Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.
Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans apparaissent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.
Rating : M
Voilà le chapitre 7 ! Dans ce chapitre, il y a une petite référence à la Bicyclette Bleue de Régine Deforges, si vous connaissez vous verrez surement de quoi je parle! Sinon, je vous le conseille fortement ;)
Merci ma petite femme d'écriture pour la correction de ce chapitre, hâte d'être samedi prochain ehe :3
Bonne lecture !
Chapitre 7 : Parenthèses
« Battez-vous ! Cette cause mérite que l'on se sacrifie ! »
- Eren Jaeger, SnK, épisode 13
Musiques du chapitre : Leave her Johnny – Sean Dagher, Nils Brown, Michiel Schrey. Zenzenzense (Movie Version) – RADWIMPS. Black Betty – Caravan Palace.
26 août 1940 – Forêt de Chaux, France.
Douze jours. Douze jours qu'ils restaient dans cette forêt, se nourrissant des provisions apportées par Gunther, vivant au gré du temps. Le capitaine avait autorisé l'entraînement, leur permettant de souffler quelques heures par jour.
C'est ainsi qu'Eren se prépara à rejoindre sa sœur, un peu plus loin dans la forêt. Il enfila son pantalon avant de quitter sa tente torse et pieds nus. Enfilant ses chaussures rapidement, il fit un signe de main à Hanji qui étendait du linge avant de courir rejoindre la jeune fille. Le capitaine n'était pas là, comme souvent depuis leur arrivée. Mikasa l'attendait tranquillement, s'étirant les membres en patientant. Il la rejoignit en souriant, l'accostant en riant :
- Alors, prête à te prendre une raclée, cette fois-ci ?
Elle rit, la main devant la bouche, les yeux pétillants de joie. Oh, il n'était pas stupide, il savait très bien, qu'à nouveau, il allait se retrouver les quatre fers en l'air. Mais il s'améliorait, et l'espoir de la battre un jour était encore présent. Se positionnant en garde, il lui fit face, l'air déterminé. Elle se plaça à son tour, les bras devant son visage.
- Prête, envoies tout ce que t'as !
Il sourit et lança son bras en avant, visant le ventre de sa sœur laissé à découvert. Elle s'écarta, évitant le poing fermé, et répondit en visant son dos à découvert d'un coup de pied. Il se retourna au dernier moment, bloquant sa jambe, et voulu la propulser en arrière, mais elle se dégagea d'un coup de coude dans sa mâchoire. Grognant, il la lâcha et elle frappa son torse, au niveau des côtes flottantes, avant d'attraper son bras et de le faire voler dans les airs. Il atterrit violemment sur le sol dans un bruit sourd, le souffle coupé. Il cligna des yeux en tentant de reprendre sa respiration, la main sur le torse.
Levant la tête vers sa sœur, il vit un petit sourire moqueur se dessiner sur ses lèvres. Elle haussa un sourcil quand il se releva, se replaçant devant elle. Elle voulut viser son visage, mais il frappa son bras pour l'écarter, se plaçant derrière elle. Eren glissa un bras sous son menton, serrant son cou contre lui. Elle se débattit, et frappa son pied du sien, le faisant lâcher prise. Puis elle voulut le plaquer au sol, mais la voix de Christa les stoppa.
- Mikasa ! Gunther te demande !
La jeune fille baissa les bras, une moue dépitée se dessinant sur son visage fin. Elle se tourna vers Eren qui reprenait son souffle. « Vas-y, on reprendra après. » Elle hocha la tête et rejoignit la blonde qui l'attendait. Le jeune homme étira son dos douloureux, grimaçant en sentant ses muscles chauffer.
Il vit au loin une silhouette passer et s'approcha en silence vers elle. Arrivant à sa hauteur, il reconnut Petra qui se tourna vers lui.
- Eren ? Que fais-tu ici ?
- Je… On s'entraînait, avec Mikasa. Elle a dû partir, alors je l'attends.
- Oh. Je vois… Vous vous entraînez à quoi ?
- Combat au corps à corps. Elle est douée, ria-t-il en passant une main dans ses cheveux trop longs.
Petra hocha la tête en regardant leur zone d'entraînement. Elle revint vers lui, la tête penchée.
- Viens, on va voir ce que tu vaux.
Elle le guida au centre de la piste, un terrain plat et recouvert de mousse. Il sembla surpris sur le coup, mais se laissa emporter, heureux d'avoir trouvé un nouvel adversaire. La jeune femme se positionna face à lui, et observa sa garde. Elle s'approcha de lui, attrapa le bras qui couvrait son visage et le plaça un peu plus bas, avant de descendre le deuxième. Hochant la tête d'un air satisfait, elle revint à sa position initiale, déployant sa garde.
