PREMIER ARC : ANTE ORDINEM
TOME I : LA GUERRE NOIRE, 1997 - 2007
CHAPITRE VII : Pacifier l'Europe
Musique indicative : The Citrine Cross : Hans Zimmer
6 octobre 2007, ruines de Londres
Henry Potter entra dans le vestibule du 12 Square Grimmaurd en titubant légèrement. Combien de temps avait-il fallu pour qu'il puisse porter ses plans à exécution ? Combien de sacrifices avait-il consenti ? Combien de vies perdues pour assurer son chemin vers le pouvoir ?
Le premier semestre 2005 traduisait bien les ambitions de Lord Potter et sa mainmise progressive sur l'Europe en guerre. Tandis que les légions de la Résistance avançaient d'Est en Ouest et que Fleur Delacour lançait son offensive sur la Champagne et la Ruhr, le général mangemort Oleg Bostriakov en poste en Silésie s'employa à pratiquer la politique de la terre brulée. Voldemort savait parfaitement que les revers militaires subis par ses forces étaient susceptibles de remettre en cause l'alliance qu'il était parvenu à créer avec les Gobelins. Particulièrement inquiet de la négociation de zones de cesser le feu démilitarisées, il était dans l'impossibilité de forcer ses alliés à poursuivre une guerre totale contre la Résistance sans victoire pour consolider sa position. De fait Voldemort ordonna à Bostriako de mener une campagne sauvage de repli stratégique vers la Bavière et la Bohême. Dans le même temps, il ordonna au général Gardener de lancer une offensive vers l'Ouest en direction de Hanovre, de manière à décapiter la tête de pont du Général Fâris Al-Zahiyour tandis que Voldemort lancerait, depuis la Hollande, une attaque à revers vers Hambourg.
L'objectif de cette stratégie était simple. Outre qu'il s'agissait d'un moyen de récupérer des territoires en Allemagne du Nord et de réduire une menace directe pour son emprise sur l'ouest européen, c'était également pour le mage noir le moyen de changer le centre de gravité de la guerre qui s'était jusqu'à présent placé principalement en France et en Italie du Nord. En menant une puissante attaque sur une force militaire relativement moins importante, en évitant l'affrontement direct avec les légions engagées sur la Loire et en faisant de la Hollande son centre névralgique, il pouvait contourner les principales zones d'affrontement entre la Résistance et les Gobelins dans la Forêt Noire, les soutenir dans leur lutte par une attaque de revers et ainsi renforcer son alliance avec eux. Ce serait enfin l'occasion de contrer la percée de Henry Potter qui, installé à Berlin, poursuivait sa progression à travers la Saxe et le Mecklembourg. S'il parvenait à provoquer un affrontement, s'il défaisait Henry Potter, il pourrait exiger des Gobelins qu'ils dirigent toutes leurs forces vers l'Ouest, qu'ils violent leurs accords avec la Résistance et qu'ils relancent des assauts en Franche-Comté et dans le milanais. Alors la Résistance serait définitivement écrasée, incapable qu'elle serait de contenir tous les nouveaux fronts soudainement créés.
Voyant le risque, Henry Potter ordonna au général Al-Zahiyour de se replier à Brême pour faire face aux troupes lancées par Voldemort et dirigées par le général Rogue. Il abandonna par ailleurs ses projets d'incursions pour relier Lubeck sur la côte baltique et louvoya en Saxe et en Thuringe, poursuivant les troupes de Gardener tout en étant lui-même poursuivi par Bostriakov. Il devait absolument éviter que Gardener puisse faire la jonction avec les troupes fraiches de Rogue en Westphalie. Si jamais les deux forces se rassemblaient, elles seraient susceptibles de détruire la poche de Al-Zahiyour puis d'éradiquer les forces en Forêt Noire et dans le Palatinat.
Considérant le risque encouru pour les troupes occidentales de la Résistance, la direction politique – en l'espèce Henry Potter, Fleur Delacour, Andreï Volmikov, Hestia Jones, Najib Salim et Erik Olseg – décidèrent d'une action audacieuse qui serait plus tard vue par les historiens comme le pari le plus risqué de cette phase de la Guerre Noire. Pendant que Henry Potter poursuivait son jeu de chat et de la souris dans le centre de l'Allemagne, Andreï Volmikov dégarnit ses forces de réserve positionnées en Finlande et fit la jonction avec les troupes de Evelina Andersen qui se préparaient à une offensive à travers la Slovaquie et la Hongrie. Parallèlement les légions de Théodori Vicenzo traversèrent rapidement la Serbie et la Bosnie-Herzégovine jusqu'à la Croatie.
Dans l'esprit de ses chefs, il n'existait pas de hiérarchie entre les ennemis de la Résistance. Bien que les mangemorts soient responsables des crimes commis depuis la révélation de la magie, les Gobelins étaient tout aussi coupables et devaient également être châtiés. Certes, l'objectif final était la mort de Voldemort, ce qui supposait à plus ou moins longue échéance la conquête des îles britanniques, sans compter sur le fait que tant qu'une menace directe ne pesait pas sur la Grande-Bretagne, Voldemort avait virtuellement toute latitude pour menacer toute la façade atlantique européenne ce qui risquait d'autant d'allonger la ligne de défense de la Résistance. Il n'en demeurait pas moins que les Gobelins contrôlaient directement ou indirectement une bonne partie de l'Europe centrale et poursuivaient leurs assauts en Scandinavie. D'un point de vue stratégique, il était impossible de gagner contre Voldemort tant que les Gobelins resteraient une menace.
Le 14 février 2005 la Résistance rompit le pacte conclu avec les Gobelins et traversa les zones de cesser le feu en Franche-Comté et en Vénétie. L'assaut par l'Ouest, mené par Fleur Delacour, visait à atteindre Bâle puis Zurich, créant une brèche dans le dispositif défensif gobelin. L'assaut par le Sud, une attaque lancée sur Trieste par Theodori Vicenzo soutenue par un débarquement à Venise orchestré par l'Amiral Nadia Rossi, devait définitivement interdire l'accès du milanais et atteindre Bergame. Une autre attaque, lancée par les forces ibériques du général Nambasa devait partir de Marseille, atteindre Gênes et Turin. Enfin, les attaques venues de l'Est, lancées par Andreï Volmikov, devaient repousser les forces composites gobelines et mangemorts au-delà de la ligne formée entre Vienne et Graz. Il s'agissait de contenir les Gobelins dans les Alpes de manière à les isoler des mangemorts. Une telle action, si elle s'avérait décisive, pourrait forcer les Gobelins à une paix séparée.
