Chapitre 7


- Paris possède une école prestigieuse. Toi qui prétendais être française.

Claire ne prit même pas la peine de lever les yeux vers Angela. Elle était lasse de tout ce cinéma.

Lorsque Noah les avait surpris enlacés, elle et Peter, il avait sommé le jeune homme de quitter les lieux et n'avait pas longtemps réfléchit avant de mettre Angela au courant et d'envoyer Claire vivre chez elle.
Elle avait hurlé, crié après son père. Elle avait supplié Angela de la laisser revoir Peter. Mais sans succès. Le nom de Peter n'avait plus frôlé aucunes lèvres. Personne ne lui avait fait de réprimandes. On s'était juste contenté de l'observer avec mépris et déception.

Cela faisait des jours qu'elle tournait en rond dans cet appartement. Les fenêtres lui apparaissaient trop petites et l'odeur trop rance.

- Tu dois retrouver une vie normale, Claire. A présent, plus rien ne t'en empêche.

Elle plissa les yeux devant son ton énigmatique.

- Pourquoi ? Que s'est-il passé ?

Comme toujours Angela fit mine de fuir son regard, comme si les paroles n'avaient pas atteint ses oreilles.
Claire savait que quelque chose s'était déroulé les jours précédents. Elle savait bien que tout ceci avait un rapport avec le père de Peter, mais tous semblaient bien décidés à l'évincer. Elle ne pouvait ni sortir, ni téléphoner, rien. On lui avait fait couper tous les ponts.

Chaque jour elle tentait de réfréner la petite boule d'angoisse qui prenait forme au creux de son estomac. Et Grandissait, grandissait…

- Angela j'ai le droit de savoir ! Ecoutez, j'ai lu un article, un homme a disparu à Memphis et… il ne restait que de l'eau salé… Je suis certaine que…

Elle interrompit son flot de paroles, voyant qu'Angela, fuyant toujours son regard, plissait les paupières d'un air attentif.

- Où est Peter ? Tenta-t-elle brusquement.

Le regard de sa Grand-mère se teinta de mépris lorsqu'elle le posa sur la jeune femme.

- Tu ne reverras pas, Peter, mets toi bien cela dans le crâne jeune idiote !

Claire sentit son cœur louper un battement.

- Il va bien ? Il est vivant ? Fit-elle avec un accent désespéré.

Elle ne vit pas la gifle avant d'en sentir la douleur contre sa joue, pulsante. Fusillant sa grand-mère du regard, elle porta une main choquée contre celle-ci avant de monter en courant dans sa chambre.

Lentement, elle descendit les marches de l'escalier attirée par le bruit. Sa grand-mère parlait avec animation ne se doutant pas de son arrivée. A pas lents elle s'avança vers la source du bruit, tendant l'oreille.

- Elle se méfie, elle pose sans arrêt des questions.

Ses yeux se plissèrent brusquement, et elle se saisit de l'autre combiné de la maison. Posant, une main contre celui-ci pour étouffer le moindre bruit qu'elle pourrait faire.

- Je te faisais confiance pour la garder hors de tout ça, glissa la voix de Nathan

- Ce n'est pas si facile, lui répondit Angela, on ne peut pas la garder enfermée comme ça, tôt au tard elle va finir par découvrir le pot aux roses.

- Garde la encore un peu en sureté. Aujourd'hui on arrête Matt Parkman, et il ne faut pas qu'elle ait de contact avec Peter…

Ce fut suffisant. Elle raccrocha brutalement, et retourna vers sa chambre. La porte étant verrouillée à clé, elle ne réfléchit pas longtemps avant d'ouvrir sa fenêtre et de sauter dans le vide.
Elle retint son souffle, et lorsqu'elle atterrit dans la petite cours, elle sentit le léger picotement familier de ses plaies qui se refermaient.
Elle n'attendit que peu de temps avant de s'éloigner de l'imposante maison à pas rapides. Elle devait retrouver Matt Parkman et tenter de contacter Peter de chez lui.

Elle n'avait plus le choix.

Ses foulées s'accélérèrent rapidement. Elle connaissait bien New York à présent et elle se souvenait de l'adresse du télékinésiste.


Lorsqu'elle fut parvenue devant le petit appartement elle frappa vigoureusement contre le bois épais de la porte. Matt lui ouvrit rapidement, le visage inquiet.

- Que fais-tu là ?

- Dieu merci, ils ne sont pas encore venus.

- Quoi ? Mais de qui parles-tu ?

Le souffle court, Claire s'engouffra dans la maison de l'homme et inspecta chaque recoin d'un coup d'œil rapide.

- Il faut partir d'ici. Ils vont vous emmener. Ils vous cherchent.