Eren se lança, prêt à frapper sa cible, et elle sauta sur le côté, visant son torse. Il para au dernier moment, abaissant sa garde au visage. Elle en profita pour viser de son autre poing et il reçut le coup dans le menton, partant en arrière sous le choc. Affalé sur le sol, se tenant le menton douloureux, il la regarda.
- Tu ne prends pas le temps d'analyser ta cible. A force de foncer tête baissée, tu finiras par vraiment te blesser. Viens.
Elle lui fit signe de se relever, se replaçant.
- Observe ton adversaire. Cherche les points faibles et les points forts, et vise les points qui te semblent fragiles. Tout le monde en a, il suffit de trouver la partie du corps qui n'est pas trop protégée, et frapper.
Il se concentra, détaillant la position de la jeune femme. Elle semblait parfaite, les bras positionnés de telle sorte que ses organes vitaux étaient entièrement protégés. Ses jambes étaient écartées, les pieds enfoncés dans le sol. Elle fit un geste vers lui, prête à le frapper, et il s'écarta en souplesse, protégeant son visage en levant sa garde. Dans son dos, le poing déployé, elle avait laissé son ventre à découvert, et il en profita pour passer un bras autour du sien, l'attirant au sol devant lui. Elle fut plaquée, Eren tenant toujours fermement son bras, sans possibilité de bouger.
- Parfait ! Utilise toujours le poids de ton ennemi à ton avantage. La force que j'ai utilisé pour te frapper est dangereuse pour moi si je n'atteins pas ma cible.
Eren se releva, lui tendant la main qu'elle accepta en souriant.
- Je vois. Où est-ce que vous avez appris à vous battre comme ça ?
- Tu peux me tutoyer, tu sais. C'est mon père qui m'a tout appris. Il est boucher, et ses mains sont aussi épaisses que des marteaux. Mais il est doux comme un agneau, sourit-elle, les yeux dans le vague. – Et quand j'ai eu dix ans, il a commencé à m'apprendre à me battre, pour que je puisse me défendre un jour, si j'avais un problème et qu'il n'était pas là.
Eren lui rendit son sourire. Petra continua, se reconcentrant sur lui :
- Je pense que tu as un sacré potentiel, tu vas nous être très utile lorsque tu seras prêt…
- Un sacré potentiel, hein ?
La voix familière du capitaine le fit sursauter et il se tourna vers lui brusquement, les yeux écarquillés. Livaï lui faisait face, un sourire moqueur sur ses lèvres, les mains dans les poches. Il portait un pantalon militaire et un débardeur, ses plaques militaires plaquées contre son torse mince. Des rangers américaines complétaient sa tenue, lui donnant un air dur. Une mèche noire tombait devant ses yeux mi-clos, qui le dévisageaient en silence.
- Capitaine ! Vous…, commença Eren, reprenant ses esprits.
- Tsk. Alors comme ça, Petra, ce merdeux a du potentiel…
Elle se redressa en acquiesçant silencieusement. Livaï observa la tenue du jeune homme qui rougit sous son regard impassible. Il croisa à nouveau ses yeux trop gris, trop lucides. Petra fit un pas vers lui.
- Vous aviez besoin de moi pour quelque chose, capitaine ?
- Non. Je crois que j'aimerai voir ce que ce gosse a dans le ventre, Petra.
- Oi, je vous laisse ma place !
Eren se crispa en voyant le capitaine s'approcher tranquillement de lui. Petra s'éloigna un peu, encourageant Eren d'un sourire vivifiant, levant un pouce dans sa direction. Livaï sortit deux dagues d'entraînement, en bois, de son dos et en jeta une au sol, devant le jeune homme. Le ventre serré, Eren la récupéra et se plaça en garde face au brun. Il fut à nouveau déconcerté par sa petite taille, ne s'y fiant plus pour savoir que l'homme face à lui était dangereux. Alors il se concentra, observant scrupuleusement chaque détail de la posture de l'homme qui se dressait devant lui. Il remarqua la position étrange de la dague, pointant vers le sol alors qu'il serait le manche entre ses doigts fins. Il devait frapper à revers en tourbillonnant pour toucher sa cible. Le jeune avait la sensation que chaque mouvement était contrôlé, que chaque parcelle de son corps était positionnée au millimètre près. Que cet homme avait parfait sa garde au fil des années, la rendant imparable.
