Chapitre 9 : Weakness
Stiles ne put contenir le cri peu viril qui s'échappa de ses lèvres quand le jet d'eau s'abattit sur lui.
Après s'être assuré que le shérif n'était pas là, Derek l'avait poussé dans la maison et l'avait délesté de ses vêtements sous les protestations gênées de l'adolescent. Enfin, il l'avait jeté dans la cabine de douche.
Son corps, transi de froid, se mit à frissonner et sa peau le brûla douloureusement aux extrémités, lui rappelant la sensation qu'il ressentait lorsqu'enfant, il tentait de se réchauffer les mains en les collant au radiateur après avoir joué dans la neige.
Il se frictionna la peau, reprenant peu à peu ses esprits, et son cœur reprit un rythme plus soutenu tandis qu'il se réchauffait quelque peu.
De son côté, Derek inspectait la penderie de l'adolescent à la recherche de vêtements chauds tout en se maudissant de ne pas avoir su tenir sa résolution.
Effectivement, avant de rejoindre l'adolescent, il avait décidé de prendre ses distances.
Comment lui prouvait qu'il tenait à lui et qu'il ne le considérait pas simplement comme un sexfriend s'il passait son temps à lui sauter dessus ?
Il devait prendre sur lui et prouver au fils du shérif qu'il attendait plus de leur relation et qu'il avait de réels sentiments.
Il s'était amusé de voir Stiles flirter avec lui par message et y avait répondu volontiers, surpris que l'adolescent, maître dans l'art du sarcasme, ne pousse pas la joute plus loin…
Puis, il l'avait vu, là, surpris, sur le seuil de sa maison, une moustache de lait sur son adorable frimousse et, toutes ses résolutions s'étaient envolées…
Il avait dû faire appel à tout son self-contrôle pour faire marche arrière et rejoindre son véhicule sans sauter sur les lèvres tentatrices.
Le début du trajet s'était bien passé jusqu'à ce que Derek ne s'enfonce sur le petit sentier arpentant les bois.
Aucune trace des trois lycans en ville : il était temps de patrouiller dans la forêt et de faire un remake surnaturel de la comptine promenons-nous dans les bois pour voir si les loups y étaient.
Malheureusement, le comportement inhabituel de l'adolescent l'avait conduit à un babillage angoissé à propos de ses problèmes d'hyperactivité.
Derek avait été touché par son discours, se rendant compte à quel point ça devait être dur pour le jeune homme de gérer ce trouble au quotidien et n'avait rien trouvé de mieux que de poser ses lèvres sur les siennes pour mettre fin à leur supplice à tous les deux.
Il en avait eu envie toute la soirée et pouvoir enfin les posséder et les embrasser avait fait tomber toutes les barrières qu'il avait érigées.
Puis, inconscient du combat intérieur du loup, Stiles avait lâché une de ses phrases provocantes dont il avait le secret.
Les deux hommes avaient alors définitivement perdu pied et s'étaient laissés aller à leur désir primaire…
Résultat ? L'adolescent était à la limite de l'hypothermie.
Il secoua la tête pour chasser les souvenirs de la soirée et retourna dans la salle de bain pour y déposer les vêtements qu'il avait dénichés dans l'armoire du fils du shérif.
Il fit sursauter l'adolescent en ouvrant la porte de sa cabine peut être un peu trop brutalement et par réflexe, l'adolescent posa ses mains sur son entrejambe pour préserver son intimité.
Derek haussa un sourcil moqueur, mais ne fit aucune remarque.
Il l'invita à sortir avant de le sécher méticuleusement, avec douceur et tendresse.
— Je peux le faire, tu sais, rouspéta légèrement l'hyperactif vraiment mal à l'aise de se faire dorloter par le plus âgé comme s'il en était incapable.
— Tu es tombé en hypothermie par ma faute, à moi de m'assurer que tu te réchauffes, ne réplique pas !
— En hypothermie ? T'exagères pas un peu, là, Sourwolf ?
Derek grogna au surnom et l'hyperactif sourit, ravi de son effet.
