Chapitre 7 – Bavardage en cours

Tout en diluant son pus de bulbobulb, Jack tentait d'ignorer Mérida qui, excitée, n'arrêtait pas de parler de moins en moins discrètement, depuis qu'elle était arrivée en cours de botanique il y avait plusieurs dizaines de minutes. Le serpentard avait de plus en plus de difficulté à suivre les conversations de Mérida qui oscillaient entre le tournoi et l'arrivée rocambolesque d'Harold. Au moins, le dernier sujet avait fini par être clos par le simple fait qu'aucun des deux n'avait eu l'occasion de voir Harold ni le soir après le banquet, ni le matin même. Les serdaigles et les poufsouffles de quatrième année avaient la chance de n'avoir aucun cours le lundi matin et ni Mérida, ni Jack n'avaient pu obtenir de l'information quant au retard de leur ami.

« T'imagines comment on te verrait si tu gagnais le tournoi ! Tu serais le héros de ta maison et toute l'école serait ébahie par tes prouesses ! Ça ne te dirait pas toi, cette gloire ? Savoir que tout le monde t'estime parce que tu es le plus fort ? »

« Tu devrais diluer ton pus Meri. Madame Robinson va te le faire payer cher si tu n'as pas fini d'ici la fin de la période… »

« Oh, je n'ai pratiquement rien réussi à extraire. Il faisait bien trop noir dans la deuxième serre. Et puis, pourquoi elle nous demande déjà de faire un exercice aussi dangereux pour notre première journée d'école ! Ce n'est pas parce qu'elle est près de la tombe, cette vieille pie, qu'on doit nécessairement l'être nous aussi », ronchonna la rousse.

Jack se retourna, choqué, même s'il n'arrivait pas à être surpris tant que ça. Il connaissait la haine qu'entretenait Mérida à l'encontre de leur enseignante de botanique. Il secoua la tête et lui désigna la fiole dont il n'aurait pas besoin.

« C'est la première et dernière fois cette année », déclara-t-il en levant les yeux au ciel.

« Merci, merci, merci ! », s'exclama Mérida en mettant ses gants pour commencer à diluer son pus avec une éprouvette.

La jeune fille, au grand bonheur de Jack qui ne voulait pas se brûler avec cette substance ultra corrosive, se concentra en silence. Ce silence ne dura pas, néanmoins, assez longtemps. La rouquine tout en versant les gouttes de sa base, continua :

« Non, mais Jack, t'imagines comment ça serait génial… »

« N'oublie pas de mettre un peu de gouttes de testeur, sinon tu ne sauras pas quand arrêter de diluer », conseilla Jack, un peu découragé avant de continuer : « Et s'ils refont un tournoi quand on sera en septième année, pourquoi pas. »

Mérida, qui avait attrapé la fiole de testeur, cessa de travailler et le regarda avec de gros yeux. Heureusement que la serre était grande et que la professeure ne pouvait pas les voir de là où ils étaient.

« Pourquoi pas cette année ? Ce n'est pas parce qu'on est plus jeune qu'on est moins fort que les autres. »

« Justement, si », coupa Jack en arrêtant de verser des gouttes. Il était très près d'atteindre sa limite « Et de toute façon, à Serpentard on sait déjà que c'est Tom qui sera choisi. Le discours n'était même pas terminé que même les septièmes années s'étaient retournées vers lui pour l'acclamer. »

Jack avait conscience d'avoir été un peu sec dans ses propos, mais parfois ses camarades de maisons réussissaient à l'énerver. Même s'il ne l'avouait pas à Mérida, lui aussi aurait bien voulu pouvoir accéder à cette gloire. Il se voyait un jour être un puissant sorcier pour pouvoir sortir sa famille de la misère. La puissance et l'argent, ça allait de pair. Mais Jack était aussi réaliste. Il n'avait que très peu de chances contre des septièmes années et aucune chance contre son préfet. Et de toute façon, Slughorn adulait Tom, comme tout le monde le savait chez les serpentards.