- Qui ça ? Fit-il à nouveau, les yeux affolés.

- Nathan, la Compagnie, je ne sais pas exactement mais ce qui est sûr, c'est qu'ils vont venir. D'ici peu. Il faut prévenir Peter.

Claire s'agita rapidement quand son regard ripa sur les feuillets épars sur la table. Elle s'en empara vivement, les yeux plissés.
Le souffle de Matt Parkman s'imprima lentement sur sa nuque.

- Il m'arrive ce truc étrange… J'ai dessiné ça.

Claire plissa les yeux, en observant le griffonnage, il s'agissait de deux silhouettes penchées sur des dessins à… Leur instar.

- Hé c'est pas nous là ? Fit-elle avec étonnement.

Matt lui prit les feuillets des mains, les yeux écarquillés.

- Oui, fit-il dans un souffle.

- Et là sur votre nuque c'est quoi ? Demanda Claire en fronçant les sourcils, face à nouveau dessin.

Matt s'approcha de la feuille, mais avant qu'il n'ait pu faire un geste, la vitre se brisa, et il chuta au sol, laissant les papiers voleter autour de lui dans un bruissement peu discret.
Claire regarda autour d'elle violement, avant que quatre hommes encapuchonnés ne fassent leur entrée.

- Ne bougez pas ! Siffla l'un d'eux la tenant en joue.

Elle leva les paumes avec un soupir. Elle était arrivée trop tard. Elle eu juste le temps de fermer les yeux qu'elle se sentit chuter au sol douloureusement.
Puis ce fut le trou noir.


- Claire, Claire, chuchota une voix tout contre son oreille.

Elle ouvrit les yeux difficilement, avant de plonger dans ceux bleus profonds de Nathan Petrelli.
En un instant elle eut envie de le gifler et de se ruer sur lui. Il n'était rien de plus qu'un traitre, un de ceux qui vous poignarde dans le dos et vous laisse mourir à ses pieds.

Son regard fut immédiatement attiré par des silhouettes, avançant à la queueleuleu emmitouflés dans la tenue orange dont elle avait été elle-même affublée,

- Où les amènes-tu ? Murmura-t-elle d'une voix pâteuse.

Nathan darda un regard tendre sur elle qui lui donna envie de vomir.

- Ca n'a aucune importance, je veux juste que tu rentres, saine et sauve.

Il posa une main sur sa nuque, et l'engouffra dans une voiture noire aux vitres teintées. Elle était engourdie et ses jambes la faisait atrocement souffrir, néanmoins elle refusait de quitter cet entrepôt sans les autres. Elle imaginait facilement ce qu'il pouvait vouloir leur faire.
Son regard se fit hésitant. Elle observa le conducteur, stoïque, qui fixait la route sans se soucier d'elle. Inspirant profondément, elle projeta brutalement ses pieds en avant, l'atteignant à la tête. La voiture observa un changement brutale t elle s'extirpa brutalement. Ses pieds ripèrent sur le macadam, et elle sentit sa tête le rencontrer avec un bruit sourd. Elle se releva avec force, remuant la tête en tous sens. Puis elle le vit. L'avion amorçait son décollage, lentement, il s'avançait sur la piste. Elle ne réfléchit plus, élargissant ses foulées, elle voulut rattraper l'appareil. Sa respiration était saccadée, et ses yeux troublés. Mais elle réussit cependant à s'engouffrer dans l'avion avec difficultés.
Une fois à l'intérieur, elle sentit ses forces faiblir à nouveau. Le décollage de l'appareil la propulsa contre les parois et sonnée, elle tenta de reprendre ses esprits. Là, devant ses yeux, elle découvrit avec effrois les silhouettes inanimées de ses compagnons, leurs têtes protégées par des bonnets noires.
Agile, elle se glissa à travers les rangées, tapie comme elle le pouvait, afin d'éviter les gardes.
Fébrile, elle s'empressa d'enlever le premier, et son cœur loupa un battement lorsqu'elle reconnut Peter. Ses doigts glissèrent sur son visage et elle défit le câble qui continuait de le plonger dans un état second.

- Peter, souffla-t-elle.

Sa gorge était nouée et son cœur battait à tout rompre. Lorsqu'il ouvrit les yeux, elle se sentit happée par son regard.

- Claire ? Fit-il d'une voix faible.

- Il faut que tu reprennes conscience, Peter, dépêches toi.

- Je suis trop faible, crachota-t-il avec difficulté.

Elle entreprit de défaire ses liens. L'empressement, engourdissant légèrement ses doigts. Elle le vit masser ses poignets avec une grimace.

- Libère les autres, fit-il en se levant doucement.