— Tu avais les lèvres bleues, Stiles !
— À vos ordres, soupira le garçon pour mettre fin à la discussion.
Derek serra la mâchoire pour tenter de rester patient, mais le châtain avait toujours eu ce don naturel pour le mettre hors de lui.
— Je te laisse te rhabiller ? tenta plus doucement le loup qui se voulait avenant.
— Oui, merci, approuva son compagnon de nouveau grelottant.
Il avait néanmoins retrouvé des couleurs ce qui était plutôt bon signe.
Derek s'éclipsa de la petite salle de bain et alla préparer une boisson chaude pour eux deux.
Il fouilla longuement dans les placards, faisant bien attention à ne rien déplacer et de tout remettre strictement à la même place pour que le shérif ne se rende compte de rien.
Il lorgna sur le café avant de se convaincre que ce n'était décidément pas une bonne idée et finalement ses yeux se posèrent sur un bol entamé de céréale baignant dans une flaque de lait que l'adolescent n'avait pas fini un peu plus tôt.
Avec un haussement d'épaule, il se décida et attrapa le bidon de lait dans le réfrigérateur pour le mettre à chauffer sur la plaque. Il dénicha du chocolat en poudre et sortit des mugs dépareillés.
— Besoin d'un coup de main ?
Le lycanthrope se retourna vivement pour faire face à l'hyperactif. Tout perdu qu'il était dans sa préparation, il n'avait pas entendu le jeune homme le rejoindre.
Un sourire souleva ses lèvres à la vision du garçon devant lui.
Il portait les vêtements chauds qu'il lui avait préparés et Derek dut reconnaître que le Sweat-shirt à capuche rouge lui allait à merveille.
Cette couleur chaude et vive lui allait diablement bien et faisait sortir la rougeur qui teintèrent ses joues sous les yeux inquisiteurs qui étaient posés sur lui.
— Ça va, la vue te plaît ? se moqua faussement Stiles pour cacher sa gêne.
— Énormément, répondit Derek d'une voix suave et profonde qui fit frissonner l'adolescent.
Stiles secoua finalement la tête et se pencha au-dessus de son épaule pour voir ce qu'il leur préparait.
— Du chocolat chaud ? dit-il avec surprise. Tu as conscience que ton image de Big Bad Wolf va définitivement être fichue si je te vois boire ça ? rit-il franchement cette fois.
— Ça tombe bien, je ne veux pas que tu penses à moi de cette façon.
L'accroc dans le rythme cardiaque jusque là régulier de l'adolescent ne passa pas inaperçu et il ne put s'empêcher de lui attraper le menton délicatement afin de poser ses lèvres sur celles rosées et fraîches de l'hyperactif qui était relativement calme ce soir.
— Et comment veux-tu que je te considère, alors ? souffla le meilleur ami de Scott dans un murmure à peine audible en plantant ses prunelles dans celles du loup.
Ce fut au tour de Derek d'avoir un raté.
Son cœur s'emballa et son souffle se fit plus court, s'en était presque douloureux.
La sensation dans son estomac ne pouvait pas le tromper et il fit deux pas en arrière en réalisant la triste vérité.
Il était tombé amoureux de Stiles !
Il se sentit terrorisé face à cette révélation et ses yeux s'agrandirent de frayeur.
Non, il s'était promis de ne plus jamais revivre ça.
Stiles fut décontenancé par la réaction de l'homme et ouvrit la bouche de surprise, les yeux interrogateurs.
— C'est prêt, éluda Derek en tendant un des deux mugs au châtain qui le prit d'un geste absent, une mine presque… attristée ? sur le visage. Est-ce que tu te réchauffes un peu ? s'enquit-il ensuite, vraiment préoccupé.
L'adolescent acquiesça sans le regarder.
L'avait-il blessé ?
Pourtant, l'adolescent avait dit lui-même qu'il n'était rien de plus que des amis… améliorés !
— Ça te dit un film ? proposa Stiles pour mettre fin au silence presque pesant qui s'était abattu dans la pièce.