Mérida resta bouchée un instant. Apparemment, elle n'avait pas connu souvent Jack abrupt. Le serpentard pensa que cela lui aurait fait comprendre que le sujet était clos et qu'ils devaient retourner à la botanique, mais ce n'était sans connaître la ténacité de la lionne.

« De toute façon, moi je pense que tout le monde a ses chances. Professeur Slughorn saura prendre la bonne décision. Je pense que si tu veux donner ton nom, tu devrais essayer. Comme ça, on pourra peut-être être adversaire. »

Jack sentit un petit sourire naitre à la commissure de ses lèvres, alors qu'il se tournait légèrement vers Mérida qui levait haut le menton. En fait, tout ce qu'elle cherchait c'était que lui, il lui demande si elle voulait participer. Décidé à la faire mariner, il haussa les épaules :

« Bof, c'est peine perdue. On peut déjà deviner qui sera choisi. Peter Hornby ou Samantha Polky à Poufsouffle. Esterel Plumb ou Milicent Bagnold à Serdaigle, Tom Jedusor à Serpentard et sûrement Olive Hornby à Gryffondor. »

Mérida moucha. Jack le vit tout de suite alors que les sourcils de la rousse se fronçaient avec circonspection. En plus, au vu de sa réaction, la rousse ne s'était toujours pas réconciliée avec sa camarade de maison. Après tout, elle était arrivée en botanique accompagnée de Margaret et Augusta, ce qui était des plus inusités.

« Comment ça, Olive ?! »

Jack regarda autour de lui, comme s'il voulait être certain qu'Olive n'était pas dans les parages et continua :

« Bah, c'est la sœur de Peter et ça doit être la plus douée des quatrièmes années à Gryffondor. Après tout, vous n'êtes pas choyés entre Aaron et Élizabeth… »

Mérida croisa les bras, elle semblait avoir totalement abandonné sa dilution.

« Aaron se débrouille très bien… »

« Au Quidditch peut-être, mais pour ce qui est du cerveau… Bref, ce n'est pas important. Tout ça pour dire qu'à part Olive, je ne vois pas grand monde. »

Mérida leva les yeux au ciel.

« Et moi, par tous les cieux ! »

Jack resta interdit, c'était quoi cette expression moldue sortie de nulle part ?

« Par tous les quoi ? »

« Veracrasse, si tu préfères. »

Jack éclata de rire, Mérida disait n'importe quoi.

« Tu sais ce que je veux dire, c'est ça l'important. Tu ne crois pas que moi, j'y arriverais ? »

Jack cessa de rire et se remit à son travail, il avait presque fini. Mérida se racla la gorge et Jack haussa les épaules.

« T'es la seule de quatrième année assez folle pour croire que tu réussirais à battre des septièmes années, alors j'imagine que tu aurais tes chances, oui. »

Mérida parut satisfaite de la réponse puisqu'elle se remit au travail. Heureusement, puisque Madame Robinson arriva à ce moment-là. Elle sembla satisfaite de sa dilution, mais regarda sévèrement Mérida qui n'était pas du tout assez avancée à son goût.

« Cinq minutes Miss. DunBrush. Arrangez-vous pour finir avec un résultat supérieur à Désolant, cette année. »

Mérida hocha la tête et lorsque Madame Robinson fut de dos, la rousse grimaça. Elle avait du cran, car si elle se faisait prendre, encore une fois, à manquer de respect à un ou une professeure, elle aurait sûrement le droit à Mrs Crane. Même Dumbledore ne pourrait lui éviter le châtiment cette fois-ci. Jack ricana en fermant sa fiole. Il se dirigea vers l'avant de la serre pour la rendre à Robinson.

En sortant de la serre, il tomba sur Liesa qui attendait sûrement Dietrich en faisant pousser un brin d'herbe, il alla la rejoindre alors qu'elle déclara :

« Ton amie va se faire tuer si elle participe à ce tournoi. »

Jack leva un sourcil, surpris que la serpentard ait capté la conversation. Il la dévisagea un instant, ce qui sembla déranger Liesa qui ne put maintenir son sortilège. Elle se tourna brutalement vers Jack et cracha :

« Quoi ? »

Jack leva les bras en l'air, comme pris en faute.