Cette stratégie était un pari sans précédent dans l'histoire militaire. Pour mener cette opération à bien, la Résistance dégarnissait deux de ses bastions les plus importants, la péninsule ibérique et les Balkans, pour attaquer un ennemi dont le nombre restait relativement inconnu. Si Voldemort décidait de profiter de la situation pour lancer de nouveau une opération contre l'Espagne et le Portugal, la Résistance se trouverait sans moyen de s'y opposer. Si Fenrir Greyback était capable de briser la résistance des Gnomes et des Nains scandinaves, il pourrait sans problème attaquer tout le pourtour du golfe de Botnie voire lancer une attaque sur les pays baltes. En dépit des réserves de nombreux officiers et même de membres de son cercle intérieur, Lord Potter ordonna l'attaque et s'obstina dans sa propre poursuite de Gardener. Cherchant l'affrontement, il provoqua des accrochages autour de Leipzig, Iena, Erfurt et Cassel avant d'obtenir une occasion décisive à Göttingen et dans la région attenante. N'étant pas parvenu à ralentir Bostriakov, Henry Potter se trouva encerclé dans ce qui promettait d'être un combat épique entre la Résistance et des Mangemorts en claire supériorité numérique.
Lord Potter laissa le temps à l'ennemi de constituer ses préparatifs de bataille. En ce qui le concernait l'enjeu était d'attirer l'attention de Voldemort, le rendre aveugle à tout autre mouvement et, finalement, à le mener droit dans un piège. Ce fut effectivement ce qui se passa. Méprisant les conseils de plusieurs de ses lieutenants comme Lucius Malfoy, Voldemort ne profita pas des opportunités qui lui étaient présentées et ordonna à ce que les troupes de sa Némésis soient impitoyablement massacrées. Il ordonna au général Draco Malfoy de quitter le Danemark pour reprendre Hambourg et fit converger toutes les forces disponibles en Hesse et en Rhénanie vers la Basse-Saxe. Le piège se paracheva avec sa venue directement sur le champ de bataille – chose suffisamment exceptionnelle pour être soulignée – qui coïncida avec l'avant-veille des hostilités, le 9 avril 2005.
Au contraire du siège de Lyon, la bataille de Göttingen ne fut pas un affrontement statique privilégiant la puissance de l'artillerie et les stratégies défensives. Ce fut une bataille fondée sur la guerre de mouvement, la mobilité des troupes en présence et la maitrise des différents éléments militaires. Probablement la plus grande bataille rangée opposant des sorciers de tous les temps, de part et d'autre les nombres étaient impressionnants. Les Légions de Lord Potter, de près de 450 000 hommes dont près de 7 000 sorciers, contrôlaient la Bundesautobahn (l'autoroute) A7 au nord jusqu'à Hanovre et au sud jusqu'à Cassel. Une route particulièrement stratégique puisqu'elle était la voie d'accès directe dans l'axe nord-sud depuis le Danemark jusqu'en Autriche. Le contrôle de cet axe routier était un moyen efficace pour la Résistance de couper les forces des mangemorts de leurs alliés Gobelins. Inversement, le contrôle de l'autoroute permettrait aux mangemorts de resserrer aisément leur contrôle du territoire et de maintenir une cohésion dans leurs forces et leurs alliances.
En face de la Résistance justement, les forces des mangemorts étaient stationnées pour l'armée de Severus Rogue (370 000 hommes dont 18 000 sorciers) à Paderborn, à 95 kilomètres à l'ouest de Göttingen, pour l'armée de Gardener (335 000 hommes dont 12 000 sorciers) à Brunswick, à 100 kilomètres au nord de Göttingen et l'armée de Bostriakov (220 000 hommes dont 7 000 sorciers) était à Sangerhausen, à 120 kilomètres de Göttingen. Des renforts de l'armée de Malfoy (50 000 hommes dont 3 200 sorciers) étaient quant à eux Hambourg où ils étaient occupés à saccager la ville distante de 250 kilomètres.
La stratégie de Voldemort placé dans son Quartier Général de Paderborn était simple. Les forces de Lord Potter étaient encerclées et ne pouvaient pas se replier vers le sud au-delà de Francfort, toute la vallée du Rhin étant occupée par les armées gobelines. Il estimait donc que la Résistance tenterait de s'enterrer tout autour de Göttingen de la même manière qu'à Lyon et qu'elle tenterait de l'attirer dans des combats de boccage et de rue. Voldemort avait appris de ses erreurs et ne comptait pas se laisser happer par le même stratagème. Il garderait autant sa liberté de mouvement que possible pour préserver son avantage.
Ce à quoi ni lui ni ses généraux ne s'attendaient fut précisément que la Résistance, contrairement à son habitude, abandonne ses défenses pour partir à l'assaut des positions adverses. Confiants dans l'issue de la bataille, les mangemorts n'avaient pas organisé de surveillance des mouvements de leurs ennemis. Aussi furent-ils surpris quand, fonçant vers l'ouest, les Légions de Henry Potter atteignirent Paderborn quasiment sans crier gare. La situation fut encore plus défavorable lorsque, arrivant à marche forcée de Brême, les Légions de Fâris Al-Zahiyour (150 000 hommes dont 15 000 sorciers) firent leur jonction avec celles Lord Potter.
La manoeuvre de Voldemort s'étant retournée contre lui, il ordonna à Severus Rogue de prolonger autant que possible le combat, le temps les armées de Gardener et Bostriakov se rassemblent. L'armée de Malfoy fut elle aussi appelée d'urgence et se déplaça à marche forcée vers le sud mais il était trop tard. N'ayant préparé aucune défense digne de ce nom, ses troupes n'ayant pas encore été organisées et ses ordres régulièrement annulés ou modifiés par Voldemort, maintenant pleinement engagé dans la bataille, Severus Rogue assista impuissant à une déroute rapide et brutale. De ses 370 000 hommes, 339 000 avaient été tuées en deux jours, notamment tous ses contingents de vampires et surtout ses 219 géants. 22 000 moldus placés sous imperium furent libérés de leurs entraves. En tout seuls 9 000 mangemorts et moldus sous imperium purent s'enfuir et se regrouper à Münster, à 90 kilomètres de là, dans le désordre le plus total.