Elle hocha gravement la tête, avant de se mettre à la tâche. Ainsi sous le second bonnet elle reconnut Mohinder. Elle tenta de le réveiller avec douceur. Mais le temps la pressait, aussi, elle ôta le troisième bonnet et fut heureuse d'y voir Matt Parkman.

- Matt ? Vous m'entendez ?

Elle le secoua légèrement alors qu'il ouvrait douloureusement les yeux.
Brutalement un mouvement attira son attention derrière son épaule, Peter était aux prises avec un homme armé. Elle encensa un pas vers lui, mais sa voix retentit.

- Dans le cockpit, Claire !

Elle hocha la tête déterminée, avant qu'un objet ne vienne cogner contre ses pieds. Elle baissa les yeux et reconnu l'arme de la Compagnie, avec laquelle ils envoyaient un électrochoc puissant. Elle s'en empara vivement avant de se diriger vers le cockpit. A pas lent, elle bondit avant de se servir de son arme pour éliminer le garde qui se tenait devant l'habitacle.

- Changement de programme, on atterrit, glissa-t-elle brusquement, en pointant l'arme vers le pilote.

- Claire !

Oh non
Elle connaissait par cœur cette voix là. Elle tourna son visage figé vers l'homme qui avait parlé.
Noah Bennet. Elle serra les dents.

- Vous atterrissez, fit-elle d'un ton sans appel en détournant le regard.

- Mais qu'est-ce que tu fais ?

Elle ne prit pas la peine de répondre quand une violente secousse lui fit perdre l'équilibre.

- Qu'est-ce qui se passe ? S'emporta Noah en observant le pilote, l'air paniqué.

- Je ne contrôle plus rien, nous allons être forcés d'atterrir.

Le cœur de Claire s'emballa brusquement. Elle vit l'avion se rapprocher du sol à une vitesse surhumaine. Ses doigts se figèrent alors sur son arme. Elle observait la terre qui n'était plus très loin.
Derrière son épaule, elle entendit des cris. Ses pensées se dirigèrent toutes simultanément vers Peter mais elle ne put bouger.
Quand elle sentit que l'impact était proche elle ferma les yeux, et pour la première fois de sa vie, elle pria.

Elle sentait des mains fraîches galoper sur ses joues. Une présence était penchée sur elle. Reposante.

- Claire, fit une voix tendre.

Elle ne se souvenait pas à qui elle appartenait, mais la mélodie lui fut plus qu'agréable. Elle ressentait un mélange de félicité et d'apaisement.

- Claire, fit-elle à nouveau.

Elle ne put empêcher un sourire un peu imbécile de se peindre sur ses lèvres.

- C'est ça, ouvre les yeux.

Alors elle le fit. Juste parce que la voix le demandait et qu'elle se sentait incapable de lui refuser quoi que ce soit.
Des cheveux noirs, une mèche en repousse et des yeux d'un brun profond. Son cœur loupa un battement.

- Peter, laissa-t-elle échapper entre ses lèvres.

Il tenait son visage en coupe et son regard reflétait toute l'inquiétude qu'il ressentait. Elle tendit une main, encore sous le choc, et effleura la courbure de sa joue avec tendresse. Elle le sentit frémissant sous cette infime caresse.

- Il ne faut pas rester là, murmura-t-il

Elle se redressa brusquement, mais sentant la tête lui tourner brutalement, elle attendit quelque seconde avant de regarder autour d'elle.
Des débris jonchaient le sol et elle put apercevoir la carcasse de l'avion encore fumante. Son estomac se noua lorsqu'elle aperçut une paire de jambe dépasser des décombres, elle détourna les yeux, les lèvres plissées.

- Que s'est-il passé ? Souffla-t-elle la gorge serrée.

Il se remit sur ses pieds lui tendant une main dont elle s'empara vivement.

- Viens, je t'expliquerais en chemin.

Une fois debout, elle se mit en route, le regard fixé sur le dos de Peter qui avançait devant elle, l'oreille aux aguets. Ils cheminèrent rapidement, leurs foulées s'élargissant chaque fois qu'ils paraissaient à découvert. Les arbres gagnèrent du terrain finissant par les engloutir totalement.
Peter choisit cet instant pour arrêter ses pas et se tourner vers elle, les yeux fous.

- Je n'ai pas pu le contrôler, il m'a un peu emporté. Quand j'ai touché l'avion… Tout s'est embrasé.

Elle plissa les yeux.

- C'est le pouvoir de notre fils.

- - Oh, fut tout ce qu'elle put dire.

L'entendre le dire à voix haute l'avait profondément chamboulée. Elle l'observa à nouveau. Il avait l'air abattu. Elle s'approcha de lui, à pas lents, et il ouvrit légèrement les bras pour l'y accueillir. Elle enfouit lentement sa tête au creux de son cou. Etre séparé de lui était un déchirement pour elle. Près de lui, elle revivait tout bonnement.