« Mais rien, je suis juste surpris que tu t'intéresses au sort de Mérida. »

Liesa se retourna vers son brin d'herbe qui avait poussé de vingt bons centimètres :

« Herbivicus. Je me fiche de cette gryffondor. »

Jack observa un moment le brin d'herbe pousser encore de trente centimètres et un sourire apparut à la commissure de ses lèvres :

« Tu sais que ce n'est pas un haricot ? »

Liesa se retourna, sur ses gardes, visiblement prise au dépourvu :

« Je crois que je suis au courant… »

Le serpentard sentit un sourire grandir sur ses lèvres.

« Tu ne connais pas Jack et le haricot magique ? »

Liesa dévisageait toujours Jack attendant qu'il aboutisse là où il voudrait bien aboutir.

« C'est l'histoire de Ultio, un sorcier qui a voulu se venger d'un moldu appelé Jack, mais ça ne s'est pas exactement terminé comme il le pensait », commença-t-il en vérifiant que Liesa était toujours intéressée par son histoire.

Vu qu'elle ne réagissait pas et qu'elle continuait de le fixer avec intérêt ce qui était un exploit qui le rendait très fier, il continua :

« Donc, un matin, Ultio se promenait dans son village lorsqu'il croisa le jeune Jack qui avait l'air particulièrement triste. Dès que son regard avait croisé les traits du moldu, Ultio l'avait immédiatement reconnu, du moins comme lorsqu'on reconnait un fantôme. Après tout, le souvenir qu'il avait du physique de Jack, comme il l'avait à ce moment-là, datait de plus 25 ans ! Mais la personne qu'il avait cru voir était déjà morte et il était donc impossible qu'il soit revenu à la vie. C'est à ce moment-là qu'il comprit qu'il devait s'agir de son fils. Même s'il aurait dû être soulagé, Ultio n'y arrivait pas. Après tout, le père de cet enfant était bien connu des quelques familles sorcières qui avaient jadis peuplé ce village. Il s'agissait d'un ignoble moldu cruel et sanguinaire. Plus jeune, il avait humilié nombre de jeunes sorciers et sorcières qui pour certains ne comprenaient même pas ce qui leur arrivait. Plus âgé, il s'était donné comme mission de pourchasser tous les sorciers et toutes les sorcières et les brûler au bûcher. Au début, ils l'avaient trouvé plutôt ridicule, voire amusant. Après tout, il leur suffisait de se lancer un sort pour échapper aux flammes puis de disparaitre. Par contre, un jour le moldu avait réussi à capturer une née moldue qui commençait à peine à découvrir sa magie et qui avait eu le malheur d'en faire une démonstration devant lui. Sans plus attendre, il avait fait brûler l'enfant sans que des sorciers plus expérimentés aient eu le temps de l'en empêcher. C'est à ce moment-là que les sorciers avaient réalisé que cet homme était dangereux. »

Jack s'interrompit guettant la réaction de Liesa qui semblait très intéressée par l'histoire. Il se doutait que la jeune fille n'avait pas entendu beaucoup d'histoires de sorciers, contrairement à lui qui avait été baigné par elles toute son enfance. Jack et le haricot magique était moins populaire que certaines, mais cela restait la préférée de Jack, sûrement parce qu'il portait le même prénom que l'enfant moldu, même si sa mère lui avait affirmé qu'il ne s'agissait que d'une coïncidence.

Voyant qu'il s'arrêtait, Liesa croisa les bras, attendant la suite, un peu excédée que Jack la fasse attendre.

« Je ne comprends toujours pas le lien avec le haricot… » dit-elle, agacée.

La porte de la serre s'ouvrit alors sur Dietrich qui sembla un peu surpris de voir que Jack était encore là.

« La suite sera pour une prochaine fois, alors », conclut Jack, mystérieusement.