Il finit par croiser le regard pâle de son vis-à-vis, crispé sur ses pieds. Il vit une lueur qu'il ne comprit pas à l'instant où le capitaine lui envoyait un coup de pied en direction de son estomac. Le capitaine s'étant tourné pour lancer son attaque, Eren se trouvant à nouveau face à lui en esquivant. Il voulut contre-attaquer mais le brun fut plus rapide et il écarquilla les yeux en sentant une violente douleur dans son estomac. Il tomba au sol, le souffle coupé, tenant son ventre en sentant une douleur cuisante au fond de ses entrailles.
- Tsk.
Eren leva le visage vers le capitaine debout devant lui. Petra s'était approchée, se baissant à sa hauteur en posant une main réconfortante sur son épaule. « Tout va bien Eren ? » Le jeune homme hocha la tête, les traits crispés, avant de réussir à se lever en grimaçant.
- Votre garde n'a aucune faille, s'exclama Eren en dévisageant Livaï, les sourcils froncés.
- C'est bien pour ça qu'il est le soldat à abattre pour les Allemands…, avança Petra.
- Et pourquoi tenez-vous votre dague ainsi ? C'est étrange, non ?
- C'est une technique unique en son genre. Le capitaine préfère se battre ainsi, et il est plus rapide. Mais sa garde peut être brisée si on arrive à être plus rapide que lui. Enfin je pense, puisque personne n'a réussi, jusqu'ici.
Eren écarquilla les yeux en regardant Petra. Elle riait, et il finit par revenir au capitaine qui semblait blasé, fixant un point plus loin.
- Capitaine ! Pourriez-vous m'apprendre vos techniques, s'il vous plaît ?
Livaï haussa un sourcil en scrutant le jeune homme. Il vit la lueur déterminée dans ses yeux, sauvage. Les poings serrés le long de son corps. Les épaules crispées. « Petra, tu peux y aller. » La jeune femme hocha la tête et, après un dernier regard à la jeune recrue, retourna à la cabane. Le gradé se détourna, observant le décor autour de lui. Les mains dans les poches, il resta silencieux un long moment, avant de reprendre la parole, dos à Eren.
- Pourquoi est-ce que tu t'es engagé, gamin ?
- Je… Je veux vivre en paix, et libre, capitaine. Je veux exterminer les enfoirés qui viennent sur nos terres, et qui massacrent tout ! Ils… Ils ont détruit mon village, tué ma mère… - il retint un sanglot étouffé. - Peu importe ce que cela me coûtera, je donnerai ma vie si c'était nécessaire pour qu'ils payent pour leurs crimes.
Livaï se tourna vers lui. La main serrée sur le cœur, Eren affichait un visage dur, presque animal.
- Vous pensez que j'ai tort ?
- Non. Je ne suis pas là pour te dire comment penser et réfléchir. Tu as des convictions, à toi de savoir si tes actes suivent tes paroles. C'est ça qui compte, en somme. En dehors de cette forêt, tu devras faire des choses monstrueuses, pour la cause à laquelle tu crois. Si, en ton âme et conscience, tu crois en ce que tu fais, tu t'en sortiras peut-être.
- Pourquoi est-ce que vous vous êtes engagé, capitaine ?
- Ha. J'ai pas vraiment eu le choix. Je suis un militaire, et j'ai été envoyé au combat comme tous mes camarades. J'étais sous les ordres du commandant Erwin, et quand l'armistice a été signée, il m'a emmené avec lui. Pas mal des soldats qui m'accompagnaient ont été tués ou fait prisonniers.
Eren hocha la tête en fixant le brun.
- Et pourquoi vous battre encore, alors que la guerre est censée être finie ?
- Parce que cette… situation ne me conviens pas. Je ne suis pas là pour cirer les pompes d'un connard persuadé qu'il est supérieur à moi. Et de toutes manières, même si je le voulais, je ne pourrais pas ne rien faire.
- Pourquoi ?
- Parce que je suis sensé être juif.
- Et c'est grave ?
Livaï se tourna vers Eren, stupéfait. Le jeune homme affichait une mine perplexe, un sourcil levé. Il le dévisageait sans comprendre et le capitaine en resta bouche bée.
- Tsk… Oui, selon eux.
- Oh.
Livaï scruta les pupilles vertes, contrarié. Il ne comprenait pas ce gosse. Certes, les mesures prises contre les juifs n'étaient pas encore très importantes sur le territoire français, mais l'innocence enfantine qui transperçait encore les traits de son visage le laissait pantelant. Il resta immobile, face à ce jeune homme déroutant qui l'observait d'un air curieux.
