais il n'y assistait jamais. Il ne prenait jamais la peine de se déplacer. Zabini devrait, le lendemain, présenter sa fraîche épouse au Maître pour obtenir sa bénédiction. Le carton d'invitation était pour la forme. Qui se permettrait de ne pas inviter le Seigneur des Ténèbres?
Blaise attendait devant l'autel, près du sorcier qui devait présider la cérémonie. Il avait revêtu sa plus belle robe et souriait à l'assistance. Malefoy eut un rictus. Il savait ce sourire complètement faux. La mère de Blaise l'avait obligé à épouser Pansy pour son titre et lui assurer une descendance pure. Mais au fond, Drago savait pertinemment qu'il ne brûlait que pour sa dulcinée au bordel de Ninon. Il lui avait d'ailleurs promis de la rejoindre en douce dès que son devoir conjugal serait accompli.
La cérémonie se déroula dans une solennité ennuyeuse. Drago se tenait au côté de Blaise tandis qu'il récitait ses vœux à Pansy qui souriait à peine. La jeune sorcière eut d'ailleurs un regard envieux à Drago tandis qu'elle prononçait ses propres vœux. Celui-ci masqua une grimace et détourna le regard. Il savait pertinemment que c'était lui qu'aurait aimé épouser Pansy. Mais sa destitution avait ruiné tous ses espoirs de mariage d'amour. Drago ne s'en plaignit pas, pour une fois. Il s'était bien amusé avec Pansy, du temps de leur scolarité mais il n'avait jamais rien éprouvé pour la jeune sorcière qu'une attirance physique, vite oubliée.
Il se tourna vers l'assistance et capta le regard d'Astoria, assise entre sa sœur et sa mère. La jeune fille, magnifique dans sa robe bleue, lui souriait timidement. Drago lui fit un clin d'œil et Astoria se mit à rougir violemment. Elle cacha son visage en baissant la tête, mortifiée par sa gêne.
—Je vous déclare donc unis pour la vie, dit le sorcier.
Une pluie d'étoiles jaillit de sa baguette au-dessus de Pansy et Blaise qui s'enlacèrent pour la forme. Les invités applaudirent sobrement et les ballons verts et argents, qui flottaient un peu partout dans la salle, éclatèrent soudain dans une pluie de lumière. Blaise serra la main de Drago et celui-ci lui tapota l'épaule en approchant son visage de son oreille.
—Te voilà dans les ennuis jusqu'au cou, marmonna-t-il en riant.
Zabini eut un rictus puis il se tourna vers Pansy en l'invitant à prendre son bras. Le jeune couple de mariés remontèrent l'allée en feignant le bonheur.
OoO
Drago avait trouvé refuge près du bar. Il sirotait verre sur verre en contemplant les convives entraînés dans une valse élégante. Les chaises avaient disparu pour laisser place à la piste de danse pour permettre à tous ces gens nobles de voltiger à leur guise. Plusieurs elfes de maison, vêtu d'une serviette frappée des armoiries des Zabini, remplissaient les coupes des invités qui ne leur adressait par le moindre regard. Les conversations allaient bon train mais aucun ne venait à la rencontre de Drago, le laissant seul avec les bouteilles d'alcool.
Drago avait une furieuse envie de déguerpir. Mais Astoria était encore là et il devait faire l'effort de contenter ses espoirs d'amoureuse transit. La jeune femme était d'ailleurs en pleine valse avec son père qui lançait des regards noirs à Drago à chaque fois qu'il entrait dans son champs de vision. Drago savait qu'il ne l'aimait pas mais cela ne l'inquiétait pas outre-mesure. Il savait le vieil homme complètement gaga de sa dernière née. Si Astoria décidait de l'épouser, il n'irait pas à l'encontre de sa décision, tant que son promis avait le sang pur.
La valse se termina et Astoria quitta son père pour rejoindre Drago. Elle avait les joues roses d'avoir dansé. Drago lui sourit tandis qu'elle s'approchait, les yeux brillants.
—La cérémonie était magnifique! dit-elle en lui touchant le bras.