— Je devrais reprendre la patrouille, Scott compte sur nous ! tenta Derek dans une tentative de fuite pas vraiment subtile.
— Il compte sur nous, effectivement. Alors, tu n'iras nulle part sans moi, répliqua l'adolescent en serrant les poings.
— Tu n'es pas en état ! s'énerva aussitôt le loup.
— Je vais bien !
Le Bêta fit deux pas en avant et posa ses mains sur celles de l'hyperactif.
Malgré la chaleur de la tasse, elles étaient encore glacées !
— Tu es gelé, Stiles, tu ne quitteras pas cette maison de la nuit, c'est compris ?
— Et qui va m'en empêcher ?
— Arrête ça, Stiles ! Ne joue pas les sales gosses avec moi ou je te ligote à ton lit !
L'idée fit son chemin dans l'esprit du plus jeune qui s'empourpra sous l'afflux des idées toutes plus lubriques les unes que les autres qui défilèrent dans son esprit.
— Putain, mais tu ne penses vraiment qu'à ça !
Apparemment, Derek avait suivi le fil de ses pensées.
Pour toute réponse, Stiles lui offrit son sourire le plus angélique assorti d'un clin d'œil.
Il semblait fier de lui en plus !
Derek soupira et capitula.
De toute façon, il n'aurait pas pu se concentrer sur sa tache tout en sachant Stiles seul chez lui. Il avait besoin de s'assurer que ce petit con allait bien.
— Je choisis le film, énonça-t-il platoniquement pour montrer clairement à l'adolescent qu'il n'avait pas capitulé de gaieté de cœur.
L'effet ne fut pas escompté : le visage de son interlocuteur s'illumina avant qu'il ne lui saute littéralement au cou, surexcité.
Les tasses finirent dans l'évier tandis que le loup inspectait la collection de DVD du jeune homme.
Il était clair que cette maison était occupée par deux hommes : il n'y avait rien d'autre que des films d'action, des thrillers, des films d'horreur ainsi que quelques classiques de science-fiction qui devaient appartenir à Stiles.
Il jeta son dévolu sur un film qu'il ne connaissait pas, attiré par la jacket montrant une jeune fille de dos, dans un sweat-shirt rouge qui ne lui semblait que trop familier.
— Hard Candy ? Sérieusement ? demanda Stiles, interloqué, avant que le loup ne s'installe à l'autre bout du canapé.
— Pourquoi, qu'est-ce qu'il a ce film ? s'inquiéta Derek.
— Oh, rien… J'adore ce film. Ellen Page est juste incroyable, mais… C'est hyper psychologique, je t'aurais plus vu choisir un film d'action pur et dur avec des fusillades et des courses de bagnoles.
— Je ne sais pas comment je suis censé prendre cette remarque mais, peu importe, lance le film !
L'hyperactif obtempéra après avoir échappé un « okay » de reddition en levant les mains devant lui et une fois de plus le regard du lycanthrope accrocha son attelle.
Il semblait moins gêné qu'avec son plâtre et seuls les deux derniers doigts étaient immobilisés, lui permettant de se servir de sa main de prédilection pour la majorité des taches du quotidien. Quand il repensa à la façon dont je jeune homme s'était fait ça, il se renfrogna.
Ce qu'il avait ressenti un peu plus tôt dans la cuisine lui faisait peur et il savait qu'il allait devoir prendre ses distances s'il ne voulait pas les faire souffrir tous les deux.
Mais, comment réagirait vraiment le garçon ?
Celui-ci frissonna violemment et Derek soupira, il l'attira fermement, mais doucement vers lui et le plus jeune se laissa faire avant de se retrouver à demi-allongé contre le torse de Bêta, enfermé dans ses bras puissant et profitant de la chaleur irradiant de son corps.
— C'est mieux ?
Stiles poussa un soupir de bien-être qui répondit au loup-garou.
Il se permit un sourire tout en sachant que dans cette position, l'adolescent ne pouvait pas le voir.