- Capitaine, vous parlez beaucoup, aujourd'hui.
- Ne dis pas de conneries, j'ai toujours beaucoup parlé.
Le ton sec était de retour, tel une claque virulente. Eren sourit, passant une main sur sa nuque en détournant les yeux. Le capitaine fronça les sourcils en soupirant, avant de se reposer contre l'arbre derrière lui. Il croisa les bras sur son torse, lorgnant le jeune soldat face à lui.
- Je… Merci. Pour cette discussion.
Eren commença à s'éloigner, glissant une main dans sa poche, sous l'œil vif du capitaine.
- Et où crois-tu aller comme ça, stupide crétin ?
- Euh… Je croyais que…
- C'est bien ce que je pensais. Arrête de penser et viens ici.
Eren s'approcha rapidement, s'arrêtant devant le capitaine qui l'observait en silence. « Tu m'as demandé de t'entraîner, non ? ». En voyant le visage du jeune s'éclairer à sa question, il se demanda si c'était une bonne idée, finalement.
- Bon, mets-toi en position, qu'on commence.
xXx
Du sang. Toujours du sang. Le cri déchirant de sa mère se répercutant dans ses oreilles, les sanglots sordides de sa sœur. Et les bombes tombant du ciel. Il sait pourtant qu'il est trop faible, pour l'atteindre. Pour la sauver. Mais il essaie, comme toujours, et il court. Il court comme un fou, comme un dératé.
Et la maison apparaît, écrasée. La poutre est là, coinçant sa mère. Le visage ravagé de larmes. Le front plissé d'une douleur glaçante. Et il tombe, tombe devant elle, la douleur s'insinuant dans ses veines telle la lave en fusion. Il hurle, mais aucun son ne sort. Il sait que c'est la fin.
Et cette femme, écrasée par le char alors qu'elle tenait son bébé. Cette femme qui se traîne vers lui, tendant une main ensanglantée, dirigée tout droit vers lui. Cette femme, dont le visage a été ravagé par les roues immense. Elle le supplie du trou béant qui lui servait de bouche. Elle le supplie de l'aider, de sauver son bébé.
Il frémit de terreur, se sent tomber dans un trou noir. Un enfant terrifié, attiré contre son gré par des mains invisibles, le traînant vers le fond.
Une main ! Une main devant lui, tendue, qu'il attrape et qu'il serre. Qui le tire, le sort de ce puits. Qui l'allonge sur le sol. Et cette voix. « Eh bien, gamin, qu'est-ce que tu fais ? ». Et ces yeux, gris, tellement gris, qui le dévisagent, qui le narguent.
xXx
Eren se réveilla en sueur, les yeux écarquillés. La lumière l'éblouit un instant alors qu'il se redresse, tendu et épuisé. Son cœur battait à tout rompre, au bord des lèvres. Il tenta de se calmer, de reprendre une respiration calme, le souffle court. Foutu cauchemar.
Il se remémora la veille. Le capitaine et l'entraînement. Le capitaine avait été dur, certes, mais son apprentissage était fructueux. Eren avait appris quelques mouvements utiles, à l'abri de la clairière de mousse. Dans un gémissement de douleur, il s'étira.
- Ça va ?
Eren tourna la tête sur le côté, étonné. Les yeux bleu océan d'Armin le dévisageaient, les yeux encore emplis de fatigue.
- Oui. Je t'ai réveillé ?
- Non, non. Enfin, un peu.
- Désolé. Mais ça va. Juste des courbatures, je m'en remettrais.
Armin se rallongea correctement, ajustant son sac, lui servant de coussin, sous sa tête. Il plissa les yeux un instant avant de dire à son ami :
- Plus que deux jours avant de repartir. Ce soir sera la dernière nuit qu'on passera sous cette tente. Connie et Christa ont l'air d'aller mieux.
- Tant mieux.
- T'as l'air de pas mal discuter avec le capitaine Livaï, hein ?
Eren haussa les épaules, attendant la suite. Armin tourna la tête vers lui.
- Tu penses quoi de lui, Eren ?
- Je n'en sais rien. Je… Je crois que je l'admire, en fait. Il est très fort.
- C'est vrai.
Le silence reprit ses droits. Eren en profita pour enfiler son pantalon en s'agitant dans tous les sens pour se glisser dedans. Une fois la chose réussie, il passa un débardeur propre et sourit à son ami.