Le premier engagement avait été victorieux mais n'avait pas été décisif pour autant. Après un nouveau face-à-face sans issue entre Voldemort et Henry Potter près de la tour de guet de Heinturm à Warburg le 12 avril 2005, les deux sorciers, légèrement blessés, étaient retournés à leurs camps respectifs. Les Légions de la Résistance, encore fortes de 415 000 hommes et 8 000 sorciers avaient alors fait volte-face pour retourner à Göttingen. C'était là que la vraie bataille s'était déroulée.
Pendant que Lord Potter détruisait l'armée de Severus Rogue, les généraux Gardener et Bostriakov avaient eu le temps d'établir leur jonction. Au total, une force de 555 000 hommes dont 19 000 sorciers qui, au lieu de se diriger vers la Résistance, avait pris la direction du nord pour rallier les forces de Draco Malfoy. A leur tour, ces deux armées se rassemblèrent le 20 avril 2005 à Wolfsburg puis se dirigèrent vers l'Est et Magdebourg, s'efforçant partout de recruter de force des hommes et détruisant toutes les villes et les infrastructures trouvées sur leur passage. Gagnant Brandebourg le 26 avril 2005 puis Berlin le 28 avril, l'armée des mangemorts, forte maintenant de 630 000 hommes et 10 000 sorciers avait un objectif clair : réduire en cendres l'Est de l'Allemagne et attirer les forces de Lord Potter loin de la Hollande, le temps que de nouvelles armées puissent se reconstituer.
Effectivement Lord Potter fut contraint de revenir sur ses pas et d'abandonner le projet de prendre pied aux Pays-Bas. En dépit des possibilités qu'une traque des vestiges de l'armée de Severus Rogue pouvait suggérer, il aurait été suicidaire de se lancer dans une telle opération tandis que des forces de Mangemorts menaçaient de désoler le Nord et l'Est de l'Allemagne. La région comprise entre la Silésie et le littoral de la Mer Baltique avait été l'objet d'une attention de tous les instants de la part de Lord Potter. Le bassin houiller en grande partie préservé malgré les destructions, les infrastructures industrielles encore globalement en état de marche, ainsi que le réseau routier et ferroviaire resté en l'état en avait fait un centre de production d'armements, de biens et d'infrastructures essentiel pour la Résistance. C'était là, par exemple que l'essentiel des usines de matériel militaire lourd – obus, véhicules à chenilles, artillerie, systèmes de fusées – étaient assemblés. Là également que les équipements essentiels à la reconstruction des infrastructures civiles étaient produits, particulièrement à destination des territoires en France, en Espagne, en Italie et au Portugal où étaient regroupés la majorité de la population encore libre.
Le contrôle de cette région stratégique était crucial pour la poursuite de la guerre. Si la Résistance perdait ce territoire, alors ses buts de guerre pouvaient être remis en cause et le calendrier des opérations ultérieures serait considérablement retardé. Dès leur conquête par les Légions, les ports de la Baltique s'étaient mis à fonctionner à plein régime, suivant les plans et les objectifs économiques et productifs de Erik Olseg. Toute une flotte d'invasion était en construction dans les carènes, en préparation d'un futur débarquement sur les Îles britanniques. Si l'armée des Mangemorts prenait le contrôle de ces territoires, si elle était en mesure de détruire les installations qu'elle avait omise de mettre à bas pendant sa première occupation par les troupes du Général Mangemort Gardener, l'invasion devrait être remise de plusieurs années, les forces navales de l'Amiral Rossi étant occupées à la sécurisation du bassin méditerranéen et ne pouvant être diverties.
Atteignant Nordhausen le 29 avril à marche forcée, Lord Potter envoya une partie de ses troupes pour sécuriser le territoire compris entre Brême et Lubeck, dont Hambourg, dont il fit de l'industrie navale sa spécialité : une assurance en cas de destruction des installations en Poméranie et dans le Mecklembourg. Même s'il devait partir en chasse de la puissante armée du triumvirat Bostriakov-Gardener-Malfoy, la mise en carène d'une force navale capable d'accoster sur les îles Britanniques restait la priorité absolue pour espérer conclure la guerre.
Une nouvelle course poursuite s'engagea entre les Mangemorts et la Résistance. Maintenant une forte pression sur les troupes du triumvirat, Lord Potter obligea ses ennemis à se concentrer sur lui et à éviter ses pièges et la tactique de harcèlement qu'il leur infligeait plutôt que de leur laisser le champ libre à des campagnes de destruction et d'extermination des populations regroupées dans les centres urbains. Une stratégie dangereuse mais rendue effective par la grande versatilité de ses propres hommes, organisés en commandos et en régiments extrêmement mobiles.
Cette tactique finit par payer. A force de guet-apens et d'échauffourées subis par son arrière-garde, l'armée mangemorte, quoique toujours impressionnante numériquement, savait qu'elle allait vers une destruction totale si elle s'enfonçait plus au Nord pour ravager la côte jusqu'à Kaliningrad puis Riga. En dépit des dégâts qu'elle pourrait occasionnée, elle serait taillée en pièce petit à petit sans pouvoir se défendre des francs-tireurs et des saboteurs qui ne manqueraient pas de se démultiplier à mesure de sa progression. De fait, bien que voulant initialement se diriger vers le nord-est et la ville de Szczecin sur la mer Baltique, l'armée des mangemorts reçut l'ordre de Bellatrix Lestrange de se diriger vers le sud, Leipzig puis Nuremberg pour y soutenir les Gobelins assiégés. D'un point de vue stratégique, mieux valait soutenir les alliés gobelins et écraser les forces de Volmikov, quitte à relancer des actions plus septentrionales plus tard.
Ainsi, partie de Berlin le 4 mai 2005, l'armée mangemorte fit pratiquement un volte-face et s'élança vers le sud-ouest, espérant créer une distance avec ses poursuivants. C'était sans compter sur les rapports des espions de la Satis qui, organisés par Mathias et Octavie, parvinrent à intercepter les ordres de l'État-major des mangemorts et, mieux encore, de casser leurs codes de cryptage des informations sensibles. Une avancée majeure qui permit à la Résistance de prendre connaissance de l'essentiel des ordres – et donc des plans des mangemorts – à partir de cette période. Devant la réactivité éclair des Légions à leur poursuite, l'armée de Bostriakov-Gardener-Malfoy fut une nouvelle fois déroutée et se trouva divisée en trois parties qui avancèrent de front vers le sud-ouest avant d'être finalement barrée par les forces de la Résistance à hauteur de Bernbourg le 10 mai 2005.