Dietrich leva un sourcil en se demandant de quoi son ami et sa sœur pouvaient bien discuter.

« On va en métamorphose ? » demanda Jack.

« Je dois juste aller récupérer mon manuel dans le dortoir », répondit l'allemand.

Jack se retourna vers Liesa et lui tendit le bras, comme un parfait gentleman :

« Mademoiselle Bach, alors ? »

« Tu peux vraiment être une plaie parfois, Overland », répondit-elle en levant les yeux au ciel en commençant à marcher.

Jack courut dernière elle, alors que Dietrich prenait son temps.

« Ça ne te dirait pas de t'assoir avec moi pour métamorphose, pour faire changement ? Diet' n'aura qu'à se trouver quelqu'un d'autre… » dit-il d'un ton qui se voulait charmeur, et qu'il savait agacerait profondément Liesa.

« Je croyais que tu voulais t'assoir avec blondie… »

« On partage le cours avec les serdaigles ? » s'étonna Jack.

« Si tu savais lire un horaire, tu aurais bien vu qu'il était écrit "cours double" cette année. »

Le ventre de Jack se noua. Il n'avait pas eu le temps de discuter davantage avec Raiponce hier soir. Il avait hâte de la retrouver. Il avait l'impression qu'elle l'avait trouvé un peu lourd hier dans le train. Remarquant son regard troublé, Liesa soupira :

« De toute façon, je ne m'assoirais pas avec toi, même si tu étais la seule personne dans la classe. »

Jack haussa les épaules.

« Ouais, Lies'. Tout le monde sait que dans le fond, c'est juste de ça que tu rêves. »

« Ouais, ben tu sais quoi, pars devant, j'ai quelque chose à faire avant le cours. »

« Quoi ? »

« Faire semblant d'avoir quelque chose à faire pour ne pas marcher avec toi. »

Jack éclata de rire et prit les devants. Il avait hâte de retrouver Raiponce.

« Bonjour à tous pour cette nouvelle année », commença Slughorn.

Harold se faufila discrètement à côté de Mérida qui l'attendait à la table la plus près de la porte possible. En effet, les deux amis avaient, depuis la troisième année, réalisé qui valait mieux se positionner stratégiquement près d'une échappatoire, au cas où le cours tournerait mal, ce qui avait lieu souvent à cause du manque de patience de l'une et de l'étrange malédiction qui s'abattait sur l'autre. Mérida lança un regard fâché à Harold qui avait eu l'audace de la faire attendre pour leur premier cours ensemble, alors que lui, il avait eu toute la matinée pour se reposer contrairement à elle qui avait botanique à pas d'heure. Pire encore ! Il semblait la fuir depuis qu'il était arrivé en retard à la cérémonie. Il avait à peine eu le temps de lui dire qu'il lui expliquerait tout demain avant de suivre les gens de sa maison lorsque Monsieur Dippet avait fini son discours. Harold fuit son regard en faisant mine de devenir très attentif à ce que leur professeur de potion racontait.

« Nous allons commencer l'année avec une branche des potions essentielles, les antidotes. Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'est un antidote et comment ils sont fabriqués ? »

Mérida, profitant du fait que Slughorn ne leur demanderait jamais de donner leur avis vu leur incompétence, s'adressa à Harold en chuchotant :

« T'étais où ? »

« Où quand ? Car c'est vague vu qu'on ne s'est pas vu depuis la fin de l'année dernière… »

Mérida fronça les sourcils face à la plaisanterie d'Harold.

« Commençons par ton retard au cours… »

Harold jeta un regard à l'avant de classe. Il semblait un peu mal à l'aise, hésitant. Mérida se demandait ce qu'il cachait. Elle se racla la gorge pour qu'il ne fuie pas la réponse comme il l'avait toujours fait de façon si habile : en ne disant rien, comme s'il ne l'avait même pas entendu. Le Viking frissonna et Mérida remarqua à quel point il avait l'air fatigué et se demandait même s'il avait dormi. Au moins, il semblait davantage drogué à l'adrénaline, comme s'il avait bu une soupière de café, plutôt qu'anxieux.

