Le passe-droit. Un moyen prisé des nobles pour entrer parmi les chevaliers magiques. Une soirée, une après-midi pour mettre en avant un homme ou une femme de la noblesse qui souhaite entrer au service de Julius. Etrangement, Yami et William sont souvent jugés pour un soi-disant piston de la part de Julius. Premièrement, c'est totalement faux. Deuxièmement, si c'était vrai, et bien ce serait la même chose que le passe-droit.

Enfin, Yami s'en fiche, rare sont les nobles qui veulent passer par cette méthode pour entrer dans sa compagnie. Par exemple, pour Finral et Noëlle, c'est une sorte de punition pour eux qu'on ait pris un passe-droit pour les faire entrer dans sa compagnie. Pourtant, certains nobles sont obligés de l'inviter par respect pour Julius, et lui, obligé d'y aller pour ne pas offenser toute la noblesse.

-Tu sembles déjà t'ennuyer, lui souffle William.

-C'est pas pour moi ce genre de fêtes, déclare Yami.

-Dis-toi qu'à la fin tu pourras rejoindre ta bien-aimée, insinue William.

-De quoi parles-tu ? panique Yami.

-Je voulais te le demander, avoue William. Mais il y a beaucoup de rumeurs qui disent que tu serais en couple. Beaucoup assurent que tu te caches car ce serait une noble.

-Parce que tu y crois, tente Yami.

-Que ce soit vrai ou non, continue William. C'est ta vie privée, qu'importe le rang de la personne tant que vous êtes heureux.

Yami sait déjà que dans les jours à venir, il pourra compter sur William pour l'épauler au moment où tous découvriront sa relation avec Charlotte. Et cela risque d'arriver rapidement.

-Oh non, souffle William.

Yami regarde dans la même direction que William, ses yeux s'écarquillent, son sang bat contre sa tête et son coeur a une cadence folle. Charlotte est devant lui, en train d'embrasser un autre homme.

Mais ce n'est pas une tromperie, l'homme possède dans une de ses mains, le grimoire de Charlotte, empêchant la Capitaine des Roses Bleues de se défendre.

-Elle peut même pas se défendre, peste Yami.

-On n'y peut rien, avoue William. Elle est en compagnie du Duc Karol, il est déjà au-dessus de Charlotte dans la société, alors pour nous.

-J'en ai rien à foutre de cette hiérarchie, s'avance Yami.

William n'a pas le temps de retenir le sabreur. Ce dernier s'approche du forceur, dirigeant sa grande main sur le haut de la tête du bourgeois.

-Je te conseille de me lâcher, siffle le bourgeois, ou tu risques de le regretter.

-Je pense que vous le savez mais le vol de grimoire est une fraude, rappelle Yami. Vous pouvez faire de la prison pour cet acte. Alors rendez-lui son grimoire maintenant.

Le Duc Karol redonne son grimoire à Charlotte, alors que Yami défait lentement sa prise, l'homme est à genoux se plaignant d'immenses tourments physiques. Julius, prévenu par William arrive, les autres capitaines derrière lui.

-Yami, tente Julius.

-Quoi ? J'ai fait qu'appliquer les lois, non ?

-Il n'y avait pas besoin d'une telle violence, lui reproche Fuegoleon.

-Il n'y aurait pas eu de telle violence si un de vous deux était intervenu, marmonne Yami. Prince, ma parole, ça doit être juste un titre pour faire le beau.

-Yami, chuchote Charlotte. Calme-toi, maintenant !

Il baisse la tête, elle est encore à terre, choquée de ce baiser volé, sa lèvre saigne légèrement de la morsure du Duc. D'une main, il aide à se relever, avec un peu de force, il la tire vers lui, leurs poitrines s'entrechoquent alors que leurs lèvres se rencontrent.

De cet acte d'une grande honte, beaucoup crient au dégoût, d'autres commencent à débattre de la possibilité qu'une telle relation existe. Même Julius est surpris, non pas de la différence de rang social, mais plutôt que c'est très éloigné du caractère des Capitaines, en particulier celui de Charlotte.