- Tu te lèves ? On va essayer de profiter de la brioche de Sasha avant que les autres ne la terminent !
Armin se dépêcha, suivant son ami en sautillant pour tenter d'enfiler son propre pantalon. Eren se tourna à la moitié du chemin, voyant le blond en grandes difficultés alors qu'il essayait de glisser sa deuxième jambe tout en marchant. Il ria en croisant son regard agacé. Finalement, ils arrivèrent devant la table sur laquelle reposait un plat recouvert d'un torchon. Le soulevant, ils virent la splendide brioche moelleuse reposant sur le plat, et des effluves sucrées arrivèrent dans leurs narines.
Eren en coupa deux tranches qu'ils dégustèrent, les yeux pétillants, installés autour de la grande table en bois. Eren se crispa en voyant débarquer le capitaine qui venait du ruisseau, ses prunelles grises se posant sur lui. Il revit ses mêmes prunelles, dans son rêve, et se leva brusquement, saluant Livaï d'un signe de tête. Ce dernier haussa un sourcil, et soupira, préférant ne pas se soucier du comportement étrange du jeune homme.
Eren se dirigea vers la cabane et attrapa la bouilloire pour faire chauffer de l'eau. Il revint vers la table en déposant une tasse de thé fumante sous le nez du capitaine, avant de servir Armin et lui. Le capitaine le remercia d'un signe discret de la tête, soufflant sur la fumée se dégageant de la tasse. Il vit le jeune homme lui adresser un petit sourire, et détourna les yeux. Le thé, il ne pourrait jamais s'en passer. Cette pensée fit sourire Livaï alors qu'il fermait les yeux, dégustant le liquide brûlant du bout des lèvres.
Ils furent rapidement rejoints par Hanji qui tentait d'attacher ses cheveux sur le sommet de son crâne, ses lunettes posées en équilibre sur le bout de son nez. Elle s'affala sur une chaise à côté d'Eren, un grand sourire aux lèvres.
- Dernière journée ici !
Les autres lui répondirent d'un sourire, sauf Livaï qui resta stoïque. Il semblait ailleurs, les yeux perdus dans le vague.
- Oi, on a du pain sur la planche aujourd'hui, continua Hanji. Il faut tout préparer pour le grand départ, et ça risque de prendre du temps !
Les jeunes hochèrent la tête dans un bel ensemble, finissant de concert leur petit déjeuner. Ils finirent par se lever, se dirigeant vers la cabane pour commencer à ranger, alors que certains de leurs camarades se levaient tranquillement.
xXx
Le soir arriva, laissant tout le monde épuisé. Ils avaient rangé l'ensemble des affaires, laissant seulement leurs sacs de couchage et quelques vivres pour la soirée. Une nuit à la belle étoile ne fera pas de mal, vu le ciel dégagé et la chaleur estivale.
Rassemblés autour de la table, ils bavardaient joyeusement, profitant d'un dernier moment d'accalmie avant le départ. Gunther arriva, tenant un sac qu'il posa sur la table. Il en sortit quelques bouteilles d'alcool, sous le regard noir du capitaine.
- Autant fêter ça correctement, un petit verre, les jeunes ?
Les recrues s'esclaffèrent, approchant leurs verres de l'homme qui débouchait une bouteille de vin rouge. Il remplit les contenants, servant de grandes quantités à chacun, et se rassit après avoir vérifié que tout le monde était servi. Livaï resta dans son coin, sirotant un verre d'eau, les yeux posés sur les jeunes qui commençaient à boire leur verre en riant.
Hanji fut la première à se resservir, les joues déjà rouges. Elle parlait fort, riant aux blagues de Connie. Il fallut une heure pour vider trois bouteilles de vin, avant que Petra ne s'avance, tenant une autre bouteille. « Whisky ! » Les jeunes recrues écarquillaient les yeux, déjà livides pour certains. Hanji riait pour rien, Connie et Sasha semblaient en plein débat concernant la cuisson des pommes de terre qu'ils préparaient, et Jean avait le visage écarlate, les yeux posés sur Mikasa qui sirotait tranquillement son troisième verre en parlant avec Armin. Eren faisait un bras de fer avec un Reiner éméché, qui le fixait en grognant.
De son côté, le capitaine préférait rester en retrait, surveillant les alentours, fumant cigarettes sur cigarettes. Il n'avait jamais été porté sur l'alcool, qui réduisait les sens et affaiblissait les gens. Soupirant un grand coup, il pria pour que personne ne vienne alors que les recrues étaient déchaînées. Il tourna la tête vers la table en entendant un « boum » retentissant et écarquilla les yeux en voyant Eren au sol, mort de rire. Reiner le surplombait, les poings sur les hanches.