« Oh, euh, c'est compliqué… Et je suis arrivé juste à l'heure. »

« D'accord… » dit Mérida insatisfaite « donc hier ? Tu n'étais pas avec nous dans le train et tu es arrivé en retard à la cérémonie. Ce n'est pas parce que j'étais contente de te revoir que tu ne me dois pas une bonne excuse. »

Harold passa une main dans son cou, comme il le faisait quand il ne savait pas quoi dire ou était mal à l'aise. Par contre, il souriait et cela mélangea Mérida :

« Hum, c'est aussi assez compliqué… Et encore une fois, je suis arrivé juste à l'heure », sourit-il.

Mérida n'aimait pas beaucoup les devinettes et l'humour qu'employait son ami alors qu'elle cherchait des réponses à ses questions. Il avait tendance à faire ça un peu trop à son goût. Elle s'en alla poser une nouvelle question, mais Slughorn interrompit ses pensées :

« Cinq points pour gryffondor Miss. Dawn ! C'est exactement la bonne définition que vous avez là, même si je n'irais pas jusqu'à dire qu'il s'agit de la même chose qu'un contre-sort. Pour composer un bon antidote, trouver l'élément qui annule chacun des ingrédients est un très bon début. Vous devrez donc composer un antidote pour une potion que vous aviez faite en première année… la potion d'amnésie ! »

Slughorn s'était exclamé comme s'il annonçait un gagnant à un jeu. Mérida, elle, ne voyait pas ce qu'il y avait d'excitant et Harold avait perdu son sourire.

« Pourquoi on est obligé de toujours faire des potions ? On ne pourrait pas juste faire la théorie », déclara-t-il alors qu'il ouvrait son manuel pour trouver la recette de la potion d'Amnésie.

Mérida eut un petit sourire face à la remarque d'Harold. Elle préféra taire la discussion qu'elle avait eue avec leur enseignant avant le cours alors qu'elle attendait le poufsouffle. Elle connaissait suffisamment Harold pour savoir que ça le décourageait encore plus de savoir que même Slughorn aurait sans doute préféré qu'ils ne touchent pas à un chaudron.

Pendant que Mérida étalait son matériel de potion sur la table, excitée de retrouver Harold pour lui raconter son aventure sur les runes de l'été – elle avait toujours espoir que Raiponce se soit trompée – et lui annoncer qu'elle tenterait le tournoi, Slughorn s'était approchée d'elle. Il avait cherché autour pour voir si Harold arrivait, mais n'ayant pas de signe de lui, il commença :

« J'espère que vous avez passé un bel été Miss. DunBrush. »

« Euh, oui, c'était bien Professeur Slughorn. Mes frères étaient contents de me voir », répondit-elle surprise que le directeur de serpentard s'adresse à elle ou même se souvienne de son nom.

Cependant, il avait l'air un peu nerveux et Mérida avait l'impression que ce n'était pas un bon signe.

« Très bien, très bien… Est-ce que Monsieur Haddock nous fera le plaisir d'assister à mon cours ? »

Mérida avait froncé les sourcils. Le cours n'était pas commencé, Harold n'était même pas en retard :

« Euh, oui, il s'en vient, j'imagine. »

« Vous devriez peut-être changer de coéquipier. Vous pourriez tous les deux apprendre davantage avec des gens ayant de plus facilité. »

Mérida avait ouvert la bouche, réalisant que l'enseignant venait juste de déclarer, en quelque sorte, que Harold et elle étaient catastrophiques.

« Oh, ne vous inquiétez pas, Monsieur Slughorn. Nous avons juste beaucoup de potentiel caché, mais c'est en travaillant ensemble qu'on va pouvoir le développer. »

Slughorn avait hoché la tête, nerveux.

« Oui, oui. Très bien », avait-il conclu en se dirigeant vers son bureau.