- Ne bougez plus, fit une voix non loin d'eux.

Rapidement Claire se détacha de Peter, découvrant avec horreur Noah Bennet qui pointait son arme sur lui.

- Papa, claqua-t-elle durement. Qu'est-ce que tu as encore fait ?

- Eloignez vous de ma fille, immédiatement.

La voix de Noah était nette, tranchante. Peter s'éloigna de quelques pas, paumes en l'air.

- Vous allez me tuer Bennet ? Vraiment, devant votre fille ?

- Vous ne me laissez pas vraiment le choix.

- Papa !

En deux pas, Claire fut à ses côtés posant une main brusque sur le bras de l'homme qu'elle considérait comme coupable de trahison.
Elle sentit la poigne se desserrer autour de l'arme. Elle y vit là un signe et se tourna vers Peter, le corps placé entre lui, et son père.

- Vas-y Peter.

Elle vit la lueur d'hésitation qui scintilla dans son regard brun. D'un mouvement de tête, elle l'encouragea encore. Il lui adressa un dernier regard brûlant qui irradia dans ses veines avant de tourner les talons et de s'enfuir.
Alors levant son visage vers Noah, elle siffla :

- Tu es content de toi ?

- Mets-toi en marche, fit-il d'un ton sans appel la poussant devant lui, le visage fermé.

- Comment peux-tu faire ça ? Cracha-t-elle alors que Noah s'emparait de son bras avec violence, la traînant sans ménagement à l'intérieur d'une tente.

- Et toi, comment as-tu pu faire ça ? Lança-t-il furibond.

Elle fit un pas en arrière, consciente qu'il ne mentionnait pas le fait qu'elle soit montée à bord.

- Je ne… Je n'ai pas choisi, souffla-t-elle.

Il vrilla sur elle un regard si dégouté qu'elle en frémit.

- Il est ton sang, Claire. Il…

- Il quoi? S'emporta-t-elle. Il m'a sauvé la vie ! Plusieurs fois… Et vous, vous…

Soudain elle s'interrompit brusquement, détournant le regard à l'arrivée de Nathan, mâchoires serrées.

- Je t'ai laissé une chance, Claire, murmura-t-il brusquement. Tu as décidé de prendre volontairement cet avion. Tu ne me facilites pas la tâche.

- Alors quoi ? Tu vas me tuer ? Siffla-t-elle.

Noah pâlit brusquement, alors que le visage de Nathan se fermait ostensiblement.

- Non, Claire, mais il va m'être difficile d'optimiser ta survie à présent. Tu as provoqué le crash d'un avion du gouvernement. Pour eux, fit-il en pointant l'extérieur de l'index, tu n'es rien d'autre qu'une menace comme… Comme les autres.

Sa phrase s'acheva dans un souffle et elle sentit ses poings se serrer brutalement.

- Comme toi, tu veux dire ?

Nathan osa une œillade globale craignant une oreille indiscrète. Il parut soulagé de voir que ce n'était pas le cas.

- Comment tu peux faire ça à ton propre frère ? Continua-t-elle insensible à ses craintes.

L'expression de Nathan se transforma brutalement.

- Peter n'est plus mon frère depuis qu'il est venu me confesser qu'il posait ses sales pattes sur toi.

Elle cilla. Ainsi donc, il lui avait parlé. Il avait fait ce qu'elle lui avait conseillé dans le Futur. Elle déglutit difficilement devant le regard noir de son père et osa sa dernière carte pour le faire flancher, l'arrogance.

- Tu oses dire ça ? Alors que ce n'est qu'aujourd'hui que tu endosses ton rôle de père. A vrai dire ça t'arrange bien d'avoir une raison pour le détester.

Puis elle adressa un regard chargé de haine à son père adoptif.

- Vous valez aussi peu l'un que l'autre…

Elle vit Nathan ouvrir la bouche alors qu'un officier entrait dans la tente, tous deux s'éloignèrent d'elle non sans lui lancer un regard explicite.
Elle les observa plissant les yeux pour entendre leurs paroles. Une bourrasque souleva ses cheveux et aussi rapide qu'un battement de cil, elle se retrouva à l'extérieur. Elle reconnu immédiatement Hiro Nakamura qui fondit sur elle rapidement.

- Cheerleader, soupira le jeune asiatique avec soulagement.

Elle esquissa un léger sourire, avant que son regard ne fonde sur les silhouettes qui l'accompagnaient. Matt Parkman lui sourit avec douceur, alors qu'à ses côtés un autre asiatique se tenait droit comme un « i » prêt à bondir.
Elle prit alors conscience de la main enroulée autour de son bras, elle pivota brusquement la tête, vers une jeune femme blonde aux cheveux instables.