- Ben alors, tu tiens plus debout ?
Le jeune homme tenta de se relever, sans succès, et finalement il attrapa son verre posé sur la table pour continuer à boire, les fesses posées sur le sol. Le regard moqueur de sa sœur le fit rire, et il versa un peu de whisky sur son haut en riant plus fort.
- Eh bah, je vais te le prouver d'abord !
La voix de Connie s'élevait dans les airs, aigue et mal assurée. Il s'était levé, faisant tomber sa chaise sur le sol, alors qu'il se dirigeait vers le ruisseau en tanguant sous les yeux curieux de ses camarades. Sasha le suivait en riant trop fort, dévorant une patate cuite à la vapeur, se tenant le ventre en tentant de mettre un pas devant l'autre.
- Tu n'en es pas… Pas capable !
Elle avait le hoquet, riant aux éclats alors que Connie descendait vers le ruisseau, le visage concentré. « Mais si, mais si » Répétait le jeune homme au crâne rasé, hilare.
- Qu'est-ce qu'il veut faire ? demanda Eren en se relevant finalement, renversant une bonne partie de son verre sur le sol au passage.
- Il dit qu'il peut sauter au-dessus du ruisseau sans toucher l'eau, lui expliqua Armin en lui glissant un regard moqueur.
Eren ricana, observant la scène avec les autres. Connie était arrivé au pied du ruisseau, se tournant vers ses camarades, les poings sur les hanches.
- Vous allez voir, je suis trop fort !
Ils virent son visage se plisser sous la concentration, ardue, avant de se retourner vers le cours d'eau. Il prit son élan, courut et sauta en écartant les bras, tel un oiseau prenant son envol. Et s'écroula dans l'eau à un mètre du bord, éclaboussant tout sur son passage, le visage contre le fond du ruisseau. Tous éclatèrent de rire, sous les gémissements outrés du jeune homme qui se relevait, le visage rouge de honte. Il était trempé de la tête aux pieds, agenouillé au milieu du ruisseau, les bras encore écartés. Sasha le rejoignit, le raillant en continuant à manger sa pomme de terre alors qu'il se levait totalement.
Ils rejoignirent le reste du groupe, Connie s'affalant à même le sol, allongé dans l'herbe fraîche. Un peu plus loin, Mikasa s'était éloignée, sirotant son verre en se baladant tranquillement. Elle se sentait légère, ses membres la guidant dans la forêt. Elle finit par s'asseoir sur le rebord du ruisseau, un bras enserrant ses jambes contre son torse, la tête posée sur ses genoux. Jean, qui l'avait suivie, s'assit à ses côtés, son verre à la main. Il la regardait en souriant timidement.
- Tout va bien ?
- Oh, oui, j'ai juste la tête qui tourne un peu.
Elle lui rendit son sourire, la tête penchée un peu sur le côté. Il rougit face au regard affectueux, pliant ses jambes devant lui.
- C'est la première fois que tu bois de l'alcool ?
- Non, ria la jeune fille. La première fois, on avait volé des bouteilles de vin rouge au grand-père d'Armin et avec lui et Eren, on avait bu toute la soirée sur la sorte de falaise au fond de notre jardin. Le père d'Eren nous avait tellement disputé, le lendemain matin, en nous retrouvant affalés dans le jardin avec les cadavres des bouteilles vides, mais on avait bien rigolé.
- C'était quand ?
- L'année dernière, pour les dix-sept ans d'Eren.
Jean hocha la tête, les yeux dans le vague. Mikasa se détendit doucement, posant son verre devant elle et ses mains soutenant son corps en se posant sur le sol. Timidement, délicatement, Jean glissa la paume de sa main vers elle, recouvrant la sienne. Il continuait à fixer un point devant lui, les joues écarlates. La jeune fille regarda un instant les deux mains jointes, silencieuse, avant de regarder à nouveau devant elle. La chaleur de la peau du jeune homme l'envahissait, lui procurant un bien être qu'elle pensait ne plus pouvoir ressentir. Alors elle resta là, muette, à regarder l'eau courir sur les pierres, sirotant tranquillement son verre en compagnie de son camarade.
xXx
La soirée s'éternisait. Les recrues étaient toutes plus ou moins éméchées, et certains étaient déjà allés se coucher. Gunther avait remplacé Livaï au poste de surveillance et le capitaine se tenait assis sur sa chaise, buvant un thé en lisant un journal sous la lumière de la lampe à gaz posée sur la table. Il essayait d'ignorer les commentaires grivois et les rires des jeunes qui jouaient autour de lui, les sourcils froncés.