En dépit, une fois encore, du désavantage numérique, les légions de la Résistance furent les premières à passer à l'attaque. Pariant sur le manque de communication entre les états-majors ennemis – Lord Potter connaissait suffisamment Draco Malfoy pour savoir qu'il était impulsif, incapable de collaborer avec qui que ce soit et arrogant – il attaqua d'abord les forces du général Gardener, identifiant avec justesse qu'il était d'entre ses ennemis le plus compétent et à ce titre le plus dangereux. Les combats, de part et d'autre de la rivière Saale, furent dès les premiers jours particulièrement éprouvants, particulièrement autour d'une carrière de calcaire au nord de la localité. Néanmoins, profitant du terrain et du manque de communication de ses ennemis, il parvint, suite à un contournement discret, à faire croire à une attaque nocturne qui jeta l'une contre l'autre les forces de Gardener et de Bostriakov qui s'entretuèrent pendant toute la nuit du 18 au 19 mai 2005.
La fin des opérations dans la région – et de la bataille de Göttingen, nom qu'elle conserva par la suite en dépit du fait qu'aucun combat n'eut réellement lieu dans la cité ni dans ses environs immédiats – se solda par la défaite cuisante des forces des mangemorts, la mort de Oleg Bostriakov, la capture de James Gardener, la fuite de Draco Malfoy et la déroute des quelques centaines de mangemorts encore vivants qui furent par la suite traqués et exterminés. Cette victoire, associée au succès de la campagne contre les Gobelins et où Fleur Delacour avait acquis une réputation redoutable d'efficacité et de cruauté contre ses ennemis força Voldemort à reculer, abandonnant tous les territoires qu'il contrôlait encore au Nord de la Seine en France et à l'Est du Rhin. De fait, il s'était replié approximativement dans le territoire comprenant la Belgique, les Pays-Bas, la Ruhr et le Danemark, faisant de ces territoires de véritables forteresses. L'Armée Noire était en recul mais restait combattive, disposant encore de millions d'esclaves et de centaines de milliers de sorciers prêts à la servir. A l'exception des redoutes des gobelins dans les Alpes suisses qui restaient globalement inaccessibles et de ces quelques territoires sous le joug direct de Voldemort, le reste de l'Europe continentale était libérée. Restait maintenant à renflouer les mangemorts et leurs alliés vers la Grande-Bretagne.
C'est à l'aune de cette série de victoires qu'intervint un nouveau problème d'importance pour la Résistance : l'administration des territoires. Avec les avancées des Légions, la libération d'innombrables villages, villes et métropoles, le démantèlement de camps de prisonniers, la constitution de circuits logistiques complexes et l'assimilation des milices d'autodéfense et des groupes de partisans plus ou moins indépendants qui opéraient sur des territoires relativement limités, la gestion des territoires et de leurs populations devenait un enjeu crucial, surtout alors que les forces militaires étaient prioritairement engagées sur le front contre les forces de Voldemort. C'est la raison pour laquelle Fleur Delacour et Henry Potter décidèrent de la nomination de Gouverneurs Régionaux chargés par la Résistance de prendre en main les territoires et de participer à l'effort collectif.
Il s'agissait de ménager les sensibilités diverses des uns et des autres. Honorer les potentats locaux tout en limitant l'emprise mafieuse qu'ils avaient souvent sur les terres, les villes et les campagnes. Garantir la stabilité des régions administrées sans en faire autant de fiefs qui seraient tentés par la rapine, le brigandage voire, dans les cas les plus extrêmes, par la sécession. Chaque responsable potentiel devait être un homme de confiance auquel une autonomie relative serait accordée. Dans l'esprit des chefs de la Résistance, se seraient les premiers maillons d'un futur ordre politique européen, une fois la menace de Voldemort écartée.
Les nominations pour les postes de Gouverneurs furent l'objet de négociations ardues pour le cercle dirigeant de la Résistance. Le clientélisme était naturellement à l'ordre du jour et nombreux cherchaient ici à positionner un ami ou un proche, là à se constituer un ancrage territorial fort avec tous les avantages qu'une telle démarche pouvait engendrer en termes d'influence et d'argent. Il était clair que les quelques dizaines d'individus qui seraient choisis pour administrer les territoires seraient les premiers à revivre dans un luxe et une opulence relative chose particulièrement rare en cette époque de guerres et de privations. Il en allait donc tout à la fois de jeux de pouvoir, d'influence personnelle et de l'avenir d'un futur ordre républicain en Europe que de sélectionner ceux qui seraient les plus fiables et les plus fidèles dans leurs fonctions. Naturellement, dans ces considérations, nombres de membres de l'État-major de la Résistance cherchèrent à se positionner eux-mêmes, au grand damne de Henry Potter, Fleur Delacour, Andrei Volmikov ou Hestia Jones qui voyaient beaucoup de leurs lieutenants préférer des ambitions personnelles à leurs devoirs pour le plus grand bien.
Ce fut véritablement à l'été 2005 que les principaux arbitrages eurent lieu. Laissant le commandement des Légions d'Allemagne au Général Al-Zahiyour, Henry Potter annonça la tenue d'une grande conférence visant à régler l'avenir de l'Europe une fois la Guerre Noire achevée. Le recul des Armées Noires continuait à se confirmer, notamment au Danemark où les forces mangemortes de Draco Malfoy étaient enfermées dans la poche de Alborg et résistaient avec acharnement aux assauts lancés contre eux par le Général David de Mauperthieu et son adjointe, la talentueuse Colonel Elena Maduro. La situation dans les Pays-Bas s'était de la même manière stabilisée, un front ininterrompu étant maintenu approximativement sur la ligne de démarcation délimitée en 2001 lors de l'invasion du pays par Voldemort. Là en particulier le conflit avait cessé d'être une guerre de mouvement et s'était transformé en un affrontement de positions, chaque partie creusant des tranchées et luttant principalement à grands coups d'artillerie sur les positions adverses ou, alternativement pour les Mangemorts, par l'emploi de dragons, de détraqueurs, de vampires et de régiments d'élite de Gobelins. En somme les combats suivaient une ligne continue entre Bruges, Gand, Maastricht, Düsseldorf, puis Munster et jusqu'à Oldenbourg sur le littoral de la Mer du Nord. Un des enjeux majeurs de cette phase du conflit était la prise de quelques localités stratégiques comme Bruxelles, Arnhem et surtout Anvers. Si ces noeuds stratégiques étaient capturés, la domination des Mangemorts sur le continent serait définitivement balayée.