Mérida alluma son chaudron et regarda par-dessus l'épaule d'Harold les ingrédients.

« Genre, comment on est censé savoir qu'est-ce qu'est le contraire de l'eau du fleuve de Léthé ? » soupira Harold.

« Ça existe du feu du Volcan de Léthé ? » proposa Mérida.

Harold se tourna vers elle et rit.

« On a juste à mettre les mêmes ingrédients, mais mélanger dans le sens inverse. J'imagine que ça va marcher. »

Mérida haussa les épaules, mais à ce stade-ci c'était sûrement leur meilleure option. Harold alla chercher leurs ingrédients et Mérida regarda un peu ce que les autres faisaient. À la table voisine, deux poufsouffles semblaient aussi perdus qu'eux.

« Tu crois qu'il veut de l'eau d'un autre fleuve ? »

« Peut-être que c'est juste de l'eau normale qu'il faut mettre… »

Harold revint et Mérida mit les deux gouttes dans le chaudron, valait mieux que ce ne soit qu'elle qui le manipule. Elle tenta une nouvelle attaque :

« Donc, tu peux me dire, maintenant ce qui s'est passé. Et ne me dis pas que c'est trop compliqué. J'avais quelque chose à te montrer dans le train et tu ne m'as même pas prévenue que je m'étais préparée pour rien. »

Harold la regarda curieux et Mérida le coupa avant qu'il ait pu parler :

« Et ne change pas de sujet en me demandant ce que j'avais dans le train. Je vais te le dire quand j'en aurai envie. »

Le poufsouffle ferma la bouche, alors que Mérida évaluait ce que pouvait bien être un brin de valériane. Ses épaules se voutèrent un peu et il chuchota le plus bas possible :

« J'ai rapporté un dragon. »

Mérida échappa une quantité conséquente de valérianes dans le chaudron. Elle essaya d'en retirer un peu, mais ça ne semblait pas avoir un franc succès. Elle ne fit que remuer dans le sens contraire des aiguilles d'une montre environ 3 ou 4 fois.

« Je crois que je n'ai pas compris… » dit-elle méfiante « T'as rapporté un dra… »

« Chuuuut ! » l'interrompit Harold en regardant autour de lui si quelqu'un les avait entendus, mais tout le monde était beaucoup trop concentré sur leur chaudron.

Mérida fronçait les sourcils, ce que venait de lui annoncer Harold lui paraissait hautement improbable. Elle agita sa baguette et croisa les bras. La potion devait prendre un bon moment à mijoter. Le petit sourire aux coins des lèvres d'Harold réapparut. Il arrivait à peine à dissimuler sa joie.

« Oui, je l'ai caché dans, tu sais… »

Non, Mérida ne savait pas, elle ne comprenait pas grand-chose à cette histoire. Slughorn passa près d'eux, le regard inquiet. La jeune fille savait qu'il angoissait à l'idée de les avoir encore dans son cours cette année. Après, il n'avait qu'à recomposer les cours doubles s'il voulait à ce point qu'elle et Harold ne soient pas ensemble. Raiponce et Jack étaient tout à fait potables en potion de ce qu'elle se souvenait et Harold et elle le seraient tout autant s'ils pouvaient être en équipe avec la serdaigle ou le serpentard. Et franchement, Mérida ne se considérait pas comme si catastrophique. Parfois, quand Harold ne touchait pas à la potion, ils réussissaient à rendre quelque chose qui n'avait pas brûlé, débordé ou explosé. Slughorn observa leur mixture et leurs ingrédients et sembla complètement découragé :

« J'espère que vous avez utilisé l'encyclopédie des ingrédients pour trouver le neutralisant de vos composants… »

Mérida observa son chaudron, alors qu'Harold dévisageait Slughorn, complètement perdu. En plus, les profs semblaient s'être donné le mot, car tout ce qu'ils avaient en bouche c'était la neutralisation depuis qu'elle avait commencé les cours. Elle ne comprenait pas même ce qu'était une neutralisation !