- Qui êtes-vous ? Grinça Claire, en dégageant son bras avec brusquerie.

- Doucement, siffla l'étrangère en levant les paumes.

- Elle est avec nous, lui assura Parkman avec un geste de tête, avenant.

Elle se détendit légèrement, ne manquant pas de noter la lueur qui brillait dans ses yeux lorsque son regard rencontra le sien.

- Merci.

La jeune femme eut un haussement d'épaule à son égard.

- Faut filer, argua-t-elle.

Ils acquiescèrent brusquement, avant de se mettre en route. Une balle siffla prêt de son oreille. Elle se baissa avec violence, ses coudes s'écorchant au sol.

- Daphné ! Hurla une voix à ses côtés.

Claire pivota brusquement vers Matt Parkman, penché sur la silhouette de la jeune femme à terre.
Il se convulsait avec force sous les assauts de ses sanglots.

- Matt, murmura-t-elle en tenta de le relever, aidez-moi ! Fit-elle à l'adresse des hommes qui l'accompagnaient.

Ando et Hiro s'approchèrent d'elle et remirent l'homme sur ses pieds, avant de le pousser en avant. Malgré son chagrin, Matt se dégagea de la poigne de ses amis et ils se mirent à courir avec force. Claire voyait les silhouettes de ses amis devant elle et par-dessus son épaule.
Ses mollets la faisaient atrocement souffrir et ses poumons la brûlaient mais elle s'en moquait. Elle voulait simplement survivre. Et trouver Peter. Seigneur, faîtes qu'il soit encore en vie.
Ils coururent longtemps, du moins c'est la sensation qu'elle eut lorsque brusquement, Ando interrompit son pas devant elle, et qu'elle lui rentra dedans de plein fouet.

- Ando, qu'est-ce que tu fais ? Murmura Hiro subitement.

- Regardez, là.

Il pointa du doigt une petite caravane qui avait l'air abandonnée. Ils s'interrogèrent du regard avant de s'en approcher en vitesse, le souffle court.

- Hé ! Fit une voix près d'eux.

Claire pivota avec force, sur la défensive, avant de soupirer de soulagement.
Il s'agissait de Mohinder. Il faisait le tour du véhicule et lentement il s'approcha d'eux. Claire prit alors conscience qu'il portait des vêtements de civil. Elle dut l'observer un peu trop car il fit un geste vers l'intérieur du véhicule.

- Il y a des vêtements à l'intérieur, nous passerons plus inaperçus.

- Qu'est-ce que… Faîtes ici ? Demanda-t-elle surprise.

Elle le vit remonter sa manche. De larges plaques purulentes s'étalaient sur ses bras mats. Elle en eut la nausée.

- Je ne suis plus tout à fait humain, grinça-t-il.

Elle voulut poser davantage de questions mais il fit un signe de tête vers la caravane, alors elle s'empressa d'y pénétrer, alors que les trois autres s'approchaient de l'étendoir où d'autres affaires pendaient mollement.
Elle entra doucement, s'approchant des placards défoncés, ses doigts parcoururent la rangée de linges qui s'y trouvait. Elle y dénicha un vieux tee shirt noir et un jean un peu large.

A l'extérieur, elle entendit des bruits étouffés. Son regard fouilla les alentours, frénétiquement, à la recherche d'un quelconque objet lui permettant de se défendre. Sa main accrocha le manche d'un couteau de cuisine qu'elle glissa dans ses chaussures montantes.
Inspirant profondément, elle sortit de la caravane. Elle reconnut Matt Parkman penché sur la table, alors que quatre silhouettes l'entouraient. Ando, Hiro, Mohinder et…

- Peter !

Il pivota brusquement vers elle, les yeux écarquillés. Elle prit à peine le temps de réfléchir qu'elle fondit dans ses bras. Il la réceptionna maladroitement, enfouissant son nez dans ses cheveux. Elle releva le visage vers lui, et se perdit un instant dans son regard. Un raclement de gorge les força à se séparer rapidement.

- Qu'est-ce qu'on fait alors ? Demanda Matt avec un regard éloquent.

Ses mains désignèrent les dessins épars sur la table. Hiro s'empara de l'un deux. Claire sentit son sang se figer dans ses veines. Ils les mettaient en avant, eux. Face à la compagnie. De la fumée dégoulinait de part et autre des pages froissées.
Mais ce n'était pas tout. A leur côté, une silhouette se tenait prête à se battre. Et elle la reconnut sans peine, elle avait tant de fois visité ses cauchemars. Sylar.