— Tu peux me promettre quelque chose ? avança timidement le loup de naissance.
Il sentit le garçon se crisper contre lui, apparemment pas rassuré par cette demande, avant de hocher finalement la tête en signe d'acceptation.
— Quoi qu'il puisse arriver, promet moi que tu ne recommenceras jamais ça, dit-il en désignant l'attelle. Que jamais tu ne te feras du mal volontairement, précisa-t-il d'une voix qu'il voulait douce, mais qui résonna avec fermeté et rudesse.
— Ce n'était pas volontaire se défendit Stiles en essayant de s'extraire de l'emprise de Derek qui resserra son étreinte pour maintenir l'adolescent contre lui.
Stiles souffla et cessa de se débattre.
— J'ai pas réfléchi, j'avais besoin de… J'avais trop de colère en moi ça avait juste besoin de sortir !
— Promet-le, Stiles, insista Derek en lui caressant les cheveux comme pour l'apaiser.
Le fils du shérif respirait fortement sous les émotions qui le traversaient. Il laissa son corps retomber plus franchement sur le corps de son compagnon qui en fut satisfait.
— Promis, souffla-t-il comme si les mots lui écorchaient la bouche. Mais, continue, quémanda-t-il alors que l'ancien alpha cessait sa caresse.
À nouveau, Derek sourit.
Juste une dernière soirée, s'accorda-t-il. Et après, il faudra prendre tes distances.
Il reprit sa caresse et un profond sentiment de plénitude envahit sa poitrine.
Il était juste bien, là, dans les bras du garçon qui, par un concours de circonstances des plus étranges, était devenu son amant.
Le film commença et les deux hommes s'installèrent plus confortablement.
Une jeune adolescente de quatorze ans acceptait de rencontrer un trentenaire rencontré sur le net… Il voyait de là venir les embrouilles et redoutait déjà ce qui pourrait arriver à la jeune fille.
Il jeta un regard critique sur l'adolescent de seize ans dans ses bras et une sensation désagréable lui envoya un frisson dans la nuque.
Était-il lui aussi un espèce de pervers pour avoir permis un tel rapprochement entre le fils du shérif et lui-même ?
— Je te sens gigoter, Derek et je sais à quoi tu penses et non ce n'est absolument pas pareil, murmura Stiles comme s'il était à moitié dans les vapes.
Le loup-garou se rembrunit. Était-il si transparent aux yeux de l'hyperactif ?
— Et puis, on a que six ans de différence, c'est rien du tout !
Derek sourit une fois de plus face à la remarque du jeune homme.
— Tu as fait des recherches sur moi ? Je devrais m'inquiéter ?
— Avant que Scott ne devienne un loup-garou, je passais mon temps libre à fouiner dans les affaires non résolues de mon père, avoua le jeune homme en se crispant légèrement suite à son aveu.
Derek mit du temps avant de comprendre ce qui mettait l'adolescent si mal à l'aise et enfin la lumière se fit dans son esprit, tout comme une intense chaleur afflua dans son visage.
— L'incendie criminel, comprit-il finalement tandis qu'une sensation désagréable prenait possession de son estomac.
La tristesse s'empara de son être sans qu'il ne puisse l'endiguer. Il était le seul responsable de la mort des membres de sa famille !
— C'est pour ça que tu m'as reconnu la première fois qu'on s'est rencontré ? se rappela Derek, faisant son possible pour sortir des méandres désastreux de sa culpabilité étouffante.
— Comment tu… Ah, j'oubliais ton ouïe surnaturelle !
Il marqua une légère pause avant de reprendre.
— Tu sais que mon père a bossé nuit et jour sur cette affaire, à l'époque ? Ça lui tenait vraiment à cœur de découvrir la vérité. La famille Hale était très respectée à Beacon Hills. Il a appuyé la demande de Laura pour qu'elle puisse être ta tutrice afin que vous ne soyez pas séparés. Elle n'avait que vingt-trois ans à l'époque et c'était loin d'être gagné.