« Bon, vous avez encore le temps de recommencer. Il manquera peut-être juste un peu de temps à votre potion pour mijoter. »

L'enseignant fit disparaître tout le contenu du chaudron devant le regard catastrophé de Mérida qui considérait avoir mis beaucoup d'efforts jusqu'à maintenant dans la réalisation de sa potion. Slughorn fit apparaître l'encyclopédie devant eux à la page sur l'eau de Léthé qui expliquait comment ce produit pouvait être neutralisé. Mérida s'accota sur leur plan de travail, découragée, alors que le professeur partait vers l'équipe des poufsouffles à côté d'eux qui s'étaient empressés de sortir l'encyclopédie en entendant leur conversation.

« En tout cas, ce matin j'ai été voir s'il était correct. C'est sa première nuit en Écosse, ça ne doit pas être évident », continua Harold d'un ton préoccupé et attentionné sans prendre compte de l'intervention de Slughorn.

La rousse se retourna vers son ami, commençant de plus en plus à croire qu'il était sérieux avec cette histoire. Il était aussi peut-être devenu complètement cinglé :

« Attends, t'as vraiment caché un dr….»

« Chuuut ! » s'empressa de la couper Harold.

« T'as vraiment caché un "tu sais quoi" dans le château ? »

« Mais non, pas dans le château ! Dans la… forêt… »

Mérida qui décida de prendre n'importe quel ingrédient proposé comme neutralisant dans l'encyclopédie – après tout, ils feraient tous la même chose, non ? – se tourna pour fixer Harold, chercher dans ses yeux le mensonge ou carrément la folie. Mais ce n'était pas vraiment le genre du poufsouffle, qui finit par rougir après autant d'insistance. Elle se tourna vers son chaudron et commença à verser les ingrédients.

« D'accord, disons que tu dises la vérité… »

« Mais je te jure… »

« Oui, oui… disons. Tu me le montreras ? »

Harold parut soudain gêné :

« Euh… C'est que je ne sais pas si Bari me permet de... après, il ne m'a jamais dit que je devais être le seul... »

« Hum, hum… » souffla Mérida pas très convaincue ne sachant ni d'Ève ni d'Adam qui pouvait bien être ce Bari.

« Hum, j'imagine que si je te le montre juste à toi et qu'on reste juste avec Krokmou, il n'y aura pas de problèmes… »

« Krokmou ? » s'étonna Mérida qui remuait la potion.

« C'est son nom. »

« Drôle de nom… » fit-elle, « On y va ce midi ? »

« Euh, non. Faudrait pas qu'on nous voie entrer là-bas. On ira ce soir, juste avant le couvre-feu. »

Mérida cessa un instant de remuer, elle était surprise par l'audace d'Harold. Pour elle, il aurait été le dernier à proposer de faire quelque chose d'illégal et de dangereux. Jack et elle avaient parfois des idées qui demandaient d'enfreindre certains règlements et Harold et Raiponce s'y opposaient toujours farouchement et encore, cela n'avait jamais impliqué la forêt interdite. Là, ce que proposait le Viking était nettement plus dangereux que ce qu'ils n'avaient jamais osé faire. La jeune fille en conclut que son ami était soit devenu bizarre ou qu'il y avait un élément qu'elle avait mal compris qui s'éclairerait le soir.

« Je vais prévenir Raiponce, alors. Je suis en enchantement avec elle, tantôt. On a pratiquement tous nos cours en double cette année... Tu t'occupes de Jack ? »

Harold sembla surpris, puis hocha la tête en passant sa main dans son cou :

« Oh, ouais. Ils viennent aussi, c'est vrai. »

Mérida ne fit pas attention au ton étrange d'Harold. Elle s'intéressait de toute façon à la potion qui était devenue vert caca d'oie et avait pris une texture gélatineuse.

« Je peux aider ? » proposa-t-il.

« J'ai peur que ça explose si tu y touches. Trouve le dernier ingrédient qu'on doit mettre à la place. »

Harold sourit, lire un livre, ça, il savait faire.