- C'est notre destin. Je crois qu'il nous faut l'affronter. Une bonne fois pour toute, murmura le jeune asiatique.

Peter s'empara de son mobile et le déposa sur la table.

- On abandonne tout, téléphones portables, matériel électronique… Ils ne doivent pas nous trouver. Il faut se préparer.

- A quoi ? Fit Ando d'une voix légèrement paniquée.

- A les combattre.

Elle ouvrit les yeux péniblement. Dormir à même le sol n'était pas quelque chose dont elle avait l'habitude. Ses yeux fouillèrent les alentours s'habituant mal à l'obscurité de la nuit. Plissant les yeux, elle eut un instant le cœur qui se réchauffa à la vue de Peter qui s'était endormi non loin d'elle.

- C'est à toi, souffla une voix contre son oreille.

Elle hocha la tête à Mohinder, et se leva lentement. C'était son tour de monter la garde. Elle s'assit en tailleur près d'un arbre, plus loin du campement. Le froid de la nuit la fit frissonner mais elle n'en tint pas compte, se contenter de vriller un regard lointain sur la lune voilà ce qu'elle fit.
Elle avait essuyé tant de déception dans sa vie, à commencer par Noah et Nathan. Et puis il y avait eut Peter. Il n'était pas une déceptios mais tant d'obstacles se dressaient contre eux. D'un revers de main, elle essuya rageusement les larmes qui menaçaient au coin de ses paupières.

- Je peux prendre mon quart si tu veux.

Ses yeux papillonnèrent vers Matt Parkman qui venait s'assoir près d'elle. Elle esquissa un soupir triste.

- Comment vous sentez-vous ?

Il haussa les épaules.

- Mon avenir vient tout juste de s'écrouler et je ne sais pas encore pourquoi je continue de lutter.

Elle ne sut que répondre à cela. Elle s'en sentait de toute façon incapable. Que dire après cela ? Elle ne s'imaginait pas un monde où Peter ne serait pas. Elle frissonna à cette pensée. Elle l'avait déjà cru mort une fois et son cœur en avait été très affaibli. Pourtant, elle avait continué. Mue par on ne sait quelle force.

- Et toi, Claire ? Ta situation n'est pas évidente.

Elle soupira, elle avait oublié sa faculté.

- Qu'est-ce que je dois faire ? Murmura-t-elle faiblement.

Il haussa les épaules faiblement.

- Je ne sais pas quoi te dire…

- Vous trouvez cela horrible, n'est-ce pas ?

Elle passa une main dans sa chevelure. Qui pourrait le blâmer d'une telle chose ? Aimer son oncle était quelque chose de parfaitement atroce.

- Je ne sais pas trop… Avant, ma position aurait été implacable mais depuis que j'ai perdu Daphné, je me dis que peut-être… Je ne sais pas. Vos sentiments m'ont juste…. Explosé à la figure tout à l'heure, c'est comme si vous les aviez hurlé. Et je pense qu'il n'y a rien de plus salutaire que l'amour, même si cela peut paraître cliché. Je veux dire… Je pense qu'il faut y aller, sinon il ne restera que des regrets.

Elle lui sourit faiblement, retenant à grand peine quelques larmes accrochées à ses cils.

- Vas te reposer, Claire.

- Non, vous vous devriez le faire, souffla-t-elle.

Il soupira bruyamment mais il n'en fit rien. Alors ils restèrent là, à contempler la lune. Deux âmes boiteuses tachant de se raccrocher à ce qu'ils pouvaient.

- Elle s'est endormie, fit une voix vibrante.

Une main glissa dans sa chevelure la forçant à ouvrir les yeux. Peter était penché vers elle, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Elle se redressa vivement, prenant conscience de sa position inconfortable.

- Je suis désolée, balbutia-t-elle à l'adresse de Matt qui se massait l'épaule en grimaçant.

- Ce n'est rien, Claire, je t'avais dit que tu en aurais besoin.

Elle se mordit la lèvre inférieure, rongée par la culpabilité. L'homme se leva, enjoignant un sourire à son égard, avant de les quitter pour rejoindre sa couche.
Peter se laissa tomber à ses côtés, le bras posé sur un genou.

- Pardonne-moi, Peter, balbutia-t-elle.

Elle était incapable de monter la garde, et elle s'en voulait horriblement. Il dut sentir son trouble, car immédiatement, il fit glisser ses doigts dans ses cheveux, l'enveloppant d'un regard infiniment tendre.

- Ne sois pas si dure avec toi-même, Claire. Tu vis des épreuves difficiles pour une jeune fille de ton âge.

La phrase de Peter, lui fit l'effet d'une gifle. Elle écarquilla les yeux brutalement, sous le coup de l'émotion. La main du jeune homme retomba inerte près de son corps.