—En effet, répondit Drago en lui proposant un verre.
—Oh non! Pas d'alcool, s'empourpra-t-elle. Cela me fait rire bêtement.
Drago réfréna un soupir. Cette fille était si ennuyeuse. Astoria resta à ses côtés mais son regard se perdit sur les danseurs. Elle fixait Pansy qui dansait avec Blaise.
—Elle est tellement belle! soupira-t-elle.
Drago suivit son regard. Il devait bien avouer que Pansy s'était embellie pour son mariage. Ses longs cheveux noirs étaient relevés en chignon lâche qui laissait échapper quelques mèches sur sa nuque. Le corps de Pansy maigre comme un clou, sans forme gracieuse, était sublimé par une longue robe blanche qui lui donnait l'allure d'un ange. Un décolleté plongeant mettait en valeur sa gorge blanche et gracieuse. Le tissu était composé de plusieurs couches de voiles qui donnaient une démarche aérienne à la mariée. De minuscules papillons scintillaient sur sa robe, captant le regard de chaque homme qui posait les yeux sur son corps. Plus il la regardait et plus Drago la trouvait belle. Celui qui avait cousu cette robe était un couturier d'exception. Pansy s'était transformée en reine.
—J'aimerai être aussi belle pour mon propre mariage, lâcha Astoria, toujours aussi émerveillée par Pansy.
Drago s'arracha à sa contemplation et détailla Astoria. Était-ce un sous-entendu? Espérait-elle qu'il lui fasse sa demande? Si c'était le cas, elle ne serait pas déçue. Son impatience le rassura.
—Tu le seras, lui assura-t-il.
Elle se tourna vers lui, un sourire éclatant aux lèvres.
La valse prit fin, encore une fois et l'orchestre enchaîna aussitôt avec un morceau plus rythmé. Pansy et Blaise s'extirpèrent de la piste de danse pour les rejoindre. En le dévisageant, Drago remarqua immédiatement la profonde lassitude sur le visage de son meilleur ami. Il lui tendit un verre qu'il accepta volontiers tandis qu'Astoria complimentait Pansy.
—Ta robe est si belle! s'exclama-t-elle en admirant le voile qu'elle caressait du bout des doigts.
—J'espère bien! Elle a coûté une véritable fortune à mon père, sourit-elle triomphalement.
Drago eut envie de lui jeter son verre à la figure. Son commentaire ne servait qu'à se vanter de sa richesse.
—Tu l'as fait faire par Madame Guipure?
—Ce vieux fossile?! s'offusqua Pansy. Bien sûr que non!
—Alors chez Tissard et Brodette? s'enquit Astoria.
—Non plus, répondit la mariée.
Pansy but dans une coupe que lui avait tendu un elfe de maison. Elle avait un petit sourire énigmatique et s'amusait de l'incompréhension peinte sur le visage de sa jeune amie.
—Mais qui alors? insista Astoria.
—Je ne sais pas si je devrais te le dire... , fit Pansy sur un ton faussement gêné.
—Oh! Dis-moi, je t'en prie. Ta robe est une véritable œuvre d'art. Je veux savoir qui te l'a faite.
—Bon d'accord. Je te le dis à toi, qui est ma précieuse amie… Je l'ai commandée au Masque doré !
Astoria poussa un petit cri surexcité.
—La fameuse boutique!
Pansy acquiesça, fière de se vanter de son exploit. Drago ne comprenait pas leur passion pour cette boutique de chiffon. C'était la première fois qu'il en entendait parler mais le nom l'intriguait.
—De quoi parlez-vous? demanda-t-il.
—Enfin! s'exclama Pansy. Ne me dis pas que tu ne connais pas cette boutique! C'est l'adresse à la mode en ce moment sur le Chemin de Traverse. L'établissement est tenu par une très grande dame. Un véritable génie de la couture! Toutes ses créations s'arrachent à prix d'or. La plupart des invités s'habillent maintenant chez elle.
—Qui est cette dame? demanda Drago.
—Miss Prewett, souffla Pansy.