L'État-major général de la Résistance avait établi des plans très spécifiques pour la suite et la fin de ce qui était couramment appelée dans les cercles informés la campagne continentale. Considérant par ailleurs que l'essentiel des forces Gobelines étaient en recul permanent dans les Alpes – les Légions de Fleur Delacour avaient capturé le Bade-Wurtemberg puis avait fait jonction avec celles d'Andrei Volmikov en Bavière avant de pousser vers le Sud dans le Tyrol – le moment était particulièrement propice pour une réflexion de plus long terme sur les suites du conflit et, surtout, le futur de l'Europe. Malgré les ressources dont disposaient encore leurs ennemis – et personne dans la Résistance n'ignorait ni ne sous-estimait la puissance militaire des Mangemorts et de leurs alliés – il était virtuellement impossible pour eux de relancer une campagne de conquête de grande échelle avec autant de fracas et de succès que les années précédentes. Il fallait évidemment éviter les déclarations trop hasardeuses et les avis trop optimistes. Les troupes d'élite des mangemorts et des Gobelins étaient toujours à combattre. Les mangemorts compensaient leurs pertes militaires par une cruauté et un fanatisme chaque jour décuplé. Mais malgré les déchainements d'horreurs qui ne cessaient de s'accumuler et les découvertes macabres qui se succédaient à chaque kilomètre gagné sur l'ennemi, l'essentiel était précisément que les positions adverses rétrécissaient et leurs capacités militaires décroissaient à vue d'oeil. Il faudrait encore des mois, des années peut-être avant d'anéantir Voldemort et ses sbires. Le chemin jusqu'à ce moment était encore long, dangereux et sinueux. Mais pour la première fois depuis longtemps, il n'était plus de l'ordre du rêve. La Guerre Noire, cette guerre mondiale de la magie n'était plus sans issue possible ni mort assurée. Cette nouvelle à elle seule était un fantastique message d'espoir.
La Conférence de Héraklion organisée en Crète entre le 15 et le 25 juillet 2005 traduisit ce sentiment. Dès son origine conçue comme la grand'messe de la Résistance, ce fut l'occasion d'une réunion publique et officielle de tous les responsables qui, membres de la Résistance, inféodés ou alliés, luttaient contre Voldemort et ceux partageant ses vues. Furent également invités plusieurs responsables et hommes politiques venus d'ailleurs, à l'instar du conseiller diplomatique – l'équivalent de Ministre des Affaires Étrangères – de l'Empereur du Japon, Shirô Togô, ou Eduardo Miguel Mendoza, conseiller spécial de Juan Celestino Coraña, le nouveau président de la Confédération Panaméricaine et Caribéenne. Plusieurs délégués plénipotentiaires – le mot était un peu fort – représentant officiellement des États d'Afrique Australe – en réalité davantage des cartels cherchant une légitimation – étaient également présent. Seuls manquaient à l'invitation des délégués nord-américains : avec la révélation de la magie le gouvernement fédéral à Washington avait été mis à bas, laissant la place à un cartel de gouverneurs d'États qui, bien que prétendant maintenir la Loi et l'Ordre, se comportaient plus comme des chefs de guerre. De fait une guerre civile – qui resterait dans l'Histoire du continent sous le nom de Guerre de la dislocation – s'était déclenchée et avait eu pour conséquence immédiate une destruction de la MACUSA, le Congrès Magique d'Amérique du Nord.
La Conférence de Héraklion suivait plusieurs points à l'ordre du jour. Tout d'abord réaffirmer les buts de guerre de la Résistance à savoir mener la guerre et vaincre coûte que coûte Voldemort et ses alliés. Aucune paix négociée ni aucune paix séparée ne serait acceptée par quelque partie prenante de la conférence, quelles que puissent être les ouvertures ou les propositions.
Cette première clause – évidemment non-contraignante considérant la structuration de la l'Alliance Résistante (le nom postérieurement donné aux membres de la Conférence) – avait un but précis : étouffer dans l'oeuf les tentatives de négociations lancées par les Gobelins. En particulier, des envoyés du Roi Ragnok avaient été délégués au roi nain Tangli qui dirigeait la coalition militaire des nains et des gnomes en Scandinavie. En échange d'une cessation des hostilités et de la possibilité d'une retraite en bon ordre, les Gobelins dédommageraient les nains et les gnomes pour les destructions et les morts occasionnées pendant la campagne dans les monts des Scandes. Les Gobelins, disposant encore de considérables réserves financières, étaient prêts à monnayer une paix séparée. Un moyen commode pour eux de repositionner des troupes dans les Alpes où les avancées de la Résistance menaçaient de plus en plus leurs centres névralgiques, notamment leur capitale, Khraghni'zaragh, creusée dans la montagne du Männlichen à quelques kilomètres des villages de Interlaken et de Grindelwald.
La situation des Gobelins les poussait à envoyer des ambassades partout où cela était possible pour abréger la guerre et obtenir des conditions favorables et honorables. Considérant que la Résistance rejetait systématiquement leurs tentatives, le roi Ragnok avait pris la décision de mener des négociations indirectes, quitte à parlementer avec chaque groupe autonome, les uns après les autres pour contourner la difficulté. Déjà, plusieurs groupes autonomes – milices d'auto-défenses, forces paramilitaires indépendantes et autres – avaient été approchées et certaines avaient même accepté des cessez-le-feu temporaires. Plus grave, les Gobelins parlementaient avec leurs anciens alliés – les vampires sécessionnistes devenus des alliés de la Résistance – et les poussaient à influer ses dirigeants, notamment via des relais présents dans l'État-major de Théodori Vicenzo. Dans ce cadre des rumeurs de libérations conditionnelles de prisonniers avaient été entendues. La Satis avait rapporté des faits de prisonniers humains livrés par les Gobelins et parqués par les Vampires près de Battonya, à la frontière entre la Hongrie et la Roumanie, où ils servaient de réservoirs de sang ambulants.
En imposant une capitulation sans condition, la Résistance mettait effectivement fin à toutes les négociations en cours tout en laissant le bénéfice du doute aux Vampires quant à ces transactions. Nul, dans la Résistance, n'était dupe des arrangements auxquels se livraient certains de leurs alliés. Depuis la fin des négociations en janvier 2004, les Vampires sécessionnistes n'avaient cessé d'être la source de difficultés. C'était en partie la raison pour laquelle ils étaient régulièrement envoyés les premiers sur les fronts les plus dangereux. Dans l'esprit de certains – une courte majorité des dirigeants de la Résistance – il faudrait, une fois la Guerre Noire terminée, se débarrasser rapidement de ce problème. Considérant les informations que livrait la Satis sur le traitement infligé à des civils par eux, il serait de moins en moins difficile de convaincre les quelques récalcitrants. La question n'était néanmoins pas encore sur la table et les Vampires, participant eux aussi à la Conférence de Héraklion, n'eurent qu'à faire amende honorable et à annoncer la rupture de tous leurs liens avec les Gobelins.