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.

Elle baissa les yeux, tentant aux mieux de refouler la boule qui obstruait sa gorge. Son esprit s'emballa brusquement cherchant au mieux une alternative à une situation qui ne viendrait jamais. Elle se sentait dépassée.

- Mais tu l'as dit, Peter, tôt ou tard il faudra que l'on ait cette conversation.

Il passa une main anxieuse derrière sa nuque. Elle ne le lâcha pas du regard, emprisonnant chacun de ses gestes. Il inspira profondément les yeux mi-clos avant de lancer :

- J'ai échoué, Claire.

- Comment ça ?

- J'ai parlé à Nathan, je lui ai dis que… Que j'étais amoureux de toi. Seigneur, je n'ai jamais eu de conversation aussi difficile de ma vie. Claire, peu importe la façon dont on s'y prend… Tu avais tort. Ton autre toi je veux dire. Il ne pourra jamais encaisser cela. Et je dois avouer que je le comprends…

- Peter... chuchota-t-elle la voix enrouée.

- Peut-être que tout ceci n'est que du vent. Une illusion que l'on laisse gentiment miroiter. On se voile la face pour éviter de se dire que finalement… On ne pourra jamais y arriver.

- Tu n'as pas le droit de dire ça ! Claqua-t-elle subitement le faisant sursauter. Je t'aime Peter, est-ce que ça ne pourrait pas simplement suffire ?

Il secoua doucement la tête, laissant ses mains ébouriffer ses cheveux.

- Pourquoi tu ne nous donnes pas une chance, Peter ?

- Parce que je suis mort de trouille !

Elle ouvrit brusquement les yeux, sous le choc.

- Je ne suis pas préparé à affronter cela. Ça m'a sauté à la gorge comme ça. Je n'avais rien prévu.

- Tu crois que c'est mon cas ?

Elle s'était relevée faisant frénétiquement les cents pas. L'esprit embué. Il était si moral… Si proche de sa famille que c'en était douloureux.

- Tu es ma famille, souffla-t-il en se levant pour s'approcher d'elle, soulevant ses lourds cheveux dans sa nuque.

Elle admit un léger sourire, si éphémère.

- Tu dois arrêter de faire cela, Peter.

Il recula d'un pas. Et elle sut qu'il avait mal interprété sa phrase.

- Pas ça, lui fit-elle dans un chuchotement en se rapprochant de lui. Encore plus près. Tu dois arrêter de lire dans mes pensées.

Il eut un sourire amer, avant de se détacher de son étreinte.

- J'ai mal, lâcha-t-elle dans un souffle, le figeant brusquement. Tu me fais mal, Peter. Je me fais mal. C'est une torture permanente. Et chaque fois que tu fais un pas en arrière, j'ai la sensation qu'un gouffre s'ouvre sous mes pieds. Je voudrais pouvoir effacer ce que je ressens d'un claquement de doigts. Mais je ne peux pas… La vérité c'est que je ne me sens bien que lorsque tu es près de moi. Sois égoïste, juste une fois.

Il la contempla, interdit. Ses yeux restèrent impassibles, mais la fixèrent, brûlants.

- Je me fais horreur, lui confia-t-il en baissant la tête. Claire, quand je te regarde, j'imagine simplement toutes les choses que j'ai envie de te faire, et l'instant suivant ça me file la nausée.

Il observa un silence et elle ne put que fixer sa silhouette brisée, remuer au rythme de sa respiration agitée.

- Je déteste Nathan, lâcha-t-il d'une voix tendue.

Elle hocha vigoureusement la tête.

- Ce qu'il fait est tout bonnement impensable.

- Non, Claire, argua-t-il. Je ne comprends pas pourquoi il fait tout ça, je ne sais pas ce que peut lui apporter de se mentir à lui-même mais ce n'est pas pour cela que je le déteste. Je lui en veux d'être le père de la femme que j'aime.

Elle se sentit perdre pied un instant, et les larmes aux yeux elle s'approcha de lui. Il recula d'un pas, sur la défensive.

- Tu ne peux pas me dire ça, Peter et ne pas t'attendre à une réaction de ma part.

Cette fois ci il ne recula pas. Son cœur martela brusquement dans la poitrine de Claire, mais elle ne s'en soucia pas. Elle tendit une main hésitante vers sa joue avant d'en effleurer la courbure. N'y voyant aucun rejet, elle approcha son visage du sien, avant de venir timidement effleurer ses lèvres d'un baiser très doux. Elle se retira vivement, de peur d'un nouveau rejet et lorsque son regard glissa sur lui, elle frissonna. Il fermait les yeux, respirant par la bouche avec difficultés.