—Une sang-pur, comprit Malefoy. Tu la connais? demanda-t-il à Blaise.
—Je suis venu acheter quelques robes chez elles, dit-il avec un sourire. Un sacré personnage.
"Prewett", ce nom disait quelque chose à Drago.
—N'est-ce pas la famille qui a été tuée par le Seigneur des Ténèbres lors de la première guerre, demanda distraitement Drago.
—Apparemment quelques lointains survivants, peu enclins aux idées des opposants du Maître, se sont exilés aux Amériques. Miss Prewett est revenue en apprenant notre victoire sur Harry Potter.
Quelques têtes se tournèrent vers Pansy, l'air offusqué. Le nom d'Harry Potter représentait, à présent, un tabou parmi les familles de sang-pur. Voldemort avait fait en sorte d'en effacer toute trace jusqu'à son nom.
—Toutefois, le Seigneur des Ténèbres se méfie toujours de ces étrangers, même s'ils assurent leur allégeance à son égard, murmura Blaise à l'oreille de Drago. Mais elle commence à attirer l'attention sur elle grâce à sa fortune et à sa réputation.
—J'aimerai tant y aller! s'enquit Astoria. Tu m'y emmèneras? demanda-t-elle à Drago, les yeux plein d'espoir.
Elle s'était accrochée à lui, levant son doux minois pour l'amadouer comme une petite fille. Pansy eut un rictus méprisant.
—C'est hors de tes moyens, Malefoy, dit-elle. Miss Prewett ne vend pas que des tenues magnifiques. C'est une véritable expérience de passer du temps dans sa boutique. Elle offre un service de qualité à tous les biens nés de notre nouvelle société.
—Ce n'est pas grave si tu n'as pas l'argent, dit maladroitement Astoria. Je dépenserai pour nous deux!
Elle voulait lui faire plaisir en lui proposant de lui acheter de nouvelles tenues mais ce fut tout le contraire. Elle n'avait fait que rappeler à Drago sa condition misérable. Il ne supportait pas d'être rabaissé ainsi, comme un vulgaire elfe de maison, quémandant une paire de chaussettes pour son indépendance. S'il avait pu, il l'aurait giflé devant tout le monde. À la place, il se contenta de sourire.
—Bien sûr que nous irons, dit-il d'une voix douce. Si cela te fait plaisir…
—Et comme ça, tu auras moins l'air d'un mendiant, ricanna Pansy.
OoO
Drago fit sa demande quelques jours plus tard.
Comme le voulait la coutume, il s'était rendu dans le Manoir des Greengrass, le plus luxueux et le plus grand. En patientant dans le petit salon, il avait admiré l'architecture, le luxe des meubles, des tapisseries et la richesse qui émanait de chaque objet exposé avec goût dans la bibliothèque.
Il avait d'abord demandé la permission au père Greengrass, exposant avec détails tout l'amour que lui inspirait sa fille. Drago avait beau être un excellent acteur, le patriarche de la famille n'était pas dupe. Le vieux sorcier moustachu, à moitié chauve, n'avait pas cillé en entendant les élucubrations de Drago sur ses sentiments à l'égard de sa fille. Il avait écouté poliment tout en suintant le mépris et la colère. Mais tout comme il prenait connaissance de l'attachement de Drago pour sa fille, il connaissait l'amour d'Astoria pour ce vaurien. Il n'avait pas la force de s'opposer au bonheur de sa fille et accepta avec beaucoup d'efforts.
Astoria avait fondu en larmes en voyant Drago posé un genoux à terre en lui tenant sa main. Il avait répété ce que son père lui avait raconté pour sa propre demande. Mais son père aimait sa mère à l'époque. La seule différence à cette scène supposée être romantique, était qu'il n'éprouvait rien pour cette godiche. Il aimait son argent et sa réputation et c'était tout ce qu'il attendait de cette union.
Les jours suivants, Astoria s'était lancé dans les préparatifs de la cérémonie avec beaucoup d'entrain et de passion. Elle voulait un mariage aussi beau, voire plus, que celui de Blaise et Pansy. Et bien sûr, la boutique du Masque doré revint à ses douces lèvres.