Le second point à l'ordre du jour de la Conférence, beaucoup plus complexe, concernait la suite de la Guerre. Il ne faisait aucun doute que la libération de la Hollande serait le prélude d'une invasion des Îles Britanniques. En préparation de cette invasion, une première décision fut de transférer une partie de la flotte sud de la Résistance – sous le contrôle de l'Amiral Rossi – pour renforcer la flotte nord qui serait dirigée par l'Amiral Werner Kauffman. Sa mission serait triple : assurer le blocus naval de la poche de Alborg et effectuer un bombardement de marine sur toutes les places encore détenues par les mangemorts jusqu'à sa prise par les forces terrestres du Général de Mauperthieu et du Colonel Maduro lancer un blocus sur les ports hollandais en prévision d'une offensive amphibie qui serait préparée dans les semaines suivantes et harceler les ports britanniques pour réduire d'autant toutes les capacités logistiques et les défenses navales de Voldemort en préparation d'un débarquement dont la date et le lieu seraient rapidement déterminés.
La seconde décision majeure qui fut prise sur ce point concerna les différents fronts encore actifs en Europe. Il fut déterminé que la pression continuerait à être maintenue sur les Gobelins et que la gestion des troupes en charge de la neutralisation de cette menace serait confiée à Andrei Volmikov. Il s'agissait non-seulement d'une mission de confiance de la première importance mais également d'un moyen de contrôler un acteur majeur de la Résistance qui, disposant d'une clientèle considérable, notamment à l'Est de la Vistule, pouvait s'avérer être une menace si jamais il décidait de se retirer de la décision collégiale de la Résistance. D'autres faveurs lui furent également accordées, notamment sur le plan politique où il apparut comme l'un des principaux bénéficiaires potentiels de la résolution du conflit.
Le vrai point de contention dans ce débat opposa plusieurs membres de la Résistance, nommément Erik et Adna Olseg, les cadres en charge de la planification économique et logistique du conflit, à des militaires comme le Général Felix Dawson ou le Colonel Dimitri Skorski sur les priorités stratégiques immédiates pour la suite du conflit. L'argument était le suivant : Erik et Adna Olseg savaient que les Gobelins ne pouvaient pas poursuivre indéfiniment la lutte contre les gnomes et les nains. En particulier, ils pensaient qu'un soutien militaire fort permettrait d'assécher leurs capacités économiques tout en prenant directement pied dans le nord de la Scandinavie, notamment autour du port de Narvik qui, d'après les informations glanées par la Satis, disposait encore des infrastructures nécessaires pour acheminer le Fer et l'Acier suédois vers la Mer de Norvège puis les principaux lieux de production de la Résistance. Cet avis, quoi que sa validité économique ne soit remise en cause, ne pouvait pas trouver l'agrément des militaires. Outre que cela supposait de transférer des troupes d'autres fronts tout aussi – voire plus – importants, cela impliquait aussi de maintenir par la suite une présence militaire permanente dans la mesure où une autre menace, beaucoup plus dangereuse, rôdait dans l'arrière-pays suédois et verrait ce déploiement comme le moyen idéal de mener une campagne de guérilla : les Loup-garous de Fenrir Greyback. Pour les militaires et le Général Dawson en particulier, mieux valait soutenir logistiquement les nains et les gnomes sans pour autant envoyer de troupes et se concentrer sur les territoires clairement occupés par les Mangemorts. Ce fut à cette dernière proposition que la direction politique de la Résistance finit par se rallier, ceci malgré le risque de déliter substantiellement les relations entre elle et ses alliés scandinaves.
En contrepartie de cette concession le roi Tangli – qui avait fait le déplacement jusqu'à Héraklion et avait exprimé tout son mécontentement de la décision de la Résistance – obtint le droit de frapper la future monnaie employée dans les territoires sous le contrôle de la Résistance lui fut attribué. Dans le prochain ordre européen, les nains voulaient prendre la place des gobelins en tant que grands argentiers du futur régime et tentèrent même d'obtenir le contrôle sur les taux de change, la volatilité et la disponibilité des devises. Bien que ce dernier point leur soit refusé, il fut rapidement entériné qu'un représentant nain serait toujours membre de tous les conseils économiques ainsi que des structures participant à la stratégie économique et logistique de l'État en gestation et qui remplacerait la Résistance, une fois le conflit terminé.
L'État justement, fut le troisième point majeur de l'ordre du jour de la Conférence de Héraklion. Dès le début de ses travaux le 15 juillet 2005, une déclaration préalable fut lue par Henry Potter et Fleur Delacour devant toute l'assistance, annonçant la mise en place d'une commission consultative en vue de la fondation de la Nouvelle République. Cette commission était chargée de réfléchir aux modalités de mise en place de ses éléments constitutifs, son périmètre et son organisation.
Il fut tout d'abord acté sans difficulté que la République inclurait tous les territoires sous le contrôle de la Résistance ainsi que tous ceux sous le contrôle effectif de Voldemort en Europe. Les points de contention – notamment soulevés par l'envoyé japonais, Shirô Togô – concernaient avant tout les frontières Est et Sud de la future entité politique. Si la République proclamait l'intégration de la Fédération de Russie dans ses frontières d'avant 1998, cela signifierait qu'elle prendrait directement pied – nominalement du moins – dans l'Océan Pacifique et qu'elle réclamerait des territoires qui avaient été annexés les années précédentes par l'Empire du Japon. Pour le conseiller de l'Empereur, c'était là une option totalement inacceptable et il menaça d'ailleurs de ne pas reconnaitre la République si jamais celle-ci devait avoir des frontières communes avec l'Empire japonais ou sa sphère d'influence exclusive en Chine. Un compromis fut obtenu sur ce point précis, malgré la fureur de quelques personnalités de la Résistance, à commencer par Andrei Volmikov. La Résistance ne recevrait immédiatement que les terres de Russie d'Europe compris entre l'Oural à l'Est et le Caucase au Sud. On préféra laisser hors des discutions toutes les questions relatives à la Sibérie et à l'Asie centrale. Elles seraient l'objet de discussions ultérieures, une fois les combats achevés.