Petra dormait, tout comme Christa et Reiner, à l'abri dans leurs tentes. Sasha était écroulée sur le sol, ventre à plat, la tête reposant dans un seau alors qu'elle gémissait. Connie et Armin disputaient une partie de cartes plus ou moins réussie, puisqu'à chaque fois qu'il perdait, le jeune homme au crâne rasé balançait les cartes en s'esclaffant. Ils devaient donc toutes les ramasser pour recommencer. Hanji parlait toute seule, debout devant un arbre, tentant de lui donner un verre plein d'alcool. Mikasa et Jean n'étaient pas encore revenus, mais personne ne semblait le remarquer.
Et Eren restait assis à la table, les yeux posés sur son verre comme s'il s'agissait d'un monstre velu. La bouche entrouverte, il lorgnait le gobelet, les yeux hagards. Le capitaine eu un sourire en coin face au jeune homme alcoolisé. Ce dernier tourna la tête vers lui, les sourcils levés en voyant son sourire discret. Qu'il chassa bien rapidement.
- Vous ne buvez pas, cap – hips – itaine ?
Livaï haussa un sourcil face au ton un peu trop jovial de son subordonné. Eren avait les joues rouges, les yeux vitreux, et semblait prêt à s'effondrer sur la table.
- Pour avoir l'air aussi idiot que toi ? Non, merci.
Eren piqua un fard. La remarque acerbe ne l'étonna pas, et il finit par se rapprocher de son aîné, traînant la chaise derrière lui. Il faillit tomber en se rasseyant, rattrapant la table au dernier moment pour garder son équilibre instable.
- Vous devriez, vous pourriez vous détendre comme ça.
- Me détendre ? Et pourquoi, bon sang, aurais-je besoin de me détendre, sale morveux ?
L'alcool lui donnait du courage. C'est pourquoi il leva le doigt, et le posa sur le front du capitaine, sur les plis formés par ses sourcils froncés.
- Vous avez des rides, là. Quand – hips – vous froncez les sourcils.
Livaï chassa le doigts d'un mouvement brusque, les plis plus visibles que jamais.
- Tes doigts sont dégueulasses, ne les pose pas sur moi, abruti.
Eren se courba, laissant retomber sa main contre son corps. Il le regardait avec un air piteux, la bouche plissée en un pli désabusé.
- Excusez-moi, capitaine.
Livaï ne répondit rien, les yeux posés sur l'enfant devant lui. Il ne savait pas quoi répondre, face à ce regard de chien battu. Foutu gosse.
- Est-ce que… hips… Est-ce que vous voulez faire une partie de cartes avec moi ?
Haussant un sourcil, il finit par soupirer et accepta de mauvaise grâce. Le jeune homme se leva à toutes vitesses, courant chercher le deuxième paquet de cartes dans la cabane, et revint aussitôt. Il se réinstalla avec difficultés, dans un équilibre précaire, et finit par distribuer les cartes. « Bataille ? » Livaï hocha la tête en silence, récupérant ses cartes tendit qu'Eren l'imitait. Ils commencèrent à jouer, tranquillement, jouant leurs cartes en silence. Le capitaine se concentrait à peine, au vu de la lenteur d'action de son adversaire qui semblait déjà en difficultés. Pourtant, il ne se plaignit pas, se concentrant autant qu'il le pouvait, jouant ses cartes tour par tour.
Il finit par perdre, sous l'œil amusé de son aîné, et lâcha un soupir.
- Vous être trop fort…
- Non. Tu es juste complétement à l'ouest, gamin. Tu ne réfléchis même pas avant de poser tes cartes.
Livaï rangea les cartes en observant la mine dépitée du cadet. Il pinça les lèvres face au regard morose d'Eren et finit par se lever en soupirant, les cartes rangées dans leur paquet. « Viens. » Il n'attendit pas et se tourna, se dirigeant vers le ruisseau en silence, le jeune homme sur ses talons. Face au cours d'eau, il retira ses chaussures et releva les jambes de son pantalon, les serrant au niveau de ses mollets. Il tourna ensuite la tête vers le jeune homme qui le regardait faire, étonné et curieux. Le capitaine restait consterné devant la facilité avec laquelle il lisait les émotions qui passaient sur son visage.