—Je ne veux qu'elle! insista Astoria auprès de sa sœur et de sa mère.
Dans les semaines qui suivirent, Astoria insista auprès de Drago pour qu'il l'accompagne à cette fameuse boutique pour y choisir leurs tenues de cérémonie et rencontrer la fameuse Miss Prewett. Drago traînait des biens. Il s'était efforcé de passer le moins de temps possible avec la jeune femme, ne supportant plus ses cris hystériques à chaque fois qu'elle découvrait une nouvelle création de sa nouvelle idole. Il ne supporterait pas de devoir passer une après-midi entière dans cette boutique, certainement tenue par une vieille gourgandine extravagante qui allait insister pour qu'il porte un haut-de-forme le jour de son mariage.
Mais il n'avait pas pu résister plus longtemps aux incessantes demandes de sa future femme. Contre toute attente, il accepta à regret de l'accompagner sur le Chemin de Traverse. Il traînait des pieds, tandis que le couple se dirigeait vers la boutique.
—C'est là! s'extasia Astoria.
Drago leva les yeux vers la haute bâtisse. Il fronça ses fins sourcils blonds. Il connaissait l'emplacement du magasin. C'était là où s'était trouvé la boutique des jumeaux Weasley, leur stupide boutique de farces et attrapes. Le bâtiment avait été complètement rénové. De hautes fenêtres présentaient des mannequins habillés des dernières créations de la couturière et Drago en fut sans voix. Cette femme avait un réel talent. Les robes étaient élégantes, envoûtantes même et il sut que s'il en enfilait une, elle lui siérait comme s'il était né avec, le faisant paraître comme un roi. La devanture était dorée et les murs étaient composés de briques rouges. Au-dessus de la vitrine, le nom de la boutique était écrit sur un panneau d'une police raffinée et gracieuse, ponctuée d'une fine aiguille qui traçait des motifs au gré de ses envies.
Astoria lui tira le bras pour qu'ils s'approchent de l'entrée. Dès qu'ils posèrent le pied sur les marches du perron, aussitôt un majordome à la mine impassible les fit entrer. Drago resta bouche bée devant l'immense vestibule avec ses hauts plafonds, ses lustres en cristal et ses œuvres d'art. Cela ne ressemblait plus du tout à la boutique des pouilleux Weasley. L'endroit respirait le raffinement et la richesse. Un immense portrait d'un noble sorcier monté sur un cheval de guerre les accueillit d'un hochement de tête digne et plein de fierté. Le sol sous leurs pieds était recouvert d'une moquette moelleuse d'où s'échappait un parfum envoûtant.
Le majordome s'inclina devant eux et il les invita à rejoindre une antichambre au parquet ciré, orné de beaux tapis persans. Des étagères longeaient les murs, offrant un assortiment de chapeaux chantant, de gants aux divers propriétés magiques, de coupons de tissus qui changeaient de couleur selon l'humeur et de magnifiques bijoux brillants qui fascinèrent Astoria. Un escalier revêtu d'un tapis rouge conduisait au premier.
—Cet endroit est merveilleux, s'extasia Astoria.
Drago ne pouvait pas lui donner tort. Lui-même était complètement ébahi par l'atmosphère de l'endroit. Curieusement, il se sentait incroyablement détendu et une petite voix dans sa tête lui soufflait d'y demeurer pour toujours.
—Bonjour, fit une petite voix stridente dans leur dos. Bienvenue au Masque doré.
Drago fit volte-face et dut baisser les yeux pour contempler l'elfe de maison qui venait d'entrer. L'elfe avait d'immenses yeux marron et un nez en forme de tomate. Elle était vêtue d'une chute de tissu doré qu'elle avait noué autour de son cou, la transformant en une sorte de cape.
—Puis-je prendre vos manteaux et vous servir une boisson chaude?
L'elfe s'inclina devant eux jusqu'à toucher le parquet de son gros nez. Drago et Astoria lui jetèrent leurs manteaux sans lui adresser un mot. Les sang-purs ne se donnaient pas la peine de s'adresser à ces immondes créatures.