Derek était partagé entre le sentiment de gratitude qui l'avait envahi suite à ce récit, et la tristesse liée aux souvenirs qu'il faisait remonter.
— Je l'ignorais, souffla-t-il le visage enfoui dans les cheveux du jeune homme.
— Excuse-moi, je ne voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs.
— Pas de soucis, répondit le brun avec sincérité.
Il se reconcentrèrent tous les deux sur le film.
— Stiles ?
L'adolescent marmonna très légèrement comme s'il était en train de s'endormir, ce qui était fort probable, d'ailleurs !
— C'est quoi ton vraiment prénom ?
L'hyperactif se redressa, comme si la question l'avait réveillé violemment.
— Tu peux mourir avant que je te le dise, répondit-il.
— S'il te plaît, insista Derek dans un énorme effort, la curiosité étant en cet instant, plus fort que son laconisme habituelle.
— Non ! C'est juste pas possible et puis, je ne veux pas que tu te moques.
— Je te promets de ne pas me moquer.
— Derek, je vais être clair, même sous la torture, je ne dirais rien.
Ça ne ressemblait pas à Stiles d'être aussi ferme et Derek fut aussitôt intrigué.
— Pourquoi ?
— Qui êtes-vous et qu'avez fait de mon Sourwolf ?
— Ton Sourwolf ?
Le Bêta devina plus qu'il ne vit que Stiles s'empourprait. Son cœur s'accéléra et il se figea dans les bras du loup-garou.
— Non mais, en vrai, pourquoi tu insistes ?
— Parce que je m'intéresse à toi, répondit naturellement Derek avant de se mordre la joue.
Son cerveau émit un signal d'alarme. S'il voulait prendre ses distances après cette soirée, ce n'était pas le moment d'avoir ce genre de paroles.
— C'était le prénom de mon grand-père maternel, expliqua Stiles finalement. Il est juste imprononçable.
— C'est ta mère qui l'a choisi ? Ton prénom ?
L'adolescent prit une profonde inspiration comme pour se donner du courage et le cœur de Derek se serra.
Stiles avait vécu une dure épreuve très jeune et il était pourtant encore aujourd'hui un garçon empli de joie de vivre et de gentillesse.
— Je suppose, c'est pas vraiment le genre de question qu'on pose enfant et, après… disons qu'on parle rarement de ma mère à la maison… c'est… c'est encore douloureux pour mon père et moi malgré les années !
— Je ne voulais pas être intrusif, s'excusa l'ancien Alpha.
L'adolescent lui répondit de ne pas s'inquiéter et il posa ses mains sur celles du loup.
Quelques minutes plus tard, Derek reprit à nouveau la parole et Stiles se mit à rire franchement ce qui interloqua le brun.
— Sérieusement, je crois que tu n'as jamais autant parlé que ce soir, s'amusa Stiles. Je me sens flatté, est-ce que ça veut dire que tu m'aimes bien ?
Tu n'imagines pas à quel point, songea Derek douloureusement.
— Moi aussi je te trouve différent ce soir, se défendit le loup-garou. Tu es silencieux et immobile, je ne savais même pas que c'était possible.
L'hyperactif se mit à rire à nouveau ce qui fit vibrer la poitrine de l'homme, lui envoyant des frissons dans tout le corps.
— Tu préfères que je parle et que je gigote ?
Le lycanthrope lui répondit par un grognement que l'adolescent ne sut pas interpréter.
— Je suis juste bien, là… avoua l'hyperactif. Et puis je bouge mes mains…
Effectivement, il n'avait pas cessé de lui caresser lascivement le dessus des mains depuis le début du film.
— Moi aussi, avoua Derek qui sentait ses paupières devenir lourdes.
Il ressentait le contre-coup de sa semaine de mauvaise nuit.
Il se décida à ne plus ouvrir la bouche jusqu'à la fin du film qui prenait d'ailleurs une tournure inattendue.
Bientôt, Stiles se fit plus lourd, sa respiration plus profonde et son cœur plus lent. Il s'était endormi.