-Tu es un malade, marmonne Charlotte. Tout le monde nous regarde, à présent.

-N'est-ce pas ce que tu souhaitais il y a un mois, demande Yami. Être vue par tous, avec moi.

Il la voit trembler un peu, famille, amis, collègues, recrues, tout le gratin de Clover vient de les voir s'embrasser à pleine bouche et se faire amoureusement un câlin. Même si c'est un instant auquel ils se sont tous les deux préparés, cela reste difficile à supporter. L'étonnement de leurs recrues, les moqueries et le désaccord de la famille Roselei, les bavardages parmi les chevaliers-mages qu'ils ne connaissent pas personnellement.

-Bon je crois qu'on a assez joué les vedettes, réplique Yami. Il est temps de s'éclipser.

Yami garde sa main dans celle de Charlotte, avançant, dévisageant chaque personne qui pourrait dire quelque chose. Bien qu'il prend un instant pour discuter avec Julius et William, ouverts à ce qu'il vient de se passer.

-C'était Charlotte, sourit William. Félicitations..

-Merci, chuchote Yami.

-J'ai confiance en vous deux, rassure Julius.

-Merci, se reprend Charlotte.

-Comment osez-vous accepter ceci ! s'égosille une voix.

-Père…

-Tu t'entêtes depuis des années à rejeter tous tes prétendants, contre le père. Et aujourd'hui, tu te pavanes avec un étranger. Et malfrat, une brute et indigne du rang de Capitaine.

-Remettez-vous en cause mon jugement, intervient Julius. Dois-je vous rappeler que c'est moi qui est nommé Yami Sukehiro Capitaine, comme j'ai pu le faire pour votre propre fille.

-Charlotte, prévient le père. Nous en reparlerons bientôt.

-Si vous voulez partir, c'est le moment, conseille Dorothy.

-Vous feriez mieux de partir avant de créer d'autres ennuis, précipite Nozel.

-On se voit à la prochaine réunion, salue Yami. Merci pour ce soir.

Il attrape Charlotte par la taille, la guidant à travers la foule, même dans la rue, aucun des deux ne parle mais ils restent collés ensemble, oubliant les regards posés sur eux. Mécaniquement, leur pas les mènent sur les remparts au-dessus de la ville. Le premier endroit où ils se sont déclarés leur amour l'un envers l'autre.

-C'est l'endroit parfait après une soirée merdique, annonce Yami.

-J'ai encore du mal à croire qu'on est fait ça devant autant de monde, souffle Charlotte.

-Et je suis prêt à recommencer, lui assure Yami.

-Avant ça, il y aura les chevaliers-mages, mes parents, nos recrues…

-En vrai les autres capitaines l'acceptent déjà, relativise Yami. Nos recrues ont pas vraiment le choix. Et pour tes parents, nous verrons dans les jours à venir. Ce qu'ils veulent.

-Nous séparer, c'est même sûr, confie Charlotte. Ils vont sûrement demander de l'aide aux autres familles de prétendants.

-Qu'ils essayent, menace Yami. Je vais leur montrer qu'aucun ne pourra te toucher tant que je suis là.

-Je suis capable de me défendre toute seule, boude Charlotte.

-C'est vrai, rigole Yami. Je me cacherai derrière toi !

-Non, fait Charlotte. Nous sommes des combattants tous les deux ! Tu te battras dos à dos avec moi ! Je te protégerai et tu me protégeras.

-Marché conclu, dit Yami en tendant sa main.

Elle agrippe sa main et l'embrasse sur les lèvres, jouant à la danseuse en tenant sur la pointe des pieds. Ce marché était déjà présent avant, simplement officieux et sans mots posés dessus. Le rendu officiel de leur relation a rendu leurs promesses beaucoup plus concrètes. Des promesses beaucoup plus puissantes que les épreuves à venir.