—Madame vous attend au premier étage, les informa-t-elle de sa petite voix stridente. Si vous voulez bien vous donner la peine de monter.
Astoria était excitée comme une puce. Elle prit la main de Drago tout en montant les escaliers qui menaient au premier étage. Le salon du haut avait un sol dallé de marbre et offrait plusieurs sièges gracieux. Une femme les attendait debout, au milieu du salon, les mains croisées devant elle. En la voyant, Drago en eut le souffle coupé.
Elle était mince et gracieuse. D'épaisses boucles brunes cascadaient sur ses épaules. Elle devait porter une de ses créations car sa robe était tout bonnement magnifique, rehaussée d'un corset décoré de perles noires. Ses épaules étaient enveloppées dans un mince châle de soie qui laissait présager une peau d'ivoire. Elle portait un masque qui ne masquait que le haut de son visage. Ses lèvres étaient minces et rouges, ressortant sur la pâleur de sa gorge dénudée. Mis à part sa bouche, le masque ne dévoilait que ses yeux, deux iris marrons qui détaillèrent, tour à tour, ses deux nouveaux clients.
Drago eut l'impression que son regard s'attarda sur lui et il ne put s'empêcher de s'en trouver flatter. Mais ses yeux n'inspirait pas du désir mais plutôt une sorte de réserve curieuse. S'il ignorait qu'ils ne s'étaient jamais vu auparavant, il aurait pu croire qu'elle l'avait reconnu et que la surprise l'avait quelque peu contrariée.
—Bienvenue, dit-elle avec un sourire, avec un accent américain. C'est un réel plaisir de vous accueillir chez moi.
—Tout le plaisir est pour nous, s'écria Astoria avec un large sourire. Je suis Astoria Greengrass et voici mon fiancé, Drago Malefoy.
En s'approchant d'elle, Astoria serra la main de Miss Prewett avec chaleur comme si elle était une de ses plus vieilles amies. La miss au masque doré jeta un œil en biais à Drago. Puis, elle lui tendit la main. Drago s'inclina lentement sur sa main, humant son parfum qui lui fit un peu perdre la tête.
—Enchanté Miss Prewett, dit-il de sa voix traînante. C'est un réel plaisir de vous rencontrer.
Miss Prewett retira prestement sa main de celle de Malefoy. Elle esquissa un demi-sourire un peu forcé avant de se tourner vers Astoria.
—Vous êtes charmante, lui dit-elle avec chaleur. Ce sera si facile et si agréable de vous habiller. J'ai déjà en tête quelques-unes de mes robes qui vous iront à ravir.
—À vrai dire, dit Astoria. J'aurais aimé que vous créiez ma robe de mariée. J'ai pu admirer votre travail sur la robe de Pansy Zabini et c'était tout bonnement magnifique. Depuis, je ne rêve que de me marier dans l'une de vos créations.
Miss Prewett sourit mais Drago remarqua le discret pincement de lèvres de la demoiselle.
—Je suis navré. Si vous espérez une création inédite, j'ai malheureusement d'autres commandes à honorer.
—Oh…, soupira Astoria, visiblement déçue.
—Mais, je peux peut-être vous contenter avec de précédents modèles.
Elle l'invita à passer dans la pièce voisine. Drago était subjugué par le charme de cette femme. La beauté d'Astoria était complètement passée à la trappe à côté de cette splendeur hypnotisante. Drago suivait des yeux le moindre de ses gestes, sourires, pas, comme s'il ne voulait pas perdre une seule miette de cette œuvre d'art. Astoria suivit la couturière dans la pièce voisine et Drago lui emboîta le pas.
—Veuillez m'excuser, le retint-elle un peu sèchement. Mais l'habillage d'une femme se fait dans l'intimité.
Drago plongea son regard dans le sien. Ses yeux le défiaient de le désobéir. Il surprit un feu brûlant dans ces deux iris sombres et cela le titilla. Il lui dédia un sourire nonchalant.