Il lui adressa un regard exaspéré, et Eren se dépêcha de retirer ses propres affaires. Il releva à son tour son pantalon et suivit le capitaine qui traversait le ruisseau, laissant ses chaussures sur le bas-côté. Livaï le guida ensuite sur un chemin de terre sablonneuse, et ils finirent par arriver sur un terrain vallonné, recouvert de sable fin et blanc. Eren en resta bouche bée, ses pieds s'enfonçant délicieusement dans la poudre chaude qui l'entourait.
Le capitaine l'observa tandis qu'il courait, tombant en dégringolant dans le sable. Le jeune resta allongé quelques minutes, le souffle court, riant en scrutant le ciel étoilé au-dessus de leurs têtes. Finalement il se redressa, observant Livaï qui s'était installé tranquillement sur une petite butte.
- Comment avez-vous trouvé ce coin, capitaine ?
Ce dernier haussa les épaules. Il observa le visage souriant du jeune garçon, qui avait retrouvé sa bonne humeur. Bien. Cette innocence et cette naïveté qui transperçaient les yeux émeraudes de l'enfant assis lui apportaient une bouffée d'air frais.
- En vérifiant les alentours. Profites-en, gamin.
- Pourquoi est-ce que vous me montrez ça ?
- Parce que. Arrête de me poser des questions, maintenant.
Eren se releva, s'époussetant, et s'approcha du capitaine assis. Il resta à l'observer quelques instants, les joues rouges visibles à travers la lumière de la lune.
- On fait la course ?
- Sérieusement ?
Eren lui adressa un sourire immense, les mains sur les hanches.
- Vous avez peur de perdre ?
- Tu me prends pour qui, stupide morveux ?
Le capitaine se releva et Eren sut qu'il avait gagné. « Jusqu'à l'arbre qui ressemble à un gros monsieur ! » Livaï fronça les sourcils et leva les yeux vers le bout de la plage. En effet, un arbre aux formes étranges se distinguait dans le fond, tout en rondeurs. Un coin de sa bouche se releva, et après un regard moqueur au jeune homme il se lança.
- Eh ! C'est de la triche !
Eren courait après lui, riant aux éclats en le suivant. Il entendait son souffle se rapprocher, et accéléra le mouvement. Le bruit sourd d'Eren qui tombait le fit sourire, jusqu'à ce qu'il sente une pression sur sa cheville, le faisant basculer à son tour. Il cracha du sable en se relevant, lançant un regard noir à Eren qui ricanait en se relevant à son tour. Livaï courut de plus belle, atteignant l'arbre indiquant son arrivée. Il vit Eren qui arrivait après lui, et fronça les sourcils lorsqu'il le dépassa pour rentrer violemment dans l'arbre, grognant sous la douleur avant de tomber sur le sol.
Eren se tenait le visage, les yeux écarquillés.
- Crétin.
- J'ai… Oublié de freiner.
Eren partit dans un grand éclat de rire qui le fit à nouveau gémir. Le capitaine se baissa à sa hauteur, lui retirant ses mains du visage pour inspecter les dégâts. Le nez n'était pas cassé, malgré le sang qui s'en échappait. Il lui tendit un mouchoir sorti de sa poche, le posant sur le sang pour l'enlever. Eren l'observait de ses grands yeux, alors qu'il tentait d'arrêter le saignement patiemment. Il finit par se laisser tomber devant le jeune homme lorsque le sang s'arrêta de couler.
- Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas amusé comme ça, capitaine. Merci beaucoup.
- Arrête de me remercier, gamin.
- P… Pourquoi est-ce que vous êtes gentil avec moi, ce soir ?
- Tsk. Tu parles trop quand tu as bu, idiot.
Eren rit. Le capitaine lui adressa un petit sourire, et il vit les yeux verts se poser sur ses lèvres en s'agrandissant. Les joues du jeune homme s'empourprèrent et il détourna la tête. Ils restèrent assis l'un en face de l'autre, Eren jouant avec le sable autour de lui sous le regard sardonique du capitaine qui se détendait. Il l'observait du coin de l'œil, essayant de comprendre pourquoi il laissait le gamin l'approcher ainsi continuellement. Certes, il appréciait sa compagnie, plus que celle de la plupart de ses camarades. Mais la lueur admirative dans ses yeux trop grands le gênait, un peu. Il n'était pas un foutu héro.
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J'espère que ce chapitre un peu plus calme vous aura plus, comme d'habitude n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
A la prochaine !