L'autre point de discussion majeur concerna la façade atlantique africaine. Pour la Confédération Panaméricaine et Caribéenne il était invraisemblable de laisser le contrôle de tout le littoral de Tanger à Pointe Noire à la République malgré ses ambitions historiques sur ce territoire. Le sujet était épineux. Depuis 2001 les positions de la Brigade de l'Union Africaine pour la Stabilisation (BUAS) avaient largement évolué et son influence, quoique grande encore, était a relativiser par sa position et ses impératifs de l'instant. Si au départ l'aide du Maréchal N'Bongé avait été conditionnée par un soutien ultérieur à la stabilisation du Golfe de Guinée, le Maréchal était mort et ses successeurs, les généraux Jérémy Nambasa et Benjamin Mdialo étaient beaucoup plus pragmatiques. Les effectifs du BUAS avaient été dispatchés dans les différentes Légions, beaucoup de ses soldats avaient forgé des relations voire des familles et la plupart préféraient rester en Europe à une autre campagne sanglante pour restaurer une paix hypothétique et certainement précaire sur un continent qui, ils le pensaient, recelait moins de promesses.
Pour sa part, Eduardo Miguel Mendoza représentait les intérêts de son gouvernement. Un gouvernement ultra-conservateur et qui avait payé sa stabilité au prix d'un certain nombre de compromissions et de reculs démocratiques et humains. La Confédération Panaméricaine et Caribéenne n'était pas une entité démocratique. Fondée principalement sur l'économie agricole, elle était massivement soutenue par les propriétaires terriens et les patrons d'usines et de centres industriels. Autant de gens qui avaient besoin de main d'oeuvre abondante et peu chère pour produire et s'enrichir. Ne pouvant pas réduire les droits de ses propres citoyens par la force des armes – Juan Celestino Coraña était avant tout un populiste qui était parvenu à unifier les sorciers modérés et la population moldue dans une même force politique grâce à son art achevé du compromis – il fallait faire appel à une masse travailleuse davantage soucieuse de sécurité que d'égalité. Dans ce contexte, les barcos magicos, ces navires marchands produits à la chaine acheminant du matériel à la Résistance pendant une bonne partie de la Guerre Noire, allaient dans un futur proche servir d'autant d'embarcations pour acheminer des hommes et des matières premières depuis l'Afrique noire vers les exploitations et les centres industriels sud-américains. Les bases d'un nouveau commerce triangulaire qui, sans en porter ne nom, plaçait de nouveau les travailleurs noirs dans des conditions d'esclaves.
La Résistance était conscience des intérêts économiques de la CPC et, sans les approuver, n'était pas en mesure de s'y opposer frontalement. Les intérêts de la Résistance dans la région étaient tout au mieux mineurs, l'essentiel de ses problèmes étant concentrées sur le continent européen. Tout juste parvint-elle à imposer dans sa proclamation de la République le principe selon lequel l'Afrique du Nord, du Maroc à l'Égypte passerait sous sa tutelle administrative, judiciaire, économique, politique et militaire. Ces territoires deviendraient des zones tampons entre la République et le reste du continent. Le désert du Sahara servirait de bouclier. Le canal de Suez passerait sous statut international et resterait libre pour le commerce de tous les membres de l'Alliance Résistante. La façade orientale de la Mer Méditerranée, de la Palestine à la Turquie, serait l'objet d'une stabilisation ultérieure mais était vouée à entrer elle aussi sous le dominion républicain.
Le quatrième point de l'ordre du jour de la Conférence de Héraklion porta sur la reconnaissance par la Résistance – et ultérieurement par la République – des territoires et dominions de l'Empire du Japon et de la Confédération Panaméricaine et Caribéenne. Considérant la destruction de la plupart des États à travers le monde, la logique de l'État-nation n'était clairement plus de mise. Il fallait créer un nouveau paradigme correspondant mieux à l'époque et à ses soubresauts aussi, outre les possessions territoriales clairement revendiquées et acceptées par les différentes parties de l'accord final – qui fut signé le 25 juillet 2005 – un principe refit son apparition dans les relations internationales : « la présence fait loi. » En substance, si une force militaire était capable de maintenir une cohésion sur un territoire de manière indéfinie, le territoire en question se trouvait de fait sous son autorité directe en attendant de devenir membre de l'entité dominante de jure.
Cette façon de concevoir la puissance et la possession territoriale était due à plusieurs choses. Tout d'abord la population mondiale avait été considérablement réduite par la succession de massacres, de guerres et de génocides pendant toute la décennie. Il était à attendre que les victimes se comptent en plusieurs centaines de millions de morts et probablement un nombre plus important encore de disparus. Rien qu'en Europe on estimait que la population survivante représentait entre 150 et 200 millions de personnes contre 725 millions en 2000. Ces chiffres, quoi qu'ils ne soient que de vagues estimations – nul n'aurait songé à effectuer un recensement dans les conditions d'alors – donnaient une ampleur du désastre. Des régions entières avaient été purement et simplement dépeuplées. Plus que l'épidémie de Peste Noire au XIVème siècle, plus que les deux Guerres Mondiales mises bout à bout, la Guerre Noire représentait l'un des pires épisodes de l'Histoire de l'Humanité en termes de violence, de mortalité et de dangerosité.
Dans ce contexte l'accaparement des ressources était sans nul doute un enjeu majeur pour la population survivante. Statistiquement parlant il était à attendre que les ressources alimentaires – cultures et élevages, disponibilité de l'eau – soient plus abondantes dans la mesure où la demande serait moins forte que par le passé. C'était néanmoins sans compter sur le fait que des régions entières avaient été laissées en jachère, où les élevages avaient été abandonnés et les routes délaissées. A de nombreux endroits la nature avait repris ses droits. Les forêts et les sous-bois s'étendaient dans les villages fantômes, les faubourgs des villes étaient des lieux de chasse de nombreux prédateurs. Loups et gibiers avaient cru du fait de l'absence humaine. Paradoxalement cela compliquerait d'autant la tâche lors d'un redressement agricole durable de l'Europe. A court terme le risque de disette était non-négligeable. Il faudrait du temps pour se réapproprier les terres, réensemencer les sols, reconstituer des troupeaux. Un temps crucial tandis que la population devrait survivre, affamée et globalement démunie.