—Je préfère approuver Miss. Je suis le futur marié, après tout. Mon épouse se doit de me plaire à tout point de vue.
Le regard de la couturière s'assombrit de plus belle et Drago était sûr que s'il avait eu une baguette entre les mains, elle n'aurait pas hésité une seule seconde à lui jeter un sort.
—Oh oui! s'écria Astoria derrière eux. Ce sera amusant.
—Comme il vous plaira, capitula sèchement la jeune femme.
Ils entrèrent dans une vaste salle plus sobre que les précédentes. Plusieurs mannequins entouraient la vaste pièce d'essayages, changeant de tenues toutes les dix minutes. Un large divan trônait en son centre et un service à thé les y attendait déjà. En face se trouvait une immense cabine d'essayage de bois blanc. Des miroirs ouvragés étaient disposés un peu partout, dévoilant de multiples reflets des nouveaux venus. Drago ne se lassait pas de surprendre celui de Miss Prewett. Il souriait à chaque fois que l'un de ses reflets surprenait son regard, dans une conversation silencieuse et interdite. Mais, à chaque fois, elle détournait bien vite la tête, se concentrant sur sa toute nouvelle cliente.
—Si vous voulez bien vous rendre en cabine, l'invita la jeune femme masquée. Je vous fait apporter de suite mes plus belles robes de mariée.
Astoria ne se fit pas prier. Elle entra dans la large cabine avec un gloussement. Miss Prewett claqua dans ses doigts et plusieurs elfes de maison apparurent avec, dans leurs petites mains, de superbes robes blanches. D'un coup de baguette, la couturière les fit léviter jusqu'à la cabine pour qu'Astoria puisse les essayer à sa guise. Drago observait la sorcière, sa baguette en main, faisant voler ces drapés somptueux.
—Cela me plaît beaucoup, dit-il distraitement.
Miss Prewett s'immobilisa et le regarda d'un air menaçant.
—Mais je ne suis pas encore sortie! dit la voix d'Astoria encore enfermée dans la cabine.
—Je parlais des robes, dit-il pour se rattraper.
Mais Drago promenait son regard insolent sur la sorcière masquée. Ses yeux luisaient d'un éclat perçant. Oui, ce spectacle était très attrayant.
—Et si vous nous laissiez entre femmes? tenta encore Miss Prewett.
—Je reste, dit-il en s'installant nonchalamment sur le sofa.
—Je l'aurai parié…, lança-t-elle avec sarcasme.
Elle lui tourna résolument le dos mais lui offrant ainsi à sa vue, son épaisse chevelure bouclée. Astoria ne tarda pas à sortir. Elle avait enfilé la première robe et son entrée détourna l'attention de Drago sur sa fiancée. Elle était magnifique. La robe se composait de multiples cristaux de glace qui semblaient s'être accrochée à sa peau, se terminant par des jupons de soie blanche qui évoquaient la neige en plein hiver. Astoria était devenue une reine de la glace dont les joues roses lui réchauffaient soudain le cœur.
—Vous êtes superbe! la complimenta Miss Prewett.
—Drago? demanda Astoria en rougissant.
—Oui...magnifique…, dit-il subjugué.
En réalité, il rêvait à autre chose. Et si c'était Miss Prewett qui portait cette robe? Il sentit son sang bouillonner rien qu'à cette idée. Oui, elle en reine des glaces. Cela lui irait à merveille et elle serait sans nulle doute encore plus belle que la beauté timide d'Astoria.
Celle-ci eut une moue boudeuse en voyant la tête de Drago quelque peu perdu dans ses fantasmes.
—Cela n'a pas l'air de te plaire, fit-elle d'une petite voix.
—Détrompez-vous, dit Miss Prewett avec un sourire moqueur. Votre beauté l'a tellement soufflé qu'il en a perdu tout son vocabulaire.
Elle avait ri et ce son enchanta Drago. Il avait bien conscience qu'elle venait de se moquer de lui. Mais contrairement aux autres humiliations dont il avait souffert ces derniers temps, cette boutade l'émoustilla. Astoria rit elle-aussi et Drago la fusilla du regard.