- Ne fais pas ça, fit-il d'une voix rauque. Je ne suis pas très loin de perdre le contrôle.

Elle eut un léger sourire, se rapprocha de lui, et glissa une main contre sa nuque, avant de jouer avec ses cheveux corbeaux.

- Je ne demande que ça.

Aucune transition avant qu'elle n'ai senti les lèvres de Peter s'emparer des siennes avec violence. Alors elle oublia le reste, abandonnant tout derrière ce baiser. La fièvre qu'elle ressentit en cet instant lui fit perdre pied. Elle pouvait presque entendre les battements de son cœur résonner dans tout son être. Fébrile il l'accola tout contre l'arbre où elle s'était adossée quelques minutes auparavant. Avec tendresse il fit courir ses doigts sous son tee shirt, traçant des chemins sur sa peau frémissante. Elle soupira d'aise, laissant son nez s'enfouir contre sa nuque, humant son odeur dont elle voulait s'envelopper. Le décor ne s'y prêta pas, pas plus que les conditions, pourtant elle n'imagina pas un meilleur instant. Elle avait tant de fois imaginé qu'il se perde en elle, que le moment lui sembla irréel. Lorsqu'ils se retrouvèrent à terre, elle sut qu'elle ne pourrait jamais plus vivre sans lui. Impossible de faire machine arrière, les dès étaient lancés. Elle glissa une main tendre sous son pull, et le fit glisser par-dessus sa tête. Lorsqu'elle rencontra son regard, elle ne put que retenir son souffle. Etait-il possible que des yeux contiennent autant d'émotions ? Elle ressentait tout, l'amour, le désir, la tendresse, l'hésitation, la peur aussi… Elle voulut balayer les doutes de son esprit, et l'embrassa à nouveau avec ferveur. Sa bouche ne quitta plus la sienne, elle se sentait happée dans un tourbillon de sensation. Elle se sentait vivante tout bonnement. Dans le creux de ses bras, elle savait qu'elle était enfin à sa place. Les mains de Peter, cheminèrent sous son pull, la comblant de caresses impatientes. Rapidement, les vêtements n'opposèrent aucune résistance, les boutons cédèrent, les lacets glissèrent, et les chaussures vinrent s'échouer près de l'amas de tissus, épars dans l'herbe duveteuse. Sous la sensation de la peau de Peter contre la sienne, le corps de Claire n'était plus qu'un immense brasier. Doucement, il embrassa ses paupières en un geste qui la bouleversa totalement. Ses baisers glissèrent le long de son épiderme en feu avant que ses mains ne viennent s'échouer contre ses hanches la soulevant légèrement. Il la regarda longuement, attendant un geste, une parole qui aurait pu tout arrêter. Mais elle en voulait, elle de cette folie. Elle voulait se sentir étourdie comme après un tour de manège. Emportée et déroutée. Alors doucement, elle chuchota son nom au creux de son oreille, et cela sonna comme une supplique, un appel. Il n'attendit pas plus pour entrer un elle, lui arrachant un soupir de contentement. Ils n'étaient plus la nièce et l'oncle, ils étaient simplement un homme et une femme brûlant l'un pour l'autre. Sous le torrent d'émotion qui l'emporta, Claire se sentit un instant étourdie. Il déplaça une mèche de ses cheveux, avant de l'embrasser tendrement entamant un va et vient électrisant. Leurs respirations se firent heurtées, leurs dents s'entrechoquèrent et elle étouffa un gémissement au creux de son cou, plantant ses ongles dans la peau perlée de sueur de son épaule. Elle voulait tout de lui. Tout. Alors plaçant une main dans le creux de ses reins elle l'incita à accélérer, encore et encore. Elle griffa sa peau, mordit le lobe de son oreille sous le flot de chaleur qui montait par vague contre ses joues. Il souffla son nom, comme une prière, et son cœur déborda de l'amour qui la consumait. Un instant, elle eut peur de s'enflammer. Délaissant ses lèvres il releva le visage et effleura son front moite, le dégageant d'une mèche blonde collée contre lui. Elle ne put que sourire devant cet acte de tendresse, et il lui en renvoya un qui l'éclaboussa tant il était intense. Ils accélérèrent encore, ne se quittant pas du regard, s'abreuvant l'un de l'autre, et dans une dernière étreinte, alors que leurs doigts se réunissaient et serraient jusqu'à s'en faire blanchir les jointures, ils finirent par être comblés, et échangèrent un gémissement lascif. Peter laissa sa tête se poser sur la poitrine de Claire, et elle fit courir ses doigts dans ses cheveux, bercée par le rythme de son cœur qui s'affolait contre son corps, résonnant en elle…