Le Bêta sourit à ce constat et se laissa bercé doucement par la respiration du jeune homme. Dès la fin du film, il le porterait jusqu'à sa chambre avant de s'éclipser.
Deux mains puissantes s'emparèrent de son col et il se sentit passer par-dessus le dossier du canapé violemment.
En moins d'une seconde, son cerveau enregistra toute une série d'informations afin de pouvoir se défendre au mieux.
La lumière de l'aube avait pris possession du salon des Stilinski, preuve qu'il s'était endormi.
Un bruit mat, suivit d'une plainte douloureuse résonna depuis l'autre côté du canapé, signe que Stiles était tombé.
Enfin, Noah Stilinski le dévisageait avec un visage rouge de fureur.
— Dehors, hurla le shérif en le tirant vers la sortie.
— Papa ! tenta de calmer Stiles en se relevant à son tour avant de s'approcher d'eux.
— Toi, je te conseille de faire profil bas, clama le shérif sans sembler pouvoir calmer sa colère. Dehors ! hurla-t-il à nouveau à l'intention de Derek.
— Monsieur Stilinski, ce n'…
— Ce sera Shérif pour toi, Hale, maintenant déguerpis de chez moi et que je ne vois pas approcher mon fils si tu ne veux pas que je te coffre pour détournement de mineur.
La porte claqua et Noah se retourna vers son fils avec véhémence, un doigt accusateur pointé sur lui.
— J'arrive pas à croire que tu ais fait ça Mieczyslaw, l'accusa-t-il. Un garçon ? Tu te payes vraiment ma tête ! Ce type à six ans de plus que toi et c'est un loup-garou, un ancien fugitif… As-tu complètement perdu l'esprit ?
— Tu l'as dis toi même, papa ! répliqua Stiles avec détermination malgré la peine qui lui enserrait la poitrine face au comportement de son père. L'amour ce n'est pas rationnel.
— Oh non… non, non, non, non, non ! répliqua le shérif. Tu ne vas pas retourner la situation comme tu le fais toujours, cette fois. Il est dangereux, je t'interdis de le revoir, tu m'entends ?
— C'est hors de question, s'emporta Stiles à son tour, le cœur battant à tout rompre.
— Tant que tu seras mineur et sous ma responsabilité tu vivras selon mes règles, affirma Noah. Monte te préparer pour ne pas être en retard en cours, et je veux que tu sois rentré pour quinze heures trente maximum. Je vérifierai.
Stiles serra la mâchoire, des larmes de rage au bord des yeux. La veille il s'était senti compris et accepté par son père, aujourd'hui son monde s'effondrait.
Il serra les poings et passa à coté de son père pour monter l'escalier quand, dans son dos la voix de l'homme s'éleva à nouveau.
— Si tu le revois, Stiles… Loup-garou ou non, je te promets que je l'emmène devant les tribunaux ! Tu es un adolescent. Je sais que ça te parait injuste, mais je fais ça pour te protéger. Que tu le veuilles ou non. Je t'aime ! Et même si tu dois me détester, je ferais mon possible pour te préserver.
Stiles ferma les paupières avec force, avant de prendre une grande inspiration, ce sentant complètement impuissant, il continua son chemin.
Depuis l'extérieur de la maison, Derek n'avait perdu aucune miette de la confrontation père-fils et son cœur se serra.
Stiles avait il avoué qu'il l'aimait ?
Fallait-il qu'il le découvre maintenant, alors qu'il avait décidé de prendre ses distances avec lui ?
Il ne voulait pas faire souffrir Stiles, c'était même la dernière chose qu'il souhaitait.
Mais il ne voulait plus jamais ressentir la douleur ineffable qui l'avait envahi à chaque fois qu'il avait ouvert son cœur.
Paige, Kate, Jennifer…
Il ne se sentait pas la force de revivre ça à nouveau. Il n'y survivrait pas cette fois !
Le cœur lourd, il tourna les talons pour rejoindre sa voiture garée un peu plus loin, resongeant à la soirée avec l'hyperactif.