—Je...je vais en essayer une autre, s'empourpra-t-elle aussitôt.
Elle s'enferma à nouveau dans la cabine. Un silence envahit l'espace, troublé par les bruissements de tissus et Drago chercha à engager la conversation avec la couturière qui le fascinait tant.
—On m'a dit que vous veniez d'Amérique, dit-il sans oser la regarder.
—C'est exact, répondit-elle.
Elle se tut aussitôt, ne cherchant pas à poursuivre leur très courte discussion. Drago se sentit plus frustré que jamais. Il avait une furieuse envie de lui faire payer son indifférence.
—Quel intérêt pour une jeune femme de revenir au pays dont le pouvoir est détenu par le mage noir qui a destitué sa famille?
—Je pourrai vous retourner la question, répliqua-t-elle.
Malefoy perdit son sourire. Il leva vers elle, des yeux incendiaires.
—Quel intérêt pour vous de rester dans un pays qui ne veut plus de vous? demanda-t-elle avec un sourire moqueur.
Ainsi donc, elle connaissait sa réputation de paria. D'où tenait-elle ses informations, elle qui n'était arrivée à Londres que très récemment. Drago soupçonna l'une ou l'autre de ses clientes qui avaient sûrement cancaner sur son compte. Pansy, certainement. Cela le mit en rogne. L'œil expert de la couturière traîna sur sa vieille robe et son sourire mesquin s'élargit.
—Vous avez tort de me juger sur mon allure, Miss. En d'autre temps, j'étais de ceux qui venaient gonfler votre chiffre d'affaires.
—Oh...mais je ne vous juge pas sur vos frusques ridicules Mr. Malefoy mais bien sur vos manières. Et je reste persuadée qu'en d'autres temps, comme vous dites, elles étaient tout aussi lamentables.
Drago resta sans voix à sa réplique. L'air satisfait, Miss Prewett lui tourna le dos une nouvelle fois, ne lui laissant pas l'occasion de lui rétorquer quoi que ce soit. Malefoy sentait sa colère monter. Avec une autre femme, il n'aurait pas hésité à la remettre à sa place pour lui rappeler qui commandait. Avec elle, il avait une autre méthode que les coups ou les sorts pour la soumettre. Il s'imagina l'étreindre violemment en lui arrachant ce stupide masque pour contempler son visage apeuré. Oui, il la ferait supplier...entre deux gémissements de plaisir.
Ses rêveries furent interrompues par la sortie d'Astoria vêtue d'une autre robe tout aussi sublime que la précédente. Astoria rayonnait mais Drago avait une mine sombre et elle le remarqua tout de suite.
—Elle ne te plaît pas? demanda-t-elle d'une petite voix.
—Ne vous inquiétez pas, vous êtes magnifique.
—Non, dit Malefoy sur un ton mauvais. Elle ne me satisfait pas. Rien ne saurait rendre justice à ta beauté, si ce n'est une création originale.
Il avait dit cela non pas pour rabaisser sa fiancée mais pour faire enrager la styliste. Cela eut l'effet escompté puisqu'elle se tourna vers lui, l'air maussade.
—Décidément, fit Miss Prewett en croisant les bras sur sa poitrine délicate, Mr. Malefoy est le genre d'homme difficile à contenter.
—En effet…, répliqua Drago d'une voix suave en plongeant son regard dans le sien.
—Vous voyez, Miss! s'exclama Astoria en lui prenant les mains. Il faut absolument que vous me fassiez une toute nouvelle robe. Vous êtes la meilleure. Il n'y a que vous qui réussirez à me rendre plus belle que toutes les autres.
—C'est malheureusement impossible, dit-elle d'une voix plus douce. Je suis désolée.
Astoria baissa la tête, déçue. Malefoy éprouva une grande satisfaction à discerner la gêne de la couturière qui venait de blesser cette pauvre enfant suppliante. Il se leva du divan et réajusta sa veste en levant fièrement le menton, comme autrefois.