C'était en partie la raison pour laquelle la Résistance ne s'opposa pas trop fermement aux ambitions de la CPC en Afrique noire : elle conditionnait son accord à la signature d'un traité commercial garantissant l'envoi, depuis le Brésil et l'Argentine, de cargaisons alimentaires et de matériel agricole. Avant la Guerre, l'Argentine était connue pour être une des principales zones de production de viande de boeuf au monde. La Résistance acceptait un rétrécissement de sa sphère d'influence contre un soutien alimentaire massif pendant toute la durée de la reconstruction de l'Europe. De la même manière, un système de prêt garanti à taux nul sur les matériels agricoles fut signé à cette occasion.
Le dernier point de l'ordre du jour de la Conférence de Héraklion consista en une déclaration d'assistance mutuelle entre tous les signataires. Si dans les faits Lord Voldemort était en guerre contre le monde moldu – et dans les faits contre tous ceux qui prétendaient à le défier de quelque manière que ce soit – il n'était pas, loin s'en fallait, la seule menace à laquelle l'époque était confrontée. L'Amérique du nord, de l'Alaska jusqu'au Mexique, était dominée par des Seigneurs de Guerre, des milices et des mafias qui se livraient des guerres incessantes. Des groupes armés faisaient régner la terreur et les rares ports encore en état de fonctionnement – notamment Québec, Boston, Philadelphie, Vancouver et San Francisco – étaient à la main de milices paramilitaires dont la violence et la cruauté n'avaient d'égal que leur soif d'argent et de matériel.
Plus grave et plus urgent, la situation au Moyen-Orient restait particulièrement explosive. Après une campagne militaire éclair couronnée de succès relatifs contre ses voisins, l'État d'Israël s'était effondré sous la pression des réfugiés qui cherchaient à l'intérieur de ses frontières un abri devant l'avancée du chaos provoqué par la révélation de la magie. Lorsqu'en 2002 des attaques terroristes de grande ampleur avaient ravagé Tel Aviv, Hébron et Jérusalem, la réponse avait été draconienne mais trop tardive. Les relents de peur avaient poussé à la guerre civile jusqu'à la destruction totale de la nation assiégée. La mosquée d'Al-Aqsa, le Mur des Lamentations, le Saint Sépulcre avaient été successivement rasés par des émeutiers plus ou moins dirigés par des forces ou des milices. Le reste de la cité avait été livrée aux flammes et depuis lors la réalité du pouvoir dans la région avait été déplacée à Damas où un calife autoproclamé avait appelé à la Guerre Sainte contre tous les hérétiques, les mécréants et les traitres qu'il s'évertuait à dénoncer comme autant de marottes pour mieux installer son autorité.
Mais la situation la plus extrême se trouvait en Océanie, en Asie du Sud-Est et surtout en Inde. Tous ces territoires avaient disparu dans l'obscurité et étaient sous le joug d'une organisation aussi meurtrière que mystérieuse : une immense force prénommée la Horde et dont ni les buts ni les modalités n'étaient clairement définies mais dont les volontés belliqueuses étaient clairement affichées. Les espions envoyés par la Résistance, l'Empire du Japon et la CPC étaient catégoriques. Malgré les tentatives d'approche de responsables locaux, les méthodes de subversion d'officiers ou les actions pour comprendre la hiérarchie de l'organisation, les résultats étaient infructueux et clairement hostiles à la moindre négociation. Tout au plus savait-on que le chef de la Horde était un homme d'origine chinoise nommé Liao Deng qui prônait une « révolution totale pour purifier la terre par la prière active et volontaire. » L'idéologie millénariste, probablement éclose d'une transformation bâtarde du principe de Monde à part de Nicolav Jocaslem, un occultiste roumain du XVIIème siècle, prônait le meurtre et la destruction comme moyen de sauver l'humanité d'elle-même. Idée qui sera reprise, plus tard, par les Khlysts orthodoxes, quoique dans des formes différentes.
La déclaration d'assistance mutuelle signée à Héraklion, l'acte additionnel de Héraklion, visait avant tout à assurer tous les participants d'une coopération relative des uns et des autres dans le futur proche. Une grande méfiance restait de mise entre les différentes parties et malgré les intérêts communs contre Voldemort et les autres forces de déstabilisation, chacun avait peur que les autres utilisent leurs territoires respectifs comme autant de bases-arrières pour des guerres de conquêtes ultérieures. En annonçant une coopération militaire – qui impliquait une coopération relative en matière de renseignement et de moyens logistiques dans leurs sphères d'influence respectives – les signataires s'engageaient à privilégier le dialogue au rapport de force dans leurs relations les uns avec les autres. Une avancée historique considérant la barbarie ambiante aux quatre coins du globe.
Pour Henry Potter, la Conférence de Héraklion dont il avait été l'initiateur et le principal acteur – ayant nominalement dirigé toutes les négociations au nom de la Résistance pendant le colloque – signalait clairement sa prise de contrôle des différentes strates de la Résistance. Épaulé et secondé par Fleur Delacour dont il était devenu le compagnon, il s'ancrait comme l'unique figure dominante et l'autorité suprême en Europe contre Voldemort. Il adressait également un signal clair aux récalcitrants – militaires comme administrateurs civils – qui avaient contesté quelques semaines auparavant ses choix de Gouverneurs Régionaux. Il se plaçait enfin au-dessus de tous les autres chefs militaires, y compris les plus talentueux, en monopolisant l'autorité politique et diplomatique de la Résistance. En clair il imposait l'équation suivante : Il était le seul et unique chef de la Résistance, le seul capable d'assurer la stabilité de l'Europe une fois la Guerre Noire conclue, le seul à même de proposer un modèle de société viable une fois le conflit terminé et le seul à avoir la reconnaissance internationale pour ce faire. Tout autre acteur politique local qui tenterait d'imposer la refondation d'États-nations en Europe se voyait de fait décrédibilisé. Avant même sa fondation, Henry Potter s'assurait d'éviter le délitement de la future République et, se faisant, il asseyait durablement son pouvoir, quelles que soient les institutions qui seraient ultérieurement créées.
Lord Potter avança dans le couloir faiblement éclairé du 12 Square Grimmaurd. Le lieu n'avait pas particulièrement changé depuis sa dernière visite, neuf ans auparavant. Arrivant à la porte de la cuisine, il ne fut pas surpris de voir son invitée, déjà attablée et sirotant un verre de vin. Avec un sourire, il annonça sa présence par ces mots :
« -Bonjour Narcissa. »