—Bien, dit-il. Si Miss Prewett refuse de nous aider, nous n'avons plus rien à faire ici. Astoria...nous partons.
Sa fiancée leva vers lui des yeux tristes avant de supplier une dernière fois la couturière. Celle-ci se tut, ne trouvant aucune parole réconfortante. Malefoy se sentit puissant à imposer sa volonté de la sorte au détriment de cette sorcière arrogante. Il appela Astoria d'un geste impatient et celle-ci capitula. Elle revint à la cabine pour se changer.
—Vous êtes odieux avec cette jeune femme, lui dit Miss Prewett en s'approchant de lui.
—Ah oui? fit innocemment Drago. Pourtant, cela n'a pas l'air de la gêner.
—Elle est amoureuse de vous et l'amour rend aveugle, c'est bien connu.
—Et que verrait-elle si elle n'était plus aveuglée?
Miss Prewett tourna la tête vers lui. Malefoy fut soudain troublé par ce qui émanait de son regard incandescent. Il y lut une haine farouche à son encontre qui le consumma de l'intérieur.
—Un monstre, répliqua-t-elle d'une voix vibrante.
Drago avait rarement vu autant de rage dans de si beaux yeux. Elle le haïssait de toutes les fibres de son être et il ne comprenait pas pourquoi. Il se noyait dans cette colère, fasciné par cette passion furieuse que son masque peinait à contenir. L'échange fut de courte durée. Au moment où Astoria sortit de la cabine, rhabillée de sa toilette, Miss Prewett détourna le regard, rompant ainsi leur lien étrange.
—J'espère que vous changerez d'avis, dit Astoria en lui serrant encore la main.
—Je suis navrée qu'aucune de mes robes n'ait trouvé grâce aux yeux de votre fiancé.
Malefoy eut un rictus. Miss Prewett les accompagna jusqu'à la sortie en essayant de faire retrouver le sourire à Astoria. Elle l'invita même à revenir, seule cette fois, pour essayer quelques-unes de ses robes de sa dernière collection. Elle prit un soin minutieux à ne jamais croiser le regard de Drago, l'ignorant aussi superbement que s'il avait porté une cape d'invisibilité. Mais elle ne put échapper aux aurevoirs et Malefoy prit beaucoup de plaisir à la titiller une dernière fois.
Il lui prit la main mais cette fois, au lieu de s'incliner simplement, il déposa un baiser sur ses phalanges. Drago la sentit frémir et il se plut à se demander si c'était de désir ou de dégoût.
—Au plaisir, Miss. Je m'enchante d'avoir pu faire votre connaissance.
—Moi de même, mentit-elle.
Ses yeux ne pouvaient cacher plus longtemps la vérité. Tandis que Malefoy levait les yeux vers son visage masqué, un sourire vainqueur aux lèvres, la sorcière le foudroyait du regard avec cette même haine qui le troublait de plus en plus.
Une fois dehors, Astoria bassina Drago sur les robes qu'elle avait essayées. Lui, écoutait à peine, souriant distraitement à ses véritables pensées. Il se repassait l'échange étrange qu'il avait eu avec cette mystérieuse couturière et son parfum l'entêtait encore.
—Cette Miss Prewett est charmante, dit Astoria en s'accrochant à son bras. Quel dommage qu'elle ne veuille pas faire ma robe.
—Tu ne devrais pas abandonner si vite, dit Drago. Il y a toujours moyen de la convaincre.
—Ah oui? demanda-t-elle, émerveillée. Mais comment?
—Nous devons bientôt organiser une fête pour annoncer nos fiançailles. Pourquoi ne pas l'inviter. Si tu t'y prends bien, tu peux la faire changer d'avis.
—Quelle idée merveilleuse! s'écria Astoria. Tu as toujours de bonnes idées. Je t'adore!
Elle déposa un pieux baiser sur sa joue et il la laissa faire. À vrai dire, Drago se fichait bien de cette stupide robe de mariée. Il n'avait eu cette idée que pour une seule raison: revoir cette étrange Miss Prewett.
